Publié le 31 Décembre 2023

Personnage

Marjolaine LEANDRI, avait eue la chance de gagner le premier prix d’un concours organisé par son magazine préféré : NOUS TROIS, avec en sous titre, Moi, mon mari et l’autre. Ce prix consistait en une magnifique croisière en Méditerranée pour une personne. A noter que cette croisière était, normalement réservée à des célibataires, dans le but évident de favoriser les rencontres.

Marjolaine, la cinquantaine épanouie, dotée d’un physique que l’on pourrait dire confortable, aurait pu être belle si les circonstances de sa vie l’avaient guidée sur d’autres chemins. Mariée à un homme qui se considérait au dessus de tout et mère de deux garçons dont l’option principale de vie était l’ingratitude, elle passerait son temps à pleurer si son imagination ne lui permettait pas de fantasmer sur des situations de vengeances plus sournoises les unes que les autres.

Son emploi de caissière d’un grand supermarché ne lui procurait pas une motivation capable de lui faire oublier les tracasseries d’un foyer où elle continuait une journée de contraintes encore plus pénible que celle qu’elle venait de quitter.

Elle avait demandé à ses collègues de travail de l’appeler Cendrillon. Pourquoi ? lui demandait-on, parce que ! répondait-elle.

Dans sa famille Marjolaine était considérée comme une gourde. Son caractère un peu simpliste lui permettait de s’isoler et de ne pas avoir à supporter les matchs de foot qui encombraient la télé. Mais, en contre partie , ça lui laissait la liberté de s’évader vers d’autres mondes. Et là, grâce à ce concours elle allait pouvoir fuir, pendant huit jours, et toucher du doigt ce à quoi elle passait son temps à rêver. Elle attendait la date du départ avec une impatience qui n’avait d’égale que la pensée de ne pas revenir.

La gazette lui avait fait parvenir le programme du voyage. Les escales, les excursions, les animations et les soirées à bord, tout semblait fantastique et trop beau pour être vrai. Marjolaine se posait des questions auxquelles elle se gardait bien de répondre... Aurait elle pu d’ailleurs ?

_______________________

 

L’EMBARQUEMENT

Mon Dieu !!! Le bateau était déjà impressionnant en photo, mais là... Le ‘ Comté de Provence ‘ me semblait plus gros que tous les immeubles de mon quartier entassés dans une même rue. Le trac me tordait les boyaux à l’idée d’affronter ce monstre. Mes bagages ayant été réceptionnés à l’avance, je n’avais plus qu’à aller, avec l’allure la plus distinguée possible, vers le comité d’accueil composé d’une multitude de jeunes gens qui attendait les passagers pour les guider dans les entrailles de ce anthropophage.

Je m’encourageai... Marjo, ma vieille, fonce dans le tas ! Personne ne va te manger et tu es attendue avec tous les honneurs qui sont dus à la lauréate du grand concours que tu as gagné. Je m’approchai lentement de la passerelle au milieu de dizaines d’autres passagers, qui eux, par contre, donnaient l’impression de savoir où ils allaient. Mes hésitations me bourlinguaient à droite, à gauche et j’étais tellement bousculée que je ne pensais plus qu’à m’enfuir. Alors que je tournai lamentablement casaque, une main secourable se saisit de la mienne. Venez ! me dit le propriétaire des doigts qui enserraient les miens, j’ai remarqué que vous étiez un peu perdue. C’était un monsieur, d’un âge mur, bien habillé, visage énergique et belle chevelure grise ornementée de mèches blanches, stature ferme... Rassurant quoi !

- J’ai vu la couleur de votre billet et je crois bien que nous allons nous retrouver à la même table au restaurant. J’accompagne une famille Canadienne pour qui je suis, comme qui dirait, un élément de décoration. Je m’appelle Polalydés, mais mes amis ont opté pour Pol, c’est plus simple.

- Mais monsieur je ne vous vois pas, moi, comme un bibelot. Je crois plutôt que vous vous moquez de moi. Je suis novice pour ce genre de voyage et c’est ma première croisière. Je me doute bien que ça ce voit comme le nez au milieu de la figure mais ça ne va pas m’empêcher de profiter de ces quelques jours de vacances bien mérités. Mais dites moi, si je peux me permettre, d’où vient votre nom ?

- Ho ! Il vient de si haut qu’il n’est pas encore descendu sur terre... Je vais vous confier à ce garçon de cabine, je le connais, il est très bien. Nous aurons l’occasion de nous revoir et je serai ravi de passer quelques instants en votre compagnie. A bientôt, Marjolaine.

Un beau jeune homme vint à moi. Je lui montrai mon billet, il le consulta d’un rapide coup d’œil et d’un geste élégant me montra la direction de mon logement.

- Veuillez me suivre Madame, je vais vous conduire à votre cabine. Vous y serez très bien, vous disposez d’une petite terrasse. C’est bien agréable, au lever, d’ouvrir les yeux sur l’immensité de la mer. Je me nomme Gontrand, n’hésitez pas à faire appel à moi en cas de besoin. Je suis à votre service. Voila nous y sommes. Cabine 103 Coursive B. C’est votre adresse à bord. Je vous laisse vous installer.

Enfin, je suis chez moi. Je viens d’encaisser tant de choses en si peu de temps, qu’il faut que je me ressaisisse. Ce monsieur qui m’a si obligeamment aidé est vraiment bien de sa personne. Mais comment a-t-il eu connaissance de mon prénom ? Mystère ! Voyons l’équipement de ma cabine. Le lit est grand, le matelas confortable. Des placards de rangement bien pratiques. Et la salle de bain est beaucoup plus belle que la mienne. Tout est parfait dans le meilleurs des mondes. Je ne suis pas médium, mais je sens qu’il va se passer quelque chose.

... Mais quoi ?

 

LA SOIREE

J’étais loin de m’attendre à cette invitation. Lorsque Polalydés est venu me l’annoncer, j’ai cru défaillir. Invitée par le Commandant du bateau ? Mais qu’avais-je fait pour mériter un tel traitement ? Déjà mon estomac se tordait dans tous les sens. Rassurez-vous, me dit-il, nous ne serons pas seul et cette invitation est une tradition à bord d’un bateau de croisière. Je ne vous demanderai qu’une chose : Au cours de ce dîner appelez-moi ‘ sir Edward ‘.
- Mais pourquoi ?
Je vous expliquerai ça plus tard. J’ai eu une vie assez remplie et le commandant connaît bien mon existence passée. Nous avons eu l’occasion de nous rencontrer au cours d’événements lointains où nos priorités n’étaient pas les mêmes.
- Comment vais-je m’habiller ? Je n’avais absolument pas prévu de me trouver dans une situation pareille.
- Votre robe rouge, des escarpins noirs et le collier de fausses perles, que vous cachez dans le tiroir de votre salle de bain conviendront très bien pour cette soirée.
- Je suis déjà une fausse blonde, vous ne pensez pas que pour les tromperies ça fasse un peu beaucoup ?
- Pas du tout ! Vous verrez, l’ambiance sera très décontractée. Et puis, qui sait ce qui est faux et ce qui est vrai ?
- Justement ! Parlons-en. Comment se fait-il que vous sachiez tout de moi alors qu’il y a deux jours nous ne nous étions jamais rencontrés ?
- Nous dirons que cela fait partie de mes talents cachés. Je viendrai vous chercher à vingt heures.
 
Nous nous rendîmes au carré des officiers où le dîner devait être donné. J’avoue avoir été éblouie. Ce salon resplendissait de bois précieux et d’ornements en cuivre dorés. Un grand lustre de cristal inondait de rayons violets et rouges, une table de rêve, habillée du blanc le plus pur et chargée d’une vaisselle de porcelaine fine qui conjuguait le bleu de la mer avec celui de l’horizon. L’argenterie se plaisait à compléter ce tableau des mille et une nuit. Par contre le nombre de couverts pour chaque convive m’inquiétait. Saurais-je m’en servir à bon escient, sans me faire remarquer ?
Le nom de chaque invité était précisé sur un bristol blanc à chaque place et le menu du soir était déposé devant chacun d’entre nous. A sa lecture, je croyais tenir entre mes mains une poésie où le seul mot que je connaissais était topinambours. Il faut dire que mes parents en ont gardé un souvenir assez mitigé.
Les discussions allaient bon train, quand le commandant fit son entrée. Il commença par nous demander de bien vouloir excuser son retard dû à un problème de service. Ceci dit il se montra charmant et salua avec gentillesse et simplicité chacune et chacun d’entre nous. Il était assez bel homme. L’uniforme le valorisait et son teint buriné par les embruns lui donnait ce petit côté aventurier qui n’avait pas l’air de déplaire aux dames. Les messieurs présents à la table et pour la plupart célibataires se mettaient en quatre pour se faire remarquer. D’ailleurs, en face de moi un certain Eliott qui était très discret avait choisi de se présenter chapeauté d’un casque colonial. On ne pouvait pas le manquer. A côté de moi mon Cicéron s’ingéniait à m’éviter de faire des bourdes dans ce milieu, qui somme toute, était plutôt bourgeois. A côté d’Eliott, une femme, brune aux cheveux longs prénommée Julie, semblait s’intéresser à son voisin. Assez volubile, celui ci se targuait d’une nationalité suédoise en s’appelant Gino Baldino et d’un statut de retraité EDF tout en étant âgé d’une petite quarantaine d’années. Il parlait si fort que l’on allait finir par le croire. Je me demandais si Julie ne l’avait pas croisé dans la salle des pas perdus au tribunal de Nice. Son allure et son comportement auraient pu le placer dans une catégorie de souteneur et non de soutenu. En bout de table j’avais remarqué un certain Oscar, bien mis de sa personne, assez classe qui jetait des coups d’œil furtifs et calculateurs sur la gent féminine. Sa patience et son air de prédateur à l’affût me faisait douter de la motivation qu’il invoquait pour expliquer son voyage. Il prétendait se rendre à Madagascar pour acheter de la vanille. Si c’est ça, moi je suis Bernadette Soubirou.
Le repas fût un enchantement. Les senteurs aromatiques des plats présentés donnaient du relief à cette soirée. Il va de soi que les topinambours du menu n’avaient rien de commun à ceux qui faisaient l’ordinaire de mes parents quelques années auparavant. Les vins et alcools faussement légers mais vraiment traîtres ont largement contribué à une réussite sans fausse note.
 
Sir Edward m’a raccompagné, en me soutenant, à ma cabine. Parfait gentlemen, il m’a aidée à retirer mes escarpins, à la suite de quoi je me suis écroulée sur mon lit.
Demain sera un autre jour.

 

L'ESCALE

Après une nuit bercée par les émanations alcooliques de la veille, j’ai ouvert difficilement les yeux. Lentement, un par un, en prenant le temps de me rappeler où j’étais et permettre aux brumes qui obscurcissaient mon cerveau de se dissiper.
Un copieux déjeuner accompagné d’un café, noir pour la couleur et serré pour l’intensité, me remit d’aplomb. Il était temps que je me prépare car le ‘Comté de Provence‘ avait profité de notre sommeil pour faire escale à Barcelone et Polalydés ou Sir Edward s’était proposé, la veille, pour me faire découvrir tout ce qui devait être vu dans cette belle ville. A quai, les machines du bateau le faisaient ronronner comme un chat en train de faire sa sieste. C’était rassurant et ce calme m’aidait à surmonter ma culpabilité de femme honnête qui me taraudait à l’approche de ce rendez-vous.
Mon chevalier servant vint me chercher aux alentours de dix heures. Il était d’un chic éblouissant. Costume en lin, chemise blanche en soie, col ouvert sur un départ de pilosité des plus virile, barbe de trois jours comme il convient et mocassins beiges de la plus belle facture. Visage aussi buriné que celui du commandant de notre navire, il était franchement... attirant.
- Venez, me dit-il, Barcelone est à nous pour la journée. La plupart des passagers, ce soir à table, vous parleront de la Sagrada Familia, du quartier gothique ou des ramblas. Moi je vais vous faire sentir l’odeur sucrée ou salée des tapas, ou celle d’une vraie paella servie dans un de ces endroits où il faut être né pour y être admis. Nous irons ensuite faire connaissance avec le Flamenco dans une école de danse perdue au fond d’une ruelle. Dans la vieille ville je vous présenterai à des toreros qui ont défié la mort des dizaines de fois devant des centaines d’aficionados, parfois même, devant Pablo PICASSO et qui n’en ont tiré aucune gloire si ce n’est celle d’être sortis vivants de l’arène sous les vivats d’une foule déçue par le sang qu’elle n’a pas vu couler. Mais rassurez-vous, nous visiterons aussi les sites indispensables à connaître pour que vous puissiez les raconter à votre retour. Gaudi n’aura plus de secrets pour vous.
Le programme qu’il me proposait m’avait déjà épuisée avant d’avoir mis un pied à terre.
- Comment se fait-il, Edward, que vous connaissiez si bien cette ville ? Vous en parlez comme si vous l’aviez vécue de nombreuses années.
- Marjolaine, vous êtes très gentille, ne le prenez pas mal, mais si je vous ai pris sous mon aile c’est pour une bonne raison... Il est encore trop tôt pour en parler. Allons ! Ne tardons pas, une longue journée nous attend. Hier est passé. Vivons le présent. Demain sera un autre jour.
 
