ecologie et environnement

Publié le 14 Décembre 2018

Claire se réveilla en plein nuit. Il pleuvait encore, elle l’entendait. Quelle heure pouvait-il être ? Soudain, une sensation d’angoisse s’empara d’elle. Quelque chose n’allait pas. Elle était couchée là, tous les sens en alerte. C’était le bruit. Un bruit sourd emplissait l’air. C’est ce bruit qui avait dû la réveiller, qui lui serrait le cœur. Il augmentait, devenait plus épais, plus menaçant. Elle entendait aussi des cris. Des cris pressants d’hommes qui donnaient des ordres. Leur voix devenaient plus aiguës, plus urgentes, elles perdaient tout contrôle. Maintenant, il y avait aussi des cris de femmes, d’enfants. Des cris de panique, de désespoir, de douleur, de peur. Le bruit de fond, celui qu’elle avait entendu en premier, était devenu puissant, rugissant. Il couvrait presque les voix. C’était le bruit de l’eau, elle comprenait enfin. Puis, il y avait aussi le bruit d’objets qui s’entrechoquaient, qui tombaient, qui se cassaient.

Elle était comme paralysée, hypnotisée par tout ce vacarme. Elle y prêtait toute son attention, cherchant à comprendre. Elle se mentait à elle-même, elle avait déjà compris. La rivière était sortie de son lit, elle s’était transformée en torrent, qui charriait avec elle tout ce qui se trouvait sur son chemin.

Voici un nouveau petit bruit. Un clapotis tout près. Mais il n’y a pas … Elle cherche l’interrupteur, le trouve, mais rien ne se passe, juste un petit clic. Elle essaie de voir dans le noir, à transpercer la nuit à la force de sa volonté. C’est la pleine lune, mais le ciel est certainement plein de nuages épais.

Un peu de lumière vacillante vient soudain de dehors. Quelqu’un doit agiter une lampe. Elle décide de se lever, s’assoit sur le bord du lit. Ses pieds plongent dans l’eau. Elle est froide. Vivement, elle les retire, se recroqueville en position assise. Elle voit maintenant mieux. Ses pantoufles flottent. C’est presque comique. Elle réalise que l’eau monte vite, qu’elle doit se sauver. Mais vers où ? L’eau est certainement passée sous la porte, un petit tourbillon s’est formé devant. Il y en a trop maintenant pour qu’elle puisse en voir le chemin. L’eau entre aussi par les fenêtres. C’est la pluie, une pluie diluvienne, elle le constate avec soulagement. Elle ne peut pas sortir par la porte, c’est exclu. Par la fenêtre ? Mais que l’attendra dehors ? Elle sait nager, mais une rivière, quand elle se gonfle, quand elle envahit tout, est très rapide, très puissante. On ne peut pas lutter contre le courant qui l’amènerait où il voudra. Contre l'un des piliers en métal, peut-être, qui soutiennent le pont un peu plus bas, comme elle l’a vu hier. Il faut qu’elle monte, qu’elle se sauve par le haut. L’eau ne va quand même pas monter au deuxième étage.

En fait, il n’y a pas de deuxième étage. L’escalier aboutit sur une trappe étroite. Elle essaye de l’ouvrir. La trappe bouge un peu, elle n’est donc pas fermée à clé. Claire y met alors toute sa force, pousse en expirant. La trappe s’ouvre un peu et retombe. Claire reprend son souffle, se concentre sur ses muscles, se tient bien droite, bien en équilibre sur ses deux jambes bien calées. L’eau monte inexorablement. De toutes ses forces, elle pousse. La trappe s’ouvre. Claire maintient la pression, ne lâche rien, pousse encore. La trappe bascule, s’abat lourdement sur le toit plat, l'emportant avec elle. Trempée de la tête aux pieds, à genoux, elle se retrouve à l’air libre. Elle entend le bruit d’un hélicoptère, se met débout, fait des grands signes. Elle a été vue. L’hélicoptère fait un tour, s’immobilise. Une échelle tombe, une tête dépasse de la fenêtre.

- Vous y arrivez toute seule ?

- Oui, crie-t-elle.

