Publié le 5 Février 2026

 

Il était assis là, pensif, sous les cheveux argentés de la lune.
Il parlait doucement à son chien gourmand.
Il lui déclarait sa honte, ce sont des choses que l’on ne peut confier que si l’on est certain d’une amitié aveugle.
Son chien léchant le regardait avec une confiance indéfectible.
L’animal semblait le comprendre, avoir le cœur sur ses babines humides.
Lui l’entendait presque souffler: ça vivra mieux demain.
L’homme enfonça ses mains dans l’épaisse fourrure poisseuse et soupira en pensant à ces pipelettes publiques.
Il les avait entendu, se gaussant de lui dans leurs toilettes épiques,  s’exaltant de l’avoir surpris sous les jupons de sa bien-aimée.
Il en avait eu le sang tourné, et s’était enfui accompagné dans sa course par le souffle chaud et rauque  de son chien aimant.
Il pensait, impuissant, à celle qu’il aimait: comme je voudrais prendre loin de toi ces calomnies ! Moi, je mourrai en flamme, sans toi, banni des hommes et des femmes du village.
Un curé ne fait pas ces choses-là !

Eliane

 

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Rédigé par Eliane

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Publié le 4 Février 2026

 
LE PROGRAMME
 
Voici le programme, modifiable au gré de nos envies, bien sûr !
Pour cette saison 2025-2026, nous explorerons des clichés, des trésors, des livres, des rêveries, des potins, des zeugmas, l’astrologie, l’astronomie, le féminisme, des histoires basées sur des photos à celles issues du Street Art, sans oublier le Printemps des Poètes.
 
 

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 4 Février 2026

 

Tout ça est une histoire de place.
Tout ça est une histoire de confiance en soi, en la vie.

J’ai cette impression d’avoir survolé ma vie de jeune adulte, cherchant une place à moi que je touchais parfois du doigt, puis qui m’échappait à nouveau.
Et dans le même temps, j’en ai embrassé des rêves d’une vie qui serait…que serait-elle en fait ?

Moi j’ai sept ans et je veux être la maîtresse de la petite école de mon quartier.
Je suis appliquée, je suis bonne élève, ce n’est pas trop difficile d’étudier et la maîtresse est si belle !
Je veux être comme elle!

Ma petite mignonnette, la vie mérite un peu plus de folie.
J’ai 15 ans et je te le dis, je ne t’emmènerai pas dans cette voie, tu ne vas pas t’enfermer, tu vas voyager, partir en roulotte avec une troupe de théâtre et tu joueras du Molière !

Moi j’ai 15 ans et je rêve d’une vie d’artiste…et je suis timide…et papa et maman veulent que j’apprenne un métier.
Des filles de mon âge me parlent du féminisme, de l’émancipation, des choix imposés par les adultes.
Elles me semblent fortes, elle me donnent envie d’y arriver… mais je suis timide…et obéissante !

Jeune demoiselle, tu as tenté quelque pas de côté, tu as picoré dans des univers qui te fascinaient.
Moi, je suis une jeune femme de 30 ans à présent, et je me souviens de ta joie lorsque tu te voyais tour à tour musicienne, comédienne, danseuse…
Mais sois honnête avec toi-même jeune fille, tu aimais bien être rassurée et tu as regardé de loin des vies qui n’auraient été possibles qu’avec le courage de se lancer, la détermination d’y arriver,  et le travail acharné.
Tu as alors suivi les conseils de parents aimants et bienveillants et tu as choisi un métier.
À 20 ans, ton premier poste aurait pu être dans des île lointaines…
Encore un renoncement, faute d’encouragement.

Tout ça est une histoire de place.
Tout ça est une histoire de confiance en soi,  en la vie.

Tu as fait comme tu as pu, et tes choix étaient ceux que tu pouvais assumer à ce moment de ton parcours.
Moi jeune femme de 30 ans, je suis fière de mon métier, je m’y sens bien et j’y excelle.
C’est tellement gratifiant de sentir une légitimité , d’être soutenue et  encouragée.
J’ai bien fait d’oublier mes chimères d’adolescente, ce n’était qu’une passade!
Je suis à présent une jeune adulte raisonnable.

