Publié le 31 Mai 2026

Pour le Concours de la Nouvelle seniors 2026, sur le thème tiré d'une citation tirée des « Lettres à un jeune poète » de Rainer Maria Rilke,

« Il est bon aussi d’aimer, car l’amour est difficile. Nous devons nous tenir au difficile, tout ce qui vit s’y tient ».
 
... ont participé, pour l'atelier du Ray, par ordre alphabétique :
Arlette, Bernard, Dominique, Fernand, Josiane, Marie-Thérèse, Mireille, Olga et un "ex", Jean-Michel.
 
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Et les lauréates sont :

 

🏅 Mireille : 4eme prix pour "La rose bleue"
 
🏅 Marie-Thérèse : 9eme prix pour "Lettre à un jeune peintre"
 
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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 31 Mai 2026

Je m’appelle Émilie. La vie a pris possession de mon âme un soir d’automne, dans une ancienne maison de campagne appartenant à ma famille. La pluie crépitait sur les vieilles tuiles, les flammes dansaient dans l’âtre d’une cheminée de pierres et je dormais dans la douceur des bras de ma mère.. Mon avenir, veillait sur moi avec tendresse.

Dès que j’ai su marcher, j’ai aimé mes chaussures. Plus tard, je lançais une balle à mon chat et nous faisions la course pour l’attraper. Mistigri gagnait toujours. N’ayant pas encore appris à perdre, je gardais une petite rancune à mon chat, et je me pris à moins aimer mes chaussures, les rendant responsables de mes défaites. La maternelle et les autres filles m’apprirent à dire non ! On disait de moi : Elle a du caractère ! En fait, je venais de découvrir les avantages de l’égoïsme. Le soir, dans mon lit douillet, je me reprochais mon comportement, mais j’avais une fâcheuse tendance à devenir sourde... Le remord n’avait pas encore atteint ma juvénile conscience. Jusqu’à ce que…

J’avais six ans quand mes parents me donnèrent une petite sœur à aimer. On la baptisa « Marie » Ce fut un choc ! Je devenais « Émilie, la sœur aînée »  ! Je décidais d’être digne de mon nouveau statut et de toujours la protéger. Pour me remercier des sentiments plein d’amour, que je vouais à ma sœur, mon père me fit un cadeau :

- Je t’offre ce miroir Émilie, il sera pour toi un vrai confident, et il ne ment jamais. Tu remarqueras qu’il n’est pas rectangulaire, l’arrondi de son cadre de bois ciré ne blessera jamais les mains douces qui le caressent. Aime-le... Regarde son reflet chaque jour, et il répondra à tes questions. Tu verras…

Dés lors, Je passais des heures à t’interroger, mon ami miroir. Tu me disais que j’étais belle et ma candeur ne demandait qu’à te croire. Mais tu n’as pas tardé à freiner la satisfaction que me procuraient tes compliments..

- Attention ! Disais-tu. Prends garde à ne pas semer tes sentiments aux quatre vents. Aimer et offrir son amour est louable, mais les princes charmants ne sont pas toujours ce que l’on croit... Regarde plutôt autour de toi et tu trouveras toujours une âme qui a besoin d’être aimée…Tiens ! Souviens toi :

Il y a quelques jours, un pauvre homme, assis sur un bout de trottoir, a tendu sa main vers toi. Tu as fait un écart pour passer sans le voir, car sa misère t’a fait peur. Il ne demandait, pourtant, qu’une piécette… C’est comme si tu avais refusé une simple goutte d’eau pour étancher la soif d’un homme à l’agonie. Tu aurais pu lui consentir un regard pour qu’il sache qu’on le voit, mais tu ne lui a rien donné. Ta fierté a pris le dessus sur ce que j’essaie, en vain, de t’enseigner.

Oui, je me souviens, miroir, j’ai eu honte. J’ai voulu lui donner une grosse pièce le lendemain, mais un jour de trop était passé et il n’était plus là. Tu m’as alors glissé à l’oreille : Ne le cherche pas Émilie. Découragée, son âme lui a dit : Viens partons, je vais te confier à un ami qui te feras découvrir un nouveau chemin… Et tu ne sais pas tout Émilie ! Personne n’a accompagné son départ. Sa dépouille a été enlevée par la voirie comme un tas de feuilles mortes… Sans plus ! Aimer, sans partage, n’est pas facile, mais le premier pas que l’on fait vers l’autre ouvre notre cœur au monde entier.

Je ne savais pas qu’il était si difficile d’aimer son prochain. Personne ne m’avait appris le poids d’amour, que représentait une simple tranche de pain. J’acceptais cette leçon avec humilité.

Forte de tes conseils, je suivais avec bienveillance, l’avancée dans le temps, de ma petite sœur. Ses cris de guerre quand elle courait après Mistigri, résonnaient dans la maison comme un hymne au bonheur. L’amour ruisselait par toutes les portes, et menaçait de nous noyer… Qui plus est, ma sœur dégageait une bonté naturelle que j’étais loin de posséder à son âge.

Un jour d’hiver, un peu avant Noël, nous allions en ville, avec notre père, quand une petite mendiante attira son regard. Elle s’approcha d’elle, se pencha et lui demanda :

- Il fait froid. Tu n’as pas d’écharpe ? Tiens prends la mienne mon manteau me suffit.

La petite, apeurée, ne sut quoi répondre. Alors, Papa, ému, lui tendit le vêtement en la priant de l’accepter.

Moi, l’aînée je venais, encore, d’apprendre à aimer naturellement, sans contrepartie… Mais mon destin avait décidé qu’il était temps que j’apprenne à pleurer.

Marie était belle en dehors et en dedans. La soie de ses cheveux dorés encadrait deux yeux d’un bleu ciel pas possible tant ils vous éclaboussaient quand elle racontait l’histoire du chevalier qui tue le Dragon. Parfois elle plaignait ce pauvre Dragon qui n’était pas si méchant…

Mais, un jour, à l’âge de ses cinq ans, le dragon ne mourut pas. Le chevalier faillit à sa mission et Marie perdit ses forces à vouloir lutter contre la bête. Marcher devenait difficile, quant à courir, il ne fallait plus y penser. Elle dut garder le lit. Elle ne comprenait pas et demandait, sans arrêt : Pourquoi ? Et moi, je n’avais pas la réponse. Ses beaux yeux avaient perdu leur éclat. Seul, Mistigri amenait un sourire timide sur ses lèvres lorsqu’il venait se pelotonner dans ses bras. Il la comblait de bises. Ses ronrons et la douce chaleur de sa fourrure la réconfortaient.

Je luttais avec elle de toutes mes forces, mais l’amour que je lui portais ne suffisait pas. L’hôpital était inévitable. Quand les infirmiers sont venus pour l’emmener… J’ai pleuré. Avant qu’ils ne me l’enlèvent, je me suis penchée pour l’embrasser et lui dire :

- Tu sais que je t’aime Marie. Je ne t’abandonne pas. Je serais toujours auprès de toi.

Marie m’offrit, alors, un grand sourire et tendit ses bras vers moi. Je compris qu’ elle me faisait cadeau de sa vie. Tu sais, dit-elle, tu ne quittes jamais mes pensées. Moi aussi je t’aime ma grande sœur. Sur ces mots les portes de l’ambulance se fermèrent, le moteur rugit et le véhicule blanc s’éloigna.

Sa chambre, était décorée de petits lutins dansant sur les murs et une grande fenêtre laissait entrer le printemps et la lumière du soleil. Les infirmières s’appliquaient à donner les meilleurs soins à notre Marie. Des enfants venaient des chambres voisines et jouaient avec elle.

Figure-toi, miroir, que tes leçons n’étaient pas restées lettre morte. J’ai cherché ce que je pouvais faire pour lui apporter un réconfort moral. Surtout que Marie avait perdu ses cheveux. Je lui avais dit qu’il s’agissait d’une situation provisoire, mais Marie ne croyait pas un traître mot de mon discours. Je suis laide, disait-elle, plus personne ne m’aimera et mes camarades, ne voudront plus jouer avec moi…

- Tu crois que le soleil voudra encore réchauffer mon lit, le matin, avec ses rayons dorés ?