Encercle l’échelle de ses mains, se cale avec ses coudes pour ne pas glisser. Doucement, monte l’échelle qui balance, s’y cramponne. Des mains attrapent ses bras, la hissent dans l’hélicoptère où elle s’effondre sur le sol. Claire, entend-t-elle, vous ici ? Elle lève les yeux ; Shalini, toute aussi trempée, la regarde. Elles s’étaient vues deux jours plus tôt. Claire, journaliste, était venue au Sri Lanka pour faire un reportage sur l’interdiction du glyphosate. Shalini, la présidente du syndicat des planteurs de thé, lui avait accordé une interview. Une déception amère attendait Claire, puisqu’elle apprenait alors que l’interdiction du glyphosate avait été levée pour le thé et l’hévéa.

  • La culture du thé est impossible sans l’utilisation du glyphosate, lui expliqua Shalini. Les ouvriers agricoles qui arrachent les mauvaises herbes se font mordre par des serpents. En plus, ils coûtent beaucoup trop cher. Le Sri Lanka subit ainsi un préjudice concurrentiel grave par rapport aux autres pays exportateurs de thé. Le gouvernement a finalement pris la sage décision d’autoriser l’utilisation du glyphosate pour la culture du thé.

  • Mais, la vente du thé sri-lankais, n’a-t-elle pas augmenté suite à cette mesure écologique ?

Shalini regarda Claire avec étonnement, qui précise alors :

  • Dès que j’avais appris par les médias que le Sri Lanka avait interdit le glyphosate, je n’ai plus bu de thé d’autres provenances. Etais-je la seule à agir ainsi ?

  • Notre chiffre d’affaires n’a pas augmenté suite à l’interdiction.

  • Je m’en doutais ! C’est pour ça que je suis venue faire ce reportage, pour sensibiliser tous les buveurs de thé.

Entre-temps, l’hélicoptère a atteint sa destination, un grand hôtel situé sur une colline, loin de la rivière en furie. Il se pose sur le toit de l’immeuble. Une héligare y avait été aménagée pour les clients fortunés ou pressés qui pouvaient ainsi échapper aux embouteillages entre l’aéroport et l’hôtel.

Les nouveaux arrivants n’étaient pas les premiers réfugiés du climat. Le hall, les couloirs, les restaurants, le bar, tous les endroits abrités étaient remplis de gens trempés jusqu’aux os. Certains avaient commencé à enlever une partie de leurs vêtements, les hommes les moins pudiques se trouvaient en slip, tous cherchaient un endroit où sécher leurs affaires. Les serviettes de l’hôtel circulaient. Elles passaient d’un naufragé à l’autre. Frissonnants, ils se séchaient la peau, les cheveux aussi bien que possible. Claire faisait pareil. En pyjama, comme un certain nombre parmi eux, impossible d’enlever quoi que ce soit. Elle s’était assise à même le sol dans le grand hall, coincée entre un homme d’affaires dans un costard fait sur mesure complètement trempé et une Sri-Lankaise avec son bébé. Elle le berçait, lui disait des mots doux. Elle l’avait enveloppé dans l'une des serviettes moelleuses de l’hôtel. Les yeux de Claire tombèrent sur une affiche annonçant la projection, le soir précédent, du dernier film avec Al Gore, « Une suite qui dérange : le temps de l’action », en présence de ce dernier.

Claire se lève, se dirigea vers l’accueil. Il faut y aller au culot, se dit-elle.

  • Bonjour, j’ai rendez-vous avec M. Gore. Pourriez-vous m’indiquer le numéro de sa chambre ?

  • Vous êtes ?

  • Je suis journaliste. Je suis venue au Sri Lanka pour faire un reportage sur l’interdiction du glyphosate. Hier après-midi, j’ai téléphoné à Monsieur Gore. Il était très intéressé par mes articles, on devait se voir après la projection de son film, les intempéries m’ont empêchée d’être à l’heure.

Le directeur de l’hôtel s’était approché d’eux. Quand il regarde le pyjama de Claire, elle perd tout espoir.

  • Je suppose que ces mêmes intempéries vous ont empêchée de prendre vos papiers, dit-il avec une pointe d’ironie dans la voix.

  • En effet... (quoi répondre d’autre ?)

  • Je vais voir ce que je peux faire, dit-il en s’éloignant.

