musique et danse

Publié le 8 Juillet 2018

Arpèges et Arabesques

PRÉFACE

 

 

 

Cette année, inspiré par le projet Live Attitude d’AnimaNice Bon Voyage, l’atelier d’écriture a choisi pour thème Musique et Danse.

 

Une symphonie d’histoires, des notes qui courent sur les pages pour rejoindre un Stradivarius, un piano, un violoncelle, une trompette, une flûte, une guitare électrique, un saxo, jusqu’aux chaussons d’un petit rat, aux arabesques de quelques elfes.

 

De la boutique d’un drôle de cordonnier, en passant par un vieil hôtel abandonné, par des « élucuvibrations » amusées, un 78 tours oublié, les mots rencontrent la musique, retentissent dans la 52e rue, dans la campagne de la jeune Italie, dans l’appartement d’en face, rebondissent sur la baguette d’un chef de chœur, dans les journaux, le courrier, traversent la traversière d’un chat flûtant, valsent dans un mariage, chantent sur les grands hymnes historiques.

Compositeurs, danseuses, mélomanes, musiciens surgissent en farandole dans les nouvelles insolites, romantiques, poétiques, nostalgiques, mouvantes comme un spectacle de danse.

 

Rédigés lors des ateliers, les textes racontent la musique, les mots deviennent sons, deviennent chansons le temps d’une goguette. Des chansons écrites sur des airs connus à fredonner au fil des pages… et des poèmes à haute voix car, comme disait Voltaire, « la poésie est une sorte de musique : il faut l’entendre pour en juger. » .

 

Aux pirouettes d’un pinceau, la musique s’irise ; les tableaux de Bernard Brunstein dansent les couleurs sur les haïkus de l’atelier pour clore le recueil.

 

 

 

Madeleine CAFEDJIAN

Animatrice de l’atelier d’écriture AnimaNice Bon Voyage

 

 

 

LES ATELIERS ET TEXTES

 

QUELQUES IMAGES DE LA SOIRÉE VERNISSAGE

& PRÉSENTATION DU RECUEIL

Le public à l'écoute...

Le public à l'écoute...

L'atelier d'écriture...

L'atelier d'écriture...

Danse africaine...

Danse africaine...

 Danse orientale et tribal fusion

Danse orientale et tribal fusion

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 8 Juillet 2018

Vendredi 29 juin 2018 à 19h

 

présentation du recueil
"Arpèges et Arabesques"

 

 

et vernissage de l'expo
"La danse des couleurs"
de Bernard Brunstein

 

 

à AnimaNice Bon Voyage

 

***

Retour sur les ateliers au cours desquels le recueil fut créé...

 

MUSIQUE ET DANSE : thème 2017/2018

 

Saison 2017/2018 sur le thème :

 

 

 MUSIQUE ET DANSE

 

 

Cette année, chacun écrira une nouvelle qui sera rédigée chapitre après chapitre lors des ateliers. Le recueil comportera aussi des petits textes, des chansons, des poèmes et les photos des tableaux de Bernard Brunstein légendés de haïkus.

 

L’atelier se fera mélodieux, harmonique, poétique et donnera à entendre les sons à travers les mots en utilisant la description sensorielle auditive, les assonances et allitérations, les métaphores subtiles et autres comparaisons qui seront revues au fil des séances.

 

"La poésie est une sorte de musique, il faut l’entendre pour en juger" disait Voltaire.

Alors, faisons entendre la musique !

LES ATELIERS

LES HAÏKUS DE L'EXPO

LA GOGUETTE DE L'ATELIER

HISTOIRES DE MUSIQUE ET PHOTOS

LES INSTANTANÉS

LES "AUTOBIOGRAPHIES" D'UN INSTRUMENT DE MUSIQUE

QUELQUES NOUVELLES

LE COIN DU POÈTE :

LE DERNIER ATELIER "MUSIQUE" DE L'ANNÉE :

CI-DESSOUS, LES ATELIERS "MUSIQUE" DE 2015 :

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Publié le 8 Juillet 2018

Rédigé par Bernard

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Publié le 4 Juillet 2018

Ma muse s'amuse.

