Publié le 30 Janvier 2017

 Jacques LINARD - Les cinq sens 1638, Musée des Beaux-Arts, Strasbourg

Jacques LINARD - Les cinq sens 1638, Musée des Beaux-Arts, Strasbourg

ATELIER DU 30 JANVIER 2017 

 

DESCRIPTION SENSORIELLE

 

 

Bien souvent, lorsque nous décrivons un lieu, une situation, nous n’utilisons qu’un ou deux sens : la vue, parfois l’ouïe. Bien que tous nos autres sens soient présents et emmagasinent les perceptions, nous les occultons. Pourtant, comment oublier la puissance d’une odeur, le fumet d’un bon petit plat, le doux parfum d’une peau de bébé, ou... les remugles d’une poubelle qui déborde ? Et que dire de la saveur sucrée d’un dessert, de l’explosion pétillante, finement acidulée, des bulles de champagne sur la langue, des leurs murmures crépitants, bondissant sur un remous d'écume, de la fraîcheur de la coupe qui glace le bout des doigts…

 

Soyez attentifs, à l’écoute de tous vos sens pour recueillir le maximum de sensations et les restituer, intactes, par l’écriture. Devant la page blanche, imaginez, revivez ces petits moments de vie, votre texte s’en trouvera enrichi.

 

La description sensorielle consiste à utiliser les cinq sens :

 

la vision, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher

 

***

 

  • Que font nos sens ?

 

Les verbes expriment l’action faite ou supportée par les sens :

 

OUÏE : ouïr, entendre, écouter, auditionner, tendre l’oreille, distinguer, percevoir, capter, surprendre, se boucher les oreilles, assourdir.

Les verbes de parole, (crier, murmurer, etc...) liés au son, concernent l’ouïe plutôt par les noms qui en découlent (cri, murmure, etc...)

 

VUE : regarder, voir, contempler, admirer, scruter, examiner, détailler, fixer, mirer, lorgner, observer, apercevoir, écarquiller les yeux, entrevoir, dévisager, distinguer...

 

GOÛT : savourer, déguster, goûter, boire, manger, téter, sucer, croquer, saliver, mordre, mâcher, lécher, aspirer, laper, brouter, se régaler...

 

ODORAT : sentir, humer, flairer, renifler, respirer, inhaler, exhaler, embaumer, fleurer...

 

TOUCHER : toucher, palper, effleurer, tâter, caresser, peloter, pétrir, tapoter, frotter, serrer, étreindre, gifler, griffer, attraper, saisir, agripper, tordre, prendre la main, lisser, écraser, modeler, chatouiller, malaxer, pincer, se brûler...

 

 

 

  • Que perçoivent nos sens ?

 

Les noms et adjectifs renseignent sur la perception :

 

Que voit-on ? Couleur, contraste, nuance, forme, espace, luminosité, obscurité, pénombre, ombre, illusion, mirage, mouvement, inertie. On peut définir l’objet vu, le nommer.

 

Que sent-on ? Odeur, fragrance, parfum, pestilence, puanteur, remugle, effluve, essence, arôme, émanation, relent, senteur, exhalaison, fumet.

 

Que goûte-t-on ? Goût, saveur, sapidité : salé, sucré, doux, amer, acide, acidulé, anisé, aromatisé, épicé, pétillant, piquant, âpre, acidulé, suret ; amertume, âpreté, unami (L'umami, se traduisant généralement par savoureux est l’une des cinq saveurs de base avec le sucré, l’acide, l’amer et le salé.)

Consistance : solide, liquide, pâteux, chaud, froid, tiède, glacé, juteux, sec, gras, moelleux, crémeux, fondant, croquant, croustillant, dur...

 

Qu'entend-on ? Son, musique, bruit, cri, voix, vacarme, brouhaha, bruissement, martèlement, rire, pleur, chuchotement, chant, hurlement, aigu, grave, fréquence, densité, gazouillement, gazouillis, crépitement, chuintement, grondement, soufflement, craquement, ronronnement, tous les cris d’animaux, rumeur, clameur, tintement, bourdonnement, gémissement, vrombissement, murmure, paroles, vibration. On peut évaluer la proximité, le volume sonore.

 

Que touche-t-on ? Texture, matière, corps, objet, forme, température, rugosité, lisse, piquant, soyeux, sec, humide, mouillé, trempé. On peut évaluer le poids, la température et la consistance des objets.

