Publié le 23 Mai 2017

En ce mercredi d'avril, assis dans son fauteuil, il regardait ce bout de rectangle blanc sur lequel, une main inconnue avait écrit son nom et son adresse. C'était le facteur qui lui avait apporté il y a de cela une heure. Dans la solitude de sa maison, il n'osait ouvrir cette lettre. Dans sa tête mille questions se bousculaient. Est-ce le résultat du concours ? Il se revoyait entrain de répondre aux questions qu'il trouvait dans son journal télé de chaque semaine. Avait-il gagné ce voyage de rêve aux Antilles ou était-ce la réponse de l'éditeur pour son manuscrit, son premier roman policier ?

Il se mit à rire en se rappelant qu'il se voyait "grand prix du jury pour une première œuvre".

Gérard, ancien fonctionnaire aujourd'hui à la retraite, vivait seul dans sa maison héritée de ses parents. La soixantaine grisonnante, Gérard était un passionné des mots, des couleurs, de la vie et sa principale activité de la semaine, c'était de participer à l'atelier d'écriture animé par Mado, la bibliothécaire du village. Le reste du temps, il peignait avec plus ou moins de talent des tableaux de fleurs et d'animaux.

 

Devant cette enveloppe, Gérard était comme un enfant devant une vitrine de Noël. Au comble de l'excitation, il prit dans le tiroir de son buffet son coupe-papier. Quand la pointe commença à déchirer l'enveloppe, Gérard sentit battre son cœur. Dans le silence de la pièce, on entendit le crissement du papier qui se déchire. La réponse était là sous la forme d'une feuille blanche pliée. Ses main se mirent à trembler :

" Ridicule, se dit-il, tu n'es plus un gamin. Allez ouvre, ce n'est qu'une feuille!"

Gérard déplia la feuille et la posa sur la table. Il commença à lire à haute voix :

"Monsieur, nous avons le plaisir de vous faire savoir qu'un technicien de l'isolation viendra vous rendre visite le jeudi 13 avril."

D'un seul coup le monde s'écroula. Ce n'était pas la lettre tant attendue. Déçu, il s'enfonça dans son fauteuil. Pendant un instant il voulut s'isoler du monde. La sonnerie du téléphone le sortit de sa torpeur. C'était Mado qui lui rappelait de venir à l'atelier. Depuis toujours elle l'encourageait à persévérer dans l'écriture, au moins une qui croyait en lui. L'atelier était pour Gérard un instant de bien-être où il fuyait la monotonie du quotidien. Il faut avouer que ce village était sans histoire.

 

Ce lundi-là Gérard doutait de lui, il n'avait toujours pas reçu de réponse. Le facteur levait désespérément les bras au ciel pour lui dire "Toujours rien". C'est en passant devant la librairie que son esprit fut attiré par le titre du journal.

QUI est l'auteur du grand prix du jury?

 

Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Il se précipita pour l’acheter et fit demi-tour, le journal sous le bras, pour essayer de comprendre pourquoi un tel mystère. Le journaliste mentionnait que le prix avait été accordé à une personne dont on ignorait le nom. Comment pouvait-on accorder un prix sans connaître l'auteur ? L'article lui donna, en partie, les réponses. Le jury, à l'unanimité, avait accordé le prix à la lecture d'un roman. Mais les feuillets sur lesquels étaient écrit le nom de l'auteur s'étaient égarés dans les différents services de la maison d'édition. Devait-il téléphoner ? Et si ce n'était pas lui ? Dans la tête de Gérard se bousculaient mille questions. Lui, le petit fonctionnaire, avoir un prix littéraire lui semblait présomptueux. Et pourtant, il fallait en avoir le cœur net. "Ils finiront par retrouver les feuillets disparus" se disait-il. Enfoncé dans son fauteuil, il téléphona à Mado, pour lui expliquer la raison de son absence et en même temps lui demander conseil. Elle lui répondit: " Je vais voir ce que je peux faire, t'inquiète pas, je te rappelle."

 

Combien de temps dura l'attente, la pendule du salon égrenait les secondes qui lui semblaient des heures. Il était vingt heures, quand le téléphone sonna. Fausse alerte, c'était le technicien qui lui confirmait le rendez-vous du lendemain. Gérard commençait à se raconter des histoires, quand Mado rappela. Alors, lui dit-il, anxieux!

Elle lui répondit: " Désolée mon cher Gérard "

Quoi ! ce n'est pas moi ?

"Non ! Ils ne donnent pas de renseignements par téléphone, il faudra que tu leur écrives et ils te répondront".

Bien, répondit Gérard, je vais le faire de ce pas et j'attendrai le passage du facteur et leur réponse.

...

 

Le faire de ce pas, Gérard, abasourdi ,se dit en lui même je le ferai demain. Ecrire, écrire pourquoi, pour qui. La nuit fut longue, peuplée par les personnages de son roman. La lumière du jour filtrait à travers les volets, les bruits du village qui se réveille, l'invitèrent à en faire autant.

Devant la tasse de café, il se rappela la discussion de la veille. Plus le temps passait, plus il doutait de la qualité de son écriture. N'avait-il pas commis des erreurs sur l'histoire, pas son histoire, celle qu'on écrit avec un grand H. Il se remit à relire les feuillets de son roman dont l'histoire se déroulait à l'époque médiévale, où la réalité se mêlait avec les légendes.

 

Est-ce le toucher du papier, l'odeur de l'encre et de la poussière, Gérard ferma les yeux et les images anciennes du temps de son enfance lui revinrent à l'esprit. L'écriture de la craie, sur le tableau noir, le toucher du cahier neuf où il écrivit pour la première fois son nom, avec la plume "sergent major" trempée dans l'encre violette. Que l'instituteur avait distribuée le matin dans l'encrier de porcelaine blanche, inclus dans le bureau. Tout lui revenait à l'esprit, les bouts de craie que certains malicieux laissaient dans l'encrier. Ah oui, il était loin le temps de son enfance, de son insouciance, le temps ou il eut son premier diplôme " le prix de babillage", en ce temps-là il parlait, l'écriture il ne savait.

 

Un bruit le sortit de sa torpeur, Gérard mit un temps pour revenir à la réalité et avec elle, son actualité. Il était là, dans son salon, face à son roman, tout lui revint en mémoire. Ne risquait-il pas de se couvrir de ridicule en écrivant à la maison d'édition.

Il se promit de faire lire son roman à monsieur Simon Mallavialle, le professeur d'histoire dont il avait entendu dire par Mado que c'était un spécialiste de l'époque médiévale.

Gérard chercha sur l'annuaire, le numéro de téléphone et il l'appela.

Allait-il lui répondre ?

Monsieur Simon Mallavialle lui signifia avec gentillesse qu'il se ferait un plaisir de lui donner modestement son avis.

Le rendez-vous fut pris pour le lendemain.

 

Devant lui, un peu angoissé, je lui racontai mon histoire, la perte par la maison d'édition des feuillets qui pourraient lui dire c'est vous, enfin, c'est moi.

Monsieur Malavialle lui avoua que lui aussi attendait une lettre et que tous les jours il surveillait le facteur pour une lettre qui n'arrivait jamais.

Il trouva mon roman fort intéressant, me signala juste une petite erreur sur la tournure du style épistolaire m'encouragea à poursuivre mon action auprès de la maison d'édition et me proposa de lui envoyer la correction et de nous retrouver au café de chez Lucie dans une semaine. Il faut avouer que je sortis de son entrevue avec beaucoup de fierté. Etre reconnu par un professeur me remplis de joie. Arrivé à la maison, je m'installais à mon bureau. J'écrivis la lettre à la maison d'édition et entrepris la correction de mon roman suivant les conseils de monsieur Malavialle. La première lettre fut relativement aisée à écrire tandis que pour la correction de mon roman, je m'empressais de relire les notes que j'avais écrites lors de mon entrevue avec monsieur Malavialle. Il faut dire que le style épistolaire n'est pas une chose simple à écrire. Le "salutatio, le captatio, le narratio, le petitio" et enfin la conclusion étaient jusqu'à ce jour, pour moi, aussi incompréhensibles que le latin. Heureusement, les explications de monsieur Malavialle étaient claires.