Un peu confuse,

Entre comme une intruse,

De mes pensées abuse.

 

Sans un mot d'excuse

Elle me récuse

Je lui refuse et je diffuse

Mon âme fuse et ruse

Comme Zola, crie j'accuse

 

Pour éviter que ma vie soit recluse.

Et pourtant sans ma muse

je ne suis rien et je refuse

que l'on puisse même dans le Vaucluse

 

Sur un air de cornemuse

Ou sur le canal du midi et ses écluses

Dire du mal du théorème de l'hypoténuse

Je sais j'aimerais tant voir Syracuse

 

Le pays de la méduse

Oui manger ensemble à la cambuse

Où la T.V.A. est incluse

Et de cette terminaison j'use

 

Pour dire à ma muse

De mon amour ne sois pas confuse

 

Adieu Muse

 

 

Bernard BRUNSTEIN

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Rédigé par Bernard

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Publié le 4 Juillet 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Silhouette en ombre chinoise

Sur une valse viennoise

Elle s’élance sur l’écran blanc

Symphonie de noir et de chant

 

La danseuse habillée de tulle

Sur la pointe de son chausson

Tout son corps bascule

Expression d’une émotion

 

Est-ce un ange ou un cygne

Note de musique sur une ligne

En clé de sol ou de fa

Au rythme de ses entrechats

 

La danseuse habillée de tulle

Écriture en majuscule

D’une peinture éphémère

D’un papillon qui s’envole dans les airs

 

 

Bernard BRUNSTEIN

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Rédigé par Bernard

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Publié le 4 Juillet 2018

 

 

 

 

 

 

 

Ce soir c’est le sabbat

La forêt se réveille

Les sorcières jeunes et vieilles

Dansent et chantent a cappella

 

Le brouillard envahit la clairière

D’un manteau de mystère

Le ciel devient sombre

On n’aperçoit que des ombres

 

Créatures inquiétantes et maléfiques

Sur une musique fantastique

Le bois au feu se sacrifie

Le nom de Satan elles psalmodient

 

Aux flammes, couleurs de l'enfer

Sur une poupée, de chiffon ou de bois

Comme un sort, une prière

Elles plantent les aiguilles sur toi

 

Je suis leur Chaman

Je possède ton âme

Pour t'ensorceler

Et t'obliger à m'aimer

 

Ce soir c’est le sabbat

Et moi je n'y crois pas

 

Bernard BRUNSTEIN

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Rédigé par Bernard

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Publié le 4 Juillet 2018

tout au fond de la grotte


l'absence de lumière équivaut au silence
le stalactite sanglote
chute goutte à goutte le temps prend patience

 

la musique de l'obscurité
est une symphonie inachevée
plic et ploc plic et ploc
de bric et de broc

 

la stalagmite l'attend
un jour ils seront amants
dans la nuit de la terre
l'amour est sédimentaire

 

plic et ploc plic et ploc
chut entre nous pas d'équivoque
je sais un an cent ans mille ans un jour
tu me déclareras ton amour

 

tu es mon stalactite
je suis ta stalagmite
tu me dessines et me construis
avec le temps notre amour s'écrit

 

 

Bernard BRUNSTEIN

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Rédigé par Bernard

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Publié le 4 Juillet 2018

Le rêve d'un enfant virtuose, né dans un piano !!

Un flot de chansons sortait de sa bouche, lorsqu'il s’accompagnait de son instrument. Comme les notes de musique qui dansent sur la portée, les noires et les blanches se prennent pour de petites reines, face aux doubles ou triples croches prétentieuses. Sur la merveilleuse musique du film " Un été 42 ", il se souvient comme la campagne était belle, même en hiver, les derniers jours de neige ; les flocons dansaient doucement et le pâle coucher du soleil leur renvoyait de petits arcs en ciel. Le chat de la maison, cette boule blanche, comme dans le film " Les Aristochats " s'amusait à courir sur le clavier. Il se remémore son grand-père écrire, noircir de notes des feuilles de parchemin en levant les mains de joie, ou froisser l'une d'elles, la jetant par terre. En grandissant, Denis, après 15 ans de conservatoire, est un pianiste renommé ; il est devenu un jeune homme beau comme un dieu avec ses cheveux sur les épaules, un personnage romantique de Georges Sand… Il est imprégné de musique, lui donne vie et emmène, avec son jeu, le public dans un rêve.