Elle lui court derrière, lui donnant son nom. Serait-il possible qu’Al Gore ait entendu parler d’elle ?

Quelques minutes plus tard, le directeur revient.

  • M. Gore va vous recevoir. Suivez-moi.

L’ascenseur marche encore. Dans ces hôtels de luxe, le temps n’est pas le même. Al Gore a les traits tirés, la mine grave, mais il accueille Claire avec un sourire.

  • Vos articles, tout comme les travaux de nombreux autres chercheurs et journalistes, m’ont permis d’écrire mes livres et de réaliser mes documentaires. Je vous en remercie. Comme vous pouvez le constater vous-même, le Sri Lanka connaît des inondations de plus en plus violentes, de plus en plus meurtrières. Les tempêtes actuelles ont déjà fait 14 morts connus, mais l’épisode n’est pas terminé. Le mois dernier, de fortes pluies de moussons ont tué 43 personnes. Au printemps 2017, 196 personnes sont mortes, la plupart dans des glissements de terrain, et 93 portées disparues. Des inondations meurtrières ont lieu presque tous les ans, les plus importantes en 2011 et en 2003. Je suis venu personnellement au Sri Lanka parce que la situation est ici encore plus dramatique qu’ailleurs. Ici, on réalise que l’augmentation de la température moyenne n’est pas la seule manifestation du changement climatique. Elle entraîne des catastrophes dont nous avons ici un exemple tristement saisissant. Il faut que nous nous battions ensemble pour que les populations du monde entier comprennent que l’on ne peut pas continuer comme si de rien n’était. Il faut les convaincre de changer leurs habitudes avant qu’il ne soit trop tard. Voulez-vous m’aider ?

  • Certainement, Monsieur Gore. Vous pouvez compter sur moi, mais je crains de ne pas y arriver toute seule. Ne voulez-vous pas venir en France, pour y présenter aussi votre film personnellement ? Je préparerai votre venue.

  • Avec plaisir Mademoiselle, avec grand plaisir.

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Rédigé par Iliola

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Publié le 12 Décembre 2018

  • TANKA

 

Ses lèvres sont rouge sang

son regard si apeuré

taureau dans l'arène

partir, partir avec elle

loin de tant de cruauté

  • GHAZAL

 

 

 

 

 

 

Toute petite chose fragile et pleine d'espoir

si forte et si gracile comme un espoir

 

la vie dans ce monde aride et si sec

telles les vagues sur une île voguent vers l'espoir

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Rédigé par Leslie

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Publié le 12 Décembre 2018

  • TANKA

 

 

 

La Corne féroce

objet de tous les désirs,

poudre d'Aphrodite..

Insatiable carnage, pour..

braconnier libidineux !

 

 

Un Tigre en cavale..

Plus de forêt au Bengale,

reste le regard..

Respecter la majesté

Et choyer diversité !

 

La nuit étoilée

qui secrète le mystère,

envahit le temps..

Comment avancer ensemble

sur le chemin du destin ?

 

 

 

Poubelle de l'âme

muée en houle aquatique,

écume saumâtre..

Comment nager l'esprit libre

dans une marée plastique..?

  • GHAZAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la sphère tragique, cruelle absence,

Canopée mélancolique, trouée d'absence..

 

Carapace maculée se glisse et s'agite..

Randonnée aquatique en cercle d'absence,

 

L'océan lancinant recueille et grimace

le diaphane plastique, apôtre de l'absence.

 

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Rédigé par Nadine

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Publié le 11 Décembre 2018

  • TANKA

 

Tel un animal

Sauvage, je suis, mon frère

Menacé toujours

Quelle tristesse est la mienne

Pourquoi tant de haine, dis moi !

 

Où suis je, la glace

S'en va au loin disparaît

Mes enfants venez, venez

Chauffons nous, le soleil rit

Un phoque vient attrapons le !

 

  • GHAZAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Noire est la nuit, des bavardages incessants

Et mi-morts sont les arbres, ravages incessants

 

Feu orangé, réveil sauvage de la vie

Soleil réchauffe nos cœurs, nuages incessants

 

La forêt se réveille, les animaux sont mourants

Maudite soit la vie au courage incessant

 

Et le lion dort d'un œil, son cerveau en éveil

Son rêve est brutal, rugissements, cris incessants.

