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Publié le 21 Avril 2017

Publié dans #Policier

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Publié le 20 Avril 2017

M. Jacques ARMAND vient de décéder il y a quelques jours. Brutalement, un an après son épouse Louise. Il laisse un empire industriel qu’il a bâti, consolidé jour après jour depuis plus de 40 ans. Il a jamais voulu laisser la main à qui que ce soit. Ses enfants se sont alors retrouvés dans la maison familiale sur les bords de la Loire à cette occasion.


Xavier, le fils aîné, avec son épouse Christiane et leurs trois enfants Jacques, Pierre, et Sandrine. Christophe, le cadet, accompagné de sa très future épouse, Caroline, rencontrée 10 ans plus tôt sur les bancs de la Faculté de Sciences, et dont Xavier était éperdument tombé amoureux. Amour transi, car elle n’a toujours eu d’yeux que pour Christophe.
Sabine, la benjamine, qui vit à l’étranger. Mariée à un Américain, elle n’a jamais voulu s’impliquer dans les affaires familiales, sous prétexte que ses frères faisaient ça très bien. Mais elle pense quand même qu’un jour une partie de tout cet empire lui appartiendra.
Il y a aussi bien sûr dans la maison Noémie. Noémie, c’est la nounou, c’est la femme qui a toujours tenu la maison en fait, car Mme ARMAND ne s’en souciait pas le moins du monde, occupée qu’elle était à toujours s’occuper d’elle-même....


Noémie est arrivée très jeune à la maison, car avant elle sa maman s’occupait de tout. Elle a grandi avec Xavier, Christophe et Sabine, un peu comme leur grande sœur. D’ailleurs c’est comme ça que la considérait Jacques. Un peu comme l’aînée de ses enfants....
Ce matin, juste avant que Xavier, Christophe et Sabine partent pour accomplir les dernières formalités auprès des pompes funèbres et du curé, Caroline a été vertement remise à sa place par Sabine. Pour une histoire de bracelet que lui avait donné Jacques, à l’occasion de ses fiançailles avec Christophe. Oui mais, ce bracelet il appartenait à Louise, la maman et Sabine en veut à son père d’avoir commencé à « distribuer » les bijoux maternels.

« Il l’avait acheté pour maman quand elle lui avait appris qu’elle m’attendait », l’avait invectivé Sabine.

« Je n’y peux rien, Jacques m’avait dit qu’il me porterait bonheur, tu sais bien qu’il était de la vieille époque, bonheur pour porter ses petits enfants à venir ».

Sabine avait bien évidemment profité que ses frères soient dans le parc et donc incapables d’entendre sa colère se déverser.

Caroline est alors remontée dans sa chambre pour se changer. Elle avait décidé de ne pas attendre Christophe aujourd’hui pour aller faire son petit footing, comme tous les matins le long de la rivière. Il fallait qu’elle sorte de cette maison tout de suite. Elle pensait que la colère de Sabine s’atténuerait, laissant place à la tristesse du moment.... Elle entendit soudain quelqu’un monter l’escalier en courant. Qui ? Elle avait déjà ses baskets aux pieds, prête à partir, et en quittant sa chambre, elle croisa Xavier dans le couloir. Il avait oublié le livret de famille et était revenu en vitesse le chercher...
Elle courait, elle réfléchissait à tant de choses. Cette petite ville où elle avait grandi, ses premiers amoureux, Stéphane notamment, qu’elle avait quitté pour Christophe il y a quelques années. Elle l’avait croisé il y a trois jours à la boulangerie et il était devenu tout rouge. Lorsqu’elle lui avait annoncé ses fiançailles, son expression avait brutalement changé. La stupeur lui avait laissé la bouche ouverte sans qu’aucun son ne puisse pourtant s’en échapper. Hier d’ailleurs pendant son footing avec Christophe, ils l’avaient croisé et Stéphane avait baissé la tête, mais il n’avait pas pu cacher avant ça son expression somme toute assez mauvaise.
Elle courait et ses pensées se bousculaient, elle laissait faire, sans vouloir y réfléchir. La foulée régulière, elle respirait tranquillement ayant pris son rythme de course. Courir lui faisait du bien et l’odeur d’humus mouillé lui redonnait de l’énergie. Elle se laissait porter en fermant les yeux de temps en temps, comme pour apprécier les bienfaits de cette escapade. Des branches cassées jonchaient le sol, témoignage du vent qui avait soufflé en tempête la nuit précédente.