Me voilà arrivée à 50 printemps,  quel âge merveilleux !
Je te vois jeune femme débutante dans ton travail,  dans ta vie de couple, dans ta vie de maman.
Je te vois,  appliquée à bien faire, à correspondre à ce que tu penses qu’on attend de toi, je te vois penser très fort en secret à ce que tu n’as pas envie de louper, un souffle romanesque te fait rêver.
Alors ne t’en fais pas, tu as fait de moi cette femme de 50 ans qui aime ce qu’elle est devenue, qui aime ce qui se présente pour la suite de sa vie, qui aime tout simplement.

Petite fille, tu vois, je ne suis pas la maîtresse mais c’est quand même pas mal et je me suis tellement enthousiasmée !
Jeune adolescente,  ce n’est pas la vie d’artiste, mais ils ne sont jamais très loin de moi et tu sais, la créativité se trouve aussi dans d’autres voies.
Jeune femme, tu les as atteint tes objectifs secrets et tu en as secoué des pensées limitantes ! Tu as eu ces rencontres déterminantes et tu as saisi tes chances.

Alors à 50 ans, je voudrais parler à la femme que je suis à 60, puis que je serai à 70, et plus…

C’est pas grave d’avoir des doutes qui reviennent parfois, c’est pas grave de ne pas réaliser tous tes rêves, c’est pas grave de chercher encore et toujours une place..c’est juste toi.
Emprunte des chemins, va plus ou moins loin et surtout…continue de ne pas avoir peur du bonheur !

 

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Rédigé par Eliane

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Publié le 4 Février 2026

Dans ma bibliothèque intérieure, je me sens libre de lire ces romans qui sommeillent, attendant d’être dévorés, de ces poètes qui murmurent des vers dans la nuit et dont souvent je suis l’héroïne.

Je n’ai plus envie d’être figée, enfermée dans ce dictionnaire qui n’existe plus. Depuis plusieurs années, j’ai entrepris de réaliser les rêves les plus fous.

Dans ma poche droite, j’ai caché un brin de mélancolie et dans la gauche, mes éclats de rire, indispensables à ma vie.

Sur les étagères de mon cœur, tout est à sa place Je me suis réappropriée les lettres d’amour jaunies, promesses des matins très doux. Ces instants minuscules, une infinité de secondes qui ont fait de moi, la femme que je suis devenue. Je suis fière d’être une femme, féminine, sensuelle, joyeuse, fidèle en amitié. Je savoure ces moments intenses qui brillent comme des couvertures dorées, et ceux plus fragiles que je protège comme des éditions rares. C’est mon jardin secret, là où le temps s’arrête pour laisser parler l’essentiel.

Je n’ai plus aucune envie de me cacher. Une image d’adolescence me revient ; la peur que ma mère découvre que je militais pour le MLF, pancarte en tête de cortège, très court vêtue.

Quant à cette épreuve de divorce, elle n’est pas une fin en soi, mais plutôt la fermeture d’un chapitre nécessaire. C’est une page qui se tourne, laissant derrière elle un tumulte épuisant.

Le silence de mon appartement est devenu ma plus douce mélodie. Un espace où je peux enfin m’écouter, me reconstruire loin des ombres du passé. J’ai même découvert un mot magique « NON » un calme sans colère qui signifie simplement : je m ‘appartiens.

La liberté du choix ! Je goûte quand je veux au frisson des rendez-vous, au charme des conversations et à la tendresse des étreintes.

Les excuses n’existent plus. J’aime ce pouvoir de dire non à celui qui aurait envie d’installer sa brosse à dents dans mon univers, ou sa loi dans mon emploi du temps.

Je suis une Mamie comblée, une femme appréciée qui assume son statut de senior, une écrivaine passionnée, heureuse en amitié.

Je ne regrette rien. Ni les audaces et les amours d’hier, ni les sacrifices d’autrefois car ils m’ont menée à cette paix intérieure, cette solitude habitée et vibrante.

Désormais, j’écris la suite avec une plume plus légère, prête à remplir les pages de ce nouveau volume qui s’offre à moi.

La liberté n’a pas de prix et je l’ai enfin épousée.