Que penser de lui ? Est-il, n’est-il pas ? Après tout il a raison, vivons le moment présent.
Carpe diem, quam minimum credula postero.

 

LE MESSAGE

Ce matin en ouvrant mes yeux, je découvris une feuille de papier glissée sous ma porte. Surprise et malgré tout un peu inquiète, je quittai mon lit et m’en saisit.
Une seule phrase :
Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à découvrir de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux.
 
Pas de signature, ni de destinataire. Un texte ambigu à souhait qui peut vouloir dire ce que l’on souhaite y lire et pour lequel une réponse peut entraîner une foule de confusions où je risque de me noyer. Pourtant le fait que quelqu’un me témoigne de l’attention n’est pas pour me déplaire. Je vais écrire une réponse en essayant d’être réservée, comme il se doit à une femme dans ma condition.
 
-Cher Vous ! Je ne sais pas qui a eu la gentillesse de me faire parvenir et connaître cette belle citation. Des nouveaux yeux...Oui mais pour voir qui ? Si je devais répondre à cette question je dirai que mes yeux ont servi de relais à d’autres sentiments qui se sont ouverts à mon âme. Certains me culpabilisent, d’autres me transportent dans une forme de bonheur inconnu de moi jusqu’à ce jour. Mes yeux nouveaux ont donné vie à un entourage qui n’était pas le leur jusqu’à présent. Ils ont accepté toute une palette de couleurs ensoleillées qui contrastent bellement avec la grisaille de mon quotidien habituel. Cette nuit ils ont refusé de se fermer. Le souvenir de la visite de cette belle ville en compagnie d’un cicérone, attaché à satisfaire mes moindres désirs, revivait sans arrêt dans ma tête. Par le hublot de la cabine la Lune semblait se moquer affectueusement de moi.
 
-Qui que vous soyez, sachez que mes yeux nouveaux vous voient. D’autres yeux leur ont aussi appris des belles citations dont: Carpe diem quam minimun credula postero. Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain.
 
-Je vais plier ma lettre et la glisser ce soir sous ma porte. J’espère que le facteur du jour sera celui du lendemain... Advienne que pourra.

 

LA REUNION

Le commandant de bord ayant appris, je ne sais comment, que certains d'entre nous avaient reçu un message anonyme au texte identique, avait décidé de nous réunir dans un salon du navire pour essayer de dénouer cette intrigue. Cafés et liqueurs nous ont soulagé du sentiment de gêne que nous ressentions tous. Après quelques propos de politesse et de mise en train, le commandant en vint au fait... Mesdames et messieurs, les questions que nous devons nous poser sont : qui, pourquoi et comment ? Je vous avoue que quelques suggestions de votre part serraient les bienvenues et pourraient contribuer à résoudre ce mystère. Je vous écoute.
Un silence étourdissant répondit à sa question. Il était évident que ceux, qui comme moi, ont répondu à ce billet l'on fait en pensant à un expéditeur qui correspondait à leur souhait, sans pour autant être certains de quoi que ce soit. Les regards de chacun et de chacune allait furtivement de l'un à l'autre en se posant mutuellement des questions muettes. Les yeux demandaient mais les bouches se taisaient. Il est vrai que le poids de certaines réponses commençait à peser lourd sur les épaules. Le bel Italo/Suédois, qui comme tout bon scandinave qui se respecte se prénommait Gino, avait perdu de sa superbe. L'homme au casque colonial, baissait son regard sur ses chaussures de marche. L'autre prédateur, amateur de vanille, qui passait le plus clair de son temps à évaluer le cheptel féminin du bateau avait décidé de ne pas être là et son esprit s'était envolé ailleurs.
Je m'étais, moi même, dévoilée comme jamais je ne l'avais fait. Mes sentiments s'étaient délivrés de leur chaînes et je les avais laissés s'échapper au hasard d'une rencontre, plus ou moins aléatoire. Les dames, autour de moi, semblaient dépitées et déçues par le comportement de ces messieurs à qui certaines avaient répondu, sur un coup de dé, avec un engouement clair comme de l'eau de roche. Les contacts et les promesses à venir avaient pris du plomb dans l'aile.
Assis à côté de moi, Edward se taisait, mais ses yeux rieurs semblaient s'amuser de la situation. Je lui posais, malgré tout la question.
- Quel est votre sentiment sur cette affaire ? Qui, parmi nous aurait pu jouer à ce petit jeu ?
En se penchant vers moi, il chuchota à mon oreille :
- Ne demandez pas au facteur le secret de sa tournée. Je sais qui est qui et j'ai fait la récolte des réponses. Ne dites rien et laissez les s'embourber dans ce marécage incompréhension. Le commandant est mon complice. N'y voyez pas malice, car grâce à nous ils vont avoir des tas de choses à raconter à leur retour. La nature humaine étant ce qu'elle est, chacun d'eux y trouvera son compte et l'enjolivera de fantasmes qui embelliront leurs souvenirs qui, racontés par eux à leurs amis, deviendront inoubliables.
- Des souvenirs dites vous ? Des simples souvenirs ?
- Ne soyez pas déçue Marjolaine. Vous aurez toutes les réponses que vous attendez. Je répondrai même aux questions que vous ne me posez pas. Pour l'instant, profitez du spectacle et apprenez des autres. Et comme vous le dites si bien " Carpe diem " et...
Et oui, je sais, demain sera un autre jour.

 

RETOUR DE CROISIÈRE

La veille de notre retour le Commandant a organisé, comme il est de coutume, une soirée d’adieu animée par un jeune guitariste. Ce jeune homme, grand, brun, aux yeux de feu nous a gratifié d’une ambiance top niveau. Habillé d’un pantalon noir et d’une chemise rouge assortie à sa guitare, il ressemblait à un hidalgo fier et fougueux. Ces dames, esseulées pour la plupart, ne le quittaient pas du regard. Même Valentine, pourtant très proche de Gino, semblait subjuguée. Julie avait oublié sa chasse aux mâles et ne songeait plus au mystérieux inconnu qu’elle avait convié à boire un verre pour mieux faire connaissance. Sans aucun doute avait-elle une idée derrière la tête, mais bon … Elle est majeure et vaccinée et ça ne regarde qu’elle. Anne-Sophie, qui avait fantasmé sur le Commandant, ne s’avouait pourtant pas vaincue et continuait à distribuer des œillades sans équivoque à qui voudrait bien les attraper. Elle ressemblait à un pécheur lançant sa ligne au hasard de l’eau en surveillant le bouchon pour voir si une prise s’était accrochée à l’hameçon.
Je nageai pour ma part avec difficulté dans cet océan de désinvolture où tout semblait facile à cette communauté d’initiés. Une flaque d’eau aurait suffit pour que je me noie dans les détails d’un environnement qui n’était pas le mien. Heureusement Edward m’avait accompagnée. Sa présence à mes côtés m’avait permis de profiter de cette merveilleuse croisière sans coup férir. Je lui dois beaucoup. Sa distinction et son calme naturel en toute circonstance étaient comme un paratonnerre qui me protégeaient des orages les plus violents. Il faut dire aussi que je n’avais jamais été la cavalière d’un homme aussi élégant. Il m’a appris à danser certaines danses de salon avec la facilité du professeur auquel aucun élève ne résiste. J’étais aux anges mais en moi-même, je savais que demain la féerie prendrait fin et la médiocrité de ce que j’allais retrouver me nouait l’estomac.
Vers la fin de la soirée il m’invita à prendre l’air sur le pont. Allait-il enfin répondre à mes questions ? La nuit était calme … Comme la douce mer d’huile sur laquelle nous naviguions. La lune, complice des éléments, semblait vouloir répondre à mes angoisses mais ses paroles consolatrices n’arrivaient pas jusqu’à moi. Accoudé au bastingage, Edward me prit la main et, les yeux dans les yeux, il me dit :
- Marjolaine, il faut que vous sachiez que l’instant du moment et les circonstances de certaines situations que nous vivons ne sont pas toujours évidentes. Je me suis rapproché de vous parce que je vous connais de longue date. Ne soyez pas surprise. En ce temps là, nous avons été très près l’un de l’autre. Ne me posez pas la question qui vous vient à l’esprit, je n’y répondrais pas. Mon souhait est que, au cours de cette croisière, vous ayez pris conscience de toutes les qualités qui sont les vôtres et que vous vous plaisez à rejeter. Ne subissez plus, soyez conquérante dans tous les domaines et votre proche avenir me donnera raison. Je dois vous quitter maintenant. Demain je repartirai avec cette famille canadienne que j’accompagne depuis longtemps. Je serai près de vous autant que vous le désirerez.
Il me laissa seule sur le pont et s’évanouit dans la pénombre. Je regagnai ma cabine. Mille réponses affluaient dans ma tête répondant à des questions que je n’osais pas me poser.
Le lendemain, arrivant à bon port, je le cherchais des yeux alors que je commençais à descendre la passerelle du bateau. Ne l’apercevant pas, je portais mon regard sur le quai et je vis mon mari et mes deux fils me faire de grands signes, semblables à des ailes de moulin à vent. Et là j’entendis mon mari :
- Dépêche-toi Marjo, on va rater le début du match !
La réalité du jour venait de me sauter à la figure. J’étais redevenue Cendrillon et mon carrosse une citrouille. Mais moi j’étais devenue quelqu’un d’autre. Marjo la fausse blonde était maintenant Marjolaine la vraie brune. Ils vont voir de quel bois je me chauffe. Il est temps de mettre fin à certaines choses et il est urgent d’en commencer d’autres.
 
ÉPILOGUE
 
Une nouvelle page s’était tournée mais c’est moi qui l’écrivais. Ma famille se contentait maintenant de se rallier sans rouspéter à mes bonnes idées. Tout allait pour le mieux, mais je ne pouvais m’empêcher de repenser à un détail qui me turlupinait ...
 
En regagnant la terre ferme, lors de notre retour de croisière, j’aperçus le Canadien qui était sensé être avec Edward. Je m’étais approchée de lui en demandant des nouvelles de mon mentor que j’aurais aimé saluer une dernière fois. Se tournant vers moi, il m’avait regardé bizarrement.
- Excusez-moi, mais êtes-vous déjà venue chez nous ?
- Non ! avais-je répondu. Et je ne connais pas le Canada. Pourquoi cette question ?
- Figurez-vous, Madame, que dans notre chalet de montagne nous avons un mannequin en bois représentant un officier au long court de sa gracieuse Majesté. Nous l’avons installé dans un fauteuil près de la cheminée et notre chat adore faire sa sieste sur ses genoux. Il amuse beaucoup nos invités. La légende du coin veut qu’il s’agisse d’un marin célèbre à son époque pour avoir fait des misères à une escadre de Napoléon. Il a été anobli pour ce haut fait d’armes. Son nom est : Sir Edward James Nottinghales. C’est pour cela que nous l’avons baptisé « Sir Edward ». Curieux n’est-ce pas ? Je dois vous laisser car ma famille s’éloigne. Vous aurez une belle histoire à raconter. Bon retour !
Je n’ai rien raconté. Cette histoire appartient à Marjo, la fausse blonde, Marjolaine n’aura que des questions qui se transformeront en souvenirs difficiles à raconter. Laissons le temps au temps. Carpe diem.
 