Cette question posée du bout des lèvres après quelques secondes de silence, m’avait anéanti. Que dire ? Que faire ? Au secours, miroir ! Aide moi, répond à ma place… Mon impuissance à trouver les mots me faisait honte, et je ne pensais qu’à fuir. L’amour qu’elle exigeait de moi était bien lourd pour mes petits bras. J’étais perdue, quand...tu vins à mon aide… Tu étais là miroir, dans le bleu de ses yeux...

Pour te prouver que c’est la vérité demain je viendrais avec le beau miroir que papa m’offrit quand tu es née. Il ne ment jamais ! Tu lui poseras la question et tes craintes s’envoleront, tu verras...Tu es encore plus belle qu’avant, ma petite sœur chérie, à demain.

Le lendemain, je vidais ma tirelire, te pris sous mon bras, et en chemin nous nous arrêtâmes à un magasin pour choisir un beau chapeau. J’avais choisi un modèle cloche, bleu clair, comme ses yeux, avec une bande blanche sur laquelle était accrochée une fleur rose. J’étais sûre qu’elle allait adorer.

Regarde Marie, « miroir » est venu te voir. Mais, tout d’abord, j’ai un beau cadeau pour toi. Je sorti de l’emballage le chapeau et le posai délicatement sur sa tête. L’absence de ses cheveux n’était plus de mise. Je retrouvais la petite sauvageonne qui enchantait ma vie. Je me dépêchais de te tendre vers elle pour qu’elle puisse se retrouver dans tes reflets. Je sais, que tu lui as parlé, et tu as glissé une ombre rosée sur ses joues pâles, dans l’image que tu lui as rendu.

Sont regard fatigué se tourna vers moi… Émilie… J’aimerais le prendre dans mes bras. Tu crois qu’il voudra ? Ses petits yeux se firent suppliant, je me dépêchait de te confier à elle tout en m’inquiétant de la voir aussi fragile. Marie t’entoura de ses bras et ferma ses yeux. Ses longs cils caressèrent son visage et un filet de sourire vint l’illuminer. Le silence qui s’était installé dans la chambre n’était troublé que par la respiration de Marie. Sur sa petite poitrine, miroir, tu accompagnais les battements de son cœur. Je vous regardais comme si j’admirais un tableau éternel. La fenêtre, ouverte, nous gratifiait d’une senteur de fleurs des champs. Soudain ! Miroir, tu faillis ! comme le chevalier, et tu ne bougeas plus… Ce fut comme si le dragon avait frappé. J’étouffais un grand cri... Et je t’ai détesté, miroir.

Ma colère fut telle que je voulu te briser en mille éclats... Mais ma vie, et peut-être celle de Marie, m’ont ramenée à la raison.

- Ta sœur l’a aimé ton miroir. Il a bercé ses derniers instants dans la sérénité. Elle est partie comme elle est venue… Sans le savoir. Regarde Émilie, son sourire ne l’a pas quitté.

La colère bâillonnait mon chagrin. Miroir ! Répond ! L’as tu vue partir ?

 

- Oui, Émilie, je les ai vues partir, main dans la main, avec sa vie. Oh ! Une toute petite vie, pas bien grande. Elles ont pris un chemin, encombré de fleurs qui les guidait vers la lumière. Elles gambadaient, heureuses et libérées vers un futur auréolé d’or...

Les années sont passées miroir, mon visage s’est fané, ton éclat s’est terni et ma vie, assise sur une pierre au bord de ma route, attend que je passe pour faire un bout de chemin avec moi… Marie n’est pas loin… Je le sais ! Viendras-tu avec moi ?

 

Fernand

 

 

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Rédigé par Fernand

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Publié le 31 Mai 2026

La valise de Mireille - Bernard BRUNSTEIN

 

10 mai 2024 – Paris gare de Lyon - 14h10

« Il est bon aussi d’aimer car l’amour est difficile ». Mathilde ne quitte pas des yeux le tableau indicateur des trains au départ. Cette phrase de Rainer Maria Rilke qu’elle a lue récemment résonne dans sa tête. Elle rentre à Nice où elle va retrouver Cyril, son mari depuis bientôt quinze ans, et leurs deux enfants. Les quelques jours passés chez sa sœur à Paris lui ont permis de faire le point sur sa vie de femme, de mère, d’épouse. Son couple bat de l’aile, les moments intimes deviennent moins fréquents. N’est-ce pas le devenir classique des amoureux ? Assise maintenant dans le hall 1 de la gare, sa valise verte à roulettes posée parterre à ses côtés, ses pensées vagabondent. Elle n’a pris encore aucune décision. Pourrions-nous donner une deuxième chance à notre amour…Cyril en a-t-il seulement encore l’intention…

Thomas est debout dans le hall 1, tous les sièges près de lui sont occupés. Il attend de savoir de quelle voie partira le train qui le ramènera à Annecy ce soir. Personne ne l’y attend. Sa compagne l’a quitté l’année dernière. Leurs réserves d’amour étaient épuisées, dépensées trop vite et trop intensément. Si elle avait su, elle serait peut-être restée à mes côtés. Par pitié plus que par amour. Plutôt ne garder que les souvenirs heureux. Le jour de leur rencontre devant un tableau de Gustave Caillebotte quand ils ont longuement échangé leurs goûts pour l’art et qu’il a vu la passion dans ses yeux verts.

Mathilde se lève, le panneau vient d’afficher le numéro de la voie d’où partira le train à grande vitesse pour Nice :19. Elle attrape machinalement la poignée de la valise à roulettes toute proche. Perdue dans ses pensées, partagée entre plaisir et doutes, elle s’apprête à retrouver sa vie provinciale, son travail à la boutique de bijoux fantaisie qu’elle fabrique elle-même, et ses deux fils, qui supportent difficilement les disputes récurrentes entre elle et leur père.

« Madame, Madame ! » Thomas lui touche l’épaule l’air affolé. Mais est-ce bien à elle que s’adresse cet homme si séduisant ? « Madame, excusez-moi, vous avez pris mon bagage ! » Mathilde, un instant sur la défiance, constate qu’il y a en effet deux valises vertes à roulettes identiques à ses pieds. « Vous vous appelez bien Mathilde n’est-ce pas ? » lui demande Thomas en la dévisageant. « Moi c’est Thomas, regardez sur l’étiquette accrochée à la valise !» insiste-t-il en joignant le geste à la parole.

Il a raison. Dans son empressement elle a saisi le premier bagage qui se trouvait là. Juste un incident, alors pourquoi son cœur s’emballe-t-il, pourquoi sent-elle ses jambes vaciller et ne peut-elle détacher son regard de celui de cet homme ?

Elle a envie de rire de cet échange de valise en pensant au contenu qu’elle aurait découvert à son arrivée à Nice et de pleurer pour cette rencontre qui arrive au moment inopportun dans sa vie. Elle bredouille, confuse, « Je suis vraiment désolée ». C’est tout ce qu’elle parvient à dire.

Son train partira dans vingt minutes voie 19, celui de Thomas dans trente minutes voie 20. « Juste le temps de prendre un café, vous voulez bien ? » propose -t-il. « Et d’acheter une bouteille d’eau et un magazine » ajoute-t-elle en le remerciant.

Thomas s’empresse de faire ces quelques achats et revient s’asseoir près de Mathilde installée maintenant dans le hall 2 d’où leurs deux trains partiront bientôt. Elle glisse rapidement dans son sac à dos le magazine que Thomas lui apporte.

Les minutes s’enfuient trop vite, le café est trop chaud, le hall trop peuplé et Thomas bien trop charmant. Le moment de se séparer est arrivé. « Nous partons du même quai ! » constatent-ils en riant. Des adieux aussi brefs que leur rencontre. Mathilde réalise qu’elle sait peu de choses de cet homme, séparé de la mère de son fils unique, il travaille à Annecy dans une galerie d’arts. Elle voudrait déjà le revoir, poursuivre leur discussion et plonger dans son regard noir si troublant et pourtant si triste.

