reves

Publié le 8 Novembre 2020

 

Le groupe arrive, dépose raquettes, sacs et piolets, s’installe.

-Ils ont annoncé une mauvaise météo pour aujourd’hui, dit l’un,

-Oh, tu sais, une fois sur deux ils tapent à côté, alors il faut relativiser, dit un autre.

La chaleur et le fumet provoquent un sourire sur tous les visages. On parlera du retour plus tard.

Le brouhaha s’installe.

François assis à côté de Michel ne dit rien. Il déguste la ratatouille en soufflant sur sa fourchette, apprécie vraiment.

A l’extérieur, on aperçoit par la fenêtre un rideau de pluie qui se jette sur la façade du chalet.

 

Cinq cent mètres plus haut, là où le vallon est resserré, la masse d’eau a gonflé. Tous les ruisseaux sont transformés en torrents violents et boueux.

Le petit barrage destiné à alimenter l’usine électrique de la vallée est à sa côte d’alerte. Il tient bon le petit barrage mais est vite débordé. Le trop plein est arraché, la piste emportée, les premiers arbres auprès du refuge couchés, charriés, déstabilisant des rochers énormes qui roulent comme des galets de plage transportés par une vague.

François se rend compte qu’il se passe quelque chose d’inhabituel. Il ouvre la porte, est aussitôt trempé et plaqué sur le sol. Les randonneurs se mettent à quatre pour refermer le vantail.

-On est plus en sûreté à l’intérieur, hurle Michel, il faut fermer les volets.

Comme pour le contredire, un craquement sinistre retentit et la lumière s’éteint.

Par une des fenêtres on aperçoit la terrasse en bois qui bascule, entraînant le groupe électrogène. L’eau continue de tomber par trombes successives. Le chalet semble se trouver dans le lit d’un torrent qui n’a jamais existé ici.

Les téléphones portables ne captent rien.

-Je pense au contraire que l’on doit sortir et tenter de rejoindre un point haut, lance François.

Le groupe est divisé, il y a ceux qui ne se sentent pas de crapahuter à la nuit tombante dans un environnement qui disparaît en partie sous le brouillard.

Pour mettre tout ce petit monde d’accord, le chalet bouge, une fondation a lâché.

Voilà le groupe dehors relié entre eux par une corde, aveuglé, trempé, avançant sur une zone ou n’existe plus aucun repère.

Michel sort le dernier. Il essaye de fermer porte et volets. Les bourrasques le bousculent. Les branches arrachées d’un arbre le déstabilisent. Il glisse, se sent entraîné, ne peut plus résister. Les flots se déchaînent, il cogne de la tête, se sent couler, puis remonter. Ses idées ne sont pas claires. Un bruit sourd, continu, lancinant…

 

Les moteurs résonnent dans les rues encaissées, les embrayages hurlent. Des portes claquent, des ordres gutturaux éructent. Des bruits de bottes, beaucoup de bottes.

La rivière, avait dit sa mère, s’ils viennent, tu ne t’occupes pas de moi, tu files et tu traverses la rivière.

 

Le flot le bouscule, il essaie de garder la tête hors de l’eau. Cette douleur à l’épaule et à la tête qui l’obsède. Il faut ouvrir les yeux mais tout est noir et puis ce grondement incessant…

Des personnes crient, d’autres sont emmenées de force Il lui semble reconnaître la voix d’Emilie ? Emilie, mon Dieu, elle aussi ! Et maman elle est où ?

Il faut grimper vers le col, la frontière n’est pas très loin. Ils ne sont pas postés de partout tout de même. Des coups de feu claquent. Instinctivement, il s’aplatit sur le sentier. Lorsqu’il se relève, les poignets et les genoux en sang, il ressent une douleur à la tête.

Cette douleur l’empêche de bouger. Une vague plus forte que le flot déchaîné emporte l’arbre qui le coinçait, il est plaqué contre un point dur, un rocher ? Va-t-il tenir ? Il s’accroche à un tronc qui l’a effleuré. L’eau le submerge, son pied est coincé…

Il boite, mais il avance. D’autres fugitifs l’ont rejoint. Ce sentier il le connaît de jour, mais de nuit ? Les pierres roulent, les plus âgés s’arrêtent, n’en peuvent plus. Les autres, en bas, ont été jetés dans les camions. La frontière, il faut l’atteindre coûte que coûte. L’espoir, y-a-t-il un espoir ?

