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Publié le 17 Janvier 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis arrivée. La Porte est devant moi ;

Cette porte bleue mystérieuse, à double battant en bois et métal, ouverte

Sur l’Inconnu.

Je me retourne vers les villageois qui m’ont menée vers cet endroit.

-Laissez-moi seule. Seule je dois accomplir ma destinée, mon devoir.

Mon chemin commence ici.

Je suis la mutante, les villageois le savent ; ils ont foi en mes pouvoirs.

Pourtant, je maîtrise difficilement toutes les possibilités de mon double cerveau.

Mon inconscient, il se nomme Jung, me porte assistance, me guide :

-Morgane, tes pouvoirs sont infinis, prends confiance en toi.

Je connecte mon cortex à la grande Porte.

Rien ne bouge, je me rassemble et force.

Les vantaux s’entrouvrent, dans un grincement, une raie de lumière

Pénètre l’obscurité.

Une pièce immense se dévoile, une cathédrale gigantesque.

Au centre, repose sur un autel, une boîte noire.

Cette boîte dont parlent tant de légendes.

Je dois comprendre, percer cette boîte.

Jung me retient :

-Elle tressaille, tente de préserver ces secrets. Méfie-toi :

Du Bien au Mal, il y a toutes les nuances.

Je me téléporte vers ce réceptacle ; il s’entrebâille.

Des objets mystérieux rutilent

  • Tiens, une croix ansée  pharaonique. Je la saisis et soudain, je me simila

    rise

A  Nefertiti : je siège sur un trône en or, ici tout est somptueux .

Etourdie, je lâche la croix et prends un bracelet de diamants, aussitôt je me similarise

Avec Zelda Fitzgerald : je participe à une fête, j’adore les fêtes !  Des gens chantent, dansent, boivent, rient.

Je lâche le bracelet.

 

Tout ceci est bien beau, mais il faut sauver la Terre.

Quel objet me permettra d’arrêter l’explosion atomique du monde ?

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Rédigé par Viviane

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Publié le 10 Janvier 2018

 

Elle n'était jamais sortie au delà de la cour de la ferme, seule, sans être accompagnée, le futur de sa vie elle le connaissait, un mari des enfants. Tout depuis sa tendre enfance la préparait pour cette vie comme sa mère et comme l'avait vécue sa grand mère avant. A l'école, à la maison elle apprenait la couture, la cuisine et comment être une bonne épouse, une bonne mère de famille.

 

Elle venait juste d'avoir 16 ans en ce mois d’août 1914. Quand un orage sous les traits d'une déclaration de guerre, vint assombrir sa vie de jeune paysanne. Dans le village, tous les hommes furent mobilisés, ils partirent pour une guerre qui devait être de courte durée, mais elle s'enlisa et il fallut se rendre à l'évidence, pour les travaux des champs il fallait remplacer les hommes.

 

 

Voila comment Melaine se retrouva au milieu du champ de blé qu'il fallait récolter. Une faux sur l'épaule, elle qui n'avait jamais manier autre chose qu'une aiguille à coudre, regardait cette étendue sans savoir par où commencer.

Elle mesura le fossé entre la réalité de la vie et ce que les Bonnes sœurs lui avaient enseigné.

 

Les hommes, par la stupidité de la guerre, venait de lui ouvrir les portes de sa vie. Elle, qui était depuis son enfance formatée pour être une femme soumise, serait à l’avenir indépendante de ses choix.

 

- Si je suis capable de remplacer un homme, se dit-elle, alors je serais son égale !

 

Ce champ de blé devenait le symbole de sa liberté, de sa prise de conscience. Elle venait, dans sa tête, de bousculer, de renverser toute son éducation. Elle ne serait pas l'image de sa mère, elle serait ELLE!

Et le soir dans sa chambre elle rêvait à un monde d'amour et de paix.

 

Pendant ce temps Paul son ami d'enfance jouait au jeu de la vie et de la mort dans la plaine de la Somme. C'est là, dans la boue, les pleurs et la peur qu'il fit la connaissance de Jacques qui comme lui venait du même département, ils étaient pays comme on disait alors. La souffrance rapproche les hommes et entre eux s'établit une amitié profonde. Paul parlait souvent de Melaine à Jacques qui petit à petit apprenait à la connaître.

 

 

Un soir ou l'attaque fit de nombreux morts dans leurs rangs, Jacques dit à Paul:

- Il faut que je te parle!

- Je sais ce que tu vas me dire, mais il faut que je t'avoue quelque chose.

- Quoi? Qui a-t-il ? demanda Paul.

- Je suis comme toi amoureux de Melaine.

Paul , ne dit rien mais une ombre passa dans ses yeux.

- Melaine est mon amie et moi c'est Toi que j'aime.

 

 

 

L'armistice fut signé et les deux amis retournèrent au pays. Pour Jacques l'espoir de rencontrer enfin Melaine. Pour Paul retourner vivre dans ce monde rural en cachant son secret.

 

 

 

Le temps passa, et l'on s'habitua très vite à rencontrer dans les rues du village les trois amis se promenant la main dans la main. Paul, Melaine et Jacques, les trois inséparables comme on les appelait. Melaine avait expliqué à Jacques qu'elle ne voulait pas se marier, qu'entre eux il ne pouvait y avoir que de l'amitié. Paul avait avoué à son amie son penchant pour les hommes.

 

La guerre avait libéré Melaine, fait naître un amour entre deux hommes qui se respectaient. Chacun continua sa vie Jacques, Paul et Melaine restèrent célibataires tout en s'aimant d'amitié.

 

"Quand les hommes vivront d'amour" dira plus tard Félix Leclerc, Melaine Jacques et Paul en étaient les précurseurs.

Un soir Mélaine les invita :

- Venez, leur dit-elle, j'ai eue une idée.

