Publié le 30 Août 2016

En attendant la rentrée et le nouveau thème, une nouvelle tirée du recueil BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR...

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Les pelotes de laine roulent aux pieds de Juana. Assise devant sa maison, elle tisse un motif multicolore, une figure traditionnelle héritée de ses ancêtres Incas. Mais ce n'est pas aux ancêtres qu'elle songe en ce moment ; elle se dépêche de terminer son ouvrage pour rejoindre ses amies sur la place de Churubamba, place nommée pour l'heure “ cancha ”, terrain de foot. Le foot, c'est sa passion à Juana. À ses amies aussi. Dès qu'un peu de temps se libère - après le travail aux champs, les soins au bétail, les enfants à élever et tout le reste - elles se retrouvent pour jouer, pour le plaisir immense de se défouler, de rire, d'exister. Dans les Andes péruviennes, ce sport est si important pour les femmes des villages quechuas que le maire du chef-lieu a organisé un championnat de football féminin, le Fulbito andino. Une occasion pour elles de voyager, de rencontrer d'autres communautés, de participer au développement de la région.

Juana se souvient du premier match. Elles sont parties de Churubamba avant le lever du soleil pour le village voisin, à quatre heures de marche dans la montagne. Sur la route, la pluie les a rattrapées. Heureusement, son fils était bien emmitouflé. Elle le porte sur son dos, dans une couverture de laine nouée à ses épaules. Elle ne peut pas le laisser chez elle avec ses autres enfants, elle l'allaite encore. À la mi-temps, elle profitera de la pause pour lui donner une tétée.

Devant elle le lama, chargé de présents, trébuche. Le sentier abrupt devient glissant, la bête nerveuse, dans cet univers minéral aussi gris que le ciel. L'ascension est pénible, mais le petit convoi avance, franchit le col et retrouve le soleil. En descendant vers la vallée, le paysage se transforme, se teinte de vert, d'herbe grasse, d'arbres touffus. Dans son lopin de terre caillouteux, là-haut, à Churubamba, la bêche s'enfonce à peine ; rares sont les plantes qui daignent y pousser. La vie doit être bien plus facile dans ce joli bourg...

Toute la population est là ; accueil en musique avec accordéoniste, batteur, flûtiste. Ces rencontres sportives sont prétexte à la fête. Le lama, délesté de son bât, se couche ; les cadeaux sont offerts. Pas le temps pour les femmes de se reposer, il faut commencer le match tout de suite sinon elles ne pourront pas rentrer chez elles avant la nuit.

Comme à Churubamba, le terrain, une prairie pelée avec deux poteaux pour délimiter les cages, ne respecte pas du tout les dimensions réglementaires. Mais Juana ne le sait pas. Elle ne connaît pas les matches professionnels, n'a jamais entendu parler de Zidane ou de Zlatan, ni du Championnat d'Europe 2016 qui débute, ailleurs, sur un grand stade. Dans son village perché à 4000 mètres d'altitude, il n'y a pas d'électricité. Mais il y a du foot, le foot des femmes, au-dessus des nuages. Le foot, ça fait oublier le quotidien trop dur.

Les équipes se mettent en place. Juana confie son fils à une spectatrice, gagne le terrain. Les femmes jouent vêtues de leurs habits traditionnels : jupe - noire pour Churubamba, orange pour les adversaires – gilet de laine d'alpaga, chapeau plat posé sur leurs tresses brunes. Pas de protège-tibias, ni de chaussettes ou de crampons, juste des sandales au cuir usé. Malgré la fatigue du trajet, les footballeuses de Churubamba dominent. Les joues rouges comme nulle part ailleurs, le souffle puissant à force de gravir quotidiennement une montagne à l'oxygène rare, elles ont une résistance exceptionnelle. Pourtant, elles ont connu quelques difficultés en début de match. Les adversaires, plus fraîches, sont rapides ; deux jambes surmontées d'une jupe orange surgissent devant les pieds de Juana, juste au moment d'un tir. Surprise, elle retient son shoot pour éviter de les percuter et loupe le but.

~ Ailleurs, sur un grand stade, un footballeur en griffe un autre au visage, lui enfonce un pouce dans une narine...

Règle n° 1 des Valeurs du Sport : la loyauté

Churubamba = 1 / Europa League = 0

Mais ça, Juana ne le sait pas.

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Le match continue, les jupons tourbillonnent, le ballon virevolte, file au but à la dernière minute. Rires, cris de joie. Les femmes de Churubamba exultent. Elles ont gagné, emportent chacune un cochon d'Inde. Un trophée somptueux : le cochon d'Inde est un met raffiné. Juana a dégusté le sien en famille lors d'un repas de fête.

Le motif du tissage progresse. Les mains de la jeune femme travaillent, autonomes ; dans sa tête défile le second match. C'était dans un autre village, avec une belle récompense : un poulet bien dodu pour chaque joueuse de l'équipe victorieuse. Cette fois-ci, elles ont été battues. Dommage, la volaille aurait été la bienvenue pour améliorer les repas de pommes de terre ou de maïs. Elles auraient dû gagner, c'est injuste ! Elles s'étaient bien exercées, avaient consulté le chamane, écouté ses conseils. Non, la victoire des autres n'est pas méritée ! L'équipe maugrée tout bas, regard courroucé vers le groupe vainqueur. Mauvaises pensées... Juana chasse son dépit. Les perdantes dépassent leur déception, félicitent les gagnantes, saluent l'arbitre. Tout le monde se retrouve pour faire la fête dans la bonne humeur.

