Mon oncle Cristobal, le frère de ma mère, était un homme rude, costaud, une brute mais quelques fois, rarement, il pouvait être gentil avec moi. Mais ça ne durait jamais longtemps. On aurait dit qu'il se défendait de montrer qu'il avait des sentiments.. Sa femme Mathilde avait peur de lui, elle le craignait elle se fondait dans le décor.
Un matin de 1928, vers la fin de l'été, on ramenait mon oncle sur un charreton, brûlant de fièvre et un ventre gonflé. Il buvait beaucoup. Il est mort quelques jours après. Sa femme Mathilde est partie chez sa sœur à Lyon.
J'avais 14 ans Je me suis retrouvé seul.
Le voisin Nanou m'a confié à un ami qui possédait une grande exploitation, où je pouvais apprendre un métier. à Bouliac, aux milieux de centaines d'hectares où je ne voyais jamais personne.
Ces paysans étaient des taiseux, ils m'ignoraient, je faisais office d'objet ou d'animal. On me donnait à manger. Ils me donnaient des ordres pour le travail. Je me sentais vraiment perdu.
Heureusement que j'avais mes livres de la bibliothèque verte. Je voyageais beaucoup dans ma tête.
Un soir dans mon réduit où je dormais, je lisais et rêvais d'une vie meilleure, lorsque j'entendis un bruit furtif. Je crus que c'était un rat des champs qui s'était glissé sous mon lit. Curieux, je me levais et regardais sous ma paillasse...
J'aperçus deux oreilles blanche et deux billes rouge qui me regardaient. C'était un lapin blanc.
Je courus après lui, un bon moment et finit par l'attraper, son cœur battait très vite. Il avait peur comme moi. A force de caresses et de gestes doux, j'ai fini par l'apprivoiser.
Lorsque le patron était dans les parages, je le cachais dans un placard, car s'il le trouvait il aurait de suite mis dans la casserole.
Pour rien au monde, je n'aurais supporter de perdre mon seul ami.
Le soir je le gardais dans mes bras, son pelage si doux caressait mes joues gercées par le froid.
J'adorais mettre le bout de mon nez dans sa fourrure épaisse, une odeur d'herbes sèches et de mousse fraîche me câlinaient les narines. Ses fines moustaches chatouillaient mon visage. C'était un vrai bonheur de sentir sa douce chaleur sucrée envahir mes doigts meurtris par le froid.
Là, un instant je me sentais plus seul, un être vivant était à mes côtés et m'écoutait, je lui racontais mes rêves d'enfant. Car je n'étais encore qu'un enfant.
Cette petite bête avec son odeur ronde, un peu acide, et parfumée aux pissenlits, ses poils doux et ses gracieuses mimiques m'a donné plus d'amour que tous les êtres humains qui ont jalonné ma jeune vie.
Le soir d'été je prenais mon Jeannot , je le coinçais dans mon blouson et sur ma vieille pétrolette, on montait sur le Mont Janeret, aux milieux des frênes feuillus. On se promenait en respirant l'air humide, les odeurs de bois brûlé, mousse et champignons. C'était un moment magique pour moi.
Je voyais les lumières de la ville très loin, la forme de la lune qui changeait, les étoiles qui brillaient comme les brindilles d'un feu. Cela me donnait envie d'aller plus loin, très loin, et de m'ouvrir à une vie autre que celle que je vivais ce moment présent.
Après avoir tout raconté, Monsieur Alvaro Ramirez me fit signe qu'il voulait s'en aller. Je le remerciais de m'avoir donné ces renseignements précieux sur ma jeune vie, et lui souhaitait un bon retour chez lui et une bonne santé.
Je me sentis alors tout léger, comme si une nouvelle vie plus grande et plus belle s'offrait à moi.
Je pris le chemin du retour, pour revenir définitivement m'installer à 60 ans dans le pays de mes. origines L'ESPAGNE.
Arlette