Sa petite amie d'enfance, Céline, nourrisson dans son couffin, accompagnait sa mère, professeur de danse classique. Tout naturellement, sa vie était tracée, mais à 16 ans, la souffrance des entraînements, l'autoritarisme de sa mère qui la voulait la meilleure ont eu raison d'elle. Partie aux États-Unis quelques années, à présent revenue en France, elle enseigne le Modern Jazz et la danse Moderne. Comme le jeune homme est habité par la musique, son amie est possédée par la danse et son corps ne lui obéit plus quand elle pratique son art. Les deux amis ont eu l'idée de monter un spectacle "Musique et Danse".

- Je l'ai vue !

- Qui ?

- L'héroïne, Sasha, une de nos futures artistes, très jeune, élégante dans son accoutrement de morte vivante, yeux maquillés " très légèrement ", bouche à croquer d'un noir qui donne envie de ne pas recevoir un baiser, une volupté et une grâce dans ses rangers, enfin, c'est une jeune fille pas inintéressante.

- Tu plaisantes, enfin c'est toi qui vois ; moi j'ai revu Jessy, un ami danseur américain, grand, un noir sublime, peut-être un duo avec cette gamine, genre comédie musicale ou comédie d'horreur ? Jessy chante à merveille du négro spiritual. Et elle, tu lui as parlé, où l'as tu rencontrée ?

- En fait, c'est la fille de la boulangère, celle-ci est un peu spéciale aussi … Je me suis présenté, la gamine ne serait pas d'accord si on lui imposait une pression quelconque mais on peut essayer ; elle est dans son monde.

La rencontre est étonnante et détonante, une complicité de mots, de rythmes, une fusion même, Jessy domine la jeune fille au bout de quelques entraînements. La haine de Sasha et sa méfiance envers des autres ont disparu, comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences.

- Tu as trouvé le thème ?

- Je m'occupe de la musique, des décors et tout le reste ...

- Parle-moi, décompose la ou les musiques que tu aurais en tête pour la comédie.

- Par exemple " Casse-noisette " serait une explosion de petits pas, une musique à peindre, comme un tableau exécuté par les décors et les costumes, des créatures sortant de nulle part, comme des petits diables sortant de leurs boites, faisant rire de surprise ou créant une peur contrôlée, car c'est toujours une comédie, mais l'intention est aussi de rentrer dans l'histoire. Puis j'ai pensé à une " Sérénade de Schubert ", le cours de l'histoire où la musique nous transporterait doucement, comme une poésie qui s'écoule dans le temps, où les principaux personnages se retrouvent ou croient se rencontrer, et puis une musique de "Stargotick ".

- Moi, je m'occupe de la chorégraphie, des costumes si particuliers ; tu peins à écouter, tu danses la peinture, nos sensibilités respectives s'accordent pour donner des explosions lumineuses, sombres, tristes, agaçantes et touchantes.

- Je le sens cela sera magnifique, j'ai hâte de commencer.

 

Le peuple légendaire des Elfes a surgi dans notre imaginaire grâce à des écrivains, ils symbolisent la nature profonde, ils rêvent d'un monde nouveau. Donc un superbe rôle pour Sasha, un être mystérieux à la recherche de son double, peut-être sa jumelle, quelqu'un qui l'attend quelque part... mais où… ?

Les Elfes Noirs sont maléfiques et habitent dans le monde des profondeurs, mais leur curiosité est très efficace pour une aide sérieuse. Jessy sera Drows, Sasha jouera le rôle d'une demi Elfe et d'une créature humaine.

