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Publié le 17 Mars 2019

Un papillon s'accole sur l'épaule de la petite. Est ce parce qu'elle s'appelle Marguerite, que le papillon juste sorti de sa chrysalide, prématuré, l'a prise pour une fée. Marguerite voudrait bien caresser le papillon. Lui, avec précaution, lui murmure au fond de son pavillon des paroles d'amitié. Il butine son miel, s'en quête de sa santé. Un papillon sur une marguerite, cela n'a rien de déplacé. La gamine a un jumeau, Jules. Lui, attire une libellule. Sans préambule elle se mêle à leur conciliabule, puis s'adresse au papillon. Ils s'entendent comme deux larrons, et s'en vont se fourrer dans un buisson d'ajoncs. Leur vie est éphémère, si la libellule veut être mère, ils n'ont pas le temps de remettre au lendemain ce qu'ils ont aujourd'hui sous la main. D'autant qu'une mante, dévoreuse, pas si religieuse, est en attente d'un déjeuner. Elle hésite, qui croquer ? Son choix va pour la libellule, son corps est plus replet, elle s'en repaît. Hors du temps, les deux bambins gazouillent dans leur landau, à l'orée d'un champ, à l'abri d'un grand chêne qui n'en finit pas de glander. Lui n'est pas pressé !

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Rédigé par Louis

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Publié le 1 Février 2019

Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 8 Janvier 2019

Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 8 Janvier 2019

Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 2 Janvier 2019

Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 1 Septembre 2018

Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 19 Avril 2018

J’ai dix-huit ans, j’embarque sur la Sainte-Thérèse, dorissier pour la première fois.

Le sept du mois de mars la frégate Enéris conduit ces marins du grand métier, aux côtes d'Amérique. Vingt vaisseaux qui sont tous les ans à la pêche des morues sur les bancs de Terre-Neuve.

 

Dès la haute mer, le cap pris, les écoutes établies, le capitaine réunit les dorissiers pour tirer au sort l’attribution des doris de chaque équipage. C’est ainsi quand les embarcations sont d’inégales qualités, certaines comptent plus de quatre campagnes, usées jusqu’à la corde. Le règlement exige, pas plus de deux campagnes, l’armateur contourne, aux risques et périls des marins. Trop souvent sonne le glas dans l’église de nos villages…

Erwan est mon patron et je suis son « avant ». Notre embarcation à fond plat, aux extrémités élancées, sort toute neuve de chez le charpentier. Erwan me fait un clin d’œil, je le vois satisfait, heureux. Ce premier signe ne trompe pas, la campagne sera bonne.

Et il faut qu’elle soit abondante. Là-bas, à la fermette, sa femme et ses cinq enfants l’attendent pour survivre. Le denier de Dieu, pourtant âprement disputé avec le capitaine, ne suffit pas à nourrir la maisonnée. Annaël devra aussi s’occuper du potager, élever quelques poules et se louer le reste du temps à la grande ferme voisine. L’année prochaine Gildas, son plus grand, embarquera comme mousse. L’espoir n’est pas ce qui manque au marin, c’est même ce qui le fait vivre.

 

L’île de Bréhat, doublée par le bâbord, une jolie brise de nordet nous pousse grand largue vers le cap Lizard. La porte d’entrée de cet Océan Atlantique, attendu, redouté.

La proximité de l’équinoxe de printemps met Eole en colère. Il souffle d’ouest en rafales, la crête des vagues monte à plus de huit mètres.

Contrainte, la Sainte-Thérèse n’avance que très lentement sur notre route. Louvoyages interminables et mises à la cape, se succèdent à un rythme effréné. Hisser, affaler, prendre des ris. Sur les mains glacées apparaissent les premières gerçures, elles ne disparaîtront plus avant sept mois.

La vie à bord s’établit au rythme des quarts trop longs, des manœuvres épuisantes, de la soupe froide, du sommeil trop court et du vent, ce vent ennemi.

