LA DESCRIPTION

Publié le 11 Août 2017

Des glaneuses - J.F. Millet

Des glaneuses - J.F. Millet

DÉFINITION :

Passage d'une œuvre où l'auteur décrit la réalité concrète, les personnages ou le contexte dans lequel se situe l'action.

Larousse

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La description peut se placer au début ou à l’intérieur d’un récit. Elle permet de situer l’action dans un contexte, un paysage, une atmosphère, de marquer une pause dans le texte ou de présenter un personnage. Elle fige un moment les événements, ralentit la progression du récit. il faut donc éviter de la prolonger trop longtemps.

La difficulté consiste à décrire progressivement un paysage, un objet, que le regard embrasse dans son ensemble :

Prenons pour exemple la fameuse description du gâteau de mariage d'Emma dans "Madame Bovary":

"À la base, d'abord c'était un carré de carton bleu figurant un temple avec des portiques, colonnades et statuettes de stuc, tout autour, dans des niches constellées d'étoiles en papier doré; puis, se tenait au second étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues fortifications en angélique, amandes, raisins secs, quartiers d'orange; et enfin, sur la plate-forme supérieure qui était une prairie verte où il y avait des rochers avec des lacs de confitures et des bateaux en écales de noisettes, on voyait un petit Amour, se balançant à une escarpolette de chocolat, dont les deux poteaux étaient terminés par des boutons de rose naturelle, en guise de boules, au sommet."

http://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/description/deintegr.html

Comment organiser une description ?
Le gâteau de Madame Bovary est décrit en partant du bas vers le haut, peut-être en suivant la fabrication du gâteau, ou bien en suivant le regard, la description étant achevée lorsqu’on arrive au sommet.
Dans la description classique, on part généralement du plan le plus proche vers le plus lointain, mais cette organisation spatiale peut être modifiée comme dans ce passage tiré du roman de J.K. Huysmans, À rebours, où, dans le paysage nocturne où les plans se brouillent, les couleurs priment sur la perspective et la description s’achève sur un détail :

Par sa fenêtre, une nuit, il avait contemplé le silencieux paysage qui se développe en descendant, jusqu'au pied d'un coteau sur le sommet duquel se dressent les batteries du bois de Verrières.
Dans l'obscurité, à gauche, à droite, des masses confuses s'étageaient, dominées, au loin, par d'autres batteries et d'autres forts dont les hauts talus semblaient, au clair de la lune, gouachés avec de l'argent, sur un ciel sombre.
Rétrécie par l'ombre tombée des collines, la plaine paraissait, à son milieu, poudrée de farine d'amidon et ensuite de blanc de col-cream; dans l'air tiède, éventant les herbes décolorées et distillant de bas parfums d'épices, les arbres frottés de craie par la lune, ébouriffaient de pâles feuillages et dédoublaient leurs troncs dont les arbres barraient de raies noires le sol en plâtre sur lequel des caillasses scintillaient ainsi que des éclats d'assiettes.

http://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/description/deintegr.html

La description peut aussi entrer en résonance avec les sentiments du personnage et devenir une métaphore de ce qu’il vit ou ressent. Dans le passage ci-dessous, tiré des Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau, chaque élément descriptif devient métaphore d’un état d’âme :

Depuis quelques jours on avait achevé la vendange; les promeneurs de la ville s'étaient déjà retirés; les paysans quittaient les champs jusqu'aux travaux d'hiver. La campagne encore verte et riante, mais défeuillée en partie et déjà presque déserte, offrait partout l'image de la solitude et des approches de l'hiver. Il résultait de son aspect un mélange d'impression douce et triste trop analogue à mon âge et à mon sort pour que je n'en fisse pas l'application. Je me voyais en déclin d'une vie innocente et infortunée, l'âme encore pleine de sentiments vivaces et l'esprit encore orné de quelques fleurs, mais déjà flétries par la tristesse et desséchées par les ennuis. Seul et délaissé, je sentais venir le froid des premières glaces…

http://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/description/deintegr.html

SOURCES :

LECTURE :

Incipit de Au Bonheur des Dames d’Émile Zola

Publié dans #Les ateliers

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