- Voilà le thème est monté, dit Céline :

Sasha est à la recherche de sa sœur kidnappée à sa naissance, du moins, c’est ce qu'elle pense ! Jusqu'à ses 18 ans la belle jeune fille ignorait tout. Un jour, une nouvelle venue, une rousse aérienne sortie de nulle part, arrive en brandissant un arc et des flèches.

- Je viens des profondeurs de la terre, un geyser de forces naturelles m'a fait sortir de mon antre. Ma mère m'a appris la langue elfique, m’a appris à endurcir mon corps avec des entraînements difficiles, mon mental résiste au mal et je connais aussi la magie des éléments en communion avec la nature. Sur le point de mourir – je lui fermais les yeux à sa demande – ma mère me chuchota la triste vérité à notre sujet, ma sœur. Je suis Misha, je suis là, près de toi, à présent.

Un sentiment de surprise, de bonheur envahit Sasha, des petits papillons, des elfons et tout un petit monde extraordinaire s'attroupent pour fêter cette arrivée inattendue.

- Mon père, le Grand elfe Crops, m'avait dit que ma mère était morte et n'a jamais fait allusion à toi, mais j'ai toujours senti un manque au plus profond de moi, c'était toi, ma jumelle Misha, je suis délivrée de mes angoisses.

 

Des effets spéciaux pour créer l’illusion, la folie des sentiments.

A ce moment, dans un élan brusque d'autorité, l'Elfe noir Drows attrape Sasha, son amour, et la fait valser dans ses puissants bras, la plaquant contre son cœur. La musique reprend de plus belle, les spectateurs sont emportés par la volupté, la force le jeu des acteurs. Puis reprend la sérénade pour finaliser cette comédie musicale. Les danseurs, les costumes, les maquillages, les effets spéciaux, tout a été étudié pour faire voyager le public dans un autre monde mystérieux, mais avec des sentiments accessibles à tout un chacun. En fait, Denis a eu un feeling judicieux en faisant confiance à cette jeune fille à l'allure particulière. Et Jess, ce fabuleux jazzman a fait sensation en super Elfe Noir, envoûtant, agressivement charmant...

 

Dominique AMÉRIO

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Rédigé par Dominique

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Publié le 4 Juillet 2018

 

De ma naissance, il ne me reste aucun souvenir. Ma vie a réellement commencé quand Al Egreto est entré dans ce magasin de musique. Il est venu vers moi, m’a caressé, embrassé, réveillant ma voix de cuivre. Ce jour-là, d’objet inanimé, je suis devenu saxophone.

 

Depuis, j’accompagne Al partout. Des répétitions chez lui, aux concerts sur scène, aux bœufs entre copains, mon chant jaillit, puissant, riche des émotions que Al m’insuffle. J’ai partagé avec lui des moments magnifiques bien que le début de notre vie commune ait connu quelques couacs ! Son souffle me traversait de travers, extirpant de mon anche des vibrations rauques ce qui provoquait une rage irrépressible chez sa voisine du dessous se manifestant par de non moins irrépressibles coups de balai ébranlant le plancher. Alors, je criais mon indignation de ma voix la plus fausse, éructant quelques injures en si bémol. Et Al rigolait. Mais très vite, son souffle et ma voix se trouvèrent, les notes se succédaient, lumineuses, emportant la mélodie sur le vent, comme ce soir d’automne, chez Harmony Queman.

Je ne sais plus pourquoi Al et moi étions sur le balcon d’Harmony. Elle n’était pas encore célèbre à l’époque. Le crépuscule teintait le ciel de rouge, quelque part, un piano égrenait doucement ses notes. Elles arrivaient, éthérées, presque insaisissables. Avec Al, nous avons reproduit cette phrase musicale et ma voix a empli tout le ciel. C’était magique ! Le soleil battait la mesure, ses rayons scintillaient sur mon laiton doré au rythme du tempo. Je chantais de toute mon âme, porté par le souffle de Al. Harmony dansait. C’était très beau. Un des plus beaux moments de ma vie.