Les uniformes sont là, tapis dans le noir, attendent leurs proies.

Les premiers arrivent, crient leur joie.

Des lampes s’allument, des ordres claquent comme des coups de fusils, des baïonnettes les obligent à se regrouper. Des camions attendent… Il est jeté sans ménagement, a du mal à respirer…

Subitement l’eau descend, Michel est entraîné, au loin, les rapides grondent.

 

 

 

Gérald IOTTI

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Rédigé par Gérald

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Publié le 8 Novembre 2020

Sur la mer bien calme,

De Nice ils sont partis,

Sans voile à la rame,

Jamais on ne les revit.

 

Ceci est une histoire vraie, un drame. La suite, que phantasmes 

 

Premier janvier 1950

 

Vingt et une heures, le Nautilus s'immerge pour un périple d'une année. il est dans les parages, il drague. Le pacha, le capitaine Mamo, photographe expert, au travers d'un hublot, étudie le ventre de la mer. C’est de là qu'est venu le terme de mammographie. Mine de rien, il va, il vient, il explore les fonds marins. De Monaco à Macao, les fonds sont certains, pas seulement au fond des eaux, idem sur les tables des casinos. Mais au fond des océans le « cac 40 » rien ne vaut. Un matelot vêtu d'un paletot, s'étonne devant son hublot. De près ou de loin, il ne voit plus rien. Le Nautilus avance à petits nœuds incertains. Puis une lumière diffuse venue du fond de l'océan, apparaît parmi une variété de poissons inconnus, au milieu de formes d'habitations troglodytes. A cinquante pieds de profondeur le Nautilus vibre de tous ses moteurs. Il faut au plus vite reprendre de la hauteur. Avons-nous découvert l'Atlantide ou naviguons-nous au centre du triangle des Bermudes. Nous le saurons si le sous-marin n'implose pas dans les minutes qui suivent. Le tableau de bord du submersible s'affole, les aiguilles dans les cadrans tournent toutes ensemble, mais pas dans le même sens. Les vibrations s'atténuent, malgré cela le sous-marin ne répond plus aux commandes. Il zigzague, sursaute, avance dans la direction qu'il choisit. Malgré les consignes nous invitant à ne pas faire surface, le sous-marin semble être commandé de l'extérieur. Le périscope ne nous apprend rien, l'obscurité est totale. Nous ne sommes plus maîtres de la situation. Je m'aperçois qu'autour de moi mes camarades ont l'air sournois. Leurs yeux scintillent, ils pétillent avant de s'éteindre, et dans la carrée, ils s'affalent aux quatre coins de cette pièce ovale. Je reste debout stupéfait avant de m'écrouler.

J'ouvre un œil, je suis allongé sur un lit de camp, je regarde autour de moi, Je vois des formes remuer au ralenti. Petit à petit je reprends mes esprits, Je me trouve dans une salle très grande mais basse de plafond. Drôle de plafond, il est irrégulier, taillé à coups de hache me semble-t-il, comme les murs. Cette salle immense, caverne serait plus juste, est en fait un dortoir ou des hommes se lèvent, chuchotent. Je les reconnais, c'est l'équipage du sous-marin. J'allais les rejoindre quand un petit nain vient vers moi. Je dis petit nain volontairement, ce n'est pas un pléonasme, il est moitié plus petit qu'un nain normal. Il s'adresse à moi dans un français châtié :

Je me présente, je suis monsieur Moins. Mon supérieur, monsieur Plus est le président de plusieurs états réunis. Nous sommes des millions d'individus vivant dans ce magnifique pays qu'est l'Atlantide. Une voûte translucide d'une solidité à toute épreuve nous protège d'une éventuelle inondation. Du point culminant de notre territoire nous voyons évoluer les animaux marins. Notre pays est en quelques sortes un aquarium où les visiteurs sont à l'intérieur. Veuillez m 'excuser, je parle trop. Je vous souhaite la bienvenue, vous êtes nos hôtes tant que vous le désirez. Il y a six mois que nous vous avons sauvés, c'était in extremis. Nous avons réparé la machinerie de votre sous-marin, il est prêt à reprendre la mer.