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Rédigé par Fernand

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 31 Décembre 2023

 
La veille de notre retour le Commandant a organisé, comme il est de coutume, une soirée d’adieu animée par un jeune guitariste. Ce jeune homme, grand, brun, aux yeux de feu nous a gratifié d’une ambiance top niveau. Habillé d’un pantalon noir et d’une chemise rouge assortie à sa guitare, il ressemblait à un hidalgo fier et fougueux. Ces dames, esseulées pour la plupart, ne le quittaient pas du regard. Même Valentine, pourtant très proche de Gino, semblait subjuguée. Julie avait oublié sa chasse aux mâles et ne songeait plus au mystérieux inconnu qu’elle avait convié à boire un verre pour mieux faire connaissance. Sans aucun doute avait-elle une idée derrière la tête, mais bon … Elle est majeure et vaccinée et ça ne regarde qu’elle. Anne-Sophie, qui avait fantasmé sur le Commandant, ne s’avouait pourtant pas vaincue et continuait à distribuer des œillades sans équivoque à qui voudrait bien les attraper. Elle ressemblait à un pécheur lançant sa ligne au hasard de l’eau en surveillant le bouchon pour voir si une prise s’était accrochée à l’hameçon.
Je nageai pour ma part avec difficulté dans cet océan de désinvolture où tout semblait facile à cette communauté d’initiés. Une flaque d’eau aurait suffit pour que je me noie dans les détails d’un environnement qui n’était pas le mien. Heureusement Edward m’avait accompagnée. Sa présence à mes côtés m’avait permis de profiter de cette merveilleuse croisière sans coup férir. Je lui dois beaucoup. Sa distinction et son calme naturel en toute circonstance étaient comme un paratonnerre qui me protégeaient des orages les plus violents. Il faut dire aussi que je n’avais jamais été la cavalière d’un homme aussi élégant. Il m’a appris à danser certaines danses de salon avec la facilité du professeur auquel aucun élève ne résiste. J’étais aux anges mais en moi-même, je savais que demain la féerie prendrait fin et la médiocrité de ce que j’allais retrouver me nouait l’estomac.
Vers la fin de la soirée il m’invita à prendre l’air sur le pont. Allait-il enfin répondre à mes questions ? La nuit était calme … Comme la douce mer d’huile sur laquelle nous naviguions. La lune, complice des éléments, semblait vouloir répondre à mes angoisses mais ses paroles consolatrices n’arrivaient pas jusqu’à moi. Accoudé au bastingage, Edward me prit la main et, les yeux dans les yeux, il me dit :
- Marjolaine, il faut que vous sachiez que l’instant du moment et les circonstances de certaines situations que nous vivons ne sont pas toujours évidentes. Je me suis rapproché de vous parce que je vous connais de longue date. Ne soyez pas surprise. En ce temps là, nous avons été très près l’un de l’autre. Ne me posez pas la question qui vous vient à l’esprit, je n’y répondrais pas. Mon souhait est que, au cours de cette croisière, vous ayez pris conscience de toutes les qualités qui sont les vôtres et que vous vous plaisez à rejeter. Ne subissez plus, soyez conquérante dans tous les domaines et votre proche avenir me donnera raison. Je dois vous quitter maintenant. Demain je repartirai avec cette famille canadienne que j’accompagne depuis longtemps. Je serai près de vous autant que vous le désirerez.
Il me laissa seule sur le pont et s’évanouit dans la pénombre. Je regagnai ma cabine. Mille réponses affluaient dans ma tête répondant à des questions que je n’osais pas me poser.
Le lendemain, arrivant à bon port, je le cherchais des yeux alors que je commençais à descendre la passerelle du bateau. Ne l’apercevant pas, je portais mon regard sur le quai et je vis mon mari et mes deux fils me faire de grands signes, semblables à des ailes de moulin à vent. Et là j’entendis mon mari :
- Dépêche-toi Marjo, on va rater le début du match !
La réalité du jour venait de me sauter à la figure. J’étais redevenue Cendrillon et mon carrosse une citrouille. Mais moi j’étais devenue quelqu’un d’autre. Marjo la fausse blonde était maintenant Marjolaine la vraie brune. Ils vont voir de quel bois je me chauffe. Il est temps de mettre fin à certaines choses et il est urgent d’en commencer d’autres.
 
ÉPILOGUE
 
Une nouvelle page s’était tournée mais c’est moi qui l’écrivais. Ma famille se contentait maintenant de se rallier sans rouspéter à mes bonnes idées. Tout allait pour le mieux, mais je ne pouvais m’empêcher de repenser à un détail qui me turlupinait ...
 
En regagnant la terre ferme, lors de notre retour de croisière, j’aperçus le Canadien qui était sensé être avec Edward. Je m’étais approchée de lui en demandant des nouvelles de mon mentor que j’aurais aimé saluer une dernière fois. Se tournant vers moi, il m’avait regardé bizarrement.
- Excusez-moi, mais êtes-vous déjà venue chez nous ?
- Non ! avais-je répondu. Et je ne connais pas le Canada. Pourquoi cette question ?
- Figurez-vous, Madame, que dans notre chalet de montagne nous avons un mannequin en bois représentant un officier au long court de sa gracieuse Majesté. Nous l’avons installé dans un fauteuil près de la cheminée et notre chat adore faire sa sieste sur ses genoux. Il amuse beaucoup nos invités. La légende du coin veut qu’il s’agisse d’un marin célèbre à son époque pour avoir fait des misères à une escadre de Napoléon. Il a été anobli pour ce haut fait d’armes. Son nom est : Sir Edward James Nottinghales. C’est pour cela que nous l’avons baptisé « Sir Edward ». Curieux n’est-ce pas ? Je dois vous laisser car ma famille s’éloigne. Vous aurez une belle histoire à raconter. Bon retour !
Je n’ai rien raconté. Cette histoire appartient à Marjo, la fausse blonde, Marjolaine n’aura que des questions qui se transformeront en souvenirs difficiles à raconter. Laissons le temps au temps. Carpe diem.
 

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Rédigé par Fernand

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 31 Décembre 2023

 

Personnage :
 
Julie ROMANCE, 42 ans, 1 m 72, divorcée, sans enfant.
Brune aux cheveux longs, yeux noisettes aux reflets verts, mince, élégante, sportive.
 
Secrétaire /traductrice au Tribunal de Nice
 
Femme ambitieuse, avenante, souriante, créative.
 
Pour Julie, il est temps de prendre la large pour échapper à la routine de sa vie actuelle. Fuir loin de Nice, sa ville natale, oublier ce divorce houleux. Faire de nouvelles rencontres. Concrétiser sa passion : écrire.
Devenir écrivaine ! Elle y songe secrètement.
 
Julie vit un rêve éveillée, une croisière tous frais payés. Elle a été sélectionnée pour traduire le livre d’un romancier Irlandais, Alistair Mc Cann, la cinquantaine, né à Cork. Il vit à New York, où il enseigne l’écriture créative.
__________________________
 
 
LE GRAND JOUR
 
Lundi 6 Novembre 2023 : premier jour de mon journal.
 
L’excitation est à son comble, je ne tiens plus en place. J’ai respecté toutes les consignes, je suis arrivée deux heures à l’avance, les étiquettes sont bien attachées sur mes bagages.
Le Comté de Nice est un paquebot imposant, je ne dirais pas majestueux, mais cessons toutes critiques, une croisière gratuite est un don du ciel. Je serre dans ma main, ce précieux billet offert par cet écrivain, qui m’a sélectionnée pour traduire son dernier roman.
Les rayons d’un soleil automnal réchauffent les croisiéristes, dont la file s’allonge. Je jette des regards furtifs autour de moi, certains sourient, d’autres engagent la conversation. La bonne humeur se lit sur tous les visages.
Ouf ! C’est mon tour ! Juste le temps d’apercevoir un drôle d’énergumène avec des plumes colorées sur la tête… Difficile de rester insensible à l’uniforme blanc de ce beau ténébreux qui m’invite à lui donner mon nom. Je me dirige vers le comptoir pour finaliser l’embarquement. Voilà, j’ai la clé de ma cabine, mon chiffre porte bonheur le 77. Un jeune homme se charge de mes bagages, il m’entraîne vers le pont D, par un ascenseur tout vitré.
Il ouvre la porte, dépose sacs et valises. Je lui glisse un pourboire, il s’incline et me remercie avec un adorable accent italien.
 
Je suis éblouie par cet espace luxueux inondé de soleil par une baie vitrée. La décoration est sublime, meubles acajou et ivoire, un bureau aux tiroirs arrondis, coin salon, miroirs, rideaux et couvre-lit aux tons pastels rehaussés de turquoise.
Sur la table basse, j’aperçois une enveloppe à mon prénom accrochée à une composition de fleurs. La curiosité me fait sourire, le message est agréable :
 
- Bienvenue Julie, rendez-vous ce soir 19 h au bar pour faire connaissance. *Alistair Mc Cann *
 
Je me dirige vers la terrasse, une vue à couper le souffle. Un délicieux arôme de tabac au miel chatouille mes narines, il m’incite à tourner la tête. Accoudé à la rambarde, je découvre un homme très élégant, le haut du crâne légèrement dégarni. Je croise la profondeur marine de son regard. Son sourire me laisse rêveuse.
 
 
DÎNER A LA TABLE DU COMMANDANT
 
Mon voisin de cabine n’est autre que le romancier qui m’a offert ce voyage de rêve. Après l’escale à Marseille, nous nous sommes retrouvés au bar pour faire connaissance. J’ai reconnu, tout de suite, le regard marine de l’homme aperçu sur mon balcon. Alistair s’exprime en français, avec un fort accent américain. Au cours de la conversation, il m’expose les raisons du choix de ma candidature.
- Vous êtes libre, sans enfant, j’ai besoin d’une Française pour rejoindre mon école d’écriture. Une croisière est le lieu idéal, pour connaître la personnalité et les goûts d’une future collaboratrice.
Mon silence l’amuse ! Enfin un sourire sur son visage. Je le remercie chaleureusement.
Nous trinquons ! Le champagne me libère d’un excès de timidité, peu habituel je l’avoue.
A la fin de ce premier dîner, nous regagnons nos cabines, après une balade sur le pont, où un étrange personnage semble parler aux vagues.
- A demain ! me dit-il. N’oubliez pas, nous sommes invités à la table du Commandant.
Je reste un long moment éveillé... Partir vivre à New York ! Je suis encore sous le charme de cette proposition !
 
