liberte

Publié le 10 Novembre 2021

 

Son voyage l’avait conduit sur la côte Est. Il était assis sur un banc face à l’océan. Plus loin le phare de Nauset Lighthouse peint par Edward Hopper se dressait fier, hautain, amer, incontournable sur ces rochers qui bordaient les immenses plages de sable à l’accueil trompeur.

Face à lui le vacarme sourd de l’océan, dont le processus sans fin affirmé par le fracas des vagues laissait imaginer lointaines tempêtes et bateaux en perdition.

L’air était envahi par des effluves d’embruns, d’algues. Les hautes herbes de la dune ondoyaient, du sable s’échappait de sa main après cette poignée qu’il venait de ramasser et qu’il caressait avec sensualité. Tout le portait à la rêverie.

Il ne sut pas à quel moment elle s’était engagée sur le sentier. Et pourtant elle était là se dirigeant d’un pas assuré vers la plage déserte en contre bas. Sac et affaires sous un bras, serviette tenue avec désinvolture par l’autre main, elle avançait, décidée, longue chevelure blonde au vent, nue, fesses blanches exposées à un soleil éparpillé traduisant une décision récente de s’exposer en cette tenue.

L’espace d’un instant il se sentit au paradis. Il leva les yeux et au-delà de la dune, personne, rien, hormis des mouettes rieuses et le fracas incessant de l’océan. Il s’y reprit à deux fois et conclut qu’ils étaient tous les deux dans les bras du hasard.

Aussitôt le personnage féminin de son manuscrit lui revint en mémoire. Ce personnage qui faisait partie de sa vie avec qui il discutait si souvent. Il aurait pu continuer comme cela des années, c’était lui qui le voulait, et puis, voilà que tout se détraquait. Il n’aura pas fallu grand-chose pour que toute cette histoire s’envole. Un rien. Un passage furtif.

Osera-t-il l’aborder, elle qui vient de s’allonger face à l’océan ? Pourra-t-il dominer sa peur ? La peur de l’indisposer, la peur de ne pas la comprendre ?

Rater ce que le hasard lui proposait.

L’inconnue se retourna. Les marques blanches sur sa peau étincelaient comme l’écume de vagues au soleil de midi. Son regard croisa le sien. Elle l’avait bien remarqué malgré son détachement apparent. Il lui sembla qu’un sourire s’installait.

Au delà les vagues s’alanguissaient et semblaient vouloir retourner vers cet océan qu’elles n’auraient jamais dû quitter. Leur aventure se terminait pourtant sur cette plage, dessinant une frontière floue, imprécise, là où la mer s’achève.

Il se leva et ses pieds nus crissèrent sur le sable imprimant des empreintes qui déjà disparaissaient…

 

 

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Rédigé par Gérald

Publié dans #Liberté

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Publié le 10 Novembre 2021

 

Il lui arrivait parfois de rêver qu’elle marchait le long d’une plage de sable. Le vent jouait avec ses cheveux en les échevelant à sa guise, elle fermait les yeux pour sentir la chaleur du soleil et les senteurs des embruns déposés sur sa peau. Doucement, elle se déshabillait, nue, abandonnant au milieu des herbes folles ses vêtements, alors elle pénétrait dans l’eau et s’allongeait sur le sable mouillé. Les vagues, délicatement comme un amant, caressaient son corps. Ce corps, ces cheveux qu’elle ne pouvait plus montrer.

Elle poussa un cri, NON !

Elle se réveilla. La plage, le vent, les vagues avaient disparu, la laissant seule devant sa réalité, une grille bleue devant les yeux.

Elle se mit à pleurer, ses larmes avaient un goût salé.


 

