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Publié le 23 Mai 2022

SAGA EN MINIATURE

Ce projet consiste à écrire une saga miniature à partir d’une série de photos, en trois séances.

Dans l’esprit d’un logo-rallye, l’histoire se poursuivra avec la présentation, à chaque séance, d’une nouvelle photo dont il faudra tenir compte pour poursuivre l’histoire.

 

Une saga est un genre littéraire développé dans l'Islande médiévale, aux XIIe et XIIIe siècles, consistant en un récit historique en prose, ou bien une fiction ou légende.

De manière plus générale, le terme est également utilisé de manière métaphorique pour désigner une histoire — fictive ou non — qui connaîtrait de nombreux épisodes ou rebondissements.

En ce qui concerne cet atelier, on va se contenter d’un genre nouveau, inventé pour l’occasion : la mini-saga de fiction, construite à partir d’une série de photos sur lesquelles on s’appuiera pour bâtir notre histoire qui devra se dérouler sur un laps de temps assez long.

 

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LES ATELIERS

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LES TEXTES

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Rédigé par Atelier Ecriture

Publié dans #Ecrire sur des photos

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Publié le 23 Mai 2022

En ce jour de l’an de grâce 2022, en ligne, comme pour une course de garçon de café, les concurrents portent sur eux une grande nappe de couleur verte et or, une coupelle rose et orange sur la tête.

Ils sont prêts, tenant dans leurs mains les documents où sont inscrits les consignes et le numéro où ils doivent dresser la table pour recevoir la foule compacte qui attend derrière en rang serré.

La pression est à son comble, on voit sur leur visage l’angoisse se dessiner. Certains sont soucieux devant une telle responsabilité. Les regards sont fixes, ils attendent l’ordre du départ.

Combien sont-ils ? Dix, quinze, ils savent que, comme dans un ballet, tout doit être fait en même temps. Le règlement est formel, on ne peut supporter un retard.

Une fois la nappe étendue, la coupelle doit être parfaitement mise au milieu à portée de chaque invité afin de recevoir les noyaux d’olives de la salade niçoise prévue au menu.

Il venait juste de se garer devant la salle ou se déroulait le repas. Envoyé par son entreprise pour récupérer les noyaux d’olives. Matière première pour la fabrication d’un engrais pour plantes anémiques. Il a déposé ses chaussures à l’entrée, Justin Geste rentra sur la pointe des pieds pour ne pas déranger le public attablé. Justin, employé de l’entreprise Grandirvite, venait juste de décrocher son doctorat après avoir soutenu une thèse sur les bienfaits du noyau, pas celui de l’atome mais bien de l’olive. Aussi ce soir c’est avec une certaine émotion qu’il se saisit de la première coupelle remplie de son précieux chargement. Chargement qu’il glissa avec précaution dans un sac en toile de jute prévu à cet effet. Il ne fallait pas que le noyau se détériore pendant le transport. Justin glissa de table en table sans faire de faux pas sur le sol où parfois par négligence d’un invité, le noyau, objet de ses désirs, était venu terminer sa course. Cet acte de bravoure, Justin l’accomplit avec brio et c’est comme ça, ses sacs remplis, que le cœur de Justin se remplit de bonheur lorsqu’il retrouva ses chaussures qui n’avaient pas bougé. Justin sut qu’il avait réussi sa mission.

Ce soir il pourra être le noyau enfin l’épicentre de la réunion d’entreprise.

Justin avait rangé une partie de ses sacs remplis de son précieux butin près du transept de la cathédrale où se déroulait la réception. Il continua sa récolte de table en table ; l’heure de la fin du repas s’approchait doucement et Justin voulait ne pas laisser un noyau se perdre. Les invités commençaient à se lever et l’ensemble du personnel, ceux qui avaient dressé les tables en étendant les nappes vertes et posé les coupelles, s’affairaient pour faire disparaître les restes du repas. Assiettes, verres, couverts étaient jetés dans de grands sacs jaunes, bleus et verts. Comme pour la mise en place tout se faisait dans un ordre quasi militaire et rien absolument rien n’échappait à la vigilance des employés.

La Nef de la cathédrale se vidait peu à peu quand soudain un cri jaillit :«  Au Feu, Au feu ! »

Tout le monde se retourna et ce fut une cavalcade pour sortir de la cathédrale ou le feu semblait trouver son alimentation dans les rideaux et les poutres de chêne vieilles de plusieurs centaines d’années.

Tous les participant se retrouvèrent sur le parvis et Justin Geste était catastrophé, il n’avait pas pu, dans la bousculade, s’occuper de ses sacs.

Enfin les pompiers venus en urgence réussirent à maîtriser l’incendie.

Comment une telle catastrophe avait-elle pu se faire ? L’enquête de police allait sûrement donner la réponse. En effet, les conclusions furent rapides.

Il s’avéra que l’incendie avait été provoqué par une chandelle allumée, dédiée à la Vierge, qui était tombée sur des sacs remplis de noyaux. La toile de jute qui formait les sacs s’était gorgée d’huile d’olive au contact des noyaux et des restes d’olives. La chandelle en tombant enflamma l’huile, ce qui permit au feu de prendre rapidement des allures de catastrophe.

Fini les rêves de gloire pour Justin qui venait à la fois de perdre sa précieuse cargaison et sa place.

La société Grandirvite ne lui pardonnera pas son inattention.

 

Épilogue

Le monde est parfois cruel, Justin dut récupérer au milieu des décombres quelques sacs qui avaient échappé à la fureur du feu. Il quitta la ville avec ce précieux chargement. Qu’est-il devenu ?

Dans la campagne au dessus de La Trinité, regardez ! Il y a une grande oliveraie, c’est celle de Justin qui a planté ses noyaux sauvés des flammes et qui pour le remercier ceux sont mis à pousser.

 

 

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Rédigé par Bernard

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Publié le 23 Mai 2022

 

Paris, début du XXe siècle..
Une résurgence inattendue. C'est le titre du journal. Mon grand-père le
déchiffre de ses yeux fébriles.
La guerre à peine finie.. c'est ce qu'on croyait en tout cas.
Les cloches de l'église battent la breloque. Le monde redevient fou. À croire
qu'il ne s'arrête jamais.
Papy suit des yeux la lente procession qui passe dans la rue au rythme du silence.
Cagoule rouge sang, vie, amour, mémoire. Cagoule noire deuil, maladie et mort.
C'est pas du Stendhal mais c'est toujours un combat. Pour survivre.
Ses doigts frôlent la petite boîte fleurie qu'il porte en permanence sur lui. Un
fétiche qui le rassure.
Le dernier sursaut de l'épidémie a causé une centaine de morts, dans le milieu
des chiffonniers. Les cagoules noires vont devoir se charger des funérailles. Les
cagoules rouges proposent soins et assistance aux indigents de tous ordres, sous
couvert d'évangélisation.
L'air est chargé de tensions, peur, fatigue, énervement..
Papy n'aime pas les cagoules. Cet anonymat en robe de bure qui affiche pauvreté
et fière bedaine.
La peste est arrivée par bateau en Méditerranée. On connaît maintenant le
bacille responsable. Reste à l'éradiquer pour de bon..
Sa passion à lui.. Les belles mécaniques, les coupés sport, et surtout... Le train.
Il est cheminot et fier de l'être, et suit des yeux le rail comme un rêve éveillé.
L'Orient-Express.. Rouler de Paris jusqu'à Vienne, Budapest, Bucarest, et
peut-être un jour Constantinople. Tout l'intéresse, de la pose des rails au
contrôle des machines, mais surtout la puissance cadencée des convois. Lui est
en cuisine, service restauration. Sa spécialité.. le boudin blanc truffé. Et le
gratin de chou-fleur... Satisfaire au mieux la clientèle aisée, parfois illustre.