Cette rencontre éclair lui a fait oublier un instant les tensions qui s’accumulent dans son couple, l’éloignement progressif de Cyril, pour une autre femme peut-être ? Les bienfaits de son séjour à Paris chez sa sœur s’atténuent à chaque tour de roue du train. Mathilde sent l’angoisse l’envahir, impossible d’ouvrir le magazine que Thomas lui a acheté. Ses pensées s’emmêlent. On n’a même pas pensé à échanger nos numéros de téléphone. Cyril sera-t-il à la gare de Nice ce soir ? Viendra-t-il attendre sa femme avec la même impatience qu’au début de leur relation quand la moindre absence de l’un était un manque pour l’autre ? Son cœur se serre. Elle voudrait tellement être encore pour lui celle qu’il attend le cœur en émoi.

Le train de Thomas démarre quelques minutes après celui de Mathilde. Mêmes bagages, même quai et mêmes rails. Il sourit. Elle est touchante Mathilde, un peu réservée sans doute mais il émane d’elle une douceur presque puérile. Elle parle peu d’elle, beaucoup de ses enfants, est-elle en couple ? pas vu d’alliance à son doigt… Il consulte son téléphone portable, non il n’a pas encore reçu d’appel.
 

Entre Paris et Nice

Dans quelques instants le train à grande vitesse entrera en gare de Nice ville. Mathilde s’est assoupie durant le trajet, elle n’a pas touché au magazine. Ses pensées étaient ailleurs. Elle a rêvé de Cyril, de leurs moments heureux, elle a tellement aimé cet homme, est-elle encore amoureuse de lui ou bien le quotidien et les épreuves de la vie ont-ils émoussé ses sentiments ? Elle a aussi rêvé de Thomas, sans doute arrivé avant elle à destination. Une sympathique parenthèse cette rencontre… Dommage qu’elle arrive au mauvais moment, trop tôt ou trop tard dans ma vie.

 

Entre Paris et Annecy

Thomas n’a pas pu trouver la tranquillité durant le voyage, ce qui l’attend à Annecy n’est pas fait pour le rassurer. Les examens médicaux passés à Paris ont confirmé ses doutes et ses craintes. Rien n’est déjà joué, il va falloir se battre et tenir bon.

La rencontre avec Mathilde serait-elle un cadeau que lui offre la vie pour lui donner du courage et de la force ? Il croit bien avoir vu de la tendresse dans ses yeux, tout à l’heure sur le quai, quand elle lui a dit, un doux sourire aux lèvres : « Merci pour tout Thomas, bon voyage, prenez soin de vous ». Ou peut-être de l’amour naissant ? Son cœur meurtri s’est de nouveau mis à battre plus intensément.

Il s’est retenu de lui prendre la main, l’empêcher de partir si loin de lui, lui crier que le temps est sans pitié et que le sien est sans doute compté.

Depuis le départ il a consulté plusieurs fois son téléphone, quelques messages sans grand intérêt, pas celui qu’il espérait.

 

Nice – 15 août 2025

Mathilde prépare sa valise et son sac à dos. La séparation avec Cyril est officielle. Son mari l’attendait à son arrivée à la gare de Nice le 10 mai 2024 mais ce n’était pas pour accueillir la femme qu’il aimait encore. Il avait choisi ce moment pour lui annoncer qu’il demandait le divorce. Mathilde avait d’abord refusé. Il s’en était suivi des mois difficiles. Une alternance de conflits et de réconciliations, de promesses et de trahisons, d’efforts pour sauver leur amour, elle surtout voulait encore y croire. « Besoin de respirer » lui a-t-il dit en partant. Quinze années de vie commune, durant lesquelles ils ont partagé les difficultés et les joies, éprouvé les deuils et fêté les naissances, qui se terminent par cette petite phrase assassine. Changer d’air et mettre de la distance avec la situation est nécessaire pour elle aussi maintenant. Elle se sent vide, elle a mis tant d’énergie pour sauver leur couple et préserver sa famille, dissimuler sa colère et cacher son chagrin, rien n’y a fait, Cyril n’est pas revenu sur sa décision. Son billet de train en poche, elle part se ressourcer à Paris chez sa sœur.

Les souvenirs de l’année dernière se sont invités sans ménagement quand elle a ouvert la valise verte à roulettes : l’échange des bagages à la gare de Lyon, le regard profond de Thomas, le son de sa voix, son émotion visible quand elle est montée dans le train.

S’il m’avait retenue à ce moment-là, ma vie serait différente aujourd’hui…

 

Dans le sac à dos se trouve toujours le magazine qu’il s’était empressé d’aller lui acheter et qu’elle n’a jamais ouvert. Tout a été si douloureux depuis son précédent voyage.

 

Mathilde feuillette distraitement la revue, perdue dans ses pensées. Entre les pages 19 et 20 est glissée une carte. Au recto une magnifique rose d’un bleu profond, au verso un numéro de téléphone et ces mots :

Paris, gare de Lyon, 10 mai 2024, voies 19 et 20.

La vie est si courte !

Thomas 

 

Le cœur de Mathilde s’emballe, ses jambes ne la portent plus, elle a soudain besoin, là tout de suite, d’entendre la voix de cet homme. Plusieurs mois se sont écoulés depuis leur rencontre. Se souvient-il seulement d’elle ? Pourquoi n’ai-je pas vu cette carte plus tôt ? « La vie est trop courte !» a écrit Thomas. Mathilde a un mauvais pressentiment.

Quel message cache cette rose bleue ? Elle connaît le langage des fleurs et son corps se met à trembler. Ce n’est pas un bon présage.

Elle attrape son téléphone et compose les dix chiffres, partagée entre espoir et inquiétude.

Deux sonneries puis… « Le numéro demandé n’est plus attribué ».

 

Mireille

Et la suite de l'histoire... avec des allers-retours de la vie...

https://un-atelier-d-ecriture-a-nice.over-blog.com/2026/07/les-allers-retours-de-la-vie.html

 

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Rédigé par Mireille

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Publié le 31 Mai 2026

Je me suis assise un instant au bord de ma vie.
Un arrêt inopiné, le stylo est fatigué, les feuilles blanches attendent longtemps, jusqu'à ce que mes neurones  récupèrent leurs connections.
L'importance de la résilience et la persévérance face aux défis de la vie, la solitude et l'amour sont souvent difficiles.
Parfois l'existence nous oblige à nous surpasser dans des moments compliqués.
Par chance, un don suprême m'est acquis depuis quelques années, qui me soutient dans  mes instants de doute dans l'être humain : "la peinture", devenue ma rage de vivre, des expos, des reconnaissances internationales, mon bonheur d'artiste, un exercice thérapeutique, quand le cœur d'un amour compliqué a lâché.
L'amour, chacun a eu plus ou moins une expérience de l'autre, une relation sensuelle, sexuelle avec un homme dont la seule vue nous hérisse le poil, nous déchaîne cet organe de vie qui palpite  d'une manière exagérée, nous rendant parfois un peu bêtes. 
Qu'il est doux et fort ce sentiment de plénitude, lorsqu'un dieu vivant nous regarde, tendant un geste amical intentionnel.
Quelquefois on fait l'erreur de succomber à un sourire, une attention, mais l'amour se fait sombre lorsque l'euphorie du mariage est réduit à une simple oppression de tourments méprisants et violents.
Alors vient la décision finale et impérieuse, une envie de fuir en toute légalité, au grand dam de cet homme qui n'a jamais compris....
L'amour, dans une vision particulière du semblable, une relation homosexuelle pour différentes raisons cette orientation est une possession de son moi intérieur, une expérience unique, un revers envers le conventionnel, qui dérange ou pas....
L'amour ce sentiment qui nous bouleverse, englobe une multitude de significations, allant de la tendresse à la passion.
L'amour romantique, familial, religieux ayant des intensités émotionnelles particulières.
Quel plaisir de respirer l'odeur de la feuille blanche qui se remplit des pensées qui ne demandent qu'à recevoir mes joies, mes peines et autres sensations complexes de la vie.
Nombre d'écrivains ou de peintres, à leur manière, ont pu s'échapper du quotidien grâce à leur cerveau en ébullition continuelle, prenant un stylo ou un pinceau, leurs amis pour continuer à rêver sur ce phénomène universel qu'est l'AMOUR, qui mène le monde.
L'amour, c'est la pluie, le beau temps, un sourire, une larme, des souvenirs le rire de mon enfant..
Des jours  meilleurs m'attendent, j'y crois, je peins les couleurs de l'arc-en-ciel...
 