8 Novembre
 
J’ai lu une partie du roman à traduire, le soleil décline. Il est grand temps de me préparer pour cette soirée. Les miroirs de la salle de bain me renvoient l’image d’une jeune femme élégante. Mes cheveux longs tombent en boucles sur ma robe noire échancrée. Un dernier voile de *Chamade* de Guerlain. Me voilà prête.
Dans l’ascenseur, je fais connaissance d’Anne-Sophie, décoratrice d’intérieur, avec qui j’engage une conversation animée. Elle est sublimement vêtue, elle paraît précieuse mais elle est très belle.
La salle à manger est éclairée par d’immenses lustres à pampilles scintillantes. Un orchestre caresse mes oreilles d’une douce musique d’ambiance.
Le commandant, pas très grand, trop rondelet à mon goût, accueille les femmes avec une malicieuse courtoisie. L’uniforme ! Un atout sûr de séduction.
Alistair est accompagné de Sir Edward James Nottinghale qui me baise la main, après m’avoir détaillée de ses prunelles bleues azur. Très bel homme, distingué, un peu trop vieux pour un moment d’égarement.
Nous voici installés autour d’une table somptueuse : nappe et serviettes blanches brodées, porcelaine de Limoges au liseré bordeaux, verres en cristal, couverts en argent. Devant chaque assiette, une composition de fleurs, aux parfums discrets, portent une étiquette à nos noms et prénoms. Alistair est à ma droite. En face de moi, une charmante brune, aux yeux verts expressifs, a un sourire amusé. Juste le temps de réaliser qu’elle a choisi une étole en mousseline parme aux fils argentés identique à la mienne. Un flash immédiat entre Valentine et moi, un courant féminin passe entre nous. Elle est photographe !
A ma gauche, je reconnais l’homme qui parler à la mer, hier au soir. Il paraît discret, peu éloquent. Nous échangeons un sourire, le temps d’apercevoir qu’il se nomme Jean Vagues. Il est accaparé par sa voisine de table, Maya, une adorable petite brune aux bijoux colorés, qu’il écoute sans dire un mot.
Mes yeux font connaissance avec les autres convives, tout en trinquant avec une flûte de champagne rosé, millésimé. Un tourbillon de bulles énergisantes, rafraîchissantes qui poétisent ma bouche.
A côté de Valentine, un charmeur de grande taille sollicite l’attention de ces dames :
- Gino Baldino, célibataire, pour vous servir mesdames, clame-t-il, en s’inclinant avec un accent italien qui illumine certains visages.
La valse des plats fait cesser les bavardages. L’entrée, un classique revisité qui suscite ma curiosité. Un œuf poché sous un voile parsemé d’une épice au parfum exotique, sur une mousseline onctueuse de topinambours, un légume méconnu mais savoureux. Des champignons rôtis déglacés au jus d’une réduction de vin rouge.
La voisine d’Alistair, prénommée Marjolaine, aux formes disgracieuses, se délecte bruyamment de ce plat aux saveurs surprenantes.
Le saumon, moelleux, tiède se marie parfaitement avec le croquant d’une salade de lentilles, au goût acidulé du vinaigre chaud. Le tout servi avec une émulsion homardine, dont l’iode révèle l’harmonie du plat.
L’assiette de fromages retient l’attention, par sa diversité, ses senteurs, ses couleurs. Les divers morceaux sont servis sur un lit de verdure, mélangés à de minuscules croûtons craquants et aromatisés.
Le dessert ! Une overdose de saveurs fruités, qui subliment mes papilles. La crème fouettée coco, légère, onctueuse un délice pour le palais.
Vins rouges, blancs, rosés, eaux minérales avec modération. Le repas se termine, l’ambiance est festive.
Peut-être allons nous faire plus ample connaissance sur la piste danse !
 

ESCAPADE A TUNIS

Les rayons du soleil caressent mon visage endormi, mes yeux s’ouvrent difficilement, mais la vue de cette mer aux reflets scintillants, m’attire vers le balcon. Quelques exercices en respirant l’air iodée, me voilà sous la douche. Le magnétisme de l’eau tiède qui coule sur mon corps me réveille totalement. Tenue décontractée, je brosse et attache mes cheveux, une touche de maquillage, me voilà prête pour l’escale à Tunis.
Comme par hasard, je retrouve Alistair sur le pont. Nous nous dirigeons souriants vers la salle à manger, pour le petit déjeuner où nous attend Anne-Sophie. Après le dîner, autour d’une bouteille de champagne, nous avons fait plus ample connaissance. Des goûts communs de femmes éprises de liberté nous rapprochent. Profiter de cette escale, ensemble, nous a paru évident.
En compagnie d’Alistair, nous assistons à l’accostage du « Comté de Provence » au port de la Goulette. La ville s’étend à perte de vue.
Soudain l’original de la croisière, très remarqué depuis l’embarquement, déboule, dans une tenue que je qualifierai de déplacée, frappant avec énergie sur son tam tam bariolé. Nous voilà tous entraînés dans un déhanchement, sous le son d’une musique diabolique. Nous reconnaissons certains convives de la table du commandant, que nous saluons en riant.
Sur le port de la Goulette, un groupe de musiciens, entourés de dromadaires, nous accueille chaleureusement. Les bâtiment blancs aux dômes arrondis se détachent sous un ciel azuré. Autour de nous se pressent les marchands ambulants, nous sommes lynchés par les taxis qui nous proposent des prix exorbitants, le bruit est infernal.
Alistair nous entraîne vers des rues étroites, aux petites maisons très typiques. Il a l’air de connaître, nous le suivons, confiantes. Sur une place un petit train attend les touristes. Embarquement immédiat pour un dépaysement total. Carthage, ville très huppée, construite sur d’anciennes ruines qui en font son charme. Le Musée Bardo, situé dans le somptueux Palais Bayram, où l’on découvre les célèbres mosaïques romaines.
Le plus merveilleux moment de la journée. Flâner à Sidi Bou Saïd, village haut en couleurs, ruelles tortueuses, architecture andalouse, niché sur les falaises, qui domine Carthage et le golfe de Tunis.
Un thé à la menthe, servi sur la terrasse, vue panoramique au Café des Délices. J’émets le regret de l’absence de Valentine, qui nous aurait fait un magnifique reportage photos. Dans un grand éclat de rire, nous nous donnons rendez-vous dans dix ans.
Marcher ça creuse ! Alistair, en vrai gentlemen nous offre un déjeuner au restaurant EL MRABET tout près de la grande mosquée Zitouna. Un festival de saveurs exotiques accompagné d’un verre de boukha, eau de vie de figues. Je me délecte d’un koucha d’agneau et de cornes de gazelles. Le repas est animé. Anne-Sophie, décoratrice, est venu chercher l’inspiration pour un futur projet. Alistair se dévoile sous l’effet de l’alcool. Il me réitère sa demande de le rejoindre à New York, dans son école d’écriture. Anne-Sophie s’amuse de me voir intimidé par cet homme plus que séduisant. Aucune envie de précipiter les choses, la croisière n’est pas terminée.
L’après-midi se termine dans la Médina centenaire de Tunis. Nous arpentons, éblouis, parmi les sacs d’épices aux arômes enivrants, les étalages de tissus, poufs et céramiques. Anne-Sophie et moi jouons aux mannequins, avant de choisir des « Djebbas » robes tissées main. Alistair me passe autour du coup un collier en pierres et bois, cordon cristaux et macramé, il offre un bracelet ciselé à ma nouvelle amie.
Nous remontons sur le bateau, épuisés mais enchantés de cette escale à Tunis.
Je m’empresse d’ouvrir mon journal pour ne rien oublier.
 

BEL INCONNU

Surprise et amusement se sont mêlés, en ramassant une feuille de papier, pliée avec soin, sous la porte de ma cabine. Un prénom effleure mon esprit : Alistair !
J’avoue avoir un pincement au cœur, ce ressenti inqualifiable que les femmes éprouvent quand elles se sentent désirées.
Une citation : « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux ». Aucune signature, le mystère est loin de me déplaire. Je vais jouer le jeu, y aller au culot, provoquer la rencontre avec cet inconnu.
Prudence ! Alistair oserait-il me mettre à l’épreuve ? Je décide de brouiller les pistes en prenant ma plume.
 
Bel inconnu,
Cette croisière me réserve des surprises, votre citation me laisse rêveuse. Elle m’incite, non seulement, à la découverte de nouveaux paysages mais à penser avec mes yeux. Je vais donc explorer, d’un regard audacieux, les indices qui me mèneront vers vous.
Je laisse mon imagination vagabonder, celle qui va dévoiler mes pensées les plus secrètes.
J’appartiens à ces femmes qui succombent au charme de l’interdit.
Dès le premier soir, mes yeux ont été captivés par la gent masculine, à la table du Commandant. Séduction, audace, sensibilité, discrétion ou extravagance, ces messieurs avaient tous un attrait intéressant..
Je me suis amusée de vos pupilles scintillantes face à la présentation d’Anne-Sophie, Dominique, Marjolaine, Maya, Valentine. La beauté, en toute modestie, était au rendez-vous. J’ai senti votre regard se poser sur ma longue chevelure brune qui masquait le décolleté de ma robe.
Mettre du piquant dans ma vie ! J’adore. Je ne mets aucune barrière sur tout ce qui peut m’apporter satisfaction, savoir et plaisir. Malgré mon divorce, je me laisse encore séduire par le charisme d’un homme. Je suis libre, inventive, tolérante, aimante.
Peut-être avez-vous envie de mieux me connaître ?
J’ai préparé une enveloppe pour vous, Bel inconnu, je l’accroche à la poignée de porte de ma cabine, avec des rubans d’attente.
Julie se permet de frôler votre joue de ses lèvres.
 

RÉUNION MAGIQUE

Après avoir accroché, à ma porte, la réponse à ce bel inconnu, ma curiosité m’a poussée à guetter le moindre bruit. J’avais très envie de connaître le petit malin qui se cachait derrière cette énigmatique missive. Une heure après, je constatais, déçue, qu’elle avait discrètement disparue.
J’étais devenue une voyageuse poursuivant un fantôme, qui sans cesse lui échappait. Pourtant, je me sentais prête à découvrir, dans ses bras, un autre monde dans lequel je vivrais une belle aventure.
Je me rendais, confiante, à la réunion du commandant pour élucider ce mystère.
Dans le salon, après avoir salué les croisiéristes présents, je pris place auprès d’Anne-Sophie. Cette dernière, si joviale, me parut bien mal à l’aise. Tête baissée, elle se contenta d’un café contrairement à moi, qui accepta volontiers une coupe de champagne.
Le commandant prit la parole. Son discours était peu convaincant, j’avais l’impression qu’il se moquait de nous. Serait-il l’auteur de ce curieux message !
Peu importe, les bulles millésimées avaient l’effet escompté. Elles libéraient la parole et animaient les discussions. L’ambiance était détendue.
Oscar essayait de se rapprocher de Valentine. Mais la tigresse aux yeux verts avait déjà éconduit Hector et semblait avoir choisi sa nouvelle proie. Elle jetait des regards langoureux à Gino, le bel italien. Sir Édouard paraissait charmé par la volupté d’une Marjolaine transformée. Oolala, incontrôlable, nous entraînait dans une danse infernale avec son goupillon.
En face de moi Jean avait l’air d’avoir été touché par la grâce du ciel. Il avait la mine réjouie mais il restait silencieux. Il répondit à mon sourire, une flamme dans ses prunelles. J’aurais aimé connaître la raison de ce changement, mais je n’osais aborder la conversation, afin de ne pas le mettre mal à l’aise. Maya s’agitait sur son portable, elle devait échanger avec Pablo !
Mes pensées étaient ailleurs, l’absence d’Alistair me laissait un goût amer. Je décidais de m’éclipser, de retrouver le calme de ma cabine. Je m’attardais sur le pont, je regardais les reflets argentés de la pleine lune sur la mer.
J’allais ouvrir la porte de ma cabine quand une voix me fit sursauter.
- Hello pretty Julie ! Would you invite me for a drink ?
Je me retournais, le cœur battant. Alistair, très élégant, était appuyé à la balustrade. Il me regardait, un sourire amusé au coin des lèvres, balançant au bout de ses doigts la ficelle colorée de la réponse adressée à mon bel inconnu.
 

