Sur le chemin de ma vie, il y a très longtemps, j'ai rencontré une personne qui m'a laissé des souvenirs extraordinaires, mais aussi a creusé des sillons de rides indélébiles.
Avec une amie, on décide de passer un long week-end à la campagne, près d'un lac.
Nous sommes installées dans un hôtel en plein centre du village.
Le soir, nous dînons dans les jardins de l'hôtel, vue sur la montagne environnante. Le calme nous fait un bien fou. Nous sommes heureuses de passer quelques jours de détente et de baignades.
Après dîner, nous allons nous promener dans le village. Nous sortons de l'hôtel, une foule immense, nous surprend. La musique brise le calme, et l'on entend plus, le frôlement des feuilles des tilleuls qui couvrent la place.
Nous nous approchons de la foule pour regarder les couples danser et virevolter. Soudain une main se pose sur mon épaule, une voix douce me murmure :
- Voulez-vous m'accorder cette danse ?
Surprise, j' hésite, il me prend la main et m'entraîne sur la piste.
Mon regard croise ses yeux bleus, son accent, pas de chez nous, m'enchante !
Une voix délicate me murmure à l'oreille :
Je suis sous le charme, il m'a prise dans le filet de sa séduction je sens mon sang bouillonné
Le soir tard, lorsque je suis rentrée à l'hôtel, mon amie me dit :
Tu as la tête d'une abeille qui a rencontré son bourdon
On a éclaté de rire
C'était une soirée magique.
Après ce merveilleux week-end, nous avons repris le cours de notre vie, boulot, dodo
Lui, me dit :
Je repars en Bretagne, mais je reviendrai très vite. Je n'y ai pas cru, j'étais un peu triste
Une dizaine de jours plus tard, je reçois un coup de fil, je décroche :
Et là mon histoire commence....
Tomber amoureux, c'est l'instant le plus magique de l'amour
On se promenait souvent au bord de la mer, on regardait les gros bateaux, et on voyageait, loin, très loin, en rêvant parfois jusqu'aux Maldives.
Au fil du temps, il me dévoile sa vie, son enfance malheureuse, la DAS, les fugues, enfin toutes ses joies, ses peines.
Je me disais qu'il n'avait pas eu une vie facile. Et qu'il méritait d'être heureux.
C'est vrai qu'à dix huit ans sorti de la DAS, il épouse la fille du Préfet, cela fait désordre.
Il en a essuyé des reproches et humiliations. Jusqu'à la séparation.
Parfois j'y repense encore, c'est un garçon qui aurait pu avoir une belle vie, il avait des mains d'or, il faisait tout avec ses mains, il écrivait très bien aussi, il avait un œil averti.
Mais parfois le destin choisit pour toi, où alors, tu agis pour te perdre. Quelle en est la raison ?
Il m'écrivait des poèmes que je trouvais sous ma serviette, le soir ma chemise de nuit était posée sur le radiateur pour la réchauffer, la table égayée avec un bouquet de fleurs était propice à l'amour. Tourteaux dans l'assiette, ou galette complète façon bretonne, donnait envie de savourer ces instants. j'étais gâtée et heureuse.
Il me disait, tu es le miroir de mes rêves, avec lui, j'ai visité les îles marquises en restant dans mon lit. Une fois nous étions en haute montagne, vers le mois d'octobre, des flocons de neige venaient de tomber. Tout à coup on entend un bruit de cavalerie qui descend de la montagne, on se couche vite dans l'herbe, une horde de cinquante bouquetins à deux mètres de nous dévale au galop enveloppée de poussière. Ils se sont posés sur les arpents un peu plus bas., au soleil. C 'était magique, c'est très rare de voir un spectacle pareil. Avec lui , j ai vécu des moments divins . Il m'abreuvait de caresses, de jolis mots, des idées à la pelle pour l'avenir. Je voyageais.
C'était le Nirvana. Je devais déjà l'aimer.et pensais qu'il m'aimait..
