ecriture collective

Publié le 22 Janvier 2019

Investigation faite, chaque personnage envoie un courrier à celui qu’il soupçonne être l’auteur de l’œuvre pour en avoir la confirmation. Dans la lettre ou le mail, il lui explique les raisons qui le poussent à croire que ce voisin en est l’auteur et il lui demande pourquoi la citation et le tableau, quelle est la finalité de cette mise en scène, tout en lui faisant part de ses propres déductions.

 

Atelier : L'écriture épistolaire

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 22 Janvier 2019

L’ETRANGE DECOUVERTE DE Mr DUCHEMIN

 

 

1/ La citation

 

L’hiver s’engageait dans l’automne. Debout dans l’air vif du petit matin Charles Duchemin attend à la station Pont Coty du tramway. Il se rend à son travail aux ateliers de l’ONF (Office National des Forêts).

A l’instant même où le convoi s’arrête face à lui, il serre au fond de sa poche le papier froissé.

Quelques instants auparavant, il avait remonté le col de sa veste en sortant de son immeuble. Au calme feutré du hall avait succédé brusquement le brouhaha des boulevards. Klaxons, cris d’enfants toujours occupés à se poursuivre, démarrages intempestifs des voitures. Il avait eu un instant de recul et déposé au fond de sa poche le texte découvert dans sa boîte aux lettres.

Il avait hésité à le jeter dans la corbeille à papier prévue à cet effet, comme toutes les publicités inutiles. Mais ce n’était pas une publicité. En fait ce message l’avait interpellé.

Il avait senti que quelque chose d’inhabituel allait se produire.

Confortablement installé, balloté au grès des accélérations du tramway il décida de le défroisser et de le relire.

« Il faut les moduler dans un reflet coloré comme la chair. Il ne faut pas que ce reflet soit complètement reflet (autrement dit, il faut casser le ton du reflet avec un autre ton). Quand on finit, on reflète davantage où cela est nécessaire. Il faut toujours modeler par masses tournantes, comme seraient des objets, comme sont les feuilles. Mais la transparence en est extrême. »

 

Mr Duchemin relève la tête.

Etrange ! Voilà bien la prose d’un amateur de peinture. La signature Eugène Delacroix ne prêtait pas à confusion.

Peut-être s’est-il trompé de boîte aux lettres. Ça pouvait intéresser Pierre l’artiste peintre du premier ou plutôt Stéphane l’étudiant aux beaux-arts du troisième et ce courrier leur était destiné !

Cette histoire de reflet avait l’air très importante pour le rédacteur de ce texte.

Pourquoi m’a-t-il choisi ? Est-ce un malentendu ?

Le tramway ralentissait et abordait un dangereux carrefour. Un de ces carrefours que l’on traverse toujours avec appréhension, avec des regards à droite et à gauche, avec ces hésitations qui caractérisent bien toute personne consciente des dangers. Le chauffeur s’engageait à vitesse réduite mais constante, sûr de sa priorité.

C’est ici qu’il aperçut Olivier avec sa petite valise à roulettes, le locataire du troisième. D’un regard fixe Olivier le dévisageait au travers des vitres, en pivotant la tête au fur et à mesure que la rame avançait. Pourquoi le regardait-il si intensément ? Ou bien est-ce l’ensemble du convoi articulé que son œil suivait ?

C’était la première fois qu’il s’attardait ainsi à croiser son regard. D’habitude ça se limitait à un bonjour distant en ouvrant les boîtes aux lettres. La différence d’âge peut-être ?

Par contre il n’était pas avare de confidences à Eve, l’Esthéticienne du même palier, qui suivait ses voyages. Olivier était steward et musicien, de talent semblait-il à en juger par les Ah ! Et Oh ! De la voisine.

Ce courrier ça pouvait être lui ?

Le texte sous ses yeux faisait remonter le souvenir enfoui de sa jeunesse. Toujours le même. Il aura fallu quelques lignes sur des nuances de reflets pour en prendre conscience.

 

La Mauritanie. Le désert. Nouakchott. Le vent glacial la nuit, L’air torride le jour. Les dunes à perte de vue chargées de reflets qui tremblent sous la chaleur et qui déforment tout. Les auréoles d’humidité qui changent le ton des rochers au petit matin. La transparence extrême qui ne dure qu’un instant. Le regard de cet enfant planté là, confiant et qui comprend ce qu’il fait.

Cette période de sa vie il n’en avait jamais parlé !

Il avait vécu là bas et personne ne racontera son histoire !

Mais qui d’autre que lui pouvait le faire…

 

2/ Le tableau

 

Charles claque la porte de son appartement et s’engage dans l’escalier.

Lucien, le concierge astique les marches et l’arrête de la main.

-Prenez l’ascenseur Mr Duchemin s’il vous plaît, ça m’arrangerait et puis vous découvrirez la surprise installée au rez-de-chaussée !

-Ah bon ! C’est tous les jours maintenant.

 

Charles rencontre Stéphane dans le hall admirant la toile installée là.

Lucien les avait rejoints abandonnant seau et balais.

-Je n’y comprends rien, je ne sais pas qui s’amuse mais je crois que je vais l’enlever. J’appelle le syndic pour lui demander son avis.

-Moi je trouve que c’est une bonne idée, enchérit Stéphane, belles couleurs et puis ce côté inachevé laisse imaginer pas mal de choses vous ne trouvez pas ?

Charles pensait à ce travail de reboisement dont il s’occupait après les terribles incendies de l’été. C’est ce à quoi lui faisait penser la toile en premier abord.

-C’est peut-être Pierre votre voisin du premier qui n’a pas eu la force de le monter chez lui et qui l’a déposé là. Celui là aux heures auxquelles il rentre et dans quel état ! Je ne vous dis pas… enchaîne Lucien.

-Vous pensez ? demande Charles en regardant Stéphane, mais quelqu’un l’a aidé à le fixer au mur alors ! Personne n’a rien entendu ? Bizarre.

-Ce courrier dans les boites hier, ça aussi c’était bizarre, poursuit Lucien.

-Vous aussi vous l’avez reçu ? s’étonne Charles,

-Si je vous le dis !

Stéphane hoche la tête, lui aussi l’a reçu ce courrier.

-Delacroix tout de même, ce n’est pas n’importe qui.

Stéphane enfile son sac à dos et se prépare à partir. Il s’adresse à Mr Duchemin :

-A la villa Arson il y a une toile d’un contemporain de Delacroix, un Dinet, vous connaissez ?

Charles interpellé réagit aussitôt

-Etienne Dinet l’Orientaliste ?

-Oui, prêté par le musée des Beaux-Arts pour une exposition temporaire. L’ambiance du désert y est très bien rendue.

-Une ambiance de désert dites-vous ? Il faudra que je passe vous rencontrer et voir cette toile en même temps, quand y êtes-vous ?

-Mais avec plaisir ! J’y suis tous les jours ! Il aura fallu un courrier étrange et ce tableau dans le hall pour que l’on fasse plus ample connaissance.

 

Le lendemain, Monsieur Duchemin arpente les couloirs de la villa Arson.

Des ateliers de part et d’autre donnant sur un jardin particulièrement soigné.

Une salle est réservée aux expositions temporaires et aux styles particuliers afin de permettre aux élèves de s’imprégner des tendances du passé.

La toile de Dinet en est la vedette.

L’atmosphère de la palmeraie est parfaite. Ombres rares sous les palmiers. Femmes occupées à leurs diverses tâches. L’eau rare irriguée vers les plantations. Murs en terre pour la protection contre le sable envahissant.

 

Charles se revoit jeune volontaire auprès de l’organisation des Nations Unies pour le programme de lutte contre la désertification dans les régions désolées. Avec de la bonne volonté à revendre il pensait apporter quelque chose au service de populations déshéritées

Il se voyait changer le cours de la fatalité…

 

Il retourne vers l’entrée tout à ses réflexions, quand par la porte ouverte d’un atelier il aperçoit une toile quasiment identique à celle du hall de son immeuble…

A la cafétéria de la villa Arson il en parle avec Stéphane :

-Dans cet atelier ce sont des anonymes qui s’expriment, disons des « premiers pinceaux » ceux qui s’exercent à la peinture. Le prof les guide dans leurs talents, après ils se spécialisent et essaient de se trouver un style.

-Mais dites moi, pourquoi vous intéressez vous tant à Dinet et à ce type de peinture ?

-Oh ! Une vieille histoire à laquelle je pense souvent. Je vous raconterais une autre fois, ça m’a fait plaisir de parler avec vous.

 

3/ Le message

 

Cette visite à la villa Arson n’avait apporté que d’autres questions.

Qui peut bien être l’auteur de toute cette animation ? Après tout pourquoi pas deux personnes ? La profondeur du message de Delacroix et la légèreté du tableau semblent le poussent vers cette hypothèse.

Tous les habitants défilent dans sa tête et là il se rend compte qu’il ne sait pas grand-chose d’eux. Depuis le départ de sa femme il s’était un peu réfugié dans son travail. Finalement il avait fallu que quelqu’un bouscule ses habitudes pour s’ouvrir aux autres.

Une seule chose de sûre : ce n’est pas Stéphane.

Louis le retraité de la police ? Pas du style à plaisanter…

Joseph le peintre en bâtiment ? Trop occupé par son boulot, part de bonne heure et rentre tard le soir…

Olivier le steward ? Toujours par monts et par vaux. Il a d’autres chats à fouetter… Non il pencherait plutôt vers un rêveur, quelqu’un qui aurait du temps…

Pierre l’artiste peintre ? Je ne pense pas, je le verrais plutôt place Rossetti le dimanche essayer de vendre ses œuvres… Alors ? Il ne reste que Nathalie l’étudiante du 3è (style potache la plaisanterie ça lui collerait peut être ?)

Judith l’écrivaine ? Ok pour le courrier de Delacroix mais le tableau ?

Maïlys la fleuriste ? Tiens pourquoi pas ! Sa décision est prise, il écrit à Maïlys.

 

« Bonjour Maïlys

Vous avez certainement constaté, comme nous tous ces deux choses bizarres, bizarre n’est pas le mot, je dirais plutôt étranges qui nous interrogent ! Je ne vous connais pas très bien mais j’ai pensé que… peut-être… le tableau serait de vous. Une ébauche de paysage, des traces floues évoquent des soupçons de fleurs, alors pourquoi pas vous ? Je tenais également à vous dire que j’entends souvent la musique que vous écoutez, toujours feutrée je vous rassure, mais je peux vous dire que vos choix ne me dérangent pas du tout.

Alors ai-je vu juste ? »

 

4/ Le rassemblement

 

Le lendemain, en ouvrant sa boîte, Charles eut la surprise de découvrir quantité de courriers. Plusieurs personnes traînent dans le hall. Un brouhaha général s’installe. Chacun y va de la sienne pour résoudre l’énigme du 2 Pont Coty !

Stéphane ne va pas dans le détail et a questionné tout le monde.

 

Judith l’écrivaine du 2è aimerait bien connaître le ou les auteurs de ces deux énigmes.

Une lettre anonyme à laquelle il ne comprend rien l’interpelle personnellement.

-Vous aussi, vous êtes destinataire de tous ces courriers ?

Plongé dans ses lectures, il est surpris. Il se retourne et aperçoit Maïlys. Il reconnait l’écriture de la lettre qu’elle a en main.

-Et bien non, désolée, ce n’est pas moi. J’aimerais bien connaître moi aussi celui ou celle qui a eu ces idées. Original non ?

-Oui, oui je suis de votre avis et puis ça bouscule nos habitudes…

Maïlys sourit.

Merci d’apprécier ma musique. Je ne suis pas une fan de télé et la musique est une passion pour moi. J’essaie toujours de ne pas déranger les voisins mais avec mes répétitions de tango c’est difficile d’écouter en sourdine.

