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Publié le 30 Mars 2017

THÈME : LES ANIMAUX

Le recueil MéditerraNice, sur le thème du patrimoine niçois et Méditerranée étant bouclé et en attente d'impression, l'atelier s'est choisi un nouveau thème : LES ANIMAUX.

 

Quelques textes ci-dessous :

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Publié le 29 Mars 2017

Marre d'être enfermé dans cette cage dorée, il y fait un peu trop chaud. Et puis l'isolement lui pèse à présent. L'immobilisme aussi. Autrefois, il adorait se promener dans les steppes arides, lézarder sous le soleil, se rouler en boule parfois.

Il a connu la vie en communauté, excitante, tant d'émotions en commun, une même avidité pour une cible alléchante, une proie convoitée par lui et ses alliés. Il veut retrouver ce désir, cette vibration. Il va s'évader.

Il se glisse tranquillement hors des parois de verre, rampe silencieusement, se faufile doucement hors des murs, direction la nature.

Humer l'air et ses fragrances, s'ouvrir à de nouveaux horizons. Quel plaisir ! Mais où aller maintenant ?

Il se dirige un peu au hasard, le long du trottoir déserté à cette heure tardive. Le vent le fait frémir un peu. Un véhicule spacieux et coloré attire son regard, comme un jouet jeté là pour lui. Il s'y infiltre malicieusement, usant du conduit d'aération; puis décide d'une petite sieste.

Claire rentre du travail. Une journée pénible, harassante même, la chef de service sur son dos, une vraie plaie. Elle va enfin pouvoir se relaxer, soirée musicale en vue, un concert classique, comme elle les aime dans sa ville natale, Bordeaux.

La clé dans la serrure. Il fait nuit maintenant. Elle s'installe pesamment, laisse tomber ses affaires sur le siège passager. Ouf ! un regard vers le rétro, une mèche de travers, bon ! c'est parti... La clé au tableau de bord, contact.. mais qu'est-ce que ? qu'est-ce que je vois, ces yeux dans le noir... je.. je rêve ? qu'est-ce qui m'arrive ?

Les yeux se rapprochent, suivis langoureusement d’un long corps sinueux qui rampe en silence, se coule hors de la gaine d'aération.

Claire, muette, se fige littéralement. La tête du boa vient se poser amoureusement sur ses genoux, ses yeux la fixent avec convoitise.

 

 

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Rédigé par Nadine

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Publié le 25 Mars 2017

Suite à l'atelier "Nouvelle littéraire", une mini-nouvelle à partir du titre :

 

MONDE SOUS-MARIN

 

La voiture arrive au terme du chemin caillouteux. S’arrête dans un nuage de poussière. Les pins ondulent lentement sous la brise. Bertrand et Virginie entament une descente chahutée vers la crique. Le sentier se perd parmi les lentisques et les genêts. Virginie est soucieuse :

-Tu penses qu’il sera là ?

-Mais évidement ! Comment voudrais-tu qu’il ne soit pas là ?

Les mouettes glissent sans bruit, inclinant bizarrement leurs têtes vers ces intrus et continuent leurs vols majestueux. La mer s’aperçoit en contrebas.

-Tu sais, plus j’y pense et plus je me dis qu’on aurait dû lui envoyer un signe. Je ne sais pas, on aurait peut-être pu laisser quelque chose hier ?

-Tu en as de bonnes toi ! Le prévenir, laisser quelque chose hier et pourquoi pas un SMS aussi ! Tu n’as pas oublié qu’il aime surtout sa liberté ! Tu es bien placée pour le savoir non ?

-Oui je sais ! Mais il est peut être blessé ?

-Ecoute, c’est toi qui lui as proposé cette vie ! Il avait l’air d’être d’accord. Pourquoi toujours imaginer le pire ?

La descente s’achève. La plage est atteinte. Un coup d’œil circulaire sur le sable et sur la mer : rien ! Personne ! Les pieds brûlent. Ils se déshabillent, se glissent dans l’eau. Virginie nage la tête sous la surface, les cheveux épars. Les vaguelettes la caresse, la submerge ; Après tout elle a donné le maximum.