La fatigue est trop grande, le sommeil ne me vient pas, mes pensées vagabondent là-bas au pays. Je souris, j’imagine ma mère et ma grand-mère, de noires vêtues, blotties au coin de l’âtre, ravaudant quelques vieux habits. C’est un pays de veuves. La bise siffle aux fenêtres, le grand chêne frissonne de mille bruits. Chaleur, odeurs, j’y suis. J’entends même Grand-Mère raconter pour la énième fois l’année et ses péripéties où Grand-Père n’est pas revenu.

 

  • Je l’savais. Qu’elle disait. Cette année-là avait mal commencé, il est revenu en boitant du Pardon de Saint-Malo. Fin bituré, il s’est tordu la cheville. Comme il craignait de croiser le capitaine qui n’aurait pas manqué de lui refuser l’embarquement, et ben il a marché sans boiter, jusqu’ici, serrant les dents, souffrant le martyre. Une sacrée tête de mule, dur au travail, il en faisait jamais assez, mais toujours serviable et si gentil avec moi, un bon gars mon Jean.

 

Comme à chaque fois les larmes coulaient, Grand-Mère regardait la photo de son homme.

Je me le rappelais, un grand gaillard tout sec. Une figure basanée, les rides du visage dessinées à coups de mer, une bouche fine, un nez bossué, des yeux d’un bleu céruléen, lumineux, scrutateurs d’horizon.

 

  • Je l’savais. Qu’elle répétait. Le jour de l’embarquement, ça soufflait de l’Ouest à ne pas mettre une chaloupe dehors. Alors les dorissiers sont partis faire le tour des bistrots du port. Pour sûr, il m’est revenu beurré salé !

Déjà j’avais été planter des bougies aux pieds de Saint Kemo, patron des pêcheurs et puis j’en ai allumé une chaque jour. Je récitais dévotement, sans lever les yeux, une litanie de prières. Une pour chacun de nos saints, saint Gildas, saint Guénolé, saint Yves, saint Turiau, saint Guillaume, saint Armel, saint Magloire, saint Melaine, le révérend se moquait gentiment de moi, « il va te revenir ton Jean comme il le fait depuis vingt ans. » « La fortune de mer est bien capricieuse » que je lui répondais.

Le 15 du mois d’août, je me demandais bien s’il était de la fête là-haut dans ses glaces. Dès la mi-septembre je ne quittais plus la jetée que pour aller prier. Quand la flotte est arrivée, sa goélette accostée, au regard que me lança le premier débarqué, j’avais compris, je ne m’étais pas trompée, le glas allait encore sonner, j’ai pleuré, pleuré.

 

Le capitaine s’est approché :

 

  • Un soir, ils ont débordé vers leur zone au nord-est. Loïc était son « avant », un brave gars. Une bonne brise donnait du Sud, mais quelques étoiles piquaient çà et là entre de lourds nuages gorgés de malheurs.  « Allez, souque mon gars » qu’il gueulait le Jean. A la mie-nuit la terrible brume nous a enveloppé, on a sonné la cloche, fait tonner le canon Périer, tant et tant. C’était un fameux dorissier ton Jean.

 

Là-bas, Grand-Mère s’est tue. Ici, je me suis endormi. Le bateau se fraye sa route dans les lames.

 

Nous arrivons sur le Banc de la Baleine, une fin d’après-midi sous une très légère brise de noroit, exceptionnel. Une nouvelle fois Erwan me cligne de l’œil, il décèle un nouveau signe de son saint protecteur.

Le subrécargue fait immédiatement procéder au tirage au sort des aires de vent. Le nord-est sera notre zone de pêche pour les six prochains mois. Celle du père Jean en son temps.

Après avoir boëtté, nous chaussons nos bottes-sabot, enfilons notre ciré, coiffons notre suroît, chargeons les mannes et partons, nuit tombante, poser nos lignes. Erwan a choisi de mouiller la première bouée à quatre nautiques pour revenir plus facilement par vent arrière. En attendant nous l’avons dans le nez la jolie brise. Trois heures durant nous ramons avant qu’Erwan n’éructe :

 

  • Pare à virer ! Virer ! Pare à larguer ! Larguer.