Charles est interpellé.

-Ah bon ! Vous aimez le tango ? Mais c’est ringard pour une fille de votre âge non ?

-Pas du tout. J’aime beaucoup ce côté sensuel et nostalgique qui s’en détache.

Saudade comme disent les Argentins !

-Je vois que vous en avez une bonne connaissance ! Le tango je l’ai bien pratiqué. Carlos Gardel, Astor Piazzolla, Annibal Troilo, ça vous parle ? C’est autant de sensualité que de rigueur, de technique que de lâcher prise. De la voltige et de l’élégance, de l’émotion quoi ! Et puis c’est la dernière danse du toucher créée par l’homme. Avec ma femme on ne ratait aucun concours. Ça fait trois ans que je ne m’y intéresse plus, depuis son départ.

-Oh excusez-moi, je ne savais pas !

-Ce n’est pas si grave, ça me fait plaisir de découvrir que le tango intéresse aussi des jeunes comme vous.

-Il faut dire que vous en parlez presqu’en professionnel. On n’aura pas résolu l’énigme de notre immeuble mais on aura découvert quelque chose, termina Maïlys…

 

5/ Les surprises

 

Cette fin d’après midi dans le hall, ils sont tous là.

Ça alors mais où est passé le tableau ?

A la place deux citations de Saint- Exupery et Montaigne ! Excusez du peu. Un intello ce farceur ou bien conseillé.

Charles ne sait plus quoi penser.

-Alors toi t’es un as en communication ! Qui parle à qui ?

-Le conte de fées je suis en train de le vivre ! entend-on malgré le brouhaha.

Stéphane s’approche de Charles.

-Vous savez « l’avis non comme bon mais comme le mien » de la citation c’était bien vu !

-Ah bon ? Il faut me sous-titrer, je plane !

Joseph le peintre en bâtiments du 5è semble planer lui aussi. Ce serait donc lui ?

-Les amis tous chez moi pour arroser ça ! lance t-il à la cantonade.

Chez Joseph, les deux tableaux quasi identiques trônent dans le salon.

-La villa Arson m’a beaucoup apporté, précise Joseph.

-Et ton prof, il ne faut pas l’oublier : un crack en communication !

-Oui ! Il me disait : si tu veux te faire connaître il faut taper fort dès le début, c’est comme pour les récitals, le public est scotché dès la première mélodie, t’affirmer quoi !

On apprendra plus tard entre coupes de champagne et musique instrumentale que Joseph a pris sa carte d’artisan et travaille sur la restauration de bâtiments classés avec des artistes des beaux-arts. La peinture en trompe l’œil n’a plus de secrets pour lui. Le Graal quoi !

On se sépare entre félicitations et tapes sur l’épaule. De l’avis général on lui demande de remettre son tableau dans le hall, c’était vraiment chouette !

 

Voilà cette énigme résolue, pense Charles, je n’aurais pas pensé à lui. Je vais pouvoir terminer mon rapport sur le reboisement de Carros. Les pins ! Le mal est là. Sécheresse plus aiguilles de pins, la moindre étincelle et une colline entière part en fumée !

Il avait le souvenir de ces forêts d’Eucalyptus au Portugal, centenaires. Mais ici pas d’humidité de l’océan pour arroser les plantations.

Les chênes ont bien résisté aux sécheresses dans le Var. Il pense que c’est la bonne solution : une forêt de chênes. Il oriente son rapport en ce sens.

Il baille, regarde sa montre : 1heure 30. Bon, il est temps de se coucher…

 

Aïn el Kseur la petite palmeraie à 150 kilomètres de Nouakchot revient. Le sable a envahi plus de la moitié des surfaces cultivées. Le service de désensablement se résume à une équipe de trois personnes, dont Ali gamin rieur à l’énergie débordante. Le matériel ? Un sac de riz ouvert en deux sur lequel on avait cousu deux ficelles en guise de bras. Et voilà la brouette. On y dépose cinq ou six pelletées de sable, puis le sac est tiré à même le sol à cinquante mètres et renversé en tas !

Charles dirige une équipe de plusieurs personnes, du matériel lourd qui désensable efficacement. Puis les équipes plantent quantités d’Acacias et de pousses de Palmiers aux racines innombrables afin de stabiliser les dunes sous le vent. Le principe fonctionnait en Europe pour bloquer les rivages exposés à la houle du large alors pourquoi pas ici ?

Tout cela sous l’œil imperturbable de l’ancien Touareg. Moham, visage brulé par le soleil, djellaba et turban lui couvrant la moitié du visage, appuyé sur une branche tordue en guise de canne.

Mais il faut arroser. Où trouver l’eau ? Un ancien amalgame de pierres effondrées ressemble à un vieux puits ensablé. Peut-être ? avait dit Moham. Avec l’équipe, Charles creuse, déblaye, étaye. Un chantier descendu jusqu’à dix mètres de profondeur et l’eau est apparue. Or saumâtre, mais or tout de même. Une pompe installée, consolidée et l’eau jaillit.

Emporté par l’enthousiasme de la jeunesse, Charles aidé par le petit Ali installe bordurettes de pierres, construit des murs séparant les cultures, trace des canaux, installe des Égades qui répartissent le précieux liquide vers les espaces complantés de Mil, de Fèves, de légumes. Le travail se finit tard le soir, sous les éclairs de chaleur et les nuages noirs qui filent vers l’horizon. Ici il ne pleut jamais avait dit le responsable du secteur. Et puis… Et puis…

Une averse violente, soudaine a gonflé l’oued. Tout a été emporté, sauf le puits. Les chèvres, maigre richesse, disparues avec les piquets. Les bordurettes renversées, les rigoles comblées, les murs abattus, les semences dispersées au loin. Une grande déception. Est-ce que la malédiction est durablement attachée à ce pays !

Le terrain laminé laisse ressortir des blocs de pierre perdues dans une immensité de sable boueux séché.

L’aube découvre les dunes de l’erg. Elles dérivent comme des reflets insaisissables mariant plusieurs tons. Les acacias ont tenu. Le soleil perce et écrase de sa puissance tout ce qui n’est pas ombre.

Charles regarde tout cela. Dur à digérer ce désastre quand on s’est investi à ce point. Révolté d’avoir été présomptueux, d’avoir voulu implanter ici ce qui fonctionnait ailleurs. Pauvre idiot, si ça avait été le cas, ils ne m’auraient pas attendu ! Face à lui, Ali, mains derrière le dos constate les dégâts, le regard pivotant entre le blanc et l’ancien.

Finalement l’ancien, fataliste assis sur une pierre, hoche la tête, ses lèvres remuent : -Il a l’air honnête ce Roumi mais il ne sait pas !

Lui il en gardera pour toujours un sentiment d’échec.

 

Des coups résonnent dans sa tête. Ce n’est pas son souvenir ça. Il ouvre les yeux. Les coups toujours, où ça ? La porte d’entrée résonne. Il regarde sa montre : 9 heures trente ! Ouh là je n’ai jamais dormi autant.

Il ouvre. Maïlys est là, un journal à la main.

-Excusez-moi de vous déranger un dimanche matin, mais je viens de lire : un concours de tango ce soir à l’Excelsior ça vous dirait ?

Charles sourit, se gratte la tête :

-Si je comprends bien, on a la journée pour s’entraîner…

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Rédigé par Gérald

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 21 Janvier 2019

Le tableau ci-dessous, anonyme, apparaît ce lundi dans le hall de l’immeuble, juste en face l’entrée.

Racontez la réaction du personnage. Ce tableau ressemble-t-il à ce qu’il avait imaginé ? Décrivez ce tableau. Puis viennent les questions : Qui l’a peint ? D’où vient-il ? Pourquoi l’a-t-on accroché ici ? Pourquoi cette citation dans la boîte à lettres, la semaine dernière, quel est son lien avec le tableau ?

Le personnage mène l’enquête et soupçonne l’un de ses voisins… à choisir parmi l’un des personnages de l’un de vos voisins de table...

LISTE DES PERSONNAGES

3ème : Stéphane, étudiant aux Beaux-Arts et à la Villa Arson, artiste-peintre

 

3ème : Louis, retraité PJ, nouvel arrivant

 

3ème : Joseph, peintre en bâtiment

 

3ème : Nathalie ou Nat, étudiante infographiste.

 

2ème : Judith, écrivaine débutante, 35 ans, installée depuis 4 mois

 

2ème : Eve, esthéticienne, 22 ans

 

2ème :  Olivier, steward et musicien, 35 ans

 

2ème : Jérôme, carreleur, 40 ans,  marié à Lucie

 

1er :  Pierre, artiste-peintre, porté sur la vodka, 50 ans

 

1er : Charles Duchemin, ONF

 

1er : Maïlys, fleuriste, 26 ans

 

1er : Marc, amateur de foot, 45 ans

 

RdC ; Lucien, concierge, pas malin, 30 ans

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 21 Janvier 2019

Nouveau dans cet immeuble du quartier Bon Voyage où je viens de poser mes valises, je ne sais pas encore où je mets les pieds. Je prends mon courrier en rentrant, la boîte à lettres, engorgée, vomit un vrac de prospectus que je me promets de jeter dans son container approprié. J'espère les résidents pas trop constipés, car n'étant pas du genre à sauter au cou de n'importe qui, l'approche avec les autres risque d'être difficile. La première personne rencontrée m'a dit se nommer Pierre et être artiste-peintre. Il a bougonné une tirade à laquelle je n'ai rien compris. Il ne m'a pas paru très clair. J'ai profité de l'arrivée d'un certain Marc pour les saluer et me défiler, mon but en cette fin d'après-midi étant d'aller faire connaissance avec le Leclerc d'à-côté. Plus tard dans la soirée, après une collation prise devant la télé, j'ai trié mon courrier. Paperasse, paperasse, une convocation pour une réunion de copropriété pour le lundi 4 février à 18 h dans une salle attenante à l'église située juste en face de notre immeuble. Essayant de se faire oublier, un petit papier rectangulaire d'aspect inintéressant que je m'apprêtais à mettre à la poubelle m'a interpellé lorsque j'ai vu la signature « Delacroix ». Ma première idée fut que le curé de la paroisse d'en face se faisait une petite publicité. Après avoir lu le texte, je me traitais d'imbécile, en chuchotant, pour ne pas trop m'accabler. Delacroix, le peintre bien sûr. Perplexe, je suis perplexe. Cette citation reflète mon état d'esprit de ce matin au lever du jour. En effet, juste avant l'aube, une légère brume de densité fluctuante stagnait sur la colline alentour de l'Observatoire. De plus, les réverbères aux halos blafards semblaient être des bougies posées là, au hasard. Puis, dans la clarté mouvementée d'après l'aube, quelques vagues d'étourneaux aux arabesques indéfinies zébraient le ciel hésitant entre pluie et beau temps. En rentrant, après une promenade matinale, face à moi, dans le hall, un tableau, que je découvre. Y était-il, ou a t-il été accroché dans la nuit ??? Ce tableau a-t-il un rapport avec la citation de la semaine passée ? C'est possible ! Ces arbres décharnées auraient pu avoir leurs places dans un espace invisible de ma fenêtre. Je suis venu dans cet immeuble pour y passer des jours tranquilles, et déjà je me casse la tête. Je ne suis pas obligé de m'y intéresser, mais, le mal est fait, il germe, il chemine, il va le diable, puis tout à coup, ne sais comment, je suis pris au piège. Retraité depuis plusieurs mois de la PJ, je suis obligé de reconnaître que la course à la résolution d'une enquête me manquait. Il faut que je me fasse copain avec le concierge. Je vais traîner dans les parties communes.