~ Ailleurs, sur un grand stade, un joueur expulsé d'un match traite l'arbitre de “ nul ” et la France de “ pays de merde ”...

Règle n° 2 des Valeurs du Sport : le respect

Churubamba = 1 / Ligue des Champions = 0

Mais ça, Juana ne le sait pas.

.....

Ce second match perdu les a motivées pour le troisième. Embarquée à l’arrière d'une camionnette, l'équipe roule jusqu'à Urcos, ville riche et métissée. Son plus grand voyage, à plus de cent kilomètres du village, pour cette rencontre du Fulbito andino. Là, un vrai stade, des drapeaux, des gradins, du public, des adversaires entraînées. Intimidant... Le match est rude, les jupons se démènent ; ça court, ça crie, les gardiennes se surpassent, repoussent tous les ballons. La partie s'emballe, l'adversaire s'épuise et... but ! À la mi-temps, le score est de 1 à 0 pour Churubamba. Euphorie et... prudence ; ce n'est pas terminé. Conciliabules stratégiques sous les chapeaux multicolores, allaitement des enfants, encouragements des maris. La partie reprend, les filles d'Urcos poussent, Churubamba tient. Ultime tentative locale et... coup de sifflet final ! Exploit inconcevable jusqu'à présent ! Elles ont vaincu les citadines, repartent avec mille kilos de pommes de terre de semence ! De quoi nourrir tout le village pendant des mois. Un triomphe ! D'autant plus grand que les autres ont tout fait pour l'empêcher. Quelques coups de pieds mal intentionnés ont fusé vers les chevilles et les tibias de l'équipe, quelques contusions sont encore douloureuses. Sportives magnifiques, les femmes de Churubamba ont ignoré ces attaques. Elles ont juste joué leur meilleur football jusqu'à la victoire.

~ Ailleurs, sur un grand stade, un joueur s'énerve et donne un “ coup de boule ” à son adversaire...

Règle n° 3 des Valeurs du Sport : le contrôle de soi

Churubamba = 1 / Coupe du monde = 0

Mais ça, Juana ne le sait pas.

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Quand elle joue au foot, son mari l'admire, elle se sent grandiose. Elle a bien vu cette lueur nouvelle dans son regard, dans celui des autres hommes aussi ; ils sont fiers de leurs épouses footballeuses. Le village tout entier les soutient. Elles ont acquis un statut d'ambassadrices ; grâce à elles, des échanges s'organisent entre les communautés. Le foot pour Juana, c'est la reconnaissance, l'émancipation. Avec ses amies, elles se hissent vers une autonomie inconnue jusqu'alors. Et puis, le jeu soude l'équipe, lui donne de la force. Assez de force pour qu'elles aillent, toutes ensemble, affronter les autorités locales afin de demander le branchement de l'électricité au village. Une chose impensable avant ! Elles osent.

~ Ailleurs, sur un grand stade, un joueur se prend pour un caïd, trahit l'esprit d'équipe par un comportement individualiste forcené...

Règle n° 4 des Valeurs du Sport : le dépassement de soi

Churubamba = 1 / Mondial = 0

Mais ça, Juana ne le sait pas.

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Le foot, c'est sa plus belle idée du bonheur à Juana. Une explosion dans la poitrine, le cœur qui déborde, la joie répandue dans chaque atome de son corps. Tous les problèmes disparaissent, engloutis par ce moment de partage exubérant. Poursuivre le ballon, le donner, le recevoir, et la course fougueuse jusqu'à la cage, là-bas, au fond du terrain ; la poussière dorée vole autour des chevilles, les sandales martèlent le sol, galop d'un cheval emballé, l'excitation se propage dans le groupe, ventilée de halètements et de souffles allègres. Le but marqué pulvérise les tensions, elles ont envie de rire aux éclats pendant dix minutes.

~ Ailleurs, sur un grand stade, une équipe de footballeurs en colère se met en grève pendant la Coupe du monde...

Règle n° 5 des Valeurs du Sport : la joie dans le sport

Churubamba = 1 / Coupe du monde = 0

SCORE : 5 à 0 POUR CHURUBAMBA

Mais ça, Juana ne le sait pas.

Elle ne sait rien du succès de son village dans ce tournoi éthique.

Elle ne connaît pas la liste des cinq valeurs du sport établie par l'Académie des Sports.

Elle n' a pas besoin de la connaître, les autres femmes non plus.

Ces valeurs, elles les portent naturellement,

le sport qu'elles pratiquent ne fait que les révéler.

.....

Son ouvrage terminé, Juana range les pelotes de laine et file vers la “ cancha ”. Ses amies l'attendent. La solidarité de l'équipe exalte le bonheur de jouer ensemble ; le groupe ne fait qu'un seul corps, fier de ses victoires, de son immense victoire, là-haut, au-dessus des nuages.

Mais ça, le Championnat d'Europe 2016 ne le sait pas...

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Rédigé par Mado

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Publié le 24 Août 2016

Un essai d'écriture "Nouveau Roman", inspiré par Nathalie Sarraute... et un sportif à cran dans BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR...

