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Publié le 3 Septembre 2016

Le recueil

Le recueil

Sur le thème du sport et de ses valeurs, l'atelier d'écriture AnimaNice Bon Voyage a élaboré un projet alliant textes et images.

Ce projet s'est concrétisé par la publication du recueil

"BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR"

et l'exposition de peintures intitulée "AU-DELÀ DU PODIUM", de Bernard Brunstein.

Le vernissage et la présentation du recueil ont eu lieu le 24 juin à 19h

à AnimaNice Bon Voyage, 2 pont René Coty - arrêt de tram Pont Michel.

BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR

Plus d'informations sur les "articles de presse " rédigés lors du dernier atelier...

BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR

... et quelques images de l'expo...

BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR
BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR

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Les textes écrits en atelier...

 

Quelques nouvelles...

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Rédigé par Carmella

Publié dans #sport

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Publié le 3 Septembre 2016

Une dernière petite nouvelle... haletante et essoufflée... 

Pour les autres nouvelles ou les poèmes de BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR, il faudra vous procurer le recueil...

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Coup de sifflet, c'est parti ! Je m'élance parmi les autres marathoniens. Autour de moi, des centaines de chaussures martèlent le bitume. Regard droit devant, les participants filent avec la même détermination : franchir la ligne d'arrivée. Peu importe le classement, juste aller au bout. Sur les trottoirs, les badauds nous encouragent. Une chevelure sombre ondule devant moi ; belle sportive aux jambes fines... Ta silhouette... Je prends sa foulée, les souvenirs accourent. Te souviens-tu du jour où l'on s'est entraînés sous la pluie ? Tu riais, ruisselante et essoufflée. “ Je n'y arriverai jamais, cours tout seul ” … Ton baiser mouillé…

C'était peu après notre première rencontre. J’accomplissais une série de tours dans le parc lorsque je t'ai aperçue ; tu lisais, assise sur un banc. À mon passage, tu as levé les yeux, tu m'as souri. Mon cœur au rythme si régulier a loupé un battement. Au tour suivant, mon entraînement s'est terminé là, sur ce banc. Nous avons échangé nos points de vue sur le sport ; tu disais que “ ça n'était pas ton truc ”, moi, j'essayais de te convaincre du contraire. Courir, c'est la liberté, c'est aller dans n'importe quelle direction, découvrir de nouveaux paysages, juste à la force de tes jambes. Courir, c'est un voyage intérieur vers l'accomplissement. Mon enthousiasme t'a séduite, tu m'as suivi.

Confiante, maladroite et fragile, avec de la joie dans les yeux, l'amour dans tout ton être. Tu as laissé tes livres, chaussé tes baskets, légère dans le matin naissant. On est partis en petites foulées, main dans la main. Les froidures de l'hiver te faisaient les joues rouges, les doigts glacés.

Frimas piquants, bien plus exaltants que la douceur d'aujourd'hui, condition idéale pour un spectacle attendu. Déjà, les meilleurs se sont détachés ; le groupe se disloque doucement. La jeune femme devant moi maintient son allure de métronome.

Km 10 : La ville est derrière nous. La route traverse la campagne. Là-bas, un paysan, les deux mains appuyées sur le manche de sa fourche, regarde passer ce troupeau d'hommes auquel j'appartiens. Je me fonds parmi les miens derrière cette fille qui te ressemble. J'entends sa respiration régulière, j'entends ta respiration sifflante... “ J'en peux plus ! On fait une pause ? ”... “ Le chrono, chérie, le chrono... ”

La pluie avait cessé. Un grand beau, un grand bleu tout rempli de lumière... Ou peut-être était-ce un autre jour ? Un jour d'été... Je mélange, parfois... Entraînement de plus en plus dense. Tu me suivais, trébuchais de fatigue...

La jolie brune jette un coup d’œil par-dessus son épaule. Nos regards se croisent ; elle se détourne, accélère. Je ne te lâche pas la belle, j'en ai encore dans la poitrine. Derrière moi, les claquements de semelles, les halètements s'estompent. Le peloton s'étire comme un matou.

Km 20 : On me tend une boisson, merci, j'en ai bien besoin. L'eau glacée baigne ma langue, dévale dans mon corps, rivière revigorante. La jeune fille n'a bu qu'une gorgée et jette sa bouteille sur le bas-côté. Elle s'écrase avec un son mat. Ta chute a fait beaucoup plus de bruit. Genoux écorchés, tu t'es relevée... “ Le chrono, je sais, le chrono... pas de temps à perdre pour une égratignure ”. Ma courageuse... Tu es repartie aussitôt, pour moi, pour m'accompagner vers la performance.

Maintenant j'ai trouvé mon rythme, je cours sur le souffle. Mes pieds repoussent le sol, je décolle. Course aérienne, l'air dans ma poitrine comme un catalyseur d'énergie. Je suis l'oiseau, je suis le vent, je suis Mercure aux pieds ailés, enivré d'oxygène et d'endorphines. As-tu connu cet état de grâce ?

Tu disais avoir le goût du sang dans la bouche, des fourmis dans la mâchoire, le cœur au bord de l'explosion. Je n'ai pas écouté. Courir, toujours. Tu verras, le bien-être viendra. Tu m'as suivi.

La belle gazelle m'a distancé. Elle s'enfuit hors d'atteinte ; je suis seul. Les champs ont disparu, remplacés par le maquis. Soleil au zénith. Aveuglé, je n'ai rien vu de ta souffrance. Un clocher là-bas. Une étape dans un village, du réconfort... Te souviens-tu... ?

Se dépasser, reculer ses limites à la force de ses poumons, tu ne comprenais pas. Toi, tu courais sans jamais atteindre ce point de jouissance. Je t'ai harcelée, obligée à te surpasser, jusqu'au malaise. “ Cœur fragile, ne pas forcer ” a dit le médecin. Je ne l'ai pas cru. “ Bêtises ! Au contraire, le sport te fera du bien. Faut le muscler ce cœur... ” Alors, tu m'as suivi.

Toi, ma délicate, avec l'amour pour seule motivation. Tu es allée au-delà de toi-même pour moi, pour que je sois fier de toi... moi, agacé par tes insuffisances, les yeux braqués sur la ligne d'arrivée. Ton souvenir m’essouffle. Suffocation enfouie au plus profond de moi.

