Publié le 8 Janvier 2018

 

 

La jeep pila sous le coup de frein énergique. Derrière le pare-brise glacé, Hervé se dressa, remonta ses lunettes sur son front, fixa l’horizon devant lui d’un air effaré. L’effort de concentration pour identifier ce qui se dressait, là-bas, dessinait une profonde ride entre ses sourcils.

 

 

Le soir se teintait de taches roses. Autour de lui, la plaine s’estompait, les arbres maigres se diluaient dans la brume. Le temps tournait, le ciel blanc virait au gris sombre, la tempête de neige menaçait.

Dans sa jeep sans toit, ni protection d’aucune sorte, il n’avait que son manteau en peau, chaudement doublé de fourrure, certes, mais insuffisant pour passer la nuit dehors, au milieu de rien et loin de tout. Figé comme une statue, il laissait le vent givrer sa barbe grisonnante et emmêler ses cheveux.

Une lueur blafarde montait dans la plaine. Là-bas… où était sa cabane… Là-bas, où il y aurait dû avoir la nuit.

Pas assez rougeoyant pour un incendie, pensa Hervé, et pas de fumée non plus…

Il soupira, se remit en route, roula quelques kilomètres, s’arrêta devant l’incroyable. Une place illuminée, bordée de façades d’immeubles doucement éclairées d’ocre s’étaient matérialisée en l’espace d’une journée. Des centaines de personnes y étaient rassemblées, balançant à bout de bras une multitude de lumignons blancs, sans doute leurs téléphones portables. Comme à un concert. Sauf qu’il n’y avait aucune musique. Un silence absolu dansait sur la lumière, les gens tanguaient, roseaux fragiles sous la brise d’hiver. Personne ne semblait avoir remarqué Hervé. Pourtant, il ne passait pas inaperçu avec son engin pétaradant, son look d’homme des bois. Ce qu’il était, en fait. Un solitaire vivant de presque rien. Des années qu’il s’était retiré dans sa tanière, en animal semi-sauvage fuyant le monde et le bruit.

Il se dressa à nouveau, remonta ses lunettes sur son front, plissa les yeux à la recherche de sa cabane. Elle avait disparu.

Hervé descendit de la voiture, se dirigea vers la foule. Sur la place flottait une odeur doucereuse, effluves de fruits trop mûrs, relents de matières en décomposition. Autour de lui, les gens continuaient à se balancer mollement, le regard en adoration, insensibles à sa présence. Comme en transe.

Il s’avança, tendit le cou dans la même direction que ceux qui l’entouraient. Jouant des coudes, il se faufila, traversa la place. L’odeur devenait de plus en plus forte. Il tourna au coin de la rue. Là, le choc !

 

La statue d’un lapin immense se dressait à l’angle du mur. Aussi haut qu’une maison de deux étages. Une statue particulière. Composée de détritus de toutes sortes, papiers, cartons, ferrailles, tissus, plastiques, enfin, tout ce que l’on trouve dans les ordures, odeur y compris.

 

En y regardant de plus près, Hervé distingua le paillasson de sa cabane, puis le plaid qu’il avait oublié sur la chaise en bois du jardin… et la chaise. Elle aussi avait rejoint la sculpture. Bon sang ! Toute la cabane y était-elle passée ?

 

Les bras ballants et l’air perdu, il scruta la foule, cherchant quelqu’un à qui se raccrocher, un ancrage dans le réel, mais le lapin géant avait tout aboli.

P’tain ! Ma cabane… Pas le temps de formuler une pensée cohérente qu’il sentit un poids tomber sur ses épaules. Littéralement. Deux bras ronds et roses dégoulinèrent de part et d’autre de son cou. Une mèche blonde suivit, camouflant à demi un visage juvénile.

Une jeune fille, yeux fermés, toute molle, s’appuyait sur son dos, incapable de tenir debout. Bien chargée, la petite… Délicatement, Hervé la fit pivoter, la prit dans ses bras, l’assit tant bien que mal dans la voiture.

La fille dodelinait, murmurait des sons incohérents. Il lui donna un peu d’eau, lui tapota les mains, les joues. Elle ouvrit enfin les yeux, le fixa intensément. Déjantée, mais belle gosse…

Hervé lui sourit :

Ça va mieux ?

La fille fit oui de la tête. Bon signe, ça…

Tu peux parler ?

Re-oui de la tête. On progresse…

Tu peux m’expliquer ce qui se passe ? C’est quoi ces gens, ce lapin ?

C’est les Recycletous ; ils recyclent les déchets, en font des idoles. Quand une idole est érigée, le Grand Gourou Recycletou nous appelle pour la cérémonie de l’Adoration.

Hervé la regarda, dubitatif. Se fout de ma gueule, la miss… ?

La cérémonie de l’Adoration d’un lapin en détritus ? demanda-t-il.

Oui.

Et… c’est ça qui vous met dans cet état de zombie ?

Non, s’insurgea la jeune fille, on est en transe. C’est grâce au Nectar Précieux que le Grand Gourou Recycletou nous a donné pendant la cérémonie.

Hervé opina. Sacrée mixture, ce nectar… Il observa à nouveau la place qui commençait à se vider. Il réalisa alors qu’elle était factice, les immeubles n’étaient que des façades, comme un décor de cinéma. Les gens s’éloignaient, emportaient un morceau d’ordure de lapin avant de partir. Merde, mon plaid… ma cabane... ?

Et ma cabane ? demanda-t-il à la fille.

On l’a déplacée.

Pourquoi ? Vous pouviez pas faire votre truc ailleurs ?

Non, c’est la lune qui décide. Elle a dit que c’était cet endroit-là, précisément qui était désigné.

Hervé leva la tête vers le ciel. La pleine lune brillait. Il se frotta la moustache, s’enquit :

Et... elle sera où ma cabane ?

Viens, répondit la jeune fille, je vais te montrer.

La jeune fille entraîna Hervé sur la piste. Ils contournèrent la place factice. L’envers du décor n’était que vastes panneaux de bois.

