Publié le 20 Février 2022

 

Avec les extraits de Françoise, Bernadette et Mado, en italique

 

Chaque après-midi, quand le temps le permet, je m’assois sur « mon banc »-souvent seul-dans un jardin public parisien ; mais ce jour-là, un jeune homme portant un violon s’assied à côté de moi.

Comme moi, il ferme les yeux par moments, semblant apprécier la caresse d’un soleil printanier sur son visage fatigué.

Je viens souvent me ressourcer dans ce parc que nous fréquentions régulièrement, Adeline et moi. Adeline… la seule évocation de ce prénom fait apparaître dans mon esprit son doux visage encore enfantin, un visage criblé de tâches de rousseur, auréolé de boucles couleur caramel… Je n’oublierai jamais la couleur si particulière de sa chevelure. La grâce de ses seize ans la faisait ressembler à un angelot. Malgré sa jeunesse, elle était la femme de ma vie, j’en étais persuadé. A cette époque, j’avais plus du double de son âge, mais si peu d’expérience en amour… Comme disait ma mère, c’était la faute de mon métier : boulanger-pâtissier, j’avais monté rapidement ma propre entreprise, aidé de maman qui servait à la boutique. J’assurais seul la fabrication du pain et des viennoiseries en semaine ; j’y ajoutais plusieurs sortes de petits gâteaux le dimanche, à la grande satisfaction de mes fidèles clients. Je travaillais beaucoup, de quatre heures du matin à quinze heures, et j’essayais ensuite de me reposer, pour compenser le manque de sommeil. Ce n’était pas vraiment la vie idéale pour un jeune homme ! Je me sentais seul, vraiment seul, jusqu’au jour béni où Adeline vint, en voisine, acheter deux pains au chocolat un matin à l’ouverture, avant l’arrivée de ma mère. Nous fûmes tous les deux fortement perturbés par cette rencontre, si perturbés que, le lendemain et les jours suivants, je guettais fiévreusement l’arrivée d’Adeline, qui guettait elle-même l’ouverture de la boulangerie. Notre histoire débuta au bout de quelques jours, Adeline n’étant pas farouche et moi m’étant décidé courageusement à oublier ma timidité. Mon petit studio sous les toits servit de nid d’amour à un pâtissier épris d’une lycéenne pendant de nombreux mois, après les cours d’Adeline et mes deux heures de sieste quotidienne. Une promenade dans le parc voisin, avant la tombée de la nuit, couronnait parfois nos fins d’après-midis, jusqu’au jour où Adeline me quitta sans explications !

En poussant un soupir à ces souvenirs, je regardais de plus près le jeune homme assis près de moi sur le banc. Un violon… Adeline jouait du piano depuis son enfance. Des cheveux blond-roux… presque la couleur de ceux d’Adeline. Je jetais un coup d’œil attentif sur le violon posé sur le banc : un mot y était gravé. Ajustant mes lunettes, je parvins à déchiffrer « Honoré ». Quel prénom désuet ! Poussé par la curiosité, je dis en souriant au jeune homme :

-  Ce n’est quand même pas votre prénom, Honoré ? 

- oui, hélas, c’est bien mon prénom ! Ma mère a eu une idée bizarre !

Gêné, je détournais la tête et n’osais poursuivre la conversation.

Pourtant, ce prénom me rappelait quelque chose. Je chassais l’idée qui me venait, saluais le garçon, et me levais pour retourner chez moi, il se faisait tard…

A peine arrivé chez moi au premier étage, dans le grand appartement hérité au décès de ma mère, je sentis le besoin irrépressible de me rendre tout là-haut sous les toits, ce lieu où flottaient encore les souvenirs de mon amour pour Adeline.

Où avais-je donc rangé la clé du petit studio mansardé ? Je n’y étais pas retourné depuis que j’avais pris ma retraite, au mois de juin dernier. Faute de m’en servir de nid d’amour, j’y avais entreposé tout ce qui m’embarrassait au fil de ma vie : quelques objets que je ne désirais pas jeter par excès de sentimentalité, le petit bureau sur lequel maman faisait la comptabilité de la boulangerie, un fauteuil crapaud appartenant à ma grand-mère, une lampe Tiffany que j’avais toujours connue… Bien sûr, le studio était trop encombré, mais comme je n’y allais plus… j’avais laissé sur les murs les affiches des groupes de rock de ma jeunesse, et surtout des photos d’Adeline, même si je savais que ça ne servait à rien de les garder… ces photos qui dataient d’un quart de siècle semblaient n’être là que pour me faire regretter un passé qui ne reviendrait plus. Et surtout pour me rappeler que, profondément blessé par cette histoire, je n’avais jamais construit de famille. En perdant ma mère, j’avais tout perdu, plus aucun être humain ne me rattachait à ce monde. Pas d’épouse, pas d’enfant, et, arrivé à l’âge de la retraite, je venais de céder ma boulangerie. Une vie monotone et sans amour se profilait pour moi à l’horizon…

