ecriture collective

Publié le 5 Mars 2020

Depuis l’année dernière, rien de spécial n’est arrivé à mes personnages, Jérôme, sa femme Lucie et leurs deux garçons. Les affaires de Jérôme marchent plutôt bien. Il s’est fait une place parmi les carreleurs appréciés pour leur sérieux, la qualité de leur travail et leur créativité. Sur la Côte d’Azur, les propriétaires de logements luxueux ne manquent pas. Ils savent apprécier du bon travail et sont prêts à y mettre le prix. Ainsi, Jérôme a pu faire un beau voyage en Grèce avec sa famille. Après une première partie culturelle passionnante, un hôtel au bord de mer à Mykonos leur procurait une détente bienvenue.

Ayant l’esprit et les yeux pleins de temples, de ruines et de statues, Jérôme regrette de ne pas pouvoir en contempler une tous les jours. Alors, lors de la dernière assemblée générale des copropriétaires, il proposa qu’on décore le vaste hall d’entrée d’une statue. Son idée trouva un accueil enthousiaste auprès les autres copropriétaires. C’était comme si tout le monde souffrait inconsciemment d’un manque enfin révélé. Il fut convenu que le syndic se renseigne et envoie des propositions d’œuvres aux copropriétaires.


 

Jérôme X

2ème étage
 

Nice, le 2 mars 2020

 

Monsieur Y

Syndic de copropriété


 

Monsieur,

Merci pour l’envoi de ces cinq propositions d’œuvres. Nous les avons étudiées attentivement, mon épouse Lucie et moi, et en avons discuté. Le choix paraissait difficile mais nous sommes finalement tombés d’accord pour Mr. Diana de l’artiste turc Genco Gülan.

Ce n’est pas seulement parce que cette statue nous rappelle nos vacances en Grèce et l’antiquité avec ses formes et proportions parfaites, ses matériaux nobles et sa beauté intemporelle. Elle nous séduit aussi par sa modernité. Comme le dit mon épouse, la problématique du genre s’y trouve exprimée avec une grande justesse. La distinction classique entre hommes et femmes s’estompe. Des à priori, des préjugés, des rôles figés depuis des millénaires peuvent tomber, s’effacer, pour laisser place à des êtres libérés de nombreuses contraintes imposées par la vie en société. La tête d’un homme d’un classicisme parfait s’oppose au corps de Diane qui porte une belle robe dont les plis sont reproduits dans la pure tradition de l’antiquité. Une main lui manque, son bras s’appuie sur un pilier. Si cette main manquante paraît être une copie caricaturale des œuvres antiques, la main intacte surprend. Elle est d’une longueur surdimensionnée, comme si l’artiste avait voulu mettre la matière de la main manquante dans la main existante. Qu’est-ce que l’artiste a voulu exprimer ainsi ? Avec mon épouse, nous en avons discuté des heures et des heures sans trouver la réponse. Si cette statue était installée dans notre hall, les autres résidents tout comme des visiteurs y trouveraient matière à réfléchir et à discuter. De plus, cette statue en marbre, avec ses lignes pures, irait très bien dans notre hall d’entrée. On ne se lasse jamais de regarder une œuvre classique, contrairement aux œuvres modernes qui ne plaisent qu’un temps.

J’espère que vous allez tenir compte de notre choix et des considérations exposées dans ce courrier. Nous vous remercions encore de vous occuper si consciencieusement de l’aménagement de notre hall d’entrée.

Veuilles croire, Monsieur le syndic, à l’expression de ma considération distinguée.


 

Jérôme X

 

Mr Diana - Genco Gülan

Mr Diana - Genco Gülan

Le syndic n’est pas d’accord pour une œuvre aussi chère et propose trois statuettes de fabrication industrielle au choix.et le rédaction d'une nouvelle inspirée par l'une d'elles en vue d'un concours..

JÉRÔME EN 2020

 

Changement d’ère

 

Une colombe est emprisonnée dans les mains de ce colombien de l’ère précolombien. Comment est-elle y arrivé ? Que s’est-il passé ?

Nous sommes en l’an 1539, d’après le calendrier julien, mais notre ami précolombien, appelons le Tiki, ne le connaît pas. Dans sa ville, on n’additionne pas les années qui passent. On les délimite pourtant. Tous les ans, au moment où un alignement de colonnes en pierre, érigé sur la place centrale de la ville, jette l’ombre la plus courte, le chamane grave un tiret de plus sur un grand rocher. Les tirets sont regroupés par dix, puisque chaque homme a dix doigts. Pour Tiki, ce comptage n’avait pas vraiment de sens. A quoi peut-il servir ? Il est beaucoup plus important de savoir quand on peut semer le quinoa, le manioc, le maïs et les pommes de terre. Si on le fait trop tôt, des gelées tardives risquent de détruire les petites plantes à peine sorties de la terre. Si on le fait trop tard, l’hiver arrive avant que la récolte ait eu le temps de mûrir.

Le chamane lui avait expliqué que grâce à ces colonnes, grâce aux observations qu’elles lui permettent, il sait quand il faut semer. Il a ajouté que parfois, il se trompait, mais que, dans l’ensemble, on pouvait se fier à ses observations. Depuis, Tiki consulte le chamane avant de passer aux semailles, et plus souvent qu’avant sa récolte lui permet de nourrir sa famille.

Avant de serrer la colombe dans ses bras, Tiki venait justement de labourer un champ en vue de la plantation du manioc. Fatigué, songeant au travail du lendemain, il avait emprunté le chemin vers la ville, chemin qui traverse une forêt dense. Tout d’un coup, il entendit des voix joyeuses, des hommes qui parlaient fort. Il entendit bien leurs voix mais ne comprenait rien de ce qu’ils disaient. Il avait déjà rencontre des hommes qu’il ne comprenait pas. Le cacique, chef de la ville, lui avait alors expliqué qu’ils venaient d’une autre vallée, d’une autre chefferie. Il pensa d’abord que les hommes de l’autre vallée étaient revenus. Mais en les voyant, il avait des doutes. Ces hommes étaient habillé d’une drôle de façon, avec des étoffes très fins, ajoutés les uns aux autres. Tiki n’avait jamais vu personne habillé comme eux. Tiki était sur le point de s’approcher d’eux pour les amener chez le cacique. Mais avant qu’il puisse sortir de la forêt, il entendait un bruit de tonnerre. Il n’y avait pourtant pas d’orage. Il observa les hommes. Ils avaient des grands bâtons qu’ils tenaient en l’air, les approchant de leurs yeux. Encore le tonnerre. Au même moment, les bouts des bâtons pointés vers le ciel crachaient du feu. Quelques oiseaux tombaient par terre, morts. Contents, les hommes les ramassaient, rigolaient, se montrant leurs proies les uns aux autres. Tiki commença à comprendre que c’était le tonnerre des bâtons qui donnait la mort. Il se cacha encore plus dans la végétation heureusement dense. Finalement, les hommes se lassèrent et partirent avec les oiseaux morts. Tiki sorti du bois. Une colombe roucoula. Il se pencha vers elle. Elle avait une aile brisée. Tiki la prit dans ses bras pour la ramener chez le chamane.

 

Disparition

 

Ça y est, c’est fait ! Ce matin à cinq heures, avec mon apprenti, nous avons enlevé cette horreur du hall de l’immeuble. Nous l’avons chargée sur mon pick-up et déposée dans une maison de vente aux enchères. Autant en tirer quelques sous. Mais ne vous méprenez pas sur mes intentions. Ce n’est pas pour l’argent que j’ai enlevé cette statue, d’autant moins que j’ai quand même refilé cinquante euros à mon apprenti, d’une part pour ces heures sup un peu spéciales, évidemment pas prévues dans son contrat d’apprentissage, ni dans la convention collective des carreleurs, d’autre part pour qu’il tienne bien sa langue. Ce n’était pas facile d’enlever cette statue, je l’aurais cru moins lourde. Mais bon, nous y sommes arrivés. J’ai bien choisi mon apprenti, il est jeune, ce qui est normal pour un apprenti, mais il est aussi assez costaud, fait du sport, ne fume pas, ne se drogue pas et ne semble boire qu’une bière de temps en temps. Il semble aussi avoir un certain goût pour l’aventure. Tant mieux. J’avais choisi une heure à laquelle tout le monde dort, et qui se situe quand même en dehors du couvre-feu imposé par le maire. Il ne manquait plus que la police nous arrête avec une statue volée, même si j’en ai payé une partie.

Vous me demandez en quoi cette statue m’a gêné ? Vous pensez que je n’avais qu’à regarder ailleurs en passant devant ? Ça, c’est bien ce que j’avais fait, tout en regrettant chaque fois que mon petit colombien, avec sa colombe dans ses bras, n’ait pas été choisi. Je ne m’étais pas fait d’illusion sur le résultat du concours d’écriture. Un carreleur ne risque guère de le gagner. Mais j’espérais qu’un voisin ou une voisine avec une plume plus alerte aurait pu aimer cette statue qui m’avait tant touché. A ranger dans le tiroir des espoirs perdus !

Non, si j’ai fait disparaître cette statue, c’est parce que je ne pouvais plus voir les yeux rougis de mon épouse. Le chat statufié la faisait penser à notre petit Poutou, mort il y a un an après avoir beaucoup souffert. Le vétérinaire avait diagnostiqué une insuffisance rénale, il avait dit qu’il n’y avait plus rien à faire. C’est moi qui lui aie tenu la pâate, qui lui ait parlé doucement pendant que le vétérinaire lui faisait deux piqûres, une pour le calmer et une pour lui donner le coup de grâce. Je me sentais traître, d’abord en l’amenant chez le vétérinaire et ensuite en lui promettant des crevettes, un homard et une langouste s’il se laissait faire. Peut-être existe-t-il un ciel de chats où les promesses fallacieuses de leurs traîtres de maîtres sont tenues, où ils peuvent profiter de tout ça.

Mon épouse, donc, tous les soirs en rentrant du travail, je voyais ses yeux rouges. Elle me parlait d’une allergie, mais je n’étais pas dupe, d’autant moins que parfois ses sanglots me réveillaient pendant la nuit, et lorsqu’elle dormait, elle murmurait souvent « Poutou, Poutou, je suis si désolée. Pardonne-moi ».