 

Je lui écrivis ma correction en ayant au préalable fait un brouillon.

 

MONSIEUR GERARD PIERREDEFONTAINE à MONSIEUR MALAVIALLE SIMON, PROFESSEUR D'HISTOIRE

 

Veuillez trouver ci après la correction de mon roman.

le salutatio: Monsieur l'enquêteur en chef à Monsieur le Marquis de Mallemorte

le captatio: Hier dans les bois de Cythère, prés de Mallemorte les Avignon, une jeune femme fut retrouvée morte en partie déshabillée.

le narratio: C'est en menant son troupeau au pré que le sieur Bernardo a fait la macabre découverte. Il se dépêcha de venir me narrer l'histoire.

le petitio: Je vous demande de me saisir de l'affaire, d'autant que la jeune fille est une enfant du pays dont les parents tiennent boutique au centre du village.

la conclusion : Ce sera avec plaisir que je diligenterais mon enquête pour vous servir et je montrerai à la populace de notre ville que la justice de Monsieur le Marquis est sans défaillance.

Du village, le 28 mai de l'an de grâce 1417.

 

En espérant avoir été à la hauteur de vos explications, et dans l'attente de vous retrouver à votre convenance chez Lucie, veuillez agréer mes sincères salutations.

 

Mes deux lettres terminées, je m'empressais d'aller les poster. L'attente recommença.

Dans ma tête, je commençais à m'imaginer le voyage de mes lettres. J'avais pris la précaution de bien les affranchir avec les timbres de mon carnet et surtout d'écrire mon nom et mon adresse au dos des enveloppes. Une fois envoyées par la poste, les voila livrées à elles-mêmes, avant d'être déposées dans une boite aux lettres sur laquelle est marqué le nom du destinataire. Combien de temps allaient-elles rester dans cette petite case pour qu'enfin monsieur Mallavialle ou la secrétaire de la maison d'édition puissent déchirer leur enveloppe et lire ce que j'avais écrit.

Le soir je m'endormis la tête pleine de mots. Ce n'est que quelques jours après que le téléphone sonna, c'était monsieur Malavialle qui me disait avoir bien reçu ma lettre et qu'il m'invitait a nous retrouver chez Lucie ce mercredi.

Gérard se réveilla tôt, pour être à l'heure au rendez-vous. Onze heures venait de sonner au clocher de l'église, quand Gérard poussa la porte du bar restaurant chez Lucie. La salle était plongée dans une demie obscurité, ce qui apportait une fraîcheur ambiante en ce début de juillet.

Gérard: Bonjour!

Lucie: Bonjour, vous avez réservé ?

Gérard: Oui pour deux personnes au nom de Pierre de fontaine.

Lucie: Ah oui, installez-vous la table près de la fenêtre.

Gérard s'assit et regarda la place du village où des enfants jouaient. Tout à ses pensées, il ne vit pas arriver monsieur Mallavialle qui lui dit:

"Bonjour, comment allez vous".

Gérard se le va un peu confus et faillit renverser la carafe d'eau.

"Bonjour Monsieur Malavialle"!

Simon: Vous pouvez m'appeler Simon ça sera plus facile que Monsieur et moi je vous appellerai Gérard si vous le voulez bien.

Gérard balbutia un oui tout en tendant une main tremblante.

Ils s'assirent face à face, Gérard n'osait pas poser les questions qui lui brûlaient les lèvres, concernant son roman. Un silence commençait doucement à s'installer quand Lucie vint leur demander :

" Vous prendriez bien un apéritif avec cette chaleur"

Gérard en profita pour changer et ne pas montrer sa gêne devant son imminent interlocuteur.

Simon qui semblait s'amuser devant l'attitude de Gérard, habitué de voir comment les gens se comportaient devant ses titres professionnels. Il répondit à Lucie « oui deux anisettes s'il vous plaît » et se tournant vers Gérard « avec ou sans glaçon ? »

La glace venait de se briser et Gérard sentit dans la personnalité de Simon une grande simplicité. C'est d'ailleurs Monsieur Mallaviale qui parla du roman en le tutoyant.

Simon : Je dois t'avouer que j'ai été très surpris de la connaissance que tu as sur les enquêtes policières dans le monde médiéval.

Gérard eut du mal entre le tu et le vous : Vous savez par mon métier d'archiviste j'ai eu pendant plus de quarante ans l'occasion de me documenter.

Simon: Alors je peux te dire que ton roman est une réussite et que la correction que tu as apportée est parfaite.

Gérard se passa la main devant les yeux pour cacher son émotion. Là encore Lucie lui sauva la mise par le service du stockfisch. Le repas se passa et Gérard et Simon parlèrent de tout et de rien, comme deux amis qui se seraient connus depuis de nombreuses années.
Le moment de se séparer arriva.

Simon : Gérard j'ai été très content de faire ta connaissance. Je t'invite à ma prochaine conférence sur les signes ésotériques et je présenterai Monsieur Rémy Taillade archéologue avec qui tu pourras discuter de ton livre.

Gérard: Merci Simon, vous, pardon, tu viens de me redonner le moral et par ton jugement la reconnaissance de mon travail.

Ils se quittèrent et Simon se retourna : Surtout tiens-moi au courant pour la maison d'édition.

Gérard traversa la place comme dans un rêve ; quatorze heures sonnait au clocher, il ne remarqua même pas l'âne de Louis qui rentrait tout seul à l'écurie.

La tête pleine des mots d'encouragement de son nouvel ami Simon, Gérard s'endormit rêvant cette nuit-là de prix littéraire et d'histoires médiévales.

Le lendemain matin, la journée s'annonçait belle, le village se réveillait doucement, l'air était rempli des odeurs de pain frais du boulanger d'à côté. Il prit son café en lisant le journal qui résumait le résultat des votes des élections législatives. Onze heures sonna au clocher de l'église quand il entendit taper à sa porte, c'était le facteur. Il lui tendit une lettre..... la lettre de la maison d'édition. Fort des paroles d'encouragement de Simon, il déchira l'enveloppe et lut:

 

Monsieur, nous avons bien reçu votre courrier en date du 8 juin, en réponse nous avons le regret de vous faire savoir, que ce n'est pas vous l'heureux gagnant du grand prix du jury. Néanmoins votre roman a attiré l'attention de nos correcteurs et nous serions désireux de vous rencontrer afin d'établir avec vous un contrat d'édition. D'autre part nous vous encourageons à continuer d'écrire. Veuillez agréer…

 

Gérard ne lut pas les formules de politesse ; il était déçu et heureux à la fois. Il était aux anges. Il s'empressa de téléphoner à Simon qui fut ravi de la nouvelle.

La Nouvelle, voila un style que Gérard n'avait jamais osé écrire. Il fallait, qu'il partage sa joie et il se précipita chez Lucie où il était sûr de retrouver Mado qui y prenait son café tous les matins.

Lucie et Mado furent heureuses pour Gérard et quand il annonça qu'il allait s'essayer dans la Nouvelle, c'est Lucie qui lui fournit matière à réflexion.

" Tu devrais écrire sur le village, viens chez moi tous les jours et écoute. Ici se rencontrent, soit au comptoir, soit à table, Louis et son âne, Rémy l'archéologue et sa femme Jade, Bernadette la receveuse des postes et son employé Philippe, enfin, ils ont tous une histoire et je dirais même des histoires qui, pour un homme de lettres comme toi, seront source à l'écriture.

 

Et c'est ainsi, que Gérard se mit à écrire, non pas une nouvelle, mais une saga sur le petit monde de son village ou à part le changement des saisons il ne se passait jamais rien.