Soudain une brûlure intense aux jambes et à l’épaule. Elle se sent envahie par une semi paralysie, prends conscience qu’elle a du mal à surnager, se sent couler. Bertrand parti dans une autre direction ne s’en rends pas compte. Elle voudrait crier, n’y arrive pas. Elle reprend son souffle et aperçoit une forme sombre qui s’approche, la pousse vers le rivage, la soutien. Elle pense :

-Ah ! Merci Bertrand, je n’ai pas vu ces méduses. Attention à toi !

Lui, se rappelle cette blessure profonde, ce mauvais coup d’hélice. Cette sensation de s’en aller loin, très loin …Puis cette main chaleureuse qui l’a recueilli, transporté au centre océanographique, soigné, choyé, remis à l’eau ici. Le dauphin chéri de Virginie est au rendez-vous …

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Rédigé par Gérald

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Publié le 25 Mars 2017

Tu es vraiment le plus fort. Le plus habile. Adulé, chéri par tout un peuple, qui apprécie ton élégance, tu déclenches l’enthousiasme admiratif à chacune de tes apparitions. Oui, je sais ! Certains sont d’un avis contraire, mais les entend-on ? Sont-ils représentatifs de l’âme de ce peuple fier ? De cette tradition qui remonte à la nuit des temps ?

Ton talent à te sortir des passes les plus difficiles, libère les passions, étouffe tes opposants qui finissent par dire : oui le talent, certes, mais pourquoi toujours une fin tragique pour le perdant ?

Demain pour cette belle étrangère qui t’a séduit, tu vas te surpasser, l’éblouir.

Attention, t’ont prévenu tes picadors, cet Islero de l’élevage Miura est vicieux. Il a une âme de prédateur. C’est un fauve à l’état brut ! Toi tu es resté de marbre. Des fauves, tu en as combattu combien ? Cent ? deux-cent ? Trois-cent ? Tu as toujours l’œil aiguisé qui anticipe la trajectoire, qui ôte ton corps offert à un fauve sûr de lui et berné à la dernière seconde. Tes esquives déclenchent l’émeute dans les gradins. Il peut s’enrouler autour de toi, te renifler, te chercher, tes Tercios, Véronique, Faenas ont toujours autorité sur sa force brutale. La bête s’arrête alors langue pendante, tête baissée, souffle court. Mais comment ? Il est toujours là celui-là ?

Toi, tu lui tournes le dos. Ta démarche ondulante, ta cape sous le bras soulève les foules. Les Aficionados se déchaînent. Les humbles te jettent leurs casquettes, les belles une fleur. Le spectacle peut continuer, ainsi en a décidé le maître des lieux. Tu dois aller jusqu'à l’affrontement décisif. Tu sais cela, tu attends cela ! La foule retient son souffle. Le risque pour toi est si mince. On connaît ta bravoure. Tu possède tellement bien ton métier. Le fauve attend, tête toujours basse. Tu te retournes brusquement. Tu lui fais face. Tu dégage ton épée cachée dans un pli de ta cape. Tu fonces. Les mouchoirs blancs sont sortis des poches pour te saluer plus tard, comme une forêt de jasmins. Les applaudissements sont retenus, suspendus à ton action. La bête immobile soulève brusquement sa tête. Sa corne te transperce la jambe, la fémorale est touchée. Tu t’effondres. Islero s’éloigne titubant sous une envolée de capes multicolores. L’épée tremble dans son flanc. Contre la barrière en bois du Callejon, le taureau tombe à genoux. Une immense clameur de tout un peuple triste s’élève des arènes, franchit les gradins et s’envole au loin vers les quartiers populaires. La belle étrangère est déçue. Elle serre la tige de sa rose rouge jusqu’au sang. Nous sommes en Andalousie, à Linarès pour la corrida de l’été. Le torero est mort …

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Rédigé par Gérald

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Publié le 25 Mars 2017

Accoudé au parapet du belvédère, mon regard est attiré par je ne sais quelle intuition vers un vol tournoyant de cigognes. Elles finissent par se poser sur un plateau aménagé ici au sommet des pylônes électriques. Ces grandes voyageuses ne se laissent pas approcher. Malgré leur bonhomie et leur facilité à se construire un abri, on ne les sent pas apprivoisées. Elles veillent jalousement sur leur liberté. Sauf peut-être sur ces champs de l’Algarve, qu’elles reconnaissent Dieu sait comment, où, après un vol de plusieurs heures depuis la lointaine Afrique, fatigue aidant, elles se posent, se laissant approcher par quelques paysannes qui leur apportent eau et nourriture. Ici fières et hautaines, elles ne fréquentent que les hauteurs et les champs déserts. Pourquoi ? Je ne le sais pas !