 

***

 

Tout ceci peut être utilisé comme base de vocabulaire pour y puiser le mot juste. Posez-vous ces questions quand vous écrivez. Une écriture maîtrisée demande de la rigueur et de la précision. Le lecteur aura ainsi l’impression de vivre ce qu’il lit. On omet parfois de citer la sensation exacte, cela affaiblit le texte.

Un exemple : J’entends les oiseaux sur l’arbre.

Mais quel son provient de ces oiseaux ? Pépiement, sifflement, caquètement, battement d'aile ?

Dans cette phrase, aucun mot ne répond à la question : Qu'entend-on ?

 

Plusieurs suggestions de rédaction :

 - J’entends le pépiement des oiseaux sur l’arbre.

 - Le pépiement des oiseaux sur l’arbre me parvient.ou : me berce, me ravit, m’exaspère, me terrifie… (en y associant émotion, sentiment.)

 - Sur l’arbre, les oiseaux pépient.

 

Un petit exemple de réécriture pour tendre vers un récit le plus ciselé possible. Le choix, à faire selon le contexte dans le récit, le message à faire passer, le narrateur et point de vue. (cf. ATELIER DU 16 JANVIER 2017 ) Écrivez, relisez, modifiez, corrigez, chercher la légèreté, la simplicité.

***

SUJET D'ÉCRITURE :

Toujours sur le thème des animaux :

Par une volonté divine ou par la magie de l'écriture, vous venez de vous réincarner en animal. Choisissez l'animal que vous voulez, et partez à la découverte de son environnement. Vos sens en alerte captent tout ce qui se passe autour de vous. Soyez à leur écoute, racontez vos sensations. Peut-être certains sens sont plus développés que d'autres, selon l'animal que vous êtes devenu...

Imaginez, inventez une histoire, ou bien racontez juste l'exploration de votre nouveau lieu de vie et votre relation aux choses qui vous entourent.

***

LECTURE :

Pour terminer la séance, lecture du texte LE MATOU de Colette :

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Publié le 23 Janvier 2017

LE HAÏKU

ATELIER DU 23 JANVIER 2017

 

LE HAÏKU

 

 

  • Qu'est-ce-que le haïku ?

 

Le haïku est un petit poème très bref pour dire l'évanescence des choses.

Il traduit le plus souvent une sensation ; il est comme une sorte d'instantané. Rapide, concis, subtil, il ne doit pas décrire mais évoquer. Sans artifice littéraire, il évite les marques habituelles de la poésie, telle la rime, la métaphore, le lyrisme et privilégie l'art de détail, met en lumière le fragment de vie. Il ne se contente pas de décrire les choses, il nécessite aussi le détachement de l’auteur.

L’humour, les figures de styles peuvent être utilisées mais avec parcimonie.

Le haïku incite à la réflexion, il est préférable de le lire deux fois pour en saisir le sens et la subtilité.

 

Sur la cloche du temple

s'est posé un papillon

qui dort tranquille

Buson

 

 

  • Quelles sont les principales contraintes ?

 

- 17 syllabes, ou plutôt 17 mores,( la more étant le son dit élémentaire émis lors de la phonation) en 3 lignes : 5/7/5.

- Utiliser un mot de saison, le kigo, ou une référence saisonnière, soit un ancrage dans le monde. L'intérêt du kigo est de pouvoir évoquer tout un univers en un seul mot et son. (Le kigo est une référence à la nature, un ensemble de mots ou d'expressions que l'on peut associer immédiatement à une saison particulière, mais parfois, la correspondance peut être plus subtile, par ex, cerisier en fleur pour printemps ou lune pour l'automne)

- Toujours écrire au présent, ici et maintenant.

- Éliminer l'usage des participes présents

- Limiter l'utilisation des articles.

- Utiliser une césure à la fin de la 1ere ou de la 2eme ligne mais pas aux deux.

- Avoir deux images mises en comparaison par la troisième, ou mises en opposition par la troisième, ou juste reliées par la troisième.

- Étudier l'ordre de présentation des images : grand angle, puis moyen, puis zoom ; réservez l'effet pour la fin.

 

La contrainte du 5/7/5 pousse à la créativité et mène à l’innovation littéraire, cependant il existe des haïkus qui transgressent les règles en conservant quand même la structure court-long-court. De l’ensemble doit se dégager « l’esprit haïku », indéfinissable, qui procède du ressenti, des choses impalpables.