Seul avec ses fourneaux, il rêve en malaxant la poitrine de porc et les boyaux
naturels. Taiseux de nature, sensible et méticuleux. Célibataire par choix. À
peine quelques connaissances autour de lui. Un monde à lui seul. La guerre l'a
meurtri. La solitude le rassure.
La nuit parfois il se rêve en gardien d'un phare perdu dans la brume. Avec le
bruit des vagues comme le roulis des trains. Ni dieu ni maître…


Paris, début du 21e siècle..
Les jours succèdent aux nuits, sans l'ombre d'un doute. La planète poursuit sa
course autour du Soleil. Est-ce le rythme qui s'accélère.. la lune un peu plus
folle, les marées plus violentes.. la Seine sort de son lit et vient lécher les voies
sur berges, puis la ville dans son ensemble. Les glaciers fondent, les volcans
semblent sortir d'un sommeil agité. Les terres agricoles desséchées se
craquellent et s'épuisent. Les routes se fissurent comme lassées d'un
transport excessif. Notre-Dame a grillé d'une chaleur irruptive.
Le monde tremble, s'ébroue, transpire. Un déluge de grenouilles, symbole d'un
renouveau à venir.
Le tramway passe sous des arches séculaires, reflet d'un passé glorieux,
s'enfonce dans un tunnel sans fin. À l'intérieur, des clones anonymes semblent
figés dans le temps, face masquée, regard craintif. Un tour du monde immobile,
les yeux rivés sur écran de contrôle.
New age aux allures de Moyen-Âge. Les oiseaux hésitent à chanter.
Les années passent, le monde accélère, l'Homme disparaît au profit d'une masse
informe...
Une aube nouvelle.. un ciel mauve à l'éclat doré. Eve se réveille d'un sommeil
agité, savoure du regard le silence alentour, s'étire langoureusement. Non loin
d'elle, un arbre rescapé. Un pommier.

 

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Rédigé par Nadine

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Publié le 22 Mai 2022

02/05/2022

Une foule immense dans les rues de Paris contre la réforme des retraites

Les manifestations contre la réforme des retraites se sont poursuivies hier, samedi 24 septembre 2022. Selon les organisateurs, 100.000 manifestants se sont pressés sur les champs Elysées, 10.000 selon la police. Dans l’ensemble, la manifestation s’est déroulée dans le calme. Quelques inévitables casseurs ont néanmoins attiré l’attention sur eux. Mais les commerçants, les particuliers et la police ayant pris leurs précautions, les dégâts sont restés limités.

Pour une fois, la gauche et l’extrême droite se sont retrouvées ensemble, marchant presque main dans la main. Il y avait, en tête du cortège, Eric Zemour et Marine Lepen, Jean-Luc Mélenchon et Eric Jadot. Parmi les nombreuses pancartes, on a remarqué certaines empreintes d’un trait d’humour, comme celle qui préconise une grève jusqu’à la retraite. D’autres se veulent plus violentes, plus menaçantes, faisant un jeu de mots entre points et poings.

La mesure phare de la réforme envisagée est en effet, en plus du départ à la retraite (comme en Allemagne) à 67 ans, le basculement vers un régime à points. Ici, dans les Alpes-Maritimes, un certain nombre de salariés, c’est-à-dire plus précisément ceux qui travaillent dans la Principauté de Monaco, sont familier de ce régime. Le salarié accumule un certain nombre de points qui dépendent de ses cotisations, qui, elles, dépendent des mois travaillés et du salaire versé. Donc, plus le salaire est important, plus la carrière est longue, plus le salarié obtient des points. Dans la plupart des différents régimes français actuels, le montant de la retraite dépend des trimestres travaillés et aussi de la rémunération. Alors, quelle est la différence ? allez-vous demander. Voici la réponse : Dans ces régimes, le montant de la retraite ne peut jamais baisser, il est plus ou moins – plutôt moins en fait – indexé sur l’inflation. Par contre, dans le régime à points, le budget disponible pour payer les retraites est divisé par le nombre de points accumulés par les retraités. Ce budget est alimenté par les cotisants, il est donc soumis à des fluctuations. La valeur du point peut donc augmenter, ce qui était notamment le cas à Monaco le 1er mai dernier. Mais la valeur du point peut aussi baisser. Le retraité peut donc voir sa retraite diminuer, et apparemment, le projet de loi ne prévoit aucune retraite minimum, contrairement aux promesses électorales de notre président.

L’Assemblée nationale et le Sénat sont en partie hostiles à cette réforme, les députés et sénateurs de l’opposition risquent d’introduire des nombreux amendements pour perturber les débats et retarder le vote final. Il est donc fort probable que le gouvernement va recourir, comme en mars 2020, à l’article 49.3 de la constitution pour faire passer son projet de loi. Toutefois, il me semble que la rue n’a pas dit son dernier mot.

09/05/2022

Le look distingué de Lee Wang, un Chinois de Hong Kong, résulte aussi bien de son physique que de son style vestimentaire. Il est mince, se tient très droit, ce qui le fait paraître plus grand qu’il ne l’est. Un petit ventre se pointe toutefois depuis quelques mois, dû à l’excellente cuisine de sa belle-mère, un vrai cordon bleu champenois. En vain il s’efforce à contrôler ce début d’embonpoint par des séances régulières de fitness. En ce qui concerne sa façon de s’habiller, il porte presque exclusivement des vêtements faits sur mesure, soit des costards, assortis à des chemises à col italien achetées dans une boutique de luxe, soit, comme aujourd’hui, des vêtements d’aspect décontracté et très confortables. Il est en effet en chemin pour l’aéroport. Son vol pour Hong Kong dure onze heures, il vaut mieux être à l’aise.

