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Publié le 1 Avril 2024

 

Ce projet, consistant à écrire un texte à partir de photos ou tableaux, est prévu en quatre ateliers.

 

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 1 Avril 2024

ATELIER :

Fantastique, Merveilleux, Fantasy, SF
 
LECTURE :
Extraits divers
 
SUJET :
Choisir trois photos et les utiliser pour inventer une histoire dans le registre fantastique, merveilleux, fantasy ou SF, au choix.
ATELIER 3 : Trois photos pour une histoire
ATELIER 3 : Trois photos pour une histoire
ATELIER 3 : Trois photos pour une histoire

LES TEXTES

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 1 Avril 2024

 
Elle aurait bientôt douze ans. Elle venait de perdre sa grand-mère ; c’était, dans sa vie d’enfant, sa première rencontre avec la mort. Elle aimait beaucoup sa grand-mère, tout en la craignant un peu. Mamy Amélie était « spéciale » : elle était une voyante connue de tous dans les environs, on venait la consulter des villages alentour pour ses prédictions souvent exactes. A la naissance de sa petite fille, elle avait vu qu’à l’âge de douze ans, un évènement extraordinaire se produirait pour elle, et que sa vie d’adulte en serait bouleversée… Quel évènement ? La petite Amélie avait hâte de le savoir et le redoutait en même temps. Et oui, elle portait le même prénom que sa grand-mère, ses parents l’avait prénommée ainsi avec l’espoir qu’elle hériterait peut-être du don de voyance de l’aïeule… Le temps était venu de voir quel changement se produirait pour Amélie, et malheureusement la vieille femme ne serait plus là pour la soutenir.

 

Le papa d’Amélie aimait bien visiter les vide-greniers. Un jour, il ramena une statuette qui représentait une femme dévêtue tenant un loup mort entre ses pieds, comme si elle l’avait tué. Amélie n’aimait pas cette statuette, le loup mort l’impressionnait. Son père l’avait achetée parce qu’il trouvait que le visage de la femme ressemblait beaucoup à celui de Mamy. Sa femme et sa fille n’étaient pas du tout de cet avis ! Il l’avait installée sur le petit meuble de l’entrée, malgré le peu d’enthousiasme de ses « femmes ».

 
 

Cette période de sa vie était très difficile pour la fillette. Elle avait tellement pensé à cet anniversaire si particulier, et maintenant sa Mamy était partie pour toujours, comment pouvait-elle affronter seule tout cela ? Ses copines avaient une vie presque banale, elle se trouvait malheureuse de se sentir incomprise… Et cette vilaine statuette qu’elle voyait tous les jours… Elle dormait très mal, elle faisait des cauchemars dans lesquels des sorcières aux doigts crochus et des loups essayaient de l’attraper. Ses parents voyaient son mal-être, mais ils ne savaient pas quoi faire pour la voir sourire à nouveau.

Ils eurent l’idée de lui offrir un chiot pour ses douze ans, un adorable bébé caniche tout blanc. Amélie sentait son cœur fondre d’amour en voyant les coups de langue que le petit animal lui donnait sur le nez dès qu’elle le prenait dans ses bras. En quelques jours, Amélie et Titou ne pouvaient plus se passer l’un de l’autre. Le soir, le chiot s’endormait dans un joli panier près du lit de sa maîtresse. La présence du chien rassurait la fillette, elle ne faisait plus de cauchemars, tout allait mieux pour elle. Elle ne pensait plus à « l’évènement » qui avait été prédit dans sa jeune vie.

Une nuit, Amélie fut réveillée par une voix douce qui chantait une berceuse. Elle alluma sa lampe de chevet : elle vit le chiot, la tête posée sur le traversin,, qui chuchotait à son oreille. Elle comprenait tout ce qu’il disait, les paroles de la chanson, suivies d’explications. Abasourdie, Amélie comprit que Titou avait été missionné par la défunte grand-mère pour dire à sa jeune maîtresse qu’elle détenait désormais les pouvoirs de l’aïeule. Aussitôt, comme pour confirmer, Amélie eut un flash : elle vit ses parents plus âgés assis dans le parc du village, qui surveillaient un bambin de quatre ou cinq ans qui faisait du toboggan. Tous avaient le sourire. Et Amélie SAVAIT que cet enfant était son fils, confié à ses parents pour des vacances. Elle comprit qu’elle avait eu une image de sa vie future. Et que « l’évènement » attendu venait de se produire. Elle ne dormit plus de la nuit. Elle eut deux autres flash : elle vit son mari, il n’était autre que le fils de la maîtresse d’école, elle le reconnut facilement même s’il avait une dizaine d’années de plus et une barbe drue ; elle se vit en plein travail, assise face-à-face à une femme inconnue, une boule de cristal entre elles. Lorsque sa maman vint l’appeler le lendemain matin pour le petit déjeuner, elle était excitée, elle lui raconta tout sans se faire prier. La maman fut émue aux larmes. Elle espérait tellement que sa petite Amélie hérite du don de sa Mamy ! Toutes deux essayèrent en vain de faire parler Titou, mais il s’avéra que, sa mission étant achevée, il était redevenu un chien normal, plein d’amour pour sa petite maîtresse, mais rien de plus…
Afin qu’Amélie puisse vivre sa vie d’enfant comme les autres, elle promit à ses parents de ne pas utiliser son don avant ses vingt ans. Elle tint sa promesse. Les années ont passé. Si maintenant vous traversez le village où habite Amélie, vous entendrez parler de cette jeune femme douée pour prédire l’avenir, si douée qu’elle ne prédit que des évènements positifs… Peut-être un jour aurez-vous envie d’aller la consulter ?
Annie T.