De retour à la maison peu avant midi, les trois enfants se sont retrouvés dans le jardin où Christiane, aidée par les enfants avait préparé la table. Noémie officiait à la cuisine. Elle avait pris du retard car hier elle avait oublié d’aller chercher les fromages à la laiterie et elle avait dû y aller ce matin. Pendant que tout le monde s’installait peu à peu autour de la table, Christophe était monté chercher Caroline. Personne dans la chambre. Il redescendit à la cuisine. Noémie ne savait rien.
Un tour dans le parc, toujours pas là.... De retour à table et devant son air soucieux, les discussions se sont affaiblies....
Soudain Xavier s’est souvenu l’avoir croisée, baskets aux pieds, prête à aller courir. Derrière Christophe qui se dirigeait en courant sur le parcours aller-retour quotidien, Xavier marchait rapidement, moins entraîné que son frère cadet. Une vingtaine de minutes plus tard, ils la trouvèrent.


Elle gisait par terre, à plat dos, la tête légèrement tournée sur un côté. Du sang coulait de son cou, où une traînée violette trahissait un hématome consécutif à un coup violent. Une mare de sang était sous sa tête. A genoux, Christophe prit son poignet inerte et chercha vainement son pouls. A ses côtés, Xavier avait déjà composé le numéro de la police. Christophe implorait Caroline, la sentant lui échapper. Les regards des deux frères se croisèrent alors que la police arrivait sur les lieux, accompagnée par les pompiers chargés de matériel médical et d’un brancard. Christophe et Xavier s’étaient relevés lorsque le médecin leur annonça le décès de Caroline.

 

À suivre...

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Rédigé par Bernadette

Publié dans #Policier

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Publié le 18 Avril 2017

Inspiré de l'atelier La narration policière, suite à un sujet de l'atelier d'écriture des Mots et Merveilles, une enquête avec Hercule Poirot...

***

Quand Watson fit irruption au beau milieu de l’affaire Prothero, Hercule Poirot en perdit son chapeau !

Mais… Qui vous a donné le droit d’investir ces pages !!?

Watson, gêné, ramasse le couvre-chef, balbutie quelques excuses et s’écrie :

Sherlock Holmes a disparu du recueil « Les aventures de Sherlock Holmes » !

La moustache de Poirot ondule comme une vague :

Diantre ! Racontez-moi ça !

Pas grand-chose à raconter ; d’un coup, il n’était plus là. J’ai couru de la première à la dernière page du livre, aucune trace de Holmes ! Je ne sais que faire, pouvez-vous m’aider ?

Une histoire intéressante ! Bien sûr que je vais vous aider… Hastings, venez mon ami…

 

 

Poirot, Hastings et Watson s’engouffrent dans les pages de « Les aventures de Sherlock Holmes ». Le premier mystère à résoudre est de déterminer s’il s’agit d’une fugue ou d’un enlèvement. Le recueil ne donne guère d’indices. Poirot l’examine minutieusement. Au détour d’un virgule, page 38, à peine perceptible parmi les phrases d’encre noire, se glisse en bleu un h minuscule, souligné d’un fin trait du même bleu. Poirot le cueille délicatement d’un coin de mouchoir, le range dans sa poche, poursuit son enquête. Un peu plus loin, page 86, au milieu du mot compartiment, le t se teinte lui aussi de bleu…

Même opération : Poirot le prélève, se tourne vers son ami :

Vous avez remarqué Hastings ? Bien que je vienne de lui ôter cette lettre, le mot compartiment reste intact. Sous ce t bleu se cachait un t noir…

Un thé noir ? C’est ce qu’il faut pour stimuler les petites cellules grises, déclare Watson en déposant un plateau chargé de tasses fumantes.

Poirot sourit, son œil se plisse. Il semblerait que ses répliques cultes aient fait le tour du rayon policier de la bibliothèque municipale…

Hastings secoue la tête :

Je n’y comprends rien. Pourquoi un t par-dessus un autre t ?