Coincé par la manifestation contre la réforme des retraites, son chauffeur et lui ont quitté la voiture pour voir ce qui se passe. Il bouillonne intérieurement, mais paraît calme, attitude qu’il s’efforce d’adopter en toute circonstance. Directeur d’une société d’import-export, il importe des textiles et des microprocesseurs et exporte du champagne, surtout celui venant des vignes de sa belle-famille. Les affaires marchent bien, ce qui lui permet de supporter les conditions de vie en France. Ce ne sont pas les conditions de sa vie privée qui lui posent problème. Il a une belle villa dans la banlieue sud de Paris, avec piscine et terrain de tennis, une belle femme douce et aimante et deux adorables enfants, encore trop petits pour poser des problèmes.

Ce qui le hérisse, ce sont les conditions de travail dans ce pays. Il pouvait prendre cette manifestation comme exemple. Alors qu’en Chine, on travaille jusqu’au moment où vraiment, on n’en peut plus, ici en France, les salariés arrêtent de travailler alors qu’ils sont encore en pleine forme et touchent ensuite une rémunération confortable pour ne rien faire. De même, pendant la vie active, les salariés travaillent 35 heures par semaine, et si on leur demande de faire des heures supplémentaires c’est toute une histoire. Alors qu’en Chine, les gens travaillent volontairement entre 12 et 14 heures par jour, certains dorment même sur leur lieu de travail pour ne pas perdre du temps. Puis, en France, il y a plein de jours fériés, les salariés en profitent pour revendiquer ce qu’ils appellent des ponts, il y a les congés payés, de maternité, de maladie pour le moindre bobo. En Chine, il n’y a qu’une période festive, c’est le nouvel an.


 

16/05/2022

Ce que Lee Wang ne voit pas, c’est que son comptable participe à la manifestation. Ce dernier, par contre, l’observe bien, il voit toute son arrogance, son impatience, tout son mépris pour la classe des travailleurs. Son patron étant un homme intelligent, en tant que comptable, il est assez bien payé, mais il voyait les salaires des manutentionnaires, des simples employés de bureau. Il connait, bien sûr, les bénéfices de l’entreprise, les bénéfices réels et ceux déclarés, puisqu’il maitrise à merveille ce qu’on appelle maintenant l’optimisation fiscale.

Dans la même manifestation, un peu plus loin dans le cortège, il y a aussi la femme de ménage qui assure tous les matins de quatre à sept heures la propreté des bureaux et autres locaux. Payée au SMIC, la semaine précédente, elle avait osé demander une augmentation de salaire, arguant de sa fiabilité, sa ponctualité, son honnêteté, son ancienneté dans l’entreprise. Il l’avait regardée, visiblement amusé, et lui avait répondu qu’il pouvait la remplacer à tout moment, qu’il y avait au moins 10 chômeurs qui seraient heureux d’avoir sa place. Donc, si elle n’était pas contente …

Comme le comptable, elle aussi, elle voit son patron. Contrairement à la discrétion de ce collègue de travail, prise par l’ambiance générale de contestation, par l’illusion de protection distillée par le groupe, elle s’avance vers son patron pour l’insulter. C’est comme si ses camarades de cortège n’attendent que ça. Eux aussi, ils se mettent à insulter ce patron habillé avec élégance. Ils ne le connaissent pas, ne savent rien de lui, mais ils sont solidaire avec son employée. Ils le prennent à partie, le coupent de sa voiture salvatrice, et ce n’est peut-être que grâce à l’arrivée de la police qu’il s’en tire avec quelques bleus et une veste déchirée.

Epilogue :

Ce jour-là, Lee Wang a loupé son avion. A la place, il s’est retiré à la campagne, dans son château récemment acquis. Il a fait venir sa famille et ils ont discuté, son épouse et lui, de l’ingratitude de ses salariés. Puis il a passé un coup de fil à son DRH pour faire licencier la femme de ménage pour faute grave.

 

 

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Rédigé par Iliola

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Publié le 21 Mai 2022

 

Le trentième siècle nous doit des réponses !

En effet ! Nos scientifiques avaient été unanimes à le proclamer et même les oracles l'avaient prédit, ce siècle couronnerait l'aboutissement des travaux qui allaient résoudre tous les problèmes des humains vivant sur notre vieille terre.

Depuis que nos savants et nos techniciens ont vaincu l'espace, l'homme a commencé à investir des planètes dont il ignorait tout, il y a encore trois cents ans. Tout devait donc se dérouler avec bonheur et permettre aux humains des lendemains dénués de tous soucis.

Pourtant, tout ce qui devait être fait, ne l'a pas été . La découverte d'Antarius, magnifique planète, dix fois plus grosse que la terre, avec ses deux soleils et ses trois lunes, a déjà permis à une nombreuse population, triée sur le volet, de s'installer et de se multiplier avec bonheur dans ce nouveau paradis. Mais rappelons-nous ! Ce privilège ne devait pas être réservé à une certaine catégorie d'hommes et de femmes. Tous les humains devaient avoir droit à la vie et pouvoir quitter cette vieille terre stérile où l'eau n'est plus qu'un souvenir lointain et que les tempêtes de sable transforment en déserts arides. Déserts qui s'étendent de jour en jour sans pitié pour les populations de survivants qui attendent avec impatience le droit de quitter cet enfer.

Si quelques vaisseaux se posent encore, c'est uniquement pour distribuer des vivres et de l'eau, afin de continuer à assurer à ces laissés pour compte un espoir de survie de plus en plus précaire. Les gouvernements en place sur Antarius font la sourde oreille et invoquent des prétextes de plus en plus futiles pour retarder leur arrivées sur ce nouveau monde. Que devons-nous penser ? Allons-nous les laisser périr pour la simple raison qu'ils ne correspondent pas aux nouvelles normes de vie ?

Il est vrai que ces populations sont encore animées par leur foi et honorent des dieux qui n'ont plus leurs places sous ces nouveaux cieux. Ils regardent encore le ciel de notre vieille terre avec l'espoir d'apercevoir l'ange libérateur qui viendra à leur secours. Serrés, le uns contre les autres, pour se protéger des vents de sable, ils conservent l'espoir que les hommes aient encore, dans leurs cœurs, une petite place pour l'humanité.

La question se pose. Nos dirigeants vont-ils attendre que le problème se règle de lui même dans le temps ?

Nous, témoins de notre temps, exigeons des réponses, même si nos questions dérangent... Il serait bienvenu qu'un de nos estimables historiens se souviennent du nom d'un ancien navire, loin dans l'histoire, qui avait été baptisé " EXODUS "...

...

Scientifique de premier plan, sur la planète " Antarius ", Tahidja avait convoqué son subordonné Claodius. Elle venait de subir quatre espaces temps de punition à cause de lui et tenait à le mettre en garde contre un nouveau relâchement coupable envers les dogmes prônés par les sages dirigeants de cette planète.

Vêtue d'une belle robe rouge sang qui s'accordait avec bonheur à sa coiffe brune, elle l'attendait, assise sur un fauteuil, les deux pieds posés sur une vieille mappemonde, vestige des temps passés.