SOIRÉE D'ADIEU

J’écris la dernière page de mon journal intime.
La croisière touche à sa fin ! Sur invitation du commandant, nous assisterons à une soirée de gala. Au programme un orchestre jazz-rock pour danser toute la nuit.. Triste de quitter certaines relations créées au cours du séjour, mais une nouvelle vie se profile à l’horizon. Au hasard d’une annonce, sélectionnée pour la traduction d’un livre, me voilà sous le charme du romancier qui me propose de devenir son assistante à New York.
Après la nuit passée dans les bras d’Alistair, j’avoue être, encore, sur un petit nuage. J’ai mis un temps fou à me préparer, les miroirs de la salle de bains sont embués. Le résultat me fait sourire, j’aime jouer les femmes fatales. Mon maquillage est parfait, mes longs cheveux soyeux s’étalent en boucles jusqu’à ma taille. Le voile violet de ma robe à bretelles, fendue sur le côté, me laisse une parfaite aisance pour danser. J’ai tressé dans ma chevelure des fils argentés, assortis à mes escarpins à talons hauts. Une dernière touche de parfum, me voilà prête pour le grand soir.
Je suis en avance, je trépigne d’impatience. Pour me calmer, je décide de faire un tour sur le pont. Le soleil décline, dessinant sur la mer des reflets brillants.
Je reconnais la silhouette de Jean accoudé à la balustrade. Je m’approche de lui, le saluant d’un bonsoir amical. Après m’avoir détaillée de la tête aux pieds, il se met à chanter « Femmes je vous aime ». Surprise par sa voix, chaude et sensuelle, je l’écoute impressionnée. Les trois dernières phrases incitent mon petit grain de folie à agir. Sans réfléchir, je dépose sur ses lèvres un chaste baiser. Amusée par ce délire incontrôlé, je m’enfuis sans un mot.
Dans l’immense salle à manger, un buffet alléchant est dressé. Je suis envoûtée par les notes romantiques de ce jeune chanteur, vêtu d’un rouge éclatant assorti à sa guitare. Un beau brun ténébreux qui fait vibrer tous mes sens. Love me tender « Elvis Presley » je ferme les yeux, mais là, mon corps frissonne sous la douceur de la bouche d’Alistair tout le long de mon cou.
Entre les plats, le champagne coule à flots, l’ambiance est survoltée. Je savoure tous les plaisirs de ce début de romance. Je ne suis pas la seule ! Anne-Sophie succombe à l’extravagant Oolala, l’exotisme peut être plaisant. Gino tourne autour de Valentine, superbe dans sa robe moulante. Maya, corsage et jupe fleurie se déchaîne, elle va retrouvé Pablo. Marjolaine, se laisse entraîner par Sir Edward, Hector apprivoise Dominique, la belle blonde.
Le matin se lève ! Il est temps de se quitter, on échange nos coordonnées, on promet de se revoir…
 
ÉPILOGUE :
 
Deux ans plus tard. Après la sortie de mon premier roman, Alistair m’a demandée en mariage. La cérémonie a lieu dans le jardin de notre grande maison ; nous sommes entourés de Maya et Pablo venus d’Italie, de Marjolaine, rayonnante aux bras de Fernand, son nouvel ami, de Dominique et Hector. Nous sourions, heureux, à Valentine, photographe de renom, devenue une amie très précieuse. Toujours célibataire, j’ai manigancé de l’éblouir en choisissant pour elle son cavalier. Grand, brun aux yeux clairs, elle ne paraît pas insensible à sa beauté. Sera-t-elle séduite par celui qui n’est autre que mon éditeur ! A suivre...
Dernière surprise, notre lune de miel est prévue sur le Comté de Provence. Et Oui ! Nous avons décidé de réunir la joyeuse bande pour une nouvelle croisière.
Oolala sera présent avec Véronique, son épouse, et Jean qui ne bégaie plus, animera nos soirées de sa voix prenante et attirante.
 
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Rédigé par Josiane

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 31 Décembre 2023

 
J’écris la dernière page de mon journal intime.
La croisière touche à sa fin ! Sur invitation du commandant, nous assisterons à une soirée de gala. Au programme un orchestre jazz-rock pour danser toute la nuit.. Triste de quitter certaines relations créées au cours du séjour, mais une nouvelle vie se profile à l’horizon. Au hasard d’une annonce, sélectionnée pour la traduction d’un livre, me voilà sous le charme du romancier qui me propose de devenir son assistante à New York.
Après la nuit passée dans les bras d’Alistair, j’avoue être, encore, sur un petit nuage. J’ai mis un temps fou à me préparer, les miroirs de la salle de bains sont embués. Le résultat me fait sourire, j’aime jouer les femmes fatales. Mon maquillage est parfait, mes longs cheveux soyeux s’étalent en boucles jusqu’à ma taille. Le voile violet de ma robe à bretelles, fendue sur le côté, me laisse une parfaite aisance pour danser. J’ai tressé dans ma chevelure des fils argentés, assortis à mes escarpins à talons hauts. Une dernière touche de parfum, me voilà prête pour le grand soir.
Je suis en avance, je trépigne d’impatience. Pour me calmer, je décide de faire un tour sur le pont. Le soleil décline, dessinant sur la mer des reflets brillants.
Je reconnais la silhouette de Jean accoudé à la balustrade. Je m’approche de lui, le saluant d’un bonsoir amical. Après m’avoir détaillée de la tête aux pieds, il se met à chanter « Femmes je vous aime ». Surprise par sa voix, chaude et sensuelle, je l’écoute impressionnée. Les trois dernières phrases incitent mon petit grain de folie à agir. Sans réfléchir, je dépose sur ses lèvres un chaste baiser. Amusée par ce délire incontrôlé, je m’enfuis sans un mot.
Dans l’immense salle à manger, un buffet alléchant est dressé. Je suis envoûtée par les notes romantiques de ce jeune chanteur, vêtu d’un rouge éclatant assorti à sa guitare. Un beau brun ténébreux qui fait vibrer tous mes sens. Love me tender « Elvis Presley » je ferme les yeux, mais là, mon corps frissonne sous la douceur de la bouche d’Alistair tout le long de mon cou.
Entre les plats, le champagne coule à flots, l’ambiance est survoltée. Je savoure tous les plaisirs de ce début de romance. Je ne suis pas la seule ! Anne-Sophie succombe à l’extravagant Oolala, l’exotisme peut être plaisant. Gino tourne autour de Valentine, superbe dans sa robe moulante. Maya, corsage et jupe fleurie se déchaîne, elle va retrouvé Pablo. Marjolaine, se laisse entraîner par Sir Edward, Hector apprivoise Dominique, la belle blonde.
Le matin se lève ! Il est temps de se quitter, on échange nos coordonnées, on promet de se revoir…
 
ÉPILOGUE :
 
Deux ans plus tard. Après la sortie de mon premier roman, Alistair m’a demandée en mariage. La cérémonie a lieu dans le jardin de notre grande maison ; nous sommes entourés de Maya et Pablo venus d’Italie, de Marjolaine, rayonnante aux bras de Fernand, son nouvel ami, de Dominique et Hector. Nous sourions, heureux, à Valentine, photographe de renom, devenue une amie très précieuse. Toujours célibataire, j’ai manigancé de l’éblouir en choisissant pour elle son cavalier. Grand, brun aux yeux clairs, elle ne paraît pas insensible à sa beauté. Sera-t-elle séduite par celui qui n’est autre que mon éditeur ! A suivre...
Dernière surprise, notre lune de miel est prévue sur le Comté de Provence. Et Oui ! Nous avons décidé de réunir la joyeuse bande pour une nouvelle croisière.
Oolala sera présent avec Véronique, son épouse, et Jean qui ne bégaie plus, animera nos soirées de sa voix prenante et attirante.
 

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Rédigé par Josiane

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 30 Décembre 2023

 

La croisière de l’oubli
Personnage :
Valentine Doisneau
42 ans divorcée sans enfant
Photographe
Grande, élancée, elle a de longs cheveux noirs et de grands yeux verts toujours à l’affût d’une image à emprisonner dans son appareil qui ne la quitte jamais et qu’elle porte en bandoulière.
Sa passion est sans doute l’héritage de son arrière grand-père, le célèbre photographe Robert Doisneau, a qui elle doit aussi son insolence face à l’autorité et son besoin d’indépendance.
Elle est aussi volontaire, dynamique avec un goût prononcé pour tout ce qui est beau. Elle est libre aussi bien dans sa tête que dans ses actes. Et elle aime la vie par-dessus tout.
En faisant cette croisière, elle veut écrire en images le premier chapitre de sa nouvelle vie. Elle rêve de belles surprises et de rencontres imprévues…
__________________________

L’EMBARQUEMENT

Le jour du départ est enfin arrivé magnifié par une météo de saison : ciel bleu, brise légère, mer d’huile. Je suis sur le quai avec ma valise flambant neuve, au pied de ce géant des mers au nom évocateur : « Le Comté de Provence ». Je me sens bien petite à côté de lui, émue et intimidée à la fois. Une photo bien sûr s’impose, la première de cet album que je compte enrichir tout au long de mon voyage. Les voyageurs se pressent devant la passerelle : les uns agités et bruyants, les autres silencieux et un peu angoissés. Enfin me voilà arrivée sur le pont, un peu désorientée. Mais, un charmant steward à l’accent italien et au sourire ravageur, vole à mon secours et quelques instants plus tard je peux prendre possession de mon nouveau domaine. Je ne regrette pas d’avoir été déraisonnable en choisissant une cabine sur le pont supérieur car elle est somptueuse ! Tout est raffiné, élégant, confortable. Un vers de Baudelaire me revient alors en mémoire  dans son invitation au voyage « Là, tout n’est qu’ordre et beauté Luxe, calme et volupté ». Conquise et ravie, je m’allonge sur le lit, je ferme les yeux et je rêve au merveilleux voyage que je vais faire qui j’espère va changer ma vie…
 
LE DÎNER A LA TABLE DU COMMANDANT
Aujourd’hui j’ai décidé de m’occuper de moi. Il faut que je sois irrésistible pour le dîner de ce soir à la table du commandant. Je commence par un massage relaxant. Je m’offre ensuite un soin du visage complet et un maquillage léger et je finis entre les mains du coiffeur. Concernant ma toilette j’ai opté pour une robe longue noire et légèrement fendue sur le côté accompagnée d’une étole en mousseline parme parsemée de fils argentés. Mes nouveaux escarpins ajoutent une touche élégante à l’ensemble. L’image que me renvoie le miroir me satisfait pleinement et c’est avec le sourire que je quitte ma cabine.
Je pénètre dans la salle de restaurant et me dirige vers la table du commandant au centre de la pièce. Elle est vraiment magnifique et d’un raffinement extrême : assiettes blanches avec liseré doré, verres en cristal et couverts en argent. Je cherche mon nom et le trouve rapidement. Je suis placée entre M. Gino Baldino et Sir Edward James Nottinghale. Au moment de m’asseoir un couple arrive et se place en face de moi. L’homme a belle allure et son regard bleu azur est magnétique. Je remarque alors que la jeune femme qui l’accompagne porte la même étole que moi. Elle répond à mon regard surpris par un sourire espiègle qui me la rend aussitôt sympathique. Mes voisins arrivent quelques minutes plus tard et me saluent poliment. M.Baldino est grand, musclé et vraiment séduisant. Il semble très à l’aise. Sir Edward, lui, est très distingué. Elégamment vêtu, il parle avec un fort accent anglais. Il m’intimide un peu. Pour me donner une contenance, je consulte le menu avec attention. Je remarque que l’homme en face de moi fait de même. Il n’a pas prononcé un seul mot depuis son arrivée à table et il évite de me regarder.
Le repas commence dans le calme. L’assiette que l’on pose devant moi est dressée avec style et une délicieuse odeur de vin caramélisé chatouille mes narines. M. Baldino se penche vers moi pour me servir un verre de vin. Son sourire éclatant et ses yeux de braise me font tourner la tête avant même d’avoir bu. Cette impression est accentuée par le brouhaha qui règne dans la salle, le tintement des verres et la chaleur qui monte peu à peu. Le plat principal est délicieux : le goût délicat du homard sublime celui du saumon et les lentilles fondent sous la langue. Quand le dessert arrive je me sens parfaitement à l’aise. Pendant que Sir Edward discute avec l’homme au regard bleu, je fais plus ample connaissance avec Julie qui me fait face et le courant passe vraiment entre nous. Les plaisanteries de M. Baldino nous font beaucoup rire. Seul l’homme en face de moi reste toujours aussi silencieux. La seule personne qui semble retenir son attention est sa voisine de gauche dont le prénom est Maya. Elle porte un bandana autour du cou et plusieurs bracelets multicolores aux poignets. Quand elle se penche vers lui, elle parle à voix basse et avec beaucoup de sérieux ce qui dénote un peu au milieu de l’atmosphère festive qui règne ce soir.
Le repas terminé, les convives se lèvent et prennent congé auprès du commandant. M.Baldino me propose d’aller boire un dernier verre au piano bar mais je décline poliment l’invitation. Demain peut-être ? En arrivant à ma cabine je constate avec plaisir que mes voisins sont en fait Julie et l’homme au regard bleu. Je suis ravie ! Ils me proposent de nous revoir le lendemain ce que j’accepte volontiers. La croisière promet de belles surprises !