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Rédigé par Dominique

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 11 Décembre 2018

  • TANKA

 

 

 

 

 

 

Étendue bleutée

Au delà de l’horizon

Au parfum iodé

Les vagues me reposent

Chants que le vent fait varier

 

Il était libre

Ses ailes sont mazoutées

Il est prisonnier

Inconscience des hommes

Qui détruit la nature

 

La main dans la main

Vers l’horizon du monde

L’espoir c’est demain

Refleurira la rose

Mignonne allons la voir

 

  • GHAZAL

 

 

 

 

Ghazal « sous le ciel étoilé »

 

Comme une page d’écriture sur le ciel étoilé

Ils s’élèvent dans la nature sous le ciel étoilé

 

Ils sont géants et pourtant si fragile

Un feu une simple brûlure ils disparaissent sous le ciel étoilé

 

Comme un enfant un bébé assis au milieu des arbres

Je respire leur parfum c’est ma nourriture sous le ciel étoilé

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Rédigé par Bernard

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 11 Décembre 2018

  • TANKA

 

 

Usines polluantes

Pour la croissance, le progrès

Air irrespirable

Tel est le prix à payer

N’est-il pas trop élevé ?

  • GHAZAL

 

La fumée est partout de la pollution industrielle

Elle nous rend malade surtout la pollution industrielle

 

Elle s’empare de nos poumons, de nos cerveaux, de notre chair

Elle veut s’insinuer partout, la pollution industrielle

 

Inhaler ses particules, prix de la surconsommation

Il y en a sur tout, de cette pollution industrielle.

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Rédigé par Iliola

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Publié le 10 Décembre 2018

  • TANKA

 

Orage en approche ;

le ciel étincelle en gris,

la tornade hurle.

Est-ce le cri de la fin

dans ce monde réchauffé ?

 

 

Les bêtes sauvages

s’éparpillent sur le mur ;

elles n’existent plus.

Quel regret au fond de l’âme

pleure leur disparition ?

 

Dans l’océan bleu

poubelles, plastiques dérivent ;

la sirène meurt.

Et le rêve s’est enfui

de nos contes et légendes.

 

 

 

Lueur rougeoyante ;

dans la forêt l’incendie

ne laisse que cendres.

Le temps effacera-t-il

les cicatrices brûlantes ?

  • GHAZAL

 

 

 

 

 

 

Le gris, la pluie, marasme du climat

Là-haut du bleu, fantasme du climat

 

Saisons à la dérive, réchauffement

Tornades, ouragans, spasmes du climat

 

Albiréo éteinte, ciel endeuillé

Les tempêtes, sarcasmes du climat

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Animaux du monde du sauvage

Traque sur la ronde du sauvage

 

Déforestation, braconniers

Douleur qui gronde du sauvage

 

La madeleine pour appât

Lâche la bonde du sauvage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mer immensité d’azur

Le ciel en densité d’azur

 

Plastiques, cannettes à la dérive

Vagues noires, cécité d’azur

 

Made in partout la pollution

Fléau excité sous l’azur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le bois, la nature en danger

Le monde immature en danger

 

Le feu enflamme la forêt

Cri dans la brûlure du danger

 

Une madeleine ravivée

Pleurs dans la morsure du danger

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Rédigé par Mado

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Publié le 10 Décembre 2018

  • TANKA

 

Miroir de la pluie

Sous sa démarche lente

A l’abri de l’averse

Promenade solitaire

Afin d’y voir plus clair

 

Iris blanc colérique

Surplombant la nature

Image hallucinante

Revanche sur les humains

Qu’en sera-t-il demain ?