Au pied d’un de ce pylône, un petit enclos cultivé avec quelques poules qui sentent réveiller en elles, je ne sais quel appel sauvage. Elles, préoccupées habituellement par la capture d’un ver, dont l’assaut le plus vertigineux est la bordure de jardin ou le nichoir du poulailler, les voilà qui lèvent la tête vers ces seigneurs des airs et se mettent à battre des ailes, à rêver d’horizons inconnus. La proximité de ces consœurs si agiles leur fait chavirer la raison. Ces cigognes qui côtoient l’homme mais s’en tiennent toujours à distance m’ont toujours fait rêver. Je n’ai pas souvenir de cigognes domestiquées. Elles qui connaissent les courants ascendants, les vents d’altitude qui portent sans forcer, elles qui, par je ne sais quelle intuition, ont la mémoire des territoires traversés, des mares où il faut descendre pour boire et se reposer, ne jettent pas un regard vers ces volatiles nourris au pied du pylône.

 

Un jour dans le silence de l’automne finissant, les seigneurs des airs s’élèveront à l’heure qu’elles auront choisie, comme un voilier prend le large avec la marée descendante. Elles formeront en altitude, par je ne sais quelle magie, ces équipes en triangles si reconnaissables et leur géographie mémorisée les guidera vers les côtes d’Afrique pour passer l’hiver. La poule lèvera le bec, attirée par ce froissement d’ailes, inclinera la tête sur un côté puis sur l’autre. Essayera de comprendre ce qui se passe là-haut, mais, dépassée par l’évènement, plongera sur ce grain de maïs et oubliera ses ailes inutiles. Je ne sais pas pourquoi, mais j’aime les cigognes et leur liberté.

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Rédigé par Gérald

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Publié le 11 Mars 2017

Suite à l'atelier sur le personnage littéraire ...

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Sébastien le Vigoureux est inspecteur principal au commissariat central de Villeréal, petite ville au centre profond du pays. Il a toujours eu le sentiment de mal porter son nom. Du moins physiquement. La quarantaine passée, il avait fini par assumer le fait de ne pas être une armoire à glace. Longiligne, l’élégance sobre, il avait cette nonchalance des gens du sud, un tantinet choquante, qui cachait un esprit vif. Son supérieur, le commissaire Benoît, à deux doigts de la retraite comptait beaucoup sur son inspecteur principal pour lui succéder. Les rapports avaient été diffusés en haut lieu.

Sébastien appréhendait toujours la première entrevue. Les commentaires du type

-Ah ! C’est vous ?... Sous entendu –Ah ! C’est vous qui allez résoudre cette énigme ? Il y était habitué. Comme si le fait de s’adresser à un officier de police de cent kilos de muscles rassurait forcément ?

Son visage impassible ne laissait apparaître aucune émotion, mais rien n’échappait à son regard aiguisé. Certaines fois un temps de décalage lui était nécessaire, mais très vite la mémoire des choses vues et enregistrées, doublée d’une fine psychologie, le guidait vers « ce qui aurait dû se passer ».

Évidemment, il s’en méfiait lui-même. Les pistes les plus improbables étaient explorées pour étayer son premier ressenti. En fait, c’était un grand intuitif.

-Avoir du nez dans notre métier, ça ne peut être qu’une qualité, lui rabâchait son supérieur. Encore fallait-il compléter tout cela par des preuves, n’est-ce-pas ?

Sébastien aimait la musique. La grande musique. Il était subjugué par ces enchaînements logiques de notes qui entraînent le spectateur vers une issue qu’il pressent.

Est-ce que la vie ce n’est pas un peu cela ?

Enfin, celle vécue par les victimes qui avaient souvent vécu un enchaînement, peut être malgré elles, les conduisant vers une issue que l’on pouvait déduire.