Sans doute pour passer inaperçu. Il faut être vigilant pour le remarquer. S’il n’y avait pas eu ce h solitaire oublié après une virgule, je ne suis pas sûr qu’on l’aurait trouvé, répond Poirot en plongeant sa moustache sous l’horizon de la tasse à thé.

La collation terminée, les recherches reprennent. Hastings se charge des pages paires, Poirot de celles impaires. C’est à la page 185 que Poirot sort à nouveau son mouchoir collecteur d’indices. Au milieu d’un dialogue, le mot trompe – verbe tromper conjugué à la première personne du présent de l’indicatif – dénote dans le texte avec un t et un p bleus, les deux soulignés et superposés, eux aussi, sur les t et p originels. Puis, plus rien jusqu’à la fin du livre.

 

 

Voilà ! C’est maintenant qu’il faut mobiliser nos petites cellules grises, déclare Poirot.

Hastings réfléchit :

Est-ce Sherlock qui a laissé ces indices ? Veut-il nous mettre sur une piste ? Compartiment, trompe… Allusions au Crime de l’Orient Express ? Aurait-il découvert une erreur et serait-il parti enquêter à votre place, Poirot ?

J’en doute. Que faites-vous de ce h isolé derrière une virgule ? Et pourquoi deux lettres bleues dans le mot trompe ?

Pour bien insister sur l’erreur probable… Quant au h derrière la virgule, le h de Hercule, peut-être… ?

Un h minuscule ? Derrière une virgule ? Il n’aurait pas osé !!! rétorque Poirot outré, la moustache tendue d’indignation. Non, non, ce n’est pas Holmes qui a semé ces indices. Et Le crime de l’Orient Express n’a rien à voir avec cette histoire. L’affaire a été résolue, il n’y a aucune erreur. On essaie de nous pousser vers une fausse piste, ce qui tend vers l’hypothèse de l’enlèvement. J’en ai la certitude avec ce h oublié après cette virgule. Il faut chercher ailleurs… j’ai ma petite idée...

 

 

Le détective sort les lettres bleues de sa poche, les étale dans l’ordre de leur découverte.

Hastings, vous qui êtes si féru de technologie moderne, savez-vous ce que cela signifie ?

Hastings semble perplexe, Watson, désemparé. La moustache de Poirot s’étire dans un sourire :

Voyons Hastings, n’est-ce pas vous que j’ai surpris l’oreille tendue et les yeux braqués vers ces drôles de machines lumineuses et cliquetantes nommées « ordinateur » ?

Mais oui ! C’est ça ! Les lettres bleues forment http ! Les http servent à la navigation virtuelle sur la toile, comme disent les gens du réel. Ils sont souvent en bleu, soulignés de bleu quand ils sont adressés sous formes de liens.

Mon Dieu ! Des liens ?... Une toile d’araignée ? Navigation ? s’affole Watson. Mon ami Sherlock serait ligoté sur un bateau prisonnier d’une toile d’araignée virtuelle ? Ou bien sur un bateau virtuel dans une toile d’araignée réelle ? Mais quelle araignée serait assez puissante pour piéger un bateau ? Quelle araignée serait assez intelligente pour parvenir à ligoter Holmes ? Serait-ce une araignée géante comme on en trouve dans les histoires fantasy et fantastiques ?

Calmez-vous Watson, ce ne sont que des mots. Essayer plutôt de vous rappeler si Holmes s’intéressait aux ordinateurs de la bibliothèque. Vous en a-t-il parlé ? L’avez-vous vu se pencher au bord de l’étagère vers cette machine posée là, sur la table juste au-dessous de nous ?

Non, je ne crois pas… Il a eu cette phrase énigmatique il y a quelques jours : je sens qu’il se trame un complot, Watson. Un complot dont je serai à la fois le mobile et l’alibi et je n’aime pas ça. Nous étions en pleine affaire de L’Homme à la Lèvre tordue, j’ai alors pensé à une supposition en rapport avec cette enquête. Mais maintenant…

Watson ferme les yeux, lève sa tête vers le ciel, revient vers Poirot :

Maintenant, reprend-il, je suis sûr que cela n’avait rien à voir avec l’enquête. Quelque chose m’a interpellé dans vos paroles, Poirot. Permettez que je remonte à votre dernière réplique ?... C’est ça ! Vous avez dit : Ce ne sont que des mots… Lui aussi a parlé de mots. Attendez, ça me revient… Voyons… écriture… atelier d’écriture… Mots et Merveilles !