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Rédigé par Bernard

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Publié le 10 Novembre 2021

Ophélie était, des trois jeunes gens, celle qui était restée enfermée le plus longtemps. Les deux garçons, copains de lycée, avaient fugué ensemble en fin de classe de première, à l’âge auquel la révolte contre les parents entraîne de grosses bêtises. A vingt ans à peine, et après une fugue de quelques mois dans les sous-sols parisiens, ils venaient de passer malgré eux plus de deux ans avec la communauté. C’est au début de leur périple en deux-chevaux qu’ils avaient raconté à Ophélie comment un rabatteur du Grand Maître les avait repérés sur les quais du Métro Parisien, là où ils s’étaient rapidement réfugiés après avoir fui l’Internat du Lycée. Ils s’étaient joints par curiosité à deux ou trois personnes qui écoutaient le discours racoleur de cet homme de belle apparence, ils avaient hoché la tête pour approuver ses paroles, lui avaient souri, avaient échangé entre eux des regards complices : la perspective d’être logés et nourris gratis, de pouvoir enfin se doucher, les avait décidé à le suivre. Ils ne savaient pas que le besoin de plaire à cet inconnu les conduirait en définitive vers une restriction de leur liberté individuelle. Ils en avaient un peu assez de se cacher, de faire la manche pour manger, de se laver rarement. Etre libre, un rêve enthousiasment, mais la pénibilité de la vie de SDF leur sautait maintenant au visage. C’est ainsi qu’ils s’étaient retrouvés dans la voiture de l’homme, en route vers les montagnes vosgiennes, vers un lieu sans nom, loin de leurs familles et de la civilisation.

Leur enthousiasme du début s’était brutalement envolé lorsqu’ils avaient réalisé qu’ils étaient véritablement prisonniers, surveillés à tout moment par les gardes du corps qui gravitaient autour du « Grand Maître ». Leur situation s’avérait bien pire qu’à l’Internat de leur Lycée parisien : peu de possibilités d’échanger avec les autres jeunes, de la nourriture juste suffisante pour ne pas mourir de faim, et surtout cette obligation d’étudier des prières et des mantras qui leur faisait regretter les cours de Maths ou de Français de leur professeurs ! Et même s’ils ne voulaient pas l’avouer, ils souffraient d’être privés de leurs familles. Pour qu’on les laisse tranquilles, ils jouaient le jeu de la Communauté : c’était la seule manière de ne pas subir de réflexions ou de punitions…Comme elle était loin, cette Liberté recherchée en fuguant !

Ophélie était heureuse d’être avec ces deux copains, si forts, si courageux, qui la faisaient rire ! Il y avait tellement longtemps qu’elle n’avait pas ri, elle avait presque oublié que ça existait, le rire… Ils essayaient de se diriger vers le Midi en empruntant le plus possible des petites routes pour éviter de rencontrer des gendarmes. Antony leur prouvait jour après jour ses talents de chauffeur. Thomas prenait parfois le volant, ça ne rassurait pas la jeune fille. Il n’était pas un expert de la conduite. En outre, Ophélie ayant fait de la banquette arrière son domaine, il lui adressait constamment dans le rétroviseur des regards énamourés au lieu de se concentrer sur la route. Elle avait un véritable talent pour commenter avec humour et une note de poésie la beauté des paysages traversés, ce qui agrémentait leur voyage et les réconciliait avec la Liberté enfin retrouvée. Elle avait même composé quelques strophes à la manière de Paul Eluard pour décrire leur périple et évoquer leur amitié. Ils déclamaient tous trois ces vers à tue-tête, enthousiastes, tout en avalant les kilomètres :

 

« Sur les journées de souffrance

Sur l’espoir et l’insolence

Sur les rêves de nos consciences

J’écris ton nom

 

Sur le passé effacé

Sur la lumière éclatée

Sur l’infini espéré

J’écris ton nom

 

Sur les prairies les bosquets

Sur les fruits acidulés

Sur les insectes dorés

J’écris ton nom

 

Sur cette chaude amitié

Sur le besoin d’être aimés

Sur notre Trio sacré

J’écris ton nom

Liberté »

 

Ils roulaient maintenant au milieu de roches rouges impressionnantes, ils sentaient déjà l’air de la mer. Bien sûr, ils devaient s’arrêter de temps en temps pour faire la manche, avec plus ou moins de succès, mais jusqu’à maintenant ils avaient pu mettre un peu d’essence dans la voiture, et s’acheter du pain, en complément des quelques fruits cueillis sur le bord du chemin. Ils avaient l’intention de rejoindre un oncle d’Antony, qui possédait une ferme dans la vallée de la Roya. Installé là depuis sa jeunesse, il élevait des chèvres, et vendait sur les marchés de la région ses légumes bio et de délicieux petits fromages qui avaient fait sa réputation. Antony était venu deux ou trois fois les étés précédents pour l’aider, bien sûr, mais aussi pour aller se baigner parfois sur la côte avec les jeunes voisins. Il était certain qu’ils seraient bien accueillis, tous les trois, et que le brave homme les aiderait à faire un retour vers une vie plus normale, sans émettre de jugement sur leur fugue. Il servirait de lien avec leurs parents, qui seraient sans doute heureux d’avoir enfin de leurs nouvelles. Ce serait peut-être le début d’une nouvelle vie…

 

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Rédigé par Annie

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Publié le 10 Novembre 2021

 

A présent, j’ai grandi, j’enseigne dans une grande ville avec sa grande agitation, ses transports empestant des odeurs nuisibles à la santé.