Si le haïku ne possède ni kigo, ni moment particulier, on l’appelle un moki.

 

***

 

Dans ce célèbre haïku de Matsuo Bashō, la « grenouille » est un kigo du printemps. Les haïkus parlent habituellement des croassements des grenouilles à la période des amours, mais le poète parle ici d'un autre son.

 

ふるいけや

Furuike ya

Dans le vieil étang

 

かわずとびこむ

Kawazu tobikomu

Une grenouille saute—

 

みずのおと

Mizu no oto

un ploc dans l'eau.

De nombreux haijin (poètes pratiquant l'art du haïku) préfèrent « le bruit de l’eau », plus proche du sens littéral. La traductrice Corinne Atlan a proposé une autre version : « l’eau se brise » pour un effet plus visuel que sonore.

Les  maîtres du haïku, ici :

Sources :

*****

SUJET D'ÉCRITURE :

Sur le thème LES ANIMAUX, écrire quelques haïkus en se remémorant des moments où un animal a traversé votre vie, ou bien en s'inspirant des photos et tableaux proposés.

*****

En voici quelques-uns sur un tableau de Monet : La Pie

LE HAÏKU

Sur le paysage blanc

Une petite boule noire -

La Pie de Monet.

 

Au blanc de l'hiver

Ponctué d'une tache noire -

La pie s'est posée.

 

Paysage de neige -

La pie sur la barrière cherche

Son repas enfoui.

 

*****

Pour finir, un haïku sur la belle photo, si pleine de tendresse, d'Elliott Erwitt...

LE HAÏKU

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Publié le 22 Janvier 2017

Sur le thème LES ANIMAUX, le haïku...

 

***

HAÏKU ANIMAL

 

 

A l’heure de la sieste

une limace mouille ma joue -

Léchouille du chien

 

Sur le paysage blanc

une petite boule noire -

La Pie de Monet

 

 

Le blanc de l’hiver

est ponctué d’une tache noire -

La Pie s’est posée

 

Paysage de neige -

La pie sur la barrière cherche

son repas enfoui

 

Les immeubles cernent

l’horizon de liberté

de ce chien errant

 

Dans l’ocre du soir

il traverse la poussière

le grand éléphant

 

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Publié le 16 Janvier 2017

NARRATEUR ET POINT DE VUE

ATELIER DU 16 JANVIER 2017

 

NARRATEUR ET POINT DE VUE DANS L’ÉCRITURE

 

Qu’est-ce que le narrateur ?

 

Le narrateur est celui qui raconte l’histoire dans un récit, un roman.

En littérature, il existe deux narrateurs : le narrateur interne et le narrateur externe.

 

  • Narrateur interne : en « je » :

Le narrateur interne est un personnage du roman. Il raconte l’histoire en même temps qu’il la vit et livre au lecteur ses pensées, ses sentiments. Le lecteur devient son confident.

 

  • Narrateur externe : en « il » :

Le narrateur externe est extérieur au roman. Il raconte l’histoire comme un témoin invisible, un observateur. Il ne fait pas partie de l’histoire.

 

 

Qu’est-ce que le point de vue ?

 

Appelé aussi focalisation, le point de vue est ‘l’œil’ du narrateur, sa manière de voir et relater l’histoire.

Il y a trois points de vue ou focalisation : interne, externe ou omniscient, appelé aussi focalisation zéro.

 

  • focalisation interne :

Le narrateur est un personnage qui raconte, pense, décrit, interprète les pensées des autres. Le lecteur entre ainsi dans la tête de ce personnage et connaît ses pensées, ses sentiments.

Si la focalisation interne est indissociable du narrateur interne, le narrateur en « il » peut être aussi en focalisation interne. Le narrateur est alors extérieur au texte et raconte l'histoire, mais la narration se fait du point de vue d'un personnage, généralement le principal. De fait, le lecteur connaît les pensées et les sentiments de ce personnage, mais pas des autres. Il ne connaît d'eux que ce que connaît le personnage, à savoir, leurs paroles, leurs comportements.

 

Narrateur interne (en « je ») et focalisation interne :

Ex : j'étais en plein petit déjeuner quand le téléphone sonna. Agacée, je me levai pour répondre. Je déteste être interrompue sur une délicieuse tartine. Au bout du fil, la voix de Sonia bégayait, hoquetait.