Paul et jacques acceptèrent avec plaisir d'autant que Mélaine était fine cuisinière et qu'elle accompagnait toujours ses plats de bon vin. Les trois amis se retrouvèrent en fin de semaine. Paul et Jacques étaient impatients de connaître l'idée de Melaine. Le repas fut excellent : une dorade sur son lit de pommes de terre et tomates, accompagnée de haricots fins de son jardin et le tout arrosé d'un Pouilly fumé. Ils durent attendre le café pour que Melaine leur dévoile son idée. J'ai pensé que nous pourrions écrire notre histoire, écrire et éditer un livre.

- Comment ça, dirent en cœur Paul et Jacques.

- Oui écrire ce que nous avons vécu, la guerre, notre amitié, notre vie quoi !

Paul dit :

- Tout? tu es sûre que cela va intéresser quelqu'un ?

Et jacques renchérit :

- Tout d'abord, en sommes nous capable?

Melaine balaya en quelques mots les doutes de ses amis.

- Oui, nous sommes la génération du renouveau. Notre témoignage pourra servir à d'autres. Je me suis renseignée auprès d'un éditeur, il serait intéressé par notre histoire, alors au travail !

 

Melaine savait que ses amis ne pourraient pas lui refuser l'aventure de l'écriture.

Ensemble ils décidèrent de se retrouver tous les lundi soir pour écrire et construire ce livre.

Chacun raconta son vécu, apporta des photos et documents pour illustrer leur aventure. Melaine rassembla, corrigea les textes et au bout de trois mois le projet du livre se concrétisa par environ cent soixante pages.

Un soir Paul demanda en riant :

- Quel titre allons nous donner à notre œuvre ?

Cette question souleva une multitude d'interrogations et de réponses.

Finalement ils tombèrent d'accord sur : " Amour, Amitié, Liberté".

Ce titre résumait leur vie, leur passé et leur présent.

Le manuscrit fut envoyé à l'éditeur le lendemain. L'éditeur leur fit quelques remarques sur la forme et non sur le fond. Les trois amis ne s'attendaient pas à recevoir un prix littéraire, mais ils furent surpris du succès en librairie de leur ouvrage. Ce travail d'écriture renforça leur amitié, ils décidèrent de continuer à écrire et créèrent un atelier d'écriture au village. Paul écrivit plusieurs recueils de Poésie. Jacques continua ses récits sur la guerre qui l'avait profondément marqué et Melaine fit plusieurs livres de recettes de cuisine et s'essaya dans plusieurs essais sur la condition de la femme.

 

 

Depuis quelques temps Melaine se posait des questions sur sa vie, sur son vide affectif. Elle qui se masquait derrière ses écrits venait de découvrir dans les poèmes de Paul, le reflet de sa vérité, elle était comme lui mais n'avait pas osé en parler à quelqu'un. Elle profita que Paul s'était isolé sur le balcon pour venir lui parler .

 

 

 

 

Dois-je lui dire, va t il me comprendre c'est avec toutes ces questions dans la tête qu'elle aborda Paul.

-Tu sais, j'ai un aveu à te faire, je suis comme toi!

Paul la regarda d'un air interloqué

- Comment çà, lui dit-il.

-Oui enfin, tu comprends je suis .....

-Quoi ? lui dit Paul

-Tu pourrais faire un effort quand même, lui dit elle d'un air excédé. Je pensais que tu étais mon ami et que tu me comprendrais à demi mot.

La tasse de café à la main, Paul eut l'air surpris de l'attitude de Melaine.

-Oui, je suis ton ami, bien sûr, sans problème. Tu es comme moi, tu veux dire que les hommes t'attirent?

-Non, non le contraire, tu es bête! Tu te souviens de cette jeune blonde qui travaille au super marché ?

-Oui très bien, très sympathique.

-Et bien voilà, je suis avec elle.

Melaine articula avec difficulté :

-Je suis lesbienne.

-Ha ! bon ben, ce n'est pas grave, ce n'est pas une maladie, dit Paul en riant.

- Oui, je sais, toi tu peux me comprendre, mais tu connais ma famille, mon père va en faire une maladie si je lui avoue cela.

-Que comptes-tu faire alors?

-Ben voila, tu es le premier à le savoir : je vais partir avec Martine - oui c'est son prénom - pour aller vivre au Canada ; nous partons demain. Je ne sais pas comment le dire à Jacques, je compte sur toi pour me trouver la solution. Je ne veux pas lui faire de la peine. Et surtout, je veux garder notre amitié et malgré les kilomètres qui vont nous séparer, continuer notre aventure de l'écriture. Comprends-moi, mon départ n'est pas une fuite mais un salut. Peut-être que plus tard je pourrai l'avouer à mon père.

Paul resta silencieux, une larme brilla au coin de ses yeux.

-Je te comprends, mais je vais être terriblement seul sans toi. Toi seule me comprenais.

Les deux amis se serrèrent très fort et un lourd silence se posa sur leur amitié.

C'est Jacques qui d'un - et alors vous faites bande à part ? - brisa ce long moment où seul le battement de leurs cœurs leur rappela leur amour.

Ce battement remplit la pièce comme le roulement lancinant du tambour dans le Boléro de Ravel, fit comprendre à Jacques qu'il se passait quelque chose.

-Quoi ? dit il. Qui a-t-il ?

Paul resta silencieux et c'est Melaine qui lui avoua :

- Je pars Jacques

- Comment tu pars?

- Oui, je ne fuis pas ,je m'envole pour le Canada demain.

Cette simple phrase fit l'effet d'une bombe, le monde de Jacques était entrain de s'écrouler. Tous les étages de sa vie, tombaient les uns après les autres emportant dans un brouillard son sens de la réalité. Il ne pouvait concevoir, vivre sans voir ou entendre Melaine. Elle était la musique de sa vie, sans elle tout devenait ruine. Comme ces villages de la Somme, où il avait vu tant d'hommes mourir. Partir c'est mourir ou construire, elle avait choisi un nouveau départ. L'océan qui allait les séparer viendra le long des rivages lui rappeler ses mots, ses phrases qui aujourd'hui n'ont plus cours. Melaine, c'était ses points de suspensions qui lui permettaient d'écrire sans interrogation... son exclamation "je pars" venait de mettre un point final à son roman.