 

Josiane

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Rédigé par Josiane

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Publié le 3 Février 2026

Atelier :
Décrire une émotion
 
Sujet en deux étapes :
- Exercice rapide :
Avant de vous lancer dans l'écriture sur la photo, choisissez une émotion et trouver une seule sensation physique inhabituelle pour l'illustrer (ex : "le goût de l'acier dans la bouche" pour la peur).
 
- Narration  :
Inspirez-vous de cette photo pour raconter ce qui s’est passé avant, ce qui se passe pendant en décrivant l’émotion du personnage, et ce qui se passera après cette prise de vue.
 

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 3 Février 2026

Clic-clac ! L’homme à la mine patibulaire l’a enfermée. Pourquoi en est-elle arrivée là ? Quelle idée d’avoir accepté de monter dans cette voiture…Tout-à l’heure, à la station, le car qu’elle voulait prendre lui avait filé sous le nez ! Pourtant, elle avait crié d’une voix désespérée : « Monsieur, Monsieur ! Attendez-moi ! Il faut que je sois à l’heure ce matin ! »

Sans l’entendre, le chauffeur avait accéléré, tandis que les larmes lui montaient aux yeux et qu’elle continuait de parler à haute voix :

« C’est pas possible, je ne pourrai jamais y arriver, le prochain car passe dans deux heures, pour mon rendez-vous c’est foutu ! »

Un homme, au volant de sa voiture garée près du poste d’essence voisin, avait suivi toute la scène. Voyant l’énervement de la jeune femme, il démarra doucement et s’arrêta près d’elle.

  • Que se passe-t-il, Madame ? Vous avez un problème ? Si je peux vous aider…

  • Il fallait que je sois avant dix heures à l’entrée de la ville. J’ai un entretien pour un emploi, j’étais presque certaine de faire l’affaire ! On m’a bien recommandé d’être à l’heure, parce que la personne doit prendre un avion vers midi, elle ne m’attendra pas. Et là, j’ai loupé mon car, c’est cuit !

  • Calmez-vous, ma petite dame. Je vais vous y conduire, j’ai tout mon temps..

Avec un sourire engageant, l’homme lui ouvrit la portière. La jeune femme, reconnaissante, se laissa tomber sur le siège, sans regarder le chauffeur et sans remarquer la mine patibulaire de la personne assise à l’arrière. Elle entendit aussitôt s’enclencher la fermeture automatique de la porte, l’empêchant de ressortir. Une boule lui serra la gorge, elle avala sa salive avec difficulté.

  • Ne vous inquiétez pas, je vous emmène à destination, vous serez à l’heure.

La voiture démarra sur les chapeaux de roues. La passagère s’avisa immédiatement qu’ils ne suivaient pas la route nationale, mais qu’ils avaient tourné à droite dans un petit chemin de campagne qui s’enfonçait entre les arbres.

  • Mais ce n’est pas par là !

  • Je prends un raccourci !

Le cœur battant, elle tenta en vain d’ouvrir sa porte. Jetant un coup d’œil par-dessus son épaule, elle fut frappée par le regard lubrique de l’homme sur le siège arrière.

  • Laissez-moi descendre !

  • Tu es là, tu vas y rester !

En parlant, le conducteur se pencha vers elle pour lui subtiliser le sac-à-main, et le téléphone qu’il renfermait, par la même occasion. Tandis que la voiture roulait rapidement sur la voie boueuse, elle se mit à crier, en frappant de ses poings la portière. Le passager arrière la saisit par le cou et le serra de ses gros doigts. En hoquetant, elle se mit à trembler, elle avait l’impression d’être vidée de son sang. Enfin, la voiture s’arrêta devant une masure désaffectée. Les deux hommes la traînèrent de force dans ce qui ressemblait à une grange obscure. La porte fut aussitôt verrouillée derrière eux. L’homme, si prévenant plus tôt, lui administra deux claques retentissantes.

  • Tu vas la fermer ! tu cries pour rien, c’est isolé ici, personne ne t’entendra ! on va te laisser un moment, on viendra s’occuper de toi plus tard. Si tu te tiens tranquille, on ne te fera pas de mal, tu verras !

Les deux hommes sortirent et la porte fut à nouveau verrouillée.