 

Narrateur externe (en « il ») et focalisation interne :

Ex : Sophie était en plein petit déjeuner quand le téléphone sonna. Agacée, elle se leva pour répondre. Elle détestait être interrompue sur une délicieuse tartine. Au bout du fil, la voix de Sonia bégayait, hoquetait.

 

  • focalisation externe :

Le narrateur est extérieur au texte et ne connaît ni les pensées, ni les sentiments des personnages. Il raconte les choses comme le ferait une caméra. Il se contente de décrire, de suggérer. C'est le lecteur qui interprète, réagit, exprime son ressenti (joie, colère…). Le lecteur entre en communion avec l'auteur. C'est ce que l'on appelle l'écriture blanche. On peut aussi l'utiliser avec le narrateur interne, quand celui-ci décrit une situation par exemple.

 

Narrateur externe (en « il ») et focalisation externe :

Ex : Sophie était en plein petit déjeuner quand le téléphone sonna. Elle soupira, se leva pour répondre en reposant sa tartine d'un geste brusque. Au bout du fil, la voix de Sonia bégayait, hoquetait.

 

  • point de vue omniscient ou focalisation zéro :

Le narrateur sait tout sur tous les personnages, leur passé, leur futur, leurs pensées, leurs sentiments. Il peut faire des prolepses (projection dans le futur), des analepses (projection dans le passé). Il ne laisse aucune place à l'interprétation du lecteur, mais permet d'expliquer les intrigues compliquées. Utilisée en alternance avec la focalisation interne, elle accentue la dimension psychologique d'un récit.

 

Narrateur externe (en « il ») et focalisation zéro :

Ex : Sophie était en plein petit déjeuner quand le téléphone sonna. Agacée, elle se leva pour répondre. Elle détestait être interrompue sur une délicieuse tartine et ne se doutait pas, à ce moment-là, qu’elle ne la terminerait jamais. Au bout du fil, Sonia bégayait, hoquetait, désemparée par la nouvelle.

 

 

  • Conclusion :

Faites des essais, changez de narrateur, de pont de vue et voyez comment votre récit fonctionne. Évitez le pathos, les phrases faites pour faire pleurer. Essayer de rentrer dans la tête de personnages variés, même les plus antipathiques. Choisissez votre narrateur, sa focalisation et restez-y fidèle tout au long du récit. On peut changer de focalisation au cours d'un texte, mais cela l'affaiblit, surtout si on ne le fait pas exprès. Alors, traquez les changements de focalisation involontaires !

 

***

SUJET D'ÉCRITURE :

L'atelier ayant choisi à l'unanimité le thème LES ANIMAUX pour les séances à venir, voici donc le sujet du jour :

  • Écrivez le début d'une histoire dont la situation de départ est, au choix :

- la rencontre d'un poisson et d'un ver de terre accroché à son hameçon

- la rencontre d'un lion et d'une gazelle le soir au point d'eau

- la rencontre d'un loup et d'un mouton dans le Mercantour

- la rencontre d'un chat et d'un chien devant le panier de l'un que l'autre s'apprête à investir

  • Racontez cette scène trois fois :

1) en narrateur externe, focalisation externe

2) en narrateur externe, avec le point de vue (focalisation interne) d'un des animaux

3) en narrateur externe, avec le point de vue (focalisation interne) de l'autre animal.

  • Choisissez la version que vous préférez pour, éventuellement, poursuivre l'histoire chez vous. Vous nous la lirez au prochain atelier...

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Publié le 15 Janvier 2017

Sur le thème LES ANIMAUX, le narrateur et le point de vue...

SUJET D'ÉCRITURE :
 

  • Écrivez le début d'une histoire dont la situation de départ est, au choix :

- la rencontre d'un poisson et d'un ver de terre accroché à son hameçon

- la rencontre d'un lion et d'une gazelle le soir au point d'eau

- la rencontre d'un loup et d'un mouton dans le Mercantour

- la rencontre d'un chat et d'un chien devant le panier de l'un que l'autre s'apprête à investir

  • Racontez cette scène trois fois :

1) en narrateur externe, focalisation externe

2) en narrateur externe, avec le point de vue (focalisation interne) d'un des animaux

3) en narrateur externe, avec le point de vue (focalisation interne) de l'autre animal.