Dominique
 

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Rédigé par Dominique

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Publié le 31 Mai 2026

 
Sur le chemin de ma vie, il y a très longtemps, j'ai rencontré une personne qui m'a laissé des souvenirs extraordinaires, mais aussi a creusé des sillons de rides indélébiles.
 
Avec une amie, on décide de passer un long week-end à la campagne, près d'un lac.
Nous sommes installées dans un hôtel en plein centre du village.
Le soir, nous dînons dans les jardins de l'hôtel, vue sur la montagne environnante. Le calme nous fait un bien fou. Nous sommes heureuses de passer quelques jours de détente et de baignades.
Après dîner, nous allons nous promener dans le village. Nous sortons de l'hôtel, une foule immense, nous surprend. La musique brise le calme, et l'on entend plus, le frôlement des  feuilles des tilleuls qui couvrent la place.
Nous nous approchons de la foule pour regarder les couples danser et virevolter. Soudain une main se pose sur mon épaule, une voix douce me murmure :

- Voulez-vous m'accorder cette danse ?

Surprise, j' hésite, il me prend la main et m'entraîne sur la piste.
Mon regard croise ses yeux bleus, son accent, pas de chez nous, m'enchante !
Une voix délicate me murmure  à l'oreille :
    • Il faut profiter de la vie, le temps passe si vite !
Je suis sous le charme, il m'a prise dans le filet de sa séduction je sens mon sang bouillonné
Le soir tard, lorsque je suis rentrée à l'hôtel, mon amie me dit :
Tu as la tête d'une abeille qui a rencontré son bourdon
On a éclaté de rire
C'était une soirée magique.
 
Après ce merveilleux week-end, nous avons repris le cours de notre vie, boulot, dodo
Lui, me dit :
Je repars en Bretagne, mais je reviendrai très vite. Je n'y ai pas cru, j'étais un peu triste
Une dizaine de jours plus tard, je reçois un coup de fil, je décroche :
    • C'est moi, je peux te voir ?
Et là mon histoire commence....
Tomber amoureux, c'est l'instant le plus magique de l'amour
On se promenait souvent au bord de la mer, on regardait les gros bateaux, et on voyageait, loin, très loin, en rêvant parfois jusqu'aux Maldives.
Au fil du temps, il me dévoile sa vie, son enfance malheureuse, la DAS, les fugues, enfin toutes ses joies, ses peines.
Je me disais qu'il n'avait pas eu une vie facile. Et qu'il méritait d'être heureux.
C'est vrai qu'à dix huit ans sorti de la DAS, il épouse la fille du Préfet, cela fait désordre.
Il en a essuyé des reproches et humiliations. Jusqu'à la séparation.
Parfois j'y repense encore, c'est un garçon qui aurait pu avoir une belle vie, il avait des mains d'or, il faisait tout avec ses mains, il écrivait très bien aussi, il avait un œil averti.
Mais parfois le destin choisit pour toi, où alors, tu agis pour te perdre. Quelle en est la raison ?
Il m'écrivait des poèmes que je trouvais sous ma serviette, le soir ma chemise de nuit était posée sur le radiateur pour la réchauffer, la table égayée avec un bouquet de fleurs était propice à l'amour. Tourteaux dans l'assiette, ou galette complète façon bretonne, donnait envie de savourer ces instants. j'étais gâtée et heureuse.
Il me disait, tu es le miroir de mes rêves, avec lui, j'ai visité les îles marquises en restant dans mon lit. Une fois nous étions en haute montagne, vers le mois d'octobre, des flocons de neige venaient de tomber. Tout à coup on entend un bruit de cavalerie qui descend de la montagne, on se couche vite dans l'herbe, une horde de cinquante bouquetins à deux mètres de nous dévale au galop enveloppée de poussière. Ils se sont posés sur les arpents un peu plus bas., au soleil. C 'était magique, c'est très rare de voir un spectacle pareil. Avec lui , j ai vécu des moments divins . Il m'abreuvait de caresses, de jolis mots, des idées à la pelle pour l'avenir. Je voyageais.
C'était le Nirvana. Je devais déjà l'aimer.et pensais qu'il m'aimait..
 
Jour après jour, années après années, je ne peux dévoilés ici, tous les petits détails et faits ,
qui ont commencés à mettre ma confiance en éveil,, ses absences, les mensonges.... 
Jusqu'au jour où j'ai compris, l'homme qui l'était vraiment. Je l'aimais, c'était trop tard, j'étais prise dans sa toile d'araignée.
J'ai appris plus tard, la frénésie qui le bousculait était le résultat de ce trouble difficile à diagnostiquer, et comportait un risque majeur de grande dépression. » La bipolarité associée à l'alcoolisme. ». A l'époque je ne connaissais rien de cette maladie.
Je voulais en faire un homme heureux, quitte à me perdre. Car dans cette histoire d'amour je me suis entièrement perdue.
Je me disais , peut-être pour fuir la réalité du moment, «  qui peut comprendre ses actions mieux que moi « , ? Son passé le torture, c'est un être physiquement et moralement désemparé. J 'ai essayé de remonter le chemin de sa vie avec lui, mais il refuse. J'ai voulu le décider à confier son destin à un psychanalyste, mais il a peur de sa vérité. Dans ces moments que j'appelle folie, il m'abandonne, il laisse son travail, il fuit, je ne sais où . Je suis dans une solitude profonde.
Une de ses filles s'était décidée à venir le voir, il a accepté de se faire soigner, pour la recevoir. Pendant trois semaines, j'ai cru avoir un autre homme près de moi. IL était joyeux et amoureux plein d'entrain, les bonnes idées fusaient. A deux jours de l'arrivée de sa fille, je ne sais si c'est l'angoisse qui l'envahissait, il a craqué. Les retrouvailles ont été avortées. Elle est partie. Je m'étais tellement investie pour la décider à le revoir après de nombreuses années d'absences..
A l'époque cela m'a brisé le cœur.
Après huit ans, avec des hauts et des bas, je baisse ma résistance et suis lasse et fatiguée de le porter à bout de bras. Parfois, un mieux se manifeste, un calme soudain l'apaise un semblant de plénitude l'habite.
Je supporte de moins en moins cette situation, je ne peux plus vivre cette vie en dents de scie.
Avec regret, je veux partir, c'est difficile, il me crie :
- je ne peux vivre loin de toi, il joue avec mes sentiments.
Un soir en regagnant la chambre, enfin je sus que ma décision était prise.
Je lui dit : on se sépare, je pars !
J'hésite,mon cœur se serre et les larmes montent à mes yeux, mais je m'éloigne portée par la pensée du désarroi qui sera le sien. Mais il faut que je me protège.
Ma pensée était envahie toute la journée par ses problèmes que je ne pouvais régler .Je le vois malheureux. Il n'a pas la volonté pour s'en sortir et m'entraîne dans sa spirale de la dépression.
Sans cette maladie c'est un homme doux et joyeux. .
La conclusion de toute cette belle histoire, si s'en était une ?
C'est qu'enfin je lève le voile, qui m'empêchait de voir la vérité.
Il se complaisait dans cette situation.
 
