Publié le 29 Décembre 2025
Publié le 25 Décembre 2025
Publié le 25 Décembre 2025
/image%2F2034508%2F20251130%2Fob_01cc68_640px-mont-parnasse-par-edward-dodwell.jpg)
Publié le 25 Décembre 2025
Rubens, fleuve d’oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse,
Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer ;
Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l’ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays,
Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d’un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s’exhale des ordures,
Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement ;
Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;
Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand cœur gonflé d’orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats,
Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant ;
Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De fœtus qu’on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d’enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;
Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;
Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes ;
C’est pour les cœurs mortels un divin opium !
C’est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C’est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !
Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal
/image%2F2034508%2F20250611%2Fob_e74a8f_b2.jpg)
Publié le 25 Décembre 2025
Publié le 25 Décembre 2025
________________________
Publié le 25 Décembre 2025
Publié le 23 Décembre 2025
Les poèmes choisis par Dona :
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore.
Les nuits plus douces que les jours
Ont enchanté des yeux sans nombre ;
Les étoiles brillent toujours
Et les yeux se sont remplis d’ombre.
Oh ! qu’ils aient perdu le regard,
Non, non, cela n’est pas possible !
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu’on nomme l’invisible ;
Et comme les astres penchants,
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l’autre côté des tombeaux
Les yeux qu’on ferme voient encore.
René-François Sully Prudhomme, La vie intérieure
/image%2F2034508%2F20251223%2Fob_58face_francois-coppee.jpg)
Par Auteur inconnu — Old postcard from http://bennyspostcards.com/famous_people_postcards.html, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9606
François Coppée
À Edmond de Guerle.
Quand son enseignement eut consolé le monde,
Le Bouddha, retiré dans la djongle profonde
Et du seul Nirvâna désormais soucieux,
S’assit pour méditer, les bras levés aux cieux;
Et gardant pour toujours cette sainte attitude,
Il vécut dans l’extase et dans la solitude,
Concentrant son esprit sur un rêve sans fin
Avant d’être absorbé par le Néant divin.
Le temps avait rendu tout maigre et tout débile
Le corps ossifié de l’ascète immobile;
Les lianes grimpaient sur son torse engourdi
Que ne réchauffait plus le soleil de midi;
Et ses yeux sans regard, dans leurs mornes paupières,
Semblaient avoir acquis la dureté des pierres.
Il aurait dû mourir, par la faim consumé;
Mais les petits oiseaux, dont il était aimé,
Les oiseaux qui chantaient dans les branches fleuries,
Venaient poser des fruits sur ses lèvres flétries.
Et, depuis très longtemps, c’est ainsi que vivait
Le Bouddha vénérable, absolument parfait.
Donc mille et mille fois, et mille fois encore,
La lune qui blanchit et le soleil qui dore
Les forêts, sur son front tour à tour avaient lui,
Sans que se fût distraite un seul instant en lui
Sa pensée, en un songe immuable perdue,
Lorsque dans sa main droite, au ciel toujours tendue,
Dans sa main sèche et grise ainsi que du granit,
Une hirondelle vint, un jour, et fit son nid.
L’extase du Bouddha ne parut point troublée
Par cette confiante et fidèle exilée
Qui, franchissant du vol la montagne et la mer,
Des froids climats du Nord revenait, chaque hiver,
Et retrouvait toujours son nid chaud et paisible
Dans le creux de la main du rêveur impassible.
À la fin, cependant, elle ne revint plus.
Et, quand les derniers temps furent bien révolus
Du retour des oiseaux que l’exil seul protège,
Lorsque l’Hymalaya se fut couvert de neige
Et lorsque tout espoir fut perdu, le Bouddha
Détourna lentement la tête; il regarda
Sa main vide; et les yeux du divin solitaire,
Qui depuis si longtemps n’avaient rien vu sur terre,
Ses yeux tout éblouis d’immensité, ses yeux
Éteints et fatigués de contempler les cieux,
Ses yeux aux cils brûlés, aux paupières sanglantes.
S’emplirent tout à coup de deux larmes brûlantes;
Et celui dont l’esprit était resté béant
Devant l’amour du vide et l’espoir du néant,
Et qui fuyait la vie et ne voulait rien d’elle,
Pleura, comme un enfant, la mort d’une hirondelle.
François Coppée, Les récits et les élégies (1878)
Dona
Publié le 22 Décembre 2025
Samedi 13 décembre 2025
Occupations le temps du tramway ; si trajet bref, dédié à la rêverie, si trajet long à la lecture.
Ce jeudi fin de matinée, où je m'apprête à ouvrir mon livre « Le secret des mères », une petite dame rondelette, cheveux courts blanc en neige, regard bleu clair, s'installe à côté de moi. C'est une page de ce journal que je tiens de manière de plus en plus épisodique que je voudrais lui consacrer, à elle et à Marithé, unies dans la même passion d'un métier commun.
Elle, se nomme Carlotta Rubini. Peut-être les nissarts la connaissent-ils, puisqu'elle enseigne bénévolement cette langue au Black Box de Bon Voyage, si j'ai bien compris.
Elle a envie de discuter et me demande ce que je lis. Elle regrette tellement ces heures passées en tête-à-tête avec des auteurs en tous genres, cette intimité dans le huis clos de son nid douillet. Un léger soupir ponctue sa phrase : « Je suis aveugle, enfin pas complètement, il me reste 1/10ème ». Son regard vif dément l'idée que je me fais de son handicap.