 

Jaillies du néant

Repoussant la terre hostile

Des tiges ont grandi

Bouffée de chlorophylle

Vainqueur de la nature

 

 

 

 

 

 

GHAZAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout le long du rivage silhouette immobile

S’attardant sur la plage silhouette immobile

 

Ourlet meringué de la vague en fin de vie

Regardant vers le large silhouette immobile

 

L’Estérel s’est embrasé, bélugue éphémère,

Un arrêt sur image, silhouette immobile

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Rédigé par Bernadette

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 10 Décembre 2018

Trois frères. Pas inscrits sur le même livret de famille, mais les liens qui les unissaient dataient des bancs de leur première journée d’école. Ils avaient grandi ensemble, partagé mille expériences et morceaux de vie. Soudés à jamais. Et même l’éloignement physique dû à leurs métiers respectifs n’avait pas pu les disperser. A l’approche de la quarantaine, ils avaient fomenté le projet de partir quelques semaines en VTT, accompagnés de leurs seules tentes et sacs de couchage et de quelques nourritures.

Il y avait Michel, ingénieur de son état, avec dans la tête dix idées à la minute. Puis Jean-Marc, à la fois pragmatique de par son boulot de logisticien et timoré par son peu de connaissance de la nature. Et enfin Olivier, rêveur indécrottable, pour qui tout était possible tellement son imagination prenait le dessus sur la réalité des choses.

Ils étaient donc partis, bien chargés, en direction de la Vallée Haute et, après cette première journée, ils avaient monté leur campement sur un alpage après avoir franchi un ultime verrou refermant une partie de la vallée.

Un grondement sourd se fit entendre alors que Jean-Pierre s’affairait devant le réchaud. Puis le bruit de quelques rochers qui s’étaient détachés de la falaise qui les surplombait. Rien d’inquiétant pour le moment. C’est courant en montagne ces mini-éboulements.

Dans la demi-heure qui suivit, le ciel s’obscurcit brutalement et un vent glacial se mit à souffler. Un orage. Ça aussi c’est banal en montagne en fin de journée. Mais bientôt, des trombes d’eau se déversèrent sur le camp. Les éclairs illuminaient leurs visages hallucinés par la soudaineté et la violence de cet orage. Le vent forcit encore et emporta une des tentes. Ils avaient du mal à rester debout, occupés qu’ils étaient à rassembler leurs affaires. Dans un craquement sinistre, un sapin s’effondra, touché par la foudre. Le campement baignait maintenant dans une immense flaque d’eau, un marécage dans lequel la deuxième tente affaissée avait triste allure. L’eau déversée par cet orage d’une rare violence ne pouvait plus être absorbé par le sol qui la vomissait.

Ils se résignèrent, alors que la clarté du jour déclinait, à se hisser sur un promontoire rocheux au-dessus des restants de la deuxième tente, hissant simplement leurs sacs et abandonnant leur matériel et leurs vélos. A ce moment précis, dans un grondement de chocs rocheux, une énorme vague, un flot épais dévala du haut de la vallée. Le barrage avait, semble-t-il, lâché et son contenu était en train de dévaler entraînant sur son passage des troncs et des rochers qui venaient chacun à leur tour boucher peu à peu le verrou franchi quelques heures auparavant.

Les trois amis regardaient, impuissants, ce déchaînement des éléments naturels. Bien évidemment, leur campement était à présent totalement détruit. Recouvert par les flots, leur matériel et leurs vélos avaient été broyés au milieu des troncs d’arbres et des rochers. Il semblait que le lac artificiel d’altitude s’était déplacé 300 mètres plus bas et le niveau montait peu à peu, transformant ce plateau idyllique quelques heures auparavant en une étendue d’eau gigantesque.

Aucune parole échangée. Tous les trois étaient devenus muets, statues figées, témoins de la colère de la nature.

Le calme revint lorsque le débit de l’eau diminua. Le lac était vidé. La pluie baissa d’intensité, un orage ne dure jamais plusieurs heures... Le silence reprit sa place, interrompu par quelques craquements isolés qui se faisaient entendre de plus en plus rarement.

Ils étaient trempés. Grelottants, ils reprirent peu à peu leurs esprits. Ils n’avaient pas vraiment le choix pour la suite de leur aventure… Il faisait maintenant nuit noire. Ils se recroquevillèrent comme ils purent dans un coin de rocher et glissèrent leurs pieds dans leurs sacs à dos. Il fallait passer quelques heures ainsi, jusqu’à ce que la première luminosité de l’aurore apparaisse. A ce moment-là, il leur fallait tout simplement repartir, quitter ces lieux. Les regards qu’ils échangeaient parlaient pour eux. Ils se secouèrent et commencèrent à marcher à flanc de montagne. Chacun pensait à ce à quoi ils avaient échappé, loin de leur cocon familial, loin de leur environnement quotidien.