Un jour, peu après l’épisode du balcon, il y eut la rencontre avec le piano de Charles Eston. Un instrument adorable, au velouté harmonieux, tout en douceur. Je me suis très bien entendu avec lui. On a joué ensemble des musiques surprenantes, poétiques, merveilleuses. A cette époque, avec Al, on allait souvent répéter chez lui. Harmony se joignait à nous et, sublimant l’espace, son corps dessinait la musique.

Le grand moment de gloire, ce fut le jour où nous avons joué Envol à l’opéra de Nice pour accompagner la chorégraphie d’Harmony. J’ai modulé ma voix autour de celle du piano, elles se sont enroulées l’une à l’autre sous ses pirouettes. Un véritable triomphe ! J’étais très fier de moi ce soir-là !

J’ai continué à jouer en duo avec le piano de Charles Eston pendant quelques années. On répétait chez lui, on donnait des concerts un peu partout en France. Harmony dansait. Le public nous applaudissait avec enthousiasme. Mais un jour, le piano s’est tu, Charles Eston n’était plus là et moi, à travers le souffle de Al, je murmurais de longues plaintes en suivant son cercueil.

J’ai rencontré d’autres instruments, joué d’autres musiques, enregistré quelques disques. Des formations de musiciens se sont créées, puis défaites autour de Al et moi. Le blues, le jazz ont retenti tout au long de ma vie, de notre vie. Car nous sommes inséparables, Al et moi. Je m’exprime par lui et lui par moi.

Les années ont coulé, mélodieuses, jusqu’à l’arrivée d’enfants chez Al et Harmony. Ils m’empoignaient brutalement, bavaient dans mon bec, extirpant péniblement quelques borborygmes infâmes de mon anche à la voix si claire. Heureusement, leur engouement pour ma personne fut assez bref. Al paraissait déçu de leur manque d’intérêt pour la chose musicale, mais moi, j’étais bien content. Je n’aime pas être le jouet de plusieurs musiciens, surtout quand ces derniers sont si maladroits. Puis les enfants ont grandi, quitté la maison. Sans rancune, j’ai interprété La Marche nuptiale au mariage de l’un d’eux.

 

La vie fugue, sautant à pieds joints de rondes blanches en croches noires et nous fait des croches-pattes. Le temps, l’usure nous rattrapent. Aujourd’hui, je suis vieux. Ma voix s’éraille, mon laiton rouille et Al aussi. Nous passons nos journées blottis l’un contre l’autre sur le vieux fauteuil du salon avec nos souvenirs. Harmony est partie depuis longtemps. Parfois, Al m’emmène devant sa tombe et je pleure en notes tendres ce vieux morceau, Envol, sur lequel elle aimait tellement danser. Quand le souffle affaibli de Al sanglote sur la musique, je réconforte son blues par un air de jazz et on s’en va tous les deux, moderato, vers l’oubli.

 

Madeleine CAFEDJIAN

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Rédigé par Mado

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Publié le 4 Juillet 2018

La répétition reprend. Lou regagne sa place et sa position, sans enthousiasme. Elle adore ce cours de danse où elle vient depuis quelques années, au moins trois fois par semaine, même quatre quand elle peut. Mais en fin d’année, il y a toujours ce spectacle à préparer. Il faut mémoriser un certain nombre de chorégraphies, superbes certes, d’une élégance et d’un raffinement indéniables, mais souvent complexes. Cela demande beaucoup d’attention, de concentration. Et Lou, par moments, en a un peu assez. Le plaisir qu’elle trouve à danser s’amenuise pour devenir une contrainte, une obligation.

 

Anne-Lise, la professeure, est une femme exceptionnelle que Lou admire beaucoup pour sa rigueur et sa créativité. Très mince, les cheveux relevés en chignon, le visage sévère, sanglée dans un justaucorps couleur chair, elle arpente le studio d’un pas décidé. Pendant les cours, elle est stricte et exigeante, reprenant un port de bras, corrigeant un en-dehors d’un ton sans appel. Mais pendant les répétitions, elle devient intraitable, se met parfois en colère, traitant les élèves d’incapables, leur reprochant leur manque de présence, de motivation. Elle fait recommencer encore et encore des enchaînements très élaborés, car elle n’est jamais satisfaite et demande toujours plus.