 

La ligne gicle de la manne, un hameçon suit l’autre et encore un, encore un. Poussé dans la nuit par le vent, par la vague, le canot tangue, roule, accélère. Les hameçons défilent toujours plus vite.

 

  • Hale ta patte ! crie Erwan.

 

Il craint, mon cher capitaine, que je m’enfonce un ardillon dans la main ; accident courant, handicap rédhibitoire pour la campagne du malheureux qui se fait prendre.

Brimbalée par une mer verte, foncée, apparaît enfin la silhouette de la Sainte-Thérèse.

Embarcation hissée à bord, nous mangeons à peine, dormons très peu.

 

Il fait toujours nuit, l’air glacial pique nos yeux aux larmes, déjà il faut se rééquiper. Les doigts gourds embarquent les paniers d’osier remplis de bulots. Le doris est mis à l’eau, la mer a grossi, il faut écoper, l’aviron vient aux mains, mes muscles refusent. Et pourtant…

 

  • A souquer ! Souque ! hurle Erwan.

 

Le jour se lève, il n’a pas de quoi être fier. Le temps s'est peu à peu dégradé. Les grosses lames et la forte houle continue nous secouent dans tous les sens. Souquer. La pelle de l’aviron plonge trop profond et je dois forcer pour la ressortir, la pelle brasse l’air et je dois forcer pour ne pas basculer par-dessus bord.

 

  • Souque morviau !

 

Tangue, roule, je souque jusqu’à apercevoir notre première bouée mais le capitaine veut remonter jusqu’à la première et revenir, comme hier, par vent arrière.

Je souque, je prie Saint-Jean, je souque. Un cachalot vient nous faire un brin de causette, mais il constate notre mutisme et s’éloigne. Gare au coup de queue rageur qui enverrait la barque valdinguer et nous avec elle. Cinq heures de lutte pour arriver au but.

 

  • Pare à virer ! Virer ! Pare à crocher ! Crocher !

 

J’attrape la bouée rouge et halle la ligne. Premier hameçon, première morue. Commence le rituel. Taper le plat bord, décrocher la morue, la jeter au planché, plonger la main dans la manne, attraper un bulot, appâter, laisser filer jusqu’au haim suivant et recommencer. Besogne fastidieuse et non pas sans danger, car la longue ligne surchargée peut, prompte comme l’éclair, attirer à elle le bateau. Belle opportunité de mourir noyé.

Mes muscles douloureux contrent les mouvements brusques de la barque, mais concentré sur ma tâche, je ne lève plus les yeux, ne pare même plus les paquets d’embruns qui me trempent d’une eau glacée. Un dadin passe en rase motte à moins d’un mètre, le bruit des déferlantes enflent, assourdissant. Le Diable habite sur les bancs, pour sûr.

Le doris plein à ras bord de morues, Erwan décide de revenir au Sainte-Thérèse pour débarquer. Nous dérivons rapidement. Le moindre travers nous ferait chavirer, alors sabot-botte en avant, morues, barcasse comme suroit, j’irai à tous coups rejoindre le Père Jean. Saint Gildas priez pour nous !

Avirons en main, je regarde autour de moi et ne vois… rien. La brume poisse, épaisse, limite la vue, assourdi les sons.

Aveugles, sourds, pas plus Erwan que moi ne situons la Sainte-Thérèse. Au Nord, non pas, plus à l’Est, à l’Ouest, peut-être, au Sud probablement. Erwan prend ce cap sans aucun repaire quand nous dévalons de la crête d’une vague plus agressive que les autres. Oh, mordiou, demi-tour complet !

 

  • Allège, allège !

 

Je rejette à la mer des morues que seuls nos rêves auront comptabilisées. Il fait nuit maintenant, mais n’a-t-il pas fait nuit toute la journée ? Erwan nous prépare une longue dérive, une gorgée d’eau douce, un biscuit mouillé. Poussés par le courant, giflés par les embruns, abrutis par le roulement des vagues, tous nos muscles endoloris, nous somnolons cramponnés à notre frêle esquif.