ESCALE A BARCELONE

Quand je me réveille le lendemain, un magnifique soleil inonde ma cabine. C’est le temps idéal pour l’escale prévue aujourd’hui à Barcelone. Je me dépêche de rejoindre les autres passagers sur le pont, pour assister à l’arrivée dans le port. Je cherche des yeux mes voisins de cabine, Julie et Alistair, mais je ne les vois pas. Je ferai donc la visite de Barcelone en solitaire. Je sais que l’on peut rejoindre le centre de la ville à pieds en quelques minutes et je me mets en route. J’admire au passage la célèbre statue de Christophe Colomb qui s’élance dans le ciel bleu…
Me voilà maintenant sur la fameuse Rambla, avenue emblématique de la ville et la plus touristique. Très animée, elle est jalonnée de chaque côté de marchands de fleurs, de commerces, de nombreux bars et restaurants. Me voilà arrivée devant la Boqueria, le grand marché de la ville, unique par sa grandeur et la profusion des mets qu’il propose : fruits frais, légumes, viandes, poissons, fromages, sucreries…C’est une véritable explosion de couleurs et de saveurs. Alors que je m’apprête à y rentrer, je reconnais le couple qui marche devant moi : Maya en compagnie de l’homme silencieux de la veille. Je ne sais pas s’ils vont apprécier ma venue mais je me permets de les rejoindre. Je suis surprise par l’accueil chaleureux qu’ils me réservent et c’est ensemble que nous effectuons la visite. Après celle-ci, nous nous installons pour boire un verre, ce qui nous permet de faire plus ample connaissance. J’apprends que Maya fait cette croisière pour retrouver Pablo qu’elle a connu en Italie et dont elle est tombée éperdument amoureuse. Jean de son côté, veut retrouver les origines de son nom très poétique d’ailleurs : « Vague ». Alors que nous sommes sur le point de partir, le téléphone de Maya sonne. Elle semble très pressée de répondre et elle s’éloigne un peu avant de le faire. Quand elle revient vers nous, je ne la reconnais pas. Elle est très pâle et semble bouleversée. Quand je lui demande si tout va bien, elle éclate en sanglots. Jean et moi ne savons plus quoi faire. Quand elle réussit enfin à parler, elle nous explique que Pablo ne viendra pas et que le conte de fées qu’elle a échafaudé est terminé. Ne voulant pas la laisser seule avec son chagrin, nous décidons d’aller visiter la Sagrada Familia tous les trois. Nous sommes éblouis par la beauté de cette basilique géante, œuvre du célèbre architecte catalan Antoni Gaudi. Bien entendu, j’immortalise ces instants magiques par quelques photos. Maya retrouve même le sourire le temps d’une pose. Le chemin du retour s’effectue en silence. Jean semble rêveur et Maya apaisée. Nous nous quittons sur le pont et je regagne ma cabine. Je suis fatiguée, mais contente de ma journée.

LE MYSTÉRIEUX MESSAGE

Au lendemain de l’escale, je trouve, glissé sous la porte de ma cabine, un billet. Je suis très surprise et je l’ouvre aussitôt. Je lis la phrase suivante « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux » Qui est l’expéditeur de ce mystérieux message ? Et qu’a-t-il voulu me dire ?
Je réfléchis au sens profond de cette citation. Si je fais cette croisière, c’est avant tout pour oublier la période difficile que je viens de traverser. J’espère que les nouveaux paysages que je vais découvrir me permettront de m’évader, de reprendre pied et de commencer une nouvelle vie. Mais ce matin je m’interroge. Les beaux paysages que j’ai photographiés hier sont-ils seuls responsables de la joie que je ressens ce matin ? Je repense à la journée que j’ai passée en compagnie de Jean et de Maya. Certes, j’ai fait des photos magnifiques mais j’étais surtout heureuse d’être avec eux et d’avoir permis à Maya de retrouver le sourire. Je décide donc de répondre à ce message, pourtant bien étrange. Mais qui va en être le destinataire ? Tiens, pourquoi pas le séduisant Gino Baldino que j’ai éconduit l’autre soir sans raison. Donc je me lance :
Cher Monsieur Baldino
Le voyage que j’ai entrepris avait jusque là un seul but : me faire oublier la période difficile que je viens de traverser. Mais cela m’a empêchée de regarder autour de moi et est responsable de mon attitude envers vous l’autre soir. Aussi, pour me faire pardonner, c’est à mon tour de vous inviter à boire un verre ce soir. Je serai au bar à partir de dix-neuf heures et j’espère que vous m’y rejoindrez. Cordialement. Valentine.
Voilà, il ne me reste plus qu’à glisser ma missive sous la porte de Monsieur Baldino et à espérer qu’il répondra à mon invitation. Et qui sait ?...

RÉUNION AU SALON

Le commandant qui a eu vent du message anonyme reçu par chacun des invités au dîner de bienvenue, a décidé de nous réunir au salon ce soir, avant le dîner. En m’y rendant je ne me sens pas très à l’aise. En effet, suite à ce message, Hector et Oscar m’ont écrit. Hector, sûr que j’allais succomber à son charme, s’était même permis de me tutoyer dès la première phrase. Oscar, lui, semblait avoir eu un vrai coup de foudre et était prêt à entamer une relation sérieuse avec moi. Je reconnais qu’aucun de ces deux prétendants n’a retenu mon attention. De mon côté, j’ai été séduite le premier soir par le charme latino de M.Baldino et je me demande si la lettre que je lui ai écrite aura une réaction positive.
Me voilà arrivée ! Je parcours des yeux l’assistance et reconnais la plupart des convives du premier soir : Julie et son bel inconnu, Maya qui discute avec Jean, Sir Edward qui semble bien pensif… Quand Hector m’aperçoit, il se précipite vers moi et me propose une place à côté de lui. Je m’empresse de calmer ses ardeurs en lui expliquant poliment que je ne suis pas l’auteur du message et que je n’ai pas l’intention d’entamer une relation avec lui. Vexé, il tourne aussitôt les talons, et va se rasseoir. Alors que je me dirige vers Oscar, M. Baldino fait son entrée. Le sourire qui illumine son visage en me voyant me rassure et je m’empresse de le rejoindre. Je le remercie d’avoir répondu à mon invitation, malgré le refus qu’il avait essuyé de ma part le premier soir. Il se met à rire et accepte de me pardonner en échange d’un repas avec lui le soir même. J’accepte avec joie. Le commandant n’est toujours pas arrivé mais ça n’a plus d’importance maintenant. Je quitte la salle au bras de M. Baldino et le regard de braise qu’il pose sur moi est plein de promesses…

LA DERNIÈRE SOIRÉE

Nous sommes arrivés au dernier jour de notre croisière. Ce soir a lieu la soirée d’adieu, placée sous le signe du jazz. Après une après-midi passée au bord de la piscine, je rejoins ma cabine pour me préparer. Gino, avec qui j’ai passé hier une soirée délicieuse, sera mon cavalier. Je suis pressée de le retrouver.
Me voilà enfin prête ! L’image que me renvoie mon miroir me satisfait pleinement. Je quitte la cabine d’un pas léger et le sourire aux lèvres. Gino m’attend devant la salle de réception. Je le trouve vraiment magnifique ! Son costume blanc met en valeur son teint mat et ses cheveux noirs. Je vois dans ses yeux qu’il me trouve très à son goût lui aussi. Il me conduit à notre table où nous attend une bouteille de champagne. Je regarde autour de moi. J’aperçois Julie et son chevalier servant : ils se tiennent par la main et ne se quittent pas du regard. Maya, dans une robe toujours très colorée, est en pleine discussion avec Hector qui semble avoir oublié mon existence. Sir Edward, qui semble très en forme ce soir, fait son entrée avec Marjolaine à son bras : les opposés s’attirent paraît-il. Au bar, le curieux personnage aperçu l’autre soir, tient Anne-Sophie par la taille et la couve du regard. La soirée promet d’être très animée…
Après un repas délicieux, un guitariste vêtu d’une chemise aussi rouge que sa guitare, commence à jouer un air de jazz. Les couples envahissent la piste. Je me retrouve dans les bras de Gino pour un slow très langoureux. Je me laisse bercer par cette douce musique et par les mots que mon cavalier murmure à mon oreille. J’aimerais que cette soirée ne finisse jamais.
Quand plus tard Gino me raccompagne à ma cabine, il me glisse une carte dans la main en me disant : » Si tu veux qu’on se revoie , appelle-moi. » Puis il m’embrasse et s’en va sans se retourner…
Epilogue
L’album photos que je présentais à mon patron à mon retour de croisière eut un effet inespéré. Je sus immédiatement que ma carrière était lancée et que mon rêve allait se réaliser. A partir de ce moment les contrats s’enchaînèrent : un safari photo au Kenya, les cerisiers du Japon au mois de Mars, les aurores boréales en Finlande, le Carnaval de Rio…Mais mon prochain voyage, lui, ne sera pas professionnel. En effet je m’envole la semaine prochaine pour New-York afin d’assister au mariage de Julie avec qui je suis restée en contact tout ce temps. Elle épouse son bel Alistair et souhaite que je sois la photographe de ce bel évènement. J’ai d’autant plus de plaisir à la rejoindre que j’ai appris qu’elle avait invité plusieurs passagers du Comté de Provence : Jean Vague qui chantera durant la cérémonie, la douce Maya accompagnée de son Pablo, Anne-Sophie et Olala qui est devenu son mari et enfin Marjolaine et sa nouvelle conquête. Gino, que je n’ai jamais revu, ne viendra pas. Mais je ne serai pas seule pour autant. Julie doit me présenter un de ses amis qui sera mon cavalier durant tout le séjour. Et d’après ses dires il n’a rien à envier à mon amoureux d’un soir. Et la connaissant je lui fais totalement confiance…
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Rédigé par Elisabeth