 

Sébastien, plongé dans ses réflexions, roulait dans sa voiture de fonction vers la propriété du Comte de la Courtade. Son supérieur, alerté par Mr le maire, lui-même alerté par Mr le comte pour une affaire de braconnage dans sa propriété, qualifiée « d’assassinat » par l’intéressé, avait déclenché la procédure. Sébastien comprenait mal l’empressement de sa hiérarchie. Répondre à un fait divers : « cette biche qui avait bramé toute la nuit et cette découverte au petit matin … Pas de quoi affoler les populations ! ». Mr le Comte devait être un gros contribuable, il fallait lui démontrer que la sécurité de la province s’intéressait à tout. Certainement ! Quelle autre raison sinon ?

Arrivé au château, la presse était déjà là. Ludivine le reconnut et se précipita aussitôt vers lui.

-Sébastien, je compte sur toi. L’article fera la « une » demain. Je ne nommerai pas mes sources, tu le sais !

Lui sourit et se dirige, impassible, vers un groupe de personnes constitué du Comte, du garde-champêtre et du personnel d’écurie. Il se présente.

-Ah c’est vous ! Oui, la rengaine il connaît ! Il demande à être confronté au « drame ! ».

-Vous comprenez, lui dit Mr le Comte, ces braconniers doivent être arrêtés au plus tôt. Vous vous rendez compte ? Cette biche venait de mettre au monde ce faon ! C’est inhumain pour cette pauvre bête !

Sébastien, bien qu’agacé, ne laisse rien paraître.

-Mr le Comte, peut-on se rendre à l’endroit ou cela s’est passé ?

Le garde champêtre prit l’initiative et les conduisit à la limite d’une clairière.

Sur place, il vit la chaînette sectionnée d’un piège. En écartant les fourrés, il distingua une douille neuve de 9 m/m. Bigre, une arme de guerre. Il enfila aussitôt ses gants de latex, la ramassa et la glissa dans une petite pochette.

-Est-ce que quelqu’un a entendu un coup de feu ?

-Personne, répondit le comte. Avec cette biche qui bramait à fendre l’âme, que voulez-vous entendre ?

-Voyez-vous Mr le Comte, il importe plus de retrouver cette arme et l’homme qui s’en est servi que le coupable de ce braconnage.

-Qui est certainement la même personne, enchaîne le Comte.

-Peut-être, peut-être !...

Sébastien regrette aussitôt de ne pas avoir son équipe technique avec lui. Les herbes avaient été piétinées. A cet endroit, les traces éventuelles du tireur largement souillées. En élargissant son champ visuel, il remarque des herbes couchées et des marques brunes qui conduisent vers un chemin…

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Rédigé par Gérald

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Publié le 7 Mars 2017

Suite à l'atelier sur le personnage littéraire ...

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Arnaud Latour range son violon dans l’étui. Il répète tous les jours, et ce, depuis l’âge de cinq ans. Il a rencontré la musique à travers un concert diffusé à la télévision. L’enfant qu’il était alors a interrompu ses jeux, subjugué par le concerto pour violon n°5 de Mozart, par le chant aigu du violon porté par les instruments de l’orchestre comme la vague porte l’écume. Mélodie légère et sons flamboyants, la musique l’a transporté dans l’indicible émotion, à la rencontre de quelque chose de trop grand pour lui. Quelque chose de beau, de flou, qu’il a décidé ce jour-là de conquérir et de comprendre.

 

Aujourd’hui, à trente ans, Arnaud Latour est devenu un virtuose à la mode, adulé des mélomanes, surtout des mélomanes féminines. Quand il entre sur scène, son sourire parfait, ni trop large, ni trop emprunté, chavire le cœur des demoiselles. Quand il joue, son corps souple accompagne la musique, ploie, se tend, au rythme de l’archer. Grand, mince, c’est un bel homme au visage régulier, aux traits mobiles et délicats, au regard sombre traversé d’éclairs de passion. Avec ses cheveux bruns, légèrement bouclés, frémissant à chaque passage de l’archer, il est l’image-même du grand romantique.

 

Une caricature de beau gosse, sifflent quelques jaloux… Il a tout pour lui, l’envient d’autres. C’est vrai, il le sait. Il a la jeunesse, la beauté, le talent. Pourtant, depuis quelques temps, la musique ne le comble plus autant, comme s’il manquait quelque chose. Quelque chose de beau, de flou, qu’il cherche depuis son enfance. Quelque chose qu’il espère trouver en s’isolant pour le week-end à la campagne.