Après avoir déposé la statue à la maison de vente, je suis allé directement au travail. J’aurais bien pris un petit déjeuner costaud dans un bistrot, mais tout est fermé. J’ai travaillé toute la journée. En rentrant à la maison, il y avait l’effervescence dans le hall. La statue avait disparue, tous les habitants étaient surexcités. En apprenant la nouvelle, j’ai ouvert grand mes yeux, incrédule, j’ai dit « mais qui a pu faire ça ? ». Personne ne savait rien. Stéphane, qui se prend pour un intellectuel, a dit « Le moins que l'on puisse demander à une sculpture, c'est qu'elle ne bouge pas » et il a ajouté que ça, c’est de Dali. Il a même précisé que Dali avait vécu de 1904 à 1989, alors que ça n’intéresse personne et que ça ne nous permet pas de retrouver la statue, ou sculpture, comme on veut. Je le lui ai dit tout cru en pensant tant mieux.

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Les aventures de Jérôme en 2019 sont ici :

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Rédigé par Iliola

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Publié le 4 Mars 2020

Aujourd’hui 2 mars 2020, je peux dire qu’il fait bon vivre dans mon immeuble. Depuis l’expérience du tableau en 2019 ma vie s’est transformée. Moi le petit artiste peintre, je suis aujourd’hui devenu le directeur de l’école du Louvre et pour certain une référence en matière d’art. L’immeuble aussi a changé ; depuis, chaque trimestre, les locataires se réunissent pour aborder différents sujets de la vie de notre résidence. Ce mois-ci, l’ordre du jour était d’acquérir une sculpture pour décorer notre hall d’entrée. Il va s’en dire que nous ne sommes pas tous d’accord sur le choix. Aussi la décision fut prise que chacun d’entre nous écrive au syndic pour qu’il puisse faire l’arbitrage.

 

Monsieur,

 

Comme vous le savez, depuis 2019 suite à la mise en place d’un tableau dans notre entrée, pose qui avait soulevé différents problèmes, les habitants ont formé un comité qui se réunit une fois par trimestre. Lors de la dernière réunion du comité, des habitants de l’immeuble ont décidé d’entrevoir la possibilité d’acquérir une œuvre d’art (sculpture) pour décorer le hall d’entrée de notre immeuble.

La mise en place d’une sculpture permettrait d’occuper la partie laissée pour compte auprès des boites aux lettres. Zone qui aujourd’hui sert souvent de poubelle aux publicités qui envahissent nos boites malgré le travail irréprochable de notre concierge.

En tant qu’artiste peintre et Directeur de l’école du Louvre, je me permets de vous demander d’orienter votre choix vers une sculpture classique qui serait en adéquation avec le style de notre immeuble.

Ne prenez pas exemple sur la Ville de Nice, qui nous oblige à voir le chien Totor à la place du commandant Jérôme ou les pseudos Bouddhas de la place Masséna comme des œuvres d’art.

 

Je viens par cette lettre non pas vous imposer mais plutôt de vous supplier de regarder l’œuvre de cet artiste contemporain GENCO GÜLAND ( photo jointe), intitulée Mr Diana, cette homme femme, symbole de notre société, semble attendre votre décision qui, j’en suis sûr, sera la bonne.

 

Veuillez agréer monsieur le syndic mes sincères salutations.

 

Stéphane

Mr Diana - Genco Gülan

Mr Diana - Genco Gülan

Le syndic n’est pas d’accord pour une œuvre aussi chère et propose trois statuettes de fabrication industrielle au choix.et le rédaction d'une nouvelle inspirée par l'une d'elles en vue d'un concours..

STÉPHANE EN 2020

Ah non ! Pas le Chat monsieur le syndic, comme je vous l’avais dit dans ma lettre, la ville de Nice nous a imposé Totor le chien place du commandant Jérôme. Vous imaginez que je ne peux cautionner cette sculpture. Sans flagornerie de ma part je vous rappelle que je suis directeur de l’école du Louvre. Mon choix ne peut que s’orienter vers un style classique ou ancien et lorsque je regarde vos propositions, la sculpture de l’homme de type négroïde tenant dans sa main une écuelle fait disparaître le hall d’entrée de notre immeuble. Je me retrouve dans ce petit village du Burkina Faso assis sous l’arbre des palabres ou le soir tombant, j’écoutais le Griot nous raconter les histoires, celles que l’on n’écrit pas, mais qui se transmettent par la parole. J’entends le chant des femmes

« Malaika nakupenda malaika manini fagnégué » amour du passé, l’amour tout simplement. Cet homme derrière ses yeux fermés regarde le monde, notre monde, notre quartier où se mélangent des personnes venues des différents continents. Accroupi auprès de nos boites aux lettres, il sera un symbole et un jour il se lèvera et il élèvera l’amitié des habitants de notre immeuble. « Malaika nakupenda malaika manini fagnégué. »

 

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Les aventures de Stéphane en 2019 sont ici :

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Rédigé par Bernard

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 3 Mars 2020

2 mars 2020

 

Depuis l’année dernière, Marc a changé. Sa rencontre avec l’art l’a transformé. Il a progressivement délaissé le foot pour courir les musées, il prend des cours d’histoire de l’art, s’intéresse aux peintres, aux sculpteurs, aussi, quand l’idée d’installer une statue dans l’immeuble s’est propagée parmi les locataires, il a été enthousiasmé.

 

Il y a un artiste qu’il a découvert récemment et qu’il aime beaucoup, c’est Genco Gülan et une œuvre qu’il adore, Mr Diana. Avoir Mr Diana dans le hall… ou une copie si c’est possible… ce serait le top ! Il y songe depuis quelques temps… Pourquoi ne pas le demander au syndic ?

Marc s’installe à la table de sa cuisine avec un café bien chaud et du papier à lettre.

 

 

 

Nice le 2 mars 2020

 

Monsieur le Syndic,

 

Je viens vers vous pour vous parler d’un hall d’immeuble en manque d’art, Le Bon Voyage.

L’année dernière, ce hall a eu le plaisir d’héberger pendant quelques temps un tableau qui l’a sublimé, mais aujourd’hui, il est nu et cherche une œuvre d’art pour l’habiller. Son choix, comme le mien, s’est porté sur une statue de l’artiste turc contemporain Genco Gülan, Mr Diana.

 

C’est une œuvre originale représentant une statue grecque à la fois homme et femme. Un corps de femme drapé dans une tunique d’inspiration grecque mais avec une pose virile et une tête d’homme barbu à la chevelure joliment coiffée. Une statue antique actuelle, pulvérisant les clivages, le sexisme, le genre, le temps, pour présenter un être humain, jute un être humain. Une statue tranquille qui interpelle, explose les codes de la soi-disant normalité pour libérer le point de rencontre où fondent les différences.

 

C’est pourquoi je me fais le porte-parole de notre hall désemparé pour solliciter de votre bienveillance l’acquisition de cette œuvre – ou d’une copie – pour Le Bon Voyage.

Ce serait une belle et bonne œuvre de vivre ensemble… 

 

Bien cordialement

 

Marc

 

PS : je joins à ce courrier un texte à son sujet et une photo de Mr Diana.

 

Mr Diana - Genco Gülan

Mr Diana - Genco Gülan

 

9 mars 2020

 

Le syndic a refusé. Marc a reçu la réponse ce matin. Mais une drôle d’aventure est proposée : trois statuettes dont l’une doit inspirer un texte pour un concours de nouvelles. Le lauréat déterminera le choix définitif pour la décoration du hall.

Marc secoue la tête.. Ça ne vaut pas Mr. Diana, mais bon… va pour la statuette..

Il y a un chat fleuri, une statuette qui semble provenir d’Amérique du sud, une autre, africaine. C’est celle-ci que Marc préfère.

MARC EN 2020

Il s’installe à nouveau à la table de la cuisine avec un café, son ordi et commence son texte :

La statuette enchantée

 

Je suis de ce pays depuis si longtemps…

J’ai traversé les déserts et les vents de sable, habité les tentes nomades, protégé les hommes et les troupeaux.

Je suis né en Afrique, pétri de la terre rouge cuite par le soleil. J’ai voyagé parmi les objets usuels d’une tribu. Quand la caravane s’arrêtait pour bivouaquer, je trônais au centre de la tente, comme un talisman.

 

Un jour, un homme a quitté la tribu, il m’a emmené avec lui. Il est parti seul, il m’a choisi comme compagnon, confident, porte-bonheur peut-être.. C’est ainsi que je l’ai ressenti quand, dans le soir serti d’étoiles, il murmurait quelques chants tristes. J’aurais voulu lui dire que je l’entendais, que je le comprenais, mais que peut faire une statuette muette sinon écouter ?

Peu à peu, j’ai connu son histoire. L’homme est seul au monde, rejeté par les siens pour je ne sais quelle raison – ça, il ne me l’a jamais dit. Depuis il va par les routes, les dunes, les déserts avec deux chameaux et quelques chèvres. Son souhait le plus vif, est de trouver l’amour, une caractéristique spécifique de la race humaine, me semble-t-il.

 

Moi, j’en ai de l’amour. Plein mon être de pierre. Et je veux tellement l’aider que j’implore le vent, le désert, les étoiles de me donner vie, ou plutôt, de me donner la mobilité. Muette et immobile, je suis incompatible avec le plan que j’ai élaboré. Un dieu m’a entendue ; tout doucement, je réussis à me déplacer. Imperceptiblement. Et un clair matin tout doré de soleil, à l’orée d’un village, je me débrouille pour me laisser tomber aux pieds de la plus jolie des jeunes filles. Elle m’a recueilli, m’a rapportée à mon propriétaire.

Quand elle m’a tendue vers lui, leurs mains se sont touchées et j’ai bien senti le courant me traverser. Un couple est né ce jour-là. Une famille a suivi peu après et moi, depuis, je trône à nouveau dans le foyer, idolâtré comme un dieu protecteur, immobile et silencieux, mais toujours à l’écoute des hommes.

