Les trois éléments chuchotés par la cabine téléphonique, tirés au sort :
- C'est fou le nombre de gens qui entrent sans savoir pourquoi... (La cabine)
- Tu pars, je suis si triste. Quelle idée de vouloir tout recommencer.
- Oui oui bien sûr... tu es comme tu es et moi je suis comme je suis.
La vieille cabine téléphonique en a trop entendu. Ça déborde du combiné. Si vous passez à proximité, n'hésitez pas à y entrer, décrochez, écoutez. Une histoire oubliée va se déverser dans votre oreille.
Dans la mienne, l'autre jour, c'est celle-ci que le téléphone a racontée :
" C'est fou le nombre de gens qui entrent sans savoir pourquoi dans cette cabine. Mais la dernière personne qui a utilisé ce téléphone a laissé une empreinte vocale indélébile.
Au bout du fil, une voix masculine juvénile tentait de retenir une belle jeune femme décidée. La voix disait :
- Je ne comprends pas. On est bien tous les deux. Qu'est-ce que j'ai fait ? Pourquoi veux-tu me quitter ?
- Parce que tu ne me fais plus chavirer. Moi, je veux de l'émotion, de la passion, de l'aventure. Tu es trop plan plan, ta vie est déjà toute tracée, aucune place pour l'imprévu, le truc hors des clous. Je connais des vieux plus intrépides !
Un soupir, ou peut-être un sanglot, traverse le combiné. La voix masculine juvénile répond :
- Tu parles ! C'est fastoche pour les vieux, ils n'ont plus rien à perdre ! Moi, j'ai tout à construire, et c'est avec toi que je veux le faire. Tu ne crois pas que c'est une belle aventure de vie, ça ?
- Une aventure de vie ?! S'endetter pour un appart, s'emmerder pour des gamins - que je n'aurai jamais de toute façon, tu le sais, je ne veux pas d'enfant - aller bosser tous les jours pour payer les factures et la cantine ! Non merci. Que veux-tu, j'ai besoin de voir autre chose, de voyager, d'inventer ma vie ailleurs, au soleil, dans une île, loin des fracas de ce monde qui m'épuise. Je veux partir, je ne peux pas rester. Viens avec moi si tu m'aimes. Plaque tout et suis-moi.
- Tu sais bien que c'est impossible pour moi. Je ne peux pas quitter ma famille, mes amis, j'ai besoin d'eux, je suis comme ça, trop sentimental sans doute...
- Oui, oui, bien sûr... tu es comme tu es et moi je suis comme je suis, une nomade. Avec toujours l'envie de recommencer ailleurs, c'est comme ça. Je vais partir, j'ai déjà mes billets.
- Alors, c'est vrai, c'est vraiment fini ? Tu pars, je suis si triste. Quelle idée de vouloir tout recommencer.
Soupir agacé de la jeune femme :
- Ce n'est pas une idée, c'est un besoin vital. Je m'étiole ici, à remplir ma vie d'insignifiance, je pars, je ne sais pas vraiment où je vais, mais au moins, j'avance. Toi, tu stagnes, je n'en peux plus, je...
Quelques grésillements interrompent la conversation. La vieille cabine téléphonique reprend son souffle. Ça crachote, ça sifflote... Bientôt, elle nous racontera une autre vieille histoire oubliée...
Mado