 

Le soir descend sur le paysage. A travers la fenêtre, il observe les derniers rayons de soleil colorer le ciel en rose. L’obscurité gagne la forêt alentour. C’est à ce moment-là qu’il entend le premier cri. Un brame aux accents désespérés résonne, grave, âpre de détresse. La biche a perdu son petit et pleure dans la nuit. Elle l’appelle, éperdue. Arnaud écoute sa complainte, les sons magnifiques déchirent la nuit, l’émotion lui pique la gorge. Il tire le violon de son étui, fait vibrer les cordes en une litanie râpeuse. Une prière pour la biche, pour le faon, un brame musical en écho au brame animal. C’est le son qu’il cherchait, le sens de sa quête. Maintenant, il sait. Il va travailler ce son, en faire la base d’une mélodie triste, quelque chose de beau, de flou.

 

La biche brame au clair de lune. Derrière la fenêtre, un faon s’approche, écoute pleurer le violon.

 

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Publié le 5 Mars 2017

Tentative d'écriture Fantasy...

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Dans le monde glacé du Septentrion Rugissant, le peuple des Urselfiens se compose d’elfes et d’ours. A chaque elfe son ours, à chaque ours son elfe. Indissociables, ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre, la mort de l’un entraîne la mort de l’autre. Comme si l’un était l’étincelle de vie de l’autre et inversement. Un Urselfien est en fait une seule personne composée de deux êtres ou un seul être composé de deux personnes : un elfe et un ours physiquement inséparables, liés par un lien invisible insectionnable.

 

C’est jour de fête aujourd’hui : Balati-Tabali, la fille du gouverneur, épouse en grandes pompes Osbur-Orsub, jeune chevalier urselfien. Il a fallu négocier longtemps pour parvenir à ce mariage car, fait rarissime, leurs ours respectifs refusaient cette union. D’habitude, elfes et ours sont tellement fusionnels que ce qui convient à l’un, convient automatiquement à l’autre. Mais les parties ours des fiancés ne s’appréciaient pas. L’idée de ce mariage a réactivé une vieille haine oubliée, une haine remontant à leurs ancêtres.

 

En ce temps-là, une guerre avait opposé leurs aïeuls. Ces derniers se sont battus pour conquérir le Livre de Connaissance. L’ancêtre de Balati-Tabali a terrassé son adversaire qui fut emprisonné de longues années. Son épouse, contrainte à l’exil, a élevé ses enfants dans un esprit de vengeance. Les générations se sont succédées, les rancœurs se sont apaisées, voire effacées dans la mémoire des elfes. Mais elles sont restées en sommeil dans celle des ours. La vieille histoire a surgi du passé. La partie ours du chevalier restait bloquée sur la vengeance. Mais la partie elfe a su désamorcer la colère ourse en expliquant que, bien des siècles plus tard, leur famille allait par ce mariage, accéder aussi au Livre de Connaissance.

 

Aujourd’hui, c’est la joie dans la ville. Les mariés défilent sur leur char tiré par quatre licornes immaculées. Les ours se sont parés de fleurs sauvages, les elfes portent des vêtements de soie tissés par la Belle Tribu des Vers à soie, venue exprès pour l’événement. L’épée d’or d’Osbur-Orsub scintille sous les soleils bleus. Le père de la mariée accueille les amoureux sous le kiosque à mariage. Le Livre de Connaissance s’ouvre, les mots s’envolent, s’irisent de lumière et retombent en pluie légère sur les mariés. La Connaissance les pénètre, la Mémoire et la Sagesse des Mondes désormais les habitent.

 

Et moi, humaine clandestine dans cette histoire, je repars sur la pointe des pieds, laissant le Septentrion Rugissant s’endormir dans mon imaginaire...

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Publié le 5 Mars 2017

Préhistoire et science-fiction...

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Le professeur Challenger a monté une nouvelle expédition pour le Monde Perdu. Il veut étudier un oiseau préhistorique, et vous savez quoi ? Je l’accompagne ! Une aventure fantastique non ? Je suis excitée et terrifiée en même temps. Le bateau s’approche de l’île, nous accostons. La forêt touffue, inquiétante d’obscurité et de cris épars, dévore la minuscule plage, nous happe au bout de trois pas. Le soleil peine à arriver jusqu’au sol. Nous progressons, cernés de lianes hostiles, de buissons piquants, d’arbres menaçants. Le silence, à peine dérangé par le crissement de nos pas, meurt bientôt sous les bruits sauvages. Autour de nous, ça gronde, ça grogne, ça stridule, ça rugit, ça feule. Au loin, là-bas, ici, tout près… faune invisible mais terriblement présente. Un crépitement court sur les feuilles sèches, une branche tremble sous un battement d’aile. Insaisissable, la vie animale n’est que rémanence.