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Il est rentré pour les fêtes ; ils étaient tous là à le féliciter pour sa médaille d'or. Tu as été magnifique... quelle course ! Des questions mille fois entendues revenaient... pas trop dur l'entraînement ? Et les filles de l'équipe... à part le sport... hein ? Ah ! C'est qu'il a du courage vous savez... un bon garçon... très fière de lui. Son père ? Oh ! Oui ! Très fier aussi, pensez donc...

Lui les regardait, engoncé dans un costume devenu trop étroit. Regardez-le ! Il a encore pris du muscle … hé, tu vas faire sauter les coutures mon fils ! Un sourire... Ah ! Qu'il est drôle ce père ! Il l'était moins quand il l'obligeait, enfant, à des entraînements intensifs... Et orgueilleux en plus !... J'ai bien fait de le pousser, hein ? C'est un peu grâce à moi que tu as si bien réussi, non ? Dire qu'il voulait devenir écrivain ! Tu parles d'un métier... pas d'avenir... toujours assis à ne rien faire... que du blabla... des feignants...

Opiner de la tête en ravalant sa rage. Sourire. Et au beau milieu du repas, renverser la table de ses bras puissants, noyer sa médaille dans la sauce grasse et fuir en hurlant les mots qu'il n'avait jamais pu écrire.

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Rédigé par Carmella

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Publié le 24 Août 2016

Quand la femme du supporter s'en mêle, la rancœur suinte dans BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR...

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Ils sont affalés dans le salon, qui sur le divan, qui sur la chaise ou même parterre, croquant des frites, buvant des bières et criant de temps en temps :

- Oh ! Non ! Non, l'imbécile ! Il a raté son coup ! Nul, l'arbitre !

Elle, elle reste à côté, entre cuisine et salon. Soyons polie, soyons aimable, bonne épouse de supporter de l'OGCNice. Il lui arrive de jeter un œil sur le match ; juste un œil ; pas très passionnant : des mâles se courent après, se cognent, se font chuter et galopent ici et là.

Roger et ses copains respirent au rythme du match ; il se laisse aller, le Roger ; il est mal fringué, le T-shirt de l'OGCNice vieux et déchiré ; les copains pareils, vulgaires, moches, minables, pas attirants pour un sou ; on grogne, on souffle, on chahute, pieds sur la table, cheveux en bataille, le poing levé parfois ; parler avec ses poings, comme un singe, grogner, rouspéter, râler, houspiller ; vocabulaire primaire, vocabulaire de primate. Hommes déchus vivant par l'intermédiaire des footballeurs, aventuriers de la télévision.

Avant, c'était les jeux du cirque - du pain et des jeux- univers parallèles, vivre par l'autre, se fondre dans l'autre, n'être plus rien ; rien que l'autre, l'ombre de sa main, l'ombre de son ombre, l'ombre d'un ballon. Illusion, réalité - ne plus savoir. Se relier à tous les supporters du monde par les mêmes regards, les mêmes gestes, les mêmes cris .

- Issa Nissa !

- A mort, l'arbitre !

Minable monde parallèle pour oublier sa vie minable et médiocre .

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Rédigé par Viviane

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Publié le 22 Août 2016

Parfois, les rêves restent des rêves dans BALLON ROND ET PUMES D'AZUR...

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Le médecin s’installe derrière son bureau, prend les radios qui se trouvent devant lui, les étudie pendant un bon moment, les compare les unes aux autres. Il lève les yeux et regarde d’abord le père, ensuite le fils pour poser de nouveau ses yeux sur le père, s’adressant à lui en lui disant qu’il était désolé, mais que son fils avait hérité de la malformation du genou du père. Il ne pourra pas faire du ski de compétition, c’était totalement exclu. Là, toute de suite, il pouvait lui faire une injection de cortisone pour soulager sa douleur, mais c’était tout ce qu’il pouvait faire.

Un silence profond s’installe dans le cabinet du médecin, et quand le garçon commence à sangloter, le père se met en colère. Mais ce n’est pas possible, on peut envoyer l’homme sur la lune, on peut faire des bébés éprouvette, choisir le sexe, la couleur des yeux, des cheveux de son enfant, bientôt on va cloner l’homme, mais on ne peut pas réparer une toute petite malformation au genou ? C’est impossible. Il y a certainement des chirurgiens spécialistes du genou, en Amérique, en Russie, en Chine. On n’allait pas en rester là, à se dire bêtement qu’il n’y avait rien à faire.

Le médecin essaie de l’interrompre, de lui dire que son fils pouvait vivre normalement, qu’il pouvait faire du ski de piste le week-end, pendant les vacances, comme le père d’ailleurs, mais que les efforts de la compétition allaient trop user ce genou, il devait d’ores et déjà s’en rendre compte. Il ne pouvait pas faire à son fils une injection de cortisone toutes les semaines. C’était une substance qui avait des effets secondaires non négligeables, et puis, à trente ans, son fils n’aurait tout simplement plus de genoux. De toute façon, la malformation allait empêcher son fils d'être parmi les meilleurs, il se ruinerait la santé pour rien. Le prix à payer était bien trop élevé.

Le fils se lève, dit à son père qu’il faut partir, dit au revoir au médecin, au revoir et merci. Dehors, il se jette dans les bras de son père, lui dit que ce n’est pas grave, qu’il fera autre chose.