Mardi 22 janvier

 

Après une nuit d'un sommeil réparateur, une petite idée me fait jour au moment où la lune s'éclipse pour laisser la lumière m'envelopper. Je jubile, car après une forte grippe qui m'avait laissé pâle comme un cachet d'aspirine, un ami m'avait dit : faute à ton teint blême, tu ne pourras plus réfléchir. Il avait tout faux, car depuis ce matin je pantaille. Inspecteur retraité de la PJ, si je ne réfléchissais plus, je serais comme un horticulteur sans pensées. Pour un flic, penser, réfléchir et inventorier sont les trois pis à ne pas lâcher. Dans mon collimateur, je vois trois personnes : PIERRE, qui a pu peindre le tableau ; JOSEPH habitué à travailler dans le bâtiment ; LUCIEN qui a dégagé l'entrée de l'immeuble, le temps de fixer une cheville et un piton. Sans attendre, je vais écrire ces trois lettres.

 

LOUIS, locataire du 3è étage

 

Monsieur Pierre

 

Suite à la citation que tous les résidents ont trouvée dans leur boîte aux lettres et le tableau qui agrémente joliment l'entrée de l'immeuble, je suppute que vous pouvez en être l'auteur. L'auteur du tableau, mais avec deux comparses car, comment une seule personne aurait pu l'accrocher incognito. Je pense que JOSEPH, travailleur dans le bâtiment doit être apte à poser une cheville et un piton en un temps record. Puis LUCIEN le concierge a guetté pour qu'aucune personne ne passe à ce moment-là.

J'écris la même lettre aux deux autres « suspects ». Si vous voulez en parler, je vous invite à boire un verre chez moi.

 

PS : Je m'intéresse à ces faits comme à un jeu, et cela me permettra la rencontre avec d'autres résidents.

Louis

 

Sur ce, je descends les trois étages par l'escalier, je dépose les trois lettres dans les boîtes correspondantes. Je sors un moment pour faire deux pas sur le parvis de l'immeuble. J'hésite à rentrer car Lucien passe la serpillière sur le marbre du hall. Fataliste, il me fait signe d’entrer. Je m'approche de lui pour le saluer et m'excuser. Un chien qui s'est faufilé derrière moi, dérape sur le sol mouillé, vient s'entraver dans mes pieds, me fait chuter... Fracture du col du fémur. Ambulance, hôpital, je réintègre mon appartement le samedi matin accompagné d'un déambulateur. Lucien, pourvu d'un troisième sens, m'attend tout en bavardant avec Joseph. Il se propose gentiment de me faire quelques courses, le temps pour moi de retrouver mon indépendance. Ils sont d'accord pour me rejoindre chez moi dans la soirée pour m'informer de l'évolution de l'affaire. J 'invite également Pierre.

J'invite également Pierre. Nous nous retrouvons vers 19 h chez moi. La glace est vite rompue, les glaçons aussi dans les verres. Vers 20h, Nathalie entendant un certain brouhaha vint sonner à ma porte (inquiète, dit-elle), curieuse de cette ambiance inhabituelle. Il reste un fond de cognac (je bois français) dans la bouteille que je lui offre en lui proposant de s'asseoir. Elle dégote un tabouret dans la cuisine, boit son demi verre cul sec et se trouve illico à l'unisson. La soirée est plus que joyeuse, je vois bien que les gosiers s'assèchent. Penaud, je leurs dis que ma cave manque de liquide, car toujours bloqué chez moi, je n'ai pu m'approvisionner. En habitué à boire, je ne m'aperçois pas qu'un de mes invités, qui s'était défilé, revient avec une bouteille. C'est reparti pour une nouvelle rasade. Chacun raconte sa blague, de moins en moins correcte, et c'est Nathalie qui, la première, nous en sort une à faire rougir un chinois. Une histoire de striptease tout en commençant à se déloquer. Stéphane, locataire au bout du couloir, vient sonner à ma porte, intrigué de ce remue-ménage. Il entre au moment où Nathalie allait dévoiler son corps sage. Je veux dire : dégrafer son corsage ; «éméchée » en le voyant, elle lui tombe dans les bras. Stéphane ne perd pas son sang froid, il la retient, la serre, l'étreint. Ils s'enlacent, prennent conscience de notre présence, penauds, et nous partons tous dans une grande rigolade. Il est minuit passé, Stéphane accepte un verre, fait remarquer qu'il est tard. Sur le point de se séparer, je remercie mes voisins pour l'agréable soirée que nous avons passée, nous avons discuté d'un tas de sujets, sauf celui pour lequel nous nous sommes réunis. Dans le tumulte du départ une voix annonce : rendez-vous samedi soir chez moi. Je les regarde partir, ils se séparent, sauf peut être Stéphane et Nathalie. Mais ça, ça ne nous regarde pas !

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Rédigé par Louis

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 21 Janvier 2019

« Crotte ! Ah c’est pas vrai ! j’ai encore filé mon collant. Mais j’ai trop pas de chance ! Je peux pas sortir avec Laurent dans cet état, je suis bonne pour retourner à Leclerc » se dit Eve qui était à ce moment précis, (le moment ou en sortant les clés de son sac elle troue son collant) très très contrariée. Cette jeune femme qui est d’ordinaire une personne si aimable et sympathique avec tout le monde, s’est transformée en furie acariâtre et désagréable. Heureusement elle ne croise pas l’une de ses adorables voisines du 2 pont René Coty. Toujours dans ses pensées (chair ou noir, 15 ou 20 deniers le collant ?) elle ouvre machinalement sa boite aux lettres et prend de ses doigts délicats une lettre et autres prospectus. Eve en profite pour vérifier sa manucure : ongles de 3 centimètres, un beau rose fuchsia et un petit papillon doré à l’extrémité de chaque ongle. PARFAIT !

Encore heureux, Eve est esthéticienne. Après avoir obtenu son diplôme à l’école Gondard à Nice, elle a trouvé facilement, à 22 ans, un emploi à Yves Rocher à Carrefour Lingostière. Ce n’est pas la porte à coté mais elle a du boulot et qui lui plaît beaucoup. Eve est un peu une artiste à sa manière, elle manie les pinceaux et les couleurs avec dextérité. Et avec un peu de patience et de relations, elle pourra être mutée dans un ou deux ans à Auchan la Trinité. Car Eve a le sens de la communication, c’est un aspect de son métier qu’elle adore et où elle excelle. Telle une concierge elle sait recueillir les confidences de ces clients et clientes. Jolie petite brune pimpante aux cheveux très longs, elle attire les regards et les concupiscences.

Enfin arrivée chez elle, Eve ôte immédiatement ses escarpins vertigineux qui lui compriment les pieds et s’affale sur son divan. Avant d’allumer la télévision, elle prend le temps de regarder son courrier et ouvre une lettre très curieuse signée Delacroix : il est question de couleurs et de reflets. « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » se demande la jeune femme. Il s’agit d’une citation sans aucune illustration ni photo qui auraient pu donner des informations supplémentaires. Elle s’apprêtait à le jeter à la poubelle quand soudain elle se dit que cela pourrait être utile à sa copine Sophie qui est coiffeuse. Après tout cela parle de reflets qu’il faut modeler. Parfait, elle lui donnera demain lors de sa pause déjeuner puisque Sophie travaille à coté à Jean Louis David. Elle regarde l’heure, il faut qu’elle se dépêche car elle doit aller à Leclerc acheter ce fichu collant.

Une semaine après, un vendredi soir alors qu’Eve rentre du travail, elle ouvre la porte de l’immeuble et est très étonnée de voir plein de monde dans l’entrée : le concierge, Nathalie et Judith ses deux voisines de pallier et le beau jeune homme qui habite le dernier. A la vue ce celui-ci, vite Eve sort de son sac son poudrier avec miroir intégré pour vérifier son maquillage. C’est bon le rimmel n’a pas coulé, elle a les joues roses, elle peut s’avancer vers eux.

« Mais que se passe t-il ? », lance-t-elle à la cantonade. Tous les yeux se retournent vers elle et les voisins lui font une allée d’honneur pour qu’elle puisse aller admirer « l’œuvre ».

Là devant elle, accrochée au mur qui donne sur la loge du gardien, un très grand tableau qui n’était pas là auparavant. Eve jette un coup d’œil rapide mais ne comprend pas que tout le monde reste scotché. Une nouvelle déco dans l’entrée ? Et alors, c’est quoi le problème ? Eve regarde de plus près ce tableau. Elle ne voit que du bleu ciel, du gris comme du brouillard, et des traits de pinceaux noirs tels des gribouillages d’enfants. Non vraiment pas de quoi en faire toute une histoire. En plus il n’est même pas signé, vraiment sans intérêt. Tout le monde se tait et attend qu’elle parle. Mince alors il y a le jeune homme du troisième qui la regarde, il ne faut pas qu’elle ait l’air trop cruche, il faut qu’elle sorte une tirade intéressante, un truc qui les scotche sur place. C’est alors qu’elle s’écrit :

« Oh mon dieu, mon dieu, quelle œuvre exquise, quelle finesse, quelle délicatesse, quel talent, savez vous qui a peint cette merveille ? » Eve avait entendu dire que le beau jeune homme du troisième était un artiste peintre. Peut-être que c’était lui qui avait peint cette croûte et avec la complicité de ce coquin de concierge, l’avait exposée là, sans vergogne, aux yeux de tous et de tout le monde. Mais bon, ne rien laisser paraître, feindre l’admiration afin de peut-être lui plaire. C’est alors que chacun et chacune y va de son explication. Non on ne sait pas qui a peint ce chef d’œuvre. Oui c’est réellement magnifique. Non on ne sait pas qui est venu l’accrocher.

« Tu parles ! », se dit Eve. Lucien ? Ne pas savoir qui est rentré dans son immeuble et s’est autorisé à toucher son mur ? IMPOSSIBLE ! Il feint l’ignorance, voila bien la preuve de sa culpabilité. Pour sûr, c’est lui qui est venu accrocher le tableau. Mais pourquoi le nie-t-il ? Hum…Eve se pique au jeu et aimerait bien savoir ce qui s’est passé. Elle les entend parler d’un probable rapport avec la citation Delacroix reçue la semaine dernière dans leur boîte aux lettres. « N’importe quoi » se dit Eve « quel lien peut-il y avoir entre ce tableau et de la publicité pour une coloration capillaire ? Ses voisins seraient-ils devenus zinzins ? Elle les regarde un à un, non vraiment ils sont irrécupérables. Elle tourne les talons et avec un sourire éblouissant lance un « Au revoir tout le monde ! et merci Lucien pour cette nouvelle décoration ».

Rentrée chez elle, Eve est un peu contrariée, il lui plaisait bien cet artiste du 3ième… Est-ce lui qui a peint ce tableau ? Mais alors pourquoi ne le dit-il pas ? « J’espère qu’il ne m’a pas trouvée idiote avec cette tirade sur la déco… il ne faut pas qu’il reste sur cette dernière impression. Il faut qu’il sache que derrière cette allure délurée il y a une grande sensibilité à fleur de peau… »

C’est décidé elle va monter au troisième pour aller frapper à sa porte. Eve prend tout juste le temps de se vaporiser généreusement de son dernier parfum et de changer sa brassière contre un push-up rembourré. Elle ne ressortira pas de chez lui sans connaître le fin mot de cette histoire.