Km 30 : Des tréteaux sur la place du village. Une boisson attrapée au passage, un pointage rapide. Je suis dans les temps. Quelques applaudissements, la route déroulée devant moi, jusqu'à l'horizon. Je cours, j'ai mal ; point de côté à l'âme. Les encouragements des badauds m’oppressent à présent. Les gens défilent en pièces détachées. Une bouche béante, une main qui s'agite, mélange vociférant dans un maelstrom terrifiant. Je fuis plus que je ne cours.

Je fuis ton visage couleur de cendre, le mauve autour des yeux, tes doigts blancs, vidés de leur sang. Je t'ai accordée une minuscule pause. Juste de quoi reprendre un semblant de souffle. On s'est assis sur le muret de la fontaine, un instant. Finir la course. On ne sera jamais prêts pour le marathon de New York sinon. Je me suis levé, tu m'as suivi.

Km 40 : nous y sommes presque, ma douce. Reconnais-tu le grand pin au bord du chemin, l'odeur du thym et des lavandes ? Tu voulais t'arrêter pour te ressourcer à leur parfum. Moi, égoïste, inconscient, obnubilé par la performance... “ Non, pas question, je veux vaincre mon dernier score... On reviendra en touristes ”. Alors tu as couru, au-delà de la souffrance, au-delà du souffle, au-delà de toi et de ton amour ; tu es tombée, le nez dans les lavandes, allongée pour toujours sous le grand pin.

Je suis seul sur la route vide, sous le bleu inexorable. Je cours comme on se berce, je cours comme on se noie. Je cours à travers larmes, dans un labyrinthe embroussaillé de douleur, de culpabilité, de honte. Pardon ma douce, je n'ai rien compris. Te retrouver. Laisser mon corps poursuivre sa course indéfiniment, bondir hors de moi-même, te rattraper dans l'invisible lointain. Attends-moi, je te rejoins mon ange.

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Rédigé par Carmella

Publié dans #sport

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Publié le 2 Septembre 2016

Sport toujours et nouvelle...

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La foule se presse dans les tribunes pour la compétition d'athlétisme. Les coureurs du mille cinq cent mètres entament leur dernier tour. Au centre du stade, les perchistes se préparent. Le premier s'élance, plante la perche, s'élève, franchit la barre et... disparaît, avalé par un courant d'air. Seule la perche retombe sur le matelas. Un cri porté par mille voix fuse, suivi d'un silence immobile. Incompréhension, désarroi dans le stade. On visionne les images prises par les caméras : le jeune homme s'efface instantanément au sommet de son saut. Les pompiers interviennent. On envoie l'un deux, solidement arrimé à son échelle, explorer ce lieu où il n'y a rien que de l'air. Il ne trouve rien que de l'air. Pas de vortex mal intentionné aspirant les pauvres humains, pas d'extraterrestres malveillants, pas d'organismes microscopiques ou invisibles habités d'un appétit d'ogre, pas la plus petite trace de l'athlète déchiqueté ou non, ni un morceau de son short rouge, ni le son de sa voix, ni une main qui se tend, ni un cheveu arraché, nada, que dalle, rien !

Pendant ce temps, ou plutôt, de l'autre côté du temps, notre infortuné perchiste atterrit sans ménagement au milieu d'une arène romaine, figeant les gladiateurs dans leur combat, les lions dans leurs rugissements, Jules César dans la rotation de son pouce. Stupéfaction de courte durée. Ici les dieux sont si fantasques ! L'un d'eux aura voulu envoyer un messager au grand Jules... Le jeune homme est amené devant l’empereur courroucé :

  • Qui es-tu ? D'où viens-tu, étranger ?

Gros regret de ne pas avoir été plus assidu au cours de latin du collège ! Quelques mots, mimes, mimiques plus tard, le sportif parvient à expliquer sa situation à Jules.

Un envoyé des Dieux ? Hum... Hypothèse vite abandonnée à la vue de la croix en or qui brille sur la poitrine du jeune homme.

  • Un chrétien ! Mes lions s'impatientent... Si tu es chrétien, tu

    iras dans l'arène avec mes fauves affamés. Ton Dieu tout puissant saura bien te sauver... Si tu renies ton Christ, donne-moi cette croix. Je te donnerai une perche et tu pourras sauter par-dessus les lions. Tu te sauveras toi-même.

Bijou-souvenir de son baptême le 2 janvier 1995, cadeau que sa marraine a attaché autour de son cou de bébé ce jour-là, son porte-bonheur depuis. Il ne l'a jamais quitté. C'est un crève-cœur de s'en séparer, mais il n'a pas vraiment le choix. Une perche vaut mieux que rien du tout devant ces bêtes antiques beaucoup plus terrifiantes que celles d'aujourd'hui. Faut dire que les seuls lions qu'il a croisés sont ceux du zoo, apathiques et bien nourris. Presque des matous...

La lance d'un garde est réquisitionnée, le perchiste envoyé dans l'arène. Les fauves sont lâchés. Ils se précipitent vers leur festin en short rouge, appétissant comme un steak saignant. Le jeune homme prend son élan, plante la pointe de la lance dans le sol, se propulse par-dessus les lions, la foule, les murs, le vent, les nuages pour tomber comme une pierre aux pieds du pompier sondeur d'invisible, ébahi. Le matelas amortit sa chute vertigineuse. Dominant la clameur de la foule, une voix retentit :

  • 7 heures et 1 minute. C'est l'heure du journal.

Un jour blanc filtre à travers les persiennes. Notre héros émerge de sa nuit, éberlué. Il s'étire, baille, se lève, prépare un café. La radio déverse son flot de nouvelles. On parle de la compétition d'athlétisme qui aura lieu demain ; sa première compétition de perchiste. Pas étonnant qu'il en rêve la nuit. Quelle histoire loufoque ! S'il raconte cette anecdote aux copains, c'est sûr, il héritera du surnom “ Jules ”.

Le café coule, son arôme réveille les papilles. À la radio, les informations défilent : un projet de loi pour la transition énergétique vient concrétiser l’engagement du Gouvernement ; un camion s'est renversé sur l’autoroute, heureusement sans faire de blessés ; une découverte étrange lors de nouvelles fouilles du Colisée, à Rome : une croix en or de facture contemporaine mise à jour dans les couches géologiques correspondant à l'Antiquité. D'autant plus étrange que si l'état du bijou plaide pour un séjour de 2000 ans dans la terre romaine, une inscription minuscule au dos de la croix met en ébullition les cerveaux de tous les chercheurs. Une date est gravée : 2 janvier 1995.