Jacques s'éloigna, pour cacher des larmes qui écrivaient sur ses joues son mal-être.

Puis il revint, prit Melaine dans ses bras et, tendrement, lui dit dans le creux de l'oreille " Pars! ne t'inquiète pas pour moi. Comme les plaines de la Somme, sur les ruines d'hier, il pousse des coquelicots aux couleurs de l'espérance."

 

Paul, Jacques Melaine, quelque soit l'endroit, entre eux il existe un fil rouge, ils seront toujours amis.

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Rédigé par Bernard

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Publié le 9 Janvier 2018

ATELIER n°2 : NARRATEUR ET POINT DE VUE

 

Pour continuer notre histoire, voici des photos avec plusieurs personnages, des ambiances diverses. Choisissez celle qui convient le mieux pour la suite de votre nouvelle.

Analysez quel type de focalisation vous avez utilisé lors du premier paragraphe de votre texte et poursuivez dans le même registre.

  • Les photos :

 

Cliquer sur les photos pour les agrandir.

 ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°2 - NARRATEUR ET POINT DE VUE
 ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°2 - NARRATEUR ET POINT DE VUE
 ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°2 - NARRATEUR ET POINT DE VUE

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 8 Janvier 2018

 

 

La jeep pila sous le coup de frein énergique. Derrière le pare-brise glacé, Hervé se dressa, remonta ses lunettes sur son front, fixa l’horizon devant lui d’un air effaré. L’effort de concentration pour identifier ce qui se dressait, là-bas, dessinait une profonde ride entre ses sourcils.

 

 

Le soir se teintait de taches roses. Autour de lui, la plaine s’estompait, les arbres maigres se diluaient dans la brume. Le temps tournait, le ciel blanc virait au gris sombre, la tempête de neige menaçait.

Dans sa jeep sans toit, ni protection d’aucune sorte, il n’avait que son manteau en peau, chaudement doublé de fourrure, certes, mais insuffisant pour passer la nuit dehors, au milieu de rien et loin de tout. Figé comme une statue, il laissait le vent givrer sa barbe grisonnante et emmêler ses cheveux.

Une lueur blafarde montait dans la plaine. Là-bas… où était sa cabane… Là-bas, où il y aurait dû avoir la nuit.

Pas assez rougeoyant pour un incendie, pensa Hervé, et pas de fumée non plus…

Il soupira, se remit en route, roula quelques kilomètres, s’arrêta devant l’incroyable. Une place illuminée, bordée de façades d’immeubles doucement éclairées d’ocre s’étaient matérialisée en l’espace d’une journée. Des centaines de personnes y étaient rassemblées, balançant à bout de bras une multitude de lumignons blancs, sans doute leurs téléphones portables. Comme à un concert. Sauf qu’il n’y avait aucune musique. Un silence absolu dansait sur la lumière, les gens tanguaient, roseaux fragiles sous la brise d’hiver. Personne ne semblait avoir remarqué Hervé. Pourtant, il ne passait pas inaperçu avec son engin pétaradant, son look d’homme des bois. Ce qu’il était, en fait. Un solitaire vivant de presque rien. Des années qu’il s’était retiré dans sa tanière, en animal semi-sauvage fuyant le monde et le bruit.

Il se dressa à nouveau, remonta ses lunettes sur son front, plissa les yeux à la recherche de sa cabane. Elle avait disparu.

Hervé descendit de la voiture, se dirigea vers la foule. Sur la place flottait une odeur doucereuse, effluves de fruits trop mûrs, relents de matières en décomposition. Autour de lui, les gens continuaient à se balancer mollement, le regard en adoration, insensibles à sa présence. Comme en transe.

Il s’avança, tendit le cou dans la même direction que ceux qui l’entouraient. Jouant des coudes, il se faufila, traversa la place. L’odeur devenait de plus en plus forte. Il tourna au coin de la rue. Là, le choc !

 

La statue d’un lapin immense se dressait à l’angle du mur. Aussi haut qu’une maison de deux étages. Une statue particulière. Composée de détritus de toutes sortes, papiers, cartons, ferrailles, tissus, plastiques, enfin, tout ce que l’on trouve dans les ordures, odeur y compris.

 

En y regardant de plus près, Hervé distingua le paillasson de sa cabane, puis le plaid qu’il avait oublié sur la chaise en bois du jardin… et la chaise. Elle aussi avait rejoint la sculpture. Bon sang ! Toute la cabane y était-elle passée ?

 

Les bras ballants et l’air perdu, il scruta la foule, cherchant quelqu’un à qui se raccrocher, un ancrage dans le réel, mais le lapin géant avait tout aboli.

P’tain ! Ma cabane… Pas le temps de formuler une pensée cohérente qu’il sentit un poids tomber sur ses épaules. Littéralement. Deux bras ronds et roses dégoulinèrent de part et d’autre de son cou. Une mèche blonde suivit, camouflant à demi un visage juvénile.

Une jeune fille, yeux fermés, toute molle, s’appuyait sur son dos, incapable de tenir debout. Bien chargée, la petite… Délicatement, Hervé la fit pivoter, la prit dans ses bras, l’assit tant bien que mal dans la voiture.

La fille dodelinait, murmurait des sons incohérents. Il lui donna un peu d’eau, lui tapota les mains, les joues. Elle ouvrit enfin les yeux, le fixa intensément. Déjantée, mais belle gosse…

Hervé lui sourit :

Ça va mieux ?

La fille fit oui de la tête. Bon signe, ça…

Tu peux parler ?

Re-oui de la tête. On progresse…

Tu peux m’expliquer ce qui se passe ? C’est quoi ces gens, ce lapin ?

C’est les Recycletous ; ils recyclent les déchets, en font des idoles. Quand une idole est érigée, le Grand Gourou Recycletou nous appelle pour la cérémonie de l’Adoration.

Hervé la regarda, dubitatif. Se fout de ma gueule, la miss… ?

La cérémonie de l’Adoration d’un lapin en détritus ? demanda-t-il.

Oui.

Et… c’est ça qui vous met dans cet état de zombie ?