Au petit matin le vent tombe, la mer s’étale, seul persiste ce brouillard d’une pale clarté.

La tête ballottée, les yeux mi-clos, je scrute. Désespérément mon regard tente de passer au-delà.

Tout autour, les traînées blanchâtres de l’écume tissent une immense toile d’araignée dont les mailles nous retiennent prisonniers. S’échapper, suivre un fil qui nous mènerait au bateau-mère. Mais quel  fil ?

Pourtant, là, j’aperçois trois lignes d’un bleu céruléen, lumineux dont l’une s’enfonce au loin.

 

  • Erwan regarde ici, un quart bâbord avant, ces sillons tracent une croix dans l’écume.

 

  • Je ne vois rien.

 

  • Moi je la vois. Suivons-la, souque ! je gueule à Erwan.

 

Arcbouté sur mon banc, je souque de toutes mes forces. J’indique la direction. Erwan, hébété, m’obéit. Tard dans l’après-midi la Sainte-Thérèse est en vue.

 

  • Les yeux du Père Jean. Que je te dis. Il est remonté des fins fonds pour nous guider, nous sauver !

 

Erwan m’observe un moment, me répond doucement :

 

  • Comme Saint Thomas, je crois ce que je vois. Mais parfois, petit, il faut croire sans voir, sans savoir. Croire, croire, il y va de notre salut.

 

*******

 

 

Glossaire

 

Affaler

Faire descendre, une voile, entre autres

Boëtter

Mettre un appât sur l'hameçon

Bulot

Coquillage dont la chaire sert d'appât

Crocher 

Attraper

Dadin

Oiseau de mer

Denier de Dieu

Prime d'embarquement

Doris

Embarcation à fond plat

Dorissier

Equipage d'un doris

Ecoutes

Cordage sur un voilier

Haim

Hameçon

Haller

Tirer

Louvoyer

Zigzaguer pour remonter au vent

Mannes

Paniers d’osier

Mettre à la cape

Manœuvre extrême pour affronter un très gros temps

Parer

Se tenir prêt

Prendre des ris

Diminuer la surface de la voile

Souquer

Ramer

Subrécargue

Représentant de l’affréteur en charge d'optimiser la pêche

 

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Rédigé par Hervé

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Publié le 18 Avril 2018

 

Par la fenêtre, vous, vous voyez un soleil brillant sur votre avenir radieux. Vous êtes probablement jeune, cadre dynamique, motivé, très bien rémunéré. Vous travaillez probablement dans la salle des marchés d’une banque anglo-saxonne ?

 

Par la fenêtre, Imene voit un ciel bas, gris, sale. Elle pousse sa vie au quotidien. Les seuls projets auxquels elle participe sont les rêves érotiques de Raoul et sa valeur ajoutée, ce sont les copains de Raoul toujours plus nombreux.

L’environnement, lui, est international ; les potes de Raoul, c’est une tranche nord-sud avec une touche d’Asiate et une pointe d’Amérique du Sud.

Les salles de marchés ? Imene n’en a jamais entendu parler. Les salles de classe, oui, un mauvais souvenir. Salle des marchés ? Ce doit être une épicerie.

Son truc à elle c’est plus fort, beaucoup plus grand, c’est le supermarché.

Elle y passe sa vie, huit heures par jour, quarante heures par semaine assise derrière sa caisse à voir défiler codes à barres, clientes ronchonneuses, pâtes et lessives de marques distributeurs qui vous remboursent la différence si vous trouvez moins cher ailleurs. Au prix où est le gasoil, si tu crois que je vais aller chercher ailleurs ! De temps en temps elle arnaque une cliente, faut bien manger. Ça la fait marrer Imene. Une vie ordinaire entre supermarché et HLM.