Mais pour le moment, une longue matinée de marche les attendait. Et si les hommes restaient silencieux, c’était parce qu’ils avaient largement matière à réfléchir et beaucoup à se rappeler.*

 

*Phrase empruntée au roman Fahrenheit 451 de R. Bradbury.

 

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Rédigé par Bernadette

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Publié le 10 Décembre 2018

Depuis toujours il marchait. Du moins, c’est ce qui se disait dans ces montagnes. Louis avait-il jamais été bébé rampant à quatre pattes ? Nul ne s’en souvenait. Depuis toujours il marchait. Sans autre but que le bonheur de marcher, de s’enivrer du spectacle des montagnes et du chant des oiseaux.

Alors naturellement, à l’âge adulte, il devint marcheur professionnel. Il marchait, été comme hiver, écrasé de soleil ou inondé de pluie, poussé par le vent léger ou luttant contre la tourmente. Il marchait, le visage illuminé de son sourire immense ; et la sacoche au côté. En début de tournée, elle pesait sur son épaule, du poids de tous ces messages à délivrer ; mots d’amour et de ruptures, complaintes et compliments, factures et héritages, fortunes et banqueroutes, deuils et naissances, maladies et guérisons… un concentré de la vie des humains sur Terre. Pour un facteur, comment discerner les bonnes des mauvaises nouvelles ? Il y avait bien des indices, parfois, selon l’écriture, l’expéditeur ou la décoration de la missive, mais en règle générale le porteur de nouvelles ne savait deviner s’il apportait joie ou détresse au destinataire. Alors, lui, il avait choisi : le sourire immense, le bonheur affiché, la compassion et la bienveillance érigées en principe.

Louis marchait. Chaque jour la même boucle, les mêmes chemins, les mêmes sous-bois, les mêmes grimpettes vers les cols, les mêmes sources rafraîchissantes, les mêmes escarpements rocheux, les mêmes descentes vers les hameaux reculés et les chalets isolés. Louis marchait, bercé par la musique de ses compagnons de route, ses amis à plumes qui toujours accompagnaient ses pas. Les habitants avaient noté que, curieusement, les oiseaux semblaient annoncer le passage du facteur : leur chant s’amplifiait à son approche et il n’était pas rare qu’un attroupement de volatiles accompagne sa silhouette. Les montagnards suspendaient alors leurs travaux et observaient attentivement le messager dans l’espoir d’un courrier. Pour Louis c’était chaque jour le même bonheur d’être attendu et accueilli comme le Messie, lui qui ne faisait que marcher pour son propre plaisir en compagnie de ses amis volants. Il avait toujours un mot gentil pour accompagner une remise de courrier et si d’aventure il n’avait rien à distribuer à un villageois dans l’attente, il s’en excusait par son rituel « Rien pour vous aujourd’hui ; demain peut-être. ». Chaque jour le même parcours ; mais chaque jour différent. Louis était passé maître dans l’art de relever les variantes. Une couleur de ciel peu ordinaire, un nuage étrange, un brouillard épais, une tache de coquelicots nouveaux, une mousse naissante sur la roche aride, une pluie plus abondante que d’habitude. A défaut de tenir un journal écrit, il gravait ces anecdotes dans sa mémoire.

Sur un coup de cœur, Louis avait choisi d’habiter un chalet d’altitude isolé, isolé surtout de l’agitation futile des hommes dans les villes et les vallées. Il y vivait quasiment en autonomie, savait quérir l’essentiel de sa nourriture dans la nature, cultivait des légumes de saison et élevait quelques bêtes en complément. Louis avait assez peu à faire avec le reste de l’humanité, mis à part la distribution du courrier. Ses visites se limitaient au passage de rares randonneurs. Et de Petit Pierre.