Cet homme aime suivant les opportunités qui se présentent à lui, et accapare les sentiments d'une femme, qui peut lui apporter ce dont il a besoin, amour, affection,  tendresse. il profite jusqu'à la lie, jusqu'au point culminant où la femme comprend qu'un beau jour elle a été remplacée, et il poursuit sa route dans les dédales de l'abus de confiance «  de l'amour » un escroc de l'amour.
Mais j'ai toujours senti, malgré toutes ces frasques, qu' il y avait au fond de lui une culpabilité bien présente.
Il avait toujours un petit geste, un petit cadeau, en souvenir des jolis moments passés ensemble. Peut-être des regrets de ne pas pouvoir faire autrement. Aimer autrement. Qui peut savoir ?
Après notre séparation, lorsqu'il était mal , il m'appelait encore, et encore.
Quelques années après, c'est une de ses filles qui m'a téléphoné pour m'annoncer qu' on l'a trouvé mort d'une rupture d'anévrisme.
J'aurais voulu l'aimer encore....Aimer c'est peut-être ne pas chercher à être aimé.
 
Arlette
 

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Publié le 31 Mai 2026

Dans le silence de son appartement niçois, Hélène ne regarde plus l’heure. Elle sait, à la fraîcheur de l’air que la nuit bascule sur le vingt cinq avril.
 
Depuis quarante trois ans, elle reçoit un signe le jour de son anniversaire.
Septuagénaire, son corps possède depuis longtemps, une horloge biologique que la médecine ne peut expliquer : l’horloge du souvenir.
 
Elle se lève doucement, évitant le craquement du parquet. Tout au fond du dernier tiroir de sa commode, une boîte ancienne aux gravures ciselées recèle les fragments de vie, fixés sur papier glacé. Hélène caresse le visage d’un jeune homme qui, sur la photo, semble la défier de vieillir.
Il portait le prénom d’un ange : Gabriel.
 
Elle repense à cette phrase de Rilke qu’elle a relue récemment : « Il est bon d’aimer car l’amour est difficile ».
 
A l’hiver de son existence, elle comprend enfin que c’est cette difficulté même qui a agi comme un ciment, rendant leur lien indestructible.
 
Tout avait commencé sous le soleil éclatant des années soixante. Hélène avait douze ans, Gabriel treize. Le hasard des familles les avait choisis pour être marraine et parrain d’un petit garçon né à Nice. Gabriel arrivait de Paris, avec son accent de la capitale et un rire qui ne l’abandonnerait jamais.
Pendant des années, il furent les « parents de jeu » de cet enfant, des confidents inséparables durant toutes les vacances scolaires.
Puis vint l’adolescence. Hélène connut son premier grand amour, un jeune aviateur qui s’envola vers d’autres cieux et d’autres bras. Elle était dévastée, Gabriel recueillit les larmes. Dans l’ombre il l’aimait déjà, il attendit patiemment que le calme revienne.
 
L’été mille neuf cent soixante huit changea la donne. Entre les pas de rock sur « The dock of the bay » d’Otis Redding et les éclats de rire, l’insouciance mutait. Une soirée de « Boum » pour fêter l’obtention du permis de conduire, le rythme ralentit. Sur le tourne-disque, la voix de Nicole Croisille entama I’ll never Leave You. Dans la pénombre, leurs corps se rapprochèrent pour un slow. Hélène posa sa tête contre son épaule. Elle sentait le battement de son cœur, trop rapide pour une simple danse. Elle leva les yeux, il baissa les siens. Ce baiser, sur le dernier accord de la chanson, fut une révélation autant qu’une déchirure. Ils venaient de franchir la frontière. Ils ne savaient pas encore que le «difficile » commençaient là : dans ce passage de l’amitié à l’amour. Celui qui, parce qu’il est trop dur, refuse de se plier aux compromis du quotidien.
Mais le destin n’aime pas la simplicité. Malgré tous les efforts d’Hélène qui désirait que Gabriel intègre la faculté de médecine de Nice, c’est Lille qui lui ouvrit les portes.
A l’époque, mille kilomètres étaient un gouffre. Pas de téléphones portables, pas de messages instantanés ; seulement des lettres qui mettaient des jours à traverser la France. Hélène avait un emploi au tribunal et quatre semaines de vacances.
Devant l’impossibilité de vivre leur passion, ils firent un choix d’une maturité rare : ils décidèrent de rester les meilleurs amis du monde. Ils choisirent la survie du lien amical plutôt que l ‘épuisement d’un amour à distance.
 
La vie d’Hélène se construisit sans lui, mais jamais loin de lui. Elle se maria. Gabriel fut son témoin emportant dans son sillage son écharpe en voile et ses secrets.
Ce mariage s’avéra un chemin compliqué. Parfois elle avait envie de tout briser pour rejoindre Gabriel. Ce dernier la raisonnait, en ce temps là les valeurs existaient. Le bonheur ne se bâtissait pas sur les décombres d’un foyer. Le ciel s’éclaircit avec l’arrivée d’un enfant.
 
Puis vint l’accident. Un chauffard sous l’emprise de l’alcool, le corps et la vie de Gabriel brisés et de longs mois d’hôpital. Hélène se rendit à Paris. Dans la chambre blanche, le mots n’avaient plus leur place. Seule l’étreinte de leurs mains, longue et profonde, disait tout ce que la morale leur interdisait d’exprimer.
 
Gabriel survécut, il reprit son emploi de kinésithérapeute et un rituel s’installa. Ils s’appelaient chaque vendredi, une parenthèse enchantée dans le tumulte du quotidien. C’était un rendez-vous sacré, leur île déserte de trente minutes dans l’océan de la semaine. A l’autre bout du fil, la voix de Gabriel résonnait. Une voix qui n’avait pas beaucoup d’images pour tout dire. Durant ces précieuses minutes, Hélène ne raccrochait pas seulement un combiné ; elle se raccrochait à la magie. Ils se racontaient tout et rien, ces petits riens qui font les grandes vies. La difficulté de ne pas vivre ensemble s’effaçait devant la certitude que, quelque part à l’autre bout de la France, un cœur battait à l’unisson du sien. Elle avait toujours un mal infini à poser l’appareil, comme si ce fil de cuivre était le cordon ombilical qui la maintenait en vie.
 
Lorsque la fille d’Hélène naquit, son prénom s’imposa comme une évidence : Gabrielle. Son époux accepta, peut-être sans en mesurer toute la portée. Pour Hélène c’était sa façon de graver Gabriel dans sa chair, dans sa descendance. Il en est devenu le parrain. La boucle était bouclée ; ils s’étaient rencontrés autour de fonds baptismaux, vingt ans plus tard ils se retrouvaient parrain et maman.
Six ans de complicité avec sa filleule qui l’adorait jusqu’à ce jour où le téléphone se mit à pleurer. L’annonce fut brutale.
 
Un caillot de sang, vestige cruel de son accident, a emporté Gabriel en quelques minutes. Il avait trente-quatre ans.
Hélène est restée des heures dans un silence de fin du monde. Elle ne pleurait pas seulement un ami, mais la moitié de son âme. La plus grande partie de sa jeunesse venait de s’éteindre.
A compter de ce jour, le vendredi, autrefois synonyme de bonheur, devint un cauchemar hebdomadaire. Elle apprenait tristement la forme la plus cruelle de la mort : l’absence.
 
Hélène revient au présent à l’aube de ce vingt cinq avril deux mille vingt six. Elle referme la boîte de photos. Son divorce a eu lieu depuis bien longtemps, emportant avec lui les faux-semblants. Maman, Mamie comblées elle vit seule, mais elle a retrouvé la paix et la sérénité.
 
Elle a su aimer Gabriel de la plus difficile des manières ; en acceptant de ne pas le posséder, mais de le perdre tout en continuant à le garder présent dans sa vie et dans ses pensées.
Elle a donné à ses enfants un amour inconditionnel et à sa fille un prénom comme un talisman.
Elle a prouvé qu’il n’y a qu’un pas entre l’amour et l’amitié. La mort n’est pas la fin de l’amour, mais son ultime transformation.
 