 

Par la fenêtre, moi, je vois passer les jours. Le boulot a fui. Je mène un quotidien des plus monotones, une vie de déjà vieux, une vie qui regarde les voitures, les jolies filles, les affaires, sans même la moindre érection. Bref, ce n’est pas la panade mais pas loin.

Le téléphone sonne, d’une part il est fait pour cela, d’autre part il me sort de mes idées grisâtres.

 

  • Brigade Anti Criminalité Bobigny, Officier de police Soilta, êtes-vous Evre Ekwélé ?

  • Ben oui.

  • Présentez-vous le quatre août à quatorze heures trente au commissariat pour une affaire vous concernant.

  • Il s’agit de quoi ?

  • Rendez-vous le quatre à quatorze heures trente au commissariat.

  • D’accord capitaine.

Le pâtissier ajoute un peu de sucre glace, moi j’ajoute le titre de capitaine, adoucir, adoucir.

 

Au commissariat, j’attends, regarde par la fenêtre aux vitres sales, suis conduit dans un bureau aux murs verts délavés, écaillés, éclairés par des néons, pas franchement coquet, m’assois face à deux policiers en civil. Chacun décline son identité.

Mon capitaine, Ô capitaine, est l’homme assis à ma gauche, donc en charge de gérer mon cerveau droit, irrationnel

Son acolyte prend en charge l’autre moitié du même cerveau, la gauche, rationnelle. La première question devrait venir de lui.

Effectivement il attaque :

  • Vos nom, prénom, âge et profession ?

  • Je m’appelle Ekwélé Evre, j’ai trente-neuf ans et suis chômeur.

  • Votre adresse actuelle ?

  • 158 avenue Principale à Bobigny

  • Connaissez-vous une certaine Imene Bouton ?

  • Bien sûr.

  • Depuis combien de temps ?

  • Laissez-moi calculer. Nous nous sommes rencontrés en classe de cinquième, je devais avoir… attendez, arrivé à Bobigny en octobre 1986, en 87 la sixième, 88, j’avais 12 ans.

 

Il doit faire très froid dans leurs têtes, porte et fenêtres sont clauses, j’étouffe dans cette pièce.

Les deux hommes me regardent, je dirais qu’ils ont presque l’air déçu. Cerveau droit s’exclame :

  • On le savait, nous avions réuni des preuves !

En voilà une histoire ! Ces gens m’ont fait prendre le bus, poireauter dans le hall, perdre mon après-midi pour apprendre ce que je ne cache pas et qu’ils savaient déjà.

Comme disent les footballeurs « faut se parler les gars ! »

On s’est tout dit, du moins je le crois. Je fais mine de me lever, genre l’entretien est terminé, merci d’être venus si nombreux quand Cerveau gauche m’interpelle brutalement :

  • Avez-vous vu l’enfant tomber par la fenêtre ?

Détendu je réponds :

  • Quel enfant ? Tombé par quelle fenêtre ? Sauf une perte de mémoire toujours possible, je ne comprends pas l’objet de votre question.

  • Où étiez-vous le samedi deux août à vingt-deux heures dix ?

  • Probablement devant la télé, probablement à regarder un match de foot, avec probablement l’esprit ailleurs.

  • Donc, assis sur votre canapé, vous regardez distraitement la télévision, nous sommes d’accord ?

  • Puisque je vous le dis !

  • Toujours assis sur votre canapé, vous apercevez aussi la fenêtre du salon, oui ou non ?

  • Oui, je peux voir par la fenêtre.

  • Et votre fenêtre est ouverte ce soir-là.

  • Évidemment, en août c’est assez normal, n’est-ce pas ?

  • Tout à fait, et c’est pourquoi je renouvelle ma question : « Avez-vous vu l’enfant tomber par la fenêtre?»

  • Sincèrement je n’ai rien à vous dire de plus !

Cerveau droit dramatise pour essayer de me faire bouger :

  • Prenez le temps de réfléchir, si vous êtes impliqué, complice pourquoi pas, vous serez accusé de faux témoignage, recel de preuves, vous imaginez seulement la masse d’emmerdements qui va vous arriver sur la tête ?