 

 

Le regard de Poirot pétille. Il jubile :

Tout est clair à présent, dit-il, je peux tout expliquer.

Votre ami, mon cher Watson, je ne sais par quel biais, a eu vent de cet atelier d’écriture, ce qui explique ses craintes au sujet du complot dont il vous a fait part. Sans doute, des http, sûrement suivis des mots atelier d’écriture Mots et Merveilles sont venus s’immiscer dans ses aventures. Il est suffisamment intelligent et intuitif pour avoir décelé la menace, mais la chose virtuelle étend ses ramifications jusqu’au cœur des livres les plus secret, vous savez. Se cacher, aujourd’hui, devient impossible. Il a été enlevé et retenu sur la toile par de facétieuses araignées tout-à-fait inoffensives. L’une d’entre elles, probablement l’auteure de cette fable, a effacé les traces de son incursion, ne laissant que ces indices pour m’induire en erreur. Un jeu entre nous… J’ai déjà eu affaire à ces dames, elles s’amusent à nos dépens, mais toujours gentiment. Il s’agit de respectables ladies françaises – parfois accompagnées d’un ou deux gentlemen – qui ont effectivement utilisé Holmes comme mobile et comme alibi. Mobile dans le sens où son enlèvement ne sert qu’à motiver mon enquête tout en devenant le sujet de leurs textes et alibi car, au moment de sa disparition, elles étaient déjà en train d’en écrire l’histoire. C’est très habile !

Tout ceci est un peu trop virtuel pour moi. Je suis trop ancré au XIXe siècle, soupire Watson. En pratique, comment faire pour récupérer mon ami Sherlock ?

Il n’est pas nécessaire d’aller le récupérer, le rassure Poirot, il reviendra tout seul, sans doute un peu froissé dans son amour-propre de s’être ainsi fait piéger, irrité de savoir que c’est moi, son rival du XXe siècle qui enquête et résout une énigme sur sa personne, bien que je n’y sois pour rien : je sais très bien que, moi aussi, je suis le jouet de ces ladies du XXIe. Et vous aussi Watson et Hastings. Elles nous manipulent tous ! Pour retrouver notre liberté, Holmes y compris, il faut attendre la date…

La date ?

La date de l’atelier d’écriture des Mots et Merveilles. Élémentaire mon cher Watson !

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Rédigé par Carmella

Publié dans #Policier

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Publié le 27 Mars 2017

Dans le barillet sept balles.

Je sais que nous partirons ensemble.

 

Partie, pourquoi ? Rupture, déchirure, souffrance atroce. Au ventre, un nœud de viscères qui s’entremêlent, se serrent. Les jambes flageolent, semblent ne plus vouloir porter ce corps, obéissent quand même. Les mains surtout qui bloblotent, ni de peur, ni de froid mais de l’immense vide laissé dans la poitrine. Idée fixe, récurrente, ineffaçable, dépression obsessionnelle.

 

Collé au tronc d’un arbre un homme. Dans l’ombre portée du soleil couchant ils ne font qu’un. Le regard vague sur l’avenue bordée d’orangers, droite, vide, triste mois de mai pense-t-il. Dans sa tête, une ritournelle.

Mai, mai, la vie mai

Mai, mai, la vie…

Un chien erre, s’approche, hume un vieux papier, enfourne son museau dans une poubelle, tourne autour de l’arbre, lève la patte.

  • Pas sur mes baskets, sale cabot !

D’un shoot magistral l’inconnu le renvoie à quelques pas de là.

  • Kaï, kaï ! Affolé le bâtard gémit, s’enfuit, boite bas.

Le silence revient. La brise du soir susurre dans le feuillage une douce mélodie, assèche la sueur, calme les mauvaises humeurs.

Au loin, le moteur d’une moto monte en régime. L’homme contre l'arbre se détache quelques secondes puis semble reprendre appui avant de s'immobiliser totalement. Une Yamaha noire surgit du carrefour. L’inconnu s’agenouille, tend son bras. Le moteur vrombit. Bruit assourdissant. Silence absolu.

Quatre balles chargées dans le barillet.