Tout en parlant Mr moins nous amène dans une salle contiguë ou des tables sont dressées. Dressées, c'est beaucoup dire. Elles sont très basses et les sièges sont des coussins posés sur le sol. Une armée de serviteur nous amène des plats avec des mets que nous ne connaissons pas. Appétissants... nous goûtons d’abord du bout des lèvres, puis nous nous régalons car nous avons très faim, et ces plats sont divinement bons. A la fin du repas Mr Moins nous rejoint, il voudrait bien nous faire visiter quelques endroits de ce grand pays, mais hors ces deux pièces construites à notre taille, le reste de l'Atlantide est à l'échelle de ses habitants, il peut nous faire voir sur grand écran des sites typiques construits et ordonnancés de façon géniale. Cela ressemble à d'immenses fourmilières. Ensuite il s'informe du moment où nous désirons reprendre notre voyage pour avoir le temps de préparer le sas afin de remettre le sous-marin à l'eau. Nous décidons du lendemain après le déjeuner. A l'heure dite nous sommes prêts à embarquer. Il nous explique la manœuvre :

Vous entrez dans le sous-marin, vous prenez chacun votre poste, vous ne vous occupez de rien. Je vous indiquerai par radio lorsque vous pourrez reprendre le contrôle des commandes.

Puis, il ajoute cette petite phrase :

Il se pourrait très bien qu'en arrivant chez vous, vous ne vous rappeliez plus cette parenthèse.

 

Nous embarquons après avoir chaudement remercié Mr Moins. Tous les marins gagnent leurs postes, attendent le feu vert avant d'entamer les manœuvres pour relancer les machines. Nous sentons le sous-marin se déplacer lentement sur sa rampe de lancement, une légère secousse et la voix de Mr Moins nous informe que nous pouvons reprendre la maîtrise de notre submersible. Les machines ronronnent, l'altimètre indique moins cinquante mètres, plus aucun trouble dans les cadrans, nous remontons rapidement à moins trente, et reprenons l'itinéraire prévu. Le commandant met à jour le livre de bord. Les hommes de service de nuit prennent leurs repas, vont relayer leurs camarades qui vont dîner en plaisantant avant de regagner leur couchage, avant extinction des feux à vingt-deux heures. Nous respectons notre ordre de mission sans remonter à la surface. Les semaines s'additionnent aux rythmes des exercices prévus et nous voici enfin au bout de notre mission d'une durée d'un an jour pour jour. Mission réussie !

 

Premier janvier 1951 vingt et une heure.

 

A l’approche du port, pour l'accostage, nous sortons le périscope. Soleil couchant !

 

 

PALOU - LOUIS

 

 

 

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Rédigé par Louis

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Publié le 7 Novembre 2020

Je fais souvent ce rêve étrange d’une pénétrante, sente tortueuse qui mène à Mouthier-Haute-Pierre. Bordée de platanes dénudés, les pieds plantés dans la gadouille, les branches tendues vers de noires nuées de pleige semblent hurler : Approchez si vous osez ! Elles osent. Combat dantesque quand le vent entre dans la partie. Il pousse, tire, volte, spirale, plie les plus fragiles, casse à grand fracas les plus graciles. Sous la pluie battante les essuie-glace n’essuient plus rien, la voiture roule trop vite. Un tronc plus faible, blessé, vaincu, abandonne et se couche en travers de la route… Trop tard !

 

Mais aussi…

Je fais souvent ce rêve étrange d’une pénétrante que les autochtones nomment RN 7. Pour nous nordistes, un tapis volant qui nous convoie direct au paradis. En une journée nous passons d’obscurs dégradés de gris vers des bleus mordorés chatoyants. Certains essaient de nous prévenir mais en langue d’Oc quand nous n’entendons que la langue d’Oïl. Alors échanger nos cimicidae apprivoisées pour des aedes aegypti chasseurs de nuit, alliés à des paracentrotus piqueurs intradermiques de jour. Voir nos compagnes à la douce peau d’albâtre se transformer en écrevisses boursouflées, un seul cri : Gast, Paulette fait les valises, on retourne en pays pollué !

 

Ou encore…

Je fais souvent ce rêve étrange d’une pénétrante qui tournicoterait le long d’un rivage de sable blanc dédié à enchâsser la mer turquoise avec ça et là une discrète frange d’écume. Tout le long de la route ombragée, espacés très régulièrement, des bancs sont posés là pour contempler seulement. Un petit nuage de beau temps, lambeau léger de ouate blanche, suit la ligne d’horizon. Je grimpe ! Une mouette m’accompagne. La brise légère souffle d’Est, au pas de sénateur défilent Menton, Monaco, Nice, Cannes. Là, l’oiseau ami vire en piqué serré sur son aile droite. Simultanément je reçois une violente tape sur l’épaule. Qu’est-ce ? Eole, oui, le Dieu en personne, me hurle à l’oreille : Saute, après l’Estérel souffle Mistral !