 

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Rédigé par Leslie

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 19 Janvier 2019

Joseph, après avoir vu le facteur entrer dans l'immeuble, (il le guette chaque matin, alors qu'il ne reçoit jamais de courrier à part ceux de Pôle Emploi, d'E.D.F, enfin que des lettres administratives), prend l'ascenseur et arrivé au R.D.C il se dirige vers les boites aux lettres.
Surpris, avide presque, il sort une feuille A4 pliée en deux, sur laquelle est imprimée ces quelques lignes

« Il faut les modeler dans un reflet coloré comme la chair. Il ne faut pas que ce reflet soit complètement complètement reflet (autrement dit, il faut casser un peu le ton du reflet avec un autre ton). Quand on finit, on reflète davantage où cela est nécessaire (…). Il faut toujours modeler par masses tournantes, comme seraient des objets comme sont les feuilles. Mais la transparence en est extrême »
Delacroix

Il lit trois fois sans trop comprendre et le signataire, ce Delacroix, qui est-ce ?
Delacroix c'est comme Dupont, Durand et comme dit le poème « il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle
Martin »..
A l'aise, dans sa tenue de peintre , il
s’assoit sur une marche de l'escalier, en s'assurant que Lucien n'est pas dans les parages. Il sourit : sur la porte de sa loge il y a souvent un post-it où il est écrit « je nettoie les escaliers», mais on ne le voit guère à l'ouvrage. C'est un grand gaillard de 30 ans, bien de sa personne. Il paraîtrait que sa femme l'a mis à la porte sans pertes ni fracas. Il lui aurait été infidèle. Moi je le verrais bien avec Eve, l'esthéticienne du 2ème.. Elle a toujours les ongles des mains artistement manucurés, parfois de différentes couleurs. Il aime beaucoup.
Soudain, il se sent stupide, c'est naturellement une citation du peintre, sans doute concernant son tableau « la liberté guidant le peuple ».


Il se lève et alors qu'il se dirige vers la porte de sortie, il aperçoit un tableau qui n'était pas là la veille. De couleur pastel, il lui semble déceler l'esquisse d'un corps de femme aux seins tombants ; il n'est pas signé ! Peut-être est-ce l’œuvre de Pierre,du ler étage, artiste peintre à ses heures non dénué de talent, dommage d'ailleurs qu'il soit un peu trop porté sur la vodka ; il aime répéter pastichant Frédéric Beigbeder « Il n'y a pas de femmes moches, il n'y a que des verres de vodka trop petits. » .


Pourquoi l'a-t-on accroché ici ? Il n'en a aucune idée ! La citation trouvée dans sa boîte aux lettres la semaine dernière a-t-elle un lien avec celui-ci ?
Soudain un homme, étranger à l'immeuble l'interpelle :

Monsieur Joseph peut-être ?

Oui c'est moi !

Je suis un Inspecteur de Pôle Emploi. Puis-je vous parler ?

Joseph répond :

Bien entendu j'ai tout mon temps...

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Rédigé par Françoise

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 19 Janvier 2019

Aujourd’hui j’ouvre mon journal, je m’appelle Stéphane je suis étudiant en art. J’habite un immeuble de trois étages situé au quartier bon voyage.

 

Lundi 7 Janvier 2019

 

Cette année 2019, commence bien, un peu de culture dans ma boite aux lettres. C’est vrai quoi, tous les jours elle se remplit de publicité, de factures que je n’arrive pas à payer. Il faut dire que ma situation d’artiste peintre ne me permet que de me louer ce petit appartement au 3eme étage de cet immeuble situé dans le quartier populaire de bon voyage. Et là, c’est drôle, ce papier imprimé était une bouffée d’air pur qui me faisait oublier un instant ma situation.

Ce n’était pas un roman, juste quelques lignes, signé Delacroix. En quelques mots le texte nous faisait part, et nous décrivait l’art et la manière de peindre vu par l’auteur.

L’instant de surprise passé, je me posais la question : Qui à eu l’idée de déposer dans nos boites aux lettres, oui il faut dire que nos boites aux lettres sont en verres et je pus constater que chaque locataire avait reçu son instant de culture. Ce n’était pas le facteur il était trop tôt dans la matinée.

Ça ne pouvait être alors qu’un de mes voisins ou voisines. Je me plus à imaginer comme dans le jeu Cluedo qui était le coupable. Le père Louis du premier, la fougueuse Mado du deuxième ou enfin…..

Je passais tous mes voisins dans ma tête, emportant, glissé dans mon journal, ce moment de culture qui était venu à ma rencontre en ce lundi 7 janvier.

 

Lundi 14 janvier 2019

 

La semaine se passa sans problème, ponctuée par mes cours à la villa Arson. Ce lundi je me levais tôt car j’avais un rendez-vous important avec mon banquier. Je descendis mes trois étages en pensant à tout ce qu’il fallait que j’argumente pour faire comprendre ma situation. L’immeuble était silencieux, même Lucien ,notre concierge, n’avait pas encore ouvert sa loge. Pourtant, quelque chose attira mon regard, là sur le mur du hall d’entrée, un tableau dans un cadre doré, était accroché. Malgré mon retard, je fus tétanisé par la douceur de ce tableau. Invitation à la promenade, les couleurs se mélangeaient comme si je regardais un paysage à travers la brume matinale.

Qui avait réalisé ce tableau ? Pas de signature ni signe de reconnaissance.

Qui dans l’immeuble s’amusait à nous inviter à ce jeu de la culture ?

La semaine dernière une citation, aujourd’hui une toile, j’aurais voulu attendre la prise de service de Lucien, lui pourrait éventuellement répondre à toutes mes questions sur ce mystère.

Pourtant je dus m’arracher à ma contemplation, mon rendez-vous était important. Je pris une photo du tableau en me promettant ce soir je lui demanderai.

N’empêche, ça a de « la gueule » cette mini exposition dans notre entrée. Ça donne à notre immeuble un petit coté bourgeois.

Assis dans le tram, je m’amusais à essayer de trouver lequel de mes voisins avait laissé l’empreinte de son imaginaire sur cette toile. Je les passais tous en revue, et je m’aperçus que je connaissais par leur prénom tous mes voisins. Pourtant on ne se fréquente guère, juste un bonjour bonsoir en se croisant dans les escaliers. J’arrêtais mes divagations policières devant l’entrée de ma banque. Ce soir je reprendrais mon enquête, l’affaire devenait croustillante. De retour chez moi, je vérifiais que le tableau était toujours là. Lucien était dans le hall, j’en profitais pour lui poser des questions sur la présence de ce tableau accroché la sur le mur. Sa réponse agrandissait encore plus le mystère, il m’avoua ne pas savoir et qu’il n’avait pas encore eu le temps de téléphoner au syndic pour savoir si c’était une de leur initiative. Je sentis dans sa réponse un peu de colère, comment, lui le concierge, lui qui est sensé tout savoir sur les faits et gestes des habitants de l’immeuble était dans l’ignorance ! Il reconnu tout de même que le tableau était beau et qu’il avait fière allure dans le hall. Je le quittais là, sur ces bonnes paroles. Assis devant ma table, je disposais comme dans les séries policières, plusieurs rectangles de papier, sur lequel j’avais écrit les noms de tous mes voisins. J’écartais de suite le papier de Lucien suite à la conversation que j’avais eu avec lui et je commençais à réfléchir devant ces 11 papiers. Je les classais d’abord par ordre alphabétique et par profession. Je pus constater ainsi que beaucoup d’entre nous avait une profession qui touchait de prés ou de loin à l’art. A part ce constat, après 1h de réflexion, je n’avais pas avancé d’un iota dans mon enquête. Je rangeais soigneusement mes petits papiers dans une boite, en me disant peut être que, lundi prochain, va surgir un nouvel indice qui me donnera la solution.

Lundi 21 janvier 2019

Je me levais de bonne heure alors que rien ne m’obligeait à le faire, seule l’envie de descendre dans le hall pour voir si aujourd’hui un nouvel indice venait s’ajouter pour me permettre d’élucider mon enquête, que j’avais appelée « le mystère culture ». Quelle fut pas ma déception ! Rien, pas un mot ! Heureusement le tableau trônait toujours dans le hall. De retour dans mon deux pièces, je décidais de provoquer mes voisins en leur adressant une lettre.

Chers Voisins, Voisines

Permettez-moi de venir, par cette lettre, tout d’abord vous dire bonjour !

Comme moi, vous avez dû être surpris par ce qui arrive dans notre immeuble en ce début d’année. La citation déposée dans notre boite aux lettres et le magnifique tableau qui, accroché par une main anonyme, vient embellir notre entrée.

Ma demande aujourd’hui n’a pas un caractère de contestation mais de curiosité. Depuis deux semaines, je me pose beaucoup de questions et surtout QUI ? parmi vous a décidé de venir, par quelques mots et une toile, éclairer d’un jour nouveau nos habitudes, notre solitude. Ces deux événements m’ont obligé, et je pense que cela doit être la même chose pour vous, à me poser mille questions, vous regarder et me dire c’est peut être lui ou elle. Me rendre compte de votre existence, ne plus être plongé dans ma solitude. Mon seul regret aujourd’hui, c’est de ne pas pouvoir encore mettre un nom à mon merci avec un grand M. Vous, enfin toi qui se cache derrière ce mystère, qui après deux semaines de réflexions, je doute encore qui de :

Louis, Joseph, Nathalie, Judith, Eve, Olivier, Jérôme, Pierre, Charles, Mailis, Marc, Lucien nous entraînent dans cette enquête culturelle.

Voila chers voisines, voisins, ce que je voulais vous dire et à toi l’auteur du tableau, oui TOI, fais-moi le savoir, dis-moi qui tu es. On n’a pas tous les jours l’occasion de remercier quelqu’un. J’attends ta réponse avec impatience.

Stéphane, du 3eme

Lundi 28 janvier 2019

Lundi enfin, j’ai hâte d’aller voir ma boite. Je descends en chantant la chanson de Graeme Allwright, petite boite, mon aventure culturelle continue. Quatre lettres m’attendent sagement dans leur enveloppe. Je remonte rapidement chez moi. Fébrile, j’ouvre ma première lettre, elle est signée Judith qui a première vue, a effectué la même démarche que moi, une lettre circulaire adressée à tous les voisins. La deuxième est signée Jérôme, le carreleur du deuxième ; j’aime sa simplicité et sa générosité, il pense que je suis l’auteur du tableau et il est prêt à m’aider pour exposer dans d’autres immeubles. Il va falloir que je trouve les mots pour ne pas le décevoir et le remercier pour la haute estime qu’il a de mon travail. Je déchire l’enveloppe de la troisième, une longue lettre signée Mailys, la petite fleuriste du premier, mignonne et à la lire, avec un sacré caractère. J’aime son invitation déguisée à passer chez elle. Elle aussi pense que c’est moi l’auteur du tableau. Il va falloir que je pèse mes mots pour lui répondre, il ne faudrait pas qu’elle se méprenne sur mes intentions. La dernière, anonyme, comme la citation et le tableau. Mais là, on est loin de la culture, l’auteur de ce pamphlet grossier et menaçant ne mérite aucune réponse. Comme disait Coluche « on ne parle pas aux Cons ça les instruit ». Je ne pense pas que ce texte provienne d’un habitant de l’immeuble ,enfin j’espère.

Je suis partagé entre la joie et la déception. La joie car je ne suis pas le seul à être rentré dans ce jeu. Déçu car après trois semaines, j’en suis toujours au même point. Non ! Ce n’est pas vrai. Sur les douze ,après Lucien, j’écartais Mailys et Judith de mes soupçons.

La question restait entière. Qui ? Peut être que l’auteur va cette semaine répondre à ma lettre ?

J’étalais sur ma table tous mes petits papiers, portant le nom de mes voisins. Je me suis mis à les trier, coupable ou non coupable.

J’écartais de prime abord :

 

Olivier trop souvent absent à cause de son métier

Charles Duchemin, j’avais du mal à l’imaginer tenant un pinceau étalant de la peinture sur une toile.

Eve gentille mais difficile de penser qu’elle ait pu écrire la citation.