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Rédigé par Bernard

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Publié le 23 Mai 2017

Par un concours de circonstances malheureux, Eric a rompu avec sa dernière petite amie.

Il l'a rencontrée à Sclos de Contes, mignonne un peu fofolle, mais bon elle, a jeté son dévolu sur lui.

C'est vrai que, en y repensant, Sandra traînait toujours avec de drôles de gens, mais Eric était amoureux.

Elle habite une caravane avec ses parents. Un jour cette dernière lui dit :

- J'ai donné ton adresse à une copine d'enfance qui a eu des problèmes de drogue, rien de grave, mais mes parents ne l'aiment pas, acceptes-tu que sa lettre arrive chez toi ?

Quelques semaines se passent pas de courrier, mais 1 paquet, puis 2 adressés à Sandra.

Un jour, le jeune homme rentre chez eux (car entre temps elle a emménagé avec lui ) quelle est sa surprise de voir la police en sortir.

- Que se passe-t-il, demande Eric ?

- Il y a longtemps que nous surveillons ce groupe de jeunes impliqués dans un trafic d'objets d'art, des statuettes chargées de drogue, répondit l'officier de l'ordre, vous étiez au courant ?

Le jeune homme tombe des nues.

En fait ajoute le policier, tout le village est au courant, vous êtes un gentil garçon, trop gentil et le groupe en a profité.

Aujourd'hui Eric se remémore cette histoire qui s'est déroulée dans sa jeunesse.

L'expérience fait la force des choses et des sentiments à venir, c'est en faisant des erreurs que l'on apprend...

Maintenant le jeune homme est avocat en pénal, son passé lui sert à être objectif.

Un jour qu'elle ne fut pas sa surprise en traitant son dernier dossier, Sandra et ses acolytes, sortis de prison récemment ont recommencé leurs exploits, mais à échelle nationale.

La jeune femme est toujours aussi belle, son sourire angélique... ses complices ont pris de l'assurance, le procès s'annonçant difficile il aura lieu en huis clos, de tout évidence les preuves sont là. Des journalistes se tiennent en bas du Palais de Justice, car un parent du Maire de Châteauneuf est impliqué.

L'audience est remise plusieurs fois, mais le procès se finalise sans heurt.

La jeune femme est émue de revoir Eric et interrogée seule avoue les noms de ses complices, cela étant à sa décharge, elle n'écope que de quelques mois de détention.

Un jour, alors qu'Eric installé dans un cabinet d'avocats de groupe, ne pense plus du tout à ses démêlés avec Sandra et son groupe, une lettre arrive à son domicile, une certaine Aurélie s'inquiète de ne plus avoir de nouvelles de son amie Sandra, la lettre date de 3 ans.

Bizarre, pense-t-il, c'est l'ancienne copine que les parents de cette dernière n'aimaient pas.

Encore une histoire de stupéfiants ou autres magouilles. Il jette la lettre dans la poubelle de son bureau.

Le temps passe, puis un jour occupé par un dossier compliqué d'adultère, de divorce, un nom apparaît, celui de l'expéditrice de la fameuse lettre, Aurélie, de son mari et de sa maîtresse Sandra.

Une certitude se dessine à l'horizon, le passé de maître Eric va ressurgir malgré lui. Il propose à un de ses collègues de prendre en charge ce dossier, mais ce dernier refuse, déjà surchargé de travail.

L'avocat ne se doute pas des manigances et des rebondissements sentimentaux et juridiques qui vont à nouveau bouleverser sa vie.

Le dossier, les convocations, les confrontations des différents partis, ne s'avéraient pas de bon augure, faisant renaître des sentiments contradictoires dans sa tête.

Aurélie s'est mariée, sans être sortie du milieu de la drogue et par malheur a épousé un homme" charmant" qui au fil du temps l'a prostituée.

Drôle d'histoire, mais que vient faire Sandra! Par un concours de circonstances, il apprend que cette dernière (son ancien amour), a rencontré Alain, le mari de son amie Aurélie, celui-ci lui fait croire qu'il est célibataire, leur relation se concrétise et Alain continue à mener une double vie.

Un jour, à la piscine municipale du village, les deux amies se rencontrent par hasard, elles sont contentes de se retrouver.

Leur complicité est un bonheur et un malheur pour la suite des événements.

...

Eric apprendra que Sandra a repris ses études afin d'être psychologue auprès des tribunaux.

Devenue une femme qui a mûri et pris de l'assurance.

Un jour Aurélie organise un dîner avec Sandra pour la présenter à son mari.

Ayant un peu bu, ce dernier fait une énorme gaffe et la vérité éclate, suivie d'une dispute et d'une gifle.

Sandra pense avoir réussi à convaincre son amie de son innocence.

Quand quelques semaines après cette dernière reçois une convocation chez le juge.

Dossier compliqué, non, l'avocat Eric est très convaincant, preuves et témoignages à l’appui, tout compte-fait, Alain, le mari, écope de prison avec sursis et sa femme Aurélie est admise dans une clinique de désintoxication.

La vie est pleine d'imprévus, un jour le cas d'un enfant autiste mal traité amène Sandra à se rendre au Palais de Justice.

Par un hasard organisé par "Cupidon avec ses flèches", les anciens amoureux de jeunesse, Eric et Sandra, se retrouvent dans la salle des pas perdus.

Leurs affaires traitées.

Un café, puis un restaurant se terminant par une ballade au clair de lune, ils se racontent leur passé, allongés dans l'herbe.

- Je ne me suis jamais marié, dit Eric.

- En revanche, réplique la jeune femme, après mes ennuis de jeunesse, je suis allée vivre chez mes grands-parents au "Village", un joli petit hameau, avec les portes des maisons ornées de peintures décoratives.

Un jour, ma grand mère Yvonne a reçu la lettre d'une de mes amies, habitant à Sclos de Contes, ce petit village de mon enfance, elle resta rêveuse quelques minutes… n'ayant pu me joindre à ce moment.

Et puis, continua Sandra, j'ai rencontré Jacques, un médecin psychiatre qui m'a sorti de ma torpeur, je l'ai suivi à Paris où j'ai fait mes études de psychologie.

Trois ans après nous nous sommes séparés et je suis revenue, j'habite à Nice maintenant.

Je vais voir le plus souvent possible mes grands-parents, j'ai découvert une grande tribu, cousins, cousines habitant dans diverses régions de France.

Je savais que Mamie Yvonne avait des sœurs et Papy Pierre des frères.

Sa sœur préférée, la plus jeune, Jane, vit en Vendée, depuis la mort de son mari, elle ne veut plus voir personne, mais ma petite grand-mère préférée a dans l'idée de réunir tout le monde pour les fêtes de fin d'année.

Un jour avec l'aide de Papi et de leur auxiliaire de vie, ils ont exécuté de magnifiques sous verres, disposant les photos façon arbre généalogique, ceux-ci trônant sur la cheminée.

Durant mon séjour chez eux au "Village", j'ai aidé à retrouver plusieurs adresses.

Amandine, je ne la connais pas, mais j'aime bien son prénom...

Pierre, de son côté, se met à la recherche de ses frères.

...

Avant de lui faire connaître ses grands parents, Sandra demande à Eric de s'arrêter quelques minutes pour prendre un café chez une amie qui tient "l 'Auberge des Remparts", Lucie, un personnage haut en couleur par sa gentillesse, sa capacité d'adaptation face aux conflits personnels de certains habitants du " Village".

Lucie les reçut avec les yeux brillants, prenant ses lunettes les remontant sur son nez, ceci deux à trois fois, c'est un tic émotionnel.

Juste un petit moment pour te revoir, te faire un bisou et surtout te présenter un ami très cher Eric, dit Sandra.

Les amoureux se détendaient, riaient aux larmes en s'étouffant à la manière de raconter les potins de ce village, par Lucie.