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Rédigé par Iliola

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Publié le 17 Août 2016

Une anecdote footballistique se glisse dans BALLON ROND ET PLUMES D'AZUR :

Lors d'un changement, un joueur aux jambes maigres et aux cheveux colorés coiffés en crête sur sa tête entre sur le terrain. Quelques dribbles plus tard, il provoque un cafouillage, le ballon file chez l'adversaire qui marque un but. Un supporter lui crie alors d'aller se faire tondre la crête. Le lendemain, le jeune homme croise le coiffeur qui lui conseille la raie au milieu, bien dégagé derrière les oreilles.

L'atelier traverse cette histoire en exercices de style...

ALEXANDRINS

Pendant un match de foot et lors d'un changement,

Entre sur le terrain un joueur, jambes maigres ;

Sur sa tête flamboie une crête allègre,

Bien dressée, l'arrogante, au chef du chenapan.

Une passe, un ballon, il s'emmêle les pinceaux ;

Le ballon lui échappe au cours du cafouillage,

File chez l'adversaire qui tire dans la cage ;

Le but est validé, public hue notre sot.

Un supporter lui crie : ”Va t'faire tondre la crête ! ”

Et c'est le lendemain qu'il croise le coiffeur ;

Celui-ci lui déclare : “ Ça va faire un malheur

Si tu fais une raie au milieu de ta tête ! ”

Carmella

ANIMISME

Il m'avait choisie,

Il m’avait créée rouge,

Il m’aimait telle que j’étais,

Et moi aussi, je m’aimais ainsi.

Mon Pascalou alla jouer au ballon

Devant une foule hystérique,

Mais fit une erreur fatale.

On l’insulta,

On m’insulta.

Eh ! Vas te faire tondre !

Le lendemain, mon Pascalou

Me mit à mort,

Tel Matamore !

Dure vie pour une crête animique !

Triste mort, mais je reviendrai !

Mon Pascalou, je reviendrai !

Viviane

INJURIEUX

Pendant le match de foot de samedi dernier, un connard aux jambes maigres, sans muscles, est entré sur le terrain. Il avait des cheveux de punk, de dégénéré. Ils étaient bleus et ce crétin les avait coiffés en crête au sommet de son crâne. Je voyais rouge et, effectivement, quelques dribbles plus tard, il a fait une connerie monstrueuse et notre équipe a perdu la balle. Ces sanguinaires de l’équipe adverse en ont toute de suite profité pour marquer un but. Je l’ai alors copieusement insulté, ce punk, le traitant de tous les noms d’oiseaux et lui conseillant d’aller se faire tondre la crête.

Le lendemain, j’ai revu ce dégénéré chez le coiffeur qui lui a conseillé une coiffure avec la raie au milieu et bien dégagée derrière les oreilles. Ainsi, ce débile aurait l’air plus normal, mais je doute qu’il saura mieux jouer au foot.

Iliola

FIB

Un

Match

De foot

Balle perdue

Crêtés tels des coqs

L'entraîneur coupa bien à ras.

TANKA

Jambes maigres, crêtes au vent,

Joueurs nuls, ballon perdant

Supporters gueulards

“ Va te faire tondre connard ”

Demain, demain, le rasoir.

Hervé

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Rédigé par Carmella

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Publié le 15 Août 2016

Au Musée National du Sport...

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Au musée des Sports de Nice, toute la journée les objets mythiques exposés vous observent quand, rêveur, vous imaginez leurs épopées.

Mais la nuit ?

La nuit… la mascotte des JO de Grenoble 1968, le piolet de Pierre Mazeau, la raquette de Yannick Noah, le casque d'Henri Pescarolo, les gants de Marcel Cerdan, tous les trophées s’animent, racontent leurs exploits, les espoirs, les peines, les joies des champions auxquels ils s’étaient affectivement attachés.

Magie du sport !

Ce soir-là le casque d’Henri Pescarolo est en verve, jusqu’à couper la parole aux pointes de Marie-José Perec toujours très bavardes.

Chut, écoutez-le.

De vous tous, dit-il, je suis celui qui a été le plus vite sur cette terre, deux cent quatre-vingt-dix kilomètres heure, ce ne fut pas sans risque.

Ce jeudi 16 avril 1969, mes amis quelle aventure !

Par un petit matin frisquet de printemps, toute l’équipe Matra Course est réunie au début de la célèbre ligne droite des Hunaudières. Ici les concurrents des 24 Heures du Mans roulent à plus de trois cent kilomètres heure, mais ce n’est qu’une route nationale plus ou moins bosselée et plus d’un pilote y a trouvé la mort.

Nous sommes là pour valider in situ le concept aérodynamique de la Matra M640, une carrosserie très fluide, une goutte d’eau étudiée pour dépasser quatre cent kilomètres heure. Ils appellent cela un « shakedown », un vol d’essai en langage aéronautique, ils ne croient pas si bien dire.

  • La rosée a séché, on peut commencer.

Nous attendons Johnny, il est prévu qu’il débute les essais pour chauffer la mécanique.

Johnny, c’est Johnny Servoz-Gavin, bohème, fêtard, lève-tard, pilote exceptionnel.

L’attente s’éternise, la tension monte, les mécaniciens tripotent le moteur, vérifient et revérifient pour passer le temps. Toujours pas de Johnny, un rendez-vous manqué, le destin qui chavire.