 

  • Bonjour Juliette !

  • Bonjour Commissaire.

  • Qu’a produit notre belle humanité cette nuit ?

  • Rien de bien particulier Commissaire, la routine. J’ai une femme qui a égorgé son mari avec une bonne excuse.

  • Dites-moi ?

  • Il la tabassait régulièrement, coup de poing, coup de pied. Après quoi il la brusquait et la soumettait.

  • Holà, du sexe, encore du sexe.

  • Pas du tout ou alors bien enfoui quelque part au plus profond de son cerveau. Non, il la forçait à faire le ménage, à laver le linge et même à repasser ses chemises. Vous vous rendez compte ?

  • Pas très galant, effectivement, mais de là à le tuer, pauvre bougre. Nous avons les aveux de cette gente dame ?

  • Oui, sans difficulté, une logorrhée.

  • Très bien, une affaire vite réglée, quelques points facilement gagnés pour ma promotion... et la vôtre bien entendu. Quoi d’autre ?

  • Un ivrogne, une dispute entre voisins, un accident de moto avenue des Fleurs.

  • Grave l’accident ?

  • Mortel, un homme de quarante ans !

  • Il a choisi la bonne avenue. Pour les fleurs, c’est fait ! Juliette, que diriez-vous d’un café ?

 

Réveil en sueur, présence palpable, sa voix, je l’entendais me dire ces mots d’amour que j’guette à chaque instant. Et puis rien, les bruits de la nuit. Rêve, mon ami, tu m’as trahi !

Profiter d’être éveillé pour allumer l’ordinateur, guetter un hypothétique email de repentance. Bouger, ne pas laisser la phobie phagocyter mes neurones, me bouffer tripes et boyaux.

 

Une grande bâtisse carrée, jaune délavée, deux étages au milieu d’un parc complanté de cyprès, de chênes-lièges, près du jardin d’hiver un mimosa. Une large allée bordée de platanes conduit au majestueux portail. Partout des fleurs en massifs odorants.

  • Bouge-toi un peu, je vais être en retard.

  • Faux, tu es déjà en retard !

  • Où as-tu posé les clefs de la voiture.

  • Comme d’habitude… sous le frigo ! À leur place sur la commode de l’entrée évidemment. Parfois tu es un peu lourd. Tiens voilà ta chemise, ta cravate, tes chaussettes, pour vous servir Monseigneur ?

  • Ah ! J’oubliais, embrasse-moi, tu es mon porte-bonheur.

Pierre court à sa Jeep Cherokee, démarre en trombe, pile à l’entrée, accélère dès les grilles à peine entrebâillées, s’engage sur la route de Tourtoure. Septuagénaire à la tignasse blanche, artiste reconnu dans sa région, homme de décision, il adore cette petite route où il libère son plaisir de conduire vite, de maîtriser la machine. Limitation de vitesse ? Il ne connaît pas. Une fois, les gendarmes l’ont arrêté. Toujours souriant, très aimable, reconnaître avoir tort, oui, oui, mais sitôt libre il a téléphoné à qui de droit et n’a plus jamais entendu parler de cet incident. Petit privilège d’un édile local.

Un virage à droite pris à soixante kilomètres heure fait couiner les pneus, un gauche sans freiner, la longue ligne droite avant un quatre-vingt-dix gauche sur le pont, adrénaline maximum. Pierre s’effondre sur son volant, fait un tout droit, explose la rambarde du pont. Le bolide chute cinquante mètres, roule, tourneboule, s’enflamme.

Trois balles chargées dans le barillet.

 

  • Juliette ! Il faut que je prenne l’habitude de t’appeler brigadier, mais tu es si belle.

  • le temps des amours ancillaires ? Révolu Commissaire, du moins dans la police. Appelez-moi comme vous le voulez. Pour autant ne rêvez pas mon mari s’en charge parfaitement.

  • La vie est dure pour les vieux briscards blanchis sous le harnais. Que me proposez-vous aujourd’hui, quelles nouvelles affriolantes allez-vous m’annoncer ?

  • Un père de famille agressé au volant de sa voiture. L’agresseur interpellé soutient qu’il ne roulait pas suffisamment vite.

  • La civilisation en marche.