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Rédigé par Annie

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Publié le 27 Mars 2024

 

Elle est apparue, un jour, au bord de la mer. Une sphère blanche aux reflets en volutes mouvantes. Sa structure bougeait comme si elle était vivante. elle était posée là, sur deux poteaux de bois.

Personne n'osait l'approcher. Elle semblait détecter les présences et manifestait ce que l'on pourrait interpréter comme de l'agacement, de la colère... On ne savait pas trop, mais on avait peur. Alors, on l'a laissée là, au bord de la mer. Aucune idée de qui elle était, d'où elle venait. Chacun y allait de son commentaire : c'est un extraterrestre... un truc du gouvernement pour nous espionner... une arme secrète... Bref, personne n'en savait rien. Même les autorités n'avaient aucune réponse rationnelle à nous donner.

Et féroce avec ça ! Un courageux gendarme a voulu la toucher, il y a laissé un doigt !

 

 

Au fil des jours, des choses étranges apparurent. Les gens penchaient. Ils ne pouvaient plus marcher droit, ça penchait à gauche, ça penchait à droite, mais ça penchait chez tout le monde. Vraiment déstabilisant au sens littéral du terme ! les gens tombaient, peinaient à se relever, les voitures zigzaguaient, les trams déraillaient, c'était le chaos.

 

 

 

Autour de la sphère, une drôle d'ombre, qui ne suivait absolument pas la course de soleil, s'étalait, se rétractait. Parfois, il nous semblait entendre comme un bruissement... ou plutôt, un sifflement... peut-être un gémissement... toujours susurrés sur un souffle rauque. Et le ciel s'obscurcissait, et l'air se glaçait, comme si la mort approchait... La boule agitait ses volutes, l'ombre rampait sur le sol, comme si elle voulait attraper nos pieds, nos mollets penchés. L'épouvante, alors, se répandait, on se terrait, blottis les uns contre les autres pour se rassurer.

Un jour, un jeune garçon apparut, qui marchait bien droit, bien stable. Un  drôle de petit bonhomme, vêtu d'un short et d'un veston en tweed marron. Il semblait venir du siècle dernier. Ça, ça nous a encore plus inquiété, car on avait constaté depuis peu que le temps ne passait plus comme d'habitude. C'était insidieux, à peine perceptible. Il a fallu quelques temps pour s'en rendre compte. Le temps ralentissait, et même, il commençait à repartir en arrière ! Il suffisait d'observer l'horloge sur le clocher de l'église... les aiguilles, lentement, très lentement, tournaient à l'envers.

A voir cet enfant suranné, je me suis demandé si on était retourné au XXe, voire au XIXe siècle ! Le garçon s’approcha et nous dit :

- Je viens du passé. La sphère s'est posée au même endroit dans mon époque, mais j'ai réussi à la comprendre et à l'apprivoiser. Il n'y a qu'à moi qu'elle obéit. Ne me demandez pas comment, ni pourquoi, je ne peux le dire.

En effet, la sphère, semblait sourire depuis l'arrivée du garçon. L'ombre, autour d'elle, s'était épanouie en bouquet harmonieux. Le garçon la caressa, et, je vous le jure, je l'ai entendue ronronner !

- Elle s'est échappée dans le temps, mais je vais la ramener chez moi, nous dit le garçon. Il faut pour cela que je monte dans le clocher pour aller voir l'horloge.

Je l’accompagnais, curieux d'assister à la manœuvre. Il s'agenouilla devant les rouages, écouta le mécanisme, les cliquetis divers, serra un boulon par-ci, une vis par-là et annonça :

 - Voilà, c'est réparé. La sphère est repartie et je vais en faire autant. Mais vous garderez son empreinte au bord de la mer, une sphère inactive et inoffensive, juste une belle sculpture.

- Comment allez-vous renter, jeune homme ? demandai-je.

- Je vais plonger dans ce livre et je serai chez moi. Au revoir, désolé pour le dérangement.

Il a ouvert un vieux bouquin, intitulé L'île mystérieuse et s'apprête à sauter.

- Qui êtes-vous ? lui criai-je

Il me sourit.

- Je m'appelle Jules Verne, répondit-il en sautant, et il disparut dans le livre.

Abasourdi, je redescendis sur la place. Les gens, bien verticaux maintenant, fixaient l'horloge. Elle avait repris le cours de son temps. Au bord de la mer trônait sur son socle de bois, une belle sculpture en forme de sphère blanche. A son pied, son ombre suivait sagement la course du soleil... Jusqu'à quand...?

 

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Rédigé par Mado

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Publié le 4 Mars 2024

 

 

Ce projet intitulé « LA NOUVELLE EN PHOTOS » consiste à faire une nouvelle en quatre ateliers. A chaque séance, une photo vous sera proposée, dont il faudra tenir compte pour poursuivre votre histoire.

 

 

LES ATELIERS

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LES TEXTES

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 4 Mars 2024

Le départ

 

17 h 02 ! Une gare assourdissante !

 
Mon train s’apprête à partir et quand Olga rentrera chez nous, je serais déjà très loin.
Très loin de cette ville, très loin d’elle, très loin de tout. Rester, je ne le pouvais plus.
 
Cela faisait des jours, des semaines, des mois que ce besoin de retrouver une destination inconnue me malmenait l’esprit : je n’en dormais plus.
 