Non, s’insurgea la jeune fille, on est en transe. C’est grâce au Nectar Précieux que le Grand Gourou Recycletou nous a donné pendant la cérémonie.

Hervé opina. Sacrée mixture, ce nectar… Il observa à nouveau la place qui commençait à se vider. Il réalisa alors qu’elle était factice, les immeubles n’étaient que des façades, comme un décor de cinéma. Les gens s’éloignaient, emportaient un morceau d’ordure de lapin avant de partir. Merde, mon plaid… ma cabane... ?

Et ma cabane ? demanda-t-il à la fille.

On l’a déplacée.

Pourquoi ? Vous pouviez pas faire votre truc ailleurs ?

Non, c’est la lune qui décide. Elle a dit que c’était cet endroit-là, précisément qui était désigné.

Hervé leva la tête vers le ciel. La pleine lune brillait. Il se frotta la moustache, s’enquit :

Et... elle sera où ma cabane ?

Viens, répondit la jeune fille, je vais te montrer.

La jeune fille entraîna Hervé sur la piste. Ils contournèrent la place factice. L’envers du décor n’était que vastes panneaux de bois.

Pourquoi construire une place pour vos cérémonies ? demanda Hervé.

Pour représenter la ville. C’est la ville qui génère le plus d’ordures, c’est notre temple amovible. On le construit et on le démonte au gré des injonctions de la lune.

Mmmm…

Hervé opina, puis :

Pourquoi le silence ? Tout est extrêmement silencieux. Même maintenant, les gens s’en vont sans paroles, sans bruit.

C’est prière et tristesse, répondit la fille. Prière pour un monde plus sain, plus respectueux et tristesse devant ce que nous en avons fait. On espère sensibiliser l’opinion par nos messes silencieuses et lutter ainsi contre tout ce qui nous étouffe et nous tue. La Cérémonie de l’Adoration, faut prendre ça au second degré. On n’est pas une secte, on dénonce aussi les sectes en les tournant en ridicule en glorifiant les détritus.

Je vois, marmonna Hervé.

Mais je ne vois toujours pas ma cabane, ronchonna-t-il in petto.

 

La jeune fille marchait devant lui. Elle s’engagea sur le sentier qui menait au lac. La nuit les enveloppait. Le froid piquait les joues, crépitait de givre sur sa moustache. La lumière blanche de la lune, brisée par les branches enlacées, tombait en éclats sur le sentier, pas japonnais aléatoires.

 

 

La forêt s’ouvrit soudain, dévoilant le lac. Il s’étalait devant eux, bleu, mauve, ondulant doucement, bercé de reflets d’argent. Le ciel l’épousa de la même teinte mauve et nacra ses nuages pour parfaire l’harmonie. Entre le ciel et l’eau, des montagnes blanches et bleues protégeaient une forêt sombre. Au bord du lac, toute chaude de son bois couleur miel, la cabane réchauffait l’hiver.

 

Hervé s’arrêta. La jeune fille se retourna vers lui.

Elle te plaît comme ça ? On l’a un peu modifiée…

 

 

Un peu modifiée ? Sa cabane de bric et de broc s’était transformée en chalet magnifique ! Une vraie maison, accueillante, mais c’était toujours sa cabane, il la reconnaissait malgré les changements.

Comment avez-vous fait cela ? s’étonna-t-il.

La jeune fille sourit :

On a gardé son âme, on y rajouté un peu de la nôtre…

Puis, elle l’embrassa et repartit sur le sentier, vers les siens. La nuit l’avala aussitôt, elle disparut.

La lune en fit autant, plongeant derrière les montagnes. Le silence dense pesa d’un coup sur le cœur d’Hervé. La solitude, il l’avait choisie comme une expiation. Peut-être avait-il suffisamment payé… Il voulait voir cette rencontre comme un signe, une étape de sa vie. Cette jeune fille… Sa fille aurait eu à peu près le même âge… Il avait trop bu ce soir-là… le virage, l’accident, sa petite princesse ensanglantée, sa petite princesse inanimée, sa petit princesse morte. Des larmes incontrôlables se frayèrent un chemin jusqu’à ses yeux, libérant des sanglots retenus depuis trop longtemps. Il pleura toutes ces années cadenassées, puis, apaisé, se remit en route vers sa cabane-chalet. Demain, demain… demain, la vie l’attendait...

***

ÉPILOGUE

 

 

Le Grand Gourou Recycletou attendait sa fille :

Où étais-tu passée ? Je t’attends pour partir.

J’ai raccompagné le propriétaire de la cabane, répondit-elle.

Ah ! Il est venu… Qu’a-t-il dit ?

Il semblait perdu…

La jeune fille réfléchit un instant.

Il m’a demandé ce qui se passait. Je lui ai expliqué notre idéologie. Il a paru surpris. « Adorer un lapin ? » qu’il a dit en secouant la tête... C’est sûr que ce n’est pas facile à piger… Mais bon, il a été plutôt sympa. Ce qui l’inquiétait, c’était sa cabane. Il m’a demandé plusieurs fois ce qu’on en avait fait. Alors je l’ai accompagné au bord du lac. Quand il l’a vue, il s’est écrié : « Comment vous avez fait ? »… Faut dire que le spectacle était saisissant au clair de lune ! Je lui ai répondu qu’on avait gardé l’âme de la maison tout en y rajoutant un peu de la nôtre. Ça a eu l’air de lui convenir, alors je suis partie.

Tu as bien fait, ma fille. Il est temps pour nous de rentrer, le jour se lève déjà…

 

Hervé se lève aussi. Devant sa fenêtre, le lac scintille en rose, effleuré par un rayon de soleil. Aujourd’hui, pour le premier jour de sa nouvelle vie, il s’autorise à à penser au passé, à Christine, son épouse… Dix ans qu’il n’a plus de nouvelles, qu’il n’a pas cherché à en avoir… Il entend encore sa prière… « Ne t’en va pas, c’est trop dur toute seule... »… Aucun reproche, aucune haine malgré sa responsabilité dans la disparition de leur enfant… Et lui, perdu, avait murmuré : « C’est trop dur avec toi... », incapable de la regarder. Il était parti pour fuir sa culpabilité, son chagrin, sa petite princesse morte…

Il secoua la tête, se servit un café bien noir, saisit son téléphone :

Allô… Christine ?