Rémy est revenu, la tête toujours pleine de souvenirs et de rêves qui continuent à le harceler, des recherches toujours utopiques, mais quelquefois bizarrement concrètes selon ses rencontres.

Louis toujours dans ses rêves de grande guerre qui n'en finissait plus d'arriver.

Il s'est marié, oui oui, avec Marinette la bergère du " Haut plateau ", gentille comme lui, pas d'enfant mais des moutons, des chèvres et bien sûr son âne à Louis, tous les deux se font vieux, mais ils sont les attractions du "Village ", sans méchanceté aucune .

Donc, j'ai retrouvé Mamie Yvonne et Papi Pierre, la jeune femme rougit, les larmes aux bords des yeux, je vais leur présenter Eric, qui est avocat et prendre des nouvelles des mes oncles et tantes, cousins, cousines. Ils m'ont promis d'essayer de réunir la plupart d'entre eux.

En sortant de l'auberge, les amoureux croisent Gérard sautant de joie, il a enfin après maintes et maintes correspondances auprès de personnes compétentes à travers le pays, obtenu des appuis lui facilitant la rédaction de son ouvrage, lui offrant la finalité de ses espérances, la parution de son premier livre, après des années de recherches.

Tout à son bonheur, il n'a pas reconnu Sandra.

Sur le chemin de " La Grande Bâtisse ", ils croisent des gens, des choses, des endroits qui font remonter des souvenirs à la jeune femme .

Mamie Yvonne les accueille en tremblant d'émotion et de rires saccadés de joie.

Il est comme je l'imaginais, grand, beau, l'air si doux et amoureux, ce dernier esquissant un sourire.

Quelques jours après la visite de Sandra, l'aubergiste, lui téléphona, elle était contente de l'avoir revue, trouvant qu'avec Eric, ils formaient un beau couple.

Elles papotaient sur les uns et les autres.

- Je ne savais pas que Louis s'était marié, dit la jeune femme.

- Il n'est pas marié, mais Marinette est une bonne amie, une confidente et quand ce dernier "monte à Paris", la bergère s'occupe de son âne Cadichon.

- C'est un homme charmant et toujours prêt à rendre service.

Grand-mère, d'un pas résolu, voulut aller chercher le sous-verre contenant des photos de famille retrouvées dans le grenier et arrangées avec Pierre, son facétieux mari et leur auxiliaire de vie, il y a quelques temps, après la réapparition de Sandra, quand déboula le fougueux Griffon de la famille, qui renversa Mamie dans les bras d'Eric.

- L'atmosphère est à la joie on dirait, dit Sandra, se tenant sur le perron, accompagnée de quelques cousins, cousines, récupérés sur internet, puis sur Skype, c'est bien Skype on peut visualiser et se familiariser avec des personnes perdues de vue depuis longtemps.

Sandra et Eric, main dans la main, entrèrent dans le salon où trônait, sur la cheminée, le fameux portrait de famille, suivis par les grands-parents et autres personnes présentes.

Une idée lumineuse, mais cependant bien réfléchie, jaillit de Papi Pierre :

- Nous somme heureux d'avoir retrouvé certains membres de notre famille, on a pensé avec Yvonne, comme les fêtes de fin d'année approchent, faire un repas chez Lucie, à l'Auberge des Remparts. Cela nous fera moins de fatigue et si, par la même occasion, Sandra et Eric désirent célébrer leurs fiançailles !!!! Éventuellement, nos amis de village, Louis, Marinette, Gérard, Rémy et les autres seraient les bienvenus en se joignant à notre petite tribu...

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Rédigé par Dominique

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Publié le 23 Mai 2017

Le clocher de l’église sonne onze heures. Accoudée à la balustrade de son minuscule balcon, Lucie guette le facteur. Depuis le premier étage, en se penchant un peu, elle peut le voir remonter la rue principale du village, tourner devant la boulangerie avant d’arriver devant sa maison. Il ne devrait plus tarder à présent. Le colis doit être livré aujourd’hui. Ça tombe bien, c’est le jour de fermeture de son café-restaurant. Elle aura tout l’après-midi pour examiner l’objet. Ses mains tremblent d’impatience. A quarante ans, elle se sent aussi excitée qu’une gamine de quinze ans à son premier rendez-vous. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’elle commande un bijou ancien. Le tiroir de sa commode en est rempli. Les vieux bijoux, c’est sa passion à Lucie. Elle chine dans les brocantes ou sur les sites spécialisés. C’est en navigant sur l’un d’eux qu’elle a reconnu la broche. Une broche en argent en forme de lemniscate avec une perle bleue ; sa mère avait la même.

 

Elle l’épinglait souvent sur une écharpe ou un châle. Bijou fascinant ! Lemniscate, symbole de l’infini… La perle posée tout en haut d’une boucle, prête à dévaler le ruban... à l’infini. Enfant, elle y voyait la Terre roulant sur une route de l’Univers pendant que sa mère, déesse toute puissante, harmonisait les mondes. A sa mort il y a dix ans, Lucie, fille unique, a hérité de l’appartement et tout ce qu’il contenait, bijoux compris, mais la broche et son écrin avaient disparu depuis longtemps, oubliés par sa mère dans un hôtel de vacances et jamais retrouvés.

Alors, lorsque le bijou a surgi sur l’écran de l’ordinateur, son cœur a fait un bond. Elle l’a comparé avec celui immortalisé sur de vieilles photos, avec celui accroché à ses souvenirs, il paraissait identique. L’image sur le site de vente ne présentait pas le verso de la broche mais Lucie se souvient encore de la trace du poinçon, juste à la croisée des deux boucles, avec sa légère boursouflure, un peu sombre. Sa mère lui racontait que c’était la lune qui se cachait au revers de l’infini. La jeune femme n’a pas oublié la sensation granuleuse que la minuscule aspérité provoquait sous l’index. Il lui tarde de voir arriver le facteur pour enfin examiner le bijou et qui sait… peut-être retrouver enfin la broche maternelle.

 

Cliquetis de pédale dans la ruelle ; le vélo jaune apparaît devant la boulangerie. La jeune femme se précipite, dévale l’escalier, arrive sur le pas de la porte en même temps que le facteur. Celui-ci extirpe de sa sacoche une enveloppe beige, la tend à Lucie qui la saisit et remonte chez elle aussi rapidement qu’elle en était descendue, dépose l’enveloppe sur la table basse du salon, respire en un grand soupir, s’étonne de l’émotion qui l’habite. De l’impatience certes, mais pas que… quelque chose… impossible à définir…. Voyons, ce n’est qu’un bijou, se dit-elle. Même s’il s’avère être celui de ma mère, pourquoi suis-je si bouleversée ?

 

L’enveloppe beige attend sur la petite table. Délicatement, Lucie décolle le rabat. Ce bijou cogne dans sa mémoire comme s’il voulait libérer un souvenir oublié. Du moins, c’est l’impression qu’elle ressent en ouvrant le colis. Elle est loin d’imaginer dans quelle histoire la broche à la perle va la propulser. Au fond de l’enveloppe, une boîte en velours rouge... Comme celle de sa mère… Picotements dans la gorge… Lucie soulève le couvercle. Couchée sur le satin jauni, la broche lemniscate à l’argent terni, la perle bleue posée là, en haut de la boucle. Examen minutieux de l’objet. Les sensations perdues de l’enfance remontent au bout de ses doigts. L’index accroche le poinçon au dos du bijou, la minuscule lune cachée sur un revers d’infini. La jeune femme en est sûre : c’est bien la broche de sa mère qui, miraculeusement, lui est revenue.

 

Elle la contemple, émue, quand son attention est attirée par l’écrin. Du coussin de satin jauni dépasse un morceau de papier. Lucie extirpe le billet de sa cachette, le déplie. Une écriture serrée court sur tout le feuillet ; ce que Lucie y déchiffre va bouleverser le cours de sa vie.