17 h 06 ! Nouvelle annonce dans les hauts parleurs pour un départ imminent.
Au même instant, à quelques minutes de là, Olga arrive devant notre immeuble en fouillant dans son sac à la recherche de son trousseau de clés. Elle imagine sans doute nos retrouvailles quotidiennes de son retour de travail. Mais une fois la porte d’entrée passée, ce sera un appartement vide et silencieux qui l’attendra.
 
17 h 08 ! Je me cale au fond de mon siège en skaï, ma joue collée sur la vitre froide et terne de mon wagon.
Je me cache à la vue de tous ces anonymes qui partagent mon voyage. Et le convoi donne un premier à-coup, un deuxième et la marche amorce son mouvement lancinant.
Je commence une autre étape dans mon existence, qui s’apparente, j’en conviens, à une sorte de fuite, mais rester devenait compliqué, comme dans cette chanson qui dit que partir c’est laisser un peu de son âme, partir c’est laisser un peu de son cœur, partir c’est quitter une femme. Ça me ressemble étrangement.
 
18 h 12 ! On a déjà dépassé les limites de la métropole et ses frontières limitrophes. On roule à grande vitesse et le paysage défile en un ruban multicolore et abstrait. Parfois, à l’approche de certaines agglomérations, il ralentit et je distingue des habitations aux pièces éclairées, ainsi que les silhouettes furtives qui les peuplent. Je me mets alors à imaginer les histoires qu’elles détiennent, la trame qu’elles vivent. Ces personnes sont-elles heureuses ?
Dans la poche intérieure de mon blouson, mon téléphone vibre de nouveau. Je sais que c’est elle. Pour l’instant, je ne pourrais pas, je ne saurais pas trouver les mots justes pour mon départ et ma présence dans ce train. Je sais que je me montre injuste envers elle, elle n’y est pour rien, car tout est de ma faute. Comment pourrais-je lui expliquer que je la quitte alors que je l’aime, que je pars malgré tout cet amour.
Oui, je pourrais la rassurer, lui dire que c’est juste un mauvais moment que je vais revenir. Juste la nécessité de retrouver le fil de mon histoire, tout ce qui nous réunit, elle et moi depuis tout ce temps. J’ai paumé quelque chose, je ne sais pas où, ni quand, et c’est pour cela que je m’éloigne de plus en plus, avec ce train, ce destin, projeté sur cette trajectoire en diagonale.
 
18 h 35, il est temps de dormir un peu.

Tumulte

A peine arrivé, débarqué de mon train, le pied posé sur le quai, je quitte cette gare anonyme de ma ville étape.
Me voilà à présent en plein centre-ville ; ma quête sur l’instant, trouver un hôtel pour me reposer.
Derrière, soudain, des cris, hurlements, un tintamarre assourdissant.
Je fais volte-face, et face à moi un attroupement en marche lancinante.
A quelques mètres, sur le qui-vive, un cordon de police qui canalise et balise sa progression saccadée.
Sur des pancartes en carton et autres supports de tissus, érigés comme autant d’étendards baroques, peints à la bombe noire, des revendications et slogans pour les droits civiques.
Moi qui voulais de l’espace du calme et du temps pour esquisser ma nouvelle destination, me voilà servi, épinglé sur ce point sur la carte, en pleine tourmente.
 
J’éprouve depuis longtemps une certaine défiance pour tous ces groupes syndicalistes et associatifs qui se lancent sans détour, baïonnettes au canon.
Crier, hurler, vociférer à outrance, renforce-t-il les causes et combats à mener ?
S’exprimer avec calme, mesure, ne serait-il pas plus judicieux ?
L’individu lui-même arrive-t-il à se frayer une place quand il se retrouve submergé par la masse ?
 
Olga mène aussi son combat, sa révolte contre moi, suite à mon départ, mon absence inexplicable.
« Pourquoi me quitter alors qu’il ne cesse de me dire qu’il tient à moi ?
Dois-je être triste, en furie, et subir l’afflux de mes cris qui se bousculent en moi ? »
 
Ici, près de moi, les esprits s’échauffent, la menace de débordement gronde, donc je fais demi-tour. Vite un train pour reprendre ma révolte solitaire, sans heurts, sans clameurs, juste mon silence.

Effluves

Voilà presque un mois aujourd’hui que j’habite cette petite maison, dans ce petit village au creux de la vallée au cœur des Alpes. Contre mon aide pour l’entretien de sa ferme, Gustave m’offre le gîte et le couvert pour le temps que je veux. Je suis tombé sur lui en faisant du stop sur la nationale. Nous avons sympathisé de suite. Chaque jour qui passe il me raconte sa vie d’aventures aussi incroyables que rocambolesques. Un jour après avoir parcouru le monde, retour au pays et pour reprendre la ferme de ses parents aujourd’hui disparus.
Je ne sais pas si je dois y voir le fruit du hasard ou un signe du destin, mais cette rencontre mais je me demande si elle était aussi imprévue que ça. Je trouve en lui mon Jiminy Cricket, ma conscience personnifiée qui trouve réponses à tous mes questionnements. Quand je lui raconte mes questionnements, mes tourments, au lieu de jouer les moralistes, lui il éclate de rire.
Le soir, après le dîner, on s’adonne à notre rituel : on sort dehors sous la pergola, on allume une cigarette, il pose sa bouteille de whisky, sur le petit muret, la libère du bouchon cacheté de cire noire, et verse de ce liquide aux reflets caramel ambré dans deux verres. Au début, la première gorgée cogne un peu le palais mais à partir de la deuxième tout s’adoucit, s’assagit, comme si par magie l’alcool de ce breuvage possédait la vérité du monde, de chacun de nous.
Je ne parle pas d’ivresse mais d’évasion. Et Gustave, emporté par son bien être nocturne, me gratifie de nouveau d’un pan incroyable de son existence. Finalement cette flasque de verre, son contenu couleur cuir, devient un vaisseau immatériel pour partir à l’espace et le temps.
 
