Ce matin mon Maître est très affairé à me bourrer de ses objets de toilettes, sa boussole, sa carte touristique, et son ticket gagnant acheté au kiosque du coin.
Arrivés à l'aéroport parmi les bruits étouffés du hall, une voix de femme annonce le prochain vol pour Rome.
Allez on y va, mais pendant vingt secondes rien ne se passe, mon Maître ne m'agrippe pas délicatement comme à son habitude. Je pense qu'il s'est absenté pour aller aux toilettes. Il va arriver bientôt
J'attends, je m'impatiente, toujours pas de Maître à l'horizon, cela n'est pas normal.
Soudain, j'entends une voix qui dit :
Si je te laisse seule, ils vont t'éventrer, tu vas exploser comme une pastèque. Cela
serait dommage, tu es encore belle, tu peux accomplir encore de beaux voyages pour
y transporter des souvenirs qui rendent des gens heureux.
Ton Maître qu' est-il pour t'abandonner de la sorte, au beau milieu de l'aéroport ?
réfléchir
Je ne sais pas trop, on voyage souvent, mais c'est un homme qui prend soin de son
apparence. Il se regarde beaucoup dans la glace, il coiffe sa petite moustache, il est toujours très bien mis, même chic, costard cravate, élégant, brun, des yeux clairs, mince et très aimable. Mais avec un air condescendant. Il a beaucoup de charme. Il plaît aux jeunes femmes. Dans les hôtels où nous descendions, elles lui font des sourires en coin. J'ai remarqué aussi qu'il était très aimable avec les dames âgées
elle apprécient sa présence, elles semblent très joyeuses à leurs côtés.
Nous fréquentons tous les musées dans tous les pays du monde. Je suis toujours très près de lui, du moins pas très loin, car dans l'océan de mon habitacle, il garde précieusement sa boussole, ses gâteries qu'il grignote pendant tout le voyage, mais
aussi des objets techniques et numériques que je ne sais à quoi ça peut servir. Mais à y réfléchir de plus près, rarement peut-être jamais , il m'a oublié de cette façon, sans un mot.
Je n'y crois pas trop
Je n'en sais rien , je suis perplexe.
Maintenant que j'y repense, lors du voyage en la république du Kazakhstan, un jour
nous sommes partis en catastrophe de l'hôtel où nous résidions et sommes allés nous
cacher dans une kasba chez une dame pendant plusieurs jours. Il s'est alors vêtu en
femme avec une djellaba et mis une perruque rousse. Il avait l'allure des femmes
qui se produisent dans les cabarets. Cela m'a semblé très bizarre.
Les jours suivants, les choses ont changées. Après de nombreuses planques clandestines nous avons pris un avion privé, direction Paris.
Ben non ! c'est un espace d'exposition, il était attiré par les parures de diamants que
portaient les reines de divers pays, les pépites d'or exceptionnelles. Il jubilait de joie
en les regardant, ses yeux brillaient d'envie. Tous ces objets précieux changeaient son attitude
Non ! Non ! Je ne pense pas, mais un jour au Brésil dans la montagne, il m'a laissé
plusieurs heures au milieu de rien dans la boue, il est revenu en sueur, sale, mais tout
joyeux, il souriait tout seul, il se frottait les mains, drôle de comportement.
Ce jour là, nous avons pris un tout petit avion, avec des longues ailes, où j'ai été
ballottée dans tous les sens, j'ai eu très peur ce jour-là, et nous avons atterri de nuit
dans un grand champs où une voiture nous attendait.
De ce jour là, il est méfiant, inquiet, il regarde toujours derrière lui. C'est peut-être
pour cela qu'il m'a plantée au beau milieu de l'aéroport.
Si ce que tu dis est vrai, je pense qu'il serait préférable que je t'emmène avec moi. Je regarderai tout au fond du sous-sol de ton habitacle pour y trouver une adresse où te déposer sans dégât
Oh ! Oui monsieur faisons cela, car je suis très attaché à mon Maître.
On a vécu tellement de choses ensemble, et j'espère qu'un jour dans mes entrailles, je transporterai une jolie pépite de cent vingt grammes.
elle est en sa possession ? Donc c'est bien cela ton Maître est un « gentleman cambrioleur »
Oui si tu veux ! mais, mais avec beaucoup de charme.
De ce point de vue, je vais te déposer dans ta nouvelle maison, « la maison poulaga »
l'ancienne maison du marché aux poulets, là on va attendre que ton Maître vienne te
chercher, et sera heureux de te retrouver.
Arlette