...

 

Joyeux anniversaire Jade, ma chère sœur !

Je t’embrasse bien fort.

Jane

 

Quelques mots simples couchés sur un billet pour accompagner un cadeau... et une déflagration. Sa mère avait une sœur ! Lucie relit le papier fané. Courtes phrases, témoin d’un moment de vie de famille dont elle ignore tout. Comment, pourquoi un tel secret… Jade, sa mère, avait une sœur… Jade et Jane...

C’est en prononçant ces prénoms à voix haute que Lucie a basculé. Loin, très loin dans l’enfance... sur une route de campagne, sa menotte de fillette agrippée à la main d’une femme en manteau rouge. Elle sentait bon, comme les violettes qu’elle ramassait au bord du chemin.

"N’embête pas tatie Jane, Lucie". La voix de sa mère quelque part, dans le paysage…

Tatie Jane qui chantait pour sa "p’tite Lulu" Au clair de la Lune le soir, dans le jardin, quand la lune d’été était ronde et blanche ; et le jasmin embaumait.

Les souvenirs remontent comme des bulles.

Une maison, un jardin, sa mère, sa tante et elle, "p’tite Lulu". Et puis l’oubli. Tatie Jane évaporée.

Les questions éclatent en rafales dans la tête de Lucie, trop nombreuses, trop rapides pour attendre d’éventuelles réponses. De ce bouillonnement émerge l’essentiel – je ne suis plus seule, j’ai une tante quelque part. Des cousins et cousines peut-être… C’est énorme !... Il me faut un café bien serré pour m’aider à réfléchir à tout ça.

 

Lucie s’installe dans son fauteuil préféré, pose la tasse fumante sur la table à côté de la broche à la perle, vertigineuse lemniscate, laisse venir les questions :

Pourquoi, et quand tatie Jane a-t-elle disparu de sa vie ? Depuis très longtemps sûrement. Elle devait être un tout petit enfant pour l’avoir ainsi oubliée.

A qui appartiennent la maison, le jardin et où se trouvent-ils ? Jusqu’à présent, Lucie ne se souvenait pas d’avoir passé son enfance ailleurs que dans son appartement actuel ; pourtant, cette bribe de souvenir lui raconte autre chose ; elle se sent chez elle dans la maison au jasmin. Elle fouille alors dans ses papiers, trouve l’acte notarié dont la date confirme son impression : l’appartement actuel a été acheté par sa mère alors qu’elle était âgée de quatre ans. Où a-t-elle vécu avant ? Dans la maison au jasmin ?

 

C’est sans doute à cette époque que les sœurs Jade et Jane se sont définitivement séparées. Jane effacée de leurs vies. Sa mère ne lui a jamais parlé de sa tante, il n’y a aucune photo de Jane, aucun souvenir d’aucune sorte sauf le bijou à la perle que sa mère portait si souvent et qui gardait son secret. Un bijou acheté dans un vide-grenier, lui avait-on dit.

 

Trop de questions sans réponses, trop d’émotions pour aujourd’hui. Lucie épingle la lemniscate sur sa veste, enfouit l’écrin et le billet dans sa poche, et file chez son amie Amandine pour tout lui raconter.

 

Amandine l’écoute un moment, l’interrompt :

J’ai des soucis avec un passeport, lui confie-t-elle, je dois quitter cette histoire. Demande à Louis ; il est un peu à l’ouest, mais il connaît pas mal de choses sur les gens du coin.

 

Judicieux conseil ! Grâce à Louis, Lucie a pu remonter une piste qui lui a amené quelques réponses mais aussi de nouvelles questions. Depuis, elle oscille entre fébrilité, anxiété, euphorie, et la broche à la perle bleue ne quitte plus son col. Derrière le comptoir du bar-restaurant, elle sert ses rares clients, la tête ailleurs. La prochaine étape serait de contacter ma tante... lui écrire une lettre… je ne sais pas trop comment la rédiger…

 

Elle a encore parlé à voix haute. Une habitude de personne seule.

Gérard, l’écrivain du coin, est attablé devant son café. Il sourit :

Tu parles seule, Lucie ? Tu veux écrire une lettre ? Ça tombe bien, on vient de faire un atelier d’écriture consacré au genre épistolaire. Viens, assieds-toi, je t’explique.

 

LETTRE de Lucie à Jane, en Vendée

 

Je suis Lucie, j’ai cru un moment être votre nièce mais aujourd’hui, je n’en suis pas certaine.

Je vous avais oubliée, Jane. Vous avez déserté ma vie depuis si longtemps.

 

Il y a quelques jours, j’ai trouvé un mot signé de vous adressé à ma mère, mot qui suggère qu’elle était votre sœur. C’est en lisant votre prénom au bas du message que quelques souvenirs ténus ont émergé du fond de ma mémoire. Il y avait une maison, ma mère, vous... J’ai cherché à savoir, j’ai posé des questions autour de moi.

 

Louis, un ancien du pays, se souvenait de vous, de nous, de la maison située à l’entrée du village. Une recherche dans les registres du cadastre a confirmé ces informations. Je sais maintenant que la maison a existé, que nous y avons vécu ensemble, qu’elle a été vendue et détruite il y a environ quarante ans pour permettre la construction d’un supermarché.

En revanche, aucune trace de votre existence, Jane. J’ai fouillé dans les documents de ma mère. Rien n’indique qu’elle avait une sœur.

 

Alors je viens vers vous dans l’espoir d’obtenir quelques réponses afin de comprendre pourquoi, dans mon souvenir et dans mon sentiment intime, vous restez ma très chère "tatie" Jane.

 

Du village, le 22 mai 2017

...

Lucie raccroche le téléphone, se tourne vers l’enfant :

Ta maman va venir te chercher Victor. Que dirais-tu d’une bonne glace en attendant ?

Hochement de tête dans un reniflement.

J’aimerais bien à la fraise…

Va pour la fraise, répond Lucie en souriant.

 

Adossée au au comptoir de son café-restaurant, Lucie relisait la lettre que tante Jane lui a envoyée par retour de courrier quand elle a aperçu le petit Victor, en larmes, courant dans la rue. Elle l’a intercepté, le fait entrer. Il s’est laisse faire, comme soulagé d’être pris en charge. Perché sur un haut tabouret, il raconte son papa parti, son gros chagrin, sa course désespérée vers nulle part. Pauvre petit bonhomme… Lucy l’ébouriffe d’une main, lui tend la glace à la fraise de l’autre.

Le café est désert à cette heure. Son dernier client, un historien du CNRS à la recherche de documents cadastraux des XIIIe et XIVe siècle, est parti depuis un bon moment, tout comme Gérard, l’écrivain. Ce dernier a pris son café au comptoir pour discuter avec elle ; il lui a gentiment demandé si elle avait pu écrire sa lettre, a semblé sincèrement heureux de la tournure que prennent les événements pour Lucie.

La jeune femme s’installe face à Victor :

Alors Victor, cette glace ?

Trop bonne !

L’enfant sourit à présent. Une histoire de plus à rajouter au silence, pense Lucie. Elle aime cette heure tranquille où, dans le café, le silence revient tout chargé des conversations, des confidences, déposées là par les vies qui se croisent. Murmures ténus qui flottent au-dessus des tables, s’irisent sous les lampes, s’accrochent aux murs.

Le bruissement de la lettre au fond de sa poche la ramène au réel. Elle repense à l’histoire que Jane lui a racontée. Une histoire bien banale en fait : un homme, deux femmes. L’homme a choisi Jane. Jade, blessée, a supprimé tout ce qui de près ou de loin avait un lien avec sa sœur, sauf la broche à la perle, allez savoir pourquoi…

Lucie sourit à la franchise de Jane. Grâce à elle, le secret angoissant qui étouffait sa vie s’est évaporé. Aujourd’hui, elle se sent solide et sereine. Elle va bientôt rencontrer sa tante, et même sa cousine. Car tatie Jane a une fille qu’elle a prénommée… Jade.