Quand je regagne mon lit souvent l’aube arrive. Le soleil annonce sa venue en colorant petit à petit les crêtes des montagnes alentours.
Ce matin, j’ai dormi jusqu’à très tard et empiété sur un après-midi bien entamé. Accoudé au rebord de ma fenêtre, une tasse de café très fort près de moi, je regarde le paysage : les herbes hautes du pré qui ondulent sous l’effet de la brise, le chien qui roupille sous la table du jardin, des pies qui voltigent au-dessus des pommiers fraîchement élagués, tous ensembles de choses qui rendent ce tableau, vivant mouvant et émouvant. Je ne sais pas si le paradis existe mais cela devait être le cas, j’espère de tout cœur qu’il puisse ressembler à tout ça. Mais une chose tout à coup me rend triste. Comme le dit Christopher Mc Candeless dans «  Into the Wild » un bonheur ne vaut rien si on ne peut pas le partager.
Ce soir j’appelle Olga.

Equinoxe

Assis sous la pergola, je participe, passif, au lent déclin des rayons solaires par-delà les crêtes des montagnes.
La fin de journée impatiente s’apprête à nous recouvrir de ses draps nocturnes en tissus de nuit.
Dans le pré l’herbe monotone s’embrase de teintes orange et feu.
Vers le ciel d’automne, les arbres érigent le squelette de leurs branches dépourvues de feuillage.
C’est à présent toute ma vallée qui s’assoupit au rythme de la douce mélopée de la quiétude. Et je pense à Olga.
Au cours de nos derniers échanges téléphoniques, peut-être que ce n’est qu’une simple impression factice, je ressentais une gêne latente en filigrane silencieux de nos conversations.
Elle me manque. L’absence, c’est le souffle du vent qui fait taper sans cesse un volet mal fermé contre la fenêtre.
Ça résonne interminablement dans la tête, ça cogne comme une piqûre de rappel indélébile.
Monseigneur SOIR ayant pris enfin ses quartiers, je distingue au loin, au tout début du long chemin qui mène jusqu’à la ferme, deux points minuscules, comme la lanterne dansante d’une libellule en errance sauvage. Au fur et à mesure de leurs déambulations leurs formes se renforcent, grandissent jusqu’à devenir le regard aveuglant d’un fauve surgissant, rugissant devant moi. Crissement de freins brusque, feulement final du moteur, une portière qui s’ouvre, une ombre qui se dandine sur le gravier, sans réflexion, j’élucide l’énigme et Olga se poste devant moi, intacte et solaire sous le clair de lune naissant.
J’ignore comment elle a su où je me terrais, elle est juste là !

On se jette l’un contre l’autre, on s’enlace, je la laisse faire. Elle abandonne un murmure dans le creux de mon oreille.

Certains mots sont futiles, ne servent à rien d’autre que faire des phrases, être écrits ou juste prononcés dans le vide.
Mais pas le mien.
J’étais juste une île posée à l’écart d’un océan très pacifique, au-dessus de moi, explose une bombe atomique.
Une déflagration hallucinante pulvérise, emporte tout. Son souffle nucléaire déferle sur chaque once de ma surface. La fission de ses atomes fonce et son panache incommensurable monte très haut jusqu’ à toucher mon firmament ultime. Dans ma poitrine, irradiation totale. La chair qui encercle mon organe cardiaque se consume, craquelle et reçoit la sanction inoubliable du moment vécu.
 
Le monde, le mien que je côtoyais jusqu’à présent : détruit.
Celui qui renaît de ces cendres débute juste après : maintenant.
Le mot c’est : « ENCEINTE »
 
 
Jean-Michel
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Rédigé par Jean-Michel

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Publié le 4 Mars 2024

 

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LA NOUVELLE EN PHOTOS : atelier 4
LA NOUVELLE EN PHOTOS : atelier 4
Atelier 4 :
L’écriture émotionnelle et fin de l’histoire.
 
Sujet :
Choisissez une image et terminer votre histoire en employant l’écriture émotionnelle pour raconter le paysage. Et votre « nouvelle-photos » est finie ! Bravo !

LES TEXTES

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 4 Mars 2024

Assis sous la pergola, je participe, passif, au lent déclin des rayons solaires par-delà les crêtes des montagnes.
La fin de journée impatiente s’apprête à nous recouvrir de ses draps nocturnes en tissus de nuit.
Dans le pré l’herbe monotone s’embrase de teintes orange et feu.
Vers le ciel d’automne, les arbres érigent le squelette de leurs branches dépourvues de feuillage.
C’est à présent toute ma vallée qui s’assoupit au rythme de la douce mélopée de la quiétude. Et je pense à Olga.
Au cours de nos derniers échanges téléphoniques, peut-être que ce n’est qu’une simple impression factice, je ressentais une gêne latente en filigrane silencieux de nos conversations.
Elle me manque. L’absence, c’est le souffle du vent qui fait taper sans cesse un volet mal fermé contre la fenêtre.
Ça résonne interminablement dans la tête, ça cogne comme une piqûre de rappel indélébile.
Monseigneur SOIR ayant pris enfin ses quartiers, je distingue au loin, au tout début du long chemin qui mène jusqu’à la ferme, deux points minuscules, comme la lanterne dansante d’une libellule en errance sauvage. Au fur et à mesure de leurs déambulations leurs formes se renforcent, grandissent jusqu’à devenir le regard aveuglant d’un fauve surgissant, rugissant devant moi. Crissement de freins brusque, feulement final du moteur, une portière qui s’ouvre, une ombre qui se dandine sur le gravier, sans réflexion, j’élucide l’énigme et Olga se poste devant moi, intacte et solaire sous le clair de lune naissant.
J’ignore comment elle a su où je me terrais, elle est juste là !