Elle jeta un regard circulaire : elle était bel et bien prisonnière, et ces deux fous allaient revenir. Sidérée, elle ne parvenait plus à crier. Ses jambes tremblaient, ses mains étaient glacées, elle avait envie de vomir. Elle se doutait bien de ce qui allait lui arriver, elle ne pourrait pas se défendre. Et ensuite ils la tueraient… Elle s’effondra sur le sol, incapable de réagir. Toutes les ouvertures de la grange étaient murées, la seule issue fermée à clé…

Elle était si mal qu’elle entendit à peine les coups violents assénés à la porte de la grange. Une voix d’homme cria :

  • Madame, c’est la brigade de gendarmerie ! On vient vous délivrer !

Quelqu’un l’aida à se lever. Comme un robot, elle sentit qu’on la faisait monter dans un fourgon. Des hommes en uniforme… Elle comprit que tout était rentré dans l’ordre.

Elle apprendrait plus tard que ses ravisseurs étaient sous surveillance depuis la veille, où ils avaient déjà tenté d’enlever une jeune fille qui s’était sauvée. Le pompiste, à qui les gendarmes avaient donné l’immatriculation de la voiture filmée par une caméra de surveillance, avait donné l’alerte en la voyant s’asseoir dans le véhicule suspect.

Ce cauchemar était enfin terminé !


 

Annie TIBERIO

 

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Rédigé par Annie

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Publié le 2 Février 2026

Par Claude Monet — Oakenchips, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25451669

 

Pour la première réunion 2026 du club poésie, le 31 janvier, nous avons choisi pour thème l'hiver, idée de Mireille, mais aussi le théâtre, idée de Marie-Thérèse.

Voici comment combiner ces deux propositions :

- Premier temps : L'hiver
Apportez quelques poèmes, textes, de votre choix, qui traitent de l'hiver pour en faire la lecture.
 
- Second temps : Le théâtre

Préparation de la prochaine séance qui sera consacrée à la pièce "Les Combustibles", d'Amélie Nothomb.

 

❄ ❄ ❄

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 2 Février 2026

Raconter comment une femme prend peu à peu conscience des entraves qu'elle subit, ou qu'elle se crée elle-même et son chemin vers la liberté Ça doit être dur pour toi d'avoir une sœur comme la tienne- me dit un jour à la récré Noémie Dayan qui partageait le même banc de classe de 4ème B au lycée Perrier.

- Tu sais, je ne suis pas hypocrite, moi, la franchise avant tout- ajouta-t-elle avec un grand sourire de brunette foncée à poils noirs.

- Euh, oui d'accord. Et...?

- Eh bien Betty elle, elle est belle. Teint clair, yeux verts. Betty elle est mince, drôle, intelligente, elle est blabla bla, tandis que toi...
Là je n'entendais plus. Elle enfonçait chaque mot dans mon pauvre cerveau à coups de marteau furieux.

Ces mots qui me renvoyaient à ceux d'une femme hystérique. Pleine de sollicitude lors des maladies enfantines, rougeole, oreillons, grippes, crises de foie. Instants de doux répit au cœur de la tempête quasi quotidienne de ses cris à propos d'un presque rien que nous n'arrivions jamais à prévoir afin de les endiguer.
Maman disait : « Ferme la bouche quand tu souris, tes dents sont déjà jaunes » « Vas te faire couper les cheveux, tu as des queues de rat » « Tiens-toi droite, tu ne ressembles à rien » Et dans ses moments paroxystiques quasi hebdomadaires de m'achever par ces phrases meurtrières : « Tu vas rester vieille fille comme ma sœur. Et arrête de pleurer et de faire cette tête, on dirait un pruneau desséché »

Si Noémie Dayan de 3ème B s'attribuait le qualificatif de franche (elle n'avait pas encore étudié les bienfaits de la diplomatie ou du banal mensonge), lesquels pourraient bien s'appliquer à cette maman que j'aimais ? Une mère double face. Pile, mise en plis impeccable, joliment vêtue de couleurs vives, joyeuse, caustique, attendue impatiemment par sa petite cour d'amies, faisant l'unanimité au-dehors. Face, dès le seuil de note appartement franchi, elle offrait un visage renfrogné, prélude à des accès colériques dont ma sœur et surtout moi étions les principales victimes. Papa n'échappait pas à son courroux.