« Où ai-je mis cette clé ? » En maugréant, je retournais les trois tiroirs du buffet de la salle à manger. J’aperçus enfin un ruban bleu attaché à une clé plate parmi d’autres clés. C’est Adeline qui avait noué ce ruban : je la revis soudain lorsqu’elle l’avait fait, « pour la retrouver plus facilement », m’avait-elle dit. Un ruban bleu, bien sûr, sa couleur préférée. Je saisis la clé en remerciant mentalement Adeline. Je me précipitais dans l’escalier pour grimper fiévreusement au dernier étage de l’immeuble, comme à la recherche d’un trésor. La porte ouverte, sur le mur qui me faisait face, une grande photo d’Adeline me sauta aux yeux. Ses bras nus reposaient sur les accoudoirs. Ses jambes étaient étendues devant elle les chevilles croisées au sol. Symphonie de bleus depuis les murs en tissu tendu aux larges fauteuils carrés, jusqu’à sa robe toute simple, d’un bleu foncé. Cette photo avait été prise dans sa chambre de jeune fille. Elle me l’avait tendue un jour en me disant : «Accroche-la au mur de ton studio, on imaginera habiter sous le même toit ! » Elle était si jeune, à cette époque, elle n’aurait pas pu annoncer à ses parents que l’on voulait vivre ensemble. D’ailleurs, quelques mois plus tard, elle a pris comme prétexte notre différence d’âge pour me dire qu’il fallait que l’on se quitte, que nous deux ce n’était pas possible ; elle disait qu’elle voulait vivre sa vie avant de s’engager dans une histoire sérieuse. Effondré, je n’ai pas été capable de la retenir, je n’ai pas su me battre. Elle a déménagé avec ses parents un mois plus tard, pour la Bretagne apparemment. Je n’ai plus jamais entendu parler d’elle. C’était la fin de notre histoire, mais pas la fin de mon amour pour Adeline.

Observant avec tendresse sur la grande photo son visage aux lèvres si douces, je revis soudain sa mine gourmande lorsque, après nos ébats, nous partagions tous les dimanches son gâteau préféré, un saint-honoré, dans mon petit studio sous les toits. Comme je les avais appréciés, tous ces saint-honoré, confectionnés avec amour pour régaler celle que j’aimais !

Nostalgique, je refermais la porte du studio, et, rêveur, je dégringolais les marches jusqu’à l’appartement du premier étage.

Une bonne nuit de sommeil, et je reprendrai pied dans la vraie vie. Pourquoi me complaire dans des souvenirs mettant l’accent sur tout ce que j’avais raté dans ma vie ? Avec un profond soupir, j’allais prendre une douche pour tenter de me rafraîchir les idées, et je me glissai sous la couette. Des rêves compliqués vinrent envahir mon sommeil. J’entendais des sonorités de violon et de piano, des silhouettes fantomatiques aux cheveux cuivrés s’agitaient dans une brume bleuâtre en mangeant des gâteaux à la crème… Je m’éveillais en pleine nuit, couvert de sueur, essayant de comprendre la signification de ces images de mon inconscient. Je passais le reste de la nuit à me remémorer tous les détails, persuadé que ce rêve avait une signification. Pourquoi cette musique, pourquoi tout ce bleu autour des silhouettes, pourquoi des chevelures blond-roux et des gâteaux à la crème ? J’avais l’impression d’avoir assisté cette nuit à un résumé de ma grande histoire d’amour. Mais je n’avais pas vu le visage d’Adeline. L’avais-je déjà oublié ? Je passai du temps à essayer de reconstituer la finesse des traits de sa frimousse de jeune fille, mais je n’y parvins pas. Ma grand-mère disait que nos rêves ont toujours une signification, qu’il faut tenter de comprendre. Moi, je n’y comprenais rien. C’est bien fatigué que j’entamais ma journée de retraité, en n’ayant qu’une hâte : que l’après-midi arrive, pour que je puisse retourner sur mon banc, dans le jardin public, et que je me replonge dans les souvenirs d’un temps heureux.

Le moment attendu arriva enfin. Je m’écroulais sur mon banc et fermais les yeux. Soudain, le long sanglot d’un violon déchira l’atmosphère. Les oiseaux sur les arbres alentours semblaient vocaliser en harmonie. Je me retournais et aperçut, à quelques bancs du mien, une silhouette masculine vêtue de bleu, à la chevelure ébouriffée blond-roux. Mon jeune copain Honoré prenait plaisir à jouer du violon dans la nature accompagné par les trilles des oiseaux parisiens, dans ce jardin presque désert. Lorsqu’il fit une pause, je me rapprochai en applaudissant. Honoré leva sur moi des yeux étonnés. Nous échangeâmes un sourire complice.