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Rédigé par Mado

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Publié le 8 Janvier 2018

Du système à l'ancienne " la rêverie" à la pensée informatisée.

Delphine rêve à quoi, à qui, en position allongée, entourée de ses amis les livres, effondrée, le regard interrogateur sur un fruit, lequel ! une orange bien ronde comme la terre, imagination de chacun sur sa vie et ses origines.

La terre est ronde, pas tout à fait, on sait qu'elle est aplatie aux pôles, pourquoi ?

La soirée s'annonce pleine d'interrogations....

Je la mange, sa couleur, son odeur me tentent, non je l'admire, ce fruit si parfait, qui peut avoir été cueilli dans ces pays lointains, par des gens de couleur, de coutumes différentes, mais qui nous ressemblent malgré tout. Ce fruit ne leur inspire qu'un agrume en l'état primaire et c'est bien.

Donc revenons à cette situation latente d'effondrement de fatigue, de solitude ou autre état qui a raison de soi.

Pourquoi, c'est bien aussi de ne penser à rien, c'est difficile aussi, moi je n'y arrive pas, mon esprit ne me laisse pas tranquille, mais bon là c'est pas moi, c'est Delphine, en regard de son attitude, elle me fait penser à une actrice des années 1960, Brigitte Fossey dans un film dont je ne me souviens plus du titre, ou à Simone de Beauvoir  préparant mentalement son prochain bouquin qui me plaira certainement.

Mais l'héroïne a une idée derrière la tête, son esprit vagabonde et l'être aimé attend patiemment, il est à l'heure actuelle des nouvelles technologies, mais l'attraction qui les unit est si forte qu'elle aura raison de leur attente....

 

Donc Delphine avait la pensée vagabonde, mais l'être aimé l'interrompit.

Revenons à la réalité des événements, à la concrétisation des sentiments envers l'autre. Jérémy sort son amour de sa torpeur. Delphine voit son téléphone s'allumer et se tortiller sur place. Le jeune homme est sur sa tablette, jouet tenant une place implacable dans les mains de son propriétaire.

- Je pensais à toi, l'envie impérative d'entendre ta voix, je te connais échafaudant mille et une pensées, plus utopique les unes que les autres.

 

Comment vas-tu, tu sais que je t'aime.

Il entend Delphine rire aux éclats, puis un milliers de bruits plus bizarres.

- Que se passe-t-il ma chérie?

- Rien, dans deux minutes je suis à la galerie.

Jérémy se trouvait avec un ami, le jazzman de service, un intello, avec un rire épouvantablement communicatif.

Et Bip Bip, l'invité surprise, petit robot tout blanc, récupéré dans l'atelier des copains farceurs, à l'esprit inventeur, c'est leur métier, la grosse boite qui les emploie est la dernière génération en matière de robotique.

- Bonjour jolie demoiselle, articule avec délicatesse ce petit androïde, tout en s'avançant vers Delphine, lui prenant la main et fixant sur elle ses beaux yeux bleus.

- Quelle surprise, mon chéri, finies mes rêveries frénétiques, là je suis dans la réalité, c'est une vision concrète du monde de demain. Ça me fait du bien.

Puis en quelques secondes, regardant ce petit personnage, malgré elle des pensées peuplent son esprit. La jeune femme est peintre, de l'abstrait, ses œuvres se sont tournées vers le surréalisme inspiration Dali dans sa folie, ce sentiment ne l'atteint pas encore, mais...

Jérémy la prenant par le bras, lui chuchote à l'oreille :

- On se réveille, j'ai eu des échos de ton expo, tu as encore vendu un tableau.

Soudain les yeux de Delphine s'allument, on va fêter ça.

- Et moi, et moi, dit Bip Bip, je ne vais pas rester tout seul !!!

Puis voyant notre détermination, le petit robot retourne à sa place.

 

Une sortie nature sans téléphone et tablette.

Delphine porte des lunettes cela lui va bien, pense Jérémy. Journée écolo, le matériel est là, j'espère que l'on a rien oublié.

Charmant avec sa chemise à carreaux, on est dans les mêmes couleurs, se dit la jeune femme.

Examinons la situation, des espèces rares ont été découvertes dans le lac, il faut effectuer des prélèvements et le rapporter au labo, l' eau est un vaseuse ici, lance Delphine.

Que les herbes sont hautes fines et sèches, se dit Jérémy en arrachant l'une d'elles.

Tu as vu si près du bord, c'est une grenouille naine, oh le canard a eu peur!

C'est un coin du lac tranquille avec les cygnes et leurs petits qui nagent en silence, répond la jeune femme.

A ce moment Jérémy prend la main de son amie :

On est bien ici, qu'en penses-tu? On pourrait pique-niquer!

Si elle accepte, je lui fais ma déclaration, sinon on continue nos recherches.

Volontiers le temps et le lieu s'y prêtent.

Laissant leurs bocaux, épuisettes et autres ustensiles de côté, les amis s'entretiennent de leurs sentiments.

Il est gentil, attentionné, tiens un voilier au loin!

Le repas touchant à sa fin, Delphine se lève :

Tu as vu la statue de Charlot un peu plus loin près du massif de fleurs ? Il a gardé son sourire amusé.

Le ciel se couvre, l'appareil photos rentré, leurs affaires sont rapidement prêtes et la voiture n'est pas loin.

Je l'aime bien aussi avec ses cheveux lâchés!

Regarde, on a quand même recueilli quelques bestioles.

C'est une histoire d'eau, de fluidité, de sentiments ordinaires dans un décor de silence, de réflexion et de travail. Ils se ressemblent, c'est une attirance particulière qui peut durer dans le temps!!!