 

 

Marc relit son texte. Pas facile cet exercice ! Mais amusant. Peut-être que le côté magique et porte-bonheur de sa statuette séduira le jury… ?  En tout cas, il aura essayé.

16 mars 2020

 

Le résultat de concours est arrivé dans les boîtes aux lettres il y a trois jours. Marc n’est pas encore remis de sa stupéfaction. Bon sang ! Il n’aurait jamais parié sur elle ! Eve… l’esthéticienne évaporée du deuxième… cucul-la-praline comme pas deux cette fille… A choisi le chat, m’étonne pas d’elle…

Depuis, le matou fleuri trône dans le hall, moche comme tout ! Avis partagé par pas mal de voisins d’après Lucien le concierge. Enfin, faudra faire avec… Marc pousse la porte du hall, pile net. Le chat fleuri a disparu. Lucien est là qui se gratte la tête, l’air perplexe..

L’histoire se répète, dit-il à Marc, la statuette s’est envolée comme le tableau de l’an passé.

Ce n’est pas une grande perte, répond Marc, mais tout de même, le moins que l’on puisse demander à une sculpture, c’est qu’elle ne bouge pas 

Encore que… avec toutes ces histoires… comme ce chat plus ou moins auvergnat, ce cha pousse et cha fleuri raconté par Lucile, la nouvelle du troisième, ou le gourmand Grobis, le chat à fleurs, sans compter tous les matous énumérés par Judith, l’artiste du second… tout est possible..

Peut-être le pouvoir de l’écriture lui a donné la vie et il est parti la vivre.. et traquer la tourterelle Ramina.. Magie, magie…

 

Marc se souvient.. L’année dernière, il avait aperçu l’autre côté des choses, la vérité du tableau. La vérité… matérialisée par la bille d’un stylo au bout duquel sourit une fée… non, pas une fée, juste l’animatrice d’atelier d’écriture qui l’a créé en personnage de papier. Il n’a pas oublié le vertige et ne veut surtout pas revivre cette angoissante plongée dans le monde parallèle. Son intuition lui dit que c’est encore un sale coup de sa génitrice, mais sa raison refuse.

Non, l’explication est ailleurs. Dans le récit d’Eve sûrement. Son chat-pochoir et le chat fleuri ne font qu’un. L’animal statue, animal-totem peut-être, est retourné à sa maîtresse pour la révéler. Eve, sous son vernis et maquillage, cache un être lumineux, une magicienne du quotidien capable de transformer le monde en poésie.

C’est comme ça que vont les choses dans cet immeuble. D’ailleurs, à y regarder de plus près, c’est le cas de tous ses voisins. Tous magiques ! Féerie dans laquelle il aime se perdre, se fondre jusqu’à disparaître.. comme un chat furtif...

 

Marc sourit, m’adresse un clin d’œil complice. Il n’est pas dupe mais cette fois, c’est lui qui se joue de moi… avant de repartir dans le limon des mythes et des fables... ²

 

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¹  « Le moins que l'on puisse demander à une sculpture, c'est qu'elle ne bouge pas. » Salvador Dali

 

² « Tous les personnages sont des dormeurs clandestins nourris de nos rêves et de nos pensées, eux-mêmes pétris dans le limon des mythes et des fables... » Sylvie Germain

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Les aventures de Marc en 2019 sont ici :

 

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Rédigé par Mado

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Publié le 2 Mars 2020

Atelier 1 : DESCRIPTION - ÉCRITURE ÉPISTOLAIRE

Reprenez vos personnages, ou créez-en un nouveau. Racontez brièvement ce qu’ils sont devenus depuis l’an passé ou, pour les nouveaux, leur arrivée dans l'immeuble et amenez le texte vers le désir de décorer l’entrée de l'immeuble par une statue.

Laissez-les choisir une des statues présentées et rédiger une lettre au syndic pour demander l’acquisition d’une œuvre de l’artiste choisi. Expliquer votre choix, faites une petite description de la sculpture que vous avez choisie.

UNE STATUE DANS L’IMMEUBLE : atelier 1

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 6 Février 2019

 

Un peu dans le style " Le village, Destins croisés", notre "roman collectif" de 2017...

... nous allons inventer une histoire dans laquelle nos personnages vont interagir, en 5 ateliers.

Voici l’idée de départ :

Lieu : un immeuble de trois étages

Personnages : un personnage par appartement

Supports : une citation et un tableau

Construction : chacun crée son personnage, mais l’immeuble doit être identique pour chacun afin que cela reste crédible. Nous choisirons donc le bâtiment d’AnimaNice Bon-Voyage comme demeure, du moins pour les parties communes : entrée, hall, escalier, ascenseur… L’intérieur de chaque appartement sera agencé et décoré au goût de chacun, bien sûr !  wink

Histoire :

Dans l’immeuble de trois étages situé au 2, pont René Coty à Nice, vivent des personnages qui s’ignorent. Une citation, proposée lors du premier atelier, puis un tableau, proposé au second, un message pour le troisième, un dialogue au quatrième et un rassemblement de tous les personnages dans le hall de l’immeuble au dernier vont les révéler les uns aux autres…

Soit un texte à faire évoluer pendant cinq séances en essayant de faire interagir les personnages entre eux à partir de la troisième.

 

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LES ATELIERS

 

  • Atelier 1 :
  • Atelier 2 :
  • Atelier 3 :
  • Atelier 4 :
  • Atelier 5 :

 

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LES TEXTES

LISTE DES PERSONNAGES

3ème : Stéphane, étudiant aux Beaux-Arts et à la Villa Arson, artiste-peintre

 

3ème : Louis, retraité PJ, nouvel arrivant

 

3ème : Joseph, peintre en bâtiment

 

3ème : Nathalie ou Nat, étudiante infographiste.

 

2ème : Judith, écrivaine débutante, 35 ans, installée depuis 4 mois

 

2ème : Eve, esthéticienne, 22 ans

 

2ème :  Olivier, steward et musicien, 35 ans

 

2ème : Jérôme, carreleur, 40 ans,  marié à Lucie

 

1er :  Pierre, artiste-peintre, porté sur la vodka, 50 ans

 

1er : Charles Duchemin, ONF

 

1er : Maïlys, fleuriste, 26 ans

 

1er : Marc, amateur de foot, 45 ans

 

RdC ; Lucien, concierge, pas malin, 30 ans

 

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  • Le courrier...

 

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  • Les personnages...

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Pour terminer notre série « la citation et le tableau », voici LE tableau

MATIN D'HIVER

avec sa vraie signature :

Bernard Brunstein

Matin d'hiver de Bernard Brunstein

Matin d'hiver de Bernard Brunstein

Merci Bernard d’avoir joué le jeu !

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La suite de l'aventure en 2020..

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 4 Février 2019

Tout le monde se retrouve dans le hall à 17h mais le tableau a disparu. Deux citations le remplacent :

 

On sait bien que les contes de fées c’est la seule vérité de la vie.

Antoine de Saint-Exupéry

 

Je donne mon avis non comme bon, mais comme mien.
Michel Montaigne

 

Puissent-elles vous guider vers la vérité…. 

Racontez la réaction de votre personnage. Il observe ses voisins, échange quelques mots... Imaginez quel sens il donne à toute cette histoire, quelles sont ses réflexions, ses propositions éventuelles et concluez comme il vous plaît !

 

Atelier : Le Nouveau Roman

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Pour terminer notre série « la citation et le tableau », voici LE tableau

MATIN D'HIVER

avec sa vraie signature :

Bernard Brunstein

Matin d'hiver de Bernard Brunstein

Matin d'hiver de Bernard Brunstein

Merci Bernard d’avoir joué le jeu !

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 4 Février 2019

Comme chaque jour depuis la rentrée de septembre, Nathalie, de retour de son école d’Arts Appliqués, pousse énergiquement la porte de son immeuble. Le groom automatique oppose décidément trop de résistance ! Elle attend l’occasion d’en parler à Lucien mais le concierge semble toujours absent de sa loge. Ou trop occupé peut-être pour se soucier du bien-être des locataires. Ah ! Si son père habitait là, il y a bien longtemps qu’il aurait lui-même bricolé ce groom. Mais voilà, dorénavant, Nathalie ne peut compter que sur elle-même pour tous ces petits détails de la vie qui peuvent agrémenter ou gâter le quotidien. Et, en l’occurrence, cette porte commence à lui pourrir la vie ! Tout comme l’unique radiateur électrique de son studio, assurément déréglé ou insuffisant.

Un rapide coup d’œil à la boite à lettres, plus par habitude que dans le réel espoir de missives, trop rares à son goût. Surprise : un feuillet délicatement plié attend son retour. Pas d’enveloppe. Pas de destinataire non plus. Encore moins d’expéditeur ou de signature. Un prospectus, sans doute. Un peu déçue, Nathalie regagne son studio bon marché du 2° étage. Elle dépose ses affaires sur son petit bureau bien encombré, se défait de ses chaussures à talons au grand soulagement de ses pieds meurtris, se sert un café et se blottit dans son fauteuil crapaud en jetant un œil distrait au courrier du jour.

A sa grande surprise, il ne s’agit pas de publicité mais d’art : le feuillet ne contient qu’une étrange citation, attribuée au peintre Delacroix. Il y est question de reflets, de tons et de transparence. Intriguée Nathalie lit et relit le message en se posant mille questions. Qui donc a bien pu déposer ce feuillet ? Dans quel but ? Est-elle la seule destinataire ? Qu’attend-on d’elle ? Comment le savoir ? La jeune femme recherche des indices, en vain ; le feuillet ne contient rien d’autre que cette étrange citation. Nathalie prend à nouveau conscience de son isolement dans cet immeuble où elle ne connait pas encore ses voisins, dans cette ville encore étrangère.