- J’ai joué pour ma maman, me dit-il avec émotion. Elle n’avait pas la force de vivre, elle a préféré partir pour toujours, et ça fait dix ans précisément aujourd’hui.

- Vous avez perdu votre maman bien jeune, Honoré…

- J’avais quinze ans. Après le décès de Maman, mes grands–parents se sont occupés de moi, je suis resté avec eux en Normandie. Depuis trois ans maintenant, je suis venu à Paris pour faire des études de musique. Je viens parfois me détendre dans ce parc, j’aime bien jouer du violon en compagnie des oiseaux.

- Comment s’appelait votre maman, Honoré ?

Avec émotion, je l’entendis murmurer « Adeline… » Soudain, j’eus l’impression qu’un long tunnel lumineux s’ouvrait devant moi pour me conduire vers un soleil éblouissant. Je m’écroulais sur le banc près d’Honoré, qui ne comprenait pas ma réaction ! Des larmes inondaient mes joues. La voix tremblante, j’entrepris de lui raconter brièvement mon histoire avec Adeline. Honoré était ébahi. Je lui proposais de m’accompagner chez moi, dans cet appartement qui n’avait jamais connu les rires d’un enfant. Il dut me soutenir, j’étais à deux doigts de me trouver mal lorsque je réalisais ce que venait de me rendre la vie : pas la femme que j’aimais, partie pour toujours, mais un fils de vingt-cinq ans !

Toute la nuit, nous avons discuté, curieux l’un de l’autre, avides d’apprendre les détails de la vie d’un fils sans père et d’un père sans fils…

Le jour pointe. Derrière la baie vitrée, la nuit est partie à présent. Quelques oiseaux sautillent sur les branches de l’arbre dans le jardin. Bientôt leurs trilles entreront dans le salon. Ça pépiera, ça piaillera, ça sifflera, ça jacassera, ça chantera, ça vocalisera, ça disputera, ça chahutera, ça remplira l’espace de vie. Le monde est à eux, et à nous maintenant, mon fils !

 

Annie TIBERIO

 

Voir les commentaires

Rédigé par Annie

Publié dans #Divers

Repost0

Publié le 20 Février 2022

Avec un extrait de Mado, en italique

 

Nostalgique, je refermais la porte du studio, et, rêveur, je dégringolais les marches jusqu’à l’appartement du premier étage.

Une bonne nuit de sommeil, et je reprendrai pied dans la vraie vie. Pourquoi me complaire dans des souvenirs mettant l’accent sur tout ce que j’avais raté dans ma vie ? Avec un profond soupir, j’allais prendre une douche pour tenter de me rafraîchir les idées, et je me glissai sous la couette. Des rêves compliqués vinrent envahir mon sommeil. J’entendais des sonorités de violon et de piano, des silhouettes fantomatiques aux cheveux cuivrés s’agitaient dans une brume bleuâtre en mangeant des gâteaux à la crème… Je m’éveillais en pleine nuit, couvert de sueur, essayant de comprendre la signification de ces images de mon inconscient. Je passais le reste de la nuit à me remémorer tous les détails, persuadé que ce rêve avait une signification. Pourquoi cette musique, pourquoi tout ce bleu autour des silhouettes, pourquoi des chevelures blond-roux et des gâteaux à la crème ? J’avais l’impression d’avoir assisté cette nuit à un résumé de ma grande histoire d’amour. Mais je n’avais pas vu le visage d’Adeline. L’avais-je déjà oublié ? Je passai du temps à essayer de reconstituer la finesse des traits de sa frimousse de jeune fille, mais je n’y parvins pas. Ma grand-mère disait que nos rêves ont toujours une signification, qu’il faut tenter de comprendre. Moi, je n’y comprenais rien. C’est bien fatigué que j’entamais ma journée de retraité, en n’ayant qu’une hâte : que l’après-midi arrive, pour que je puisse retourner sur mon banc, dans le jardin public, et que je me replonge dans les souvenirs d’un temps heureux.

Le moment attendu arriva enfin. Je m’écroulais sur mon banc et fermais les yeux. Soudain, le long sanglot d’un violon déchira l’atmosphère. Les oiseaux sur les arbres alentours semblaient vocaliser en harmonie. Je me retournais et aperçut, à quelques bancs du mien, une silhouette masculine vêtue de bleu, à la chevelure ébouriffée blond-roux. Mon jeune copain Honoré prenait plaisir à jouer du violon dans la nature accompagné par les trilles des oiseaux parisiens, dans ce jardin presque désert. Lorsqu’il fit une pause, je me rapprochai en applaudissant. Honoré leva sur moi des yeux étonnés. Nous échangeâmes un sourire complice.