Site pollué par un génial faussaire ? Impossible. La terre, à cet endroit, n'a pas été remuée depuis des siècles. Voyage dans le temps comme dans “ Retour vers le futur ” ? Impossible également en l'état actuel de nos connaissances ? Le mystère demeure...

Le café refroidit dans la tasse du jeune homme statufié dans une seule question :

  • Pourquoi Rome, pourquoi pas Olympie ?

Extraordinaire, non ? Je lui offre un aller-retour temporel et une seule chose l'interpelle : le lieu de sa chute. Ni le pourquoi, ni le comment, ni le quand, ni même qui il est, mais juste où. Je sais ce qui le chagrine. Il aurait pu devenir un mythe sur ce lieu fondateur d'Olympie, inscrire son nom aux prémices de l'histoire sportive, si je l'avais décidé.

Amour du sport ou de la gloire ?

Je sens qu'il m'en veut ; sa frustration me touche. Je me dois de l'éclairer.

  • Pourquoi Rome ? C'est juste un vagabondage de l'imagination, rien de plus, cher personnage sans nom. Il arrive que les destinées de papier prennent des chemins imprévisibles, échappant ainsi à la plume de leur créateur.

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Rédigé par Carmella

Publié dans #sport

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Publié le 1 Septembre 2016

Une autre nouvelle, toujours dans la catégorie "sport"...

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François sortait d’un entretien avec le directeur des ressources humaines. Il venait d’être licencié. Pour des raisons économiques, avait dit le DRH. Des pensées contradictoires se bousculaient dans sa tête. Il se disait qu’il travaillait dans une grande boîte, où on licenciait les gens pour un oui ou pour un non. On réduisait les effectifs dans l’espoir de faire des économies, de dégager encore plus de bénéfices pour satisfaire les actionnaires, cette masse anonyme qui servait d’alibi à bon nombre de décisions prises par la direction, la plupart au détriment des salariés, et bien souvent au détriment du bon sens. Il était jeune, il travaillait dans l’entreprise depuis deux ans, c’était son premier emploi. A la fin de ses études d’ingénieur, il avait choisi cette société parce qu’il s’imaginait qu’il pourrait monter dans la hiérarchie, occuper un poste important au bout de quelques années. Un sentiment de frustration s’empara de lui. Qu’avait-il donc fait – ou pas fait – pour être ainsi mis à la porte ? Rien apparemment, il était ponctuel, bien noté par ses supérieurs, n’avait jamais fait d’erreur grossière. Il était ouvert aux idées nouvelles et plutôt créatif, nettement plus que ses collègues plus âgés, qui, eux, n’avaient pas été licenciés. C’était ça, il était jeune et nouveau. Les indemnités de licenciement n’allaient pas chercher bien loin. Ce n’était rien de personnel. Le directeur des ressources humaines le lui avait dit, d’ailleurs. Il poussa un grand soupir. Il ne s’inquiétait pas vraiment pour son avenir, mais dans l’immédiat, il fallait annoncer la nouvelle à sa fiancée.

Justement, il avait rendez-vous avec elle sur le terrain de tennis. Sa fiancée et lui avaient commencé à jouer au tennis au printemps. Une commune dans les environs venait de construire six courts, avec une petite buvette à côté. La cotisation exigée par le club était abordable, contrairement à celle pratiquée par le club de tennis de la ville la plus proche. Il fallait avoir des revenus très confortables pour pouvoir y jouer. Les notables de la petite ville voulaient rester entre eux. Un jeune ingénieur tout juste sorti de l’université, qui envisageait de surcroît de fonder une famille, n’avait pas les moyens pour jouer au tennis dans ces conditions. Ses amis, sa fiancée et lui étaient donc très enthousiastes lorsqu’ils avaient appris qu’un village voisin inaugurait un terrain de tennis. Munis de l’équipement de base, ils avaient adhéré au club et pris quelques leçons avec un professeur sympathique, qui pratiquait, lui aussi, des tarifs abordables.

Après avoir joué pendant une heure, François et Isabelle, sa fiancée, se sont installés sur la terrasse de la buvette. Il faisait beau en cette soirée de juillet, la chaleur était tombée. François a alors annoncé la mauvaise nouvelle à Isabelle. Elle essayait de le consoler, lui disant qu’il allait facilement trouver un autre boulot, au besoin dans une ville plus grande. En attendant, il avait bien besoin de vacances, un peu de repos lui ferait le plus grand bien. Puis, elle ajouta en rigolant :

  • Tu pourrais construire des terrains de tennis dans notre village. On n’aura alors plus besoin de faire des kilomètres et des kilomètres pour jouer au tennis.

  • Ce n’est pas exactement ma spécialité, répondit-il. Après une ou deux minutes de réflexion, il ajouta que ça ne devait pas être vraiment sorcier de construire de tels terrains.

Le lendemain, assis devant son bureau, l’idée d’Isabelle lui revint en mémoire. Il consulta alors une brochure spécialisée, en fit des photocopies. Ce n’est pas pour rien que beaucoup d’employeurs renoncent à ce que leurs salariés licenciés continuent à travailler pendant le préavis de licenciement. Il creusa l’idée, faisant un plan sommaire, s’intéressant aux fondations, au soubassement. Pour son employeur, il avait encore un projet à terminer, il ne se sentait pas pressé. Licencié, ce qui se passerait après son départ ne le concernait plus. En fait, il avait toujours été comme ça : lorsqu’une nouvelle idée le tenait, il s’y engouffrait, oubliant tout autour de lui et se faisant violence pour terminer le travail en cours.

Une chose était certaine. Il ne pouvait pas construire des terrains de tennis tout seul. Il lui semblait que la meilleure stratégie, et en fait la seule possible, c’était d’en parler au maire. Il se décida d’aller à la messe du dimanche. Il pouvait ainsi aborder le maire de façon informelle.

Il se tenait près de la sortie, guettant le maire. Dès que ce dernier sortit de l’église, il lui emboîta le pas.

  • Monsieur le Maire, je voudrais bien vous parler quelques minutes.