Confortablement installée dans son fauteuil crapaud, elle se prend à rêvasser. « Casser le ton du reflet », voilà qui la renvoie à ses études d’infographie, à ses débuts avec ces logiciels graphiques ultra-sophistiqués et tellement difficiles à apprivoiser. Elle aurait bien aimé, aujourd’hui, savoir « casser le ton » et réaliser un reflet à l’aide de Photoshop ; ses figures d’arbres en fond de dessin en seraient bien mieux ressorties. « Modeler par masses tournantes », voilà une expression bien énigmatique. Quoique, appliquée à un feuillage d’automne dans la tourmente, cela prend du sens… Nathalie se remémore les tableaux hyperréalistes du danois Peder Mork Monsted qu’elle a pu admirer lors de la dernière exposition de la Galerie des Ponchettes. En passant d’une peinture à l’autre, elle changeait de saison ; elle pouvait même ressentir le froid des fonds neigeux ou la douceur des rayons de soleil filtrant à travers les feuillages. Quelle merveille, quel travail, quelle maîtrise du coup de pinceau !

Le claquement d’une porte à l’étage supérieur ramène Nathalie à des considérations plus matérielles : son réfrigérateur est vide, l’heure tourne, et les boutiques vont bientôt baisser le rideau. « Si tu ne veux pas mourir de faim, Nath, il est temps de te bouger ! »


 


 

Le babillage matinal de France-Inter arrache douloureusement Nathalie des bras de Morphée. Déjà 7 heures ? Assurément, elle n’aurait pas dû rester si tard rivée à ses séries policières, mais la jeune femme n’avait pas su résister à la profusion d’épisodes en replay, tellement efficaces pour combler sa solitude d’un dimanche dans une ville étrangère. Déjà 7 heures, donc. La douche ; les vêtements frais (décidément trop frais en raison du chauffage défaillant). Quels cours, ce matin ? Colorimétrie et fonctions avancées de Photoshop. Nathalie attend beaucoup de l’outil Reflets dont elle a pu entrevoir les possibilités dans une vidéo Youtube. Ce matin, pas le temps de griller la tartine, tant pis. Un café rapide tout de même, un grand, bien fort. Le MacBook sous le bras, quelques cahiers dans le sac et c’est parti ; deux étages à pied pour finir de se réveiller.

L’artiste en herbe dépasse la loge du gardien qui affiche son éternel « Le concierge est dans l’escalier » (non, Lucien, tu n’es pas dans l’escalier, j’en viens ; tu es surement encore au lit et je ne veux pas savoir avec qui). Elle débouche dans le hall de l’immeuble et reste figée sur place : un tableau est accroché au mur d’ordinaire terriblement nu et triste. Une toile abstraite, pleine de brumes bleutées comme celles de son éveil difficile. A moins qu’il s’agisse d’un nouveau « impression : soleil levant ». Oui, avec un peu d’imagination, Nathalie devine un port et des embarcations dans la brume qui se fondent avec le quai. « Et en format portrait, ça donnerait quoi ? ». Nath penche la tête à se rompre les cervicales puis se ravise. S’assurant que ce fantôme de Lucien est toujours dans l’escalier, elle décroche et pivote la toile d’un quart de tour. Révélation ! Le port se transforme aussitôt en personnage géant émergeant d’une forêt. Une forêt en flammes peut-être.

Un claquement de porte au 3° étage sort Nathalie de ses rêveries artistiques. Elle replace prestement le tableau dans sa position initiale et s’échappe furtivement. En chemin, des questions la hantent. Pourquoi un tableau ? Pourquoi ce tableau, anonyme, qui plus est ? Qui a bien pu l’accrocher ? Surement pas ce rustre de Lucien ! Et y aurait-il un rapport avec le feuillet à l’énigmatique citation déposé dans sa boite à lettres la semaine passée ? « Delacroix ? Non, cette toile n’est pas son style. »

En montant dans le tram, Nathalie passe en revue ses différents voisins. Elle les connait à peine car ils n’échangent bien souvent que des salutations d’usage ou quelques banalités sur la météo. Elle regrette un moment de s’être échappée si vite car ce voisin du 3° qui a malgré lui abrégé sa contemplation, c’était peut-être Stéphane, ce gentil garçon aux airs d’artiste. « Ma fille, tu as raté une belle occasion d’engager la conversation ». Nathalie en est à rêver que Stéphane soit l’auteur de la peinture quand elle réalise qu’elle a manqué son arrêt de tram. Décidément, cette journée commence bizarrement. En rebroussant chemin, Nath se remémore les dernières affaires du commissaire Maigret et se promet d’enquêter sur ses voisins.


 


 

Nathalie relève les mains de son clavier d’ordinateur, étire son corps engourdi et entreprend la relecture de son courrier.

« Nice, le 21 janvier

Bonjour Monsieur Lucien,

J’ai bien réfléchi avant de vous adresser cette lettre. Ma première intention était plutôt d’engager la conversation de vive voix mais il reste difficile de vous croiser dans cet immeuble et, de plus, la chose écrite me semble présenter l’avantage d’être pus réfléchie, moins sujette aux approximations.

Je souhaite vous parler de cet énigmatique tableau qui orne notre hall d’entrée. J’ai mené mon enquête, j’ai bien observé les locataires cette semaine et je crois avoir démasqué le coupable. »

« Coupable ? Tu y vas un peu fort ma fille ! "L’auteur des faits", ça ira mieux. »

« …et je crois avoir démasqué l’auteur des faits. Voici mon raisonnement.

Le billet anonyme en boites à lettres contenant la citation énigmatique du peintre Delacroix, puis la présence de la toile abstraite dans le hall portent naturellement à soupçonner Stéphane, étudiant à la Villa Arson, ou encore Pierre, l’artiste peintre de la maison. Mais vous conviendrez avec moi que leur niveau culturel est bien inférieur à l’érudition de la citation (pour vous en convaincre, écoutez-les discuter de vodka…). De plus, Pierre est plus familier des peintures réalistes (c’est lui qui avait apposé cette affichette annonçant la rétrospective Peder Mork Monsted aux Ponchettes).

J’ai un moment soupçonné d’autres… »

« Eh ! Nath ; oublie un peu ton Maigret ! Il n’y a pas eu mort d’homme, ici ! »

« J’ai un moment envisagé d’autres locataires aux penchants artistiques comme Olivier ou Maïlis. Notre fleuriste du premier semble plus préoccupée par ses coiffures en bouquets de fleur aussi extravagantes que ceux qu’elle expose en vitrine, et la perplexité affichée par tous deux en franchissant le hall les écarte tout net.

Imaginez-vous ma voisine esthéticienne se livrant à ce jeu de devinettes ? Tout cela est d’un style bien trop abstrait pour cette écervelée obsédée uniquement par son image, ne trouvez-vous pas ?

J’ai rapidement écarté Charles, trop investi dans la protection des dernières forêts du littoral pour consacrer de l’énergie à la chose artistique. De même pour Louis : ce n’est tout de même pas un retraité de la PJ qui poserait à son tour des énigmes ! Quant à Marc, on a certes pu lui reprocher ce poster lors du mondial de football mais le foot et le bistrot semblent être ses uniques passions.

Concernant nos 2 artisans, Joseph et Jérôme, quand voudriez-vous qu’ils s’amusent à inventer des énigmes alors qu’ils assurent des journées de travail sans fin ponctuées de dimanches tout en somnolence ?

L’éventail des suspects se resserre ! »

« Non, Nathalie ! Arrête de te prendre pour Maigret ou Sherlok holmes ! »

« L’éventail des possibilités se réduit ! Restent maintenant Judith, vous et moi-même.

Judith, suggérez-vous ? En effet, un écrivain ferait bien l’affaire mais méfions-nous des apparences. J’ai provoqué l’occasion de la rencontrer dans son appartement ; je peux vous dire que sa décoration laisse autant à désirer que ses tenues guindées et hyper-classiques ! Et de plus, elle ne produit que des écrits historiques (si vous en avez l’occasion -et le temps surtout !-, interrogez-la pas sur la période médiévale dans les hautes vallées provençales…).

Quant à moi, mon cher Lucien, »

« Tout doux, ma fille ! Ne vas pas faire croire que tu le dragues ! »

« Quant à moi, Monsieur Lucien, je ne suis pas en train de vous rejouer l’épisode où le coupable fait mine de mener l’enquête ! Je peux vous jurer que je ne suis pour rien dans cette affaire ; je n’apprécie ni Delacroix ni la peinture contemporaine (même si cette toile m’a bousculé les sens lundi dernier) ; pour tout vous dire, mes activités infographiques ne visent qu’à la restauration de films et photos anciennes.

Si vous avez bien suivi mon raisonnement, il ne reste plus sur la liste qu’un occupant de l’immeuble : vous-même, Monsieur Lucien. Comme je l’écrivais précédemment, méfions-nous des évidences : le Lucien bougon, toujours absent de sa loge, cache un autre Lucien, délicat et cultivé, qui s’est aménagé un atelier secret dans le local technique de l’immeuble. Malgré toutes vos précautions, j’ai pu observer votre manège secret ; je donne maintenant un autre sens à votre éternel « Le concierge est dans l’escalier ». Alors voici ma proposition : collaborons, Monsieur Lucien, persévérons ensemble dans les énigmes artistiques car tout cela a déjà provoqué bien des échanges plus ou moins approfondis entre les locataires et j’ai bon espoir de pouvoir bientôt proposer une fête des voisins.

S’il vous plaît, réfléchissez à ma proposition et répondez-moi vite. »

« Pourquoi, "vite" ? Au contraire, laisse-lui le temps de réfléchir, ma grande ! »

« S’il vous plait, prenez le temps de réfléchir à ma proposition et répondez-moi.

Je compte sur votre discrétion ; la mienne vous est acquise.

Dans l’espoir de notre prochaine collaboration… »

« Non ; plus direct. »

« Dans l’attente de vous rencontrer pour mettre au point notre prochaine collaboration,

Cordialement,

Nathalie, du 3°. »


 

« Et voilà ! Enregistrer, imprimer, cacheter, déposer et… advienne que pourra ! »

 

Pour tromper sa solitude, Nathalie avait pris ce pli de penser à voix haute dans son studio.

« Ouf ! Cette longue journée de cours m’a été éprouvante.