  • Bon, il est dix heures, il faut se décider. Henri tu commences. Un premier aller-retour sans forcer, juste pour voir.

  • Bien compris, les sensations, seulement les sensations. Où est mon casque ?

  • Comment où est ton casque, si tu ne le sais pas, comment veux-tu que je le sache ?

Et Henri de crier :

  • Qui a vu mon casque ?

  • Mais ce n’est pas vrai, j’ai deux pilotes payés les yeux de la tête, l’un oublie de se lever, l’autre oublie son casque. Pas belle la vie ? Prends en un autre !

Impossible, chacun, ici, le sait bien. Henri ne conduira jamais sans moi, son casque fétiche vert pomme. Nouveau basculement du destin ? Si Johnny était arrivé entre temps, probablement.

Moi, je me cache dans l’herbe, ton sur ton, un mauvais pressentiment, quand une jolie donzelle me donne un grand coup de pied.

  • Aïe… Je l’ai trouvé !

  • Qui ça, Johnny ?

  • Non, le casque d’Henri.

  • On va pouvoir débuter, Henri à toi.

Henri se glisse dans la M640, se harnache, donne quelques coups d’accélérateur pour mettre le moteur à bonne température, roule lentement jusqu’à l’entrée de la ligne droite. Devant lui six kilomètres rectilignes.

L’odeur forte d’huile de ricin, le bruit caractéristique du moteur V12 de 430 chevaux, déjà la vitesse flirte avec les deux cent cinquante kilomètres heure. Nous arrivons au croisement de la route de Tours avec la départementale 92. Une grosse bosse propulse la M640 dans les airs.

J’ai alors ressenti une impression extraordinaire. En effet, dès que l’avant s’est levé, Henri s’est mis debout sur les freins. Mais comme les roues arrière avaient également décollé, le moteur a calé. Je me suis donc retrouvé aux alentours de 250-260 km/h dans un silence absolu, à la hauteur de la cime des arbres. Sachant que dans la seconde qui suivait, j’allais éclater et Henri mourir.

La Matra s’écrase sur le bas-côté, incontrôlable, part en toupie, tape un poteau électrique, heurte un arbre, stoppe net. Sous le choc, le réservoir d’essence explose, l'auto prend feu.

Secoué, éraflé, moi ça va, mais mon pauvre Pesca, toujours sanglé, fait un malaise. La chaleur des flammes le réveille. D'un geste vif, il se détache.

  • Je brûle ! crie Pescarolo.

Imbibés d'essence, torche vivante, nous plongeons dans le Roule Crotte, un ruisseau salvateur.

Un spectateur surgit et finit d’étouffer le feu avec son blouson.

Si le destin d’Henri a basculé, la mort s'est détournée. Resteront à vie les brûlures au visage, aux bras, au ventre et aux jambes, des fractures des 6e et 7e vertèbres dorsales.

La course automobile reste un sport vorace, vingt-deux pilotes perdront la vie pendant le déroulement des 24 Heures du Mans.

Mais quand le coureur est sauf, ces spectaculaires accidents deviennent mythiques.

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Rédigé par Hervé

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Publié le 14 Août 2016

Les objets bavards du Musée National du Sport papotent dans "Ballon rond et plumes d'azur"...

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Somnolant dans mon écrin, je suis réveillée par les éclats de rire de quelques jeunes en visite au musée du sport de Nice, lieu où je réside. En les écoutant, je réalise qu’ils se moquent de moi.

  • Tu as vu cette montre ? Elle est complètement ringarde. Elle était à qui ?

  • A Maurice Herzog.

  • C’est qui, ça ?

  • Ce n’est pas un footballeur, sinon, je le connaîtrais.

Je suis outrée ! Mon maître, il a fait bien mieux que courir après un ballon sur un terrain plat et bien délimité. Il a défié la nature, s’est mesuré à la montagne, aux plus hauts sommets que l’on trouve sur terre.

Moi, je ne crains ni le froid, ni le chaud, je ne sais pas ce que c’est, faire un effort démesuré. Je m’applique modestement à faire tic-tac de façon régulière, pour que la position de mes aiguilles sur le cadran correspondent fidèlement au mouvement de la terre sur elle-même, et cela jour après jour, année après année, siècle après siècle.

Mais j’ai bien vu souffrir mon maître, souffrir du froid, du manque d’oxygène, de l’effort fourni. J’ai vu ses doigts et ses orteils gelés. Vers la fin de ses ascensions, chaque pas était un calvaire pour lui et ses camarades. Le risque d’une chute, d’une dégringolade, de l’ouverture d’une crevasse dans la neige éternelle, d’un bloc de glace ou de rocher qui se détache était omniprésent. En dépit du danger, de la peur, de l’épuisement, j’ai vu la détermination dans ses yeux, détermination qui lui a permis, à lui et ses camarades, de vaincre tous les obstacles. Il est ainsi venu à bout de la montagne, du froid, de la glace et même de ses propres faiblesses.

Ces jeunes devant la vitrine, qui se moquent de moi, n’ont aucune idée de ce que nous avons vécu, mon maître et moi, en ce printemps 1950, lorsqu’il a été le premier à atteindre, en compagnie de Louis Lachenal, un sommet de plus de 8000 mètres. Je n’oublierai jamais ce 3 juin 1950, où j’ai pu admirer avec eux un panorama éblouissant que personne n’avait vu avant. L’Annapurna, invaincue jusqu’à l’arrivée de mon maître, est notre Everest !