 

Pas pour longtemps ! A l’orée d’une clairière, il se dresse devant nous. Un allosaurus immense, mâchoires grandes ouvertes, long cri rauque que mon instinct de survie traduit aussitôt par « Miam ! ». Le professeur Challenger détale à une vitesse supersonique, moi aussi. L’âme d’une gazelle habite mes jambes, je bondis par-dessus les taillis, me faufile entre les obstacles, talonnée de halètements, de martèlements furieux. Proie, je suis une proie ! Un morceau de viande sur pattes, affolé ! Promis, si je m’en sors, je deviens végétarienne !

Le professeur Challenger plonge derrière un rocher, j’en fais de même et tombe simultanément dans une pénombre épaisse et sur le vieil érudit.

C’est ici que commence le chemin des cavernes, m’explique le professeur. C’est un boyau profond et bien trop étroit pour l’allosaurus. Nous sommes en sécurité ici… enfin, j’espère…

 

Plutôt inquiétant ce j’espère ! Je scrute la nuit de la caverne. On dirait que quelque chose bouge là… je ne parviens pas à distinguer. Le professeur, lui, est focalisé par ce qui se passe à l’extérieur, c’est-à-dire deux énormes pattes griffues qui font les cent pas devant l’entrée de la grotte. Il a de la suite dans les idées ce bestiau ! Il se penche, ses naseaux viennent humer, renifler, souffler un air chaud et nauséabond, il est comme un chien sur une piste. Et moi, je suis comme un lièvre terrorisé au fond du terrier. Jusqu’à présent je n’avais guère de sympathie pour les chasseurs, mais à partir d’aujourd’hui, une compassion, voire une communion, me lie irrémédiablement au gibier ! Comment allons-nous nous sortir de là ? J’allais verbaliser la question quand un bruissement derrière moi pulvérise toute autre considération. Ça bouge là ! Le terrier est habité !

 

Une onde dans la pénombre, un louvoiement irisé et insidieux glisse au ras du sol, deux yeux jaunes apparaissent, me fixent contre la paroi aussi cruellement qu’une aiguille cloue un papillon. Sifflement sourd ; la langue fourchue d’un serpent impressionnant susurre ma mort certaine. Professeur !!!!!

Il se retourne, évalue la situation, m’entraîne vers la sortie. Vers la sortie ?!!

On est attendu de l’autre côté, vous savez, le dinosaure est toujours en faction. On est fichus !!!!

On va tenter une échappée. A mon signal, courez !

 

A l’extérieur, l’allosaurus renâcle, il envoie une de ses pattes avant dans la caverne pour essayer de nous attraper. A l’intérieur, le fantastique reptile avance sans se presser. Le doux balancement de sa tête a quelque chose d’hypnotique, le chatoiement de ses écailles aux reflets bleu profond, mordoré, en passant par des éclairs vert phosphorescent m’apaise. Il est magnifique, ce géant du monde perdu. C’est un seigneur devant lequel je me prosterne, c’est un honneur de lui offrir ma vie. Ma vie !!! Mais qu’est-ce que je raconte ! Il m’a ensorcelée, cet ancêtre de Kaa !

Le professeur Challenger me secoue, me tire vers la sortie, à la limite entre ombre et lumière, entre dinosaure et reptile. Le serpent approche, ouvre sa gueule.

Maintenant ! Courez ! hurle le professeur.

 

Je me précipite à la suite du savant homme, nous slalomons entre les pattes du carnivore, poursuivis par le serpent. Cet afflux de nourriture soudain semble déstabiliser le gros dino qui opte rapidement pour le plus gros morceau : le reptile géant. Craquement ignoble. Du coin de l’œil, j’aperçois le carnage. Le serpent décapité gît au sol pendant que sa tête explose sous la formidable mâchoire du vainqueur. Une pointe de détresse monte jusqu’à mes yeux, ralentit les jambes.