J’aime ma région, mon studio cocooning sentant les bonbons à la fraise et le café, les étagères chargées de bouquins aux reliures colorées.

Ce premier jour de vacances avec mes amis, se déroula comme suit !!!!

Claude, grand, mince, blond aux yeux bleus, rêvait tout en faisant tourner son stylo avec ses doigts, de forêt aux grands arbres qui laisseraient passer les rayons du soleil et des oiseaux enchanteurs.

Aline, petite rousse aux yeux verts et aux tâches de rousseur, se voyait retourner en Irlande avec ses lacs, ses pubs et ses bières.

Enfin, moi Aurore, j’avais envie de mer et de soleil, tout bêtement.

Donc, nous avons voté, de petits papiers avec nos prénoms dans une vieille boîte à gâteaux.

Jules, frappa ou plutôt tambourina à la porte, ce qui nous fit sursauter, joyeux luron, toujours prêt à partir et faire la fête tout en mâchouillant son chewing-gum.

Ça y est j l’ai !

Quoi, avons nous dit en chœur !!

La vieille 2CV de mon père, elle est rose, si, si vous allez voir, je l’ai garée en bas.

En deux secondes, nous étions tous les quatre à la fenêtre !!!

C’est drôle, parce qu’en quittant ma ville, j’ai eu une seconde de vague à l’âme !!!!

Il est vrai que le printemps est une saison merveilleuse, comme sur une photo, les arbres fleuris étaient d’un rose poudré, je trouvais que les gens dans la rue semblaient se déplacer lentement !!!

Bref, heureux, nous voilà partis dans cette mythique voiture, peinte couleur bonbon acidulé, le toit ouvert permettant au soleil de nous saluer.

Vroum, vroum, non elle ne va pas nous lâcher !!!

Non, c’était sa manière à elle de nous dire : Allons-y, soyons joyeux et faisons un voyage qui tout compte fait sera…..

Surprise, la Côte d’Azur, Saint-Tropez, la plage, la mer, les copains, les rires, les odeurs, les saveurs de la cuisine de chez eux !!!

Chez eux, des amis de Jules qui nous accueillent dans leur mas, typique maison du sud de la France, dans les bois alentours, un peu reculé de la marée humaine qui, à chaque vacances, migre dans cette région.

Bon et bien il y en a pour tous les goûts !!

Au retour, notre Dedeuche était toujours aussi en forme, je l’ai même prise en photo, agrandie, fixée sur mon mur, avec les mimiques, les grimaces de mes amis immortalisés autour.

Ma chère Lisette, ma grand-mère littéraire de cœur, m’avait toujours encouragée à la découverte, aux voyages, aux amis fidèles depuis l’enfance.

 

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Rédigé par Dominique

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Publié le 10 Novembre 2021

 

Pour échapper à l'activité du domaine, réfléchir sereinement à la décision qu'elle avait à prendre – vendre ou continuer –, Marjolaine avait besoin de se retrouver seule quelques jours.

Les vendanges étaient faites. C'était le moment.

Rien de mieux qu'une escapade jusqu’à l’océan.

On était déjà hors saison et elle avait trouvé sans difficulté une chambre dans ce petit hôtel de charme qu'elle aimait tant, isolé au milieu des dunes. Au programme de ces trois journées volées : dormir, nager, marcher, lire... Et surtout, faire le point de ses désirs et de ses priorités.

L'endroit s'y prêtait à merveille.

Le ciel était lumineux, ensoleillé. Quelques nuages semblaient jouer à se poursuivre. La plage, apparemment déserte, déroulait ses kilomètres de sable doré. L’eau était d'un vert légèrement gris, un ton d’huître, au parfum d'iode. La marée montait, grignotant en douceur l'espace, vague après vague. Un rythme régulier, léger, rassurant. Vivant.

Une onde de sensualité joyeuse s'empara de Marjolaine. Après avoir traversé les dunes au milieu du frémissement des oyats, frêles et légers, mais solides, têtus, elle abandonna sa robe, puis poussée par une envie de faire librement corps avec la nature, elle se défit de son maillot. Le haut. Le bas. Nue. Au diapason.