 

D’autres fois…

Je fais souvent ce rêve étrange d’une pénétrante verticale qui conduit droit au ciel, si vaste, si noir, que je pourrais m’y perdre si je n’apercevais des milliers, des millions de foyers étincelants. Des étoiles tout bêtement, que nenni beaucoup trop près. Non des astéroïdes géocroiseurs habités. Quel étonnant pays… Lancés à des allures folles, ils se doublent, s’entrecroisent, évidemment se heurtent violemment, explosent littéralement en énormes boules de feu qui projettent des éclats à des milliards de lieux à la ronde, une météorite minuscule me fend le cuir chevelu. Quelle imprudence, jamais sur Terre nous n’accepterons une telle conduite disaient les dinosaures !

 

Et même…

Je fais souvent ce rêve étrange d’une pénétrante qui tourne en rond dans ma lucarne carrée. Je peux y voir, revoir et revoir à satiété les docteurs, les professeurs plus émérites les unes que les uns que les autres, nous expliquer, A plus B à l’appui, que l’être humain est mortel, tous, peut-être même toutes, probablement moi y compris. Il faut nous protéger, plus, allez encore plus, vous pouvez le faire. Je le fais. Bouleversé par tant de sollicitude, seul, masqué, cloîtré au fin fond de ma thébaïde, j’ose confier mon désarroi au Père Vidoc. Sèche tes larmes, me dit-il, sans patients, plus de médecins, ces gens défendent leur fond de commerce, quoi de plus naturel !

 

Aimablement suggéré par Monsieur Paul.

 

(…)

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Rédigé par Hervé

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Publié le 3 Novembre 2020

Johann Heinrich Füssli, Le Cauchemar, 1781

Johann Heinrich Füssli, Le Cauchemar, 1781

Le cauchemar, fantastique mise en abyme..

 

Le fantastique : se dit d'une œuvre où se mêlent le naturel et l'étrange de façon si inquiétante que le lecteur hésite entre une explication rationnelle et une explication surnaturelle des événements. Cette hésitation, ce doute, constituent le principe même du genre fantastique.

 

Mise en abyme : (effet de miroir, récit au second degré)

Une mise en abyme désigne l’enchâssement d’un récit dans un autre récit, d’une scène de théâtre dans une autre scène de théâtre (théâtre dans le théâtre), ou encore d’un tableau dans un tableau, etc.
 

Lecture :

La nuit face au ciel de Cortazar

 

Atelier :

Racontez un cauchemar fantastique avec, éventuellement, une mise en abîme terrifiante..

 

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 3 Novembre 2020

Le saxophoniste se réveille. Au loin, la musique de la fanfare résonne. Il se lève brusquement, saisit son saxo et se précipite vers elle. Il est en retard, le défilé a commencé sans lui. Vaut mieux qu’il coupe par le bois, c’est beaucoup plus rapide. Ce n’est qu’après quelques pas que son cerveau se remet à fonctionner, il réalise qu’il dormait à même le sol. Voyons… il était dans les temps ce matin quand il est parti pour la fête du village. Il a suivi le chemin habituel, le soleil pointait, des oiseaux chantaient, il a voulu les approcher, a pénétré dans la forêt et puis… le trou noir. Impossible de se souvenir pourquoi, comment il s’est retrouvé allongé au pied du grand chêne, tout courbaturé, l’impression d’avoir été battu.

Pointe d’angoisse, son cœur rate un battement. Que s’est-il passé pour qu’il s’endorme ainsi alors que ses camarades l’attendaient pour la parade ?