Jeune homme, à la fois mince et élégant dans son bel uniforme blanc et noir, Claodius se présenta à elle un sourire éclatant aux lèvres, mais ses yeux disaient le contraire et ils avaient du mal à cacher une certaine appréhension.

- Bonjour Tahidja. Je te prie d'excuser mon retard à venir saluer ton retour, mais j'ai été envoyé en mission sur la Terre et les liaisons avec celle-ci sont toujours sujettes à beaucoup de contraintes.

- Bonjour Claodius. Je vois que tes centres d’intérêts sont restés les mêmes. Je te rappelle, néanmoins que la punition que j'ai subie est le résultat de tes prises de position concernant les populations qui sont restées sur terre. Tu sais qu'étant ta supérieure je suis responsable de tes lubies et les sages ne me pardonneront pas de faire preuve, une nouvelle fois, de laxisme envers le jeune fou que tu es. En terme clair, si tu insistes dans cette voie tu te retrouveras seul face à tes juges… De toute façon, je pense que le problème a été résolu avec le temps et que tes attentions vont se porter désormais au bénéfice de la vie sur Antarius.

- Ne m'en veux pas Tahidja, je sais que je suis responsable de mes écrits mais la mission que je viens de d’exécuter sur terre me donne raison. Ces hommes et ces femmes que nous avons abandonnés à leur sort, ont développé des ressources de survie remarquables. Dans leur lutte pour leur existence journalière, ces nouvelles générations d'humains, ont réappris les gestes du passé. Grace à des vieux outils, retrouvés dans les ruines, ils ont creusé le sol pour trouver de l'eau. Ils cultivent la terre et la respectent. Celle-ci le leur rend bien en laissant pousser de la nourriture. La nature s'est calmée et les tempêtes se sont rendormies. Leur soleil s'éteint doucement, dans la plénitude des quelques milliers d'années terrestres qui lui restent à vivre. Ils ne dépendent plus de nous, mais le plus important c'est qu'ils ont reçu la visite d'un être humain venu d'on ne sait où qui va de village en village prêcher la non violence et la tolérance et il leur promet la vie éternelle… pas la nôtre… la leur, celle de Dieu. Il est grand, ses yeux sont clairs, à la fois bienveillant et sans partage. Il raconte qu'un de ses ancêtres lointain est mort cloué sur des bouts de bois, mais qu'à sa mort des êtres, brillants comme des éclairs, sont venus le chercher, lui ont rendu la vie et l'on emmené au paradis. Et il promet ce paradis à tous ceux et à toutes celles qui respecteront les préceptes d'une vie paisible.

- Comment se nomme ce homme Claodius ?

-Il dit s'appeler "Expérios" et les Terriens commencent à bâtir des temples pour l'honorer.

-Nous aussi nous avons nos temples et nos saints, Claodius.

-Nos temples, Tahidja, sont les laboratoires qui nous tiennent en respect, grâce aux traitements que nous devons assimiler dans nos organismes et les saints que nous honorons sont les professeurs et les savants qui sont les véritables maitres d'Antarius. Quant à la vie éternelle qu'ils nous promettent elle est liée à tellement de contraintes que je retrouve, à travers elles, les notions d'esclavage des temps passés. Et...

-Prends garde Claodius, modère tes paroles, je ne te sauverai pas une deuxième fois. Tu pourrais payer cher ton admiration pour ces culs terreux.

-Rends-toi compte Tahidja. Ils viennent d'inventer la roue !

- La roue ? c'est quoi ça ? et ça sert à quoi ?

Alors que l'obscurité prenait tout doucement possession de la place où s'était réunie l'assemblée des villageois après une dure journée de labeur, Experios apparut dans la faible clarté dansante des flammes que dispensait un feu central qui ne se nourrissait plus que de cendres et de braises. Tous ceux qui étaient présents se levèrent, à tour de rôle, et regagnèrent leurs abris de chaume et de boue. En un instant le silence se fit, même le feu ne crépitait plus. Lui aussi prétendait à son repos.

- Alors Claodius, comment se passe ton séjour sur cette vieille planète qui a été le berceau de tes ancêtres ? Que diras-tu à Tahidja ?

- Je ne sais pas. Tout est trop différent ici. Nous ne vivons pas comme vous. Tout est organisé pour que nous n'ayons pas à nous soucier du jour ou du lendemain. Les sages qui dirigent nos existences nous donnent la marche à suivre et nous ne dépassons pas les lignes interdites.

- Claodius, vous ne vivez pas vous survivez. Vous avez établi des quotas de population, vous refusez la mort et vos corps ne sont plus que des laboratoires d'essai. Vous n’êtes plus des êtres humains mais des machines nourries par d'autres machines qui vous surpassent et qui vous punissent au moindre faux pas...

Ils parlèrent, ainsi, toute la nuit. Arguments contre arguments, vérités contre vérités. L'aurore se manifesta sans que Claodius ne s'en rendit compte. Expérios lui prit le bras, l'aida à se relever et lui dit :

- Viens, je vais te montrer ce qu'est la vie. Regarde au delà de cette montagne la lumière va redonner naissance à ce qui nous entoure. Tu vois cette lueur rouge incendiaire qui commence à envahir le ciel, elle va se transformer en rayons éclatants au fur et à mesure que l'astre divin grandira dans le ciel. Ouvre tes yeux, un rayon s'approche et éclaire, maintenant, un endroit précis. Ne vois-tu rien ?

- Je vois un de ces tapis verts que vous appelez de l'herbe...

- Regarde mieux ! Au milieu de ce champ verdoyant, ce que tu vois s'appelle une fleur. Elle n'était pas là hier soir quand nous débattions, et ce miracle porte un nom.

- Oui ? lequel ?

- La vie ! Claodius, la vie ! Sa tige est sortie de terre, son bourgeon s'est ouvert et ses pétales recueillent la rosée bienfaisante du matin et la douce chaleur du soleil lui permet de resplendir et d'agrémenter par sa beauté la nature qui nous entoure.

- Qui êtes vous Expérios ? D'où venez-vous ? Quel est votre rôle dans cette tragédie ?

- Claodius, je suis celui qui est venu. Et toi tu es celui qui reviendra. D'autres que moi sont arrivés sur terre et ont dû repartir vers d'autres cieux. Pour l'instant ma page est remplie d'écriture. Quand la plume décidera du point final, une autre histoire commencera. Peut être la tienne. Pour l'instant, repars sur Antarius, va raconter à Tahidja ce que tu as vu ici. Et dis-lui que sur Terre les hommes ont du sang dans leurs veines. Dis-lui qu'ils enfantent eux-mêmes leurs descendants. Dis-lui qu'ils n'ont pas peur de la mort. Dis-lui qu'ils croient fermement à leur résurrection. Dis-lui qu'ils font tout pour laisser leur foi en héritage à leurs enfants. Dis-lui qu'ils ne volent pas la sève de leurs arbres, car ils sont leurs temples et qu'ils les vénèrent. Et surtout dis-lui qu'ils restent sur Antarius et qu'ils nous laissent vivre et mourir dans la quiétude et la sérénité qui sont les nôtres.