Je les regarde, droite, gauche, et prends l’attitude dynamique du bœuf à l’étable.

  • J’imagine très mal, j’ai peut-être vu tomber, j’insiste sur peut-être, une étoile filante, un mégot de cigarette, rien qui puisse ressembler à un enfant. J’en suis certain.

  • Bon, c’est tout pour aujourd’hui, si un fait vous revenait, n’hésitez pas à nous téléphoner. Et, en attendant, vous ne quittez pas la ville.

 

Et si je savais quoi que ce soit, tout comme vous, ce n’est pas aux condés que j’irais balancer.

Ballot hein ? En même temps, elle servirait à quoi la police si chacun lui apportait la solution.

 

Le deux justement, dans le hall de mon HLM, j’ai croisé Imene qui poussait un landau hurleur.

Imene ma voisine, même appartement un étage au-dessus. Depuis février, Imene garde son neveu, dix-sept mois, le fils de sa sœur Lucette.

Lucette, la petite sœur qui a tout compris de la vie, possède manteaux de fourrure, Mercedes, belle villa. Ce n’est pas Lucette qui irait travailler dans un supermarché, ah non !

Non, officiellement, pour la famille et les voisins, Lucette est partie faire la danseuse à Marrakech, pour de vrai, elle fait « pute » boulevard Lannes à Paris.

Lucette donne beaucoup d’argent pour élever Pierre-Henri, beaucoup plus que nécessaire. Plutôt que d’en profiter, Imene a ouvert un livret A pour les futures études du petit, vraiment une brave femme.

Pierre-Henri s’appelle Pierre-Henri parce que la mairie a refusé de le prénommer Pierre-Comptable.

Pourquoi « Comptable » ? Parce que Riri, l’Homme à Lucette, est appelé le Comptable par ceux qui savent, les voyous et les flics de Bobigny.

Souvent après le quarantième client, l’envie de fumer une cigarette prend à Lucette, elle perd trop de temps. Alors Riri a pris l’habitude de lui balancer des pierres pour la remettre au travail. Il rigole le Riri, souvenirs d’enfance qu’il dit, quand il tirait par la fenêtre ouverte sur les pigeons du parc Stalingrad.

  • Fume tes cigarettes par moitié, aboie-t-il.

D’abord la moitié tabac, puis la moitié filtre, les pauses sont plus courtes, même si le filtre laisse un goût affreux dans la bouche. Pas facile le Comptable, pas facile la vie !

 

Je devine bien ce qui a pu se passer, ce que j’ignorais encore, c’est la tournure que prendraient les événements. Non, je ne pouvais pas l’imaginer !

Après une banale journée de folie, je subodore qu’à dix heures du soir Imene a sommeil.

Pierre-Henri, qu’elle appelle affectueusement Ptit-Compt, diminutif de Pierre-Comptable, est, ce soir, particulièrement braillard.

Faut dire qu’Imene oublie parfois de lui donner à manger, ou de le changer, trop chiant, trop puant, trop fatiguée.

Ce soir du deux août, Imene est d’autant plus lasse qu’en rentrant du boulot Raoul et ses potes l’attendent, la poussent gentiment dans la cave. Elle ne refuse jamais Imene. D’une part, ils ont l’air contents, d’autre part, comme disait sa grand-mère, « si t’es obligée, prends au moins du plaisir » et puis ils lui donnent toujours quelques gorgées de whisky. Ça la remonte… au moins jusque chez elle.

 

Du fond de son premier sommeil, le meilleur, elle entend Ptit-Compt hurler à la mort.

Ptit-Compt, la mort… Encore toute endormie, cul à l’air et t-shirt flottant au vent, elle attrape le gosse et lui flanque deux baffes, des vraies, pas genre humour pas drôle.

  • Tu vas te taire Ptit-Compt, arrête de gueuler ou je te balance par la fenêtre !