On se jette l’un contre l’autre, on s’enlace, je la laisse faire. Elle abandonne un murmure dans le creux de mon oreille.

Certains mots sont futiles, ne servent à rien d’autre que faire des phrases, être écrits ou juste prononcés dans le vide.
Mais pas le mien.
J’étais juste une île posée à l’écart d’un océan très pacifique, au-dessus de moi, explose une bombe atomique.
Une déflagration hallucinante pulvérise, emporte tout. Son souffle nucléaire déferle sur chaque once de ma surface. La fission de ses atomes fonce et son panache incommensurable monte très haut jusqu’ à toucher mon firmament ultime. Dans ma poitrine, irradiation totale. La chair qui encercle mon organe cardiaque se consume, craquelle et reçoit la sanction inoubliable du moment vécu.
 
Le monde, le mien que je côtoyais jusqu’à présent : détruit.
Celui qui renaît de ces cendres débute juste après : maintenant.
Le mot c’est : « ENCEINTE »
 
 

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Rédigé par Jean-Michel

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Publié le 3 Mars 2024

Julie repensait encore au dernier mot de Paul. Alors qu'il se préparait à prendre le train, il lui avait promis le mariage dès la fin de la guerre. Elle ne devait le durer pas longtemps, tout le monde le disait, de toute façon, la France ne perdait pas une autre guerre contre les Allemands après la défaite de 1870.

Son Paul si beau dans son uniforme de lieutenant lui avait adressé un baiser dans la foule des appelés et le bruit de la locomotive.

Depuis elle attendait de ses nouvelles six mois déjà la guerre sans lisait allégresse du début se transformer peu à peu en peur dans la population.

Mets le pays manquait de bras aussi Julie du tel comme tant d'autres prendre le chemin de l'usine pour remplacer les hommes partis à la guerre

autour d'elle Certaines avaient reçu de sinistres courriers leur annonçant la mort au champ d'honneur d'un mari, d'un fils, d'un père.

Julie est inquiète, mais ne dit-on pas, pas de nouvelles, bonne nouvelle.

Mais où était-il son Paul, on disait que l'armée avait dû creuser des tranchées, car la guerre s'annonçait plus longue que prévue et l'hiver arrivait.

Certains, revenus en permission, évoquèrent la boue, le froid, les rats qui galopaient partout, le bruit incessant des canons, les camarades blessés. Elle repensait au moment joyeux partagé, le

canotage sur la Seine les mots dans le de Paul lorsqu'il l'amenait danser dans une de ses guinguettes le long de la rivière.

Elle mettait alors sa robe verte avec de la dentelle au bas des manches et autour du corsage. C'était la préférée de Paul et la voilà partie pour un dimanche au bord de l'eau.

De temps en temps, elle la sortait de son armoire pour se rappeler et se dire que tout cela avait bel et bien existé.

En attendant, elle avait apporté un bouquet à la Madone, elle en était sûre, elle recevrait bientôt des noms du courrier de son bien-aimé, mais ce qu'à la fin le sachant blessé.

Déjà la Madone avait su la protéger, jamais, il ne ressemblerait à ces pauvres jeunes hommes défigurés par la guerre et qui plus tard porteraient un masque pour éviter de provoquer la peur autour d'eux.

Non, elle était persuadée, grâce à son amour et ses prières, elle saurait ramener l'esprit de son bien-aimé des ténèbres où il était.

Pourtant, le médecin ne la réussira pas, tant de soldats ont été atteints du même mal par les traumatismes profonds et pour le moment, les guerres, c'était très rare.

Ne perdant pas espoir, Julie lui parler d'une petite ferme nichée dans la campagne et loin de tout. Elle appartenait à sa marraine qui accepté de se les héberger, la colline du lieu serait peut-être fait oublier à Paul les tracas de la guerre pour ne pas l'inquiéter, le psychiatre l'EN.

À l'arrivée à la gare, infirmier acceptable de les accompagner, bientôt, elle vit sa marraine sur le bord du chemin, elle se jeta à son cou, enfin, elle pouvait laisser libre cours à son chagrin. Devant elle se tenir une petite maison en bois entourée de champ, le vent charriait des échos d'oiseaux débordement d'insectes, même l'air s'était radouci, le printemps commençait à pointer son nez, de minuscules fleurs sauvages émaillaient le paysage de leur couleur vive.

Il semblait à Julie que ce lieu s'était fait une beauté pour l'accueillir dans ses bras toute seule se pose tendrement sur ses épaules, elle n'était plus seule quand elle se retourna qu'elle ne fut pas sa stupéfaction d'apercevoir une esquisse de sourire sur les lèvres de Paul mon Dieu merci ma Madone cette fois, elle en était sûre, Paul était sauvé.

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Rédigé par Brigitte

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Publié le 3 Mars 2024

Mais qui est-il ?