- Pourrais-je revenir après avoir délivré mon témoignage à Tahidja ?

- Tu reviendras, car cela est écrit dans ta page et que jusqu'à ton point final, ton devoir envers les hommes va être plus fort que tout. Tu mourras quand ton heure viendra. Va et reviens vite. Je t'attends.


 

Claodius ne trouva pas les mots pour témoigner aux habitants d'Antarius tous les miracles auxquels il avait assisté et qui avaient transformé sa façon de penser. Son environnement était fait d'acier et de baies vitrées. Pas question de champs verdoyants et encore moins de fleurs. Tout était gris uniforme et trop bien fait. Aucun défaut ne venait agresser la vue de tout un chacun. Les soleils et les lunes ne dispensaient que la peur écrasante de les voir tomber. La pluie était malvenue et la rosée n'existait pas dans le langage d'Antarius. La science s'était emparée de tout et de tous.

Retournera- t-il sur Terre ou Espérios l'attend ? Il faudra, pour cela, admettre la mort et l'accepter comme une fin de vie naturelle et non comme sur Antarius un dysfonctionnement malencontreux. Mais, après tout, si la vie est à ce prix-là. Pourquoi pas !

 

Fernand

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Rédigé par Fernand

Publié dans #Ecrire sur des photos

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Publié le 21 Mai 2022

 

ATELIER :

Clichés et épilogue

 

LECTURE :

épilogue de "Millénium 5, La fille qui rendait coup pour coup"  - Stieg LARSSON

 

SUJET :

Terminez votre histoire selon deux possibilités :

- soit utiliser la photo pour faire la chute et terminer par un épilogue sans rapport avec la photo.

- soit faire une chute sans recourir à la photo et vous inspirer de cette dernière pour rédiger votre épilogue.

Et bien sûr, vous pouvez toujours utiliser sommaire et/ou ellipse si besoin pour avancer dans le temps et conclure votre belle histoire et n’oubliez pas de traquer les clichés !

 

Clic sur les bandes d'images pour les agrandir..

ATELIER 3 : CLICHÉS ET ÉPILOGUE
ATELIER 3 : CLICHÉS ET ÉPILOGUE
ATELIER 3 : CLICHÉS ET ÉPILOGUE
ATELIER 3 : CLICHÉS ET ÉPILOGUE

LES TEXTES

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 21 Mai 2022

 

Alors que l'obscurité prenait tout doucement possession de la place où s'était réunie l'assemblée des villageois après une dure journée de labeur, Experios apparut dans la faible clarté dansante des flammes que dispensait un feu central qui ne se nourrissait plus que de cendres et de braises. Tous ceux qui étaient présents se levèrent, à tour de rôle, et regagnèrent leurs abris de chaume et de boue. En un instant le silence se fit, même le feu ne crépitait plus. Lui aussi prétendait à son repos.

- Alors Claodius, comment se passe ton séjour sur cette vieille planète qui a été le berceau de tes ancêtres ? Que diras-tu à Tahidja ?

- Je ne sais pas. Tout est trop différent ici. Nous ne vivons pas comme vous. Tout est organisé pour que nous n'ayons pas à nous soucier du jour ou du lendemain. Les sages qui dirigent nos existences nous donnent la marche à suivre et nous ne dépassons pas les lignes interdites.

- Claodius, vous ne vivez pas vous survivez. Vous avez établi des quotas de population, vous refusez la mort et vos corps ne sont plus que des laboratoires d'essai. Vous n’êtes plus des êtres humains mais des machines nourries par d'autres machines qui vous surpassent et qui vous punissent au moindre faux pas...

Ils parlèrent, ainsi, toute la nuit. Arguments contre arguments, vérités contre vérités. L'aurore se manifesta sans que Claodius ne s'en rendit compte. Expérios lui prit le bras, l'aida à se relever et lui dit :

- Viens, je vais te montrer ce qu'est la vie. Regarde au delà de cette montagne la lumière va redonner naissance à ce qui nous entoure. Tu vois cette lueur rouge incendiaire qui commence à envahir le ciel, elle va se transformer en rayons éclatants au fur et à mesure que l'astre divin grandira dans le ciel. Ouvre tes yeux, un rayon s'approche et éclaire, maintenant, un endroit précis. Ne vois-tu rien ?

- Je vois un de ces tapis verts que vous appelez de l'herbe...

- Regarde mieux ! Au milieu de ce champ verdoyant, ce que tu vois s'appelle une fleur. Elle n'était pas là hier soir quand nous débattions, et ce miracle porte un nom.

- Oui ? lequel ?

- La vie ! Claodius, la vie ! Sa tige est sortie de terre, son bourgeon s'est ouvert et ses pétales recueillent la rosée bienfaisante du matin et la douce chaleur du soleil lui permet de resplendir et d'agrémenter par sa beauté la nature qui nous entoure.

- Qui êtes vous Expérios ? D'où venez-vous ? Quel est votre rôle dans cette tragédie ?

- Claodius, je suis celui qui est venu. Et toi tu es celui qui reviendra. D'autres que moi sont arrivés sur terre et ont dû repartir vers d'autres cieux. Pour l'instant ma page est remplie d'écriture. Quand la plume décidera du point final, une autre histoire commencera. Peut être la tienne. Pour l'instant, repars sur Antarius, va raconter à Tahidja ce que tu as vu ici. Et dis-lui que sur Terre les hommes ont du sang dans leurs veines. Dis-lui qu'ils enfantent eux-mêmes leurs descendants. Dis-lui qu'ils n'ont pas peur de la mort. Dis-lui qu'ils croient fermement à leur résurrection. Dis-lui qu'ils font tout pour laisser leur foi en héritage à leurs enfants. Dis-lui qu'ils ne volent pas la sève de leurs arbres, car ils sont leurs temples et qu'ils les vénèrent. Et surtout dis-lui qu'ils restent sur Antarius et qu'ils nous laissent vivre et mourir dans la quiétude et la sérénité qui sont les nôtres.

- Pourrais-je revenir après avoir délivré mon témoignage à Tahidja ?

- Tu reviendras, car cela est écrit dans ta page et que jusqu'à ton point final, ton devoir envers les hommes va être plus fort que tout. Tu mourras quand ton heure viendra. Va et reviens vite. Je t'attends.