Tous les jeunes ne pensent pas comme ceux qui sont là aujourd’hui. Souvent, je vois défiler des alpinistes, plus ou moins audacieux, plus ou moins téméraires. Ils ont en commun de porter une admiration véritable à mon maître, décédé malheureusement avant moi. Oui, il y a toujours des alpinistes qui marchent sur les traces de Maurice, qui défient la montagne et leur propre souffrance, qui acceptent même de mourir pour se prouver je ne sais quoi. Mais une montre, que peut-elle comprendre aux ambitions humaines ?

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Rédigé par Iliola

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Publié le 12 Août 2016

Au clair de la Lune, les objets s'animent au Musée National du Sport, le recueil "Ballon rond et plumes d'azur" a recueilli leurs confidences...

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La nuit tombe sur le Musée du Sport. La pénombre et le silence s'installent. Pendant quelques instants, rien ne bouge. Puis un bruissement par-ci, un murmure par-là... Les objets s'éveillent, se racontent.

Le ballon de la finale de la Coupe du monde de 1998 réunit sa cour d’admirateurs. Il radote un peu, mais les autres l'écoutent. Il reprend la même histoire tous les soirs :

C'était le 12 juillet, il y avait une foule immense dans le stade. Moi, je suis dans un panier avec d'autres, j'ai peur que l'on choisisse un de mes voisins. Quand l'arbitre s'approche, je vous jure, je tremble. C'est peut-être pour cela qu'il me remarque... je ne sais pas... En tout cas, je me retrouve sur la pelouse, dans la lumière.

Le coup de sifflet retentit ; projeté au ras de l'herbe, je rebondis de pied en pied, comme une bille de flipper. J'essaie de rester dans les crampons de Zinedine ; je sais que l'on sera une équipe formidable tous les deux. Je me fais souple pour épouser la forme de ses chaussures, pour que son coup soit percutant, pour le mener à la victoire. Faut dire que nous avons eu un aparté avant le match. Il s'est confié à moi, a murmuré son trac sur mes coutures, comme une prière ; il m'a même embrassé, alors, vous pensez bien que je fais tout pour lui.

On se démène, on traverse le terrain je ne sais combien de fois. Je roule d'un joueur à l'autre mais je ne le perds jamais de vue, même d'en haut. Quand je ne peux atteindre ses pieds, je me débrouille pour tomber pile sur sa tête. Notre bonne entente se conclut par deux buts. Pour ne pas être accusé de favoritisme, je colle Emmanuel pour le troisième. Quel triomphe ! La liesse nationale, les klaxons, les cris, les chants !

Zinedine m'a serré contre lui, m'a orné d'un autographe. Tous les autres joueurs en ont fait autant. Alors, on m'a mis en lieu sûr ; je suis devenu un ballon précieux, le symbole de la victoire, le symbole d'une équipe solidaire, colorée, d'une France “ Black-Blanc-Beur ”.

Le ballon se tait, sa tête ronde pleine de souvenirs. Agacée, la raquette de Yannick Noah vibre de toutes ses cordes :

Il n'y a pas que toi qui remportes des victoires. Moi aussi avec Yannick ! On allait partout ensemble, je l'ai accompagné sur tous les courts, j'ai été sa confidente. Il me racontait ses chagrins, ses douceurs, sa vie quoi ! Je me souviens d'un jour de printemps à Roland-Garros ; il m'a utilisée pour faire connaissance d'une jolie jeune femme en la heurtant – soi-disant sans faire exprès - pour qu'elle se retourne. Grâce à moi, une idylle est née. Tu vois, il n'y a pas que le sport...

Le ballon victorieux toise la raquette :

Non, il n'y a pas que le sport. Il n'y a pas que la romance non plus... Il y a beaucoup plus que cela. Il y a la joie, les espérances enfouies dans le cœur des enfants. Quand ils viennent me voir, c'est leur rêve qu'ils contemplent.

La raquette approuve, le ballon retourne à sa méditation. Là-bas, dans la pénombre, la montre de Maurice Herzog chuchote le vent des montagnes ; accroché à ses mots, le piolet de Pierre Mazeaud l'écoute.

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Rédigé par Mado

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Publié le 10 Août 2016

Le sport se pratique vraiment n'importe où dans le recueil "Ballon rond et plumes d'azur"...

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Non, ma fille, non ! Ne ferme pas les volets, laisse la Lune à ma fenêtre. Elle a la délicatesse de me rendre visite, pleine et ronde, gorgée de soleil. Elle illumine mon crépuscule, ravive un de mes plus beaux souvenirs.

Vous n'étiez pas encore nés, les enfants. Vos parents avaient alors votre âge et moi, j'avais fait une promesse insensée à mon père. Un jour de 1971, j'ai eu l'opportunité de pouvoir la réaliser. Il a fallu ruser, trafiquer mon accoutrement pour y insérer le matériel, convaincre mes supérieurs. Finalement, j'ai obtenu l'autorisation. Tout était si réglementé, pesé au gramme près ! Ah, oui ! Il a fallu toute une stratégie pour embarquer tout ça, mais j'y suis parvenu.