Et me voilà bien déçue par la fonction ‘Reflets’ de Photoshop ; aucune âme ! Ca renforce mon sentiment que rien ne pourra jamais remplacer la touche manuelle de l’artiste. Mais tu n’as pas le talent de Peder Mork Monsted, ma fille !

Trois enveloppes ce soir dans ma boite à lettres. Ne rêve pas, Nath, il ne s’agit pas de la reconnaissance de ton immense talent ; ça sent plutôt les ennuis… Alors le rite habituel pour commencer : café, pieds nus, fauteuil crapaud ; et c’est parti pour la lecture.

Je commence par la lettre anonyme. "ondes que mon cœur émet pour que ton cœur vers le mien se tourne" ! "ton corps alangui sur les draps froissés" !! Et Lampeduza par-dessus le marché !!! Je rêve ou quoi ?! Mais qu’est-ce que c’est que ce frappadingue ?!! A moins que l’auteur se soit trompé de boite à lettres, ce qui donnerait alors une révélation croustillante sur les relations entre certains voisins… Non ! Poubelle !

Bon, le courrier de Judith. C’est du gnangnan pus jus ! "je le trouve intéressant, plein de sensibilité et de charme" ; "ça me ferait plaisir de faire la connaissance d’amateurs d’art…". Si elle écrit ses romans et ses nouvelles dans ce style, c’est tout juste bon pour les boutiques de gare. Et elle peint, elle aussi ? Mais c’est un repaire d’artistes ici, ou alors un immeuble financé par le 1% de Ripolin !

Oh ! Cette lettre-là est de Stéphane, le beau mec du 3°. Ouais, beau mec mais pas fufute. Il n’a toujours rien compris à la double-vie du concierge. Voilà donc une belle occasion de prendre contact. Alors, je toque à sa porte ? Ou alors par écrit ? Mais comment lui dire ?... "Cher voisin" ? "Cher Stéphane" ? Ou simplement "Stéphane" ? Non. "Bonjour Stéphane" ; oui, c’est bien, ça : "Bonjour Stéphane". Après je lui écris que moi aussi j’apprécie, autant que lui, cette initiative artistique, et que j’ai mon idée, non, ma petite idée sur l’auteur des faits, que c’est une sacrée surprise car personne ne s’attendrait à ça venant de lui. Oui, mais attention de rester neutre, pas de ‘lui’ ou ‘elle’. Donc, plutôt : qu’on ne s’attendrait pas à ça venant de cette personne. Et je lui propose de venir prendre un thé dès demain soir. Ou un café ? Non : rendez-vous lundi prochain dans le hall à 17h.

Et advienne que pourra ! »

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Rédigé par Benoit

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 29 Janvier 2019

Le courrier envoyé le 21 janvier par les habitants de l'immeuble...

  • Adressé à tout le monde :

Chers Voisins, Voisines

Permettez-moi de venir, par cette lettre, tout d’abord vous dire bonjour !

Comme moi, vous avez dû être surpris par ce qui arrive dans notre immeuble en ce début d’année. La citation déposée dans notre boite aux lettres et le magnifique tableau qui, accroché par une main anonyme, vient embellir notre entrée.

Ma demande aujourd’hui n’a pas un caractère de contestation mais de curiosité. Depuis deux semaines, je me pose beaucoup de questions et surtout QUI ? parmi vous a décidé de venir, par quelques mots et une toile, éclairer d’un jour nouveau nos habitudes, notre solitude. Ces deux événements m’ont obligé, et je pense que cela doit être la même chose pour vous, à me poser mille questions, vous regarder et me dire c’est peut être lui ou elle. Me rendre compte de votre existence, ne plus être plongé dans ma solitude. Mon seul regret aujourd’hui, c’est de ne pas pouvoir encore mettre un nom à mon merci avec un grand M. Vous, enfin toi qui se cache derrière ce mystère, qui après deux semaines de réflexions, je doute encore qui de :

Louis, Joseph, Nathalie, Judith, Eve, Olivier, Jérôme, Pierre, Charles, Mailis, Marc, Lucien nous entraînent dans cette enquête culturelle.

Voila chers voisines, voisins, ce que je voulais vous dire et à toi l’auteur du tableau, oui TOI, fais-moi le savoir, dis-moi qui tu es. On n’a pas tous les jours l’occasion de remercier quelqu’un. J’attends ta réponse avec impatience.

Stéphane, du 3eme

***

Bonjour, je me permets de glisser ce petit mot à mes voisins.

 

La semaine dernière en sortant, j'ai été agréablement surprise de voir un tableau accroché dans le hall.

Ce dernier n'est pas signé ni sur la face, ni au dos comme certains.

Je le trouve intéressant, plein de sensibilité et de charme.

Je pense ne pas être la seule curieuse, moi même peintre, cela me ferait plaisir de faire la connaissance d'amateur d'art ou simplement de personnalités aimant la beauté, toute profession confondue.

Il y a deux semaines, je pense que tout le monde a reçu dans sa boîte aux lettres un mot pour le moins dépourvu de simplicité, tiré d'une nouvelle du peintre Delacroix.

Est ce la même personne l'auteure de ces deux énigmes.

J'espère qu'à nous tous nous arriverons à élucider ces mystères à moins que nous ayons une autre surprise......

Je suis Judith au 2eme étage, porte 4.

J'attends des nouvelles avec plaisir et impatience.

 

Bien à vous.

 

Judith

***

  • Adressé à toutes les femmes :

« Nice le vingt et un janvier deux mille dix-neuf

Chère – un des quatre prénoms –

Perçois-tu ces immenses ondes que mon cœur émet pour que ton cœur vers le mien se tourne. Lentement mes neurones se balancent au rythme de la samba qu’entame ton corps quand je te prends dans mes bras. Mes yeux pleurent à revoir en boucle la beauté de ton corps alangui sur les draps froissés. Mes lèvres ourlent tes lèvres d’un interminable baisé brûlant, mon nez coule, mais ça c’est le rhume.

Et tu m’as trahi, pétasse, catin, tu n’as pas su garder le secret confié sur l’oreiller, le récit de mes exploits, mon grand œuvre, ma fierté.

Par amour sauve-moi, explique à Lucien, avant qu’il n’en parle alentour, que ce ne peut être moi car nous étions ensemble à l’hôtel de Lampedusa.

Et fait fissa ! »

***

  • Adressé à tous les hommes :

« Nice le vingt et un janvier deux mille dix-neuf

Mon cher – un des huit prénoms –

Ton amitié m’honore et nos conversations me passionnent. Il faudra que nous reprenions, car si Dieu est athée rien n’empêche plus les athées de croire en Dieu.

J’ai récupéré chez Marcel, il t’envoie son bonjour, le moulinet Caperlan, j’irai, cet après-midi acheter le fil et les hameçons.

Et toi, enfoiré, pauvre con, tu n’as pas su garder le secret confié au bout de la nuit alcoolisée, le récit de mes exploits, mon grand œuvre, ma fierté.

Tu vas voir ta gueule si tu ne cours pas immédiatement chez Lucien, lui expliquer, avant qu’il n’en parle alentour, que ce ne peut être moi car nous étions à la pêche à Lampedusa.

Et fait fissa ! »

***

  • Adressé à Stéphane :

Nice, le 21 janvier 2019

 

 

Cher Monsieur Stéphane,

 

Il y a parfois des choses surprenantes qui se passent dans la vie.

Ainsi, il y a deux semaines, j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres un petit extrait d’un texte du peintre Delacroix concernant la peinture. Il y a une semaine, un tableau a été accroché dans le hall d’entrée de l’immeuble. On ne sait ni qui l’a peint, ni qui l’a accroché. Je pense qu’il s’agit d’une seule et unique personne. Je la soupçonne également avoir mis le petit mot dans les boîtes aux lettres que d’ailleurs tous les habitants de l’immeuble avec lesquels j’ai pu en parler ont reçu.

Ce petit mot m’a laissé quelque peu désemparé. Je ne suis pas un intellectuel et la peinture est loin de mes préoccupations quotidiennes. Mon épouse et moi aimons en revanche beaucoup ce tableau accroché dans le hall. Il habille ce mur d’un blanc ingrat et donne au hall d’entrée un cachet à la fois élégant et accueillant. Tout comme les autres habitants de l’immeuble, mon épouse et moi nous nous demandions qui a bien pu réaliser cette peinture si réussie. Après des longues et profondes réflexions et des discussions animées, il nous paraît le plus probable que ce soit vous. Nous supposons que par cette façon mystérieuse d’agir vous cherchez à attirer l’attention sur vous, tout en faisant connaître vos œuvres. Nous nous demandons même si vous n’avez pas procédé de la même manière dans d’autres immeubles.

En tant que carreleur, j’ai accès à des nombreuses résidences de très haut standing. Je pourrais vous aider dans la divulgation de votre œuvre. Ça nous ferait très plaisir, à mon épouse et moi, de pouvoir vous être utile et de servir ainsi la cause culturelle qu’est la vôtre. Mettez nous dans la confidence, nous vous soutiendrons. Nous garderons bien sûr le secret tant que vous le souhaitez.

Dans l’attente du plaisir d’avoir très bientôt de vos nouvelles, je vous prie de croire, cher Monsieur Stéphane, à toute ma considération qui s’adresse aussi à l’artiste que vous êtes.

 

Jérôme 2ème étage

***

Nice, le 24 janvier 2019

 

Cher Stéphane,

 

Comme nous sommes voisins mais ne nous connaissons par beaucoup, je me permets de vous écrire cette lettre pour vous parler de quelque chose qui me travaille depuis quelque temps, je ne dirais pas me tracasse, mais quand même. Je n’ai pas trop l’habitude d’écrire des lettres, surtout maintenant avec les e-mails, les textos… , mais je me suis dit que ce serait aussi bien de vous écrire une vraie lettre et de la déposer dans votre boîte. Je n’ai pas fait d’études comme vous, aussi je vous demande d’être indulgent pour mon style et mes fautes d’orthographe.