Le soleil était doux sur sa peau. Et une brise légère l'enveloppait dans sa marche vers l'eau. Au rythme inlassable des vagues vint s'ajouter le cri de deux mouettes se chamaillant. Elle eut envie de leur répondre. Les grains de sable roulaient sous ses pieds à chaque pas...

Elle était ivre de liberté.

 

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Rédigé par Brigitte M;

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Publié le 9 Novembre 2021

 

Depuis que Chantal, l’héroïne de l'histoire écrite par Iliola, s’est installée sur la parcelle d’à côté, Lucie se sent revivre. Un souffle nouveau, une liberté qu’elle croyait ne jamais pouvoir atteindre ont transformé sa vie. Chantal est devenue son amie. Elle lui a proposé de s’occuper de ses plantations, de tenir sa boutique pour lui permettre de partir en week-end avec son amoureux.

Car, oui, Lucie a un amoureux ! L’homme à la rose s’est révélé être des plus charmants. Ils se sont vus et revus depuis quelques mois, toujours avec le même ravissement. Mais ce n’étaient à chaque fois que quelques heures volées à son emploi du temps bien rempli. Alors, quand la compatissante Chantal s’est portée volontaire le temps d’un week-end, Lucie n’a pas hésité.

La voilà à présent sur le départ, à attendre son amour qui ne saurait tarder. D’ailleurs, un vrombissement caractéristique, reconnaissable entre tous, est en approche. La 2CV rose, aussi rose que la rose offerte au premier rendez-vous, débouche au coin de la rue, s’arrête devant sa porte. La capote roulée jusqu’à la lunette arrière, la carrosserie toute pimpante, la deudeuche distille à elle seule l’insouciance et la liberté.

Claquement de portière, baiser sucré, bagage dans le coffre et en route.

Le vent s’engouffre par le toit ouvert, apporte avec lui des parfums de printemps rose, ébouriffe les cheveux, caresse les joues, le cou, d’une douce fraîcheur. La route déroule devant le capot, bordée d’arbres roses, de genêts jaunes, de ciel bleu, de bonheur multicolore. Le ronronnement du moteur berce les rêves, berce l’amour.

Destination, la plage, le sable, la mer…

Lucie se l’est promis, elle se baignera nue, libérée de ses peurs, libérée des contraintes qu’elle s’imposait.

Libérée, nue...

Libre.

 

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Rédigé par Mado

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Publié le 6 Novembre 2021

 

Plus on évolue dans la vie, plus on se débarrasse des croyances qui nous limitent, et plus on a le choix.

Et le choix, c’est la liberté.

L'homme qui voulait être heureux -  Laurent Gounelle

 

ATELIER :

L'analepse

 

LECTURE :

Extrait de "La Force de l’Âge", Simone de Beauvoir, 1960

 

SUJET :

Inspirés par la citation "Et le choix, c’est la liberté", créez une situation dans laquelle votre personnage doit faire un choix et faites une analepse pour raconter ce qui a provoqué ce choix.

Vous pouvez vous servir de votre dernier texte, imaginer que, suite à une lecture, votre personnage fait un choix de vie ou autre et utiliser l’analepse pour raconter le cheminement, ce que ce bouquin lui a apporté, ce que cette lecture a déclenché en lui qui l’a amené à faire ce choix.

Gardez en tête que notre thème est la liberté !

Vous pouvez aussi ne pas utiliser votre dernier texte et inventer une autre situation... Liberté de choix, bien sûr !

 

LES TEXTES

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 6 Novembre 2021

 

Le vent qui soufflait dans sa tête lui rappelait les jours où elle pouvait s’exprimer. Sur l’écran blanc de sa vie, les images défilaient trop vite comme dans un vieux film de Charlot. Seul le cliquetis du projecteur semblait répondre à ses questions.

Fini les discussions entre amis, où, certains soirs, on refaisait le monde.

Elle écoutait ce vent, lui à qui on avait interdit d’ébouriffer ses cheveux. Même l’air qu’elle respirait se chargeait d’un parfum aux senteurs de renfermé.

Elle écoutait ce vent qui jouait avec son imaginaire pour lui permettre d’espérer.

Elle, elle ne pouvait pas croire que son monde s’était écroulé ; le regard perdu derrière sa grille, prisonnière de sa burqa, sur les parois de son cœur elle a écrit Liberté car elle sait que demain refleuriront les roses sur les routes de l’Afghanistan.