Pourquoi construire une place pour vos cérémonies ? demanda Hervé.

Pour représenter la ville. C’est la ville qui génère le plus d’ordures, c’est notre temple amovible. On le construit et on le démonte au gré des injonctions de la lune.

Mmmm…

Hervé opina, puis :

Pourquoi le silence ? Tout est extrêmement silencieux. Même maintenant, les gens s’en vont sans paroles, sans bruit.

C’est prière et tristesse, répondit la fille. Prière pour un monde plus sain, plus respectueux et tristesse devant ce que nous en avons fait. On espère sensibiliser l’opinion par nos messes silencieuses et lutter ainsi contre tout ce qui nous étouffe et nous tue. La Cérémonie de l’Adoration, faut prendre ça au second degré. On n’est pas une secte, on dénonce aussi les sectes en les tournant en ridicule en glorifiant les détritus.

Je vois, marmonna Hervé.

Mais je ne vois toujours pas ma cabane, ronchonna-t-il in petto.

 

La jeune fille marchait devant lui. Elle s’engagea sur le sentier qui menait au lac. La nuit les enveloppait. Le froid piquait les joues, crépitait de givre sur sa moustache. La lumière blanche de la lune, brisée par les branches enlacées, tombait en éclats sur le sentier, pas japonnais aléatoires.

 

 

La forêt s’ouvrit soudain, dévoilant le lac. Il s’étalait devant eux, bleu, mauve, ondulant doucement, bercé de reflets d’argent. Le ciel l’épousa de la même teinte mauve et nacra ses nuages pour parfaire l’harmonie. Entre le ciel et l’eau, des montagnes blanches et bleues protégeaient une forêt sombre. Au bord du lac, toute chaude de son bois couleur miel, la cabane réchauffait l’hiver.

 

Hervé s’arrêta. La jeune fille se retourna vers lui.

Elle te plaît comme ça ? On l’a un peu modifiée…

 

 

Un peu modifiée ? Sa cabane de bric et de broc s’était transformée en chalet magnifique ! Une vraie maison, accueillante, mais c’était toujours sa cabane, il la reconnaissait malgré les changements.

Comment avez-vous fait cela ? s’étonna-t-il.

La jeune fille sourit :

On a gardé son âme, on y rajouté un peu de la nôtre…

Puis, elle l’embrassa et repartit sur le sentier, vers les siens. La nuit l’avala aussitôt, elle disparut.

La lune en fit autant, plongeant derrière les montagnes. Le silence dense pesa d’un coup sur le cœur d’Hervé. La solitude, il l’avait choisie comme une expiation. Peut-être avait-il suffisamment payé… Il voulait voir cette rencontre comme un signe, une étape de sa vie. Cette jeune fille… Sa fille aurait eu à peu près le même âge… Il avait trop bu ce soir-là… le virage, l’accident, sa petite princesse ensanglantée, sa petite princesse inanimée, sa petit princesse morte. Des larmes incontrôlables se frayèrent un chemin jusqu’à ses yeux, libérant des sanglots retenus depuis trop longtemps. Il pleura toutes ces années cadenassées, puis, apaisé, se remit en route vers sa cabane-chalet. Demain, demain… demain, la vie l’attendait...

***

ÉPILOGUE

 

 

Le Grand Gourou Recycletou attendait sa fille :

Où étais-tu passée ? Je t’attends pour partir.

J’ai raccompagné le propriétaire de la cabane, répondit-elle.

Ah ! Il est venu… Qu’a-t-il dit ?

Il semblait perdu…

La jeune fille réfléchit un instant.

Il m’a demandé ce qui se passait. Je lui ai expliqué notre idéologie. Il a paru surpris. « Adorer un lapin ? » qu’il a dit en secouant la tête... C’est sûr que ce n’est pas facile à piger… Mais bon, il a été plutôt sympa. Ce qui l’inquiétait, c’était sa cabane. Il m’a demandé plusieurs fois ce qu’on en avait fait. Alors je l’ai accompagné au bord du lac. Quand il l’a vue, il s’est écrié : « Comment vous avez fait ? »… Faut dire que le spectacle était saisissant au clair de lune ! Je lui ai répondu qu’on avait gardé l’âme de la maison tout en y rajoutant un peu de la nôtre. Ça a eu l’air de lui convenir, alors je suis partie.

Tu as bien fait, ma fille. Il est temps pour nous de rentrer, le jour se lève déjà…

 

Hervé se lève aussi. Devant sa fenêtre, le lac scintille en rose, effleuré par un rayon de soleil. Aujourd’hui, pour le premier jour de sa nouvelle vie, il s’autorise à à penser au passé, à Christine, son épouse… Dix ans qu’il n’a plus de nouvelles, qu’il n’a pas cherché à en avoir… Il entend encore sa prière… « Ne t’en va pas, c’est trop dur toute seule... »… Aucun reproche, aucune haine malgré sa responsabilité dans la disparition de leur enfant… Et lui, perdu, avait murmuré : « C’est trop dur avec toi... », incapable de la regarder. Il était parti pour fuir sa culpabilité, son chagrin, sa petite princesse morte…

Il secoua la tête, se servit un café bien noir, saisit son téléphone :

Allô… Christine ?

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Rédigé par Mado

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Publié le 8 Janvier 2018

Du système à l'ancienne " la rêverie" à la pensée informatisée.

Delphine rêve à quoi, à qui, en position allongée, entourée de ses amis les livres, effondrée, le regard interrogateur sur un fruit, lequel ! une orange bien ronde comme la terre, imagination de chacun sur sa vie et ses origines.

La terre est ronde, pas tout à fait, on sait qu'elle est aplatie aux pôles, pourquoi ?

La soirée s'annonce pleine d'interrogations....

Je la mange, sa couleur, son odeur me tentent, non je l'admire, ce fruit si parfait, qui peut avoir été cueilli dans ces pays lointains, par des gens de couleur, de coutumes différentes, mais qui nous ressemblent malgré tout. Ce fruit ne leur inspire qu'un agrume en l'état primaire et c'est bien.