Courez ! hurle à nouveau Challenger

 

Oui, courir, fuir, sauver sa peau, pas de place pour les sentiments sur cette île farouche, juste la survie. Sprint jusqu’à la clairière. Griffures, déchirures, les épineux m’assaillent au passage ; je leur abandonne volontiers un peu de ma chair et de mes vêtements. Courir. Je suis en vie et la douleur de mes blessures m’est douce. Quelque chose comme un remerciement confus au fond de mon cœur. Courir. La clairière s’ouvre enfin devant nous. Nous nous arrêtons un instant. Reprendre son souffle. L’air embaume. Senteur d’herbe fraîchement piétinée, de crottin vigoureux, de tanière.

 

Merci professeur, sans vous…

Laissez, laissez. Venez ma chère, un oiseau préhistorique, le Sulcavis, qui, d’après mes déductions, serait l’ancêtre de la grive musicienne, nous attend.

Heu… elle se nourrit comment cette musicienne ?

De vers, d’escargots, d’insectes et de fruits tombés à terre.

Je vois, elle aime la viande ! Je n’ose imaginer son ancêtre…

Son bec est garni de dents pointues…

Super…

Nous repartons. Surgi de nulle part, un troupeau de mastodontes s’avance vers nous.

Des diplodocus ! s’extasie le professeur. N’ayez crainte, ils sont herbivores.

Spectacle fascinant ! Les bêtes se déploient lentement, certaines tendent leur long cou vers les cimes des arbres, cueillent délicatement les feuilles les plus tendres, d’autres broutent, débonnaires. Envie de m’allonger sur l’herbe et mâchouiller une brindille en les contemplant, apaisée. État de grâce éphémère. Un oiseau gigantesque – bon sang ! Mais pourquoi les animaux préhistoriques sont-ils tant démesurés ? - fonce sur nous en trompetant furieusement.

C’est lui, exulte le professeur. Cachez-vous entre les pattes d’un diplodocus.

 

Pas besoin de me le dire deux fois ! Mieux, je me cramponne, enserre des jambes et des bras la grosse papatte, histoire de ne pas finir piétinée, et j’observe. L’oiseau tournoie au-dessus de nous. Ses cris sont âpres, dissonants. Un trombone rouillé dans une fanfare débutante… Rien à voir avec les envolées mélodieuses de la grive musicienne ! Son ancêtre ce gueulard ? Je suis sceptique… Le voilà qui plonge ! Ma monture, enfin, sa patte, esquisse un pas de danse galopant, me déstabilise. Je me rétablis in extremis. L’oiseau me frôle dans un ricanement sinistre. Je confirme : dans son bec, il y a des dents !

Le Sulcavis s’élève, ses battements d’ailes brassent l’air, créent un remous puissant. Le vent de son vol m’apporte son odeur fauve, acide comme une vieille sueur. Tout est amplifié dans ce monde, tout est exacerbé, brut. Le professeur, imprudent, se met à découvert pour mieux photographier l’oiseau. Quand ce dernier pique à nouveau, Challenger a juste le temps de me rejoindre sous le ventre du diplodocus. Il affiche une mine ravie :

Nous pouvons repartir, mes hypothèses sont confirmées, me dit-il. Vous voyez ces taches brunes dans son plumage ? Elles évolueront vers le joli moucheté de la grive musicienne et dans son horrible cri se profile déjà le chant délicat qui enchante nos jardins.

Si vous le dites… Comment allons-nous repartir ?

A dos de diplo. Ils vont nous mener à la mer.

 

Nous escaladons tant bien que mal l’animal qui se soucie de nous comme d’une guigne. Comme si l’on existait pas. Ça en serait presque vexant ! Mais le professeur connaît bien son affaire : les diplodocus, poussés par je ne sais quel instinct, se mettent en route vers la forêt. Le Sulcavis les accompagne un moment, attiré sans doute par les vers de terre appétissants que nous sommes. Il n’ose nous attaquer, la queue des diplodocus est une arme redoutable et il le sait. Elle peut faire valdinguer le volatile et le fracasser au sol. L’oiseau amorce un virage ; son aile pointue raye le ciel, une plume s’en détache que je saisis au vol – cadeau pour mon bon Challenger - . Quand nous entrons sous le couvert des arbres, il abandonne sa poursuite. Les diplodocus se fraient un chemin, bousculant, écrasant, les arbustes sur leur passage. Un cri rauque me tétanise. L’allosaurus est dans le coin. Je l’aperçois entre les troncs, il regarde passer le troupeau. Il doit être repu… Il ne bouge pas. Digestion difficile peut-être ? Un rot tonitruant conforte cette hypothèse. Les serpents sont plus difficile à avaler que les couleuvres sans doute… Notre monture continue sa route sans manifester un quelconque signe d’inquiétude.