Le maire leva les yeux au ciel. D’habitude, il allait au bistrot après la messe jouer aux cartes avec d’autres villageois, en attendant que leurs épouses respectives finissent de préparer le repas dominical. Il consentit à sacrifier quelques minutes à ce jeune homme. Connaissant les habitudes du maire, François lui proposa d’aller discuter au bistrot, juste en face de l’église. Ils s’installèrent à une table un peu à l’écart, commandèrent des bières bien fraîches. François parla alors des terrains et du club de tennis du village voisin, ne manquant pas de préciser que ces activités étaient gérées par la commune, tout comme la buvette. Il s’aventurait à faire des estimations sur les recettes engendrées grâce à cet équipement sportif. Il insistait sur le fait que certains jeunes de la commune, dont lui-même, l’utilisaient. Il se hasardait à prédire que des gens viendraient d’autres villages, plus excentrés, pour jouer au tennis dans leur commune si elle aussi, elle proposait cette activité.

Jusqu’à ce moment, le maire l’avait écouté en silence. Il intervint alors pour dire que ce n’était pas si simple. La commune n’avait pas vraiment un budget disponible pour un tel équipement. Puis, il fallait de la place. François avait anticipé ces arguments. Il avoua au maire qu’il avait été licencié, qu’il était donc disponible pour concevoir des terrains de tennis et pour superviser les travaux. Il rappela au maire ce pré communal le long de la rivière, inconstructible à cause du risque d’inondation. Il suggéra que des terrains de tennis, c’était un plus pour la commune. Il y aurait peut-être même des familles qui choisiraient de s’y installer en raison de l’excellence de ses équipements sportifs. Avec la vie moderne, où tous les actifs étaient sous pression, se défouler pendant une heure était un excellent moyen pour évacuer le stress. François s’était vraiment bien préparé à cet entretien, et le maire y mit fin en promettant d’en parler au prochain conseil municipal. En se levant, François précisa que, bien sûr, il s’occuperait de la construction des terrains à titre bénévole.

François était assez content de son argumentation. Rien n’était joué, bien sûr, mais il avait fait ce qu’il pouvait faire. Au-delà des aspects pratiques, de la perspective de ne plus être obligé de prendre la voiture pour jouer au tennis, il avait de plus en plus envie de s’atteler à cette tâche, de relever ce défi. Il n’était pas bien important, mais, mis en chômage, il ressentait le besoin de s’assurer de son utilité.

Lorsqu’il retourna jouer au tennis, une jeune femme y donnait des cours. Il la connaissait, elle habitait le même village que lui. Discutant avec elle, il apprit que le professeur de tennis habituel avait eu un empêchement de dernière minute. Sa consœur l’avait alors remplacé. Il apprit aussi qu’elle donnait des cours de tennis en ville, dans le club chic. Vu le petit nombre d’heures qu’elle faisait, son activité n’était pas vraiment rentable, son mari trouvait même qu’elle était déficitaire, mais elle voulait la continuer puisqu’elle constituait pour elle un enrichissement personnel. François se disait qu’il l’avait déjà dans la poche. Prudemment, il lui parla de son projet. Il ne fallait pas qu’il s’ébruite, que le maire ne prenne ombrage. Elle comprit et précisa que Marc Martin, son cousin, lui aussi un passionné du tennis, siégeait au conseil municipal. Encore un bon point ! se dit François. Maintenant, il fallait attendre et ne pas trouver du travail trop vite.

Lorsque le maire en parla au conseil municipal il était convaincu que c’était une excellente idée, la sienne, bien sûr. Marc Martin s’y attendait. Il approuva toute de suite le maire, le félicitant pour ce projet prometteur. Un autre membre du conseil municipal invoqua les finances, pas brillantes, de la commune. Le maire lui répondit que justement, des terrains de tennis allaient les améliorer. Mais en attendant, il faut dépenser de l’argent, fut la réponse. C’est alors que Pierre Dupont intervint. Patron d’une entreprise de construction, il avait joué au club de tennis de la ville, mais n’est resté qu’un an. Outre le trajet, c’était surtout l’attitude des autres membres de ce club qui l’avait découragé. Ils l’avaient regardé de haut. Ils lui avaient fait sentir qu’il n’avait pas la même culture qu’eux, ni les mêmes manières distinguées. Ses mains étaient rugueuses, et non pas lisses, manucurées comme celles des médecins, des avocats et autres notables qui fréquentaient ce club sélect. Frustré, il avait arrêté de jouer au tennis, mais rêvait de s’y remettre. Il promit au conseil municipal de lui faire une offre très alléchante. Il allait étudier de très près le coût engendré par des tels travaux. Seulement, il n’était pas spécialiste de courts de tennis, il fallait qu’il collabore avec un architecte ou un autre professionnel compétent.

C’est là que le maire tira l’atout de son chapeau. Justement, il y avait dans la commune un jeune homme, hautement qualifié, joueur de tennis, qui s’était proposé pour élaborer les plans et pour superviser les travaux, et ceci bénévolement. Ce serait vraiment dommage que la commune se prive d’une telle aubaine. Marc Martin et Pierre Dupont approuvèrent vivement le maire, et ce dernier précisa qu’il allait contacter ce jeune homme et élaborer un devis qui couvrirait tout juste ses frais. Il ne voulait rien gagner sur ce marché, puisqu’il s’agissait d’une bonne cause pour toute la commune.

Au conseil municipal suivant, le devis était prêt. Le projet a été adopté à une majorité confortable.

  • Maintenant, il nous faut un permis de construire, dit le maire à la fin de la séance.

  • Je connais quelqu’un à la préfecture, répondit Pierre Dupont. Ça ne devrait pas poser de problème.

Effectivement, ça n’avait pas posé de problème. Le permis fut délivré début septembre. Une semaine plus tard, une pelleteuse, un bulldozer, une décapeuse, une niveleuse étaient en place, labourant le terrain, réalisant l’excavation, la première mise à niveau par remblayage, le drainage, le nivelage, la compaction du terrain. François était là tous les jours, surveillant les travaux, donnant des conseils aux conducteurs des engins, leur faisant comprendre qu’un terrain de tennis devait être parfaitement horizontal, plan, rien ne devait dépasser pour qu’aucun faux rebond ne gâche le plaisir des joueurs.

Ensuite, les poteaux furent enfoncés dans la terre. Étape suivante, il fallait appliquer les différentes couches de revêtement. Sur une base en béton alvéolaire fut posé un tapis en fibre polyéthylène. Ce dernier fut lesté d’une couche de silice céramique vulcanisée rouge. L’application de ces couches de revêtement était délicate, elle devait être menée avec la plus grande rigueur. François passait ses journées sur le chantier, s’assurant du sérieux des ouvriers, mettant lui-même la main à la pâte.