Mais qui est-il ? D’où vient-il ? Affublé d’un accoutrement hors du commun, son attitude porte à confusion. Agressif ? Prêt à se défendre, je m’interroge car cet individu mystérieux m’interpelle.  Cette photo, trouvée parmi celles de famille ne peut pas être un personnage de fiction. Au dos, une date « juillet 87 » ! En examinant plus attentivement, les traits de son visage ne me paraissent pas totalement inconnus.  J’ai l’impression d’avoir déjà vu ce regard sombre et dur à la fois.  Quant à ses vêtements, en parti déchirés, dévoilent un corps assez musclé. Dans cette boite remplie à ras bord, je fouille, je retourne tous les documents pour chercher un indice mais rien…..

 

Cinéma

Une nouvelle photo m’interpelle ! Une tout autre époque ! Sûrement les années 30 du temps d’Al Capone. Messieurs et dames sont affublés d’un chapeau, beaucoup plus élégant tout de même. Néanmoins j’avoue ne pas trouver le point commun entre ces deux images datées du même jour. Je flotte dans le flou artistique le plus total. Réveille-toi et cherche, ne dit-on pas qui cherche trouve ? Comment accéder à des archives sur les évènements passés ? Internet au secours. L’écran défile année par année pour s’immobiliser sur 1987. Quelle chance ! Parmi les animations de juillet s’affiche « la semaine du cinéma » à tarif réduit. Deux séances dans la même journée. Mais oui bien sûr, suis-je bête ça ne pouvait n’être que ça !

Le masque

Intriguée par les raisons qui ont pu motiver à conserver ces photos aussi longtemps, je poursuis mes recherches. Sur l’étagère, juste derrière moi, un carton, plus volumineux, sur lequel on peut lire « ne pas toucher ». Bien évidemment je suis troublée mais surtout curieuse. Après tout je suis seule, allons y. Et me voilà debout sur une chaise brinquebalante les bras en l’air essayant de braver l’interdit. Visiblement perché bien plus haut que ce que je ne pensais, j’ai du mal à atteindre le colis. Je me hisse sur la pointe des pieds en étirant mon bras à en faire craquer mes os. Mes doigts gesticulent nerveusement dans tous les sens, cherchant un angle d’attaque pour le faire basculer. Quand j’arrive enfin à l’empoigner, des effluves de poussière ancienne me chatouillent les narines et me font éternuer. Sûrement emballé depuis le siècle dernier ! A l’intérieur, quelques petits paquets soigneusement enveloppés d’un papier de soie. D’une main j’entrouvre fébrilement le premier et, sous le bruissement soyeux de l’emballage, l’objet se dévoile.

Un masque ! Bizarre ! Aurait-il un lien quelconque avec l’un des deux films ou serait-ce seulement le souvenir d’un voyage lointain ? J’effleure ce mystérieux visage aux contours vieillis par le temps.  Un ovale presque parfait qui semble raconter une histoire vécue. Je m’approche comme s’il devait me susurrer quelques secrets. Je savoure cette découverte et je me surprends à caresser ce visage orné d’éclats de céramique vernis disposés en quinconce. Cette mosaïque, qui évoque les créations artistiques du parc GUËL à Barcelone, me fascine.  Diapré de vert et de jaune en contrastes, ces couleurs reflètent l’intensité de la lumière naturelle. Au travers de ses yeux béants, surlignés de sourcils affinés, je perçois une certaine tristesse.

 

Mon index frôle l’arrête de ce nez aquilin paré de deux demi-sphères qui lui confèrent un modelé plus harmonieux. Son sourire, figé, me téléporte à Rome devant la « Bocca della Verità », masque de marbre qui trône dans le pronaos de la Basilique de Santa Maria in Cosmedin depuis 1632. Selon la légende cette bouche pouvait mordre la main des menteurs !

Je me souviens de mon hésitation avant d’y insérer craintivement la mienne et le frisson ressenti le long de mon échine, j’en trésaille encore. Les images de mon escapade romaine défilent lorsque, perdue dans mes pensées, je discerne soudain le faible cliquetis d’une clé dans la serrure.  Je sursaute au grincement de la porte qui s’ouvre et, d’un bond, je m’active pour éclipser toute trace de mon infraction. L’aventure se termine mais, ce n’est que partie remise, il me faudra poursuivre mes investigations rocambolesques.

Tante Lise

De retour plus vite que prévu de sa virée urbaine, les pas de tante Lise résonnent dans le hall. Les fines aiguilles de ses talons hauts martèlent le sol. Sûrement de nouveaux escarpins ! Soudain le timbre dynamique de sa voix m’interpelle.
  • Hélène ?
De crainte qu’elle ne me devine, je frémis et, de ma voix peu audible, je m’efforce de lui répondre en essayant de rester naturelle.
  • Oui ! je suis dans le bureau
  • Par ce temps ? Je pensais te trouver dehors. Tu devrais t’y installer, je viens te rejoindre avec deux tasses de ton arabica préféré
L’intonation employée dévoile, à coup sûr, que sa chasse aux trésors citadine a été fructueuse. Sa jovialité me met toutefois mal à l’aise et, ne souhaitant nullement la contrarier, je m’exécute en hâte.
 
Éblouie par la clarté qui me gifle violemment, le contraste saisissant me fait cligner des yeux. Une imposante glycine, envahit pompeusement la pergola. Ses lourdes grappes gorgées de lumière retombent en cascades. Du mauve au pourpre, les pétales exhibent leur camaïeu à la manière d’un peintre impressionniste. Au travers de son treillis feuillu, le soleil, retenu prisonnier, filtre quelques faisceaux de feu. Véritable havre de paix, où il fait bon lézarder, cette tonnelle est propice au farniente.
 