La journée se terminait doucement, les abords du lac avaient par leurs découvertes fécondes enrichie les recherches de Delphine et de Jérémy. Du bleu irisant l'eau translucide, les cygnes et les canards en renvoyaient des ombres immatérielles. C'était une invitation à tout oser, mais il fallait rentrer.

 

 

Chemin faisant, le ciel ressemblait de plus en plus à de gros personnages fantasmagoriques, oppressants, menaçants avertissant par leur noirceur que quelque chose de terrible pouvait arriver. En traversant le pont il fallait avoir du courage car son étroitesse ressemblait à une main de sorcière tendue, prolongée par un bras long donnant l'impression que la route n'en finissait pas. L'atmosphère générale était comme une image inerte.

Qui vivait là entouré d'ombres, tout semblait d'un calme, d'un noir, la mise au rebut par le dieu de ténèbres. L'eau stagnante reflétait timidement les derniers rayons du soleil et paraissait ne pas vouloir mourir. Le ciel de Zeus commençait à vibrer d'éclairs, l'onde de la déesse allait inévitablement recevoir par des flèches empoisonnées la fureur des dieux. A moins que dans un élan de compassion pour nos deux promeneurs un dieu bienveillant lance sa palette de peinture pour qu'un éblouissant et majestueux arc en ciel n'apparaisse comme un ordre donné. Couleurs fugaces, dégradés téméraires avec ses tons primaires et secondaires qui n'ont rien demandé mais étonnent toujours par leur beauté.

Sur l'autre rive, les arbres font des ombres accueillantes, le bruissement de leurs feuilles encouragent à l'aventure, ni Zeus ni autres sorcières ne semblent atteindre nos deux jeunes et de la journée ne retiennent que les tendres instants et le doux aveu de Jérémy pour sa belle aux yeux de velours.

Quittons cet endroit lugubre tout droit sorti d'un conte de Grimm, retrouvons nos objectifs premiers, nos habitudes terre à terre de la vie grouillante et dénaturée de la ville.

...

Delphine pensait à l'évolution de sa vie, le tournant de son existence de rêveuse compulsive.

Ma puce tu es encore partie dans tes songes !

Que lui répondre oui c'est vrai, je me disais que cet état de fait était bon pour écrire, projeter sur papier

toutes mes rêveries, mes émotions. Mes amies me sortent de ma torpeur, que me dit Elise?

Je suis là, tu m'entends, me hurle cette dernière en me prenant dans ses bras, me secouant vivement.

Son amie est extraordinaire, affirme Paul à quelques relations, belle, intelligente en plus de la peinture

(elle vend pas mal ..), elle se lance dans l'écriture.

A vrai dire, se dit Jérémy, pourquoi lui reprocher son manque d'attention ? Delphine fixe ses pensées sur des sujets qui ont leurs importance , on ne les connaît pas forcément et cela nous dépasse parfois.

Te souviens tu lorsque nous sommes allés au bord du lac, des événements nouveaux, un décor particulièrement calme, là tu étais transformée, plus de pensées irréelles.

C'est vrai, se remémore Delphine, mon amoureux a raison, j'ai peut être besoin de changement de temps en temps.

Qu'avez vous fait à Vevey l'autre jour, s'informe Paul ?

Justement j'y songeais, se dit Jérémy.

Très bien on a pu recueillir des échantillons pour le labo, le temps était superbe.

Mais en fin de journée on a du traverser la tempête, les éléments se sont déchaînés, c'était l'enfer, ajoute la jeune femme.

Elle exagère, pense en souriant le jeune homme.

Oui le paysage a été différent, mais on peut retenir une palette de couleurs de l'ocre du soleil couchant au sombre de la nuit qui tombe, rendue agressive par les éclairs de l'orage.

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Rédigé par Dominique

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Publié le 8 Janvier 2018

ATELIER n°1 : L'INCIPIT

 

La photo, bien que muette, est un complément utile pour illustrer un texte.

Parmi les photos proposées, choisissez votre personnage et écrivez l’incipit de votre histoire en utilisant ce que montre ou suggère la photo.

N’oubliez pas que d’autres photos seront proposées lors du prochain atelier afin de poursuivre votre histoire, à la manière d’un logo-rallye.

La contrainte principale est d’arriver à tisser un fil rouge d’un cliché à l’autre.

  • Les personnages féminins

 

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ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°1 - L'INCIPIT
ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°1 - L'INCIPIT
  • Les personnages masculins :

 

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ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°1 - L'INCIPIT
ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°1 - L'INCIPIT

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 27 Décembre 2017

VIEILLE AU VIOLON

Une vieille dame au violoncelle qui rappelle une vieille dame au violon...

***

Elle s'assoit discrètement au fond de la salle.

Son dos est voûté, ses yeux vifs, ses mains rougies par le froid ..

Elle tremble encore un peu en posant ses affaires, sous l'accoudoir du fauteuil de velours rouge.

L'orchestre finit de s'accorder, le silence se fait, la salle sombre dans l'obscurité.

Elle scrute lentement les silhouettes, collées à leur instrument, surtout les cordes, sur le devant de la scène. Le chef d'orchestre s'avance sous les acclamations, tourne le dos au public, puis lève les mains en un geste à la fois tendre et résolu.

Si longtemps qu'elle attend ce moment... Concerto à la mémoire d'un ange, pour violon et orchestre, composé au début du 20e siècle par Alban Berg. Un hommage appuyé à Mahler, et surtout à sa femme.. un requiem instrumental emprunt de nostalgie.

Elle laisse ses doigts effleurer les cordes de son rêve. Elle joue, le violon calé sous sa joue gauche… L'archet glisse en silence, égrène sa mémoire.

Sur scène, le violon solo semble emporté dans le même sillage, au gré des ondulations d'une robe de soirée vert émeraude.

Anna s'est endormie.

Elle est une enfant, un peu timide... Sa mère l'inscrit au Conservatoire en classe de violoncelle, puis de violon. Elle se révèle une élève douée, et se prend d'affection pour cet objet lisse, luisant, vibrant au gré des émotions. Il sera son ami.