C’était terminé ! Le terrain était là, quatre courts de tennis, rouge brique comme des courts en terre battue traditionnelle alors que le revêtement était synthétique. François était fier de lui, mais aussi de sa commune, de ses habitants, de la collaboration de tous les participants, de leur enthousiasme grandissant au fur et à mesure que les travaux avançaient. Pour les villageois, visiter le chantier était devenu une promenade habituelle, les commentaires allaient bon train. Les inscriptions au club de tennis avaient commencé.

Il ne restait plus qu’à tirer les filets, tracer les lignes, accrocher le grillage en acier galvanisé. Hauteur minimum trois mètres, précise la réglementation. Les courts étaient prêts, le budget légèrement dépassé, mais même les opposants à ce projet étaient fiers, fiers et contents, vantant la qualité des équipements sportifs de leur commune à qui voulait l’entendre. Le préfet et la presse furent invités à l’inauguration du terrain. Dans son discours, le maire souligna le professionnalisme de Pierre Dupont et de son entreprise qui avait à cette occasion acquis une nouvelle spécialité. Il parla aussi de la compétence et du dévouement avec lesquels François avait supervisé les travaux.

En rentrant de la cérémonie, François ajouta une ligne à son curriculum vitae : conception et construction d’un ensemble de tennis de quatre courts. Dès le lundi suivant, il se remit à la recherche d’un travail rémunéré.

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Rédigé par Iliola

Publié dans #sport

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Publié le 30 Août 2016

En attendant la rentrée et le nouveau thème, une nouvelle tirée du recueil BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR...

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Les pelotes de laine roulent aux pieds de Juana. Assise devant sa maison, elle tisse un motif multicolore, une figure traditionnelle héritée de ses ancêtres Incas. Mais ce n'est pas aux ancêtres qu'elle songe en ce moment ; elle se dépêche de terminer son ouvrage pour rejoindre ses amies sur la place de Churubamba, place nommée pour l'heure “ cancha ”, terrain de foot. Le foot, c'est sa passion à Juana. À ses amies aussi. Dès qu'un peu de temps se libère - après le travail aux champs, les soins au bétail, les enfants à élever et tout le reste - elles se retrouvent pour jouer, pour le plaisir immense de se défouler, de rire, d'exister. Dans les Andes péruviennes, ce sport est si important pour les femmes des villages quechuas que le maire du chef-lieu a organisé un championnat de football féminin, le Fulbito andino. Une occasion pour elles de voyager, de rencontrer d'autres communautés, de participer au développement de la région.

Juana se souvient du premier match. Elles sont parties de Churubamba avant le lever du soleil pour le village voisin, à quatre heures de marche dans la montagne. Sur la route, la pluie les a rattrapées. Heureusement, son fils était bien emmitouflé. Elle le porte sur son dos, dans une couverture de laine nouée à ses épaules. Elle ne peut pas le laisser chez elle avec ses autres enfants, elle l'allaite encore. À la mi-temps, elle profitera de la pause pour lui donner une tétée.

Devant elle le lama, chargé de présents, trébuche. Le sentier abrupt devient glissant, la bête nerveuse, dans cet univers minéral aussi gris que le ciel. L'ascension est pénible, mais le petit convoi avance, franchit le col et retrouve le soleil. En descendant vers la vallée, le paysage se transforme, se teinte de vert, d'herbe grasse, d'arbres touffus. Dans son lopin de terre caillouteux, là-haut, à Churubamba, la bêche s'enfonce à peine ; rares sont les plantes qui daignent y pousser. La vie doit être bien plus facile dans ce joli bourg...

Toute la population est là ; accueil en musique avec accordéoniste, batteur, flûtiste. Ces rencontres sportives sont prétexte à la fête. Le lama, délesté de son bât, se couche ; les cadeaux sont offerts. Pas le temps pour les femmes de se reposer, il faut commencer le match tout de suite sinon elles ne pourront pas rentrer chez elles avant la nuit.

Comme à Churubamba, le terrain, une prairie pelée avec deux poteaux pour délimiter les cages, ne respecte pas du tout les dimensions réglementaires. Mais Juana ne le sait pas. Elle ne connaît pas les matches professionnels, n'a jamais entendu parler de Zidane ou de Zlatan, ni du Championnat d'Europe 2016 qui débute, ailleurs, sur un grand stade. Dans son village perché à 4000 mètres d'altitude, il n'y a pas d'électricité. Mais il y a du foot, le foot des femmes, au-dessus des nuages. Le foot, ça fait oublier le quotidien trop dur.

Les équipes se mettent en place. Juana confie son fils à une spectatrice, gagne le terrain. Les femmes jouent vêtues de leurs habits traditionnels : jupe - noire pour Churubamba, orange pour les adversaires – gilet de laine d'alpaga, chapeau plat posé sur leurs tresses brunes. Pas de protège-tibias, ni de chaussettes ou de crampons, juste des sandales au cuir usé. Malgré la fatigue du trajet, les footballeuses de Churubamba dominent. Les joues rouges comme nulle part ailleurs, le souffle puissant à force de gravir quotidiennement une montagne à l'oxygène rare, elles ont une résistance exceptionnelle. Pourtant, elles ont connu quelques difficultés en début de match. Les adversaires, plus fraîches, sont rapides ; deux jambes surmontées d'une jupe orange surgissent devant les pieds de Juana, juste au moment d'un tir. Surprise, elle retient son shoot pour éviter de les percuter et loupe le but.

~ Ailleurs, sur un grand stade, un footballeur en griffe un autre au visage, lui enfonce un pouce dans une narine...

Règle n° 1 des Valeurs du Sport : la loyauté

Churubamba = 1 / Europa League = 0

Mais ça, Juana ne le sait pas.

.....

Le match continue, les jupons tourbillonnent, le ballon virevolte, file au but à la dernière minute. Rires, cris de joie. Les femmes de Churubamba exultent. Elles ont gagné, emportent chacune un cochon d'Inde. Un trophée somptueux : le cochon d'Inde est un met raffiné. Juana a dégusté le sien en famille lors d'un repas de fête.