Je m’abandonne doucement lorsque, visiblement réjouie par son lèche vitrines, tante Lise surgit, souriante et détendue. Elle dépose, sur la table en fer forgé, quelques friandises et deux tasses d’un nectar liquoreux dont la note épicée nous enveloppe de son arôme.
  • Mais que faisais-tu tapie dans ce coin assombri ?
Quelque peu troublée, je rétorque :
  • Je voyageais tante. Mon esprit vagabondait au-delà des frontières et, empreinte de liberté, le monde m’appartenait. Mais dis-moi ma tante, toi qui as pas mal bourlingué, y-a-t-il une contrée qui t’a marquée plus qu’une autre ?
  • Ho oui ! A cette époque, fascinée par les grands espaces j’avais opté pour le pays de l’Oncle Sam. Avec quelques années en moins, la fougue d’un pur-sang et l’audace de la jeunesse en plus, me voilà partie sac sur le dos pour vivre la grande aventure. Un voyage inoubliable tant par les beautés des paysages que par le côté mystique et irréel de ce périple !
  • Raconte ma tante, je suis impatience et tout ouïe

Mue par l’occasion de revivre un souvenir mémorable, elle bondit, s’engouffre dans l’entrée et en ressort, quelques secondes plus tard, armée de deux sous-verres format A5. Dans le premier, l’incontournable archétype d’une identité urbaine new-yorkaise, les fameux gratte-ciels. Dans la brume bleutée d’un soleil couchant, ces géants étirent leur svelte et élégante silhouette pour s’agripper à une lune naissante à peine perceptible.

 

Sur le second, ce qui illustre le mieux la forêt canadienne. Il ne manque rien, la cabane en bois, un rideau de majestueux séquoias en arrière-plan et un sentier que l’on hésiterait à emprunter tant l’afforestation était dense. Je masque ma surprise en découvrant que sur les deux, en bas à droite, est gravé sur le verre « juillet 87 » ! Je n’en crois pas mes yeux. Le mystère s’épaissit et je crains de n’avoir aucun levier pour amorcer une discussion sur mes trouvailles de la boite qui m’était apparemment illicite. Devant mon air ahuri et inquisiteur, tante Lise, confortablement installée dans un transat, entame son histoire.