Et enfin, Marc ; j’aime bien chaque fois que l’on se rencontre il me tient informé des exploits de l’OGCN, notre relation s’arrête là.

Donc il me reste, Louis, Joseph, Nathalie, Pierre et Jérôme.

J’ai ,pour ma part, une petite idée sur l’auteur, attendons !

L’étau se resserre et J’espère que lundi prochain je puisse crier « Bon sang mais c’est bien sûr » pour plagier un certain commissaire. Je me rends compte que je me suis pris au jeu. J’ai d’ailleurs un peu négligé mon travail. Il va falloir que je me bouge ; sur cette décision, je referme momentanément mon journal.

Lundi 4 Fevrier 2019

 

Hier dimanche, j’ai trouvé dans ma boite une convocation de Lucien nous invitant à nous retrouver à 17 heures dans le hall. La journée fut longue et les heures n’arrêtaient pas de se traîner sur le cadran de l’horloge. Enfin voilà, il est 16h 50, je n’attends pas, je descends. Un brouhaha de conversation remonte dans la cage d’escalier, j’arrive tout le monde est là. Je fus déshabillé par mille regards, certains réprobateurs certains, comme celui de Maïlys, amicaux. Je compris le pourquoi de ce malaise, le tableau avait disparu ; à sa place, comme pour nous narguer ,deux citations, une de Saint-Exupery, l’autre de Michel Montaigne. La première prônant le conte de fée comme seule vérité, l’autre une affirmation du genre je sais tout donc je détiens la vérité. Je me retirais dans un coin pour observer l’ensemble de mes voisins. Ils s’étaient rassemblés par petits groupes, par affinité ou tout simplement par étage. Les discussions allaient bon train quand Lucien fit son entrée. Il réclama le silence et expliqua le pourquoi de cette convocation inhabituelle :

  • Vous n’êtes pas sans savoir, qu’il se passe de drôles de choses dans notre immeuble ; depuis quatre semaines la présence d’un tableau et la distribution de petits papiers mettent en émoi les habitants de l’immeuble. En tant que concierge, je suis le garant de la tranquillité des résidents. La présence du tableau, aujourd’hui disparu, a été fortement apprécié, il donnait à notre hall une touche chaleureuse. C’est pourquoi j’invite l’auteur ou l’auteure à se faire connaître.

Un silence de courte durée s’établit à la fin du discours de Lucien. De mon coin, j’avais une vue d’ensemble, les réactions ne se firent pas attendre.

- Jérôme et Maïlys persuadés que c’était moi, se tournèrent vers moi en m’invitant du regard à parler.

- Olivier semblait s’amuser par la situation et préférait s’intéresser aux ongles de la belle Eve, qu’elle lui faisait miroiter sous ses yeux.

- Pierre regrettait que cette réunion ne soit pas accompagnée d’un apéro

- Charles Duchemin pris la parole pour « parler pour ne rien dire ». Oui, il affirma que ça ne pouvait être que le travail d’un artiste en regardant dans ma direction.

- Marc était silencieux, il semblait être encore sur le stade. Il faut dire que Nice a gagné hier.

- Joseph s’écria : «  Moi vous savez en dehors des façades, je ne sais pas peindre et encore moins écrire de si belles phrases. »

-Nathalie discutait à voix basse avec Louis le retraité, elle lui expliquait que pour elle son monde c’était l’informatique et qu’elle était incapable de peindre.

Louis lui répondit : «  Moi je bricole, il m’arrivait de peindre mais depuis que je suis à la retraite, je n’ai plus le temps. »

Judith dans son coin notait sur son carnet, notre histoire allait-elle en faire un livre ?

-Interpellé par Lucien, j’avouais que j’aurais aimé être l’auteur du tableau mais que j’étais désolé, ce n’était pas moi.

Alors qui ? Lucien s’improvisa en capitaine de vaisseau, presque en criant il dit :

«  On ne peut continuer comme ça, a se retrouver tous les lundis sur le qui vive. Nous avons besoin de savoir. »

Un grand silence s’installa et c’est alors qu’une toute petite voix chuchota timidement.

«  C’est MOI ! »

Tout le monde se retourna, elle était là !

Elle, Lucie la femme effacée de Jérôme, elle que l’on entendait jamais, elle qui s’excusait quand on la rencontrait dans les escaliers Dans ses bras le tableau, comme pour affirmer sa signature, était la preuve de sa vérité.

  • Jérôme poussa un cri :  « Comment toi, tu ne sais pas peindre, tu ne lis jamais comment peux-tu dire que c’est toi ? »

Alors doucement elle expliqua, ses cours particuliers au Black Box, ses études littéraires interrompues lors de son mariage. Enfin, cette frustration accumulée pendant tant d’années. Et cette envie un peu folle, mélange du rêve et de l’affirmation de soi d’où mes dernières citations de vouloir exister, d’être reconnue, de ne plus être simplement la femme de Jérôme. Elle se tut.

Le silence était devenu ,si épais que l’on aurait pu le découper au couteau.

Puis ce fut un tonnerre d’applaudissements, pour celle qui nous avait entraîné dans cette aventure.

Le tableau fut remis en place et Jérôme fier, déclarait à tous : « Je suis le mari de Lucie. »

L’assemblée, à l’unanimité, décida que Lucie serait la décoratrice de notre hall et qu’elle pourrait changer à sa convenance le tableau.

Un apéritif fut improvisé pour fêter cet événement.

En regardant tout mes voisins, je me surpris à penser qu’il était drôle et triste à la fois de vivre à côté des gens pendant des années, sans les connaître, et qu’il suffit d’un rien, trois petites touches de couleurs pour changer notre vie.

 


 

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Rédigé par Bernard

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 19 Janvier 2019

L’immeuble AnimaNice s’anime !

 

Lundi sept janvier – Sept heures quarante-cinq

 

Chaque matin sur le pas de la porte, cigarette au bec, diésel sur le parking,

balai à la main, je salue, je bavarde, c’est moi le beau Lucien.

Je me régale d’entendre d’une oreille faussement distraite, toujours discrète, des

bribes de conversations, fines tranches de vie de chacun de mes locataires. Mais

attention, pas de confidences, concierge ce n’est pas dépotoir, chacun ses soucis et

les vaches seront bien gardées.

  • Comme tu veux !

  • Est-ce que je peux…

  • Comme tu veux !

Tiens, ça c’est Madame Mado qui répète les dialogues de son atelier d’écriture.

  • Bonjour Madame Mado, bien bavarde ce matin.

  • Bonjour Lucien, il faut bien que je le prépare cet Atelier !

  • Dites Madame Mado, ce Monsieur Delacroix Eugène il fait partie de votre Atelier ? Parce qu’il s’est trompé de boite. Il a mis son texte dans la mienne, tenez je vous le rends.

  • Comment ça ? J’ai reçu le même, je croyais que c’était vous qui l’aviez mise là cette citation. Il faut qu’on en reparle, tachez de vous renseigner, tout de suite je suis pressée.

Citation, citation ? Il faudra que je regarde dans le Petit Larousse de grand-mère.

  • Bonjour Monsieur Joseph, pas belle cette journée ?

  • Bonjour Madame Joseph, vous avez une bien jolie robe !

Un vieil adage que me répétait grand-mère qui fut concierge pendant quarante

ans au quatorze de la rue Rastrelli : « Au temps des étrennes, un concierge se doit

d’être très aimable, un compliment à chacun et l’argent rentre bien !»

  • Bonjour Lucien, nous avons un nouveau voisin, un Monsieur Delacroix ?

  • Pas à ma connaissance.

  • Alors qui est le farceur qui a mis cette absconnerie dans ma boite aux lettres. Vous êtes peintre, vous, Lucien ?

  • Pardi, c’est même moi qui aie repeint le couloir du second, l‘appartement de la Mère Michelle, je peux repeindre le vôtre si vous voulez.

  • Non merci, je voulais dire artiste peintre.

  • Artiste… Comme un artiste, moi ? Non pas du tout du tout. Mais si vous voulez parler du petit papier je l’ai reçu aussi, il cause bien, je n’ai rien compris.

  • Il ne demande pas d’argent, ce n’est pas une publicité.

  • Delacroix, Delacroix Eugène, cela ne me dit rien. En tous cas ce n’est pas un niçois, peut-être un homme politique pour les prochaines municipales. Beaucoup de nouveaux maintenant qui parlent le parisien, qui marchent avant, marchent arrière, un jour ils vont nous marcher dessus, allez savoir ! Mais je vais me renseigner, en attendant j’ai la cage d’escalier à nettoyer.

Je tire sur mon clope dubitatif, il fait beau, j’ai tout le temps. C’est quoi cette

embrouille ?

  • Bonjour Mademoiselle Eve, vous n’êtes guère en avance ce matin !

  • Bonjour Lucien, figurez-vous que j’ai trouvé un papier dans ma boite aux lettres qui me laisse baba perplexe.

  • Il semblerait que chacun a eu le sien. Mais, je pense, la nouvelle coiffeuse avenue Antonia Augusta, elle ne s’appelle pas Delacroix ?

  • Ella Bannière !

  • Je ne plaisante pas.

  • Son nom est Bannière et son prénom Ella. Déjà qu’elle coupe les cheveux comme une tondeuse à gazon, alors écrire un texte en français emberlificoté. Non Lucien ce ne peut pas être elle et ce n’est pas moi non plus même si j’ai réussi mon CAP esthétique.

  • Bien sûr, bien sûr. Belle journée Mademoiselle Eve.

Quelle gourde, quand je pense qu’elle est en pamoison devant ce gisclet du

troisième et que moi elle ne m’imagine même pas. C’est sûr, je ne peinturlure pas,

moi, je travaille. Tant pis, Eugène… Il faut que je réfléchisse. Réfléchir calmement,

en même temps je ne suis pas payé pour ça moi. Quand je pense qu’un malandrin a

violé mon intimité, enfin l’intimité de mon entrée. Il est passé par devant ou par

derrière ? Par devant ? Impossible, il faut avoir le code ou la clef et je ne passe pas

ma vie dans l’escalier quoiqu’ils en pensent tous. Par derrière ? Cadenassé depuis

toujours. Et pourquoi il me parle de reflets dans sa citation, elles ne sont pas propres mes marches ? Et mes vitres, elles ne sont pas transparentes ? Si je le trouve je lui mets deux gifles moi à Eugène.

Calme toi Lucien, en rentrant je lirai Larousse, citation, Delacroix, mais d’abord l’escalier.

Après la sieste. Le Petit Larousse. Voyons cela, « à : prep. Abracadabra », Eugène

ce doit être dans les E « Echantillon, Egrène» y a pas de Eugène. Les noms propres

évidemment, Eugène évêque de Carthage, sûr pas lui il ne parlait pas français.

Suis-je bête Eugène c’est son prénom, voilà, Eugène Delacroix : « Peintre français –

Saint-Maurice, Val-de-Marne, 1798 -Paris 1863. Le dernier des Renaissants, le

premier des Modernes »

Maintenant, il me faut trouver lequel de mes locataires a une tête de dernier des

Renaissants et de premier des modernes, facile !

 

Lundi quatorze janvier – Dix-huit heures

 

Il va être temps de sortir les poubelles, où est mon écriteau « Le concierge est dans l’escalier » je vais en profiter pour aller faire mon loto chez Faustin et si Mathilde est

revenue, je risque d’y passer la soirée dans l’escalier. De toutes manières tous

ces locataires, ils râlent tout le temps, alors autant que ce soit justifié.

C’est quoi ce martèlement, encore monsieur Marc, l’OGC Nice a dû marquer un but, c’est si rare que ça le tourneboule, il en trépigne.