Il n’aurait pas fallu que sa mère lui donne, elle aussi, le prénom de la tata ! Cette histoire est déjà suffisamment embrouillée ! Dieu merci, Lucie s’appelle Lucie, comme sa grand-mère. Elle aime bien cette idée de prénoms que l’on se transmet de génération en génération. Comme un patrimoine familial. Des Jane, Jade, Lucie qui courent indéfiniment sur la boucle d’une lemniscate…

 

Derrière la vitre, une silhouette se profile. Nadia, la maman de Victor entre dans la pièce, serre son fils contre elle.

Le soir descend sur la place, bientôt les habitués de l’apéro vont arriver, Zézette, Louis avec son âne, Sandra et Eric…

Demain, tatie Jane sera au village. Elle a rendez-vous avec Rémy, son gendre, ici, à l’Auberge des Remparts. Encore une histoire de famille compliquée, semble-t-il. Jane est restée évasive sur le sujet et Lucie n’a pas tout compris, toute à la joie de faire... ou refaire connaissance avec sa famille retrouvée…

 

Le lendemain, le chercheur du CNRS s’installe en terrasse. Peu après, une vieille dame s’approche, hésitante, s’installe à la table du chercheur, une conversation s’engage entre eux. Lui semble très à l’aise, elle un peu tendue. Derrière son comptoir, Lucie les observe. Leur discussion se termine rapidement, ils se lèvent, le chercheur s’en va, la vieille dame entre dans le café, regarde Lucie en souriant.

Bonjour Lucie…

Un bref instant de flottement tangue sur le visage de Lucie, puis la joie dans les yeux.

Jane ? … Bonjour tatie Jane, je suis tellement contente de vous rencontrer enfin ! Venez, asseyez-vous. Là, nous serons tranquilles.

Les deux femmes prennent place autour d’une table un peu à l’écart. Lucie, les joues rosissantes, s’exclame :

J’en oublie de vous proposer quelque chose à boire… ou à manger si vous préférez… Dites-moi…

Merci Lucie, je n’ai pas faim du tout, et je me suis désaltérée en compagnie de mon gendre, Rémy, à l’instant.

Ah ! C’est donc lui le mari de ma cousine… Il est déjà venu manger ici, on avait bavardé, il m’avait parlé de ses recherches…

C’est lui, confirme Jane en ôtant le foulard qui entoure son cou.

Lucie tressaille. Sur le chemisier de sa tante, le bijou, la lemniscate à la perle.

Jane… cette broche… j’ai la même…

Je sais Lucie, répond Jane d’un ton apaisant, c’est moi qui l’ai offerte à ta mère. Et elle m’a offert celle-ci. C’est tout bête, tu sais. Un jour, en faisant du lèche-vitrine ensemble, nous avons remarqué ce bijou. Il lui plaisait beaucoup, alors, sans rien dire bien sûr, je suis retournée le lui acheter pour son anniversaire. Mais elle a eu la même idée et en a fait autant, si bien que nous nous sommes offert mutuellement le même cadeau. Je te laisse imaginer nos têtes respectives quand nous avons ouvert nos paquets !

Les yeux de Jane rient, malicieux. Une interrogation traverse ceux de Lucie.

Tu te demandes pourquoi on a ouvert nos cadeaux ensemble ?

Lucie sourit, acquiesce.

Nous avons deux ans et deux jours de différence avec ta mère. Nous avons toujours fêté nos anniversaires ensemble… enfin, jusqu’à celui-ci, ajoute Jane. Cette broche a été notre dernier cadeau. La suite, tu la connais…

Elle soupire, se tourne vers la salle.

Tu as bien modernisé l’auberge, Lucie, c’est très accueillant.

Merci tatie. A la mort de maman, j’ai tout refait à neuf. Vous avez connu avant ?

J’y ai même fait des extras l’été. C’est ici que j’ai connu mon mari.

Jane baisse les yeux, sa main droite fait tourner l’anneau d’or qui orne son annulaire gauche. Lucie laisse le moment de silence accueillir l’émotion, puis prend une mine espiègle pour dire :

Si le cœur vous en dit, tatie, je vous engage pour l’été !

Merci ma chérie, répond Jane en riant, mais je ne suis pas sûre que tu fasses une bonne affaire. D’ailleurs, l’heure tourne, tu vas te mettre en retard à papoter avec moi. Je dois m’en aller à présent, mais je reviendrai. Maintenant que l’on s’est retrouvées, on ne se perdra plus. Promis ?

Promis tatie. Reviens quand tu veux.

Le tutoiement pour sceller la promesse. Jane s’en va à pas menus, Lucie, la regarde partir, les yeux pleins de tendresse.

 

Ce soir, Lucie, accoudée à la balustrade de son balcon, goûte le moment tranquille. Les derniers rayons de soleil colorent le ciel de rose. Dans le lointain, les montagnes adoucissent leurs crêtes, se fondent dans un sfumato d’un bleu délicat.

Bleu comme la perle, pense Lucie. Et flou comme ma mémoire. Je savais sans savoir.

Depuis qu'elle a retrouvé tante et cousine, elle a le regard plus clair Lucie, avec quelque chose d’apaisé, quelque chose comme le sentiment d’avoir réussi une quête. Elle se sent libérée. De quoi ?... elle ne sait pas trop, mais elle n’est plus la même, c’est sûr ! Un monde étriqué pulvérisé… oui, c’est ça. Et l’envie de vivre, de rire… d’accepter l’invitation de Philippe, peut-être… Il serait mon cavalier aux fiançailles de Sandra et Eric... Oh ! La tête de Bernadette ! Jade, avec ses antennes ultra-sensibles, a bien compris que lui et moi… Elle est chouette, Jade, ma cousine, et bientôt mon amie, j’espère… Il faudra que je demande à son mari, l’érudit Rémy, ou au professeur Simon Mallevialle, l’origine de la lemniscate… Ça doit remonter à l’Antiquité ce truc-là.

Tu seras mon dernier bijou, dit-elle en caressant la broche. Je n’ai plus envie de chercher les bijoux anciens… plus besoin en fait.

 

En bas, dans la ruelle, Louis passe avec son âne, le petit Victor à califourchon. Nadia suit avec Gérard… Ces deux-là… J’ai bien fait de suggérer à Gérard d’écrire sur le village. Il s’en passe des choses, mine de rien ! D’ailleurs, j’ai bien envie de m’y mettre, moi aussi, à l’écriture… je pourrais raconter l’histoire de la lemniscate… Je la dédicacerais comme ça : A tatie Jane et à sa fille, Jade… Oui, c’est ça. Dès demain, je m’inscris à l’atelier d’écriture.

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Rédigé par Mado

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 23 Mai 2017

Son père avait quitté la maison. Maman avait mis beaucoup de temps pour lui avouer qu’il ne reviendrait plus. Il voulait retourner vivre là où il avait grandi, dans un autre village d’Ardèche, celui-là même où la famille avait de nombreuses fois passé des vacances.


Après la colère et le désespoir, Victor se terrait dans une tristesse insoutenable. Papa lui avait dit en partant qu’il serait toujours son fils et qu’il l’aimerait toujours, qu’il serait toujours là pour lui... Oui, mais là, justement, il n’était plus là. Il lui avait dit aussi qu’il lui écrirait, qu’il lui enverrait des photos et même qu’il pourrait le rejoindre. Il avait un gros projet là-bas.
Que de belles journées il avait passées là-bas ! Les baignades dans la rivière pendant que maman pêchait ; puis papa lui construisait des châteaux de sable et de cailloux ; les promenades dans les forêts de châtaigniers, où on pouvait se cacher sous les fougères, tellement elles étaient hautes ; les visites à la ferme, perdue dans la montagne, où vivait cette famille avec qui ils avaient sympathisé. Ça ne sentait pas bon du tout là-bas, et les enfants étaient vraiment crasseux, mais il avait bravement réussi une fois à donner le biberon au petit cochon qui venait de naître. En redescendant, ils ramassaient des châtaignes qu’ils faisaient griller dans la cheminée.