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 30 Décembre 2023

 
Nous sommes arrivés au dernier jour de notre croisière. Ce soir a lieu la soirée d’adieu, placée sous le signe du jazz. Après une après-midi passée au bord de la piscine, je rejoins ma cabine pour me préparer. Gino, avec qui j’ai passé hier une soirée délicieuse, sera mon cavalier. Je suis pressée de le retrouver.
Me voilà enfin prête ! L’image que me renvoie mon miroir me satisfait pleinement. Je quitte la cabine d’un pas léger et le sourire aux lèvres. Gino m’attend devant la salle de réception. Je le trouve vraiment magnifique ! Son costume blanc met en valeur son teint mat et ses cheveux noirs. Je vois dans ses yeux qu’il me trouve très à son goût lui aussi. Il me conduit à notre table où nous attend une bouteille de champagne. Je regarde autour de moi. J’aperçois Julie et son chevalier servant : ils se tiennent par la main et ne se quittent pas du regard. Maya, dans une robe toujours très colorée, est en pleine discussion avec Hector qui semble avoir oublié mon existence. Sir Edward, qui semble très en forme ce soir, fait son entrée avec Marjolaine à son bras : les opposés s’attirent paraît-il. Au bar, le curieux personnage aperçu l’autre soir, tient Anne-Sophie par la taille et la couve du regard. La soirée promet d’être très animée…
Après un repas délicieux, un guitariste vêtu d’une chemise aussi rouge que sa guitare, commence à jouer un air de jazz. Les couples envahissent la piste. Je me retrouve dans les bras de Gino pour un slow très langoureux. Je me laisse bercer par cette douce musique et par les mots que mon cavalier murmure à mon oreille. J’aimerais que cette soirée ne finisse jamais.
Quand plus tard Gino me raccompagne à ma cabine, il me glisse une carte dans la main en me disant : » Si tu veux qu’on se revoie , appelle-moi. » Puis il m’embrasse et s’en va sans se retourner…
Epilogue
L’album photos que je présentais à mon patron à mon retour de croisière eut un effet inespéré. Je sus immédiatement que ma carrière était lancée et que mon rêve allait se réaliser. A partir de ce moment les contrats s’enchaînèrent : un safari photo au Kenya, les cerisiers du Japon au mois de Mars, les aurores boréales en Finlande, le Carnaval de Rio…Mais mon prochain voyage, lui, ne sera pas professionnel. En effet je m’envole la semaine prochaine pour New-York afin d’assister au mariage de Julie avec qui je suis restée en contact tout ce temps. Elle épouse son bel Alistair et souhaite que je sois la photographe de ce bel évènement. J’ai d’autant plus de plaisir à la rejoindre que j’ai appris qu’elle avait invité plusieurs passagers du Comté de Provence : Jean Vague qui chantera durant la cérémonie, la douce Maya accompagnée de son Pablo, Anne-Sophie et Olala qui est devenu son mari et enfin Marjolaine et sa nouvelle conquête. Gino, que je n’ai jamais revu, ne viendra pas. Mais je ne serai pas seule pour autant. Julie doit me présenter un de ses amis qui sera mon cavalier durant tout le séjour. Et d’après ses dires il n’a rien à envier à mon amoureux d’un soir. Et la connaissant je lui fais totalement confiance…
 

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Rédigé par Elisabeth

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Publié le 27 Décembre 2023

BONNES FÊTES !

L'atelier d'écriture vous souhaite de bonnes fêtes, aussi délicieuses qu'une prose délicate, douces comme une poésie raffinée, belles comme une phrase finement ciselée.

A bientôt les ami(e)s !

 

 

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 27 Décembre 2023

Personnage :
 
Gilles SANTINI
Niçois pure souche du babazouk, habite maintenant versant ouest du Mont Boron
63 ans - 1,78 m - 72 kg - yeux bleus - bronzé toute l'année
Une force de la nature
Veuf depuis peu
Retraité, Ancien maître nageur
Bonne forme physique (il s'est toujours "entretenu")
Timide
Ose une croisière. Il avait promis à son épouse malade d'aller voir Alger, là où elle était née et d'où elle est partie à l'âge de 15 ans
Il a peur de l'avion.
Il a peur de "l'estranger".
 
_____________________
 
L'EMBARQUEMENT
 

Voilà ! Je claque la porte de la maison. Je descends à pied la Corniche André de Joly, j'enquille le boulevard Stalingrad (oui, je sais, il ne s'appelle plus comme ça... ) et je débouche sur le port où nous attend un monstre marin de plusieurs étages.

C'est parti ! Je m'engage sur la passerelle après avoir décliné mon identité et montré passeport et billet. A la sortie de la passerelle, bien alignées sur le pont, un stock d'hôtesses aux uniformes impeccables me souhaitent la bienvenue. Je reçois une brochure contenant toutes les informations nécessaires au déroulement de la croisière et vantant les caractéristiques du navire, ainsi que les clefs de ma cabine. Pont 4 - Cabine 428.

Je la trouve facilement. J'ouvre la porte et me voilà dans ce qui sera mon "chez moi" pour les jours à venir. La cabine est claire. Pas immense, mais fonctionnelle. Un grand lit, une table de chevet, une petite table basse et deux fauteuils tournés vers un très large hublot face à la mer.

La météo est au beau fixe. Le vent est en vacances. Pourvu qu'il y reste longtemps, au besoin en enchaînant quelques RTT, car je n'apprécierais pas les creux et le mal de mer qui pourrait en découler, même si j'ai entendu que les paquebots étaient assez stables... à voir... ou pas...

Une armoire avec une petite penderie et trois tiroirs complètent l'ameublement de la cabine. J'y range tout de suite toutes affaires. La salle de bains attenante est lumineuse car elle aussi possède un hublot... tant qu'à faire, pour quelques dizaines d'euros de plus !!!

Je m'approprie les lieux rapidement et ressors illico pour aller explorer le navire et surtout assister depuis le pont supérieur au largage des amarres.

LE DINER A LA TABLE DU COMMANDANT
 
Lundi 13 Novembre
Après ma sortie matinale sur le pont, quelques exercices et de bonnes bouffées d'iode, rien de tel pour se mettre en forme, je regagne ma cabine et quelle surprise de trouver sur la table basse une invitation à dîner à la table du commandant ! Je ne suis pas trop fan de ces mondanités, mais faut assumer mon vieux, ça fait partie de la croisière !
Je fouille dans ma garde-robe et j'y trouve un costume adéquat pour ce genre de sortie. On m'avait bien prévenu qu'il fallait s'habiller dans certaines circonstances sur un paquebot. La voilà l'occasion ! Et puis pourquoi ne pas faire connaissance avec d'autres voyageurs ?....
Retour à ma cabine, il est 23 heures 50 ! Un bon moment finalement ! Quelle découverte !
A mon arrivée dans l'immense salle de restaurant ça brillait de partout : des lustres dignes de salles d'opéra, des tables longues recouvertes d'immenses nappes blanches. Une vaisselle délicate et raffinée, des verres en cristal, des couverts d'argent rutilants, des serviettes blanches artistiquement pliées...
Au milieu de la salle, une immense table ronde, celle du commandant, celle où j'ai trouvé mon nom. Le commandant est impeccable dans son costume, un petit ventre prouve qu'il s'adonne un peu trop aux joies des dîners sur son paquebot.... Un discret sourire en moi-même.
Je m'assois à ma place et observe les convives s'installer autour de la table. A ma gauche, une jeune fille, belle brune aux yeux verts, j'attendrai qu'elle termine la conversation en cours sur sa gauche...
A ma droite, en bout de table, un drôle d'individu, haut en couleurs, Gino, arrivé un chouïa en retard, au fort accent marseillais et au bagout qui va avec. Je sens que la soirée ne sera pas trop morne et le déroulement m'a donné raison. Quel bonhomme ! Bourlingueur et très bon vivant d'après tous ses récits et anecdotes relatés. Il a régulièrement fait les niveaux dans mes différents verres, ce qui fait que je vais avoir besoin de quelques paires d'heures pour dégriser tranquillement dans ma cabine, même si avant de la rejoindre, j'ai arpenté le pont un bon moment pour amorcer la digestion de ce dîner raffiné et abondant, mais oh combien loin de mes habitues alimentaires !!!
Quant à Valentine -j'ai appris son prénom- placée à ma gauche, il s'est avéré qu'elle était de la descendance de Doisneau, elle m'avoue tout d'abord une passion pour la photographie (les chiens ne font pas des chats) et le but de sa croisière : un peu de décompression après un divorce difficile. Elle m'a l'air assez simple, pas du tout excentrique et je pense que j'aurai plaisir à bavarder un peu plus avec elle dans les jours qui viennent.
J'avoue que dans le brouhaha habituel des dîners de ce type, je n'ai pas pu correctement engager une conversation bien suivie mais en observant la quinzaine de convives attablés autour du commandant je pense ma foi que j'arriverai à tisser quelque lien avec quelques-uns et unes. Un panel varié et coloré d'individus. Un grand bain social après les soucis de ces derniers mois et j'avoue que ça me fait un bien fou.
 
PREMIÈRE ESCALE
 
Aujourd'hui première escale ! Marseille... J'avoue que comme la majorité des niçois, Marseille m'est un peu inconnue, alors c'est l'occasion de découvrir cette ville et ses quartiers rénovés bordant le port.
A peine un pied sur le quai la jolie Valentine file droit, son appareil photo en main, je la vois s'éloigner mitraillant bateaux, passants, façades avec un bonheur non feint.
Maya -dont j'ai découvert le prénom avant de débarquer- un brin excentrique dans son accoutrement certes charmant, semble avoir attiré un excentrique d'un autre genre, Oolala -c'est la jounée de découverte des prénoms- ! Les voilà partis comme deux compères vers je ne sais quelle direction mais avec un air bien décidé.
Pour ma part, je commence ma balade en solitaire en direction du quartier du Panier, après avoir longé les quais du Vieux Port, face à Notre Dame de la Garde. J'irai contempler plus tard l'architecture du Mucem. Je me délecte à me perdre dans les petites rues aux escaliers nombreux, aux façades colorées, aux maisons fleuries, regorgeant de petites boutiques accueillantes et d'ateliers d'artistes. De quoi passer la journée entière ! Je m'attable à une minuscule terrasse de café et je me délecte à regarder les passants et la vie de ce quartier auparavant si mal famé, en sirotant un pastis bien tassé accompagné d'olives noires aux herbes. La vie est douce ! Les yeux à moitié fermés par une torpeur due au soleil insistant, j'aperçois Valentine qui débouche d'une ruelle, un brin essouflée, les joues colorées après avoir arpenté mille recoins pour enrichir son trésor numérique. Je l'invite à s'asseoir un instant à mes côtés. Elle n'est pas contre le fait de pouvoir se reposer quelque peu. Un deuxième pastis pour moi, un premier pour elle, accompagnés de mini-toasts de tapenade et de crudités à tremper dans une coupelle remplie d'anchoïade. Elle est pas belle la vie ?
La conversation s'entame doucement, elle me raconte son désir d'escapade, l'envie et surtout le besoin de tirer un trait sur les derniers mois. A mon tour je lui parle de ces deux dernières années difficiles et de la raison pour laquelle je me suis lancé dans cette croisière. La conversation dévie ensuite sur le dîner d'hier et inévitablement sur les personnages attablés autour du commandant. On papote gaiement et elle me propose de la suivre pour aller découvrir la Vieille Charité. Cet ensemble entièrement restauré était à l'origine destiné à rassembler les populations pauvres de Marseille. Chargé d'histoire, il est à présent un centre culturel incontournable, ensemble de quatre bâtiments dans une enclave cernée par des arcades au centre desquelles subsiste une chapelle dont la construction remonte au XVIIème siècle. On déambule et je vois Valentine se régaler de clichés. C'est tout simplement très beau et très sobre.
Un coup d'oeil à nos montres nous rappelle à l'ordre. On a encore le temps de redescendre pour passer devant le Mucem et le Fort Saint Jean avant de rejoindre le quai d'embarquement.
Quelle belle journée ! Je pose ces quelques lignes de retour dans ma cabine avant d'aller dîner. J'ai envie d'un dîner léger et d'un grand moment sur le pont supérieur à contempler un ciel d'une clarté incroyable. J'ai l'impression de redécouvrir un peu la vie avec toutes ses choses banales et ses surprises. Je me sens incroyablement bien.

 

LE BILLET

Ce matin les cris des oiseaux de mer m'ont sorti de la douce torpeur dans laquelle je me prélassais. Une bonne douche et un habillage "sport" après je me dirige vers la porte pour aller prendre mon petit déjeuner lorsque je vois un billet plié en deux et coincé sous la porte de la cabine. Intrigué je me baisse pour le ramasser et en l'ouvrant je découvre ces mots : "Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux."
 
??? Pourquoi un tel message et surtout de la part de qui ? Je me remémore les personnes rencontrées depuis l'embarquement et avec lesquelles j'ai eu quelques échanges. J'ai beau faire le tour, aucune ne me paraît correspondre à l'auteur de cette phrase recopiée. Alors est-ce vraiment moi le destinataire ? Je mets le papier dans la poche et je sors en direction du buffet du petit-déjeuner. Peut-être que je serai plus inspiré en rencontrant les personnes éventuellement présentes dans la salle.
 