Les poubelles d‘abord, après ce tableau. Qui a bien pu accrocher cette croute dans le hall, cette fois j’en suis sûr, personne n’est entrée, un locataire forcément. Renaissant et moderne ?

  • Monsieur Pierre, vous êtes là, vous nous avez fait une blague ? Il est joli votre tableau, il me fait penser au test de Rorschach que j’ai passé à l’armée.

  • Lucien je ne peints que des nues que je vends très bien. Tu vois une femme, à poil sur cette toile ?

  • Suggérée peut-être ?

  • Mes femmes, Lucien, elles ne sont jamais suggérées, elles suggèrent, toujours.

  • Alors ce n’est pas vous ?

  • Moi quoi ?

  • Qui a fixé ce tableau.

  • Et qui a écrit à la main treize fois la même citation, un maniaque qui manque d’imagination. Treize fois, la même, un calu !

  • Probable, après les poubelles je le décroche. Mathilde va repartir, foutu tableau !

  • Laisse-le, Lucien, laisse-le, l’auteur va venir le signer.

  • Vous croyez ?

  • L’ego Lucien, l’ego !

 

 

Lundi vingt et un janvier – Après midi

 

Putain de poubelles, t’imagines pas tout ce qu’ils jettent, et le tri, tout le monde s’en

moque. Jérôme et Lucie ont encore mangé des sardines, pas très fraîches, ça pue. Il doit avoir des origines portugaises le carreleur. Après quoi, je traverse l’avenue pour me rendre à la brasserie des Poètes

  • Salut Faustin, mon loto, alors Mathilde est revenue ?

  • Bonsoir Lucien. Pouh tu sens le poisson. Non Mathilde n’est pas là ! Et votre affaire mystérieuse tu t’es renseigné, tu sais qui c’est ? Qui sait ?

  • Mets-moi un jaunet. Non je ne sais pas qui c’est, mais j’ai un plan pour savoir qui sait quoi.

  • Toi, un plan ?

  • Attends, j’ai l’air bête, mais je ne suis pas con et j’ai échafaudé mon plan moi ! Et toi Faustin, tu as une idée pour savoir qui c’est qui ou qui sait quoi ?

  • J’y réfléchis, les gens causent, mais tu pourrais m’en dire un peu plus.

  • L’ego, Faustin, l’ego. Nous sommes tous inégaux face à l’ego. Or pour faire des conneries pareilles en étant sûr de ne pas se faire attraper, le gari doit posséder un ego énorme, le melon quoi !

  • Et alors ?

  • Alors un crime parfait, sans le moindre témoin, sans le moindre confident, sans aucun admirateur, cela vous met l’ego en berne. Donc l’assassin a dû partager son secret et si c’est avec une femme, le pôvre, elle va bavasser.

  • Oh, oh, assassin comme tu y vas, il n’y a pas encore eu mort d’homme. Mais soit, avec qui il l’a partagé ce secret, tu le sais qui c’est ?

  • Pas encore, mais… mon plan, Faustin, mon plan.

 

  • Mathilde puisque te vlà, viens avec moi.

L’idée est de l’entrainer à « La maison de la copie » avenue Valombrose pour quelle tape mes missives sous Word.

  • Nous n’allons pas au cinéma ?

  • Plus tard, d’abord ma lettre pour les quatre femmes.

« Nice le vingt et un janvier deux mille dix-neuf

Chère – un des quatre prénoms –

Perçois-tu ces immenses ondes que mon cœur émet pour que ton cœur vers le mien se tourne. Lentement mes neurones se balance au rythme de la samba qu’entame

ton corps quand je te prends dans mes bras. Mes yeux pleurent à revoir en boucle la

beauté de ton corps alangui sur les draps froissés. Mes lèvres ourlent tes lèvres d’un

interminable baisé brulant, mon nez coule, mais ça c’est le rhume.

Et tu m’as trahi, pétasse, catin, tu n’as pas su garder le secret confié sur l’oreiller, le

récit de mes exploits, mon grand œuvre, ma fierté.

Par amour sauve-moi, explique à Lucien, avant qu’il n’en parle alentour, que ce ne

peut être moi car nous étions ensemble à l’hôtel de Lampedusa.

Et fait fissa ! »

 

  • Et maintenant celle pour les huit hommes.

« Nice le vingt et un janvier deux mille dix-neuf

Mon cher – un des huit prénoms –

Ton amitié m’honore et nos conversations me passionnent. Il faudra que nous

reprenions, car si Dieu est athée rien n’empêche plus les athées de croire en Dieu.

J’ai récupéré chez Marcel, il t’envoie son bonjour, le moulinet Caperlan, j’irai, cet après-midi acheter le fil et les hameçons.

Et toi, enfoiré, pauvre con, tu n’as pas su garder le secret confié au bout de la nuit alcoolisée, le récit de mes exploits, mon grand œuvre, ma fierté.

Tu vas voir ta gueule si tu ne coures pas immédiatement chez Lucien, lui expliquer, avant qu’il n’en parle alentour, que ce ne peut être moi car nous étions à la pêche à Lampedusa.

Et fait fissa ! »

 

Tape, Mathilde, tape, ne te trompe pas, la liste des femmes, la liste des hommes, même prénom sur la lettre que sur l’enveloppe. Ce soir elles seront dans les boites, demain je tire le pigeon !

 

Lundi vingt-huit janvier – Fin d’après-midi

 

A la brasserie des Poètes.

  • Aio ! Faustin, quelle semaine.

  • Tu sais qui c’est qui sait qui c’est ?

  • Sers-moi un jaunet, j’ai un peu de temps, je suis « dans l’escalier ».

  • Tu y passe ta vie dans l’escalier. Ils ne trouvent pas cela un peu louche tes locataires ?

  • Tu as raison, il faut que j’achète d’autres panneaux : Le concierge sort vos poubelles, arrose vos plantes, est sorti acheter vos produits d’entretien, change votre ampoule, débouche votre conduit de vide-ordures et pourquoi pas le concierge est aux toilettes.

  • La dernière est peut-être excessive, non ?

  • On a beau être concierge, on n’en est pas moins homme !

  • Pas faux.

  • A propos, Mathilde est revenue ?

  • Et repartie !

  • Repartie, déjà ?

  • La rouée, vers l’Ouest.

  • Rouée ?

  • Figure-toi qu’en partant elle me dit qu’elle va faire les soldes à Cap 3000, me demande si j’ai besoin de quelque chose et à l’instant me téléphone de Marseille.

  • Eh bé demande lui de te ramener un mistral, gagnant !

Le mistral c’est du vent et Mathilde ? Tristounet, je finis mon pastis.

  • Alors tu me racontes.

  • Un, tu rhabilles le petit, deux quelle histoire… Le mardi sept heures sonnées, comme d’habitude, je me tiens sur le pas de la porte, cigarette aux lèvres, balai à la main, pour saluer, bavarder mais ce matin écouter, observer, découvrir le coupable. Le premier que je vois débouler est Monsieur Louis.

  • Le condé ?

  • A la retraite.

  • Flic un jour, flic toujours !

  • Tu me laisse raconter oui ?

Et je lui raconte.

Très colère, Monsieur Louis m’entreprend :

  • Lucien j’ai reçu une lettre incroyable, un homme, un homme je vous dis, m’appelle Eve, m’écrit des cochonneries, que je dois vous confirmer avoir été avec lui à Lampedusa, à l’hôtel. Mais oh, je ne suis pas de la jaquette moi !

Je lui souris gentiment quand j’ai envie de rire aux éclats. Mathilde, Mathilde qu’elle erreur as-tu fais là !

  • Parce que vous êtes célibataire Monsieur Louis, bel homme, revenus réguliers, vous faites peut-être rêver un locataire. Ne vous tracassez pas.

  • Comment ne pas me tracasser ? Cette citation, je me suis renseigné auprès d’un collègue encore en activité, Delacroix Eugène il n’est pas inscrit au sommier.

  • Normal, il est mort en 1863.

Monsieur Louis se gratte la tête.

  • Vous le connaissiez ?

  • Moi, non, la grand-mère de grand-mère peut-être

  • Le tableau, vous l’avez passé au compteur Geiger ?

  • Pourquoi le faire ?

  • Tant, si il faut, il est irradié, nous allons tous mourir, c’est un attentat !

  • N’hystérisez pas, Monsieur Louis, ce n’est probablement qu’une plaisanterie. Et vous, qu’en pensez-vous de ce tableau ?

  • Il n’est pas laid, il ne ressemble à rien.

  • Voilà pourquoi il plait à tout le monde. A propos tous les locataires vont se réunir dans le hall lundi quatre février à dix-sept heures pour décider de son sort.

  • Oui ? En tous les cas je ne suis pas de la jaquette moi, faites-le savoir, Lucien, faites-le.

Monsieur Louis traverse en courant le Pont René Coty vers l’arrêt du tram, je rallume ma clope quand je vois apparaître Mademoiselle Maëlis, maquillée comme une voiture volée, tirée à quatre épingles, coiffée d’un chapeau de paille à larges bords piqué de fleurs en fin de vie, les invendues de la veille certainement. Et parfumée d’une odeur pourpre collante, je me recule de peur que l’incandescence de ma cigarette ne fasse exploser le tout.

  • Lucien, il faut que je vous parle.

Sait-elle ? je me pense.

  • Vous savez que je suis votre humble serviteur.

  • Lucien, j’ai reçu une lettre anonyme, un début très chaud, j’ai cru qu’elle m’était adressée par Joseph, une fin insensée, des insultes, un discours auquel je ne comprends rien. Lampedusa, je n’ai jamais mis les pieds en Espagne.

Ce n’est pas elle !

  • Une erreur surement. Pour autant soyez prudente avec Monsieur Joseph, si sa femme vous surprend…

  • Tranquillisez-vous Lucien, quand j’étais avec Monsieur Marc personne n’en a rien su.

  • Monsieur Marc ?

  • Seul Jérôme s’en est douté, j’utilise toujours les mêmes ruses, fofolle que je suis.

  • Monsieur Jérôme ?

  • Un grand Monsieur, il s’est tu, vous imaginez le scandale si Olivier l’avait appris, jaloux comme il est !

  • Monsieur Olivier ?

  • Sans compter Pierre pour qui je pose nue dans le secret de son alcôve.

  • Et moi, et moi, et moi ?

  • Vous Lucien vous êtes le concierge, peut-être, je ne sais pas, apprenez un vrai métier, je ne suis pas une Marie couche toi là... Quand même !

Suffoqué, je restais là, coi.

Faustin fredonna :

  • Pauvre Lucien, pauvre misère. Lave les sols, lave les bien. Tiens, reprends un pastis.

 

Plus tard, les jours suivants, ils ont tous défilé, les messieurs, les dames, les demoiselles prout prout, chacun relatant sa version de ses relations avec ses voisins, voisines. Aucun coupable, mais in fine je n’étais plus le concierge d’un respectable immeuble mais gardien d’un lupanar. Systématiquement j’annonçais la réunion dans le hall, un grand débat, un cahier de doléances qui serait remis au syndic. J’ai tout entendu, supercherie, inutile, voleur. J’expliquais, le syndic lira… ou pas, décidera, augmentera probablement les charges mais toujours avec équité, dans l’intérêt général, pour aider les plus pauvres d’entre nous, moi en l’occurrence, pour toujours améliorer votre santé, votre sécurité, sauver la planète et accessoirement décider du sort à réserver au tableau. Tous acquiescèrent.

 

Lundi quatre février – Dix-sept heures trente.