Ça faisait longtemps que papa était parti, enfin du moins Victor le croyait car il n’était pas encore assez grand pour avoir une idée des semaines et des mois qui passaient. Il allait à l’école vaillamment, tous les matins, et tous les soirs quand il rentrait, sa première préoccupation était de savoir si papa avait écrit. Mais pourquoi il n’y avait toujours rien ?
Et puis d’ailleurs, c’était quoi son projet ? Maman lui avait dit qu’il allait construire une grande maison. Mais pourquoi, puisqu’on en avait déjà une, celle où habitaient papy et mamy ? Maman avait alors regardé Victor avec tristesse. Alors Victor avait eu peur. Peur que papa détruise tous ces endroits magiques où il n’avait que des bons souvenirs...


Et puis jeudi, en rentrant de l’école, il y avait une grosse enveloppe dans la boîte aux lettres, avec son nom dessus !
Sûrement pleine de photos ! Tout à sa joie, il s’en empara et rentra dans la maison. Maman n’était pas encore rentrée du travail. Il eut soudain peur d’ouvrir cette enveloppe. Alors il décida d’avaler le goûter que maman avait préparé, avant d’aller s’enfermer dans sa chambre avec ce trésor qu’il attendait depuis de si nombreux jours.

 

Victor jeta son cartable dans un coin de la chambre et sauta sur son lit, la lettre à la main. Il fixait son nom et son adresse, comme s’il ne réalisait pas encore que papa lui avait enfin écrit, depuis tous ces mois qu’il était parti. Il se décida à l’ouvrir et découvrit alors son contenu. Non, ce n’étaient pas des photos, enfin, pas celles qu’il attendait. Il y avait des photos de papa et puis aussi une photo d’un petit bébé dans les bras d’une dame.... Et puis une autre de ce même petit bébé dans les bras de papa. Et puis aussi il y avait une carte avec des dessins bleus et un prénom dessus : Maxence.... Et puis quand il a ouvert la carte, Victor a vu qu’il y avait le nom de papa dedans avec le nom d’une dame.


C’était écrit qu’ils étaient heureux.... Victor ne comprenait pas bien. Il y avait aussi bien sûr des photos d’une maison que Victor ne connaissait pas. La nouvelle maison de papa ??? Il y avait aussi une lettre de papa. Il lui demandait de lui pardonner de n’avoir pas écrit plus tôt. Il pensait qu’il était trop petit pour comprendre que papa était tombé amoureux.
Il disait qu’il l’aimait et que Maxence était son petit frère. Il disait aussi qu’il était sûr que Victor aimerait Karine, qu’elle, elle avait hâte de faire sa connaissance. Victor était tellement plongé dans sa lecture, préoccupé à tout regarder, qu’il n’avait pas entendu maman revenir. Elle était entrée dans sa chambre et regardait par-dessus l’épaule de Victor. Tout d’un coup, elle l’entoura de ses bras en le serrant très fort. Elle eut même un petit sursaut, comme un sanglot.

Alors brusquement, Victor a compris. Il avait compris pourquoi papa était parti et pourquoi il ne reviendrait plus. Pourquoi aussi il avait construit une nouvelle maison. Il avait compris que papa les avait abandonnés, maman et lui et qu’il n’avait plus le temps de penser à eux.... Sinon, pourquoi il avait attendu tout ce temps pour lui envoyer cette lettre ?
De grosses larmes commençaient à brouiller ses yeux et il s’arracha soudain des bras de maman sans la regarder. Il descendit les escaliers en courant, ouvrit brusquement la porte d’entrée et continua de courir dehors, sans trop savoir où il allait aller. Il pleurait, il sanglotait même, mais il courait.

...

Lucie était derrière son comptoir quand elle vit passer Victor, seul et en pleurs. Elle sortit sur la place pour le rattraper et usa de la promesse d’un cornet de glace pour l’attirer dans son auberge. Victor était juché sur un des tabourets hauts. Il baissait la tête.

 

Lucie avait repris son service car trois clients attendaient leurs cafés. Elle vint enfin s’asseoir à côté de Victor, toujours immobile et silencieux. Ses pleurs avaient cessé. Il attendait sa glace. Lucie la lui apporta.

- Merci Madame !

- De rien mon petit. Tu t’es fait disputer par ta maman ?

- Non.

- Elle sait que tu es sorti ?

- Euh... Non.

- Et si tu me disais alors pourquoi tu courais comme ça, avec de grosses larmes ?

Un silence, puis :

- C’est papa...

Lucie savait.... La maman de Victor était une de ses amies et elle l’avait beaucoup consolée elle aussi.

- Il m’aime plus et...

- Tu dis des bêtises, il ne t’aurait pas écrit. Tu vois bien qu’il pense à toi. Et je suis même sûre qu’il aimerait bien te voir. Oui, c’est ça, ça lui ferait vraiment plaisir... Tu parles d’une surprise que tu lui ferais ! Tu imagines ?

 

Lucie s’interrompit. Louis venait d’arriver et réclamait son petit verre de blanc, comme à l’accoutumée, avant de rentrer à la maison.

Victor connaissait bien Louis. Il le croisait souvent, quasiment toujours avec son âne et d’autres personnes qu’il avait l’habitude d’amener sur les sentiers. Il se rappelait que lorsqu’il était plus petit, Louis le faisait monter sur son âne et lui faisait faire un petit tour dans le village. Son papa marchait souvent à ses côtés. Comme il était fier ! Et là, Victor regardait Lucie et Louis qui discutaient un peu à voix basse en le regardant. Peut-être qu’ils parlaient de lui... Et si..…

 

Victor venait de penser à quelque chose en voyant Louis. Il aurait bien voulu la faire cette surprise à son papa, voir sa tête s’il le voyait arriver sans qu’il soit au courant.... Comme un grand quoi ! Oui, oui, c’est ça, il venait d’avoir une super idée.

-Dis-donc Louis, tu te rappelles de mon papa ? Tu crois que tu pourrais m’amener le voir papa avec ton âne ?

Louis écoutait Victor qui lui racontait son histoire.... Il tombait des nues. Non, franchement, il n’était pas au courant de tous ces événements. Un peu parce qu’il n’était pas souvent au village, toujours sur les sentiers avec Cadichon et les touristes, un peu aussi parce que Victor habitait légèrement en dehors du village avec sa maman Nadia.

Nadia justement qui arrivait en courant chez Lucie, l’inquiétude dans les yeux. Elle se précipita vers Victor pour le serrer dans ses bras, le prit sur ses genoux et le laissa finir sa conversation avec Louis, assez étonnée de le découvrir calmé.

Lucie avait rejoint le cercle.

- Après tout, pourquoi pas ? dit-elle à Louis.

Louis hésitait... ça changeait un peu ses objectifs...

- Et ma lettre de démobilisation alors ?

- Oh ! tu l’attends depuis 70 ans, tu peux bien l’attendre encore une semaine non ? insistait Lucie.

Nadia était dépassée. D’un côté fière de son garçon qui mûrissait d’un coup. De l’autre angoissée et un peu triste qu’il ait envie de la quitter.

Gérard venait de faire son apparition dans le bistrot. Il rejoignit le petit groupe. Il souhaitait alimenter sa saga villageoise, mais surtout, il avait vu que Nadia était là parmi eux. Nadia qu’il avait déjà croisée sur un salon littéraire et à qui il avait dédicacé son dernier livre. Ils avaient beaucoup parlé pendant le cocktail qui avait suivi... Il en gardait un souvenir ému.

- Bonsoir à tous !