Donc revenons à cette situation latente d'effondrement de fatigue, de solitude ou autre état qui a raison de soi.

Pourquoi, c'est bien aussi de ne penser à rien, c'est difficile aussi, moi je n'y arrive pas, mon esprit ne me laisse pas tranquille, mais bon là c'est pas moi, c'est Delphine, en regard de son attitude, elle me fait penser à une actrice des années 1960, Brigitte Fossey dans un film dont je ne me souviens plus du titre, ou à Simone de Beauvoir  préparant mentalement son prochain bouquin qui me plaira certainement.

Mais l'héroïne a une idée derrière la tête, son esprit vagabonde et l'être aimé attend patiemment, il est à l'heure actuelle des nouvelles technologies, mais l'attraction qui les unit est si forte qu'elle aura raison de leur attente....

 

Donc Delphine avait la pensée vagabonde, mais l'être aimé l'interrompit.

Revenons à la réalité des événements, à la concrétisation des sentiments envers l'autre. Jérémy sort son amour de sa torpeur. Delphine voit son téléphone s'allumer et se tortiller sur place. Le jeune homme est sur sa tablette, jouet tenant une place implacable dans les mains de son propriétaire.

- Je pensais à toi, l'envie impérative d'entendre ta voix, je te connais échafaudant mille et une pensées, plus utopique les unes que les autres.

 

Comment vas-tu, tu sais que je t'aime.

Il entend Delphine rire aux éclats, puis un milliers de bruits plus bizarres.

- Que se passe-t-il ma chérie?

- Rien, dans deux minutes je suis à la galerie.

Jérémy se trouvait avec un ami, le jazzman de service, un intello, avec un rire épouvantablement communicatif.

Et Bip Bip, l'invité surprise, petit robot tout blanc, récupéré dans l'atelier des copains farceurs, à l'esprit inventeur, c'est leur métier, la grosse boite qui les emploie est la dernière génération en matière de robotique.

- Bonjour jolie demoiselle, articule avec délicatesse ce petit androïde, tout en s'avançant vers Delphine, lui prenant la main et fixant sur elle ses beaux yeux bleus.

- Quelle surprise, mon chéri, finies mes rêveries frénétiques, là je suis dans la réalité, c'est une vision concrète du monde de demain. Ça me fait du bien.

Puis en quelques secondes, regardant ce petit personnage, malgré elle des pensées peuplent son esprit. La jeune femme est peintre, de l'abstrait, ses œuvres se sont tournées vers le surréalisme inspiration Dali dans sa folie, ce sentiment ne l'atteint pas encore, mais...

Jérémy la prenant par le bras, lui chuchote à l'oreille :

- On se réveille, j'ai eu des échos de ton expo, tu as encore vendu un tableau.

Soudain les yeux de Delphine s'allument, on va fêter ça.

- Et moi, et moi, dit Bip Bip, je ne vais pas rester tout seul !!!

Puis voyant notre détermination, le petit robot retourne à sa place.

 

Une sortie nature sans téléphone et tablette.

Delphine porte des lunettes cela lui va bien, pense Jérémy. Journée écolo, le matériel est là, j'espère que l'on a rien oublié.

Charmant avec sa chemise à carreaux, on est dans les mêmes couleurs, se dit la jeune femme.

Examinons la situation, des espèces rares ont été découvertes dans le lac, il faut effectuer des prélèvements et le rapporter au labo, l' eau est un vaseuse ici, lance Delphine.

Que les herbes sont hautes fines et sèches, se dit Jérémy en arrachant l'une d'elles.

Tu as vu si près du bord, c'est une grenouille naine, oh le canard a eu peur!

C'est un coin du lac tranquille avec les cygnes et leurs petits qui nagent en silence, répond la jeune femme.

A ce moment Jérémy prend la main de son amie :

On est bien ici, qu'en penses-tu? On pourrait pique-niquer!

Si elle accepte, je lui fais ma déclaration, sinon on continue nos recherches.

Volontiers le temps et le lieu s'y prêtent.

Laissant leurs bocaux, épuisettes et autres ustensiles de côté, les amis s'entretiennent de leurs sentiments.

Il est gentil, attentionné, tiens un voilier au loin!

Le repas touchant à sa fin, Delphine se lève :

Tu as vu la statue de Charlot un peu plus loin près du massif de fleurs ? Il a gardé son sourire amusé.

Le ciel se couvre, l'appareil photos rentré, leurs affaires sont rapidement prêtes et la voiture n'est pas loin.

Je l'aime bien aussi avec ses cheveux lâchés!

Regarde, on a quand même recueilli quelques bestioles.

C'est une histoire d'eau, de fluidité, de sentiments ordinaires dans un décor de silence, de réflexion et de travail. Ils se ressemblent, c'est une attirance particulière qui peut durer dans le temps!!!

La journée se terminait doucement, les abords du lac avaient par leurs découvertes fécondes enrichie les recherches de Delphine et de Jérémy. Du bleu irisant l'eau translucide, les cygnes et les canards en renvoyaient des ombres immatérielles. C'était une invitation à tout oser, mais il fallait rentrer.

 

 

Chemin faisant, le ciel ressemblait de plus en plus à de gros personnages fantasmagoriques, oppressants, menaçants avertissant par leur noirceur que quelque chose de terrible pouvait arriver. En traversant le pont il fallait avoir du courage car son étroitesse ressemblait à une main de sorcière tendue, prolongée par un bras long donnant l'impression que la route n'en finissait pas. L'atmosphère générale était comme une image inerte.

Qui vivait là entouré d'ombres, tout semblait d'un calme, d'un noir, la mise au rebut par le dieu de ténèbres. L'eau stagnante reflétait timidement les derniers rayons du soleil et paraissait ne pas vouloir mourir. Le ciel de Zeus commençait à vibrer d'éclairs, l'onde de la déesse allait inévitablement recevoir par des flèches empoisonnées la fureur des dieux. A moins que dans un élan de compassion pour nos deux promeneurs un dieu bienveillant lance sa palette de peinture pour qu'un éblouissant et majestueux arc en ciel n'apparaisse comme un ordre donné. Couleurs fugaces, dégradés téméraires avec ses tons primaires et secondaires qui n'ont rien demandé mais étonnent toujours par leur beauté.