  • Une tentative d’enlèvement à la sortie de l’école. Une mère de famille a bloqué le véhicule du présumé pédophile contre le trottoir. Ce qui a permis à la mère d’ouvrir la portière et de récupérer sa fillette.

  • On a arrêté le suspect ?

  • Non, le conducteur d’une berline gris clair, nous le recherchons activement.

  • Si vous n’avez pas plus d’éléments, vous pouvez arrêter les recherches. Inutile de gaspiller notre énergie et l’argent des contribuables.

  • Et puis et puis ?

  • Le médecin légiste nous informe que le motard décédé avenue des Fleurs, a été victime d’un assassinat par balle de revolver, en plein front. Le rapport du labo indique qu’il s’agit d’un Smith & Wesson modèle 586-S calibre 357 magnum.

  • Ça se complique. D’autres indices ?

  • Non, pas pour le moment.

  • Lancez tout le toutim, antécédents, enquêtes de voisinage, etc. Sait-on jamais ? Juliette, un petit café ?

 

Trop égocentrique, tu ne lâches rien, ne donnes jamais rien mais te nourris de l’autre. Une fois que tu les as vidés de leur substantifique moelle tu jettes mari, enfants, amants comme kleenex à l’automne. Tu abandonnes chacun à ses obsessions, oppressions, angoisses, à ses drogues pour tenter de fuir, à la mort pour en finir.

 

Au faîte d’une tombe, en équilibre sur une croix, un homme, chapeauté panama, chaussé de lunettes noires, observe l’autre côté du mur. Un jardin du midi, confusion de senteurs et de couleurs, plus loin un élégant mas provençal, tout au fond le village de Marecul collé à la montagne.

Sous la véranda les locataires braillent :

  • Martine, à quel endroit veux-tu installer la table ?

  • Sous le pommier, nous serons protégés du soleil.

  • Du soleil peut-être mais pas de la concupiscence.

  • Concupiscence ? Quelle concupiscence ?

  • Marier Printemps et vin rosé va nous inciter à croquer la pomme, à la débauche si tu préfères !

  • T’as qu’à croire ! En attendant dépêche-toi de poser cette table et de mettre le couvert. Déjà onze heures et quart, tu lambines. Après quoi tu remontes le vin de la cave et le mets au réfrigérateur. Tu fonces à Marecul chez le boulanger, pains et gâteaux, n’oublie pas le boucher, côtes de porc et d’agneau. Pense aussi à prendre des cigarettes…

  • Hé, oh, tu es sûr que c’est tout parce que s’il me reste un moment je peux tailler la haie, non ?

Obéissant Arty installe la table, place les chaises, met la table et se prépare à sortir. Quand il ouvre la porte d’entrée, un bruit de tonnerre, il s’effondre.

  • Arty quel bruit ! A quoi joues-tu ? Mais tu es tombé, tu saignes, ce trou c’est quoi ? Mais parle, regarde-moi, mais, mais tu es… il est… mort !

Martine désemparée tourne, vire, se penche, se relève, s’approche, tapote les joues, recule, regarde à l’extérieur, décide d’appeler, la police, non le voisin d’abord, il saura quoi faire. Martine se précipite, passe le pas de la porte. Une nouvelle détonation elle s’écroule à son tour foudroyée.

Une balle, une seule, chargée dans le barillet.

 

  • Patron, les affaires reprennent.

  • Qu’est-ce à dire belle Juliette ?

  • Double meurtre à Marecul !

  • Oh nom de Zeus, allons-y Brigadier. Avons-nous des détails ?

  • Peu encore, deux corps gisent entassés sur le perron d’une villa située près du cimetière. Chacun avec un joli trou de balle en plein front.

  • Près du cimetière, ils sont presque arrivés. En plein front ? Ne m’avez-vous pas dit la même chose à propos du motard de l’avenue des Fleurs ?

  • Exact, et je peux également vous le dire à propos de l’homme accidenté sur la départementale 2268.

 

Tous feux clignotants, sirène hurlante, la voiture sort à vitesse grand vé de la cour du commissariat.

  • Vous ne m’en avez pas parlé de celui-là.

  • Pas eu le temps. L’info est toute fraîche. Il s’agit aussi d’un Smith & Wesson modèle 586-S calibre 357 magnum.