Pendant plusieurs années Anna vivra la célébrité, avant de connaître l'oubli, comme par inadvertance, en lien peut-être avec une santé déclinante.. une scoliose qui s'installe.

Anna s'éveille.

Applaudissements. Le concert se termine, la salle surchauffée se lève pour une standing ovation.

Elle s'extirpe péniblement du fauteuil. Il est tard, un peu trop sans doute pour aller travailler. Elle prend tendrement l'étui dans ses bras, jette un œil sur la salle exaltée.

Son voisin la suit du regard, intrigué.. Il la connaît, cette vieille femme bossue qu'il écoute parfois jouer dans la rue piétonne, les doigts déformés, le dos plié comme sous le poids des souvenirs..

Elle sort à pas lents, dignement, sans se retourner.

 

***

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Rédigé par Nadine

Publié dans #Musique et Danse, #Ecrire sur des photos

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Publié le 11 Décembre 2017

ci-contre : le chef d'orchestre Yan Pascal Tortelier

 
C’était une nuit extraordinaire ; il y avait eu du vent, il avait cessé et les étoiles avaient éclaté comme de l’herbe. La lune se levait sur l’horizon, pleine, lumineuse, attirante…

 

Sylvie sirotait son cocktail bizarre qu’ils nommaient ici exotique. Elle était détendue. Elle attendait ces vacances depuis si longtemps. Dans le lointain, le ressac des vagues sur la plage en contrebas était perçu comme un murmure. Son regard balayait la pelouse et accrocha ce piano au bout du jardin, sous les palmiers. Un si bel objet exposé là en proie au vent, au sable, à l’humidité, quelle drôle d’idée !

 

Elle n’était pas seule à être intéressée. Dans la pénombre, à proximité de la piscine, un homme allongé sur une chaise longue fixait aussi l’instrument. Sylvie s’avança, l’individu la remarqua et l’on entendit :

 

-Drôle de chose hein ? A cet endroit ce n’est pas commun non ?

 

Elle se contenta de hocher la tête ne sachant que répondre. Son regard interpellé par ce qu’elle voyait, parcourait le couvercle ouvert, les cordes, les marteaux… Le protège touche était fermé. Elle s’en approcha, le souleva. Les touches apparurent éblouissantes sous le clair de lune. Une partition se trouvait là, pliée. Un appel en quelque sorte… Elle la déplia, l’installa sur le chevalet, essaya de la déchiffrer.

 

-Vous savez en jouer ? lui demanda l’inconnu.

 

Elle fit signe que oui de la tête.

 

-Et bien allez-y ! Accompagné d’un geste large de la main.

 

Sylvie comprit l’invitation. Elle s’installa, tâtonna pour en vérifier les accords. Le piano semblait être bien accordé. Elle se lança, esquissant une musique aérienne évoquant une cavalcade de nuages. Tout commençait bien pour retomber brusquement. L’individu se leva, s’approcha, s’accouda près du clavier. Il avait saisi le talent de la pianiste et visiblement il essayait de comprendre ce qui ne cadrait pas. Sylvie était interloquée.

 

-Ça s’arrête comme ça ? Bizarre non ?

 

Lui sortit de sa poche une autre partition et la glissa sur le chevalet.

 

-Peut-être la suite ? demanda-t-elle.

-Pour tout vous dire, j’ai découvert ces partitions au pied du piano. Oubliées par celui qui l’a installé ici, qui sait ? Vous permettez ?

 

Il s’assit à côté d’elle, la regarda le temps d’intégrer le tempo et … des quatre mains s’envola une mélodie puissante, comme une tempête qui se préparait sur la mer, pourtant si calme en contrebas. Sylvie se retrouva noyée sous un flot de notes auxquelles elle n’était pas préparée. De toutes les tables occupées dans la salle ouverte à côté, les têtes se retournèrent. Les dernières notes orageuses s’arrêtèrent en même temps que débutèrent les applaudissements de la salle de restaurant.

 

La nuit ne faisait que commencer … La lune poursuivait son bonhomme de chemin … Sylvie, blottie sur l’épaule de Yan-Pascal, rêvait à ce souvenir si particulier.

 

-Tu te rappelles de notre première rencontre ? La lune était aussi belle non ?

 

 

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Rédigé par Gérald

Publié dans #Musique et Danse, #Ecrire sur des photos

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Publié le 10 Décembre 2017

Il était une fois un chat flûtant. Il flûtait tant qu’il pouvait, si bien qu’il pleuvait tout le temps. Car franchement, vous imaginez un chat flûtant bien ? Comment ses babines moustachues posées sur le biseau de l’embouchure de la flûte traversière et comment l’air insufflé de ses petits poumons pouvaient-ils émettre un son suffisamment audible et précis pour être apprécié des humains ? Quant à ses courtes pattes gauche et droite, comment pouvaient-elles être capables d’appuyer sur les seize clefs ? C’est le secret de l’univers : pour les êtres passionnés, volontaires et qui aiment ce qu’ils font, tout marche comme sur des roulettes. Tout, sauf quelques fantaisies dues à cette situation contre nature. Ses moustaches le chatouillaient tellement quand il flûtait, qu’il éternuait entre deux temps et laissait s’échapper de son cerveau des nuages de sa mémoire, polaroids de sa vie passée. Un peu comme des bulles d’image de Bande dessinée qui expliquaient pourquoi il était là et pourquoi il avait besoin de s’exprimer. Et comme tout bon nuage de souffrance qui se respecte, il apportait son lot de larmes, au grand bonheur des paysans assoiffés du coin. Car quand le chat flûtait, il flottait et ça c’était bon pour la récolte ! Et peu importaient les qu’en dira-t-on.