Le silence s’était installé dans les rues de Kaboul, comme une chape de plomb qui étouffait les murmures et les voix des femmes afghanes. Le Monde de Aicha avait pris la couleur du bleu ou du noir. Non pas celui de l’encre qui lui servait à écrire mais de se voile que les talibans l’obligeaient à porter.

Le soir, enfermée dans sa chambre, elle apprenait par cœur les textes de ses livres. Comme un souffle de liberté et elle se disait :

«  Ils n’auront pas ma liberté de pensée »

Étudiante en littérature française, elle se fixait comme règle de vie, la citation de Bernard Weber :

«  Le secret de la liberté, c’est la librairie »

Pourtant la librairie Massoud avait du fermer ses portes et les livres prenaient le chemin de la résistance de l’ombre des interdits.

Heureusement pour Aicha, son père et ses frères qui eux avaient le droit de sortir librement, lui fournissaient de quoi assouvir sa soif de lecture.

Et c’est ainsi que lorsqu’elle devait sortir, accompagnée par son père, enveloppée dans sa bulle bleue, elle s’obligeait à se réciter les vingt et uns quatrains du poème sur la liberté de Paul Eluard.

Aucune grille de fer ou de tissus ne pourra l’enfermer. Elle était libre !

Le soir, quand la nuit poussait le jour au delà des montagnes, Aicha s’enfermait dans sa chambre pour écrire et pour lire. Elle enlevait son enveloppe et retrouvait sa liberté de mouvement. Nue elle aimait sentir le froid faire frissonner son épiderme. La tête en arrière elle jouait avec ses longs cheveux teintés de henné aux reflets cuivrés.

L’espace d’un instant, elle se retrouva ans la chambre de sa cousine où pendant des heures, elles discutaient sur le choix de la couleur. En ce temps la les cheveux étaient la parure de la femme.

Le reflet de la glace lui renvoya son image, sa décision fut prise, elle prit les ciseaux, ses longues boucles tombèrent sur le sol et formèrent un tapis, non pas de prière mais de révolte. C’était son sacrifice sur l’autel de sa liberté.

 

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Rédigé par Bernard

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Publié le 6 Novembre 2021

 

Ophélie réfléchissait intensément. Elle avait été rattrapée dans sa fuite par un groupe de cinq personnes, trois hommes et deux jeunes gens un peu plus âgés qu’elle. Elle les connaissait, ces garçons. Ils s’étaient croisés à plusieurs reprises dans l’usine où elle était prisonnière par la seule volonté de sa mère. L’un d’eux, Thomas, lui paraissait le plus accessible. Il avait posé sur elle un regard triste, qui voulait lui faire comprendre qu’il était désolé de faire partie du même groupe que ces chasseurs à l’allure rébarbative. Elle les revoyait lorsqu’ils l’avaient jetée à terre sans ménagement, après lui avoir sauté dessus à la sortie du petit bois. Avant qu’elle puisse comprendre ce qui lui était arrivé, elle s’était retrouvée les mains liées derrière le dos et un foulard sur la bouche pour l’empêcher de crier. Cette agression brutale lui avait fait penser à une de ses lectures parmi celles autorisées par le Grand Maître, deux jeunes faons attaqués par une meute de loups, qui n’avaient pas réussi à se sauver. Et pourtant, elle ne pouvait pas se déclarer perdante maintenant, alors qu’elle venait de passer trois mois en totale liberté… Ne plus courir le long des sentiers, au milieu des herbes folles. Se retrouver à nouveau enfermée, les prières et les incantations remplaçant le sifflement du merle et le bourdonnement des abeilles, l’air pur de la montagne oublié devant les relents fétides provenant des murs suintant d’humidité de l’ancienne usine… Ces derniers mois, elle n’avait même plus droit au regard maternel plein d’amour : il lui semblait être désormais presque transparente aux yeux de Jeanne, qui ne vivait plus que pour le regard bleu magnétique du Grand Maître. Submergée par son chagrin, Ophélie tourna son regard vers les deux jeunes gens, un peu à l’écart. Si Antony n’osait pas la regarder, elle devinait dans les yeux de Thomas une lueur de complicité et d’affection. Elle savait que le garçon avait une attirance pour elle, elle avait déjà remarqué que, même s’ils n’avaient pas le droit d’avoir des conversations privées, il était heureux lorsqu’il était près d’elle, qu’il la frôlait en passant. Ils avaient tous les deux l’âge où la vie s’ouvre devant soi, où l’on a le cœur plein d’espérance. Peut-être allait-il l’aider à fuir, à échapper, lui et elle, à l’emprise des trois hommes ? S’ils avaient emmené Thomas et Antony, c’est qu’ils ne se méfiaient pas d’eux, qu’ils les croyaient entièrement dévoués à leur cause. Ophélie en était certaine maintenant : Antony ne serait pas un obstacle, il ne chercherait pas à les retenir. Quant à Thomas, il était prêt à partir avec elle, elle le sentait. La liberté était à portée de main. Elle avait vu que les trois hommes avait sorti de leurs sacs-à-dos des bouteilles de whisky et de rhum, ce qui lui semblait pas très en accord avec les préceptes du Grand Maître. Eux aussi paraissaient vouloir profiter, à leur manière, de leurs heures de liberté. Thomas et elle échangèrent un coup d’œil entendu. Ils attendraient la nuit, et ils s’enfuiraient main dans la main, lorsque l’alcool aurait fait son œuvre. Il suffirait d’être patients…