Chez lui au cœur de la montagne, entre deux tournées, Louis pouvait librement s’abandonner à la contemplation. Il aimait rester des heures à observer le ciel et la vie de ses habitants : émouvantes nuées mouvantes des étourneaux, chassés-croisés des hirondelles, ballets planés des balbuzards, choucas, faucons ou encore, les jours de chance, du gypaète barbu, son préféré. Et il savait s’emplir les sens de leurs musiques : le sifflement strident du rapace en altitude, le jacassement des corneilles, le concert des étourneaux ponctué des cris d’hirondelles, la mélodie des merles. Louis les avait si bien écoutés qu’il était devenu capable d’imiter bien des chants d’oiseaux. Pendant ses tournées solitaires, il avait pris le pli de siffler en marchant, lorsque l’effort le lui permettait et que personne alentour ne pouvait remarquer son manège ; c’était son petit secret. C’est pourquoi il était accompagné de volatiles des montagnes avec qui il conversait à sa manière, à l’abri des regards. Louis suspendait ses dialogues à l’approche des zones habitées ; personne ne savait pourquoi il était accompagné par les oiseaux, sauf Petit Pierre.

Petit Pierre vivait au hameau proche du chalet de Louis. C’était un enfant de la montagne, curieux de tout, dégourdi comme tout, qui se construisait au contact de la nature. Il préférait toujours bâtir un barrage éphémère dans un torrent, monter un poste de guet dans un arbre ou encore rester à l’affût d’une marmotte plutôt que de jouer au ballon ou à la guerre comme les garçons de son âge. D’ailleurs, il n’y avait pas d’autres garçons de son âge au hameau. Petit Pierre adorait la montagne et la marche, du moins autant que ses petites jambes le lui permettaient ; chaque jour, il accueillait Louis avec tout son bonheur innocent et il l’accompagnait un moment sur les sentiers, un moment seulement, jusqu’à ce que le facteur lui ordonne gentiment de rebrousser chemin. Petit Pierre s’aventurait fréquemment jusqu’aux abords du chalet de Louis, tapi derrière un arbre ou un rocher, tous les sens aux aguets, fasciné par l’observation de celui qu’il avait surnommé « le Siffleur ». Louis faisait mine de ne pas remarquer sa présence et poursuivait ses conversations avec les oiseaux. Louis devait bien reconnaître dans son for intérieur que parfois il attendait la visite discrète de l’enfant.

La vie coulait ainsi dans les hauteurs. Mais les hommes des vallées prolongèrent les routes jusqu’aux hameaux reculés et Louis atteignit l’âge où l’on cesse de travailler. Il fut donc chaleureusement remercié pour ses bons et loyaux services, et remplacé par un agent au volant d’un véhicule tous terrains. Les habitants furent invités à retirer eux-mêmes leur courrier déposé dans des boites à lettres flambant neuves installées au cœur des hameaux ; et pour ce qui concernait les colis et autres recommandés, le bureau de poste de la vallée était à la disposition de la population. C’était moderne, économique, rationnel et justifié par la raréfaction du courrier ; c’était ainsi et pas autrement.

Les montagnards furent donc condamnés à ne plus recevoir la visite de Louis, annoncée par les chants de ses compagnons de route, au grand dam de Petit Pierre qui se retrouvait subitement privé des passages enchanteurs du facteur. Plus de facteur, plus de sourire bienveillant. Plus de facteur, plus de musique. Plus de facteur, plus de gaieté. Place au spleen et au repli sur soi. Peu à peu, les habitants manquèrent d’entrain dans leur quotidien, ils se blessaient aux travaux plus que de raison, des disputes éclataient entre voisins, pour un rien, les soucis quotidiens prenaient des proportions calamiteuses, les petits maux de saison tournaient en maladie. Même le climat décidément plus clément paraissait maussade, désagréable ou trop clément, justement. Rien n’allait plus dans les hauteurs et plus d’un montagnard songeait à descendre vivre en vallée, dans la vallée agitée, anonyme et exiguë, mais moderne et confortable, promesse de remède à tous les maux.