Sur l'autre rive, les arbres font des ombres accueillantes, le bruissement de leurs feuilles encouragent à l'aventure, ni Zeus ni autres sorcières ne semblent atteindre nos deux jeunes et de la journée ne retiennent que les tendres instants et le doux aveu de Jérémy pour sa belle aux yeux de velours.

Quittons cet endroit lugubre tout droit sorti d'un conte de Grimm, retrouvons nos objectifs premiers, nos habitudes terre à terre de la vie grouillante et dénaturée de la ville.

...

Delphine pensait à l'évolution de sa vie, le tournant de son existence de rêveuse compulsive.

Ma puce tu es encore partie dans tes songes !

Que lui répondre oui c'est vrai, je me disais que cet état de fait était bon pour écrire, projeter sur papier

toutes mes rêveries, mes émotions. Mes amies me sortent de ma torpeur, que me dit Elise?

Je suis là, tu m'entends, me hurle cette dernière en me prenant dans ses bras, me secouant vivement.

Son amie est extraordinaire, affirme Paul à quelques relations, belle, intelligente en plus de la peinture

(elle vend pas mal ..), elle se lance dans l'écriture.

A vrai dire, se dit Jérémy, pourquoi lui reprocher son manque d'attention ? Delphine fixe ses pensées sur des sujets qui ont leurs importance , on ne les connaît pas forcément et cela nous dépasse parfois.

Te souviens tu lorsque nous sommes allés au bord du lac, des événements nouveaux, un décor particulièrement calme, là tu étais transformée, plus de pensées irréelles.

C'est vrai, se remémore Delphine, mon amoureux a raison, j'ai peut être besoin de changement de temps en temps.

Qu'avez vous fait à Vevey l'autre jour, s'informe Paul ?

Justement j'y songeais, se dit Jérémy.

Très bien on a pu recueillir des échantillons pour le labo, le temps était superbe.

Mais en fin de journée on a du traverser la tempête, les éléments se sont déchaînés, c'était l'enfer, ajoute la jeune femme.

Elle exagère, pense en souriant le jeune homme.

Oui le paysage a été différent, mais on peut retenir une palette de couleurs de l'ocre du soleil couchant au sombre de la nuit qui tombe, rendue agressive par les éclairs de l'orage.

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Rédigé par Dominique

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Publié le 8 Janvier 2018

ATELIER n°1 : L'INCIPIT

 

La photo, bien que muette, est un complément utile pour illustrer un texte.

Parmi les photos proposées, choisissez votre personnage et écrivez l’incipit de votre histoire en utilisant ce que montre ou suggère la photo.

N’oubliez pas que d’autres photos seront proposées lors du prochain atelier afin de poursuivre votre histoire, à la manière d’un logo-rallye.

La contrainte principale est d’arriver à tisser un fil rouge d’un cliché à l’autre.

  • Les personnages féminins

 

Cliquer sur les photos pour les agrandir.

ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°1 - L'INCIPIT
ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°1 - L'INCIPIT
  • Les personnages masculins :

 

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ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°1 - L'INCIPIT
ÉCRIRE SUR DES PHOTOS - Atelier n°1 - L'INCIPIT

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Rédigé par Atelier Ecriture

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Publié le 8 Janvier 2018

 

Te souviens-tu, Jean-Michel, de toutes ces musiques qui ont accompagné nos moments de joie ?

Te souviens-tu, Jean-Michel, le jour de notre mariage quand, dans cette église, retentit la cérémonieuse Marche nuptiale de Mendelssohn ? La forêt du Songe d’une nuit d’été entrait dans la petite chapelle. Des trompettes s’échappait l’air humide des profondeurs de la terre. Tu me regardais à l’autre bout de la nef tandis que, encouragée par les archets énergiques des violons, j’avançais sur ton chemin pour réunir nos deux destins. Tremblante comme les pierres de l’édifice face à la puissance des staccatos, je te fixais avec joie. Le temps était suspendu. Mais quand le grave Wagner résonna depuis l’orgue, le doute traversa nos regards : Allions-nous tenir cette alliance jusqu’à notre mort ?

Au fur et à mesure de l’après-midi, l’ambiance s’allégea. La joie s’exprima au travers de sonorités plus sauvages. Sous le tympan de l’église, la pluie aiguë de riz s’immisça dans nos chapeaux, nos décolletés et nos rires. Puis les Vuvuzelas sonnèrent avec fracas, brisant l’ambiance religieuse. Le bouquet final restait à venir avec le concert de klaxons fortissimo de notre parcours niçois qui sema dans la ville une cacophonie assourdissante. Hébétés par tant de liesse, main dans la main, nous laissions le bonheur éclater, heureux de le faire entendre au monde entier.

Après ce vacarme, le calme réapparut avec le tintement élégant et discret des coupes de champagne dans cette belle villa d’inspiration italienne où les bulles s’évertuaient à croître l’effervescence de la réception dont nous étions les roi et reine. Plus tard dans la soirée, la danse s’annonça avec Strauss et mon père me fit valser, valser et encore valser. Impérialement. Majestueusement. Puis il me confia à tes bras dès que les premiers accords du rockabilly traversèrent les baffles de la sono. Passes bras dessous bras dessus, sur le côté ou même derrière, nous tournoyions dans le sens de la vie sous les boums boums de la batterie et les ouins ouins des guitares électriques.

Nos visages colorés tantôt de rouge, tantôt de bleu par les projecteurs ont compliqué la tâche du photographe, qui n’a pas manqué de shooter ma jarretière dévoilée au détour d’une acrobatie dont tu maîtrisais la technique. Enfin, le point d’orgue de cette agitation, fût la musique Lounge du CD Première nuit d’amour des Mariés que ta sœur nous avait concocté.