Le jour commence à poindre sur les toits de Nice. Hélène se recouche apaisée. Elle ferme les yeux. Et Gabriel quelque part, dans les notes de Nicole Croisille ou dans le sifflement d’Otis Redding, continue de danser avec elle. Dans le silence du matin, ses lèvres lui murmurent : Joyeux Anniversaire Gabriel.
 
Josiane
 
 

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Publié le 31 Mai 2026

Petite frimousse au nez en trompette, des joues tachetées de roux,des yeux noisettes, une chevelure mousseuse ainsi que bras et jambes frêles, pourraient amener à la « penser » légère, sans volonté. Ouh la la ! Comme on se tromperait…

Elle est née lors d’une période compliquée, où prévalait le laid. Notre Farigoule ne le voyait. En son cœur, tout était normal, beau à souhait. Elle sait que l’Amour se déguise volontiers. D’une situation compliquée, naissent courage, compréhension : c’est accepté ! Ouh la la… que de mots…. Elle sent, elle sait ; elle Aime Tout, en vérité. Son Cœur est à l’égal d’une truffe de chien, détectant les « inaimés », se hâtant de les réconforter. En Jeanne d’Arc elle se transformerait, si sa Ville venait à être assiégée, en Robin-des-Bois, en Zorro masqué. Oh la ! On se croit à Hollywood ??? (rires).

Pour cet être, quelque peu désuet, il est primordial de par son Cœur, penser. Nul dividende ne puits le remplacer. L’homme est riche de l’Amour qui l’entoure, qui l’étreint, qui le touche et jamais ne s’éteint, se partage et se propage, sans qu’il ne semble rien.

Elle est de Provence, là où chantent les cigales et les criquets, là où fleurent bon lavande et serpolet, région de Pagnol et des « bien nés « , s’il-vous-plait…

Ses parents, d’Amour l’ont couverte, sans jamais discontinuer. Ils chantaient pour elle : « Elle est vive comme l’eau, elle est comme l’eau vive…. » Merci Guy Béart ! A 11 mois, ils l’ont immortalisée, tenant en ses petites mains, un brin d’olivier, sa mère la tenant sur le muret. Signe ? Prédestinée ? La suite l’a démontré.

Farigoule sourit tout le temps, cherchant le regard des gens. A ceux qu’elle réussit à capter, elle souhaite le « Bon… jour ». Cela n’est rien, à première vue, mais comme on se sent « re...connu »… Un petit compliment par ci, un petit compliment par là, et voilà un cœur qui bat ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit et non point de flagornerie.

Elle peste quelquefois, car de bois elle n’est faite, s’insurgeant de cette nouvelle technologie, « high tech » qui Nous sépare en lieu de Nous rapprocher. On Nous a menti ! Mais bon… cela pourrait induire une autre « copie ».

Elle s’imagine des tours de téléphones unicellulaires jetés, comme celles des collectes de chaussettes orphelines, quelques fois organisées. Les hommes pourraient ainsi se reparler.

Lorsqu’elle rêve, elle voit de grandes assemblées où tous sourient, sont gais. Tous les âges y sont représentés, ainsi que les couleurs bigarrées. Tout est relié, en parfaite harmonie…. Diverses espèces animales entourent le Groupe, en toute quiétude. Le Ciel est rose, pailleté d’or… le son cristallin d’une cascade, un peu plus loin, engendre un joli refrain. Une douce bise effleure la sublime végétation et les êtres s’y trouvant.

Farigoulette, tiens-nous la main et, ensembles, festoyons jusqu’à demain, l’Amour nous tirant sans fin…

 

Olga

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Rédigé par Olga

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Publié le 31 Mai 2026

« Quand tu aimes il faut partir… » Blaise Cendars
Aimer c’est toujours être en colère, sinon ce qu’on vit n’est pas important.
L’Amour c’est notre colère heureuse.
J’ai partagé des aventures plus ou moins importantes, à des degrés divers, mais ma plus belle Histoire, mon plus GRAND AMOUR je l’ai vécu juste après la Guerre.
J’appelle Guerre ce qui attaque, abat, détruit, anéantit, tout ce qui nous entoure, nous rassure et protège.
J’appelle Guerre tout ce qui pulvérise, massacre, désintègre, saccage, aussi bien les cœurs, les hommes, les âmes. J’appelle Guerre ceux qui atomisent, vaporisent, dévastent tout, sans remords, en laissant un trou béant là où l’instant d’avant se tenaient dresser face au vent, les Joies, la Vie, nos Rêve et Espoirs.
Assis sur le bord de mur encore debout, mon dos tourné à ce précipice dont le but persistait à m’avaler au plus profond de son abîme, je contemplais les vestiges désagrégés de mon Présent que le séisme diurne, d’un seul tremblement venait de jeter à terre. Il ne me restait plus rien. Tout n’était plus que pierre, terre et poussière.
Au-dessus de moi un ciel cendre et acier gloussait de mon désespoir. Le Futur en berne, perdu à jamais, mes pupilles vidées de toutes clairvoyances, je balayais le sol âcre, ocre et triste.
Surgissant de je ne sais où, un rai de lumière, rebelle, s’échoua à mes pieds. Ma vision remonta le long du faisceau téméraire et parvenu à son sommet, il m’inonda de sa douce clarté.
Encore plus haut, un murmure, un sourire et enfin, des prunelles constellées de Soleil et d’étincelles.
Amour-Passion- Sentiment- qu’importe le nom qu’on lui donne, c’est un animal sauvage, carnassier, limite carnivore. Imprévisible, tapis dans une ombre, il vous épie, vous guette.
On déambule paisible, soudain il ou elle jaillit sans sommation au coin d’une rue, sur un quai de gare, à la table d’un troquet de quartier devant un tasse de café, un verre de vin rosé, frais et fruité. Il ou elle vous saute au visage, vous saisit à la gorge, vous dévore le cœur à vif, en plantant ses crocs d’ivoire et velours dans cette pulpe vitale. Fastueux, fastueuse par sa brillance, il ou elle opère savamment son intrusion dans votre quotidien. Tout vacille, le rythme cardiaque s’emballe, le souffle devient court. Jusque-là solide comme un marbre, on se fragilise comme un épi de blé à l’approche de l’été. Tout change et on change et plus rien ne sera jamais pareil. JAMAIS.
AIMER, devient un Acte de foi, pour se convertir à cette religion insolente, pour croire à son essence de Vie invisible qui s’insinue dans notre chair, notre âme la plus intérieur qui soit.
On s’enflamme, on s’éparpille, porté vers le haut par l’ivresse de l'affection que l’autre âme nous procure un peu plus à chaque seconde.
Passés l’ épisode des doutes hypnotiques, des questionnements : C’est lui ? C’est elle ? J’ vais ?
Je n’y vais pas ? Contournés les regards fuyants, interrogatifs, malicieux, l’aventure poursuit sa trajectoire.
D’abord un effleurement, une excuse, un autre effleurement, une autre excuse, et un troisième. Et le temps se fige, les doigts s’entrelacent, se serrent, s’adoptent, se domptent. Et le silence devient une douce musique que seuls les cœurs les plus aguerris parviennent à déchiffrer notes par notes.
On se prétend insubmersible. On crie : « Pouce !Ça y est!! » Erreur. Tout commence.
Trouver l’ AMOUR, le vivre, le partager, ne ressemble en rien au franchissement d’une ligne d’arrivée, debout sur son vélo, les bras levés vers le ciel au sommet du Tourmalet.
Trouver l’AMOUR nous propulse au centre d’un univers parallèle perpétuellement instable.
Trouver l’AMOUR nous fait tomber le masque, fendre l’armure.
Trouver l’AMOUR nous met la chair tellement à nue qu’elle en devient incontrôlable, impalpable. Trouver l’AMOUR c’est revivre, pour renaître au centre d’un ventre à ciel ouvert.
Ce qui n’apparaissait jusqu’alors comme vaporeux, presque éthéré se change en une substance, riche et solide. Des caresses, des baisers, des visages qui se posent sur des poitrines protectrices.
Aimer demeure un travail humain de chaque instant, de chaque jours, chaque soirs, chaque nuits et qui recommence au matin.
Affirmer qu’Aimer c’est facile, serait mentir, mais d’une certaine manière, oui, aussi, c’est vrai.
Le plus difficile ce n’est pas tomber Amoureux, le plus dur c’est de le rester. Garder intacte cette flamme incandescente, pour que jamais elle ne s’épuise, pour que tout soit vécu en entier, sans retenue, sans tricher, sans choisir. En absorber le nectar divin jusqu’à sa quintessence ultime.
Qu’importe le temps, la durée que cette quête requerra; mille ans ou une seule seconde, tel un battement d’ailes de ces mêmes fameux papillons qui palpitent dans nos entrailles quand l’émoi nous enserre la cage thoracique jusqu’à la faire péter comme un popcorn de ciné.
Aimer nous rend égoïste. Comme une réplique entendu dans un vieux film : « Il faut toujours en vouloir plus, sinon on n’ a rien du tout… »
Il n’existe pas des milliards de façons d’Aimer, il n’en demeure qu’une. Authentique. Véritable : La Notre.
On l’explore tout seul, à son rythme propre. Et quand l’Amour pointe le bout de son nez, il suffit que les deux symphonies s’accordent à un unisson passionné et passionnel.
Aimer c’est à la fois l’extraction du meilleur de nous, comme la révélation, malicieuse, des pires de nos craintes les plus sournoises. Autant ça nous propulse sur des chemins escarpés afin d’atteindre des sommets injustement prétendus inaccessibles, sans transpirer, en sifflotant jusqu’au Contre Ut.
Autant ça nous invite à la traversée de déserts arides sans éprouver la moindre soif sauf pour cette goutte de liqueur délicate à la source du bord des lèvres de l’Être Aimé(e).
Autant ça nous inocule le goût du plomb, la quête métallique du froid de la lame, pour mettre à feux et à sang des Cités multimillénaires, renvoyer des royaumes entiers à l’état de vestiges du Passé. Aimer c’est tuer pour toujours l’Innocence qui nous servez de bouclier.
Rencontrer l’homme ou la femme de sa vie ne prouve en rien qu’on va passer notre vie avec.
L’Amour c’est comme la capoeira, on pense que c’est une danse, en vérité c’est un combat, sans sommation, sans armistice, sans compromission. Un conflit sans arme, qui nous désarme.
Perdre la vie ou perdre l’Amour de sa vie, je ne saurais affirmer quel choix s’annoncerait le pire.
Aucun de ces choix ne doit sacrifier l’un pour favoriser l’autre !
La vie reste la vie, au sens le plus noble du terme. On se doit de la poursuivre, en accepter ses règles, ses épreuves. Mais sans ce kérosène, pour atteindre les hauteurs stratosphériques du firmament sensoriel l’aventure n’est plus la même.
L’entité Cœur quand il se brise, sa récupération, même soumit au vertu résiliente du Kinsugi s’avère impossible ou presque. Protégeons-le. Préservons-le. Cajolons-le. De toutes nos forces.
Parce qu’Aimer peut parfois nous faire tutoyer le divin. Au bout de cette croisade sommeille, un bijou naturel, un autre Graal et ça se nomme LE BONHEUR.