Ma seule défense, pleurer. Pleurer au présent, pleurer à l'avenir de vieille fille moche vivant au coin de l'âtre déserté par le feu, se consumant de jalousie à la vue du bonheur des jeunes filles à marier. Cet Eldorado que je ne pourrai jamais atteindre ou alors sous condition puisque Maman promettait une grosse dot à celui qui voudrait bien de moi. Et toute cette marchandisation ne me paraissait pas étrange. Pourtant, je les trouvais moins jolies les filles dans leur robe de mariée et lorsqu'elles devenaient des Madames, trop convenues, comme légèrement entravées à partir de cet instant. Les règles de bonne conduite étrecissaienr leur monde, raréfiaient l'air qu'elles respiraient
Et moi, gentille enfant boudeuse parce que mal dans sa peau, je sentais confusément que je voulais trouver mon chemin de Damas.
Adolescente, je ne sais par quel miracle j'échappais à l'acné tandis que le visage de Betty et de ses copines, Noémie Dahan comprise, était constellé de ces follicules pilosébacés. Petite revanche inattendue, passagère. Quand ces dernières s'épanouirent physiquement, je restai désespérément plate du haut mais large du bas, noiraude et triste, d'une intelligence bas de gamme.

C'est alors que je décidai d'échapper à mon destin. Le chemin s'avérait ardu. Il l'est toujours.

 

Odile

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Publié le 2 Février 2026

GUILLAUME APOLLINAIRE
C' EST L' HIVER 1915
 
C' est l' hiver et déjà j' ai revu des bourgeons
aux figuiers dans les clos Mon amour nous bougeons
vers la paix ce printemps de la guerre où nous sommes
nous sommes bien là-bas entends le cri des hommes
un marin japonais se gratte l' œil gauche avec l' orteil droit
sur le chemin de l' exil voici des fils de rois
mon cœur tourne autour de toi comme un kolo où dansent quelques jeunes soldats serbes
auprès d' une pucelle endormie
le fantassin blond fait la chasse aux morpions sous la pluie
un belge interné dans les Pays-Bas lit un journal où il est question de moi
sur la digue une reine regarde le champ de bataille avec effroi
l' ambulancier ferme les yeux devant l' horrible blessure
le sonneur voit le beffroi tomber comme une poire trop mûre
le capitaine anglais dont le vaisseau coule tire une dernière pipe d' opium
ils crient Cri vers le printemps de paix qui va venir Entends le cri des hommes
mais mon cri va vers toi mon Lou tu es ma paix et mon printemps
tu es ma Lou chérie le bonheur que j' attends
c' est pour notre bonheur que je me prépare à la mort
c' est pour notre bonheur que dans la vie j' espère encore
c' est pour notre bonheur que luttent les armées
que l' on pointe au miroir sur l' infanterie décimée
que passent les obus comme des étoiles filantes
que vont les prisonniers en troupes dolentes
et que mon cœur ne bat que pour toi ma chérie
mon amour ô mon Loup mon art et mon artillerie
 
 
ARTHUR RIMBAUD
RÊVE POUR L' HIVER 1870
 
L' hiver nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
 
Tu fermeras l' œil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.
 
Puis tu te sentiras la joue égratignée...
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courras par le cou...
Et tu me diras : '' cherche '' en inclinant la tête
Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
Qui voyage beaucoup...
 
SUZY DESROSIERS
22 DECEMBRE
 
Neigent les silences
Sur la blancheur
De la nuit
 
Des brouillards de froidure
Chagrinent
La canopée endormie
 
Des houles de flocons
Refleurissent
Le sol en apnée
 
La lune
Dessine
Des ombres de lumière
Sur les bancs immaculés
 
Il fait hiver
 
 
SABINE SICAUD 1913/1928
POÈMES D' ENFANT 1926
 
Laissez tomber les plumes de la neige...
Les oiseaux qui les ont perdues
Apportent des nouvelles toutes blanches...
 
Les ailes qui les ont perdues
Ont plané sur les Finlande et les Norvège.
 
Elles ont caressé des forêts blanches
Et les vertigineuses étendues
Où le soleil frileux, si peu de temps, se penche
 
Oh ! Pourquoi balayer les plumes de la neige !
 