Des années après, au zénith de notre vie de couple, les musiques lancées à plein tube pendant les fêtes organisées avec nos amis et nos enfants, tourbillonnaient dans la maison conviviale de mes rêves.

La maison conviviale de mes rêves, le mariage de mes rêves, la vie sociale et sentimentale de mes rêves. Tout cela fait beaucoup de rêves, Jean-Michel, tu ne trouves pas ? En vérité, nous ne sommes pas allés au-delà de l’amitié. Tu as choisi une autre option que celle de continuer à répondre à mon sourire. Celle de te donner la mort, muselé dans le murmure incessant des notes noires de tes tourments. Aujourd’hui, il n’a rien que du silence autour de ton nom, autour de la douce mélodie que la prononciation de ton nom offre à l’Univers.

La musique est au-delà des mots, atteindrait-elle aussi les morts ? Démunie face à ton cercueil fade et lisse qui rejoindra la chaleur des flammes puisque tu as refusé la chaleur de mon cœur, j’écoute l’Ave Maria de Gounod chanté par Maria Callas pour adoucir cet instant suspendu où je veux croire qu’il reste encore un peu de toi sur cette terre.

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Rédigé par Marie

Publié dans #Musique et Danse

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Publié le 8 Janvier 2018

Posé sur une nappe en velours lie-de-vin plus ou moins douteuse, mon corps de laiton est exposé aux caresses du vent iodé de Deauville. Les empreintes des doigts agiles de mon maître ont été chiffonnées avec soin. Le souvenir de la douceur de ses lèvres sur mon embouchure et de son souffle si vital s’en vont à vau-l’eau. Mes lalala s’envoleraient bien de nouveau mais seul mon extérieur reflétant les nuages semble s’animer encore. Les rares passants en guenille s’émerveillent devant mes quatre pistons. Parfois des exclamations, parfois des interrogations, parfois des critiques. S’ils savaient quelle star j’ai été. Avoir rayonné sous les spots de toutes les salles de France et de Navarre, de New York et de Dakar, quel destin ! J’en ai vu des visages pleins de joie au son de mon pavillon, oh la la. Mon Dieu, que j’en ai connus. Mon corps et mon cœur étaient alors un feu de joie permanent, pour ne pas dire un jeu de foi permanent… Puis les moments difficiles sont arrivés, c’est vrai. Mais jamais je n’aurais pensé échouer ici. Me retrouver là, au gré du vent, au côté d’une petite étiquette intitulée « 2.5 kg Laiton 200 000 yuans », ça me fend le corps. Pourtant Michoutou me l’avait bien dit : « Chérrri, il faut touyours rester humble, sinon tu vas perrdre la face un jourrr. Les feux de la rrrampe sont bien moins colorrrés quand la rrrampe est descendante, crrois-moi ». Mouais… Au moins j’aurais vécu des moments de gloire. Quel destin !

Je me souviens du début de cette aventure à deux. De ces heures et de ces heures, face au mur décrépi de sa chambre de bonne où Nassim me tripotait de ses doigts mal affirmés et essayait de m’insuffler grossièrement de l’air. Je fis des efforts et lui aussi. Sa langue et ses lèvres ! Il les positionnait mal ! Tous les jours, il me tripotait au moins deux heures. Une heure le matin et une heure le soir. Et vas-y que je te mette la langue comme ci, et puis la bouche comme ça. Bouh, le vilain, il me rendait fou avec ses erreurs de placement. Puis du jour au lendemain, ses doigts et sa bouche trouvèrent le truc et ne me quittèrent plus de la journée. Et mes yeux ne quittèrent plus ce mur. Les morceaux s’enchaînèrent, s’enchaînèrent et nous enchaînèrent tous les deux. Oh, là là, j’en ai bavé et sué ! Mais quelle envie d’apprendre et quelle ardeur à se perfectionner ! J’en devenais tout tralala. En revanche, question horizon, quelle poisse ! Être face à ce mur décrépi toute la journée, vous pensez d’une perspective d’avenir ! D’années en années, mes illusions s’effondraient au rythme des chutes du crépi. Ah, et puis cette humidité, brrrrrr. Elle me faisait froid dans le piston.

Un jour, j’eus le droit de sortir par intermittence. Hourra ! Merci petit Jésus ! Face à moi, une rangée d’hommes et de femmes à lunettes, assis dans un amphithéâtre en train de noter. Haydn. Je trompetais solennellement et gaiement. Je laissais faire Nassim avec ses adagio, forte, legato, et staccato. Triolet et re-triolet. Il accumula les médailles dorées et les trophées argentés. S’ensuivirent des jours entiers où je me retrouvais face au front de jeunes enfants et au pavillon de consœurs. Un vrai défilement ! Les garçons et les filles tenaient une petite trompette argentée dans leurs petites mains. Nassim l’appelait la Piccolo ! Moi la schtroumpfette ! Non mais, faudrait pas qu’elle me vole la vedette, la nénette ! Les élèves jouaient Bach tant bien que mal. Quelle dissonance ! Et encore, quand le Son sortait ! Nous cacophonions joyeusement dans une petite salle éclairée d’un blanc pas beau du tout, mais alors pas beau du tout, naan. Ce blanc ne me mettait pas du tout à mon avantage, oulala non. Aucune trompette ne peut être à son avantage sous des néons blafards, alors ça non, je vous le dis franchement. Beurk ! Et puis la résonance, oh lala, c’était épouvantable ! Cela dit, j’étais plus heureuse que face à mon mur !