 

Claodius ne trouva pas les mots pour témoigner aux habitants d'Antarius tous les miracles auxquels il avait assisté et qui avaient transformé sa façon de penser. Son environnement était fait d'acier et de baies vitrées. Pas question de champs verdoyants et encore moins de fleurs. Tout était gris uniforme et trop bien fait. Aucun défaut ne venait agresser la vue de tout un chacun. Les soleils et les lunes ne dispensaient que la peur écrasante de les voir tomber. La pluie était malvenue et la rosée n'existait pas dans le langage d'Antarius. La science s'était emparée de tout et de tous.

Retournera- t-il sur Terre ou Espérios l'attend ? Il faudra, pour cela, admettre la mort et l'accepter comme une fin de vie naturelle et non comme sur Antarius un dysfonctionnement malencontreux. Mais, après tout, si la vie est à ce prix-là. Pourquoi pas !


 

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Rédigé par Fernand

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Publié le 19 Mai 2022

Mariage dans la communauté Italienne

« Ce 6 juin 1937, dans notre petit village de Pierrebrune, dans le Var, a eu lieu le mariage de Pietro Cadossi, fils de Marcello Cadossi, notre boulanger bien-aimé. On vous rappelle que Pietro Cadossi, originaire de Sicile, est arrivé chez nous en 1920 à l’âge de huit ans, emmené par ses parents et accompagné de ses nombreux frères et sœurs. Cette famille exemplaire a donc pris racine à Pierrebrune, où Marcello a succédé dans son commerce à Gaston Fabre, un vrai Pierrebrunois, décédé accidentellement début 1920.-

Nous félicitons les Cadossi, qui ont su rapidement se faire apprécier de tous par leur droiture et leur goût du travail bien fait. Aujourd’hui Pietro, associé depuis peu à son père, vient d’épouser Louise, la charmante fille de notre médecin, le Docteur Barbier.

Afin de fêter cette union, Pietro a confectionné de nombreux petits gâteaux siciliens, les « cannoli », qu’il a le plaisir, à l’issue de la cérémonie religieuse, d’offrir à la dégustation de tous les Pierrebrunois, avec une coupe de champagne, en l’honneur de son mariage.

Tout le village est présent, à la sortie de l’église, afin d’offrir ses vœux de bonheur au jeune couple et à ses parents. La mariée, particulièrement en beauté, et son jeune époux ne cachent pas leur joie après la bénédiction du Père Ricard. Souhaitons-leur de nombreux petits Pierrebrunois pour peupler le village. »

D’Octave Bichou, envoyé spécial à Pierrebrune.

______________________________________________

Enfance

Le Docteur Barbier, qui exerce à Pierrebrune depuis la fin de la Grande Guerre, est empli d’émotion de voir sa fille Louise si belle dans sa robe immaculée, cette robe qui symbolise la virginité de la jeune fille. C’est tellement important pour lui que tout le village constate que sa fille arrive pure au mariage. Les Cadossi sont de braves gens, malgré leur condition sociale modeste, ce qui ne gêne pas le Médecin. Certains marmonnent que Louise aurait pu viser plus haut, le fils du Notaire, par exemple, ou le jeune vétérinaire du village voisin. Boulanger, ce n’est pas une situation extraordinaire pour le gendre d’un médecin, et en plus il n’est même pas Français !

Même si le Docteur Barbier ne le montre pas, il est bien content que sa petite Louise (petite, façon de parler, trente-quatre ans bientôt, certains la traitaient de « vieille fille »), que Louise, donc, ait enfin trouvé un mari ! Avec ce qu’il lui est arrivé autrefois…

Avant 1914, donc, les Barbier habitaient une maison dans l’Oise. Ils n’ont rejoint le Var qu’après la fin de la guerre. Le médecin a voulu alors reconstruire ailleurs sa vie et celle de sa famille, après les « évènements », comme ils disent. Non, ce n’est pas la guerre qu’ils nomment ainsi, les Barbier, c’est le malheur arrivé à leur fille au début de la guerre, lorsque les Boches avaient voulu envahir notre Pays en passant la Marne. Nos courageux soldats sont montés en taxis parisiens pour « bouter » l’ennemi hors de nos frontières. Hélas, le Docteur Barbier et son épouse, qui résidaient près de Compiègne, ont de bien tristes souvenirs de cette époque. Ils ont vu un jour leur fillette de douze ans revenir en pleurs des abords de la forêt de Compiègne, la robe à moitié arrachée, les jambes couvertes de sang.

Pourtant, ils avaient interdit à Louise d’aller se promener seule là-bas, ils étaient constamment inquiets en ces moments difficiles. A son arrivée, bouleversés par ses hurlements, ils l’avaient prise dans les bras, avaient essayé en vain de la consoler, de sécher ses larmes. Ils l’avaient soignée, et tenté de recueillir ses confidences. Ils avaient rapidement compris qu’elle avait été prise à partie par des militaires, Français ou Allemands, ils n’ont jamais su. La terrible réalité s’était dévoilée à leurs yeux horrifiés : leur gamine de douze ans avait été sauvagement abusée par ces hommes. Elle n’avait pas vraiment compris ce qu’on lui avait fait, mais elle en ressentait toute l’horreur dans son jeune corps. Les hommes restant au village, rapidement informés par la rumeur du voisinage, s’étaient ligués pour partir à la recherche des coupables, mais n’avaient rien trouvé malgré les efforts déployés. Cependant, ils n’avaient pas connu la terrible conséquence de ces faits : malgré son jeune âge, Louise s’était retrouvée enceinte ! Et le Docteur Barbier, qui était si fier du nombre de bébés qu’il avait mis au monde, se vit contraint, dans le plus grand secret, de provoquer un avortement sur sa propre fille, pour tenter de préserver son avenir. Sa décision fut prise très rapidement, après une conversation à cœur ouvert avec son épouse, aussi effondrée que lui de cet acte interdit par Dieu et par la loi française. Ils essayèrent tous deux de trouver les mots justes pour expliquer à Louise cet acte qu’ils réprouvaient, mais qui, à leurs yeux, était le seul moyen pour leur fille de se construire un jour une vie presque normale. La jeune Louise, toujours extrêmement traumatisée par le viol subi deux mois plus tôt, se laissa « soigner » par le médecin, sans vraiment réaliser l’enjeu de cet acte. Elle ne comprit vraiment que deux ou trois ans plus tard qu’elle avait failli se trouver maman à moins de treize ans, et elle en subit un autre choc qui fit d’elle une ado révoltée et agressive envers ses parents, qui avaient décidé pour elle de son avenir de femme.