 

Depuis le 7 janvier dernier, je trouve qu’il se passe des choses un peu bizarres dans l’immeuble. J’ai habité d’autres endroits, mais j’avoue que je n’ai jamais vu des choses pareilles. D’abord, j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres un petit papier avec une citation signée Delacroix. Je suis allée voir sur internet qui ça pouvait bien être et j’ai appris que c’était un peintre, ça ne m’a pas étonnée, vu ce qui était écrit, mais ça ne m’a pas beaucoup avancée. Je n’ai rien compris, ça parlait de reflets de masses… je ne voyais pas du tout ce que ça voulait dire et surtout d’où ça venait, qui avait pu m’envoyer ça et pourquoi. J’ai cru que c’était Paul, un ami que j’ai rencontré au cours de dessin où je vais depuis le mois de septembre, et que c’était un message codé. J’ai passé des heures à essayer de comprendre ce qu’il voulait me dire, je n’ai pas trouvé. J’ai raconté cette histoire à Eve et aussi un peu à Lucien, qui est toujours au courant de tout et c’est comme ça que j’ai appris qu’ils avaient eu le même papier dans leur boîte. Qu’est-ce que c’est que cette histoire, je me suis dit. Chacun avait son idée, mais en fait personne ne savait rien et on n’avançait toujours pas beaucoup.

 

Ensuite, il y a eu ce tableau accroché dans l’entrée de l’immeuble et là, j’ai tout de suite pensé que c’était vous. C’est vrai, il est bien peint, je reconnais et dans l’immeuble, je crois qu’il n’y a que vous qui pouvez faire ça, vous êtes vraiment un artiste, je ne dis pas ça pour vous flatter, je le pense vraiment. Vous m’avez déjà montré des choses que vous faites au Beaux Arts et même si ce n’est pas tout à fait le style que je préfère, je reconnais qu’il y a du travail.

 

Alors, je vais être franche avec vous, vous me connaissez un peu, je suis assez cash comme fille. Je trouve que c’est une très bonne idée de vouloir décorer l’entrée de l’immeuble, d’ailleurs on en a parlé l’autre jour avec Lucien, vous y étiez. Mais votre tableau, si c’est bien vous qui l’avez peint, je le trouve un peu triste, il me fait penser à un incendie de forêt et je ne trouve pas que ça égaie l’entrée. Il est bien, même très bien, ce n’est pas le problème, mais ne le prenez pas mal, il ne convient pas pour l’entrée. Vous le savez, je suis fleuriste, je suis toute la journée dans les couleurs et j’aimerais franchement quelque chose de plus gai. On pourrait mettre des plantes et aussi des tableaux, mais qui représentent des fleurs ou des paysages. Je ne m’y connais pas trop en peinture, bien que j’aie commencé à prendre des cours de dessin, mais c’est comme ça que je vois les choses. A mon cours, on dessine des natures mortes, des corbeilles de fruits, des bouquets. Quelquefois on va dans la nature peindre des paysages. C’est très sympa et si vous voulez, je peux vous faire quelque chose qui ira bien dans le hall. C’est sûr, je ne suis pas une artiste comme vous, mais j’adore la décoration, d’ailleurs tous mes amis disent que chez moi c’est très joli, et je pense que j’ai de bonnes idées.

 

Mais ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi, si c’est bien vous (et j’en suis presque sûre) vous nous avez mis cette citation et ce tableau sans nous parler de rien. Est-ce que c’est un projet qu’on vous a demandé de faire aux Beaux Arts et vous avez décidé de prendre vos voisins comme cobayes ? Est-ce que l’idée vient de vous ? Qu’est-ce que vous attendez de nous ? Je suis un peu dubitative. J’aime les mystères, d’ailleurs j’adore regarder des séries policières à la télévision, et j’aime aussi jouer au Cluedo avec mes amis, mais au bout d’un moment, j’ai besoin d’avoir la solution. Il me tarde d’avoir votre réponse. Vous pouvez passer me voir si vous voulez, ça ne me dérange pas, je suis là le soir, sauf quand je sors ou bien vous pouvez mettre un mot dans ma boîte aux lettres, moi ça me plairait bien, c’est comme vous préférez, mais cette fois, n’oubliez pas de signer !

 

A bientôt de vous lire,

Maïlys

***

  • Adressé à Louis :

Nice, le 21 janvier 2019
 

Bonjour Monsieur Louis,

 

On ne se connaît pas trop, on s’est à peine croisés, mais je me permets de vous contacter pour vous parler du tableau accroché dans l’entrée. Je dois avouer que cette affaire m’a bouleversé. Moi qui ne me suis jamais intéressé à l’art, j’ai découvert la beauté, la lumière, grâce à lui. Depuis, je cours les musées, c’est fou !

C’est une œuvre intéressante et énigmatique. Aussi intéressante et énigmatique que la citation qui, à mon avis, lui est associée. C’est justement son côté mystérieux qui me pousse vers vous. Il me plaît d’imaginer que cette mise en scène est une façon originale, pour un nouvel arrivant, de faire connaissance. Cela dit, ce n’est qu’une conviction intime qui voudrait être confirmée.

Et c’est pourquoi je vous écris, Monsieur Louis. Je n’ai pas osé vous aborder pour vous demander si, comme je le crois, vous êtes bien l’auteur de ce tableau et de la citation glissée dans les boîtes à lettres et j’attends avec impatience la réponse qui peut, si vous le souhaiter, advenir devant un apéro chez..
 

Marc hésite… Inviter le père Louis chez lui serait sympa, mais quelque chose le retient. L’homme l’impressionne. Il reprend sa lettre.

 

J’attends avec impatience votre réponse et serai ravi de faire plus ample connaissance avec vous.

Bien cordialement

Marc, votre voisin du 1er.

***

  • Adressé à Joseph :

LOUIS, locataire du 3è étage, pour Monsieur Joseph, la copie de la lettre que j’ai adressée à Monsieur Pierre et à Monsieur Lucien.

Monsieur Pierre

 

Suite à la citation que tous les résidents ont trouvée dans leur boîte aux lettres et le tableau qui agrémente joliment l'entrée de l'immeuble, je suppute que vous pouvez en être l'auteur. L'auteur du tableau, mais avec deux comparses car, comment une seule personne aurait pu l'accrocher incognito. Je pense que JOSEPH, travailleur dans le bâtiment doit être apte à poser une cheville et un piton en un temps record. Puis LUCIEN le concierge a guetté pour qu'aucune personne ne passe à ce moment-là.

J'écris la même lettre aux deux autres « suspects ». Si vous voulez en parler, je vous invite à boire un verre chez moi.

 

PS : Je m'intéresse à ces faits comme à un jeu, et cela me permettra la rencontre avec d'autres résidents.

Louis

***

  • Adressé à Eve :

Chère Ève,

 

Je me permets de te faire part d'un doute au sujet du tableau apparu dans le hall.

Tu m'as parlé récemment de la peinture Nail Art que tu accumules chez toi pour des tests professionnels.. Et ta découverte de la peinture chinoise, Zao Wou-Ki en particulier, qui t'a émue par sa pureté harmonieuse.. et son parcours de migrant, toi qui viens de Pologne..

Je sais que comme lui, tu adores la musique électro, spatiale..

Car j'ai souvent l'occasion d'entendre la danse frénétique de tes stiletto sur le plancher.. moi qui habite juste en dessous !

Je te soupçonne donc d'être à l'origine de cette nouvelle déco affichée dans le hall.. Un recyclage original et personnel de ton acrylique Nail Art, au son des Daft Punk.. ton groupe fétiche actuel, je crois ?

Dis-moi si mon intuition est bonne, ou si je me trompe.

Et si tu le veux bien, je peux te proposer d'autres compositeurs intéressants, comme Boulez ou Messiaen, qui composait en écoutant des chants d'oiseaux.

Il me reste aussi des encres de couleur et des pastels secs.. si tu veux te lancer !

 

Bien à toi..

 

Pierre

***

  • Adressé à Pierre :

LOUIS, locataire du 3è étage

Monsieur Pierre

 

Suite à la citation que tous les résidents ont trouvée dans leur boîte aux lettres et le tableau qui agrémente joliment l'entrée de l'immeuble, je suppute que vous pouvez en être l'auteur. L'auteur du tableau, mais avec deux comparses car, comment une seule personne aurait pu l'accrocher incognito. Je pense que JOSEPH, travailleur dans le bâtiment doit être apte à poser une cheville et un piton en un temps record. Puis LUCIEN le concierge a guetté pour qu'aucune personne ne passe à ce moment-là.

J'écris la même lettre aux deux autres « suspects ». Si vous voulez en parler, je vous invite à boire un verre chez moi.

 

PS : Je m'intéresse à ces faits comme à un jeu, et cela me permettra la rencontre avec d'autres résidents.

Louis

***

  • Adressé à Maïlys :

« Bonjour ! (ça au moins ça ne mange pas de pain et c’est toujours bien de dire simplement « bonjour »).

Je suis Olivier, votre voisin du deuxième étage, souvent absent mais néanmoins sensible à ce qui se passe dans l’immeuble depuis maintenant deux semaines.

Si je vous écris aujourd’hui c’est simplement parce que je vous sens à même d’avoir pu déposer ces messages dans nos boîtes aux lettres, et par là même d’avoir également orné le hall tristounet de notre « home » avec ce tableau mystérieux mais que je trouve empreint d’une grande sensibilité. Une fleuriste se doit d’aimer la nature et je vous imagine mettre dans vos compositions florales une part de fantaisie, de mystère et d’ingéniosité (cf. texte de Delacroix). Je n’arrive pas pourtant à deviner ce qui peut vous avoir poussée (s’il s’agit de vous) à ces actes surprenants au sein de notre copropriété. Un besoin d’éveiller la curiosité de chacun d’entre nous ? De réveiller notre attention en bousculant notre train-train au cours de la traversée du hall ? En tous cas je pense que cela va sûrement réunir quelques-uns d’entre nous avec les mêmes interrogations et suppositions. Doit-on s’attendre à une troisième « manifestation » ? Pour ma part je trouve ces évènements bien plaisants, même s’ils restent quelque peu mystérieux à mes yeux.