Puis, la grande vie débuta. Hourra !! Adieu mur décrépi. Youpi ! A moi la libertad ! Face à des dizaines de visages éclairés en clair-obscur par des lumières tamisées, je trompetais de toute mon âme. Quelques volutes de fumées brouillaient ma vue. Cigares de Cuba. Gitane. Malboro. Par-ci, par-là, des effluves de whisky tourbé et de rhum ambré. Les spectateurs écoutaient la moindre note, la moindre respiration. Leurs pieds scandaient discrètement le tempo, leurs têtes dodelinant. Des petits mouvements certes mais pas de palabres. Ça ne jasait pas quand on jazzait, ça non ! Nous avions le droit à de vrais puristes ! Ma sonorité était claire, mon pavillon vibrait de sons purs et de pair, nous entraînions les spectateurs dans les méandres de leur imaginaire. Les notes s’écoulaient telles des feuilles flottantes au rythme du courant d’une rivière avec leur pause, leur cassure et leur flux tranquille. Jazz en scène. Water babies, I fall in love too easily, et j’en passe… Ces notes courtes puis longues me traversaient. Vitales vibrations. Notes aiguës, souffle puissant, je tremblais de tous mes membres. Soufflement long ou notes courtes. Crescendo. Decrescendo. Puis, je tralalalais rapidement. Et enfin la note s’envolait vers l’infini. Le piano me répondait, les cymbales m’étourdissaient avec leur frottement de balais. Nassim m’en faisait voir de toutes les couleurs. Je jubilais. J’avais l’impression d’être l’actrice principale de Taxi Driver. Ce que je préférais par-dessus tout, c’était la sourdine. Quand Nassim me massait avec la sourdine wah wah, j’exprimais des waouh waouh. J’en étais toute chose, vrai de vrai. Mon corps de laiton résonnait de tout ce volume gardé en moi. J’aimais ça, j’aimais ça, oulala que j’aimais ça !

Au lendemain de ces orgies mélodieuses, la bouche de Nassim faisait grève. Sa lèvre supérieure en avait pris un coup. J’en profitais pour refroidir mon embouchure et mon pavillon. C’était le moment où nous étions enfin seuls. Pfiou… Un air de dimanche tranquille. C’était aussi la fête aux câlins. Au programme : des glouglous huilés, des guili guili avec le chiffon, des scratch-scratch avec les brosses bizarres et des bisous bisous parce que je le valais bien. Mmmm… c’était bon.

L’aventure continuait avec son flot de nouveautés. C’était excitant de vivre comme ça ! Certains jours voire des semaines entières, j’étais face à un microphone noir, rond et plat. Un trou noir, quoi. Bof… Mais plein de surprises. Si si ! Il gobait toutes les sonorités issues de mon pavillon. C’était bizarre d’écouter ma voix. Je rencontrais d’autres cuivres : trombones, saxos, et même des ouds, accordéons. Nous étions tous des stars et chacun avait le droit à son micro. Au-delà du mien, le mur s’était transformé en un mur de verre. C’est sympa le verre, on peut se voir dedans. Whouaouh, que je suis belle ! Surtout dans les mains de Nassim !

Les grands grands supers soirs, c’étaient des explosions de lumières. Du rouge, du jaune, du bleu ! Des ronds, des rais, des balayements, des flashs ! Un vrai feu d’artifices, d’artifesses et d’artifaces ! Les baffles gonflés à plein poumon, la joie dans le souffle de Nassim, nous trompetions toutes voiles dehors. Des centaines de paires d’yeux et d’oreilles étaient là pour nous ! Avec le trio, je trompetais avec brio. Piano et contrebasse étaient mes confrères. Le mur s’était métamorphosé en mur d’étoiles. Mais la star, c’était moi. Sur le devant de la scène, tout pavillon devant, j’étais la meilleure. En toute humilité. D’ailleurs, quand Nassim improvisait, j’étais la plus applaudie. Les autres l’étaient un peu, certes, quand chacun jouait son set, c’est normal, mais c’était surtout moi. Si si, vous dis-je ! C’est sans doute parce que j’étais différente. Ben oui, et alors, qu’est-ce qu’il a mon pavillon ? Vous voulez les voir de plus près mes quatre pistons ! Pfff… Elle m’énerve celle-là. Ben quoi ? Oui, c’est pas donné à tout le monde d’avoir quatre pistons ! Ah ssaaa sss’est sssûr que j’en ai eu des jalouses !! Ben ça sert à quoi les quatre pistons, vous demanderont les thons ? Ben sans les quatre pistons, on n’peut pas jouer les quarts de ton ! Pas de musique arabe possible, ni d’originalité ! Nassim s’était enfin démarqué. Le classique, le jazz c’est beau, mais il fallait bien que Nassim me compose des trucs spécialement pour moi, enfin pour nous !

Ah la la, que de souvenirs heureux !

Et puis il y eut la dégringolade, la descente aux enfers. Sniff… Ça parlait chinois partout. Il paraît que l’arrière-petit-fils de Mao avait pris le pouvoir en France. Il imposait de nouveau le code du livre rouge. Interdites la musique française et arabe. Interdits les artistes. Place à la société ouvrière ! Mon corps de laiton ne servirait plus que des ambitions industrielles. Adieu la musique, l’évasion, la vibration cosmique des notes de musique. Aaarrrhhh, bande de dégénérés ! A bas les dictateurs ! Vive les créateurs !

Soudainement, je sens mon corps être pris par une grosse main sale. Oh non, ça y est je vais être mis dans la fournaise. Aaahhh !!! Mon Dieu, sauvez-moi ! Naaann ! Puis j’entends, « Chut…. Chut… c’est moi, c’est Nassim ». Pfiou… j’ai eu chaud ! Et là, il me serre tout contre lui, me caresse le piston, le pavillon, les touches et tout le toutim ! Ah, Nassim ! Que je t’aime !

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Rédigé par Marie

Publié dans #Musique et Danse

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Publié le 4 Janvier 2018

Hier matin, Chet a été retrouvé sur le trottoir, en bas de l’hôtel. Il est tombé par la fenêtre. Nul ne sait s’il s’y est jeté ou si on l’a poussé. Ce qui est sûr, c’est qu’il avait pris une bonne dose de cocaïne. Il n’en est pas revenu.