La musique est de plus en plus forte, elle semble venir vers lui. Curieux… ce n’est pas ce qui était prévu ; le circuit de la parade devait passer par les rues du bourg et terminer par une aubade sur la place... Bizarre cet air... lui non plus n’était pas prévu… Une mélodie sombre, loin des envolées joyeuses de la fête. De longs sanglots de lamentos étreignent l’âme ; la forêt pleure, les oiseaux se sont tus. Quelque chose de terrible, enfoui au fond de sa mémoire, cherche à s’échapper… quelque chose de terrifiant, oublié dans l’enfance… La peur le tétanise… c’est là, ça approche... La malédiction de la forêt ! C’est ça, c’est cette vieille légende que lui racontait sa mère, sans doute pour le dissuader de partir seul en explorateur dans les bois. Soulagement... il respire mieux, rit de lui-même et de ses terreurs d’enfant. Se souvient vaguement de l’histoire…

‘‘Il était une fois, dans la forêt, une fanfare infernale. Il ne faut surtout pas la rencontrer sinon la malédiction se réalise. On se sait pas en quoi elle consiste car tous ceux qui ont croisé la fanfare infernale ne sont jamais revenus. Il paraît que la musique larmoie avant de devenir sauvage, hargneuse. Les notes rageuses se déchaînent alors, les trilles mesquines crient.’’

Le saxophoniste sourit à ce conte quand soudain, devant lui, la fanfare se matérialise. Les trompettes tempêtent et grondent, féroces. La grosse caisse casse le tempo à grands coups de baguettes qui meurtrissent le dos. Le gros tuba éructe en ut, renverse le monde de son souffle fétide. La forêt magique protège son secret derrière la musique… Démoniaque poésie… Il n’a pas le temps de comprendre le message. Emporté, secoué, il tombe, inconscient, sous le grand chêne.

Quand il se réveille, la musique de la fanfare résonne au loin. Il se lève brusquement, saisit son saxo et se précipite vers elle. Il est en retard, le défilé a commencé sans lui. Vaut mieux qu’il coupe par le bois, c’est beaucoup plus rapide...


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Rédigé par Mado

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Publié le 3 Novembre 2020

Un frôlement dans mon sommeil, quelque chose bourdonne comme une mouche pour me faire émerger. J’ouvre un œil, m’étire, ouvre l’autre œil, stoppe net mon étirement. Là, sur la table de nuit, un bijou, une broche en forme de lemniscate avec une perle bleue sertie dans une boucle.

Je la reconnais ! C’est LA broche ! Une réminiscence de bijou, une broche inventée dans une histoire, la parure de Lucie, un personnage qui n’existe que dans un vieux texte rédigé à l’atelier d’écriture il y a quelques années. D’ailleurs, je m’en souviens encore :

 

Elle l’épinglait souvent sur une écharpe ou un châle. Bijou fascinant ! Lemniscate, symbole de l’infini… La perle posée tout en haut d’une boucle, prête à dévaler le ruban... à l’infini. Enfant, elle y voyait la Terre roulant sur une route de l’Univers pendant que sa mère, déesse toute puissante, harmonisait les mondes…

 

Ce bijou surgi de nulle part sur ma table de nuit n’est pas réel, je suis en train de rêver. Oui, je sais que je rêve. C’est impossible autrement. Faut juste que je me réveille, c’est tout.

Il me faut un café bien serré pour m’aider à réfléchir à tout ça. 

 

Tiens, ça aussi c’est une phrase de ce vieux texte. Bizarre que les mots me reviennent intacts après tout ce temps… Le clocher de l’église sonne onze heures. 

 

Déjà ! Ah, non, c’est l’incipit du vieux texte. C’est marrant, je la vois littéralement cette phrase. Elle s’étale à côté de moi et je comprends : je rêve encore. Allez, sors de là, ouvre les yeux ! Je gigote dans le lit, je me pince, ça fait mal, signe que je sors de ma torpeur. Un rayon de soleil filtre à travers les persiennes, se pose sur la table de nuit, illumine… la broche à la perle bleue ! Bon sang, je suis pourtant bien réveillée à présent ! Je saisis la broche, me pique à l’épingle du fermoir. Pour le coup, c’est sûr, je suis réveillée !

Examen minutieux de l’objet… L’index accroche le poinçon au dos du bijou, la minuscule lune cachée sur un revers d’infini. 

 

Ben oui, je le savais ça, c’est moi qui l’ai écrit ! Mais ça n’explique pas sa présence. Ce bijou n’existe pas, il ne peut pas être là et pourtant je le tiens entre les doigts. Une angoisse s’insinue, sournoise, rampe de mon ventre vers mon cœur. Quelque chose d’indéfinissable plane... Un éclat blanc heurte le coin de mon regard. Sur la table de nuit, un papier..

 

Joyeux anniversaire Jade, ma chère sœur !

Je t’embrasse bien fort.