Il y a certes des « artistes » dans notre petite communauté, mais je ne penche pas pour que l’auteur de ces faits se trouve parmi eux. Je vais plutôt dans le sens d’un acte discret, portant sûrement un message que j’avoue ne pas encore capter.

Je compte sur votre réponse pour éclairer mes pensées. »

 

Olivier

***

 

  • Adressée à Lucien :

LOUIS, locataire du 3è étage, pour Monsieur Lucien, la copie de la lettre que j’ai adressée à Monsieur Pierre et à Monsieur Joseph.

Monsieur Pierre

 

Suite à la citation que tous les résidents ont trouvée dans leur boîte aux lettres et le tableau qui agrémente joliment l'entrée de l'immeuble, je suppute que vous pouvez en être l'auteur. L'auteur du tableau, mais avec deux comparses car, comment une seule personne aurait pu l'accrocher incognito. Je pense que JOSEPH, travailleur dans le bâtiment doit être apte à poser une cheville et un piton en un temps record. Puis LUCIEN le concierge a guetté pour qu'aucune personne ne passe à ce moment-là.

J'écris la même lettre aux deux autres « suspects ». Si vous voulez en parler, je vous invite à boire un verre chez moi.

 

PS : Je m'intéresse à ces faits comme à un jeu, et cela me permettra la rencontre avec d'autres résidents.

Louis

***

Nice, le 21 janvier

Bonjour Monsieur Lucien,

J’ai bien réfléchi avant de vous adresser cette lettre. Ma première intention était plutôt d’engager la conversation de vive voix mais il reste difficile de vous croiser dans cet immeuble et, de plus, la chose écrite me semble présenter l’avantager d’être pus réfléchie, moins sujette aux approximations.

Je souhaite vous parler de cet énigmatique tableau qui orne notre hall d’entrée. J’ai mené mon enquête, j’ai bien observé les locataires cette semaine et je crois avoir démasqué le coupable. »

« Coupable ? Tu y vas un peu fort ma fille ! "L’auteur des faits", ça ira mieux. »

« …et je crois avoir démasqué l’auteur des faits. Voici mon raisonnement.

Le billet anonyme en boites à lettres contenant la citation énigmatique du peintre Delacroix, puis la présence de la toile abstraite dans le hall portent naturellement à soupçonner Stéphane, étudiant à la Villa Arson, ou encore Pierre, l’artiste peintre de la maison. Mais vous conviendrez avec moi que leur niveau culturel est bien inférieur à l’érudition de la citation (pour vous en convaincre, écoutez-les discuter de vodka…). De plus, Pierre est plus familier des peintures réalistes (c’est lui qui avait apposé cette affichette annonçant la rétrospective Peder Mork Monsted aux Ponchettes).

J’ai un moment soupçonné d’autres… »

« Eh ! Nath ; oublie un peu ton Maigret ! Il n’y a pas eu mort d’homme, ici ! »

« J’ai un moment envisagé d’autres locataires aux penchants artistiques comme Olivier ou Maïlys. Notre fleuriste du premier semble plus préoccupée par ses coiffures en bouquets de fleur aussi extravagantes que ceux qu’elle expose en vitrine, et la perplexité affichée par tous deux en franchissant le hall les écarte tout net.

Imaginez-vous ma voisine esthéticienne se livrant à ce jeu de devinettes ? Tout cela est d’un style bien trop abstrait pour cette écervelée obsédée uniquement par son image, ne trouvez-vous pas ?

J’ai rapidement écarté Charles, trop investi dans la protection des dernières forêts du littoral pour consacrer de l’énergie à la chose artistique. De même pour Louis : ce n’est tout de même pas un retraité de la PJ qui poserait à son tour des énigmes ! Quant à Marc, on a certes pu lui reprocher ce poster lors du mondial de football mais le foot et le bistrot semblent être ses uniques passions.

Concernant nos 2 artisans, Joseph et Jérôme, quand voudriez-vous qu’ils s’amusent à inventer des énigmes alors qu’ils assurent des journées de travail sans fin ponctuées de dimanches tout en somnolence ?

L’éventail des suspects se resserre ! »

« Non, Nathalie ! Arrête de te prendre pour Maigret ou Sherlok holmes ! »

« L’éventail des possibilités se réduit ! Restent maintenant Judith, vous et moi-même.

Judith, suggérez-vous ? En effet, un écrivain ferait bien l’affaire mais méfions-nous des apparences. J’ai provoqué l’occasion de la rencontrer dans son appartement ; je peux vous dire que sa décoration laisse autant à désirer que ses tenues guindées et hyper-classiques ! Et de plus, elle ne produit que des écrits historiques (si vous en avez l’occasion -et le temps surtout !-, interrogez-la pas sur la période médiévale dans les hautes vallées provençales…).

Quant à moi, mon cher Lucien, »

« Tout doux, ma fille ! Ne vas pas faire croire que tu le dragues ! »

« Quant à moi, Monsieur Lucien, je ne suis pas en train de vous rejouer l’épisode où le coupable fait mine de mener l’enquête ! Je peux vous jurer que je ne suis pour rien dans cette affaire ; je n’apprécie ni Delacroix ni la peinture contemporaine (même si cette toile m’a bousculé les sens lundi dernier) ; pour tout vous dire, mes activités infographiques ne visent qu’à la restauration de films et photos anciennes.

Si vous avez bien suivi mon raisonnement, il ne reste plus sur la liste qu’un occupant de l’immeuble : vous-même, Monsieur Lucien. Comme je l’écrivais précédemment, méfions-nous des évidences : le Lucien bougon, toujours absent de sa loge, cache un autre Lucien, délicat et cultivé, qui s’est aménagé un atelier secret dans le local technique de l’immeuble. Malgré toutes vos précautions, j’ai pu observer votre manège secret ; je donne maintenant un autre sens à votre éternel « Le concierge est dans l’escalier ». Alors voici ma proposition : collaborons, Monsieur Lucien, persévérons ensemble dans les énigmes artistiques car tout cela a déjà provoqué bien des échanges plus ou moins furtifs entre les locataires et j’ai bon espoir de pouvoir bientôt proposer une fête des voisins.

S’il vous plaît, réfléchissez à ma proposition et répondez-moi vite. »

« Pourquoi, "vite" ? Au contraire, laisse-lui le temps de réfléchir, ma grande ! »

« S’il vous plaît, prenez le temps de réfléchir à ma proposition et répondez-moi.

Je compte sur votre discrétion ; la mienne vous est acquise.

Dans l’espoir de notre prochaine collaboration… »

« Non ; plus direct. »

« Dans l’attente de vous rencontrer pour mettre au point notre prochaine collaboration,

Cordialement,

Nathalie, du 3°. »

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Rédigé par Atelier Ecriture

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 28 Janvier 2019

Vous avez envoyé du courrier, mais vous en avez aussi reçu, et même une lettre anonyme !

Racontez vos réactions à la lecture de ces lettres et, si vous avez écrit à quelqu’un en particulier, rapportez-nous sa réponse – à rédiger vous-même, bien sûr – qui dément et expose :

- soit ses propres déductions et donc une autre piste.

- soit, s’il lui avait lui-même adressé la première lettre, les propos d’une tierce personne entendus lundi dernier pour suggérer une autre piste.

Il termine son message en lui donnant rendez-vous dans le hall lundi prochain à 17h.

Vous pouvez soit écrire une lettre ou mail de réponse pour intégrer un échange épistolaire à votre nouvelle, soit utiliser la parole rapportée.

 

Atelier : La parole rapportée

Quelques lettres...

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Rédigé par Atelier Ecriture

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 25 Janvier 2019

Jérôme rentre à la maison après une journée de travail. Comme tous les soirs, il vide sa boîte aux lettres. Une petite feuille tombe par terre, il la ramasse. Il y a un petit texte, apparemment une réflexion sur la peinture. Le nom Delacroix était apposé sous le texte.

Drôle de texte, se dit-il. Il ne sait pas quoi en faire, quoi en penser. D’ailleurs il n’en a pas envie. Ses deux garçons l’attendent. Il va jouer avec eux et contrôler leurs devoirs en attendant que sa femme les appelle pour qu’ils passent à table.

La nuit, il se réveille. Il repense au texte trouvé dans la boîte aux lettres. C’est certainement un de ces cinglés de peintres qui l’a mis là. On y parle de reflets et de transparence. Ça lui parle. En tant que carreleur, il était sensible à la beauté des choses, aux harmonies des couleurs bien choisies d’un intérieur. Parmi les carrelages il y avait des très beaux qui pouvaient mettre en valeur une pièce, une terrasse, un mur. Certains captaient la lumière, d’autres, mats, l’absorbaient. Le choix dépendait de l’effet recherché. Un carrelage mal choisi pouvait ternir les meubles les plus raffinés, les tissus les plus recherchés. Il se rendort, la tête pleine de nuances de couleur avec des reflets et de la transparence.

Une semaine plus tard, en entrant dans l’immeuble, il s’arrête net. Un grand tableau est accroché au mur. Il l’examine. Il l’aime. Des arbres, il pense. Des peupliers, élancés, élégants. Il les voit presque onduler dans le vent. Des couleurs tendres. La suite du petit mot de la semaine dernière ? Dans le texte, il y avait le mot chair, il s’était plutôt imaginé des corps, des corps de femme. La couleur chair, annoncée par le texte, est bien là, mais ses contours ne rappellent pas vraiment des corps. Non, ce sont des arbres. Il n’y trouve pas non plus des reflets. Par contre, la transparence, elle est bien présente. C’est peut-être elle qui donne cette sensation de bien-être, de sérénité qui se dégage du tableau.

Qui a pu mettre ce tableau là ? Jérôme est intrigué. Il monte dans son appartement, interroge Lucie, sa femme. Quand elle est rentrée, il n’y avait pas de tableau. Ils redescendent tous les deux, regardent le tableau.

  • Ce sera bien qu’il reste, dit Lucie. Il est très beau.

Jérôme sonne chez Lucien, le gardien. Personne ne lui répond. Il regarde sa montre. Bien sûr, Lucien a des heures fixes. A cette heure-ci, il ne se considère plus en service.