Carlotta a 90 ans et l'enthousiasme de la jeune fille affleure au coin de ses lèvre et illumine son joli visage. Carlotta était prof de maths et de sciences au tout nouveau collège Raoul Dufy. Dans sa classe de quatrième, tous les laissés-pour-compte, les irrécupérables qui ne savaient presque pas lire et écrire. Ces jeunes révoltés qui n'attendaient plus rien de l'institution ont croisé la route de Carlotta et aujourd'hui encore, me confie-t-elle les joues rosies et la mine gourmande, certains de ses élèves ne manquent jamais de prendre de ses nouvelles et de lui en donner.
Carlotta a su dès l'âge de 5 ans qu'elle voulait être « derrière le bureau comme la dame ». Issue d'une famille très pauvre mais remplie d'amour, elle se reconnaissait en chacun de ces « cancres » affublés de qualificatifs dévalorisants qu'ils traînaient depuis l'école primaire comme une fatalité.
Premier jour de classe, les gamins lui disent « M'dame, l'école ça sert à rien pour nous et puis les instits sont nuls, tous nuls ». Et Carlotta leur donne raison. Elle les laisse parler, se défouler, les écoute. Et maintenant Stop. Aujourd'hui dans ce beau collège tout neuf on va commencer par s'éplucher.
Je la regarde étonnée, pensant qu'elle a fait une faute de français, peut-être… Peut-être pas ?
Oui, s'éplucher, je ne parle pas d'épluchage mais bien de s'éplucher, ce que nous avons tous fait jusqu'à la fin de ce premier cours et du suivant, car on en tenait tous des couches dont il fallait se débarrasser pour repartir sur plus de joie, d'espoir d'avenir, sans oublier du travail.
Des couches de t'es paresseux, de bête comme ses pieds, de qu'est-ce qu'on va faire de toi,
de moins que rien, et autres gracieusetés qui vous collent à la peau, vous laissent englués tels ces alcidae victimes d'une marée noire, et vous assignent à une place peu désirable dans la société.
J'ai enseigné avec la même gourmandise, les mêmes convictions pendant près de 40 ans, me confie-t-elle. Et aujourd'hui j'enseigne encore. Ma récompense est d'avoir relevé et élevé ceux qui devaient rester au bord du chemin et de m'élever avec eux.
C'est au moment de descendre que je lui ai demandé comment elle s'appelait : Carlotta Rubini.
Carlotta me ramène en 1986, année de l'entrée au cours préparatoire de ma fille. Inquiétude de la mère pour ce rituel de passage, d'autant plus que nous venions de quitter l'Ardèche pour Draguignan et ne connaissions encore personne. La maîtresse nous a réunis trois jours après la rentrée. Marie-Thérèse Collombat, petite, menue, cheveux et dégaine à la Zizi Jeanmaire s'exprime avec une voix claire et la fougue de ses propos me laisse penser qu'aucune maman (pas de papa ce jour-là mais ils furent bien présents tout au long de l'année) ne pouvait se sentir à la hauteur de la flamme qui l'habitait quand elle parlait de nos gosses. Dans sa classe, elle accueillait les enfants étrangers qui arrivaient en cours d'année et ne savaient pas parler notre langue. Elle prenait volontiers les insupportables que les autres maîtresses et maîtres n'arrivaient pas à gérer. Les défis la stimulaient. Sa ferveur contaminait enfants et parents. Marithé, férue d'art, a monté des spectacles poétiques auxquels nous assistions, émus et étonnés d'entrevoir une facette inconnue de nos enfants. Marithé apaisait nos inquiétudes parentales. Marithé, avec laquelle je partageais des idées et envies communes, est rapidement devenue une amie.
Quand elle a changé d'établissement pour une école plus uniforme socialement, elle a eu cette phrase : « Que veux-tu, je les aime bien mais je n'ai pas grand chose à leur apprendre à ces petits bourgeois. J'ai besoin de me sentir utile ». Ce n'était absolument pas du mépris puisque nous-même appartenions à ces petites bourgeoises Deux ans après, elle retournait au combat.
Odile
Publié le 22 Décembre 2025
Quatre poétesses pour Marie-Thérèse
ANAIS SEGALAS 1811 /1893
/image%2F2034508%2F20251222%2Fob_120885_segalas-anais-bnf-gallica.jpg)
Par Inconnu. Upload, stitch and restoration by Jebulon — Bibliothèque nationale de France, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27946497
LES OISEAUX DE PASSAGE
/image%2F2034508%2F20251222%2Fob_ea3508_portrait-de-marceline-desbordes-cropp.jpg)
Par Constant Joseph Desbordes — FreeCorp, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=107870589
L' ESCLAVE ET L' OISEAU /// exergue à propos d' élévation de Baudelaire
/image%2F2034508%2F20251222%2Fob_1213c2_960px-marie-de-heredia-1889.jpg)
Par Paul Nadar — Publié dans Le Monde de Proust vu par Paul Nadar, édition du Patrimoine, 2000, ISBN:2-85822-307-6, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=26717017
Texte tiré de PETITS POÈMES
/image%2F2034508%2F20251222%2Fob_0817e6_muses-d-aujourd-hui-1910-cecile-sauva.jpg)
Par Auteur inconnu — Remy de Gourmont, Muses d'aujourd'hui, 1910 https://archive.org/details/musesdaujourdhui00gouruoft/page/n6/mode/1up, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=112774241
/image%2F2034508%2F20160830%2Fob_8befea_1009194.jpg)
/image%2F2034508%2F20251223%2Fob_88e44f_v4-color.jpg)