Le motif du tissage progresse. Les mains de la jeune femme travaillent, autonomes ; dans sa tête défile le second match. C'était dans un autre village, avec une belle récompense : un poulet bien dodu pour chaque joueuse de l'équipe victorieuse. Cette fois-ci, elles ont été battues. Dommage, la volaille aurait été la bienvenue pour améliorer les repas de pommes de terre ou de maïs. Elles auraient dû gagner, c'est injuste ! Elles s'étaient bien exercées, avaient consulté le chamane, écouté ses conseils. Non, la victoire des autres n'est pas méritée ! L'équipe maugrée tout bas, regard courroucé vers le groupe vainqueur. Mauvaises pensées... Juana chasse son dépit. Les perdantes dépassent leur déception, félicitent les gagnantes, saluent l'arbitre. Tout le monde se retrouve pour faire la fête dans la bonne humeur.

~ Ailleurs, sur un grand stade, un joueur expulsé d'un match traite l'arbitre de “ nul ” et la France de “ pays de merde ”...

Règle n° 2 des Valeurs du Sport : le respect

Churubamba = 1 / Ligue des Champions = 0

Mais ça, Juana ne le sait pas.

.....

Ce second match perdu les a motivées pour le troisième. Embarquée à l’arrière d'une camionnette, l'équipe roule jusqu'à Urcos, ville riche et métissée. Son plus grand voyage, à plus de cent kilomètres du village, pour cette rencontre du Fulbito andino. Là, un vrai stade, des drapeaux, des gradins, du public, des adversaires entraînées. Intimidant... Le match est rude, les jupons se démènent ; ça court, ça crie, les gardiennes se surpassent, repoussent tous les ballons. La partie s'emballe, l'adversaire s'épuise et... but ! À la mi-temps, le score est de 1 à 0 pour Churubamba. Euphorie et... prudence ; ce n'est pas terminé. Conciliabules stratégiques sous les chapeaux multicolores, allaitement des enfants, encouragements des maris. La partie reprend, les filles d'Urcos poussent, Churubamba tient. Ultime tentative locale et... coup de sifflet final ! Exploit inconcevable jusqu'à présent ! Elles ont vaincu les citadines, repartent avec mille kilos de pommes de terre de semence ! De quoi nourrir tout le village pendant des mois. Un triomphe ! D'autant plus grand que les autres ont tout fait pour l'empêcher. Quelques coups de pieds mal intentionnés ont fusé vers les chevilles et les tibias de l'équipe, quelques contusions sont encore douloureuses. Sportives magnifiques, les femmes de Churubamba ont ignoré ces attaques. Elles ont juste joué leur meilleur football jusqu'à la victoire.

~ Ailleurs, sur un grand stade, un joueur s'énerve et donne un “ coup de boule ” à son adversaire...

Règle n° 3 des Valeurs du Sport : le contrôle de soi

Churubamba = 1 / Coupe du monde = 0

Mais ça, Juana ne le sait pas.

.....

Quand elle joue au foot, son mari l'admire, elle se sent grandiose. Elle a bien vu cette lueur nouvelle dans son regard, dans celui des autres hommes aussi ; ils sont fiers de leurs épouses footballeuses. Le village tout entier les soutient. Elles ont acquis un statut d'ambassadrices ; grâce à elles, des échanges s'organisent entre les communautés. Le foot pour Juana, c'est la reconnaissance, l'émancipation. Avec ses amies, elles se hissent vers une autonomie inconnue jusqu'alors. Et puis, le jeu soude l'équipe, lui donne de la force. Assez de force pour qu'elles aillent, toutes ensemble, affronter les autorités locales afin de demander le branchement de l'électricité au village. Une chose impensable avant ! Elles osent.

~ Ailleurs, sur un grand stade, un joueur se prend pour un caïd, trahit l'esprit d'équipe par un comportement individualiste forcené...

Règle n° 4 des Valeurs du Sport : le dépassement de soi

Churubamba = 1 / Mondial = 0

Mais ça, Juana ne le sait pas.

.....

Le foot, c'est sa plus belle idée du bonheur à Juana. Une explosion dans la poitrine, le cœur qui déborde, la joie répandue dans chaque atome de son corps. Tous les problèmes disparaissent, engloutis par ce moment de partage exubérant. Poursuivre le ballon, le donner, le recevoir, et la course fougueuse jusqu'à la cage, là-bas, au fond du terrain ; la poussière dorée vole autour des chevilles, les sandales martèlent le sol, galop d'un cheval emballé, l'excitation se propage dans le groupe, ventilée de halètements et de souffles allègres. Le but marqué pulvérise les tensions, elles ont envie de rire aux éclats pendant dix minutes.

~ Ailleurs, sur un grand stade, une équipe de footballeurs en colère se met en grève pendant la Coupe du monde...

Règle n° 5 des Valeurs du Sport : la joie dans le sport

Churubamba = 1 / Coupe du monde = 0

SCORE : 5 à 0 POUR CHURUBAMBA

Mais ça, Juana ne le sait pas.

Elle ne sait rien du succès de son village dans ce tournoi éthique.

Elle ne connaît pas la liste des cinq valeurs du sport établie par l'Académie des Sports.

Elle n' a pas besoin de la connaître, les autres femmes non plus.

Ces valeurs, elles les portent naturellement,

le sport qu'elles pratiquent ne fait que les révéler.

.....

Son ouvrage terminé, Juana range les pelotes de laine et file vers la “ cancha ”. Ses amies l'attendent. La solidarité de l'équipe exalte le bonheur de jouer ensemble ; le groupe ne fait qu'un seul corps, fier de ses victoires, de son immense victoire, là-haut, au-dessus des nuages.

Mais ça, le Championnat d'Europe 2016 ne le sait pas...

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Rédigé par Mado

Publié dans #sport

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Publié le 24 Août 2016

Un essai d'écriture "Nouveau Roman", inspiré par Nathalie Sarraute... et un sportif à cran dans BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR...

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Il est rentré pour les fêtes ; ils étaient tous là à le féliciter pour sa médaille d'or. Tu as été magnifique... quelle course ! Des questions mille fois entendues revenaient... pas trop dur l'entraînement ? Et les filles de l'équipe... à part le sport... hein ? Ah ! C'est qu'il a du courage vous savez... un bon garçon... très fière de lui. Son père ? Oh ! Oui ! Très fier aussi, pensez donc...

Lui les regardait, engoncé dans un costume devenu trop étroit. Regardez-le ! Il a encore pris du muscle … hé, tu vas faire sauter les coutures mon fils ! Un sourire... Ah ! Qu'il est drôle ce père ! Il l'était moins quand il l'obligeait, enfant, à des entraînements intensifs... Et orgueilleux en plus !... J'ai bien fait de le pousser, hein ? C'est un peu grâce à moi que tu as si bien réussi, non ? Dire qu'il voulait devenir écrivain ! Tu parles d'un métier... pas d'avenir... toujours assis à ne rien faire... que du blabla... des feignants...