Je salue les quelques "connaissances" présentes et décide de m'installer un peu à l'écart pour y réfléchir... Aucun "indice" ne fait surface, jusqu'à ce que j'entende à une table voisine Maya racontant sa découverte d'un billet glissé sous sa porte ce matin.... OK ! Une manoeuvre de cohésion ??? Je ne suis donc pas le seul à avoir reçu cette intriguante phrase ! A moins que le texte reçu par Maya soit différent ? Je me vois mal aller me mêler de la conversation pour lui demander... Ce serait en plus avouer que j'avais les oreilles qui traînaient...
 
En marchant sur le pont pour retourner dans ma cabine je me décide à répondre et comme je ne sais pas bien à qui adresser ma "missive", je m'en vais la scotcher sur le panneau d'information qui trône dans le grand hall circulaire par où transitent absolument tous les croisiéristes.... et puis finalement je décide de répondre à quelques unes des personnes qui étaient au dîner du commandant. Oui, c'est une bonne idée et même que je vais faire mieux ! Me voilà devant le bureau d'information pour quérir le numéro de cabine des heureux(ses) élus(es).
 
Assis devant la table basse de ma cabine, je détache plusieurs feuillets du bloc disponible, aux "armoiries" de la compagnie de croisière. Très fier de moi, je commence à me creuser la cervelle...
 
Pour Maya ce sera "Un bon voyageur n'a ni plans établis, ni destination" (Lao Tseu)
Pour Valentine et son oeil numérique : "Une fois par an, visitez un lieu où vous n'êtes jamais allé auparavant" (Dalai Lama)
Pour Gino tiens, je lui envoie "Voyager c'est vivre" (Hans Christian Andersen). Je trouve que ça lui va bien !
Pour Jean... ah oui ! celle-ci "Voyager vous laisse d'abord sans voix, avant de vous transformer en conteur" (Ibn Battuta)
Pour OOlala, voici "N'hésitez jamais à partir loin, au-delà de toutes les mers, toutes les frontières, tous les pays, toutes les croyances" (Amin Maalouf)
Pour Julie qui d'après ce que j'ai compris cherche l'inspiration "Voyager c'est découvrir que tout le monde se trompe sur les autres pays" (Aldous Huxley) A creuser...
Pour Edward, je sens bien "Une destination n'est jamais un lieu, mais une nouvelle façon de voir les choses" (Henry Miller)
Pour Oscar "Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en ont lu qu'une page" (Saint Augustin)
Pour Hector, je lui réserve "Voyager rend modeste. On voit mieux la place minuscule que l'on occupe dans le monde" (Gustave Flaubert)
 
Je me suis peut-être un peu planté mais pas grave, ça peut servir d'animation !
 
Quant à moi, je pousse le bouchon à coller sur ma porte "Je n'ai pas encore été partout, mais c'est sur ma liste".
 
Ah ! Ah ! Ah ! Je me suis bien amusé... on verra la suite... ou pas...

 

LA RENCONTRE AU SALON

Ah ! Ah ! Ah !
La voilà la suite ; "l'affaire" est remontée jusqu'au commandant qui, après avoir eu vent de ces échanges "épistolaires" a décidé de convoquer tout le monde au salon. Je ne comprends pas bien ce qu'il en espère car même si je n'ai pas tout suivi de ces échanges et de leurs réactions, je ne pense pas qu'il y ait vraiment matière à mettre les choses au point.
 
Allez, je me décide à descendre dans l'idée de laisser traîner mes oreilles ! Je verrai bien au moins si j'entends des babillages en retour des citations restituées à leur auteur initial puisque je n'ai moi-même signé aucun des billets distribués. Quand je pénètre dans le salon j'ai bien l'impression d'être le dernier à arriver. Des conversations à trois ou quatre sont en train, à voix assez basse, genre conspiration ou espionnage. Je fais quelques pas entre les fauteuils mais je n'arrive pas à capter grand chose de cette effervescence toute en retenue.
 
Comme je ne me suis pas fondamentalement lié à qui que ce soit durant ces derniers jours -mis à part un après-midi marseillais auprès de Valentine- je décide de m'installer dans un profond fauteuil près d'une large baie vitrée qui laisse passer les derniers rayons de l'astre solaire en train de s'allonger sur la ligne d'horizon au loin.
 
De temps en temps mon regard dévie à l'intérieur du salon, j'observe sans vraiment remarquer... Le capitaine est entouré de quelques femmes qui ont l'air de vouloir tenir le crachoir, il a l'air de s'en amuser discrètement, en tout cas j'ai bien l'impression que cette "convocation au salon" ne va pas lui rapporter grand chose.
 
Certes j'avais bien une enveloppe glissée sous la porte de ma cabine, contenant quelques lignes signées par Oolala, mais j'avoue qu'étant assez cartésien, je n'ai pas été suffisamment atteint par le texte pour m'en préoccuper comme d'autres. Apparemment une conversation plus animée que les conversations feutrées alentour avait pour "protagonistes" Oscar, Sir Edward, Hector et Gino l'impayable. Le nom d'Oolala revenait sur leurs lèvres. Un billet groupé pour tous les hommes ? Il aura eu le mérite de les faire parler.
 
Pour ma part, je préférais me détacher mentalement de cette atmosphère suspicieuse pour laisser mon esprit vagabonder librement au gré du roulis qui commençait à s'installer.
 
Avis de tempête ?

 

LA SOIRÉE D'ADIEU

Bonsoir mon journal,
Ce soir c'est ma dernière bafouille.
Je reviens de la soirée d'adieu organisée par le commandant. Cette nuit nous naviguons vers Nice.
 
Ce fut une belle soirée ma foi. Avec tout ce qu'il fallait comme lumières, habits de fêtes, des robes de soirée de la plus simple à la plus sophistiquée, du costume chic-décontracté au "smoking-noeud pap", des tables basses merveilleusement décorées, des fauteuils bas et profonds. Le côté musique n'a pas été oublié. Un jeune guitariste notamment, à la prestation plus qu'appréciée, avec un audacieux mélange de jazz manouche et de standards internationaux.
 
Quelques couples évoluaient sur la piste de danse dans une savante pénombre.
Un instant karaoké avec Jean.
Une démonstration de transe papouasienne par Oolala qui nous a laissés "babas".
Des échanges avec quelques-uns autour de Maya, délicieusement discrète.
 
Je remarque une absence, celle de Valentine... et à force de faire le tour de l'immense salle, je m'aperçois qu'il manque également Gino le rigolo. Et pourquoi je ne suis qu'à moitié étonné ?
 
Finalement cette croisière m'a fait vivre une petite parenthèse dans ma vie, au bon moment, avec ce qu'il fallait de nouvelles têtes sans qu'elles soient envahissantes, du lâcher-prise temporaire pour profiter du moment présent. Pas de remise en question, mais juste une bonne dose de sérénité pour me remettre sur les rails de mon quotidien niçois. Et puis un petit coup de pouce et d'envie pour continuer d'aller "voir ailleurs".
 
La tempête annoncée n'était finalement qu'un gros coup de vent qui n'a pas duré. Avant de rejoindre ma cabine j'ai longuement arpenté le pont supérieur, respiré l'iode à m'en faire péter les poumons, écouté le bruit de l'eau qui glissait sur la coque du monstre, imaginé les mouettes et les goélands remplir mes oreilles de sons de voyage. J'ai découvert la Méditerranée du grand large et des hauts-fonds. Je suis apaisé et prêt à reprendre les rennes du reste de ma vie.
 
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Rédigé par Bernadette

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Publié le 27 Décembre 2023

Bonsoir mon journal,
Ce soir c'est ma dernière bafouille.
Je reviens de la soirée d'adieu organisée par le commandant. Cette nuit nous naviguons vers Nice.
 
Ce fut une belle soirée ma foi. Avec tout ce qu'il fallait comme lumières, habits de fêtes, des robes de soirée de la plus simple à la plus sophistiquée, du costume chic-décontracté au "smoking-noeud pap", des tables basses merveilleusement décorées, des fauteuils bas et profonds. Le côté musique n'a pas été oublié. Un jeune guitariste notamment, à la prestation plus qu'appréciée, avec un audacieux mélange de jazz manouche et de standards internationaux.
 
Quelques couples évoluaient sur la piste de danse dans une savante pénombre.
Un instant karaoké avec Jean.
Une démonstration de transe papouasienne par Oolala qui nous a laissés "babas".
Des échanges avec quelques-uns autour de Maya, délicieusement discrète.
 
Je remarque une absence, celle de Valentine... et à force de faire le tour de l'immense salle, je m'aperçois qu'il manque également Gino le rigolo. Et pourquoi je ne suis qu'à moitié étonné ?
 
Finalement cette croisière m'a fait vivre une petite parenthèse dans ma vie, au bon moment, avec ce qu'il fallait de nouvelles têtes sans qu'elles soient envahissantes, du lâcher-prise temporaire pour profiter du moment présent. Pas de remise en question, mais juste une bonne dose de sérénité pour me remettre sur les rails de mon quotidien niçois. Et puis un petit coup de pouce et d'envie pour continuer d'aller "voir ailleurs".
 
La tempête annoncée n'était finalement qu'un gros coup de vent qui n'a pas duré. Avant de rejoindre ma cabine j'ai longuement arpenté le pont supérieur, respiré l'iode à m'en faire péter les poumons, écouté le bruit de l'eau qui glissait sur la coque du monstre, imaginé les mouettes et les goélands remplir mes oreilles de sons de voyage. J'ai découvert la Méditerranée du grand large et des hauts-fonds. Je suis apaisé et prêt à reprendre les rennes du reste de ma vie.
 

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Publié le 27 Décembre 2023

 
Ah ! Ah ! Ah !
La voilà la suite ; "l'affaire" est remontée jusqu'au commandant qui, après avoir eu vent de ces échanges "épistolaires" a décidé de convoquer tout le monde au salon. Je ne comprends pas bien ce qu'il en espère car même si je n'ai pas tout suivi de ces échanges et de leurs réactions, je ne pense pas qu'il y ait vraiment matière à mettre les choses au point.
 
Allez, je me décide à descendre dans l'idée de laisser traîner mes oreilles ! Je verrai bien au moins si j'entends des babillages en retour des citations restituées à leur auteur initial puisque je n'ai moi-même signé aucun des billets distribués. Quand je pénètre dans le salon j'ai bien l'impression d'être le dernier à arriver. Des conversations à trois ou quatre sont en train, à voix assez basse, genre conspiration ou espionnage. Je fais quelques pas entre les fauteuils mais je n'arrive pas à capter grand chose de cette effervescence toute en retenue.
 
Comme je ne me suis pas fondamentalement lié à qui que ce soit durant ces derniers jours -mis à part un après-midi marseillais auprès de Valentine- je décide de m'installer dans un profond fauteuil près d'une large baie vitrée qui laisse passer les derniers rayons de l'astre solaire en train de s'allonger sur la ligne d'horizon au loin.
 
De temps en temps mon regard dévie à l'intérieur du salon, j'observe sans vraiment remarquer... Le capitaine est entouré de quelques femmes qui ont l'air de vouloir tenir le crachoir, il a l'air de s'en amuser discrètement, en tout cas j'ai bien l'impression que cette "convocation au salon" ne va pas lui rapporter grand chose.
 
Certes j'avais bien une enveloppe glissée sous la porte de ma cabine, contenant quelques lignes signées par Oolala, mais j'avoue qu'étant assez cartésien, je n'ai pas été suffisamment atteint par le texte pour m'en préoccuper comme d'autres. Apparemment une conversation plus animée que les conversations feutrées alentour avait pour "protagonistes" Oscar, Sir Edward, Hector et Gino l'impayable. Le nom d'Oolala revenait sur leurs lèvres. Un billet groupé pour tous les hommes ? Il aura eu le mérite de les faire parler.
 
Pour ma part, je préférais me détacher mentalement de cette atmosphère suspicieuse pour laisser mon esprit vagabonder librement au gré du roulis qui commençait à s'installer.
 
Avis de tempête ?
 

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