Le jour J, je n'en menais pas large. Je redoutais une complication de dernière minute, un problème de sécurité, mais j'ai passé les contrôles sans encombre. Je me suis installé avec l'équipage. Compte à rebours, mise à feu... on s'arrache ! L'azur vire au noir, la Terre s'éloigne, se transforme disque bleu strié de nuages blancs... Apollo 14 en orbite autour de la Lune et moi qui alunit. C'était grandiose ! Je l'avais tant attendu ! Savez-vous ce que j'ai dit quand j'ai posé le pied sur la Lune ?

« La route a été longue, mais nous y sommes ! »

J'ai effectué la mission que l'on m'avait confiée, puis j'ai tiré de ma manche le club démontable conçu spécialement pour cette occasion et deux balles. Et j'ai fait un swing ! C'est ce geste-là que j'avais promis à mon père, grand amateur de golf.

« Oui, j'ai joué au golf sur la Lune ! J'ai failli rater la première balle parce que j'étais gêné par ma combinaison spatiale et elle a lamentablement échoué dans un cratère tout proche. La seconde, grâce à la faible gravité, est partie sans bruit à des kilomètres et des kilomètres, semblant ne jamais vouloir alunir. Mais mon souvenir le plus fort, ce n'était pas d'être sur la Lune. C'était de voir la Terre. De l'émotion à l'état pur. Vue de là-haut, elle avait l'air si fragile. »

J'ai tenu ma promesse, j'ai joué au golf sur la Lune. J'y ai laissé les deux balles. Elles sont figées quelque part aux alentours des collines lunaires de Fra Mauro. Mon club, lui, est retourné sur Terre. Il est exposé au Musée du Golf de Far Hills, je crois...

Aujourd'hui la Lune, gardienne silencieuse de mon serment, me regarde par la fenêtre. Elle recueille mes derniers souffles, et quand je serai poussière, je ne veux pas de stèle du genre « Ci-gît Alan Shepard, le golfeur de la Lune ». C'est à l'océan bleu de la Terre que je veux retourner...

(Les deux textes en italique sont les véritables paroles d'Alan Shepard.)

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Rédigé par Carmella

Publié dans #sport

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Publié le 8 Août 2016

Une drôle d'aventure sur le stade de Nice... et de la SF pleine d'humour dans le recueil "Ballon rond et plumes d'azur"...

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Habituellement au mois de juin le soleil brille, nous l’aurions alors probablement vu venir. Mais cet après-midi-là le ciel déroule bas un tapis de nuages aux mille nuances de gris.

Assis tout en haut de la tribune de presse, je commente l’événement pour radio Dérision.

  • C’est parti. Le sifflet de Monsieur l’arbitre donne le coup d’envoi du match éliminatoire de la Coupe d’Europe 2016 qui oppose la Péricie en rouge au Livoria en bleu…

  • Bien fait ça de la part de l’avant-centre Péricien…

  • Une passe bien ajustée pour son latéral-droit…

  • Allez peut être que là, il y a moyen de faire quelque chose…

  • La Péricie s’installe dans le camp Livorian…

  • Oh ! Quel tacle, il y a faute là, Monsieur l’arbitre…

  • Effectivement l’arbitre siffle un coup franc, bravo…

  • Nooon, le ballon passe à ras du poteau…

  • Dégagement du goal loin devant…

  • Donné de la tête au numéro neuf, Tresi ; il a du champ…

  • Dommage il n’arrive pas à piquer sa passe, trop petite, trop étriquée, c’était pourtant bien joué…

  • Prugan intercepte et ça repart, petit pont, c’est un triangle de folie qui déboule chez les Livorians, ça peut allez très vite…

  • Berian récupère, il est bien rentré comme ses partenaires…

  • Ils vont réussir à les faire douter…

  • Ça alors… Incroyable ! Une soucoupe volante se pose dans le rond central, elle baigne dans un halo vert pomme…

  • Le jeu continu. En première intention, je dirais, Berian frappe…

Le halo vert s’intensifie, un éclair d’une puissance inouïe fige instantanément toutes les fonctions, tous les sens des spectateurs, des joueurs, même de Monsieur l’arbitre. Chacun reste dans l’état, la position où il était à l’instant du flash. Plus un son, plus la moindre odeur, plus un geste ; curieusement seuls les yeux, donc la vue, perdurent.

Ahurissant ! La bière renversée ne coule pas, la jambe de Berian reste tendue, le goal à l’horizontale entre les poteaux, le ballon stoppé à deux mètres du sol. Impossible ? Pourtant je n’élucubre pas.

De la soucoupe immobile à dix centimètres de la pelouse gicle une grosse poignée de petits ballons qui retombent en éventail. A l’impact, chaque ballon se transforme en humanoïde, mâle, femelle ? A priori rien ne permet de le déterminer. Tous sont dotés d’une tête de la dimension de la balle initiale, d’un corps de taille, de corpulence variables. Tous sont uniformément vert pomme, visiblement la couleur à la mode dans cette galaxie, mais laquelle ? Homo c’est certain puisqu’ils marchent debout sur deux jambes, fils de la terre, quelle terre ? Sont-ils une branche de notre humanité ou est-ce l’inverse ? Sont-ils venus en mode shopping ? Ici nous avons l’habitude de recevoir des touristes, noirs, blancs, jaunes ; des verts comme ça, nous n’en avions encore jamais vus.