Opiner de la tête en ravalant sa rage. Sourire. Et au beau milieu du repas, renverser la table de ses bras puissants, noyer sa médaille dans la sauce grasse et fuir en hurlant les mots qu'il n'avait jamais pu écrire.

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Rédigé par Carmella

Publié dans #sport

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Publié le 24 Août 2016

Quand la femme du supporter s'en mêle, la rancœur suinte dans BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR...

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Ils sont affalés dans le salon, qui sur le divan, qui sur la chaise ou même parterre, croquant des frites, buvant des bières et criant de temps en temps :

- Oh ! Non ! Non, l'imbécile ! Il a raté son coup ! Nul, l'arbitre !

Elle, elle reste à côté, entre cuisine et salon. Soyons polie, soyons aimable, bonne épouse de supporter de l'OGCNice. Il lui arrive de jeter un œil sur le match ; juste un œil ; pas très passionnant : des mâles se courent après, se cognent, se font chuter et galopent ici et là.

Roger et ses copains respirent au rythme du match ; il se laisse aller, le Roger ; il est mal fringué, le T-shirt de l'OGCNice vieux et déchiré ; les copains pareils, vulgaires, moches, minables, pas attirants pour un sou ; on grogne, on souffle, on chahute, pieds sur la table, cheveux en bataille, le poing levé parfois ; parler avec ses poings, comme un singe, grogner, rouspéter, râler, houspiller ; vocabulaire primaire, vocabulaire de primate. Hommes déchus vivant par l'intermédiaire des footballeurs, aventuriers de la télévision.

Avant, c'était les jeux du cirque - du pain et des jeux- univers parallèles, vivre par l'autre, se fondre dans l'autre, n'être plus rien ; rien que l'autre, l'ombre de sa main, l'ombre de son ombre, l'ombre d'un ballon. Illusion, réalité - ne plus savoir. Se relier à tous les supporters du monde par les mêmes regards, les mêmes gestes, les mêmes cris .

- Issa Nissa !

- A mort, l'arbitre !

Minable monde parallèle pour oublier sa vie minable et médiocre .

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Rédigé par Viviane

Publié dans #sport

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Publié le 22 Août 2016

Parfois, les rêves restent des rêves dans BALLON ROND ET PUMES D'AZUR...

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Le médecin s’installe derrière son bureau, prend les radios qui se trouvent devant lui, les étudie pendant un bon moment, les compare les unes aux autres. Il lève les yeux et regarde d’abord le père, ensuite le fils pour poser de nouveau ses yeux sur le père, s’adressant à lui en lui disant qu’il était désolé, mais que son fils avait hérité de la malformation du genou du père. Il ne pourra pas faire du ski de compétition, c’était totalement exclu. Là, toute de suite, il pouvait lui faire une injection de cortisone pour soulager sa douleur, mais c’était tout ce qu’il pouvait faire.

Un silence profond s’installe dans le cabinet du médecin, et quand le garçon commence à sangloter, le père se met en colère. Mais ce n’est pas possible, on peut envoyer l’homme sur la lune, on peut faire des bébés éprouvette, choisir le sexe, la couleur des yeux, des cheveux de son enfant, bientôt on va cloner l’homme, mais on ne peut pas réparer une toute petite malformation au genou ? C’est impossible. Il y a certainement des chirurgiens spécialistes du genou, en Amérique, en Russie, en Chine. On n’allait pas en rester là, à se dire bêtement qu’il n’y avait rien à faire.

Le médecin essaie de l’interrompre, de lui dire que son fils pouvait vivre normalement, qu’il pouvait faire du ski de piste le week-end, pendant les vacances, comme le père d’ailleurs, mais que les efforts de la compétition allaient trop user ce genou, il devait d’ores et déjà s’en rendre compte. Il ne pouvait pas faire à son fils une injection de cortisone toutes les semaines. C’était une substance qui avait des effets secondaires non négligeables, et puis, à trente ans, son fils n’aurait tout simplement plus de genoux. De toute façon, la malformation allait empêcher son fils d'être parmi les meilleurs, il se ruinerait la santé pour rien. Le prix à payer était bien trop élevé.

Le fils se lève, dit à son père qu’il faut partir, dit au revoir au médecin, au revoir et merci. Dehors, il se jette dans les bras de son père, lui dit que ce n’est pas grave, qu’il fera autre chose.

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Rédigé par Iliola

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Publié le 17 Août 2016

Une anecdote footballistique se glisse dans BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR :

Lors d'un changement, un joueur aux jambes maigres et aux cheveux colorés coiffés en crête sur sa tête entre sur le terrain. Quelques dribbles plus tard, il provoque un cafouillage, le ballon file chez l'adversaire qui marque un but. Un supporter lui crie alors d'aller se faire tondre la crête. Le lendemain, le jeune homme croise le coiffeur qui lui conseille la raie au milieu, bien dégagé derrière les oreilles.

L'atelier traverse cette histoire en exercices de style...

ALEXANDRINS

Pendant un match de foot et lors d'un changement,

Entre sur le terrain un joueur, jambes maigres ;

Sur sa tête flamboie une crête allègre,

Bien dressée, l'arrogante, au chef du chenapan.

Une passe, un ballon, il s'emmêle les pinceaux ;

Le ballon lui échappe au cours du cafouillage,

File chez l'adversaire qui tire dans la cage ;

Le but est validé, public hue notre sot.

Un supporter lui crie : ”Va t'faire tondre la crête ! ”

Et c'est le lendemain qu'il croise le coiffeur ;

Celui-ci lui déclare : “ Ça va faire un malheur

Si tu fais une raie au milieu de ta tête ! ”

Carmella

ANIMISME

Il m'avait choisie,

Il m’avait créée rouge,

Il m’aimait telle que j’étais,

Et moi aussi, je m’aimais ainsi.

Mon Pascalou alla jouer au ballon

Devant une foule hystérique,

Mais fit une erreur fatale.

On l’insulta,

On m’insulta.

Eh ! Vas te faire tondre !

Le lendemain, mon Pascalou

Me mit à mort,

Tel Matamore !

Dure vie pour une crête animique !

Triste mort, mais je reviendrai !

Mon Pascalou, je reviendrai !