La famille Barbier, à la fin de la guerre, quitta sa région d’origine pour descendre dans le midi et recommencer une nouvelle vie. Là, personne ne savait. Tous trois avaient l’impression de pouvoir se reconstruire dans ce pays Varois, si plaisant sous le soleil. Le village de Pierrebrune se montra accueillant, la jeune fille passa ses deux bachots au Lycée de Toulon, avant de revenir au village servir de secrétaire au bon Docteur Barbier. La vie se déroulait tranquillement pour eux à la campagne, Louise s’était fait des camarades de son âge au village, elle allait au bal, était invitée à la noce de l’une ou l’autre de ses copines. On disait qu’elle avait mauvais caractère, et que c’était pour cela qu’elle n’avait pas d’amoureux…jusqu’au jour où le beau Pietro osa enfin lui déclarer sa flamme. Ils se fréquentèrent au moins deux ans avant de parler mariage. C’est vrai, Pietro avait quelques années de moins que Louise, mais il était doux et patient, avait toujours le sourire malgré les sautes d’humeur de sa fiancée. Il semblait si fort, un vrai pilier pour Louise qui ne lui avait jamais confié le drame de sa vie. Pietro la sentait toujours sur la réserve, il pensait que c’était de la timidité de sa part, qu’elle attendait d’avoir la bague au doigt pour répondre à sa tendresse. Il la respectait pour cela. Mais Louise, elle, était tourmentée par ce qu’elle cachait à Pietro. Arriverait-elle un jour à tout lui raconter ?

_______________

Epilogue

Malgré ses doutes, ses sautes d’humeur et ses blessures secrètes, Louise connaîtra une vie heureuse grâce à l’amour de son bel Italien. Pietro sera un bon mari, un bon père pour les deux petites filles qui viendront apporter du bonheur dans leur foyer. Au moment de la seconde guerre mondiale, leur couple fut mit à l’épreuve lorsque la guerre les sépara : Pietro, devenu Français par son mariage avec Louise, se battit sous l’uniforme de son pays d’adoption. Retenu prisonnier pendant trois ans en Allemagne, il fut libéré par anticipation avant la fin du conflit : la naissance de ses filles – des jumelles- au tout début de la guerre lui permit d’être reconnu comme soutien de famille et il eut le droit un beau jour de rejoindre sa famille. C’est ainsi qu’il se retrouva dans un train de nuit qui, parti quelques heures plus tôt d’Allemagne, longeait maintenant la forêt de Compiègne, noire et touffue, dans un paysage dévasté par les tirs d’artillerie. Là, il évoqua en pensée le triste sort que des soldats, lors de la guerre précédente, avaient fait subir à Louise, son épouse, à l’époque une toute jeune fille âgée de douze ans à peine. Et il revit le jour où, trois mois après leur mariage, son beau-père, le Docteur Barbier, après avoir examiné Louise, avait confirmé aux jeunes époux qu’ils seraient parents au début de l’année suivante. La jeune femme avait alors fondu en larmes, et avait raconté en détail tout ce qu’elle cachait à tous depuis plus de vingt ans. Le récit des violences subies par Louise à cette époque plongea Pietro dans l’horreur, il pleura avec elle, rempli de compassion devant ses souffrances. Il comprenait enfin pourquoi, malgré leur amour, Louise montrait souvent des réticences dans leur vie intime. Il se promit d’aimer profondément toute sa vie cette petite femme profondément blessée et pourtant si courageuse, qui se sentait encore si mal, mais qui, malgré tout, avait choisi la vie.

Lors de sa mobilisation en 39, il lui avait solennellement promis de revenir vivant, pour elle et pour leurs deux petites de quatorze mois. Et dans ce train de nuit qui le ramenait vers les siens, Pietro imaginait entendre le babillage de ses filles, le rire de son épouse, il sentait déjà la bonne odeur du pain croustillant sortant du four.

Reprendre sa vie, son beau métier de boulanger, pour construire l’avenir de ses filles. Et un jour, la guerre finie, pouvoir emmener toute sa famille en Sicile. Il avait hâte de leur montrer les côtes battues par la mer, les champs d’oliviers et d’orangers, ces oranges qui, dans sa mémoire de petit enfant qui avait quitté son pays à huit ans, étaient aussi grosses que des pamplemousses ! Il pourrait aussi rendre visite à sa grand-mère à Catania, et lui présenter Louise et les jumelles, dont il était si fier. Pietro gardait en permanence contre son cœur le portrait de ses « trois femmes », comme il disait. Lorsqu’il était encore prisonnier en Allemagne, il avait montré les photos à la paysanne chez laquelle il avait été envoyé pour aider à la ferme. C’était une brave femme, dont le mari et le fils aîné avaient été tués à la guerre. Elle était émue de voir une si belle famille, et Pietro avait partagé sa souffrance à elle.

C’est le cœur plein d’amour et d’espérance qu’il roulait maintenant vers les siens, en ces temps d’une guerre qui ne s’achevait pas…

Le train longeait des routes où se pressait une foule de réfugiés, encombrés de leurs biens hétéroclites. A chaque instant, les prisonniers libérés qui se dirigeaient vers le sud risquaient leur vie dans le train du retour. Ils craignaient d’être pris pour cible…

Pourtant, Pietro savait au fond de son cœur qu’il arriverait dans le Var sain et sauf, il l’avait promis à Louise !


 

Annie TIBERIO

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Rédigé par Annie

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Publié le 19 Mai 2022

A l'âge ou l'on fabriquait nos carrioles, du temps des bals populaires , des fêtes printanières, dès le moi de mai, les ouvriers parisiens, et les autres ,allaient guincher. Les hommes, la casquette rivée sur la tête, la cigarette sur l'oreille, jouaient les marlous. Les femmes pudibondes, la bouche cachée par leur éventail, jouaient de leurs mirettes pour communiquer. Puis c'était la promenade en barque sur la Marne ou la Durance, les provinciaux n'étaient pas en reste. Dés 1947, 1948 les revendications sociales, les grèves pour avoir trois semaines de congés payés, le monde ouvrier bousculé par le parti communiste, le Ku Klux Klan sévissait en Amérique. Et puis, et puis, nous poursuivrons la semaine prochaine.

Bien que niçois, dans les années 1945, 1950, je m'étais exilé dans un petit village de l'arrière-pays nommé Briscaille. Ce jour-là, en sortant du train des Pignes à Puget-Théniers, je vis descendre d'un autre wagon une jeune femme très élégante entièrement vêtue de violet, coiffée d'une capeline agrémentée d'un ruban mauve. Mon village était le seul desservi par un tortillard qui faisait plusieurs arrêts avant d'arriver au terminus. En peu de temps tout le village connut la nouvelle et fut surpris de la voir s'installer dans la vieille auberge fermée depuis un an. Ne sachant rien d'elle le Maire la surnomma avec beaucoup d'élégance : Aubergine. Elle fit venir des entrepreneurs pour restaurer la salle de restaurant, la façade et un petit espace couvert d'une tonnelle pour accueillir quelques clients aux beaux jours. Elle venait souvent au village boire un café, s'intéressait à la vie de la communauté. Lorsque les travaux furent terminés elle pendit la crémaillère. Tous les Briscaillais et beaucoup de ses amis niçois furent invités. Le soleil étant de la partie, le village connut une animation comme jamais auparavant. Une jeune fille lui ressemblant et un jeune garçon d'environ quatre ans restèrent à l'auberge. Le dimanche suivant quelques amis d'amis vinrent déjeuner puis le village retrouva sa tranquillité. Aubergine qui ne manquait pas d'idées alla voir le patron du bistro pour lui proposer d'organiser ensemble un tournoi de belote. Si le nombre d'inscrits tenait dans son café, le tournoi aurait lieu chez lui sinon, il se ferait à l'auberge et ils partageraient les bénéfices. Quelques villageois participèrent à la soirée qui se tint dans le village 