 

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Rédigé par Annie

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Publié le 28 Octobre 2021

 
C’était une époque ou Humphrey devenait Humphrey Bogart grâce à l’adaptation d’un roman ; Ernest Hemingway, dont les œuvres avaient été si souvent portées à l’écran, n’allait pas tarder à se flinguer dans sa maison perdue de Key-West. Une époque où tout évoluait et où lui, Edgard Normand, n’avait pas sa place.

Il avait besoin de recul …

Assis sur une borne kilométrique, son sac à dos posé à côté de lui où l’on pouvait lire : « Français, âge moyen, cherche à joindre Columbus ». Ville de Tennessee William dont sa dernière œuvre « Un tramway nommé désir » avait crevé tous les écrans de cinéma. Il voulait s’inspirer de l’endroit ou Tennessee avait vécu.

Tout lui revenait en mémoire. Sa vie, ses précédents succès littéraires « Le murmure du chêne » et « la diagonale de la vie ». Pourrait-il jamais retrouver ce niveau ? Tout évoluait si vite. Les valeurs qui avaient été les siennes depuis sa plus tendre enfance étaient ébranlées tous les jours. Ses points de repères, ses ancrages se voyaient brouillés.

Le chêne ne pourrait plus rien lui murmurer puisqu’il devenait roseau et se pliait sous le vent quelque soit la direction…

La vie, sa vie traversée en diagonale parce qu’il n’avait abordé que l’essentiel,

L’indestructible comme il se disait, lui semblait dérisoire tant l’air du temps emportait tout cela…

Pourtant les valeurs sûres comme l’amour, l’amitié, le cynisme aussi étaient des valeurs universelles. Saurait-il les porter au niveau des plus grands ?

 

Son éditeur avait bien essayé de le dissuader,

- Mais enfin Edgard que vas-tu faire ?

- Je ne sais pas mais je sens que je dois m’arrêter

- C’est quoi cette histoire ? Une crise liée à la morsure du temps ?

Edgard marmonna une phrase à voix basse, inaudible, son éditeur fit celui qui n’avait rien entendu, il reprit :

- Je vais te dire mon sentiment : « Ce n’est jamais à cause d’un état d’âme, qui ne dure jamais d’ailleurs, que l’on prend des décisions définitives. »

- Ah bon, qui as dit ça ?

- Je ne m’en rappelle plus, mais quelle justesse de raisonnement non ?

Edgard accusa le coup,

- J’ai tout de même la liberté de choisir ma future vie ! Bon je vais raccrocher, je te tiendrai au courant…

C’est ainsi qu’Edgard Normand disparu des rayons de librairie. Ses deux ouvrages avaient fait l’objet de plusieurs rééditions. Les lecteurs écrivaient « Y aura-t-il une suite ? ». L’éditeur jurait que cela ne saurait tarder. Il fallut attendre, attendre.

Des années plus tard… un jour « Le pavillon des pas perdus » d’Edgard Normand parut et reprit le devant de la scène.

 

A ce moment là Lucie sut que son intuition intérieure ne l’avait pas trompée.

Il ne pouvait pas s’être envolé sans donner de ses nouvelles depuis tant d’années, ça ne lui ressemblait pas. Et pourtant il en avait bien fait le choix.

Très vite l’édition diffusée fut épuisée. Un scandale financier lié à l’éditeur l’obligea à cesser toute activité.

Elle décida malgré son âge de mettre toute son énergie en action pour retrouver ce dernier livre …

 

 

 

 

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Rédigé par Gérald

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