 

Lou se sent un peu lasse. A-t-elle eu une bonne idée d’accepter de participer à ce spectacle, ce qu’elle a toujours évité jusqu’ici, prétextant les horaires en partie imprévisibles et la charge de son travail ? En outre, la perspective de monter sur scène, exposer son corps à des spectateurs, même paré d’un beau costume, lui donne un trac fou.

 

Et puis il y a Vincent. Un très beau garçon au demeurant, le rêve de toute jeune fille. Grand, les cheveux bruns bouclés, les yeux bleus. Il est là souvent pendant les cours. Lui et son appareil photo, un Canon haut de gamme avec plein d’objectifs, un pied, des flashes, du matériel de professionnel. Ce qu’il aime, c’est hanter les cours de danse et mitrailler les danseuses. Depuis que les répétitions ont commencé, il ne quitte presque plus le studio, multipliant les points de vue et les angles. Il semble se faufiler avec agilité au milieu des silhouettes mouvantes. Il est là tellement souvent que passés la première surprise, le malaise d’être observées et traquées par son appareil, les jeunes femmes ont fini par ne plus trop prêter attention à lui, se concentrant sur les chorégraphies dont il faut retenir la moindre subtilité, bras couronne, pieds pointés, chassé, relevé… inlassablement. Il semble faire partie du décor, silencieux et mobile durant des heures.

 

Parfois il apporte des tirages de ses photos, en grand format, qu’il montre à Anne-Lise et aux élèves. Elles sont tout simplement magnifiques. La beauté de chaque danseuse, la justesse d’un mouvement y sont révélées par le cadrage, la lumière, la densité d’un noir et blanc ou le chatoiement des couleurs. Anne-Lise en accroche quelques unes sur les murs du studio, et elles sont comme des encouragements, surtout dans les moments difficiles, à persévérer dans cette rude discipline où le corps est parfois mis à mal, poussé aux limites de la douleur.

 

Anne-Lise, pourtant peu encline à accepter la présence d’étrangers dans son cours -elle n’autorise jamais personne à venir « juste pour voir » et impose aux élèves potentiels de suivre un cours d’essai- fait preuve d’une indulgence particulière envers Vincent. Peut-être à cause de sa faculté à sublimer le corps des danseuses, à magnifier leur mouvement. Il ne parle pas, s’éclipse presque toujours dès la fin du cours. Cette ambiance de volière égaillée dans les vestiaires, les fous-rires, les bavardages qui succèdent à l’austérité de la leçon, ce n’est pas pour lui. Après son départ, souvent, les jeunes femmes ne peuvent s’empêcher de parler de lui. Il intrigue, fascine, agace. Certaines sont amoureuses de lui ou le vénèrent surtout si elles ont apprécié les clichés où elles figurent. D’autres le détestent, ne supportent pas son intrusion muette et insistante dans leur petit monde clos. Elles ne comprennent pas ce qu’il vient faire avec une telle obstination, d’aucunes le trouvent voyeur, l’imaginent même pervers, lui prêtent des intentions suspectes. Il est rare qu’il les laisse indifférentes.

Quant à Lou, elle est intriguée et agacée à la fois. Pourquoi Vincent braque-t-il son objectif si souvent sur elle, la suit-il dans ses déplacements, apporte-t-il régulièrement des photos d’elle ? Cela ressemble à une obsession, pas une attirance ou un sentiment. D’ailleurs il ne la regarde pas, quand son œil est dépouillé d’instruments, il ne lui a jamais adressé la parole. Elle ne sait que penser, mais cette insistance accroît un peu plus son malaise.

 

*

**

 

Ce jour-là, la répétition semble plus difficile que jamais. La pièce qu’Anne-Lise leur fait travailler est particulièrement ardue, très physique, avec des sauts, des passages au sol épuisants quand on les reproduit de nombreuses fois. La musique, très contemporaine, a des stridences qui leur écorchent un peu les oreilles.