 

Depuis, je ne suis que l’ombre de moi-même. Pensez, plus de quarante ans qu’il était le seul à tirer de mon cuivre des sons à vous déchirer l’âme. Nous étions inséparables. Il prenait grand soin de moi. Même quand il avait bu un coup de trop ou absorbé des substances étranges, il n’oubliait jamais de me déposer avec précaution dans mon étui. Et régulièrement, il lustrait mes pistons pour que je sois toujours étincelant. Dans son ivresse ou sa défonce, il me parlait parfois, comme à un ami et je l’écoutais.

 

On en a passé de bon moments ! Aux répétitions du quartet, je retrouvais mes amis le piano, la contrebasse et la batterie. Pendant les concerts, je savourais les applaudissements qui saluaient chacun de ses solos. Je voyais parfois perler une larme aux yeux d’un spectateur.

 

C’était la belle vie ! Des tournées dans le monde entier, le succès partout, parfois le triomphe. Les seuls moments où il me lâchait, me posant comme à regret -je n’en était pas jaloux d’ailleurs-, c’était pour improviser de sa voix rauque un chorus encore plus bouleversant que les sons qu’il tirait de moi.

 

Tout le monde l’adorait. Mais lui, il avait au cœur une terrible blessure et la noyait dans l’alcool et les drogues. Ah ! Les retours au petit matin dans les chambres d’hôtel, titubant et fredonnant encore quelque petite ballade d’une voix brisée. Dans ces moments-là, j’étais son seul compagnon, il me confiait ses doutes, ses peines.

 

Et voilà. Le blues qui n’avait cessé de le hanter l’a emporté. Que vais-je devenir ? Je n’ai plus le goût de continuer. Ce que je voudrais -mais vont-ils le comprendre- c’est rester auprès de lui, parmi les fleurs. Ses amis viendront lui rendre un dernier hommage, en musique bien sûr, et je reconnaîtrai mes meilleurs morceaux, ceux qui l’ont fait connaître partout dans le monde. Après ce dernier moment d’émotion, je pourrai reposer en paix avec lui.

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Rédigé par Monique

Publié dans #Musique et Danse

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Publié le 27 Décembre 2017

 

Je suis né voilà trois siècles environ, dans un petit atelier à Crémone, en Lombardie, entouré de nombreux frères et sœurs…

J'ai voyagé par-delà les mers et les terres, j'ai vibré au fil du temps et des cultures.

Antonio Le luthier m’a donné naissance par ses gestes sensuels, gravés dans la mémoire collective. Amoureux du métier jusque dans ses moindres détails.

Il sait poser sur mon corps galbé un vernis novateur, une huile dédiée aux peintres, colorée d'un camaïeu de rouges chatoyants. Un mélange unique.

Mais... l'apparence n'est pas tout.

J'ai vécu multitude de vies. Connu Mozart et ses frasques amoureuses, Maria puis Clémence, sa sœur, également charmantes. Un petit malin celui-là, il a su composer de savantes mélodies… Un vrai génie, frisant le burn-out, comment on dit maintenant..

Et puis Ludwig, un peu plus renfermé. Il m'a un peu cassé les cordes, si je puis dire, jusqu'à ce qu'il ferme à jamais ses oreilles. Un must pour un musicien, et si jeune encore... c'est la vie !

Avec le temps, ma mémoire se fissure. Pourtant…

Je me souviens. Début du 20e. Il y a un siècle…

Le bruit des canons. Je suis sur le dos d'un nouveau maître, Maurice Maréchal. Il a troqué la musique contre un brancard. Sur le champ de bataille, il file, se faufile, en quête de blessés, fissurés, pour les mener vers des soins.

Un jour l’obus tombe à nos pieds. Il me porte dans une vilaine housse trop souple, bien plus fragile que l'étui de bois de ma jeunesse dorée. Je sens encore l'odeur, les éclats. J'explose littéralement.

Mon maître est mal-en-point. Mais il se remettra. Et tentera l'impensable. Me faire renaître… de mes cendres.

Il sauve mon âme, l’essence de mon art. Et me construit un nouveau corps à partir de résidus... des caisses de munitions. En connaisseur amoureux, il placera mon âme sous un chevalet improvisé, entre un fond de caisse et une table d'harmonie. Puis quatre cordes dont je préfère ignorer l'origine. Quant à l'archet...

Je grince un peu, mais ouïes sont voilées, je suis un peu fébrile. Mais un poilu fier de l'être, la plus mélodieuse des gueules cassées. Chacun veut ma photo.. dédicacée.

Je donne concert sur les champs de bataille, je vibre et exhale le son de la vie, le son d’une voix… humaine, dit-on.

En zone neutre, le soir de Noël, pour des soldats aussi jeunes qu ‘éberlués d’être là, dans le froid, sous le charme d'une douce symphonie. La langue universelle, celle qui réconcilie.

Un moment fort que j'encaisse avec joie. Il y en eut tant d'autres. Le lustre d'antan s’est patiné avec la maturité.

Et puis cette jeune femme. Juliette. Fin du vingtième, je crois. J'ai presque retrouvé mon corps d'éphèbe, luisant, voluptueux. Je bombe mon torse avec fierté tandis qu’elle me caresse, entre ses jambes, je suis au paradis.. un nid douillet dont on ne se lasse pas. Je rêve et gémis de plaisir. Pourvu que ça dure... Je suis soliste dans l'orchestre d'harmonie. Sous le soleil, exactement.

 

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Rédigé par Nadine

Publié dans #Musique et Danse

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Publié le 27 Décembre 2017

VIEILLE AU VIOLON

Une vieille dame au violoncelle qui rappelle une vieille dame au violon...

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Elle s'assoit discrètement au fond de la salle.

Son dos est voûté, ses yeux vifs, ses mains rougies par le froid ..

Elle tremble encore un peu en posant ses affaires, sous l'accoudoir du fauteuil de velours rouge.

L'orchestre finit de s'accorder, le silence se fait, la salle sombre dans l'obscurité.