Viviane

INJURIEUX

Pendant le match de foot de samedi dernier, un connard aux jambes maigres, sans muscles, est entré sur le terrain. Il avait des cheveux de punk, de dégénéré. Ils étaient bleus et ce crétin les avait coiffés en crête au sommet de son crâne. Je voyais rouge et, effectivement, quelques dribbles plus tard, il a fait une connerie monstrueuse et notre équipe a perdu la balle. Ces sanguinaires de l’équipe adverse en ont toute de suite profité pour marquer un but. Je l’ai alors copieusement insulté, ce punk, le traitant de tous les noms d’oiseaux et lui conseillant d’aller se faire tondre la crête.

Le lendemain, j’ai revu ce dégénéré chez le coiffeur qui lui a conseillé une coiffure avec la raie au milieu et bien dégagée derrière les oreilles. Ainsi, ce débile aurait l’air plus normal, mais je doute qu’il saura mieux jouer au foot.

Iliola

FIB

Un

Match

De foot

Balle perdue

Crêtés tels des coqs

L'entraîneur coupa bien à ras.

TANKA

Jambes maigres, crêtes au vent,

Joueurs nuls, ballon perdant

Supporters gueulards

“ Va te faire tondre connard ”

Demain, demain, le rasoir.

Hervé

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Rédigé par Carmella

Publié dans #sport

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Publié le 15 Août 2016

Au Musée National du Sport...

*****

Au musée des Sports de Nice, toute la journée les objets mythiques exposés vous observent quand, rêveur, vous imaginez leurs épopées.

Mais la nuit ?

La nuit… la mascotte des JO de Grenoble 1968, le piolet de Pierre Mazeau, la raquette de Yannick Noah, le casque d'Henri Pescarolo, les gants de Marcel Cerdan, tous les trophées s’animent, racontent leurs exploits, les espoirs, les peines, les joies des champions auxquels ils s’étaient affectivement attachés.

Magie du sport !

Ce soir-là le casque d’Henri Pescarolo est en verve, jusqu’à couper la parole aux pointes de Marie-José Perec toujours très bavardes.

Chut, écoutez-le.

De vous tous, dit-il, je suis celui qui a été le plus vite sur cette terre, deux cent quatre-vingt-dix kilomètres heure, ce ne fut pas sans risque.

Ce jeudi 16 avril 1969, mes amis quelle aventure !

Par un petit matin frisquet de printemps, toute l’équipe Matra Course est réunie au début de la célèbre ligne droite des Hunaudières. Ici les concurrents des 24 Heures du Mans roulent à plus de trois cent kilomètres heure, mais ce n’est qu’une route nationale plus ou moins bosselée et plus d’un pilote y a trouvé la mort.

Nous sommes là pour valider in situ le concept aérodynamique de la Matra M640, une carrosserie très fluide, une goutte d’eau étudiée pour dépasser quatre cent kilomètres heure. Ils appellent cela un « shakedown », un vol d’essai en langage aéronautique, ils ne croient pas si bien dire.

  • La rosée a séché, on peut commencer.

Nous attendons Johnny, il est prévu qu’il débute les essais pour chauffer la mécanique.

Johnny, c’est Johnny Servoz-Gavin, bohème, fêtard, lève-tard, pilote exceptionnel.

L’attente s’éternise, la tension monte, les mécaniciens tripotent le moteur, vérifient et revérifient pour passer le temps. Toujours pas de Johnny, un rendez-vous manqué, le destin qui chavire.

  • Bon, il est dix heures, il faut se décider. Henri tu commences. Un premier aller-retour sans forcer, juste pour voir.

  • Bien compris, les sensations, seulement les sensations. Où est mon casque ?

  • Comment où est ton casque, si tu ne le sais pas, comment veux-tu que je le sache ?

Et Henri de crier :

  • Qui a vu mon casque ?

  • Mais ce n’est pas vrai, j’ai deux pilotes payés les yeux de la tête, l’un oublie de se lever, l’autre oublie son casque. Pas belle la vie ? Prends en un autre !

Impossible, chacun, ici, le sait bien. Henri ne conduira jamais sans moi, son casque fétiche vert pomme. Nouveau basculement du destin ? Si Johnny était arrivé entre temps, probablement.

Moi, je me cache dans l’herbe, ton sur ton, un mauvais pressentiment, quand une jolie donzelle me donne un grand coup de pied.

  • Aïe… Je l’ai trouvé !

  • Qui ça, Johnny ?

  • Non, le casque d’Henri.

  • On va pouvoir débuter, Henri à toi.

Henri se glisse dans la M640, se harnache, donne quelques coups d’accélérateur pour mettre le moteur à bonne température, roule lentement jusqu’à l’entrée de la ligne droite. Devant lui six kilomètres rectilignes.

L’odeur forte d’huile de ricin, le bruit caractéristique du moteur V12 de 430 chevaux, déjà la vitesse flirte avec les deux cent cinquante kilomètres heure. Nous arrivons au croisement de la route de Tours avec la départementale 92. Une grosse bosse propulse la M640 dans les airs.

J’ai alors ressenti une impression extraordinaire. En effet, dès que l’avant s’est levé, Henri s’est mis debout sur les freins. Mais comme les roues arrière avaient également décollé, le moteur a calé. Je me suis donc retrouvé aux alentours de 250-260 km/h dans un silence absolu, à la hauteur de la cime des arbres. Sachant que dans la seconde qui suivait, j’allais éclater et Henri mourir.

La Matra s’écrase sur le bas-côté, incontrôlable, part en toupie, tape un poteau électrique, heurte un arbre, stoppe net. Sous le choc, le réservoir d’essence explose, l'auto prend feu.

Secoué, éraflé, moi ça va, mais mon pauvre Pesca, toujours sanglé, fait un malaise. La chaleur des flammes le réveille. D'un geste vif, il se détache.

  • Je brûle ! crie Pescarolo.

Imbibés d'essence, torche vivante, nous plongeons dans le Roule Crotte, un ruisseau salvateur.

Un spectateur surgit et finit d’étouffer le feu avec son blouson.

Si le destin d’Henri a basculé, la mort s'est détournée. Resteront à vie les brûlures au visage, aux bras, au ventre et aux jambes, des fractures des 6e et 7e vertèbres dorsales.

La course automobile reste un sport vorace, vingt-deux pilotes perdront la vie pendant le déroulement des 24 Heures du Mans.

Mais quand le coureur est sauf, ces spectaculaires accidents deviennent mythiques.

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Rédigé par Hervé

Publié dans #sport

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