Ils se livrent à des tâches bizarres. L’un s’approche de Monsieur l’arbitre, tourne autour pour finalement lui arracher un poil du nez qu’il glisse dans sa jambe comme dans une poche. Un autre sous la jambe toujours levée de Berian lui arrache un poil de la cuisse, un troisième cueille un poil dans la barbe du goal. Ces imberbes semblent passionnés par notre pilosité. Sans que je l’ai vu venir un fluet bien proportionné me fait face, son poing fermé, retourné, médius tendu soutenu par le pouce, cible mon visage. Grossier personnage, je m’attends au pire. Il ouvre la main, je vois ma photo. Il l’observe, la retaille, la plaque contre sa poitrine, la photo a disparu. E.T s’assoit à côté de moi, son bras s’allonge, son poing, son majeur nous visent, il ramène sa main, l’ouvre… un selfie ! Il porte cette fois la main à ce que je crois être sa bouche, hop la photo disparaît. A-t-il envoyé un MMS ?

Et là, j’ai un doute. Est-ce un ou une E.T ?

Mama Mia, qu’il ne lui prenne pas l’envie de m’emmener dans ses terres lointaines. Je la sens bien chatte, elle touche mes lèvres, je retrouve la parole, mon nez, je perçois ce parfum subtil de la salsepareille au premier jour d’avril, mes oreilles, j’entends le doux ronronnement émis par tout son corps. Aïe, aïe aïe mes aïeux, pourquoi moi ? Nous sommes vingt mille dans ce stade.

  • Bonjour, je m’appelle Boniface, et toi ?

  • Artchiwtouart.

  • Qu’est-ce que cela veut dire ?

  • Belle princesse pubère qui cherche un fiancé.

Je te l’avais dit ! Malheur, Huguette va me tambouriner un pataquès, je vous dis pas.

  • Tu viens d’où Atchoum ?

  • Pas Atchoum, Artchiwtouart ! Nous venons de l’amas de la Chouette dans la constellation de Cassiopée. C’est un amas ouvert, nous pouvons donc sortir pour visiter les environs.

  • La Terre… Les environs, tu rigoles !

Visiter les environs, hé bé. Quand avec Huguette nous allons à Vintimille faire le marché du vendredi, trente-cinq minutes, c’est toute une expédition. Atchoum et ses pommes vertes parcourent neuf mille trois cent années-lumière, hop là. Pardi la porte à côté, pense à ramener une fougasse !

  • Blaise viens avec nous, nous nous marierons, nous aurons un grand astéroïde avec beaucoup d’enfants. Chez nous pas de travail, pas d’impôts seulement des jeux, de l’amour. Chante avec moi « l’amas de la Chouette, alouette, cacahuète »

  • Pas Blaise, Boniface ! Tu sais, le coup du paradis, en France, on nous le fait tous les cinq ans.

Subrepticement Artchiwtouart m’arrache une poignée de cheveux.

  • Aïe ! Tu m’as fait mal

  • C’est quoi aïe, c’est quoi mal ?

  • Pourquoi ramasser tous ces poils, tu vas en faire un bouquet ? Ils ne fleurissent pas. Tu le sais ça ?

  • Les poils sont une découverte scientifique fondamentale. Quand nous allons les montrer au Comité des Sages nous serons décorés, voire plus. A quel endroit en as-tu encore ?

  • Sous les bras.

  • Tu me montres ?

J’enlève ma chemise, lui montre mes aisselles. Las, elle voit également ceux que j’ai sur la poitrine, elle mouline ses grandes mains, tend son doigt, clique cent photos ; excitée comme une puce ma dulcinée.

  • Oh, beau niçois, tu m’en donnes, tu m’en donnes !

Je m’en grappille une dizaine, les lui offre, le sourire un peu crispé par la douleur.

  • Et encore, où en as-tu ?

  • Euh, c’est tout…

  • Le fond de ton œil droit tortillonne, tu me racontes des cracks !

  • Atchoum, ils sont situés dans un endroit délicat, je ne peux pas te les montrer, encore moins t’en offrir, on se fréquente à peine. La morale, tu comprends ?

  • Pas Atchoum, Artchiwtouart ! Non, la morale n’existe pas, aïe non plus. J’exige, je veux observer de très très près.

  • Ne me crie pas dessus, regarde, mais fait vite.

Je me tourne, baisse mon pantalon, lui montre mon fessier abondamment pourvu… Sur Cassiopée la recherche fait un pas de géant. Instantanément elle pointe son médius en avant. Je me “ rembraille ” aussi sec.

  • Je veux en prélever une petite douzaine.

Basta ! Maintenant me vient la pigne.

  • Ah non ! tu ne les verras plus les poils de mon…

Pfut !

Subitement, Atchoum, humanoïdes, soucoupe volante, disparaissent. Le goal s’écrase sur la pelouse, le ballon file droit au but, Berian se masse la cuisse, Monsieur l’arbitre se gratte le nez, siffle la fin du match. La Péricie a battu le Livoria par un but à zéro.

Si quelqu’un vous raconte l’histoire de ce qui est arrivé ce jour du match éliminatoire de la Coupe d’Europe 2016, vous ne le croirez pas. Vous auriez raison si… vous pouviez m’expliquer ce que fait dans la galerie photo de mon smartphone ce selfie abracadabrantesque ?

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Rédigé par Hervé

Publié dans #sport

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