 

***

LE POISSON ET LE VER DE TERRE

 

 

  • Focalisation externe, écriture blanche :

 

L’eau se troubla, agitée par l’irruption d’une ligne, d’un hameçon au bout duquel se tortillait un ver de terre. Il gigota un moment puis, s’immobilisa. Un poisson louvoyait entre les algues, les picorait, disparaissait parfois derrière un rocher pour réapparaître un peu plus loin. Il vira soudain de cap, fila d’un trait vers l’hameçon, gueule ouverte et referma sa bouche… sur l’eau juste devant le ver de terre. Quelques bulles s’échappèrent de ses ouïes, puis délicatement, il saisit le ver de terre entre ses lèvres, le décrocha de l’hameçon et le ramena à la surface, tout près du rivage. Le ver de terre accosta et s’enfuit.

 

  • Focalisation interne, point de vue du poisson :

 

L’eau se troubla, agitée par l’irruption d’une ligne, d’un hameçon au bout duquel se tortillait un ver de terre. Il gigota un moment puis, s’immobilisa. Un poisson louvoyait entre les algues et se régalait de verdure. Il appréciait particulièrement celle cachée derrière les rochers, plus tendre lui semblait-il. Une odeur inconnue vint interrompre son festin. Il vira de cap, remonta la piste, aperçut le ver de terre suspendu à son hameçon. Intrigué, il fila vers lui, la gueule grande ouverte d’étonnement. Quand il réalisa qu’il allait gober l’inconnu, il referme la bouche juste à temps. Pile devant le pauvre petit ver ! Il s’en était fallu de peu… Il salua le visiteur par quelques bulles de bienvenue. Le ver ne lui répondit pas. Le poisson n’en conçut aucune amertume, il pensait que la petite bête devait être tétanisée de peur. Le pauvre ne pouvait savoir qu’il avait affaire à un poisson végétarien, rempli d’empathie pour la gent animale, et de surcroît, très malin ! Il analysa le situation, émit quelques bulles de réflexion. Quand il eut compris de quoi il retournait, il décrocha délicatement le ver et l’accompagna en douceur jusqu’à la surface, le regarda s’enfuir sur le terre ferme, heureux de l’avoir sauvé.

 

 

  • Focalisation interne, point de vue du ver :

 

L’eau se troubla, agitée par l’irruption d’une ligne, d’un hameçon au bout duquel se tortillait un ver de terre. Le pauvre était complètement affolé et tentait vainement de se dégager quand il aperçut un poisson qui nageait dans les algues au-dessous de lui. Il s’immobilisa alors pour ne pas l’attirer, en souhaitant de toutes ses forces devenir invisible. Mais le poisson vira de bord. Horrifié, il le vit foncer sur lui gueule ouverte. Le ver de terre faillit s’évanouir d’épouvante, mais, au moment où il allait être englouti, le poisson referma sa bouche juste devant lui, l’enveloppant de bulles. Décontenancé, terrifié, choqué, le ver de terre ne bougeait plus. Faire le mort en attendant de l’être pour de bon ! Le poisson s’approcha, le saisit entre ses lèvres, délicatement, et le décrocha. Le ver de terre, atterré, attendit le gobage final, mais contre toute attente, ce ne fut pas le cas. Le poisson le pilota en douceur jusqu’à la surface. Le ver de terre comprit alors qu’il avait affaire à un ami ; il en aurait eu les larmes aux yeux s’il n’était pas déjà immergé. Il remercia le poisson de toutes ses petites forces de ver de terre, douta que ce dernier ait compris le message, et s’enfuit à tire-ventre sur la terre ferme.

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Publié le 11 Janvier 2017

Riviera oubliée, douce endormie

J'avance à pas menus sur ton assoupissement

Ne pas te réveiller

 

Abandonnée

sous l'ombrelle de tes palmiers

ton jupon blanc, frou-frou

d'hôtels particuliers

aux volutes crémeuses,

délicate gourmandise…

 

Tes cheveux de lauriers-roses

recueillent les murmures

d'une nostalgie… chuchotée,

touchante dans son élégance

surannée.

 

La mer à tes pieds

Bercée

sur le temps immobile

Belle endormie…

Ne pas te réveiller

je m'en vais...

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Rédigé par Madeleine

Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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Publié le 11 Janvier 2017

Les yeux clos sous mon chapeau de paille, je goûte le plaisir de cet instant immobile, allongée au soleil de la plage. Un galet rond et chaud épouse la paume de ma main, un autre pointe à peine sous mon omoplate ; à peine... pas de quoi bouger. Je suis bien ! Parfois le souffle léger de la brise effleure ma peau encore mouillée. Une goutte d'eau ruisselle sur mon ventre, laissant son empreinte chatouilleuse.