A quoi Ptit-Compt ne sait répondre que par un hurlement si haut dans les aiguës qu’il n’est pas sans rappeler un do dièse à la septième octave de Mariah Carey.

Imene craque, trop c’est trop ! Elle attrape le Ptit-Compt par une jambe et hop le jette par la fenêtre !

Oh putain ! Brusquement réveillée, Imene se penche, tout en bas, sur le trottoir une belle et large tache de sang avec plein de débris tout autour.

Elle ramasse vite fait un sac-poubelle, dégringole l’escalier, même pas le temps d’attendre l’ascenseur.

Sur place, elle récupère les éclats qu’elle enfourne dans le sac et vire le tout dans la poubelle.

Merde, il reste la tache de sang, grosse tache d’ailleurs pour un si Ptit-Compt.

 

Bien sûr j’ai vu passer le gosse par la fenêtre, j’ai entendu Imene dévaler, je l’ai vu jeter un sac en plastique dans la poubelle et j’ai regardé perplexe la tache de sang au pied de l’immeuble.

Moi, j’aime bien Imene.

J’ai pris mon chat par la peau du cou, il adore. D’habitude je le dépose doucettement devant sa gamelle. Pas cette fois, non. Je guette, vise avec attention et splash… Entrechat s’esquiche sur la tache de sang.

J’enfile un sweat, un jean, mes santiags, j’attrape ma bouteille de whisky, elle en raffole.

Je frappe à sa porte. Imene, un fragile point d’exclamation tremblotant, m’ouvre.

  • T’inquiète pas, j’ai tout arrangé. Entrechat s’est écrasé pile-poil.

  • T’as balancé Entrechat par la fenêtre ? Où, pourquoi ?

  • Un maquillage sang pour sang, Imene, parce que tu le vaux bien !

 

La suite...

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Rédigé par Hervé

Publié dans #Divers

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Publié le 25 Mai 2017

Le lecteur assidu, attentif, aux écrivains et pourtant amis de l’Atelier d’écriture AnimaNice.

 

Hier encore je vivais dans l’angoisse quand ouvrant ma boite mail je découvre un nouveau message « Un atelier d'écriture a publié… »

Chaque fois un nouveau personnage surgit comme diable à ressort.

L’avocat plaide, quoi de plus normal, Sandra l’aime. Jane cherche, Rémi aussi, qui sa fille, qui l’art médiéval, le cheval de Troie, un serpent à deux têtes ou le vase de Soisson. Gérard supplie Simon de l’aider à trouver, seule Lucie trouve… un bijou, une lettre, un passeport. Et Louis ? Ah Louis, Louis prend la monnaie.

 

Aujourd’hui, j’assiste à l’Atelier et je comprends, une révélation, il n’y avait rien à comprendre ! Il faut attendre. Qui connaît la fin de l’histoire !!!

 

 

Atelier d’écriture AnimaNice, ce 22 mai de l’an 2017

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Rédigé par Hervé

Publié dans #Ecriture collective, #Divers

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Publié le 24 Mai 2017

La Corse, le maquis, à midi.

Qui connaît le maquis, le maquis à midi ?

La nature est stupéfiée, plus rien ne bouge, chaque être bloqué dans son mouvement, attend.

La lumière n'accepte plus un lux, l'air sature le parfum des fleurs, le zinzin lancinant du grillon exaspère l'oreille.

Le Dieu Ra règne.

Je redoute l'explosion de tant d'absolus réunis.

Trois heures sonnent … l'horloge de la Cathédrale Fech lève sa garde, le lézard reprend sa chasse, la fleur s'abandonne à plus de douceur, le grillon lui-même baisse d'un ton, l'humanité imprègne à nouveau les couleurs.

La révolte n'a pas eu lieu.

Chaque jour, depuis toujours, Dieu joue avec la nature, l’a conduit à son paroxysme.

En Corse, dans le maquis, à midi, le Soleil figeait l’enfant que j’étais.

 

 

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Rédigé par Hervé

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