Elles parlent de soleil blanc comme la lune
Et de lacs blancs où les traîneaux courent si vite...
 
Elles parlent de légendes au clair de lune
Et de cabanes où les ''tomtes'' nous invitent.
Des ailes ont semé leurs plumes, une à une...
 
 
MES HIVERS DE PEINTRE
 
L' hiver j' ai des œillères...
Sous les volets clos
Un murmure mouillé,
Un murmure feutré
Écrase le béton...
Il pleut ! Une pluie
Intime solitaire
Pluie, plantes
Conversent sérieux
banal échange...
Il pleut
Mon besoin d' eau m' invite
Là dehors à marcher dans le mouillé
Les pas mouillés
Nous conduisent
Au mouillé de la piscine
Où l' on glisse comme l' anguille
Et l' on trace comme limace
Pour oublier l' hiver de la pluie
Tout est liquide
 
L' HIVER LA LUMIÈRE
 
Marcher – bouger - j' suis la perspective des rues
Inondées de lumières où les arbres
Là-haut
Tout nus griffent le ciel cru
Marcher sur l' hiver où l' air cinglant
Cisaille les oreilles, assèche le blair
Et fend la peau
Marcher rigide et durci
C' est siiiiii bon la chaleur
Pour les oranges bien mûres
Et les citrons bien jaunes
Pour les jus bien acides
Et moi je salive après tant de goûters
                 Humblement expose
Mon bout de peau
A la lumière pâle
Qui flashe et me brûle
Doucement, c' est si bon...
 
Marie-Thérèse Hoarau
 
 
 
 
 
 

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 1 Février 2026

L'hiver de Pernette Chaponnière
Pernette Chaponnière est née en 1915 en Suisse. Elle est auteure de romans, de livres pour
enfants et de pièces de théâtre.
 
La neige
Regardez la neige qui danse
Derrière le carreau fermé.
Qui là-haut peut bien s'amuser
A déchirer le ciel immense
En petits morceaux de papier ?
Pernette Chaponnière ("L'Écharpe d'Iris" - éditions Hachette, 1990)
 
 
L'hiver de Patrick Bousquet
Patrick Bousquet est un auteur contemporain de chansons, de poésies, et de romans pour les
enfants et la jeunesse.
 
Bonjour monsieur l'Hiver
- Hé ! bonjour monsieur l'Hiver !
Ça faisait longtemps...
Bienvenue sur notre terre,
Magicien tout blanc.
- Les montagnes t'espéraient ;
Les sapins pleuraient ;
Les marmottes s'indignaient ;
Reviendra-t-il jamais ?
- Mes patins s'ennuyaient ;
Mes petits skis aussi ;
On était tous inquiets ;
Reviendra-t-il jamais ?
- Hé ! bonjour monsieur l'Hiver !
Ça faisait longtemps ...
Bienvenue sur notre terre,
Magicien tout blanc.
 
L'hiver d'Anne-Marie Chapouton
Anne-Marie Chapouton (1939-2000) est l'auteur d'albums, de comptines et de poèmes pour
les enfants, qu'elle a souvent illustrés elle-même.
 
L’hiver, la neige
Voilà
Les arbres
Avec
Du sucre
Sur le nez
La route
Toute
Poudrée
Le ciel
Enfariné
La neige
A tout changé.
 
Bernard Brunstein, retraité de la fonction publique, peintre autodidacte et écrivain amateur, considère la peinture comme un moyen d’expression, une forme d’écriture.
 
L’hiver a déposé son manteau de frimas.
Les feuilles sont tombées comme mille caresses
Sur le sol gelé en poussière disparaissent
Sous l’empreinte légère, laissée par mes pas.
Sous le ciel bas couleur de l’acier froid
Géant parmi les hommes tu veux toujours paraître.
Tes branches tordues implorent le suprême être.
Des éclairs de la foudre, ne pas être la proie.
Sous la coupole des cieux, le printemps t’habille de vert.
Comme à l’académie, tu parais éternel.
Refuge de verdure tu protèges de ton aile
Le poète et sa muse qui composent ses vers.
 
 

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Rédigé par Bernard

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