Jour après jour, années après années, je ne peux dévoilés ici, tous les petits détails et faits ,
qui ont commencés à mettre ma confiance en éveil,, ses absences, les mensonges....
Jusqu'au jour où j'ai compris, l'homme qui l'était vraiment. Je l'aimais, c'était trop tard, j'étais prise dans sa toile d'araignée.
J'ai appris plus tard, la frénésie qui le bousculait était le résultat de ce trouble difficile à diagnostiquer, et comportait un risque majeur de grande dépression. » La bipolarité associée à l'alcoolisme. ». A l'époque je ne connaissais rien de cette maladie.
Je voulais en faire un homme heureux, quitte à me perdre. Car dans cette histoire d'amour je me suis entièrement perdue.
Je me disais , peut-être pour fuir la réalité du moment, « qui peut comprendre ses actions mieux que moi « , ? Son passé le torture, c'est un être physiquement et moralement désemparé. J 'ai essayé de remonter le chemin de sa vie avec lui, mais il refuse. J'ai voulu le décider à confier son destin à un psychanalyste, mais il a peur de sa vérité. Dans ces moments que j'appelle folie, il m'abandonne, il laisse son travail, il fuit, je ne sais où . Je suis dans une solitude profonde.
Une de ses filles s'était décidée à venir le voir, il a accepté de se faire soigner, pour la recevoir. Pendant trois semaines, j'ai cru avoir un autre homme près de moi. IL était joyeux et amoureux plein d'entrain, les bonnes idées fusaient. A deux jours de l'arrivée de sa fille, je ne sais si c'est l'angoisse qui l'envahissait, il a craqué. Les retrouvailles ont été avortées. Elle est partie. Je m'étais tellement investie pour la décider à le revoir après de nombreuses années d'absences..
A l'époque cela m'a brisé le cœur.
Après huit ans, avec des hauts et des bas, je baisse ma résistance et suis lasse et fatiguée de le porter à bout de bras. Parfois, un mieux se manifeste, un calme soudain l'apaise un semblant de plénitude l'habite.
Je supporte de moins en moins cette situation, je ne peux plus vivre cette vie en dents de scie.
Avec regret, je veux partir, c'est difficile, il me crie :
- je ne peux vivre loin de toi, il joue avec mes sentiments.
Un soir en regagnant la chambre, enfin je sus que ma décision était prise.
Je lui dit : on se sépare, je pars !
J'hésite,mon cœur se serre et les larmes montent à mes yeux, mais je m'éloigne portée par la pensée du désarroi qui sera le sien. Mais il faut que je me protège.
Ma pensée était envahie toute la journée par ses problèmes que je ne pouvais régler .Je le vois malheureux. Il n'a pas la volonté pour s'en sortir et m'entraîne dans sa spirale de la dépression.
Sans cette maladie c'est un homme doux et joyeux. .
La conclusion de toute cette belle histoire, si s'en était une ?
C'est qu'enfin je lève le voile, qui m'empêchait de voir la vérité.
Il se complaisait dans cette situation.
Cet homme aime suivant les opportunités qui se présentent à lui, et accapare les sentiments d'une femme, qui peut lui apporter ce dont il a besoin, amour, affection, tendresse. il profite jusqu'à la lie, jusqu'au point culminant où la femme comprend qu'un beau jour elle a été remplacée, et il poursuit sa route dans les dédales de l'abus de confiance « de l'amour » un escroc de l'amour.
Mais j'ai toujours senti, malgré toutes ces frasques, qu' il y avait au fond de lui une culpabilité bien présente.
Il avait toujours un petit geste, un petit cadeau, en souvenir des jolis moments passés ensemble. Peut-être des regrets de ne pas pouvoir faire autrement. Aimer autrement. Qui peut savoir ?
Après notre séparation, lorsqu'il était mal , il m'appelait encore, et encore.
Quelques années après, c'est une de ses filles qui m'a téléphoné pour m'annoncer qu' on l'a trouvé mort d'une rupture d'anévrisme.
J'aurais voulu l'aimer encore....Aimer c'est peut-être ne pas chercher à être aimé.
Arlette