« Si je ne t'avais pas rencontrée, je serais incomplet et infirme de ce qui me serait demeuré caché à jamais… » Yves Simon

 

Jean-Michel

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Rédigé par Jean-Michel

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Publié le 31 Mai 2026

 
Que te dire? Tu me demandes d'expliquer l'inexplicable, persuadé que l'âge m'a rendu sage et capable de te donner des réponses. Tu voudrais comprendre comment j'ai traversé la vie, avec ses joies et ses épreuves, sans jamais perdre cet optimisme qui me définit. Assieds-toi, cela risque d'être long.
Ma vie, cette longue page d'écriture, fut ponctuée d'amour et de difficultés. Et c'est bizarrement dans l'adversité que l'on se dépasse, que l'on refuse de baisser les bras. Car vois-tu, c’est un combat singulier dont il faut sortir vainqueur aussi agréablement que possible.
Quand on est enfant, le monde tourne autour de l'amour de nos parents qui nous protègent des embûches et des agressions: le harcèlement, la jalousie, le racisme. Mais ce cocon douillet ne dure pas éternellement.
Un jour, j'ai appris que l'on pouvait disparaître. Je me souviens de ma grand-mère, souriante la veille, et qui n’était plus là le lendemain. Il a suffi de presque rien : un petit caillot, m'a-t-on dit, pour lui prendre sa vie, sa famille, ses amis. Ce jour-là, quelque chose s'est brisé en moi. Je ne savais pas encore mettre de mots sur cette douleur qui me déchirait le cœur. N'était-ce pas simplement l'absence de l'être aimé?
Je croyais ne pas pouvoir surmonter ce malheur et pourtant la vie nous apprend à tenir bon. Elle estompe doucement la douleur, nous permettant de continuer à avancer sans oublier ceux que l'on a perdus.
Puis vint le temps de se détacher de ses parents, voire de les rejeter, comme seule l'adolescence sait nous y pousser.
J'étais jeune, j'avais toute la vie devant moi et tout semblait possible. Personne ne m'avait prévenu des tourments qui m'attendaient.
Passe, passe le temps… Me voilà adolescent, en plein dans cet âge que l'on dit bête, où l'on ressent le premier frisson, celui qui vous fait perdre tous vos moyens devant la personne aimée. On écrit des poèmes maladroits qui finissent froissés au fond d'une corbeille. Combien de fois, seul dans ma chambre, ai-je conjugué le verbe aimer sans jamais oser le lui avouer, me promettant de le faire le lendemain, mais le lendemain n'arrivait jamais. La solitude était ma compagne et la jalousie venait ronger mon âme, sans réponse à mes questions. Mon cœur se torturait de ne pas avoir osé lui parler.
Puis, un jour, j'ai donné mon premier baiser, celui qui m’a fait oublier mes chagrins passés…Ce n'était pas encore l'amour, mais ses prémices tendres, une caresse de velours qui transforme doucement le «nous» en «je».
On se prend par la main pour marcher ensemble un bout de chemin. À seize ans, on est plus des mômes, on se croit grand et pourtant loin d’être un homme. C'est le plus bel âge où l’on voit tout en image, toujours au printemps. Pourtant, vint le jour de la déchirure: mon premier amour s’en est allé sans se retourner, gravant une nouvelle cicatrice sur mon cœur d'adolescent.
Je me mis alors à haïr le monde, ce monde qui ne me comprenait pas. Malheureux, trahi, abandonné, je me repassais en boucle les jours heureux où elle m'aimait. Je me jurai alors, seul face à
moi-même, de ne plus jamais, au grand jamais, retomber amoureux.
Jusqu’au jour où je la rencontrai. Je m'en souviens comme si c'était hier. Nos regards se sont croisés, pas besoin de parler quand on conjugue le verbe aimer. Un sourire malicieux faisait briller ses yeux.
Fini les grandes promesses, envolés les regrets, l'amour est le meilleur des remèdes. Il guérit nos maux en quelques mots.
Fini les douleurs du cœur, lui qui sait aussi nous faire souffrir.
Le temps de la passion et de l'amour sans condition nous conduisit doucement vers le mariage, «pour le meilleur et pour le pire».
Un torrent de tendresse nous emporta sur les eaux d'un grand fleuve, pas toujours tranquille. Des récifs surgirent et des écueils se dressèrent, mais ce n'étaient que de petites anicroches, vite effacées le soir sur l'oreiller, bercés par les caresses et le parfum de nos peaux.
Avec l'arrivée des enfants, l'angoisse s'installa discrètement. Serons-nous de bons parents ? Saurons-nous les guider sur le chemin de leur vie ? Dans ces questions sans fin, on finit par oublier de s'aimer.
Passe, passe le temps… avec les cheveux blancs, l’amour doucement se transforme en tendresse. Parfois, on s'égare un instant, sa tête posée sur mon épaule, en sentant ses cheveux qui me frôlent, en m’enivrant de son parfum captivant.
Puis vint le jour du grand silence. Je me retrouvai seul, des larmes plein les yeux et dans ma bouche, un goût amer. Mon amour s'en était allé, laissant de profondes empreintes sur le chemin de notre vie.
Mais au-delà du temps, il existe un fil invisible qui relie deux êtres. L'amour a gravé à l'encre rouge dans notre cœur et au bas de la page du livre de notre vie, un seul mot: «Toujours».
Les souvenirs font revivre ces instants de frisson où nos deux corps à l'unisson vibraient sous les flèches du dieu Cupidon.
Même si l’être aimé n'est plus là, il revient parfois me taquiner, dans un lieu familier, en écoutant une chanson que l’on aimait ou à travers le souffle d'un parfum. Il s'insinue en moi la nuit, sans bruit, et me fait verser des larmes. Alors, sur l'autel de la vie, je dépose un instant mes armes. Il s'endort et il suffit d’un soupir léger pour me réveiller.
Je retrouve alors l’espoir, car vois-tu:
«L'amour ne peut disparaître. Il est et il doit être.»
 