Ce fut une soirée très réussie et une quinzaine de jours plus tard quand elle lança l'idée d'une soirée « LOTO ». L’engouement fut tel qu'elle se déroula à l'auberge dans les mêmes conditions de rémunérations. La télé n'étant pas encore arrivée à Briscaille elle fit des samedis après-midi cinéma car l'hiver approchait et les nuits étaient froides. A l'ouverture de la chasse, plusieurs chambres furent louées car le gibier ne manquait pas sur ces hauteurs. Deux ans passèrent avec une clientèle qui leur permit de garder l'auberge ouverte. Le garçonnet grandissait, il fréquenta l'école de Puget-Thénier en pension car le tortillard ne faisait le trajet que les weekends. Il se fit des copains et cette vie lui plaisait bien...

Mais qui était cette « Aubergine » ? Son accent slave laissait supposer soit une princesse russe émigrée ou rejetée par le pouvoir en place, soit une aventureuse délaissée par son Soutien ? Vous le saurez ou pas, la semaine prochaine !

Je sens cette histoire aussi trouble que ce tableau. Les années ont passé, Aubergine a quitté Briscaille depuis longtemps. Au début quelques lettres sont parvenues à l'auberge dans laquelle sa sœur a repris la gestion avec beaucoup de réussite. Les terrains à bâtir n'étant pas chers, de modestes maisons et des villas huppées furent construites près du village. Des boutiques ouvrirent dans la rue principale, dont une supérette d'un logo connu. Des artistes-peintres et photographes de renom séjournèrent à l'auberge, exposèrent leurs œuvres. Briscaille ressembla de plus en plus à un petit « Saint-Paul » où à la belle saison les jeux de boules de l'auberge ne désemplissaient pas. Pendant des années, l'essor de ce village se maintint au détriment de quelques anciens défavorisés qui ne voyaient pas ce bouleversement d'un bon œil. La jeune sœur d'Aubergine était devenue une très jolie femme très courtisée qui menait son affaire de main ferme. Toujours vêtue en mauve parme elle était connue sous le nom de Violette. Son jeune fils maintenant avocat s’intéressait au devenir du village. Il briguait la mairie car le maire actuel pourtant compétent, mais vieillissant, se sentait dépassé par l'évolution rapide de Briscaille. Pourtant malgré cette réussite apparente, des doutes et une zone d'ombre persistaient. Qu'était devenue Aubergine ? Quand on l'évoquait devant sa sœur, Violette détournait la conversation, un voile de tristesse dans ses yeux. Puis, en 2021 les événements à venir se précisaient en Russie. Alors Violette nous avoua que sa sœur et elle étaient nées en Russie, mais naturalisées françaises. En quittant Briscaille, Aubergine était entrée en URSS pour retrouver de la famille et avait été emprisonnée par les autorités. Libérée depuis peu elle espérait pouvoir revenir au village qui l'avait adoptée. De nombreux ressortissants russes fortunés avaient élu domicile dans ce village. Alors que jusqu'à ce jour la population vivait en bonne intelligence, l'invasion de l'Ukraine par la Russie jeta un froid dans les relations entre les communautés. Un trouble aussi profond que sur la photo plana sur le village. Pour dissiper ce malentendu les immigrés demandèrent au maire de rassembler tous les habitants pour qu'ils s'expliquent sur leurs désaccords de cette invasion. Alors qu'un samedi soir du mois de juin la place du village et les rues et ruelles étaient décorées pour fêter « la Saint-Briscaille » , comme dans un conte de fée, on vit sortir d'un taxi Angélique s'appuyant sur une canne, vieillie, mais resplendissante de bonheur de retrouver son « chez elle ».

 

Louis

 

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Rédigé par Louis

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Publié le 19 Mai 2022

Je sens cette histoire aussi trouble que ce tableau. Les années ont passé, Aubergine a quitté Briscaille depuis longtemps. Au début quelques lettres sont parvenues à l'auberge dans laquelle sa sœur a repris la gestion avec beaucoup de réussite. Les terrains à bâtir n'étant pas chers, de modestes maisons et des villas huppées furent construites près du village. Des boutiques ouvrirent dans la rue principale, dont une supérette d'un logo connu. Des artistes-peintres et photographes de renom séjournèrent à l'auberge, exposèrent leurs œuvres. Briscaille ressembla de plus en plus à un petit « Saint-Paul » où à la belle saison les jeux de boules de l'auberge ne désemplissaient pas. Pendant des années, l'essor de ce village se maintint au détriment de quelques anciens défavorisés qui ne voyaient pas ce bouleversement d'un bon œil. La jeune sœur d'Aubergine était devenue une très jolie femme très courtisée qui menait son affaire de main ferme. Toujours vêtue en mauve parme elle était connue sous le nom de Violette. Son jeune fils maintenant avocat s’intéressait au devenir du village. Il briguait la mairie car le maire actuel pourtant compétent, mais vieillissant, se sentait dépassé par l'évolution rapide de Briscaille. Pourtant malgré cette réussite apparente, des doutes et une zone d'ombre persistaient. Qu'était devenue Aubergine ? Quand on l'évoquait devant sa sœur, Violette détournait la conversation, un voile de tristesse dans ses yeux. Puis, en 2021 les événements à venir se précisaient en Russie. Alors Violette nous avoua que sa sœur et elle étaient nées en Russie, mais naturalisées françaises. En quittant Briscaille, Aubergine était entrée en URSS pour retrouver de la famille et avait été emprisonnée par les autorités. Libérée depuis peu elle espérait pouvoir revenir au village qui l'avait adoptée. De nombreux ressortissants russes fortunés avaient élu domicile dans ce village. Alors que jusqu'à ce jour la population vivait en bonne intelligence, l'invasion de l'Ukraine par la Russie jeta un froid dans les relations entre les communautés. Un trouble aussi profond que sur la photo plana sur le village. Pour dissiper ce malentendu les immigrés demandèrent au maire de rassembler tous les habitants pour qu'ils s'expliquent sur leurs désaccords de cette invasion. Alors qu'un samedi soir du mois de juin la place du village et les rues et ruelles étaient décorées pour fêter « la Saint-Briscaille » , comme dans un conte de fée, on vit sortir d'un taxi Angélique s'appuyant sur une canne, vieillie, mais resplendissante de bonheur de retrouver son « chez elle ».

Louis

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