  • Deux meurtres signés du même auteur. A-t-on fait des analyses ADN ?

  • Oui, aucun rapport. Sauf que le septuagénaire vivait avec la mère du motard, dame Monique Dubihant. J’ai envoyé une voiture pour la protéger.

  • Bon réflexe, probable que nous n’ayons pas encore atteint le point culminant.

Devant la maison, noël avant l’heure. Une dizaine de véhicules clignotent en bleu et blanc. Juliette se gare comme elle peut, ajoutant sa touche à ce tintamarre lumineux.

  • C’est coquet chez ces gens !

  • Bonjour Commissaire, Capitaine Ernelon, gendarmerie Nationale, puis-je vous présenter Madame Martine Dubihant et son concubin Monsieur Arty Stepfrum. Tous deux sont décédés d’une balle de gros calibre en plein front.

  • Un Smith & Wesson modèle 586-S calibre 357 magnum.

  • Vous suivez, déjà ?

  • Nous avons l’entrée d’une piste, deux meurtres répertoriés, nous cherchons la sortie.

  • Aucune effraction constatée pour l’instant, le vol ne semble pas non plus être le mobile de ce double crime.

  • Capitaine vous avez dit Martine Dubihant ? Juliette, heu Brigadier vérifiez immédiatement s’il existe un lien de parenté avec la Monique dont vous m’avez parlé.

  • Ne doutez pas de l’efficacité de la gendarmerie Commissaire, nous l’avons déjà fait et… elles sont sœurs.

  • Eh bé, il ne fait pas bon être concubin dans cette famille.

  • Fils non plus a priori.

  • D’accord, d’accord, qui vit encore dans cette belle famille, père, mère, oncles, tantes, enfants, petits-enfants ? En clair qui doit-on mettre rapidement sous protection.

  • À l’heure actuelle, il devrait rester outre Monique Dubihant, son ex-mari, sa fille Natalie.

  • Retrouvez au plus vite l’ex-mari et la fille, mettez-les sous protection. Ces crimes sont prémédités, bien organisés, exécutés sans émotion. Quelle rancœur, quelle rancune peut motiver l’auteur d’une telle barbarie ?

  • Je n’ai pas de réponse commissaire.

  • Merci brigadier je n’en attendais pas moins de vous. Un café Capitaine ? Brigadier, le sucre.

 

Ce soir une nuit sans lune, noire à ne pas voir le bout de sa chaussure. Le policier de garde ne se cache pas particulièrement, fume comme un pompier. Il est certain de surveiller la seule entrée du bastidon. Quel métier !

La chambre est éteinte depuis un bon bout de temps. N’est-ce pas le moment ?

 

  • Je sais que c’est toi. Est-ce mon tour ?

  • Pourquoi te tuerais-je. À propos de tuerie, le père de tes enfants est mort, seule la puanteur permettra de le découvrir, ça peut prendre du temps, il n’était pas épais. Nathalie aussi est trépassée, peut-être sauvera-t-on le chien mais avec ce que je lui ai donné ce n’est pas un coup sûr. Je ne voulais pas qu’il dévore le corps. Trop cruel tu ne crois pas ?

  • Pourquoi tant de haine, pourquoi tant de morts ?

  • Je pourrais te répondre que par égoïsme, égocentrisme, tu as commis des fautes irréparables sans même savoir lesquels, sans même t’en rendre compte. Te répondre que pour vivre tes plaisirs, tu as générée beaucoup de souffrances. Te répondre que les bonnes questions tu les poses aujourd’hui, trop tard. Nul ne revient sur son passé, toi non plus.

L’homme pose son doigt sur la gâchette.

  • Ton tour est venu de connaître l’ultime peine. J’ai choisi de te plonger dans la solitude, de te faire vivre le deuil des seuls personne que tu aimais. Demain tes remords t’obséderont, demain tes regrets t’oppresseront, demain à l’angoisse permanente tu supplieras la mort.

 

L’homme dirige le Smith & Wesson modèle 586-S calibre 357 magnum, pose son doigt sur la gâchette, dans sa tête, une ritournelle.

Mai, mai, la vie mai

Mai, mai, la vie…

Dans le barillet, je suis la septième balle, j’ai toujours su que nous partirions ensemble.

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Rédigé par Hervé

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