Jane

 

Mais il n’y a PAS de Jade, Jane, Lucie ! Ce sont des personnages que j’ai IN-VEN-TÉS !! Pas possible… on me fait une farce ! Où est la caméra cachée !!? Ce message n’a rien à faire dans ma chambre. Il doit rejoindre le cahier d’où il s’est échappé – je me demande bien comment.. ?! – ainsi que la broche à la perle ! Je n’y comprends rien, la panique monte, ma raison chute..

 

Les souvenirs remontent comme des bulles.

Une maison, un jardin, sa mère, sa tante et elle, "p’tite Lulu".

 

Non, non, ce ne sont pas mes souvenirs… tourbillon… je me cogne aux mots éparpillés… Trop de questions sans réponses, trop d’émotions pour aujourd’hui… Chamboulement dans le vieux texte, l’écrit arrive en désordre dans ma tête... Dans le lointain, les montagnes adoucissent leurs crêtes, se fondent dans un sfumato d’un bleu délicat. Non, impossible, je ne vois pas de montagnes par la fenêtre de ma chambre d’habitude. D’ailleurs, je n’en vois pas actuellement, enfin pas vraiment, je ne vois que les mots qui les nomment, qui suggèrent les images, comme un texte que je serais en train de lire, comme si j’étais moi-même un mot… comme si je n’existais qu’entre les lignes… Serais-je devenue le personnage ? Je cherche à m’enfuir, en vain. Je suis cernée par les marges du cahier, prisonnière de la feuille de papier.

 

Un bruissement me froisse, je tressaille, chiffonnée entre deux doigts immenses. Un sourire se penche au-dessus de moi, au-dessus des mots qui me constituent à présent. Je ne suis pas Lucie mais Lucie est devenue moi.

J’aurais dû me méfier quand elle disait :

 

J’ai bien envie de m’y mettre, moi aussi, à l’écriture… je pourrais raconter l’histoire de la lemniscate… Je la dédicacerais comme ça : A tatie Jane et à sa fille, Jade… Oui, c’est ça. Dès demain, je m’inscris à l’atelier d’écriture.

 

Elle l’a fait... enfin, je crois… je ne sais plus si c’est elle ou moi qui écris ce texte… Je veux sortir… partir de ce cauchemar. Le clocher de l’église sonne onze heures. Encore onze heures, onze heures indéfiniment… et soudain, la nuit s’abat sur moi.

Lucie a refermé le cahier.

 

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Rédigé par Mado

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Publié le 1 Novembre 2020

LES UTOPIQUES

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 1 Novembre 2020

Ils avaient navigué des semaines avant d’accoster sur ces rivages inconnus. Ils avaient marché des jours à travers de vastes steppes et des forêts infinies avant d’accepter l’inacceptable : ils étaient bel et bien perdus, épuisés, et à court de vivres ; le découragement les gagnait.

C’est alors qu’un vent léger leur apporta une mélodie étrange et douce qui ne pouvait qu’être produite par des êtres doués d’intelligence. Ils reprirent leur chemin, guidés par la mélodie et débouchèrent bientôt dans une vaste clairière abritant un village. Non pas un amas de cahutes en paille comme on en voit au cinéma mais un ensemble harmonieux de solides bâtisses semblables à celles de nos contrées.

Encore sous le choc de leur découverte, ils virent venir à leur rencontre des êtres qu’ils hésitaient à définir comme humains. Certes, ils semblaient présenter toutes les caractéristiques physiques des hommes et femmes ordinaires vivant sur cette bonne vieille Terre mais, à y regarder de plus près, ces êtres arboraient un visage-sourire débordant de bienveillance, et leurs bras semblaient faits pour embrasser autrui.

Les voyageurs furent donc accueillis par des gestes sans équivoque et des paroles sans doute de bienvenue quoiqu’incompréhensibles. Quelques jours suffirent à les remettre sur pied, grâce aux attentions et aux soins des autochtones.

Peu à peu les voyageurs découvraient ce monde nouveau et le mode de vie de leurs hôtes. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il ne semblait pas y avoir de chef ni d’autorité et encore moins de gardiens de l’ordre. Les différents, quand ils survenaient, étaient réglés par l’écoute, la concertation et la bienveillance. Les voyageurs avaient pu l’expérimenter, la nourriture simple, saine et naturelle assurait une bonne santé. Quant aux soins médicaux, la connaissance profonde des subtilités du corps partagée par ces autochtones semblait être une priorité et faisait l’objet d’enseignements quotidiens auprès des plus jeunes.