 

En outre, cela se passe au plus près des conditions du spectacle, avec les éclairages et les costumes. C’est encore plus impressionnant, on sent que la représentation se rapproche, qu’il faut donner encore plus de son énergie et de son enthousiasme.

 

Comme à son habitude ces derniers temps, Vincent arpente la scène en mitraillant les danseuses, parées de tenues moirées, scintillantes. Quatre d’entre elles s’élancent dans des déboulés très rapides, sur un rythme de percussions. Lou, épuisée par la reprise inlassable de ce passage éprouvant, perd la maîtrise de son mouvement et trébuche, heurtant violemment Vincent qui n’a pas eu le temps de reculer. Il tombe et se cogne la tête contre le rebord en bois de la piste. Anne-Lise interrompt aussitôt la répétition et se précipite auprès de lui, entourée rapidement par les élèves, Lou en tête, affolée par l’incident. Vincent est à terre, inanimé, il a du sang sur le visage.

 

Les secours interviennent rapidement, soulageant la panique qui s’est emparée du petit groupe, emportant Vincent qui a repris connaissance, mais est encore sous le choc, vers l’hôpital le plus proche, accompagné de Lou et d’Anne-Lise.

 

Dans la petite chambre aux grandes baies vitrées donnant sur la mer où on l’a installé, Vincent est plus pâle que jamais. Lou est un peu désemparée, intimidée, de se trouver face à lui, maintenant qu’il est dépouillé des objets qui l’ont toujours maintenu en retrait. Et surtout, elle se sent responsable de ce mouvement maladroit aux conséquences démesurées et cela accroît son malaise. Mais Vincent ne semble pas d’humeur à lui en tenir rigueur, il est plus enjoué et détendu que d’habitude. D’ordinaire taciturne -est-ce l’effet des médicaments contre la douleur qu’on lui a administrés ou du choc ?- il parle avec une fébrilité inattendue, s’adressant à Lou comme s’il voulait la rassurer et avait quelque chose d’essentiel à lui révéler, qu’elle va découvrir au fil de son récit.

« Mon grand-père, Félix, était mécanicien. Il possédait un petit garage ; ses journées étaient dures, mais il aimait son métier. Micheline, ma grand-mère, était une femme simple, très enjouée, toujours souriante. Elle avait un petit magasin de fleurs et servait les clients en chantonnant du matin au soir Trenet, Aznavour, Bécaud, Piaf. Mais sa passion dans la vie était la danse. Chaque fois qu’elle le pouvait, car leurs moyens étaient modestes, elle prenait des places à l’opéra pour aller voir un ballet. Parfois, elle réussissait à y entraîner Félix, qui ne partageait pas son engouement, mais l’accompagnait par amour, car c’était un couple très uni.

 

Un jour, ils sont allés voir Giselle et Félix a eu une sorte de révélation devant ce spectacle magique. La chorégraphie, la musique, les décors, les costumes ont été pour lui un enchantement. Cela a changé le cours de sa vie : à peine revenu de son émerveillement, il a décidé d’arrêter le garage. Il a tout vendu et a englouti toutes ses économies pour transformer le lieu en une magnifique salle de danse.

 

Ce fut un succès. Le dimanche, la piste de parquet ciré attirait tous les danseurs amateurs des environs, qui venaient tournoyer pendant des heures au son des tangos, pasos, valses, rumbas, polkas. Et pendant la semaine, pour rentabiliser la salle qui avait coûté une fortune –et le petit magasin de Micheline ne rapportait pas beaucoup- Félix a engagé un professeur de danse de salon, puis une autre pour la danse classique. La salle retentissait des notes du piano ou du phonographe qui accompagnaient les leçons, plus tard de la chaîne stéréo. Toute la jeunesse de la ville se pressait aux cours, car l’école, dotée d’excellents enseignants fut réputée rapidement une des meilleures de la région.

 

Quant à moi, c’est comme si j’y étais né. A peine en âge de marcher, j’y ai usé mes fonds de culotte. Parfois, on m’oubliait dans un coin et je restais immobile, fasciné par les robes tourbillonnantes, les justaucorps pastel, les tutus mousseux. Cela a duré des années, j’ai assisté aux cours, aux répétitions, aux spectacles.