A table, toute la famille s’interroge. C’est Lucie qui a le dernier mot :

  • C’est certainement Stéphane, l’étudiant en beaux-arts, qui a peint et accroché le tableau. Il n’est peut-être pas très sûr de lui, c’est pour ça qu’il n’a pas signé son œuvre.

***

 

Jérôme X

Stéphane   3ème étage

 

Nice, le 21 janvier 2019


 


         Cher Monsieur Stéphane,

 

Il y a parfois des choses surprenantes qui se passent dans la vie.

Ainsi, il y a deux semaines, j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres un petit extrait d’un texte du peintre Delacroix concernant la peinture. Il y a une semaine, un tableau a été accroché dans le hall d’entrée de l’immeuble. On ne sait ni qui l’a peint, ni qui l’a accroché. Je pense qu’il s’agit d’une seule et unique personne. Je la soupçonne également avoir mis le petit mot dans les boîtes aux lettres que d’ailleurs tous les habitants de l’immeuble avec lesquels j’ai pu en parler ont reçu.

Ce petit mot m’a laissé quelque peu désemparé. Je ne suis pas un intellectuel et la peinture est loin de mes préoccupations quotidiennes. Mon épouse et moi aimons en revanche beaucoup ce tableau accroché dans le hall. Il habille ce mur d’un blanc ingrat et donne au hall d’entrée un cachet à la fois élégant et accueillant. Tout comme les autres habitants de l’immeuble, mon épouse et moi nous nous demandions qui a bien pu réaliser cette peinture si réussie. Après des longues et profondes réflexions et des discussions animées, il nous paraît le plus probable que ce soit vous. Nous supposons que par cette façon mystérieuse d’agir vous cherchez à attirer l’attention sur vous, tout en faisant connaître vos œuvres. Nous nous demandons même si vous n’avez pas procédé de la même manière dans d’autres immeubles.

En tant que carreleur, j’ai accès à des nombreuses résidences de très haut standing. Je pourrais vous aider dans la divulgation de votre œuvre. Ça nous ferait très plaisir, à mon épouse et moi, de pouvoir vous être utile et de servir ainsi la cause culturelle qu’est la vôtre. Mettez nous dans la confidence, nous vous soutiendrons. Nous garderons bien sûr le secret tant que vous le souhaitez.

Dans l’attente du plaisir d’avoir très bientôt de vos nouvelles, je vous prie de croire, cher Monsieur Stéphane, à toute ma considération qui s’adresse aussi à l’artiste que vous êtes.

Jérôme

2ème étage
 

***

Cher Jérôme,

Votre lettre me flatte. J’aimerais bien être l’auteur de ce tableau bien équilibre, qui sait créer en quelques lignes, quelques touches de couleur une atmosphère singulière. Malgré la simplicité apparente du tableau, il faut une bonne expérience pour fixer ainsi l’essentiel d’un paysage, d’une luminosité. Il me semble que ce tableau reflète même l’état d’esprit de son auteur qui nous montre ainsi le dehors, une forêt apparemment, et le dedans, une certaine mélancolie qui s’est emparée du peintre. Il faut de l’expérience pour s’exprimer aussi sobrement, et il me semble que cet œuvre ne peut émaner que de Pierre. Certes, il ne ressemble pas à ses autres tableaux. Mais tout comme le carreleur doit poser les carreaux qui plaisent à ses clients, même s’il les trouve affreux, le peintre qui veut vivre de son art doit, comme tout autre artiste d’ailleurs, s’adapter au goût des acheteurs potentiels.

Adressez-vous donc à Pierre. Ça me ferait plaisir si vous pourriez me tenir au courant des résultats de vos investigations.

Mes amitiés à votre épouse.

Bien cordialement

Stéphane

***

Je ne suis pas le seul à avoir pris la plume à cause de ce tableau. En plus de la réponse de Stéphane j’ai reçu trois lettres à son sujet. Deux d’entre elles ont apparemment été adressées à tous les habitants de l’immeuble. L’une a été écrite par Judith, qui a aménagé il y a quatre mois. Elle précise être peintre, alors que je la croyais écrivaine. On dirait qu’elle cherche à profiter de l’occasion pour faire plus ample connaissance avec ses voisins. C’est du moins ainsi que je comprends sa lettre qui n’est pas très claire. La deuxième lettre émane de Stéphane, qui demande en substance qui a peint le tableau. C’est curieux, car dans la réponse individuelle qu’il m’a adressée, il semble être sûr que c’est Pierre, le peintre anonyme. Je me demande maintenant de nouveau si ce n’est pas lui, l’auteur, et qu’il a envoyé la lettre circulaire pour faire diversion, pour éloigner les soupçons de lui.

Mais c’est surtout la troisième lettre qui m’intrigue. Elle est anonyme, mais très personnel. L’auteur se réfère à des conversations que nous aurions eues, apparemment des conversations philosophiques. Il mentionne aussi la pêche qui semble être une de ses passe-temps, il va jusqu’à écrire que nous avons pêché ensemble à Lampedusa. Je n’ai certainement pas le temps, ni surtout aucune envie, de débattre de l’existence de Dieu. J’ai fait de la pêche avec mon père, avant mon mariage, il y a bien longtemps. D’ailleurs, il paraît qu’on n’attrape plus rien. L’auteur s’est soit trompé de destinataire, soit il est fou. Je penche plutôt pour la deuxième hypothèse, puisque si ce qu’il écrit était exact, je saurai qui a écrit cette lettre et il serait donc absolument inutile et, il me semble malpoli, de ne pas la signer. A moins que ce ne soit un stratagème, assez grossier, pour apprendre la vérité sur le tableau.

Je reste donc dubitatif, mais j’ai compris une chose : ce tableau intrigue tout le monde. J’ai d’ail-leurs appris qu’une réunion de tous les habitants va se tenir lundi prochain, à 17 : 00 heures, dans le hall de l’immeuble.

J’arrive dans le hall d’entrée avec 20 minutes de retard. Un problème de carrelages, bien sûr. Les habitants de l’immeuble sont déjà là. Par contre, le tableau a disparu. Une certaine effervescence règne. Tout le monde parle avec tout le monde, ou disons plutôt que tout le monde parle, personne n’écoute. Mon voisin, Olivier, s’approche de moi pour me dire :

  • Vous avez vu les citations ?

Qu’il me montre du doigt au même moment. En effet, à la place du tableau, il y a une feuille blanche. Je m’approche pour lire ce qu’il y a écrit dessus. J’entends quelqu’un dans mon dos dire :

  • Il sait lire, Jérôme ?

Je ne me retourne pas, je n’identifie pas la voix, je ne veux pas savoir. Il faut passer un diplôme pour être carreleur, il faut bien savoir lire. Il faut connaître les différentes techniques de carreler un sol, un mur. Il faut connaître les matériaux utilisés. Il faut conseiller les clients. Les convaincre, si possible, de dépenser un peu plus que ce qu’ils ont prévu au départ. Puis, on se bousille les genoux à force de travailler pour les autres. Mais dans mon métier, il n’y a pas de chômage. Ce qui me console, ce que parmi tous mes voisins, coté revenues, je crois que je suis plutôt bien placé. Voici que j’entends une autre remarque. Sur mon manque de sens artistique, je crois. Je n’ai pas bien compris. Je ne sais pas ce qu’ils ont comme carrelages dans leurs appartements. Certainement des premiers prix.

Sur la feuille blanche il y a deux citations. La première sur la vérité, la deuxième sur l’avis donné. J’apprécie la modestie du deuxième auteur qui s’appelle Michel Montaigne. Je ne sais pas quoi penser de la première. Encore un truc d’intellectuel. Ça, c’est vrai, je ne le suis pas.

J’observe mes voisins. Qui a peint le tableau ? Qui est l’auteur de cette mise en scène ? Personne n’a un comportement suspect. D’ailleurs, un comportement suspect, dans ce cas, ça ressemblerait à quoi ? Bêtement je demande à Nat qui se trouve à côté de moi :

  • Ça fait longtemps que le tableau a disparu ?

  • Quand je suis partie pour la fac, vers 14:30 h, il était encore là.

Pierre s’approche de nous.

  • Nat est la dernière à avoir vu le tableau.

  • Donc, c’est elle qui l’a pris, réponds-je pour plaisanter.

Nat éclate de rire.

  • Je ne l’aimais pas, ce tableau.

Je me demande quel est le sens de tout ça. Une première citation sur la peinture et un tableau, il y a là une certaine cohérence. Mais ces deux dernières citations ? Quel rapport ? Est-ce que quelqu’un a effectivement volé le tableau et mis les citations pour faire diversion ? Est-ce quelqu’un a enlevé le tableau pour que le peintre se démasque ?

Je scrute encore les expressions, les postures de mes voisins. Personne ne semble vouloir se démasquer. Tout le monde est excité, mais personne n’a l’air catastrophé. Il reste donc la troisième hypothèse. Celui (ou celle) qui a accroché le tableau l’a aussi enlevé. Mais quel rapport avec les citations ? Les contes de fée, la seule vérité. Le peintre veut-il dire qu’un beau tableau dans le hall d’un immeuble bien modeste, dans un quartier qu’on appelle justement des quartiers, c’est un conte de fée ? Il est vrai, mais seulement le temps qu’il dure. La deuxième citation, mon avis ? Peut-on remplacer l’avis par le tableau ? Je donne mon tableau non comme étant bon, mais comme mien. Non, ça ne colle pas, puisque le tableau est anonyme. Quoique, on peut donner un avis anonymement, et un tableau aussi, la preuve est là.

Tout le monde parle toujours, émet des hypothèses, On n’avance pas. Je vais rentrer dîner. Je cherche ma femme Lucie du regard. Tiens, elle n’est pas là. Je n’avais pas encore remarqué son absence. A ce moment, elle sort de l’ascenseur, s’avance dans le hall et dit timidement :

  • C’est moi qui ai peint le tableau.

Je reste bouche bée. Je n’aurais jamais cru ça. Je vais monter chercher une bouteille de champagne. Non, il en faut deux. Trois, c’est encore mieux.

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Rédigé par Iliola

Publié dans #Ecriture collective

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