La clarté soudain m’éblouit. La plage est là, la barque aussi. Au large, le bateau balance, tranquille. Diplo s’arrête comme un autobus. Terminus, tout le monde descend. Adieu mon beau diplo, merci pour la balade. La bête accepte une caresse sur le museau. Émotion indicible...

Nous quittons l’île rapidement. Derrière nous, les animaux du Monde Perdu hurlent leur complainte sauvage.

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Publié le 18 Février 2017

A la place d’un animal

***

Le sable gicle sous les sabots de Nexus, les spectateurs sont figés.

Je vois ça dans leurs yeux. Maintenir le trot ample, généreux, cadencé, régulier, c’est ce que veut ma cavalière, je l’ai bien compris … Flop…Flop…Flop.

Ah oui ! Ne pas oublier le port de tête. Oreilles dressées, naseaux fumants, rendre la démarche élégante. Pourtant un œil avisé aurait pu apercevoir les gouttes de sueur sur son front et les jointures blanchies de ses doigts. Toujours attentive à ne pas trop tirer sur le mors. Une pression de ses genoux, j’oblique dans le sens demandé. J’anticipe ses ordres, alors, pas de soucis ma belle !

-Tu es trop concentrée ma petite ! Ne t’inquiètes pas, on fait corps unique, tout ira bien …Flop…flop…flop…

La démarche en diagonale, souple dans le sable aéré surprend toujours le spectateur non averti. Ça je le sais aussi, mais je ne peux m’empêcher de relever chaque fois leurs airs surpris. On a beau leur expliquer en détail, tous les points cruciaux de l’épreuve, ils sont toujours stupéfaits par le pas cadencé que je m’applique à respecter…Flop…Flop…Flop…

-Tu as vu, dis l’un c’est aérien !

Et oui mon p’tit, on s’entraîne dur avec ma maîtresse, alors pas de surprise.

Le maintien que je qualifierai d’irréprochable de ma cavalière, avec ses bottes, son pantalon et sa chemise blanche, sa veste longue et son chapeau Andalou noir, me rendent très fier. Et hop ! J’anticipe. Elle, d’un doigt, sait qu’elle peut compter sur moi !

L’épreuve se termine, le charme est rompu. Je rejoins le paddock au petit trot, me déhanchant de la croupe. Puissance retenue. Ma petite maîtresse saute en souplesse de la selle. Elle attend les résultats. Elle me tient gentiment par le licol, tout en douceur, me caresse l’encolure, les naseaux. Moi, tout en soupirs, je lui prouve que je suis bien par plusieurs souffles frémissants. Oreilles en pointe, attentif au moindre bruit, je pivote ma tête vers ma complice. J’attends les flatteries. La voix calme qui me susurre des mots à l’oreille. J’aime beaucoup ça.

Ah ! Elle est au courant de mes points faibles. On est une équipe non ? Bon ! Il ne faut pas exagérer, je la rassure aussi. Elle sait que je l’écoute, que j’intègre ses conseils. Quelques mini-hennissements pour lui transmettre mon message :

-Alors, qu’est-ce que tu en penses ? Pas mal, non ?

Je n’aime pas qu’elle se fasse de la bile pour rien. Un brouhaha me parvient de la tribune. Un haut-parleur diffuse les résultats. Voilà qu’elle m’embrasse les naseaux ! Tu vois, je te l’avais dit !

J’aperçois son œil humide lorsqu’elle me conduit à mon box.

-Allons, allons ma petite maîtresse, tu sais que tu peux compter sur moi ! Je tourne ma tête, caresse ses cheveux, j’aime bien son odeur, pousse un hennissement doux, naseaux dilatés. Elle, sourit… Tout va bien …

Pour le diplôme, on verra plus tard.

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Rédigé par Gérald

Publié dans #Les animaux

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