Bernard
 

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Rédigé par Bernard

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Publié le 31 Mai 2026

 
2026
LETTRE A UN JEUNE PEINTRE
 
ou le vieux peintre au jeune peintre
 
Cher...
 
Tes dessins me font toujours plaisir; voici en échange pour toi, ces quelques annotations sur nos dialogues imagés; ces mots te sembleront peut-être elliptiques mais partant, un bon principe les anime, je sais que tu me liras jusqu' à la fin ! Ils diront pour l'essentiel que nous sommes humains mais indiciblement seuls;
 
De la peinture que veux-tu en faire ? Une carrière ? pour développer un projet on a besoin de s'appuyer sur des conseils donc des échanges, des rencontres afin d'alimenter les idées desquelles jaillissent des réalisations. Et puis il faut savoir donner afin de relativiser toute manière de communication ; s'affranchir sans honte, sans timidité et séparer ainsi l'essence de l' amer, tu ne sais pas où tu vas ni ce que tu veux mais ta demande semble urgente! Un certain poète disait :
'' avant d'être un artiste, mon ambition était d'être un bon ouvrier ''. Il se peut que le cynisme
te soit inné, il se forgera comme un outil précieux dans le monde où tu circules et grâce auquel tu pourras cultiver ton état! Aimes - tu le goût des livres ? pas tous mais ceux qui sont vivants et qui
à l'instar d' un bol d'air, oxygènent les réflexions et conduisent l'action . Ces amis- là sont les compères de la vie, des épreuves, joies et déceptions. Il est facile d'aimer ce qui est aimable et agréable, en appréciant les plaisirs tout simples dans le croquant d'une pomme, le soleil dans un fruit ou la senteur obscure des forêts humides...Il a plu tout l'hiver et maintenant le ciel turquoise
se poudre du jaune vibrant du mimosa, de quoi s'y noyer; bref tout est à prendre; Il est bon d'aimer la vie pour en relever avec outils et ardeur, l'esprit et le sel; Il est heureux d'honorer l' artiste très âgé qui par ses offrandes ou ses pleurs existe, devient le môme qu'il a toujours été, creusé de reliefs, de rires mais de solitudes aussi...Il se perd ou se retrouve peu importe, en lui pulse l'énergie et bougeant ainsi, il atteint le vide, le plein, le souffle..le souffle... cher peintre
 
Un jeune corps respire les bienfaits du contact, cet inconnu où les échanges se posent et mûrissent se métamorphosent par le geste créateur ; ici le temps est sans mesure, le visible est invisible, élastique, malléable car la pensée n' a pas de temps, flotte au gré des vents, file au chant de l'eau...c' est ça l'éternité. L'artiste n'a pas de sexe ou bien il en a deux, il est le sexe en entier rayonne et trace et signe et sue d'angoisse mais il ne le sait pas car il vit tout cela, laisse des traces ; ingénu ou écorché? Lui, appartient au moment, au mouvement, à l'événementiel et n'imprime
qu'une chose fugitive...essentielle ; il est la dynamique d'un instant
 
Cher, je pense à toi tous les jours : gratter, salir, poncer et polir puis déchirer, renoncer détruire et recommencer à zéro...Comment faut-t-il vivre ? pourquoi et pour qui ? C'est ainsi et
c' est tout! émerveillé par la sève qui repousse hors de sa forme, explose en une aura bouillante silencieuse, cette occupation est intemporelle! ainsi l'on capitule sous le charme pour devenir
l'humble serviteur d'une cause, abdiquer pour vivre et ne pas mourir... dans ce corps toute chose
y affaire et restant intègre sans se vendre davantage, en gardant l'avantage on lui signifie sa valeur! c' est déjà un grand plaisir d'être capable d'entretenir son enveloppe charnelle car prendre soin de sa chair c'est en aimer l'esprit dans sa structure! Cependant que nous soyons solide dans un corps jeune ou mûr puis vieux nous acceptons ce legs à chaque étage... L'éveillé le sait un jour, il a un privilège s'il accepte le deal! il se lève, nourri de bonheurs, d'erreurs ou de terreurs humaines,
il trace de ses mains une lumière et l'ombre d' un sentier. C'est ainsi qu' il s'oublie sans honte et sans vergogne; dans l'arrachement, l'abandon, l'imploration et le déni, la folie ou la passion, la colère, la crainte, la peur, le désespoir, l'acceptation...la solitude et au bout une offrande pourtant !
 
Dans le cadre de la fenêtre les orchidées en fleurs me regardent ; sont-ce des anges, des sœurs, des alliées ? je pense à toi ; un partage - du silence...comme chaque année les fleurs reviennent se sont dupliquées elles surgissent, appartiennent à la terre et mon regard photographie toute cette agitation lumineuse et tendre
en voilà le cliché...tu me reçois ? La vie est là mais elle n'est plus là, elle voyage comme un parfum!
 
Ami, Amie, je pressens ta jeune curiosité et la respecte; sache seulement que la solitude est douloureuse, elle croît comme un rêve vivant et l'apprivoiser est le luxe de toute une vie; Cher...chère, entre autres... tu nais peintre sans choisir de l'être ! Il n' est pas de communion entre les hommes mais nous restons près des éléments alliés afin de mesurer nos capacités à ceux-là mêmes qui sont éternels car tout ce qui arrive est toujours... commencement! Lâchons le mental qui désoriente l'esprit pour revenir à chaque moment sur ce petit détail accrocheur, ce fil anodin qui au fur et à mesure d'obstinations ou de lâcher prise...émet sa pulsion jour après jour; étant donné que nous ne connaîtrons jamais l'heure de la finitude, en respirant, prenons conscience au moins de ces âmes millénaires qui fument la terre et façonnent la matière humaine... Ce que je tiens à te dire : ne pas oublier de S'aimer très fort car ainsi l'énergie déployée, le souffle projeté ou ce qu'il y a de plus vivant se révélera expression...échange ou claque cinglante? Vers le néant ou vers le monde...
 
Cher peintre ou cher lecteur, j'ai le sentiment que malgré les distances temporelles nous marchons dans les mêmes pas; j'ai apprécié tes deux estampes qui ébranlent ma vision...un je ne sais quoi...d'obscur...c' est flou mais désarmant !!!
 
Dans l'attente de ton aimable courrier, je marche et respire; je poste ce baiser complice et muet sur quelques taches de soleil...trois fois rien ! et ces deux mots du poète Maria Rilke quelque part, lettre VII dans
 
'' Echanges avec Franz Kappus...1904...''
 
 
'' ...il est bon d'aimer, car l' amour est difficile. Nous devons nous tenir au difficile, tout ce qui vit s'y tient...
...C' est pour cela que les êtres jeunes, neufs en toute chose ne savent pas encore aimer; ils doivent apprendre...''
 
 
 
 
A...
 
 
Marie-Thérèse
 
 

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Rédigé par Marie-Thérèse

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