Il fut bien vite malgré lui au courant de ce qui se passait... Mais ! - Je dois me rendre là-bas d’ici deux semaines. Il y a une grande Fête Médiévale et je voudrais bien écrire un papier là-dessus. Peut-être que je pourrai interviewer quelques participants. Un aller-retour dans la journée. Je pourrais déposer Victor le matin chez son papa et puis revenir le chercher pour le ramener le soir même ici. Qu’en penses-tu Nadia ?

Victor leva un regard implorant vers sa maman. Nadia baissait les yeux. Gérard insistait... Lucie sentit que quelque chose était en train de se passer....

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Rédigé par Bernadette

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 23 Mai 2017

Onze heures et demi passé, et toujours pas de facteur ! Amandine, une femme mince, la cinquantaine passée, quelques cheveux gris cachés sous une coloration blond cendre, n’arrête pas de regarder la pendule, puis de se diriger vers la fenêtre. Un SMS lui avait indiqué qu’un colis Chronopost devait arriver ce jour, entre 8:00 et 11:00 heures. Il contenait certainement son nouveau passeport, elle n’attendait rien d’autre.

Comment avait-elle pu se laisser entraîner dans une histoire aussi folle ? Vendre son passeport pour le déclarer ensuite volé ! Elle s’était trouvée dans une situation financière difficile. Sa fille, enceinte, abandonnée par le père de l’enfant, était à l’autre bout du monde, sans travail, sans ressources. Elle-même, au chômage depuis presque un an, avait juste de quoi subsister. De toute urgence, il fallait trouver de quoi payer le billet d’avion de sa fille. Elle s’était confiée à une amie, Marianne, espérant secrètement que cette dernière lui prêtera l’argent nécessaire, ou se portera au moins caution auprès de la banque. Mais non, Marianne lui parla du trafic de papiers, affirmant qu’un passeport comme le sien vaudra certainement vers les cinq mille euros, de l’argent facilement gagné. Amanda en convenait.

Marianne s’occupa de la transaction. Amanda ne s’était jamais douté que son amie avait des compétences dans ce domaine, qu’elle connaissait des gens auxquels on pouvait s’adresser. Quand Marianne lui avait remis les cinq mille euros, en espèces, Amanda avait posé des questions sur la nouvelle propriétaire de son passeport. Marianne l’avait regardée un moment, puis lui a dit : moins tu en sais, mieux c’est pour toi. On dirait une réplique de cinéma, pensa alors Amanda. Marianne ne lui donna pas d’autres explications.

Grâce à l’argent, elle avait pu faire revenir sa fille. Elle était contente de la revoir, de la trouver en bonne santé, même si, dans un premier temps, sa fille n’avait pas trop le moral. Amanda cherchait à discuter avec elle pour en connaître la cause. Ses moments de tristesse, étaient-ils dû au fait que son compagnon l’avait lâché ? Était-elle encore amoureuse de lui ? Avait-elle l’impression d’avoir gâché sa vie, se sentait-elle en situation d’échec ? La fille ne se confia pas, mais, à l’évidence, la sollicitude de sa mère lui faisait du bien. Puis, la grossesse se passait bien. La perspective d’être bientôt Grand-mère comblait Amanda de bonheur, bonheur qui a déteint, petit à petit, sur sa fille qui devenait de plus en plus joyeuse, comme elle l’était avant son départ pour ce voyage aventureux. Amanda avait maintenant la certitude d’avoir pris la bonne décision en vendant son passeport.

Elle avait ensuite demandé un nouveau passeport, déclarant le sien perdu. Ce n’était qu’une formalité, mais, n’étant pas habituée à ce genre de combine, elle était inquiète, terrorisée par moments, et, malgré les paroles rassurantes de Marianne, craignait que la supercherie soit découverte et elle jetée en prison.

La sonnerie retentit à 11:48. Elle ouvre la porte, le préposé de la Chronopost lui remet une enveloppe. Il faut signer ici, lui dit-il.

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Rédigé par Iliola

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 22 Mai 2017

SUJET D'ÉCRITURE :

ÉPISODE 4 de notre "feuilleton" : 

Votre personnage va écrire à la personne surgie du passé via l’anamnèse du dernier atelier – ou à qui vous voulez du moment que cela fait avancer votre histoire – pour lui raconter ce que vous voulez mais sans oublier de lui proposer un rendez-vous au bar du village et, si possible, en respectant les cinq parties citées plus haut : salutatio, captatio benevolentiae, narratio, petitio, conclusio.

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Rédigé par Atelier Ecriture

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 15 Mai 2017

SUJET D’ÉCRITURE :

Votre personnage a reçu son courrier. Un mot l’a plongé dans l’anamnèse. Continuer son histoire en inventant des souvenirs provoqués par le chapitre précédent. Ces souvenirs doivent impliquer un des personnages créés par l’atelier, quelqu’un que votre héros aurait connu dans le passé dans un village.

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Rédigé par Atelier Ecriture

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 27 Avril 2017

Un texte de Bernard...

***

Sur la commode, il était la posé un peu comme une relique du temps passé. Sa reliure en cuir lui donnait un air respectable et mystérieux à la fois. Cela faisait combien d'années qu'il trônait sur cette étagère, personne ici ne le savait. Combien de temps que ses pages jaunies n'avaient plus eu le plaisir d'être tournées par un index mouillé.

 

Il, je crois, appartenait à ma grand mère, la mère de mon père. Cette femme pieuse qui dans ma mémoire se confond ou a pris la couleur sépia de la photo accrochée dans sa chambre. Je n'étais qu'une petite fille, quand elle est partie au pays des ombres. Et voilà qu'aujourd'hui, je suis l'héritière de ce monde figé, que seul le décès de mes parents m'autorise à découvrir.

 

Il, je m'approche de lui, va-t-il enfin me dire?

Est-ce le journal intime de ma grand mère, vais-je mettre à jour des secrets de famille ?

J'ouvre délicatement les volets, une lumière blafarde inonde la pièce.

Mon cœur bat la chamade, je n'ose et pourtant, avec mon doigt et tout en délicatesse je tourne la première page sur laquelle est écrit une dédicace. Je reconnais l'écriture en pleins et en déliés de mon grand père, et je lis :

" Pour toi, je t'offre ce catéchisme de la femme bien aimée"

 

Quoi! tout ce secret pour un livre d'église, de "grenouille de bénitier" !

Non, ce n'était pas possible, tant de mystère et d'interdit autour de ce livre durant toute mon enfance. Combien d'histoires et d'aventures, je m'étais racontées, j'avais vécues. Jamais je n'aurais pu penser que ce livre n'était que ce que nous racontait Monsieur le Curé, tous les jeudi à la sacristie. Je m'apprêtais à le reposer sur son étagère, je me consolais, le livre était beau tout de cuir vêtu.

 

Quand mon doigt, allez savoir pourquoi, voulut en savoir plus, tourna la deuxième page et là je partis d'un grand éclat de rire en lisant le titre en lettres dorées.

"Le Kamasoutra illustré de la femme bien aimée"

Une bouffée de joie et d'amour me remplit le cœur en regardant la photo jaunie.

J'ai eu envie de crier "merci mémé, merci pépé" je sais aujourd'hui que vous vous êtes aimés.

 

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Rédigé par Bernard

Publié dans #Divers

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Publié le 24 Avril 2017

SUJET D'ÉCRITURE :

Votre personnage en attente de courrier (cf atelier LE TEMPS DU RÉCIT) va enfin le récupérer. Mais est-ce bien ce qu’il attendait ? Racontez cet épisode en y mettant un peu de suspense. Vous pouvez aussi « lire » la lettre reçue et si le sujet s’y prête, la rédiger avec du suspense et/ou… terminer votre paragraphe en le laissant en suspens...

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Rédigé par Atelier Ecriture

Publié dans #Ecriture collective

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Publié le 21 Avril 2017

Publié dans #Policier

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