 
Tout a commencé l’été de l’année 1987. Trois semaines de congé pour réaliser mon rêve, celui de fouler le sol du pays le plus convoité au monde, les États-Unis. Passeport, VISA et billet d’embarquement en main, me voilà dans l’avion direction Denver. J ‘appréhendais quelque peu les dix heures de vol qui m’attendaient ce qui n’échappa pas à mon voisin de siège. L’homme, d’une trentaine d’années, avait de grands yeux noirs, le sourcil en bataille et un nez tombant sur la fameuse moustache Chevron popularisée par Tom Selleck dans la série Magnum. D’apparence posée, il avait néanmoins un je ne sais quoi qui me gênait.
  • Respirez à fond, me dit-il, ça va passer
Qu’est-ce qui allait passer ? Ma claustrophobie ? Certes pas. Mais de quoi se mêlait-il ? Encore quelqu’un qui violait mon espace intime.
  • Faisant mine d’acquiescer, je décrochais un sourire poli mais plus que discret en espérant qu’il m’oublierait pendant la suite de notre périple. Par chance, dans les longs courriers, la diffusion de films permettait d’annihiler l’angoisse. Avec l’incontournable Harrison Ford dans « Indiana Jones et le temple perdu » et les « Incorruptibles », sorti le mois précédent, le temps de la traversée fut largement réduit. Alors qu’Elliot Ness et son équipe réussissaient presque à démanteler le réseau de contrebande d’Al Capone à Chicago, l’appareil amorçait la descente. A la sortie de l’aéroport je hélai un taxi. Il fila à la vitesse de l’éclair, longea une haie de maisons Victoriennes, traversa Larimer Square avant de me déposer devant l’hôtel. Au soleil couchant la ravoure embrasait le ciel de sa couleur flamboyante tandis que, par contraste, un voile opaque habillait de noir la silhouette élancée des édifices de la ville. Il était tard et, à la lueur des réverbères, je me hâtai en quête d’une taverne, histoire de me rassasier. Attablée au Roos Down, je dégustais, béatement, une de leurs spécialités en me réjouissant de ce qui m’attendait dès le lendemain. À Denver le 4 juillet, c’est la liesse. Depuis 1776 cette fête nationale commémore, en grande pompe, l’indépendance des États-Unis vis à vis de la Grande Bretagne et, ce jour-là, un festival de feux d’artifice m’attendait. Des étincelles aux nuances éclatantes déchiraient le ciel dans un vacarme assourdissant. Les déflagrations se succédaient à un rythme effréné. Les vibrations étaient perceptibles tandis qu’une fumée âcre inondait peu à peu les spectateurs. Une mise en scène bien synchronisée rehaussée d’une musique appropriée qui illustrait parfaitement chaque paysage de feu. Un spectacle pyrotechnique époustouflant qui valait vraiment le détour. Les jours suivants ont été marqués par des visites à travers la ville tout aussi intéressantes et par une excursion au Rocky Mountain National Park. Une incroyable randonnée dans une partie du parc national. Un décor grandiose où la nature est encore sauvage. La faune y est abondante et la flore luxuriante. J’ai même eu la chance d’observer un mouflon savourant à pleines dents une éclosion de fleurs sauvages. Mais je n’ose te raconter ce qui m’a le plus marquée.
Devant mon expression quémandant la suite des évènements, tante Lise reprend son souffle et poursuit le récit de son épopée :
  • La promesse d’une aventure effrayante me fit réserver une excursion insolite. Une péripétie à vivre à Capitol Hill, l’un des plus anciens quartiers de Denver. Au programme, les sites hantés de Molly Brown House, Patterson Inn et le manoir Peabody-Whitehead. À dix-huit heures précises, prête pour le grand frisson, je rejoignais le guide et le petit groupe d’adeptes au paranormal. Craquements, courants d’air suspects, éclairage vacillant, le vécu de ces trois lieux mystiques nous propulsait inexorablement dans le fantasmagorique. Dans une lumière tamisée, nous avancions en cercle à l’affût de tout élément suspect, bruit, odeur. Nous étions pratiquement convaincus que ces étranges phénomènes émanaient d’une mise en scène parfaitement bien huilée. Malgré tout, nos regards balayaient craintivement le moindre interstice. Cela dit, le lieu qui me fit le plus vibrer fut la maison de Molly Brown, la survivante du Titanic. Cette ancienne demeure, coincée entre deux lignées d’arbres dépouillés, paraissait sinistre et suffocante. L’allée, étroite et raide, débouchait sur un perron soutenu par d’énormes poutres cramoisies. Un environnement poignant. Deux énormes lions de marbre, terni par le temps, encadraient l’entrée. Crocs saillants prêts à mordre, ces molosses agressifs m’auraient presque dissuadée d’entrer. Dès l’ouverture, un grincement sinistre dévoila l’ambiance traumatisante qui m’attendait. J’avançai prudemment dans le hall. Un mobilier d’époque imposant trônait dans le salon. Entretenus à la cire d’abeille, je reconnaissais cette douce odeur d’amande amère d’antan. Tableaux et bibelots occupaient l’espace et, là, posé sur le coin de la table, un masque. Je m’interrogeais sur sa provenance lorsque la porte se referma brusquement et me fit sursauter. Personne derrière moi, bizarre, sûrement un courant d’air ! Quelque peu impressionnée, j’accélérai le pas pour rejoindre notre accompagnateur. Il expliquait qu’une ancêtre de Molly, soupçonnée d’adultère, y aurait été emmurée par son époux. jusqu’à ce que mort s’en suive. Pour seule compagnie, il lui avait accordé une fiole de jasmin, parfum qu’elle affectionnait tout particulièrement et qui ne la quittait jamais. Depuis, elle hantait cet endroit lugubre. Des faits macabres qui, sur le champ, me glacèrent le sang. Tout en me persuadant que tout n’était que fiction et trucages pour rassasier des touristes en quête d’émotions fortes, je rasais les murs précipitamment pour regagner l’hôtel. Une douche bien chaude et une frugale collation plus tard, je m’abandonnais dans les bras de Morphée.
  • Que se passe-t-il, ma tante ? Tu as, soudain, l’air déconfit
Malgré la pâleur de son visage qui traduisait un mal être, tante Lise poursuivit :
  • Il était trois heures du matin lorsqu’une secousse hypnique me réveilla brutalement ! Une puissante senteur de jasmin se diffusait lentement dans la chambre. Incapable d’expliquer cet étrange phénomène, l’angoisse s’installait peu à peu. Ma gorge était serrée, mes membres rivés. Tout en scrutant minutieusement l’espace, je respirais à peine. L’impression de sentir sa présence m’oppressait. Les images d’une jeune femme en panique tournaient en boucle dans ma tête et m’empêchaient de réfléchir. Mon mental était en berne et j’essayais de contourner la peur en attribuant mon imagination débordante au récit funèbre de la veille. Le visage à demi enfoui sous les draps, je cherchais une logique mais, la fatigue aidant, je finis par m’endormir.
  • Très excitant, cela dit inutile de tergiverser. Face à une telle violence, ton imagination a fantasmé.
  • Attends, la suite est plus oppressante et mystérieuse que tu ne le crois… Te rappelles tu du masque déposé sur le coin de la table dans la maison de Molly ?
Je n’osais imaginer une quelconque relation entre le masque présent dans la maison de Molly et celui, ici, emballé dans le carton. Avant que je ne lui réponde, tante Lise se hisse, disparait précipitamment pour réapparaitre, quelques minutes plus tard, le fameux masque à la main en argumentant :
  • De crainte de me retrouver à l‘asile, flanquée d’une étiquette de schizophrène, tu es la seule personne au courant de cette aventure et je te dispense de toute réflexion
Un malaise pesant s’installe et me laisse bouche bée. Est-ce une fiction montée de toute pièce pour me faire comprendre à sa manière qu’elle a deviné mes exploits pendant son absence ? J’en doute. A-t-elle réellement vécu une expérience paranormale ? Difficile à croire. Pourtant les articles traitant de ce sujet sont nombreux. Télépathies, communiquer avec les défunts, sorties de corps, ovnis, esprits de l’au-delà autant de points cabalistiques qui restent inexpliqués. Le surnaturel passionne universitaires et chercheurs de fantômes tandis que les psychiatres ne jugent pas mais écoutent. Bouleversée, j’évoque un rendez-vous oublié pour prendre congé en promettant néanmoins de revenir le week-end prochain. Un affectueux baiser puis, debout dans l’entrée, je jette un dernier regard sur les deux cadres que tante Lise avait remis en place lorsque je flaire une odeur que je reconnais. Du jasmin !
 
Christiane
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Rédigé par Christiane

Publié dans #Ecrire sur des photos

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