Elle scrute lentement les silhouettes, collées à leur instrument, surtout les cordes, sur le devant de la scène. Le chef d'orchestre s'avance sous les acclamations, tourne le dos au public, puis lève les mains en un geste à la fois tendre et résolu.

Si longtemps qu'elle attend ce moment... Concerto à la mémoire d'un ange, pour violon et orchestre, composé au début du 20e siècle par Alban Berg. Un hommage appuyé à Mahler, et surtout à sa femme.. un requiem instrumental emprunt de nostalgie.

Elle laisse ses doigts effleurer les cordes de son rêve. Elle joue, le violon calé sous sa joue gauche… L'archet glisse en silence, égrène sa mémoire.

Sur scène, le violon solo semble emporté dans le même sillage, au gré des ondulations d'une robe de soirée vert émeraude.

Anna s'est endormie.

Elle est une enfant, un peu timide... Sa mère l'inscrit au Conservatoire en classe de violoncelle, puis de violon. Elle se révèle une élève douée, et se prend d'affection pour cet objet lisse, luisant, vibrant au gré des émotions. Il sera son ami.

Pendant plusieurs années Anna vivra la célébrité, avant de connaître l'oubli, comme par inadvertance, en lien peut-être avec une santé déclinante.. une scoliose qui s'installe.

Anna s'éveille.

Applaudissements. Le concert se termine, la salle surchauffée se lève pour une standing ovation.

Elle s'extirpe péniblement du fauteuil. Il est tard, un peu trop sans doute pour aller travailler. Elle prend tendrement l'étui dans ses bras, jette un œil sur la salle exaltée.

Son voisin la suit du regard, intrigué.. Il la connaît, cette vieille femme bossue qu'il écoute parfois jouer dans la rue piétonne, les doigts déformés, le dos plié comme sous le poids des souvenirs..

Elle sort à pas lents, dignement, sans se retourner.

 

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Rédigé par Nadine

Publié dans #Musique et Danse, #Ecrire sur des photos

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Publié le 19 Décembre 2017

 

Je n'aurais jamais cru, un jour me retrouver là, dans les mains de cet homme. Je suis devenue sa chose ; un jour d'été, il est rentré dans le magasin de la rue Lépante et entre nous ce fut le coup de foudre. Il me prit tendrement entre ses mains, me soupesa, me manipula et enfin je l'entendis dire au marchand :

Je la prends.

A partir de ce jour, je fus choyée comme un objet précieux déposé dans un écrin de velours rouge.

Quand je pense à ma famille, je suis fière de ma situation. Je n'oublie pas mes origines modestes et souvent je pense à mes parents et à mes frères et sœurs. Mon père et ma mère étaient fonctionnaires et tous les matins entre les mains du garde champêtre, ils roulaient pour annoncer les nouvelles. Mon frère fit une carrière dans l'armée, il fut même adjoint d'un officier supérieur. Quand à ma petite sœur, elle préféra rester au pays et travailla pour la Compagnie des Eaux.

C'est pour cela que les soirs, en habit de gala, je suis fière d'accompagner mon maître à l'opéra. C'est lui qui dirige l'orchestre et je peux dire que sans moi... Non ! Je plaisante, je ne suis que le prolongement de son bras.

J'ai écrit la généalogie de ma famille, elle remonte au temps jadis des contes de fée. Dans la famille Baguette, on trouve Magique qui a connu l'enchanteur Merlin, Tambour dont plusieurs membres portèrent ce nom sous Napoléon et sans oublier mes parents sourcier ! Ma sœur à qui on attribue des pouvoirs magiques, est-ce génétique ? Aujourd'hui mes cousins font parler d'eux dans le monde de la boulangerie, baguette, baguette.

Et moi je transmets à mes enfants ; tant qu'il y aura des orchestres symphoniques, nous serons là pour donner le tempo.

Assez parlé de moi et de ma famille, je retourne dans mon écrin, le rideau vient de tomber. Il est temps de rentrer.

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Rédigé par Bernard

Publié dans #Musique et Danse

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Publié le 18 Décembre 2017

Je suis le piano majestueux, présomptueux et indispensable dans un orchestre digne de ce nom.

Tout jeune instrument de musique dans une école, j’ai été ce qu'on appelle " droit " , c'est-à-dire plaqué contre un mur, ne tenant pas de place et parfois martyrisé par des chenapans qui s'ennuyaient et se vengeaient sur moi.

 

Je me souviens de la petite Cécilia très douée qui faisait la fierté de sa maman.

La famille Hancy, proposa à l'école de musique de me racheter pour quelques sous, de me faire connaître un pays étranger " La Pologne".

- Quelle drôle d'idée, ils n'ont pas de piano chez eux ?

Après un long voyage, je suis arrivé dans le pays de Chopin,

- Qui est-ce me, demandais-je tout bas...

- Il est un de nos plus grands compositeurs, me répondit Maître Steinway, grand seigneur des lieux, un extraordinaire cousin " piano à queue", d'un noir impressionnant, avec son pupitre, ses partitions en vieux parchemin.

- Tu seras installé dans la chambre d'Augustin pour ses exercices.

Durant quelques années, je fus heureux, respecté, puis un jour, mes cordes, les petits marteaux et autres composants de ma carcasse, ne remplirent plus leurs devoirs. Je fus jeté à la "décharge", comme un vrai détritus.

Je pleurais, quelques-unes de mes notes, surtout les noires, les dièses et les bémols, s'enfonçaient avec courage dans le clavier, mais plus aucun son ne sortait.

Alors un miracle eut lieu, mon esprit sortit de ce vieux meuble et s'envola tel une plume au vent.

Quelques jours passèrent, Augustin, après 15 ans de conservatoire, donna son premier concert. Il s'installa devant moi, Moi ressuscité en piano demi queue, un Pleyel en bois de palissandre ; le jeune homme ajusta son siège et le tourbillon des notes, la dextérité de ses doigts, l'enthousiasme du public, Augustin me mit à l'honneur, je revis, je suis vivant...

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Rédigé par Dominique

Publié dans #Musique et Danse

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