 

Pour ma communion, on m’a offert un appareil photo et c’est ainsi que j’ai commencé à regarder la danse à travers un viseur. Dès l’âge de quinze ans, mon oncle, passionné de photo, m’a transmis les secrets de la technique et j’ai passé des heures dans son labo, à tirer mes clichés. Depuis, je n’ai jamais cessé, même si le numérique a considérablement modifié la façon de travailler ; j’en ai fait mon métier. Je ne peux imaginer ma vie autrement qu’à faire cela, chercher inlassablement le meilleur cadrage, la meilleure lumière, la meilleure façon de traduire le mouvement. Photographier la danse, en tirer les plus belles images est ma raison d’être. Je ne me suis jamais imaginé faire autre chose. »

 

Un jour, mon grand-père a décidé de prendre sa retraite et a vendu la salle. J’ai craint le pire, redouté qu’un acheteur ne la transforme en tout autre chose, ne dénature ce lieu d’exception. Mais Anne-Lise est arrivée et a consacré tout son amour de la musique et de la danse à lui donner une nouvelle vie. Fini les après-midi dansants du dimanche, les plus âgés avaient trouvé d’autres lieux, les plus jeunes allaient en discothèque. La salle a été uniquement dédiée à l’enseignement de tous les arts du mouvement. Anne-Lise a engagé Eva pour la danse contemporaine, Lydie pour la salsa, Blanca pour le flamenco et Abderhamane pour la danse africaine et l’afro-jazz. La salle s’est cette fois emplie des rythmes et mélodies de toutes les époques et des tous les continents.

 

Anne-Lise a accueilli mes images avec enthousiasme et m’a demandé de photographier tous les événements qui rythment la vie du studio. Je suis devenu le compagnon de route de tous ceux qui faisaient vivre ce lieu. »

 

*

**

 

Après quelques semaines de convalescence, Vincent a repris sa place au bord de la piste et sa présence est mieux accueillie, car son histoire a fait le tour des élèves. Lou est soulagée de le voir revenir sans séquelles, mais elle garde ses distances. Elle n’a pas eu de réponse, dans le récit de Vincent, à la question qui la préoccupe le plus et qu’elle n’a pas osé poser. C’est Vincent qui cette fois vient vers elle, s’étonnant de la sentir à nouveau fermée, voire hostile. Lou s’enhardit et lui avoue combien il lui est difficile d’être ainsi traquée, mitraillée, exposée. « Pourquoi moi ? demande-t-elle. Il y a tant de filles qui dansent bien mieux que moi, qui sont plus jolies ». Vincent lui promet de lui apporter la réponse le lendemain, si elle passe le voir à son atelier. Rendez-vous est pris.

 

Passés les formules d’usage et les sujets anodins qui les aident à rompre la réserve qui s’est à nouveau installée entre eux, Vincent apporte un tableau de grande taille recouvert d’un linge. Il annonce à Lou qu’il va lui montrer quelque chose qu’il a toujours gardé pour lui. Il soulève le tissu et laisse apparaître, sur la peinture à l’huile aux teintes légères, délavées, une jeune femme gracile, aux traits doux, au léger sourire, les cheveux relevés en un chignon souple d’où s’échappent quelques boucles brunes. Elle porte un long tutu blanc, des chaussons satinés et semble esquisser une arabesque, les bras écartés, une jambe sur pointe, l’autre relevée. Lou est médusée : la ressemblance est telle qu’elle croit voir son propre portait.

 

« Ce tableau a été peint dans les années cinquante. C’est mon grand-père qui a demandé à un peintre de ses amis de faire le portrait de son épouse en ballerine. Tu peux imaginer mon émotion quand je t’ai aperçue pour la première fois. Les histoires racontées par mon grand-père prenaient vie sous mes yeux. »

 

Monique EHRLICH et Serge THOLOZAN

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Rédigé par Monique & Serge

Publié dans #Musique et Danse

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