 

Des nuages gris sale dévalent le Paillon en rangs serrés. Pas un locataire ne manque à l’appel, et ça blablate et ça s’observe, lequel est coupable ? Le tableau disparu, des nouvelles citations apparues, les revendications monopolisent les discussions. Un cahier de doléances circule. Monsieur Pierre y croque une jolie silhouette. J’écoute le brouhaha, observe le ballet des regards concupiscents qui s’entrecroisent. Aïe, aïe, aïe, je prie secrètement pour que les vicissitudes de ce raout ne mettent pas à jour les turpitudes de cette conviviale assemblée qui deviendrait vite une sacrée foire d’empoigne.

 

Ce n’est pas tout ça, écoresponsable j’ai les poubelles à sortir, je les quitte pour me rendre à la cave. J’appuis sur le bouton de la minuterie, lumière, plus de lumière. Noir sombre, opaque, je tâtonne, entends un froufroutement.

  • Il y a quelqu’un ?

Non, non je n’ai pas peur mais bien éclairé même un local poubelles peut être coquet.

  • Lucien surtout ne rallumez pas !

Une voix de femme, jeune, me voilà rassuré, ne suis-je pas un male bien testostéroné.

  • Pourquoi ?

  • Je dois vous confesser un lourd secret.

  • Dans l’obscurité ?

  • Plus facile d’avouer ses fautes.

  • Attendez, ne dites rien, vous vous trompez. Ici vous êtes dans la cave, pas dans un confessionnal et je suis le gardien, pas le curé. L’église vous la trouverez plus haut à droite sur le trottoir d’en face D’accord ? Au revoir Madame. Lumière !

  • Non… Avant que vous ne le fassiez, deux mots : citation, tableau.

  • Vous m’intéressez. Je suis tout ouïe.

  • C’est moi, Eugène, qui a écrit et réécrit treize fois cette citation, elle me tenait tant à cœur que je voulais la faire partager par tous ces artistes.

Oui, oui, une jeune fille qui s’appelle Eugène, et moi Lucien qui converse avec le fantôme de Delacroix. Pourquoi pas ! « On sait bien que les contes de fées c’est la seule vérité de la vie » disait Antoine de Saint-Exupéry.

J’appuie sur la minuterie, infime froissement, léger voile blanc aperçut, le revenant est reparti. Il flotte dans l’air une fine senteur pimenté peut compatible avec le lieu. Je souris, j’ai compris, je sais qui sait qui c’est.

 

Dans ma loge je choisi un nouvel écriteau, « Le gardien partage » Partage c’est généreux, comprenne qui pourra, et je fonce à la brasserie des Poètes.

  • Aio ! Faustin, comment tu te portes ?

  • Vé Lucien, tu as l’air bien guilleret ! Un pastis ?

  • Bien tassé.

  • Tu me le lâche ce nom ?

  • Je sais qui c’est qui sait qui c’est.

  • Hé je le sais que tu sais qui c’est qui sait qui c’est. Je n’ai jamais douté.

 

Mathilde est revenue, Faustin l’attrape par l’épaule et lui parle dans le creux de l’oreille.

  • Ecoute ton frère Mathilde, il y a vingt-neuf ans que tu chantes, danses, tournes, vires, tapes de claquettes, caquettes, peut-être, il temps que tu le regardes.

  • Regardez quoi ?

  • Le temps qui passe, mais je me pensais plutôt à qui.

  • Quoi qui ?

  • Le Lucien, c’est vrai qu’il a l’air un peu jobard mais c’est un mariol.

  • Lucien, Lucien, pourquoi pas.

  • Tu sais petite sœur, « je donne mon avis non comme bon, mais comme mien. » disait Michel Montaigne.

 

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Rédigé par Hervé

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 17 Janvier 2019

Ce matin rien ne va ..

Un concert de tambours au niveau des tempes, l'estomac qui frémit et les jambes en coton. Ça commence bien. Vite un café. ​ Ouvrir ​ ​ la fenêtre.

Les petits cubes s'agitent dans la rue. Le manège agité d'une routine trépidante.

Cligner des yeux jusqu'à voir net. Et ranger la vodka.

La radio distille le chaos sur une musique insipide. Trois jours enfermé sans sortir, ça fait un bail ​ ..

L'orteil en quête des Rangers, bute sur la table basse, atteint enfin son but. Il est prêt.

 

Un étage plus bas, son bras se lève machinalement vers la boîte à lettres.

Des prospectus, une facture, une carte de vœux qui s'est trompée de destinataire, et un papier libre avec une citation à l'encre verte.

Qui parle ​ reflet et transparence ​ .. Étrange..

Pierre vient de lire la biographie de ​ Egon Schiele ​ , dont le graphisme acéré le fascine. Les corps anguleux, décharnés, cassés. Des yeux qui vous fixent comme un appel à l'aide.

La vie mise à nu, comme un reflet de l'âme. Transparence du regard qui dérange tant elle questionne.

Citation en main, Pierre rêvasse.

Quel hasard perfide est donc venu rencontrer le méandre de mes pensées ?... et la panne d'inspiration du moment. Ses longs doigts fins agrippent le papier en tremblant légèrement, comme un nageur s'accrochant à une bouée.

Tout est signe. Il veut y croire.

 

Il a gardé de ses racines belges une propension au clair-obscur.. et à la peinture au couteau.

Pour l'heure, un bol d'air fera l'affaire.

Dans le hall, ses yeux se fixent sur une affiche qui lui semble étrange et familière à la fois. Des traits sombres qui s'élancent vers le ciel, dans une brume bleutée aux reflets incendiaires.

L'incendie.. la forêt. ​ Une brume nauséeuse.

Mais .. un lien avec la citation ? Qui veut s'amuser à triturer les nerfs des locataires du Pont ?

C'est ainsi qu'il a baptisé l'édifice austère, qui semble une nef échouée près du grand hôpital..

 

Plutôt taiseux, Pierre aime à laisser jouer son imaginaire. La veille il a croisé un nouveau voisin, Stéphane, devisant cordialement avec le gardien des lieux, Lucien, sur ses nouveaux sujets d'études à l'école desBeaux-Arts, les Fauves, les Pointillistes, Pollock.. et le Street Art contemporain. Quant à Lucien, ses yeux fixes ne permettaient pas de savoir s'il était sous le charme, ou complètement ailleurs..

 

Après un temps d'arrêt dédié à la confection d'une cigarette, les oreilles négligemment ouvertes, Pierre se décide à pousser la porte pour affronter le vacarme ambiant. Un bruit incessant, des flashs rouges et jaunes filant dans la nuit naissante. Un sapin clignotant comme pour mieux affirmer une anachronique solitude.

Les mots toujours en tête, Pierre se fige. La cigarette se consume négligemment entre ses mains, et sa pensée s'égare au fil de la brume et des récents événements.

Ces arbres nus, austères, ces tons pastels, transparents, bleus et ocres..

Il pense à Zao Wou-Ki, dont le style épuré l' enchante. L'incendie qui couve.. Vague à l'âme d'un tourment incessant qui l'emmène vers l'abstraction lyrique, Hartung.. Valse du trait et des formes. Il s'en inspire pour son travail actuel, un roman graphique aux couleurs aquarellées, au texte dense, à l'écriture baroque. Une œuvre engagée, écolo, un message inquiet aux générations futures.

 

Sa pensée retrouve Delacroix.. la liberté et le peuple, la révolution, la peinture d'instinct et.. la carence technique, qui nourrira le travail des futurs restaurateurs.

Le tableau dans le hall ne lui semble pas l'œuvre d'un professionnel.

Dans le bâtiment où il végète actuellement, beaucoup se prennent peu ou prou pour des artistes.. y compris la jeune donzelle au doux prénom d'Eve, vivante incarnation de la prime pécheresse, femme-enfant rêveuse et passionnée.. A force de la croiser, virevoltant dans l'escalier, il a fini par l'aborder, lui parler un peu..

Ses lèvres se fendent d'un sourire à cette évocation. Il la soupçonnerait volontiers d'offrir, ou plutôt de jeter son Ego sur les murs du Pont, comme il nomme la bâtisse.

 

Ève au pinceau. L'image se précise et l’amuse. S'il la questionnait à ce sujet, pour en avoir le cœur net ? Une opportunité de mieux la cerner..

 

Chère Ève,

 

Je me permets de te faire part d'un doute au sujet du tableau apparu dans le hall.

Tu m'as parlé récemment de la peinture Nail Art que tu accumules chez toi pour des tests professionnels.. Et ta découverte de la peinture chinoise, Zao Wou-Ki en particulier, qui t'a émue par sa pureté harmonieuse.. et son parcours de migrant, toi qui viens de Pologne..

Je sais que comme lui, tu adores la musique électro, spatiale..

Car j'ai souvent l'occasion d'entendre la danse frénétique de tes stiletto sur le plancher.. moi qui habite juste en dessous !

Je te soupçonne donc d'être à l'origine de cette nouvelle déco affichée dans le hall.. Un recyclage original et personnel de ton acrylique Nail Art, au son des Daft Punk.. ton groupe fétiche actuel, je crois ?

Dis-moi si mon intuition est bonne, ou si je me trompe.

Et si tu le veux bien, je peux te proposer d'autres compositeurs intéressants, comme Boulez ou Messiaen, qui composait en écoutant des chants d'oiseaux.

Il me reste aussi des encres de couleur et des pastels secs.. si tu veux te lancer !

 

Bien à toi..

 

Pierre

 

Attendons la suite...

Au final, plutôt sympas ces voisins.. et l'histoire du tableau permet de mieux les cerner.

Judith semble me convier à un jeu de piste pour trouver l'auteur des canulars.. ou bien c'est un prétexte pour me parler, voire plus si affinités..

Louis s'est monté la tête à inventer un trio de farceurs, sûrement une occasion pour boire un bon coup chez lui. Tout est bon pour picoler. Stéphane n'a pas voulu se mouiller, je le vois bien, il se contente de questionner mollement l'ensemble des locataires.. ça prouve qu'il a du temps à perdre, sûr, et qu'il ne connait personne ici. Une prose insipide sous couvert d'enquête, il baisse dans mon estime..

Le seul original est celui ou celle qui n'a pas signé. Sûrement un copain de bistrot, mais j'hésite à mettre un nom. Un pêcheur devant l'éternel, ça manquait au tableau, si on peut dire..

Bon, revenons à Ève, ma suspecte préférée.. bien sûr elle se dégage de toute responsabilité dans sa dernière lettre :

 

Mon cher Pierre,

De mon côté je suis bien dubitative..

(​ tiens, elle connaît ce mot ?)

J'ai donc écrit à tous, même si je soupçonne surtout Stéphane, qui se permet de draguer Nathalie dans les escaliers. C'est le signe d'un esprit dérangé, non ?

 

C'est plutôt elle qui est bien allumée.. surtout qu'elle se contredit au cœur de la lettre, critiquant Stéphane d'un manque de cran, il serait bien trop ”coulé dans le moule” pour oser quoi que ce soit.. Elle aurait même surpris un “dialogue curieux” entre Joseph et Judith.. quel imbroglio pathétique !

À croire qu'elle est surtout frustrée de ne pas crouler sous les compliments au sujet de ses tenues affriolantes, ou de ses ongles girly..

Quelle ravissante idiote !

Un passage croustillant : ” Joseph pourrait avoir voulu écouler son stock pour épater la galerie..”

Un peintre en bâtiment qui se pique de faire l'artiste ? Pourquoi pas, dans le fond..

Elle a quand même le culot de m'inviter dans le hall lundi prochain..

A voir.. Et si j'en invitais d'autres ?

 

Nous voilà dans le hall. On dirait qu'ils sont tous là, les voisins.

Et le tableau.. envolé !

Encore deux citations, sur le mur cette fois.. La première vient du Petit Prince de l'Aéropostale, encore une blague de farceur.. et l'autre de Montaigne.

À croire que c'est un jeu de piste pour ouvrir l'esprit. Finalement, je doute que ça vienne de l'esthéticienne. Trop subtil pour elle..