Quelques rires d'enfants me parviennent, se superposent au bruissement régulier du ressac. Quiétude dans tout mon être.

Le parfum doucereusement vanillé de l'ambre solaire flotte au-dessus de moi, réveille les souvenirs d'autres plages, d'autres moments identiques au temps ralenti, quelque chose qui tend vers l'immuable tout en mêlant éphémère et éternité, ou peut-être est-ce juste l'accueil éveillé de la Vie ?

La chaleur du soleil se fait insistante. J'ai soif. Lèvres sèches que je tente d'hydrater en y passant la langue. Aussitôt, le sel me pique. À tâtons, j'attrape ma gourde d'eau, presse le goulot sur ma bouche. Une bienfaisante fraîcheur s'écoule de la bouteille, rivière joyeuse irrigant tout mon corps.

Les yeux clos sous mon chapeau de paille, j'écoute... Communion intime avec moi-même, avec le Monde... je suis bien... je m'endors...

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Rédigé par Madeleine

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Publié le 11 Janvier 2017

Il y a de la pluie sur la ville assoupie

Il y a le trottoir miroitant sous les gouttes

Il y a le ciel blanc qui fuit à l'infini

Il y a la mer grise qui roule et qui l'épouse

 

Il y a la douceur des couleurs assourdies

Il y a devant moi trois grands parapluies rouges

Il y a la Promenade, il y a des clapotis

Il y a le vent dansant et les drapeaux qui bougent

 

Il y a la nostalgie, il y a le silence

Il y a la rêverie par cette pluie bercée

Il y a une baie où s'envolent des anges

Il y a la poésie sur la vitre embuée

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Rédigé par Madeleine

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Publié le 11 Janvier 2017

Malte, des îles en chapelet

                                   Drapées de bleu marine

                                                               Où s’égrènent des villes

                                                                                            Poudrées d’or et de ciel.

 

L’ombre des Chevaliers à la Croix

Millénaire

Glisse au pied d’un clocher hissé vers la lumière.

 

Le temps fait une pause,

Le temps...

D’un flottement...

 

Dans le port les bateaux balancent

Mollement

 

Et moi, je m’émerveille.

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Rédigé par Madeleine

Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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Publié le 11 Janvier 2017

Les élégantes sont beaucoup moins élégantes aujourd’hui. C’est que j’en ai vu passer depuis plus d’un siècle dans mes couloirs. Hôtel Westminster, c’est mon nom ! Ah ! J’en aurais des histoires à raconter! Des histoires d’amour le plus souvent. J’en ai abrité des jeunes mariés, des amants, des maîtresses, des demi-mondaines…

La plus belle histoire d’amour dont je me souviens n’est pas celle d’une élégante et d’un dandy, mais celle d’une modeste jeune fille, douce et timide.

C’était dans les années 1920, elle s’appelait Madalena. Elle était italienne, au service d’une richissime Anglaise qui séjournait dans ma plus belle suite. Quand Madame ordonnait, Madalena obéissait. Elle s’occupait de tout ce qui concernait le confort de Madame. Sa journée était remplie de tâches nombreuses que Madame lui confiait.

Madalena rêvait à l’amour, comme toutes les jeunes filles de son âge et vous savez quoi ? C’est dans mes cuisines qu’elle l’a rencontré. Un vigoureux Piémontais livrait les blocs de glace – oui, il n’y avait pas de réfrigérateurs à l’époque. Madalena, envoyée par sa maîtresse aux cuisines pour préparer un thé digne de ce nom – il paraît que le chef de mon restaurant en était incapable – Madalena, donc, tombe nez à nez avec Pietro, le livreur de glace. Un bel homme ce Pietro. Grand, fort, des yeux aussi bleus qu’un lac de montagne… J’ai bien vu, quand leurs regards se sont croisés, que l’amour s’annonçait. Ça n’a pas traîné…

J’ai su, par Madame qui l’a raconté lors d’un dîner quelques temps après, que Pietro avait épousé Madalena et qu’ils s’étaient installés sur la colline, hors de Nice. Ils n’étaient plus domestiques maintenant, ils cultivaient la terre, travaillaient dur, mais travaillaient pour eux.

Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. La riche Anglaise a disparu aussi. Le temps emporte plus vite les gens que les pierres, car moi, je suis toujours là.

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Rédigé par Carmella Marengo

Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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