Dans son chalet isolé au cœur de la montagne, Louis profitait de son temps libre pour observer et converser à l’envi avec les oiseaux. Bien sûr, les tournées lui manquaient, en particulier pour l’accueil chaleureux des montagnards. Et pour l’exercice physique. Alors bien souvent, il repartait sur les sentiers, un peu comme avant. Mais les choses avaient changé. Si personne ne manquait l’occasion de lui lancer un salut amical ou simplement poli, Louis sentait bien qu’il n’était plus attendu comme le Messie ; il remarquait chaque fois un peu plus les changements d’humeur de la population. Et puis, à y bien réfléchir, la montagne avait changé peu à peu, insidieusement. A quand remontait la dernière tache de coquelicots nouveaux ? Ou la mousse naissante sur la roche aride ? Depuis quand n’avait-il pas franchi un col envahi de brouillard épais ? La pluie n’était-elle pas plus rare qu’avant ? Et les sources qui jalonnaient son chemin, n’étaient-elles pas en train de se tarir une à une ? Là-bas, dans les villes, on parlait de « réchauffement de la planète » et de « dérèglement climatique », sans trop savoir ce que cela signifiait mais, pour lui, c’était bien concret dans son quotidien et cela l’attristait ; parfois, il se sentait vieux, en décalage avec ce monde qu’il peinait à comprendre.

Tout cela n’avait pas échappé aux observations attentives de Petit Pierre. Le garçon accueillait et accompagnait le facteur comme avant et se rendait au chalet isolé pour ses visites discrètes plus souvent que par le passé. Louis était émerveillé par ce garçon qui lui rappelait sa propre enfance. Petit Pierre savait reconnaître le chant de la plupart des volatiles des montagnes et il tentait maintenant de siffler. Il disait : « Louis, apprends-moi le cri du gypaète barbu. ». Et Louis s’efforçait de lui enseigner sa connaissance du langage des oiseaux.

Malgré le jeune âge de l’enfant, ils entamaient parfois des discussions de grandes personnes sur la tournure des événements. Dans son innocence enfantine, Petit Pierre sentait bien qu’on peut toujours compter sur le facteur humain. Il disait : « Quand je serai grand, je serai facteur à pied, comme toi. ». Et Louis était bien obligé de lui rétorquer que ce temps était révolu, que les messages circulaient maintenant dans les airs, portés par les ondes et non plus par un homme poussé par les vents. Mais le retraité ne pouvait s’empêcher de lui décrire le parcours de sa tournée, de lui signaler les points de repère et les points d’eau, comme si l’enfant pouvait un jour prendre sa suite. Petit Pierre disait aussi : « J’aimais bien quand tu apportais le courrier. Je savais toujours quand tu allais arriver en regardant les oiseaux. J’aimais bien ça, attendre que tu arrives, avec ta sacoche, même s’il n’y avait pas de courrier pour nous. Et puis quand tu venais, les gens étaient contents ; maintenant, ils se disputent tout le temps. ». Louis en avait le cœur meurtri, il avait tant aimé semer un peu de bonheur, distribuer des sourires en même temps que le courrier pendant toutes ses années. Un jour Petit Pierre suggéra : « Tu pourrais faire semblant ; tu nous manques, et les oiseaux aussi. ».

Le lendemain, Louis attrapa sa vieille sacoche, y glissa quelques enveloppes vides et reprit le chemin de sa tournée. Il marchait, écrasé de soleil, comme avant, la même boucle, les chemins, les sous-bois, les grimpettes vers les cols, les rares sources rafraîchissantes, les escarpements rocheux, les descentes vers les hameaux reculés et les chalets isolés. Il sifflait en chemin, accompagné par ses amis volants qui annonçaient à nouveau sa venue. Les montagnards, d’abord surpris de ces visites inattendues avec la sacoche au côté, délaissaient un instant leurs travaux, adressant un salut poli au messager qui ne manquait pas de leur répondre par son sourire immense et son rituel « Rien pour vous aujourd’hui ; demain peut-être. ». Au fil des jours, le salut poli vira au bonjour amical, la surprise fit place à l’attente du messager. L’harmonie et la bonne humeur revenaient peu à peu.

Bien sûr, le courrier restait distribué dans les boites à lettres par le préposé en véhicule tous terrains ; les montagnards émigraient progressivement dans les vallées où la chaleur devenait étouffante ; les sources continuaient de se tarir. On n’arrête pas la marche du temps. Mais le climat social s’améliorait sensiblement. Personne ne sut pourquoi ni comment l’harmonie revenait dans les hauteurs. Sauf Petit Pierre, peut-être.

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Rédigé par Benoît

Publié dans #Écologie et environnement

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