Que le chat flûtant était heureux de flûter et de faire flotter aux yeux de tous, son parcours chaotique d’artiste ! Ses notes, si gaies, si mélodieuses contrebalançaient ses blessures d’âme. Le mercure de son énergie remontait vers l’infini positif et laissait petit à petit derrière lui l’énergie négative. C’était loin d’être gagné. Lui qui avait été obligé la première partie de sa vie à écouter presque à en crever, son premier maître, une espèce de grande tige de métal hurlant s’excitant comme un diablotin sur une guitare électrique anguleuse noire et blanche. Les foudres de Zeus en personne ! Brrr… Du poil hérissé des fausses notes du début à celui d’électrisé des notes au doigté à très grande vitesse, son poil était presque à poil. Plus les cheveux de son maître devenaient longs, plus ses poils devenaient invisibles. Faut dire aussi, les vapeurs de marijuana, le lait de soja et le régime chips-saucisson sec ne lui convenaient pas beaucoup.

Enfin, maintenant, tout ça n’était plus qu’un vieux souvenir nuageux. Doucement et patiemment, son poil avait repris du poil de la bête. Un poil velouté, léger et doux comme l‘envol aérien de ses notes de flûte traversière. Il laissait souvent s’envoler le même polaroid de sa vie passée. Celui des mollets moelleux de la grosse Lulu jouant de la contrebasse dans la rue. Ces gros mollets bien rondouillards lui avaient apporté réconfort et amour après avoir pris la poudre d’escampette, un soir de concert fracassant de sa grande tige de métal hurlant. Les sonorités graves et mélancoliques de ce nouvel instrument à cordes l’avaient apaisé et fait renaître. La contrebasse l’embrassait de ses tons chauds et envoûtait son esprit. Il renouait avec la musique classique et harmonieuse de sa vie de chaton. Ses journées étaient redevenues une partition de mélodie chatoyante.

Le troisième nuage de sa vie passée laissait transparaître sa période de vie de bohème. Trois musiciens avaient convaincu la grosse Lulu de former ensemble un quartet. Ils parcouraient alors à bicyclette les quatre coins du pays. De dos, le popotin de la grosse Lulu détonnait parmi les trois petits culs maigres des autres musiciens. Il faisait penser à ceux des paysannes italiennes filmées par Fellini dans Il Bidone. Les passants souriaient au passage de ces quatre artistes portant sur leur dos leur raison de vivre. De là où il était, le chat flûtant ne pouvait pas voir l’envers du décor. Niché dans les nichons de la grosse Lulu, il humait l’odeur de la terre humide des routes de campagne et accueillait les rayons du soleil sur sa face de poils. Le bonheur de l’instant présent. Son ouïe n’était pas en reste. Son voisin de bicyclette jouait de la flûte traversière. Droit comme un I, ses jambes œuvrant pour faire avancer les deux roues, ses doigts pressaient et relâchaient les clefs. Petit à petit, le chat voulu faire comme son voisin parce qu’il sentait bien que la grosse Lulu s’intéressait plus à son voisin qu’à sa personnalité de boule de poils. Alors le voisin lui apprit d’abord les gammes, puis les différentes modes de jeu. Alors le chat flûtant s’exerçait à faire ressentir des émotions différentes en modifiant son mode de jeu. Quand il voyait une corneille s’approcher pas à pas comme si de rien n’était, d’un petit jardin pour picorer les miettes de pain tombées de la nappe, il jouait en mode staccato. Les notes étaient saccadées et le suspens était au rendez-vous. Quand il croisait une procession à un enterrement, il jouait en portando. Le son était plus dur, plus dramatique, plus lourd. Tandis qu’en jouant en mode flaterrzunge, il imitait les feuilles automnales frémir au vent et se laisser emporter par la brise. La sensation de frémissement léger parcourait tout le poil du chat flûtant. Que leurs journées étaient riches de sens et de communion avec la Nature. Ils étaient heureux tout simplement.

Jusqu’au jour, où les trois musiciens se rendirent compte que le chat flûtant faisait flotter dès qu’il flûtait. Là, à bicyclette, ils en avaient tout simplement ras le bol d’être mouillé tout le temps. Alors un jour, pendant que le chat flûtant dormait, ils s’en allèrent sans bruit. Au réveil, le chat flûtant fut très triste et profondément blessé de leur abandon, alors il flûta toute la journée. Le paysan du coin qui priait tous les Saints pour qu’il pleuve l’aperçut et comprit la magie de ce chat flûtant. Il l’accueillit chez lui et le présenta au bar tabac du coin pour qu’il flûte sans se faire mouiller. Quand même pour un chat, c’était la moindre des choses !

Alors, de tout le pays, on venait voir le chat flûtant car sa musique traversait l’espace et le temps. Beaucoup d’agriculteurs bien sûr venaient l’applaudir et l’encourageaient. Mais des âmes en peine aussi venaient. Car sa musique était bénéfique pour la Nature mais surtout pour le cœur des Hommes.


 

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Rédigé par Marie

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Publié le 6 Décembre 2017

UN COUPLE DE DANSEURS NOIR HABILLES DE BLANC

C'est le Sénégal, c'est pas mal. Sénégal ou Mali, c'est égal. Un couple uni, noirs en blanc, pieds nus dans le sable. Blancs et noirs, ça s'assemble. Ensemble au même rythme, l'un danse, l'autre mime. Deux noirs le soir, ça pourrait passer inaperçu mais la musique que l'on sous entend nous aiguise la vue. Deux noirs qui dansent ça sue.

Orchestre ou platine, cheveux noirs crépus, dents blanches aperçues entre quatre babines.

Intermède ! La platine patine. Les danseurs stoppés restent bloqués sur un pied, pied à terre, terre de feu car le soleil a tapé plus qu'un peu. Le tam tam retentit, il rythme au ralenti, puis crescendo, la foule s'approche du duo. Ensemble de liesse, c'est la fête. La fête c'est la richesse du Sénégal, ou du Mali, c'est égal, deux pays amis.

C'eut été le contraire, deux blancs habillés de noir, c'eut été la même affaire, la même histoire dans un autre répertoire, l'amitié entre deux races. Oh races, oh religions, ne venaient pas contrarier cette union.

J'aurai pu développer davantage le sujet, si moins maladroit, j'avais regardé la photo à l'endroit .

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Rédigé par Louis

Publié dans #Musique et Danse, #Ecrire sur des photos

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