Stéphane a l'air déçu.. pas lui non plus ?

Une voix dans le hall :

Alors..tu as repris ton œuvre?”

Je ne vois pas d'où ça vient..mais je ne suis pas le seul à l'avoir entendue.

Le petit peuple du Pont s'est figé, chacun scrute son voisin, en quête d'une révélation.

L'envers des contes de fées.. ça te dit quelque chose ?”

Cette fois les têtes s'agitent, remuent l'espace, se tournent vers le ciel..

Un joyeux micmac.

Ça commence à me plaire.

Eve lui touche l'épaule, portable en main.

On pourrait peut-être trouver un endroit plus calme pour parler, non ?”

Pierre cligne des yeux. L'air lui semble soudain irrespirable. La pièce distille une légère fumée bleutée, une odeur de jasmin..

Mais.. je suis le seul à sentir ça ? Qu'est-ce que c'est que cette affaire ?

Ah, si, je vois Marc, le crétin supporter, qui lève un regard ahuri vers le plafond..

Judith tord son nez, intriguée.. et tend un livre à Jérôme, le carreleur.

Tiens.. il saurait lire, lui ? Bon, mais qui s'amuse à nous gazer ? Louis le retraité est un original, mais je ne le crois pas si rusé..

Nathalie s'approche, lui tend un papier en susurrant “tu as vu ma dernière pub pour Orange ? Tu t'y connais en logiciel 3D ?”

Quelle frimeuse celle-là.. je vais aller m'en rouler une, respirer un peu, lâcher ces idiots.. moi mon kiff, c'est les jeux vidéos, ceux où on pilote des 4×4 à fond au milieu du désert. Le désert, mon paradis, mon conte de fées.. même si ça manque un peu de princesses. Au moins, personne pour me contredire.

Olivier là-bas a l'air de planer. Normal pour un steward peut-être.. ou alors c'est un gaz hilarant !

 

Meilleur que la chicha, non?”

Cette fois.. il me semble que ça vient du haut-parleur..

Le Brouhaha s'amplifie, les sourires se baladent, la parole se libère.. le gaz fait son effet !

J'ai comme un doute..

Pierre se faufile dans la salle du fond. Lucien est là, hilare, la tête près d'un micro.

Il s'est bien joué de nous.. quel filou celui-là ! Au moins un qui sait mettre l'ambiance.

Lucien aperçoit Pierre, glisse un doigt devant sa bouche.

Chut..allez viens.. qu'est-ce que tu veux leur dire ? Un micro comme la voix du Seigneur, qui décide de tout.. lâche-toi,ça fait du bien. Et pour l'odeur, tu veux quoi ? Patchouli ? Herbes de Provence ? Poulet grillé ? Tu veux un verre de whisky ? J'ai déjà bien entamé la fiole.. plus on est de fous plus on rit.. allez viens ! Il faut s'amuser dans la vie.. se creuser la tête, et balayer devant les portes.. Vivre quoi !

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Rédigé par Nadine

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 15 Janvier 2019

Je suis dans cet immeuble apparemment cossu, depuis 4 mois et je m'y plaît déjà, le quartier est commerçant et jeune. J'ai défini ma personne par mon nom sur ma porte et ma boite aux lettres.

Je m'appelle JUDITH, suis écrivaine débutante, mais déjà mes étagères se remplissent de bouquins qui reflètent ma passion naissante ( J.P. SARTRE disait, rien ne me parut plus important qu'un livre ! ). Je peins également, la situation sud ouest de mon logis m'est agréable et inspirante. J'aime le lever du soleil avec les bruits sourds de la rue et le calme de la nuit agrémentée d'une douce musique.

Ce lundi matin 7 janvier, en ouvrant ma boite aux lettres, j'ai trouvé un mot, bon voyons :

Une citation du peintre DELACROIX ! Qui a bien pu m y mettre ce billet !

Pour ma part, j'en fais référence à la peinture évidement, mais dans ce texte il y a double sens, contradiction, comme une affirmation et son doute. En fait la chair n'est qu'une insipide couleur que l'on peut par de subtiles reflets, rendre vivante. Dans un autre contexte la volonté de dire les choses sans trop dévoiler un secret, tout en étant sincère et non cruelle. L'atmosphère de cet immeuble commence à me plaire, mes voisins seraient-ils artistes ou philosophes !!

 

Lundi, je pars de bonne heure, ma grand mère m'attend pour lui servir son petit déjeuner. D'habitude, je ne fais attention à rien, mais je fais tomber mes clefs ; en relevant la tête, je me retrouve face à un tableau au mur, à côté de la porte d'entrée, pas de signature !!!   Bon je verrai ce soir.

Angèle me trouve pensive, puis une fois rassasiée, me prend les mains, me demande d'ouvrir un tiroir :

- Je peignais des "Camées" dans ma jeunesse, j'aimerais que tu prennes les trois qui me restent.

Je pensais au locataire du 3eme qui avait laissé tomber sa sacoche en laissant sortir quelques esquisses.

Eve, ma voisine, en prenant l'ascenseur l'autre jour, m'a confié être esthéticienne, c'est bon à savoir !!!

En rentrant le soir, je trouve mon voisin du fond du couloir, le beau steward Olivier en grande discussion avec Nathalie et Stéphane au sujet du mot déposé dans nos boites aux lettres ; moi aussi dis-je !!!

Devant ce tableau, nos idées divergent, on dirait une œuvre inachevée, ce n'est certainement pas un DELACROIX mais un locataire s'amuse avec nous !!!!!

Peut-être assistons-nous à un avant-goût d'une expo abstraite, ou surréaliste, d'un de nos voisins. Essayons de nous mettre à la place de ce peintre :  On est en hiver, des arbres morts qui s'enfoncent dans la neige, un pâle soleil de fin de journée, un corbeau s'envolant, peut être un animal cherchant un peu d'herbe ou de lichen.

La citation de la semaine dernière n'était pas plus explicite que ce tableau.

Un esprit torturé... faut-il trouver dans ce paysage de subtiles reflets le rendant vivant ?

Le gardien de l'immeuble, Lucien, doit savoir, mais un petit écriteau sur sa porte nous informe une indisponibilité jusqu'à mercredi matin !!

Attendons !!!! 

Bonjour, je me permets de glisser ce petit mot à mes voisins.

La semaine dernière en sortant, j'ai été agréablement surprise de voir un tableau accroché dans le hall.

Ce dernier n'est pas signé ni sur la face, ni au dos comme certains.

Je le trouve intéressant, plein de sensibilité et de charme.

Je pense ne pas être la seule curieuse, moi même peintre, cela me ferait plaisir de faire la connaissance d'amateur d'art ou simplement de personnalités aimant la beauté, toute profession confondue.

Il y a deux semaines, je pense que tout le monde a reçu dans sa boîte aux lettres un mot pour le moins dépourvu de simplicité, tiré d'une nouvelle du peintre Delacroix.

Est ce la même personne l'auteure de ces deux énigmes.

J'espère qu'à nous tous nous arriverons à élucider ces mystères à moins que nous ayons une autre surprise......

Je suis Judith au 2eme étage, porte 4.

J'attends des nouvelles avec plaisir et impatience.

Bien à vous.

Judith

 

Je ne m'attendais pas à recevoir aussitôt une réponse de mes voisins!

Apparemment, l'artiste peintre du 3eme, Stéphane, n'est pas l'auteur de ce tableau, il aurait pu !!

Je n'avais pas d'idée préconçue, mais cela me faisait plaisir de monter discuter avec cette personne qui a comme moi envoyé un message agréable et interrogatif à tous nos voisins. Cette énigme me trotte dans la tête, je pense que c'est le but recherché par l'auteur de ce chef-d'œuvre !!!

Patience, la vie ne tourne pas autour du tableau, de l'immeuble et des voisins.

Mon atelier d'écriture et la préparation de mon exposition me prennent du temps.

Soudain, on frappe à la porte, mes lunettes sur le nez, un stylo à la main, j'ouvre et vois Eve en tenue légère et Olivier, les voisins de mon étage, énervés par le courrier qu'ils ont reçu.

-  Un de Stéphane et un de vous, crient-ils en chœur !

-  Effectivement, je n'osais pas vous déranger les uns et les autres, alors j'ai glissé un mot évasif à tout le monde.

-  On pourrait se tutoyer, me propose Eve avec un  grand sourire !

-  On pourrait, renchérit Olivier, venez prendre un café chez moi, ou bien une bonne Guiness que je rapporte de Dublin.

Dommage que Lucien, le concierge soit absent, j'avais pensé mettre un mot sur le mur de l'entrée pour inviter tous les locataires lundi prochain à 17 h pour discuter de Notre problème. Que cette histoire se termine !!!

-  On va faire passer le mot, dit Eve sautillant de plaisir. Mais en parlant de Lucien, as-tu reçu ce mot vulgaire et insultant ? Qui, si ce n'est lui même ,aurait rédigé ce torchon!

-  C'est un beau garçon, l'autre jour en attendant l'ascenseur, je l'ai vu glisser un mot à l'oreille de Maïlys, du 1er étage, elle a rougi puis a dévalé l'escalier en riant . 

 

On frappe à la porte !

-  C'est Eve dit une petite voix !

-  Comment vas tu que se passe t il, lui demandais je ?

Toute habillée de rose bonbon, ma petite voisine me raconte :

-  J'ai comme nouvelle cliente, Nathalie tu sais la pimbêche du 3eme, tout gentille bizarre, enfin, je lui ai fait la totale, soin de peau, épilation... Je pense que c'est un genre qu'elle se donne. Et puis Maïlys qui sent bon les fleurs, les affaires reprennent, toi je t'attends !!

-  Je viendrai.

-  Ah, j'oubliais, devine, Pierre le peintre du 1er, il est venu pour un soin du visage, il est beau, un peu vieux, non !!!

Comme promis, j'ai glané quelques rendez-vous par-ci par-là ; Stéphane, Marc évidemment Olivier.

Je pense qu'il y aura du monde dans le hall à 17h.

 

Lundi 17h, on entend des exclamations, des rires.

 

-  Je te l'avais dit, c'est une personne qui a du temps à perdre, peste Jérôme accompagné de sa femme Lucie.

-  Pourquoi tant de haine, s'exclame Lucien en riant jaune, je n'aime pas que l'on prenne mon hall d'immeuble pour des effets de styles farfelus, qui ne mènent à rien puisque comme on peut le constater, ce magnifique tableau a disparu. Mais, mais je suis d'accord avec cette réflexion, collée au mur, Saint-Exupéry, c'est pas celui qui a écrit " Le Petit Prince" !!!?

-  Tout ça c'était du vent, ajoute Louis, d'un air renfrogné, je viens d'arriver dans cet immeuble et déjà les conflits commencent.

-  Quels conflits ? Au contraire, c'est un excellent stratagème pour que nous fassions connaissance.

-  On pourrait avoir un apéritif et des cacahuètes, dit Pierre se retournant vers Lucien, ce serait sympa non, allez un effort !

Puis, en l'espace de 30mn, nous, les voisins suspicieux,conspirateurs, rouspéteurs, vieux, jeunes mais pleins d'allant nous retrouvons à discuter autour d'un buffet improvisé.Des clans se forment, conversant de peinture, de voyages, peut être des attirances physiques ou intellectuelles.

Joseph et Jérôme donnent de conseils à des oreilles attentives.

Marc convertit Joseph de l'accompagner au match de demain soir, Nice contre .....

En fait, ce petit malin ou cette curieuse effrontée a réussi à transcender des énigmes illusoires en un groupe de personnes cohérentes et bien réelles...

 

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Rédigé par Dominique

Publié dans #Ecriture collective

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