D’évidence, ici, chacun vivait sa vie dans le respect bienveillant de l’autre ; chacun savait mener son existence en harmonie avec son environnement social et naturel…


 

« Ouais… C’est bien joli tout ça… Allez, remets ton masque et rentrons à la maison avant le couvre-feu. »


 

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Rédigé par Benoît

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Publié le 1 Novembre 2020

Tableau de Kirstine Nangala Brown

Tableau de Kirstine Nangala Brown

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 1 Novembre 2020

 

 

 

 Rêve des femmes de Kirstine Nangala Brown 

 

 

 

 

 

En ce début d’automne, j’étais allé visiter l’exposition temporaire « Arts Aborigènes d’ici et d’ailleurs » au MAMAC de Nice. Une amie qui s’essaye à la peinture m’en avait parlé avec tant d’enthousiasme, soulignant la richesse et l’abondance des œuvres, présentées selon un mode immersif réellement efficace.

Pour moi, ce courant artistique évoquait essentiellement des figures de lézards à base de pointillés et des harmonies de camaïeux pastel.

Par précaution, afin de profiter au mieux de la visite en minimisant la concurrence entre visiteurs, je me présentai au musée dès son ouverture, privilège de mon statut de nouveau retraité.

Sitôt franchie l’entrée de l’exposition encore déserte à cette heure, je fus happé par l’abondance et l’exubérance de pointillés géométriques pas toujours figuratifs mais toujours hypnotiques, exposés à mon unique regard.

Mes yeux parcouraient l’espace, scrutant les tableaux disposés en panorama autour de l’œuvre centrale, sautant de toile en toile, soudain captés par un détail, puis refluant vers la vision globale, parcourant les traces en sautant de pointillé en pointillé comme sur des pas japonais ; les soleils me brûlaient la rétine ; les lézards me guettaient, menaçants. Et toujours mon regard revenait à l’imposante œuvre centrale, immense toile couverte de cercles ocres et de courbes bleues, hypnotiques.

Combien de temps restai-je ainsi, submergé de pointillés, envoûté de sinuosités ? Je ne saurais le dire. Peu à peu, les visiteurs affluaient, m’obligeant à composer avec leurs silhouettes, masquant temporairement à mon regard telle partie d’une œuvre qui prenait alors une toute autre signification. A force de contorsions, je trébuchai, faillis perdre l’équilibre ; je regagnai la sortie, la rue, la ville, la vie et cet air frais automnal qui réconforte. J’entrepris de gagner la plage afin de me reposer les sens grâce à un spectacle moins exotique, plus maîtrisé. Une bonne vieille chaise bleue bien de chez nous m’accueillit face à la mer.

La vie reprenait son, cours ; le ressac chahutait les galets ; les brise-lames hébergeaient leurs lots de pêcheurs ; les avions poursuivaient leur ballet aérien autour de l’aéroport ; le soleil déclinait doucement à l’ouest, révélant les reliefs au loin, illuminant les cieux d’autres camaïeux. Tout cela m’apaisait peu à peu ; mon pouls parvenait enfin à ralentir.

J’étais bien, là, dans mon univers, le regard perdu au loin dans l’azur céleste se mêlant à l’azur marin. Comme souvent, mon regard fut attiré par la lente plongée du disque solaire, accompagnée de son dégradé éblouissant d’ocres et de mauves, qui m’évoquait ce jour-là les camaïeux des œuvres aborigènes.

Il me sembla confusément que le disque solaire n’était plus unique, non ; maintenant il s’était multiplié au point de couvrir l’horizon, d’emplir l’éther. La mer répondait au déclin solaire en brillant de mille points lumineux éphémères. Les vagues, à leur tour, entraient dans la danse, dans la transe, ondulant en courbes de plus en plus régulières, sinusoïdes parfaites refoulant des crêtes pointillées d’écume éblouissante s’échouant sur le pointillé des galets. Ce spectacle étrange m’en évoquait un autre, enfoui dans mon esprit confus mais qui ne demandait qu’à émerger.

Soudain, la scène se figea. Je bondis sur mon séant, les idées claires. Voilà donc le sens du mystérieux tableau central hypnotique : un coucher de soleil sur la mer !

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Rédigé par Benoît

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