- J’ai joué pour ma maman, me dit-il avec émotion. Elle n’avait pas la force de vivre, elle a préféré partir pour toujours, et ça fait dix ans précisément aujourd’hui.

- Vous avez perdu votre maman bien jeune, Honoré…

- J’avais quinze ans. Après le décès de Maman, mes grands–parents se sont occupés de moi, je suis resté avec eux en Normandie. Depuis trois ans maintenant, je suis venu à Paris pour faire des études de musique. Je viens parfois me détendre dans ce parc, j’aime bien jouer du violon en compagnie des oiseaux.

- Comment s’appelait votre maman, Honoré ?

Avec émotion, je l’entendis murmurer « Adeline… » Soudain, j’eus l’impression qu’un long tunnel lumineux s’ouvrait devant moi pour me conduire vers un soleil éblouissant. Je m’écroulais sur le banc près d’Honoré, qui ne comprenait pas ma réaction ! Des larmes inondaient mes joues. La voix tremblante, j’entrepris de lui raconter brièvement mon histoire avec Adeline. Honoré était ébahi. Je lui proposais de m’accompagner chez moi, dans cet appartement qui n’avait jamais connu les rires d’un enfant. Il dut me soutenir, j’étais à deux doigts de me trouver mal lorsque je réalisais ce que venait de me rendre la vie : pas la femme que j’aimais, partie pour toujours, mais un fils de vingt-cinq ans !

Toute la nuit, nous avons discuté, curieux l’un de l’autre, avides d’apprendre les détails de la vie d’un fils sans père et d’un père sans fils…

Le jour pointe. Derrière la baie vitrée, la nuit est partie à présent. Quelques oiseaux sautillent sur les branches de l’arbre dans le jardin. Bientôt leurs trilles entreront dans le salon. Ça pépiera, ça piaillera, ça sifflera, ça jacassera, ça chantera, ça vocalisera, ça disputera, ça chahutera, ça remplira l’espace de vie. Le monde est à eux, et à nous maintenant, mon fils !

 

Voir les commentaires

Rédigé par Annie

Publié dans #Divers

Repost0

Publié le 20 Février 2022

Avec un extrait de Bernadette, en italique

 

A peine arrivé chez moi au premier étage, dans le grand appartement hérité au décès de ma mère, je sentis le besoin irrépressible de me rendre tout là-haut sous les toits, ce lieu où flottaient encore les souvenirs de mon amour pour Adeline.

Où avais-je donc rangé la clé du petit studio mansardé ? Je n’y étais pas retourné depuis que j’avais pris ma retraite, au mois de juin dernier. Faute de m’en servir de nid d’amour, j’y avais entreposé tout ce qui m’embarrassait au fil de ma vie : quelques objets que je ne désirais pas jeter par excès de sentimentalité, le petit bureau sur lequel maman faisait la comptabilité de la boulangerie, un fauteuil crapaud appartenant à ma grand-mère, une lampe Tiffany que j’avais toujours connue… Bien sûr, le studio était trop encombré, mais comme je n’y allais plus… j’avais laissé sur les murs les affiches des groupes de rock de ma jeunesse, et surtout des photos d’Adeline, même si je savais que ça ne servait à rien de les garder… ces photos qui dataient d’un quart de siècle semblaient n’être là que pour me faire regretter un passé qui ne reviendrait plus. Et surtout pour me rappeler que, profondément blessé par cette histoire, je n’avais jamais construit de famille. En perdant ma mère, j’avais tout perdu, plus aucun être humain ne me rattachait à ce monde. Pas d’épouse, pas d’enfant, et, arrivé à l’âge de la retraite, je venais de céder ma boulangerie. Une vie monotone et sans amour se profilait pour moi à l’horizon…

« Où ai-je mis cette clé ? » En maugréant, je retournais les trois tiroirs du buffet de la salle à manger. J’aperçus enfin un ruban bleu attaché à une clé plate parmi d’autres clés. C’est Adeline qui avait noué ce ruban : je la revis soudain lorsqu’elle l’avait fait, « pour la retrouver plus facilement », m’avait-elle dit. Un ruban bleu, bien sûr, sa couleur préférée. Je saisis la clé en remerciant mentalement Adeline. Je me précipitais dans l’escalier pour grimper fiévreusement au dernier étage de l’immeuble, comme à la recherche d’un trésor. La porte ouverte, sur le mur qui me faisait face, une grande photo d’Adeline me sauta aux yeux. Ses bras nus reposaient sur les accoudoirs. Ses jambes étaient étendues devant elle les chevilles croisées au sol. Symphonie de bleus depuis les murs en tissu tendu aux larges fauteuils carrés, jusqu’à sa robe toute simple, d’un bleu foncé. Cette photo avait été prise dans sa chambre de jeune fille. Elle me l’avait tendue un jour en me disant : «Accroche-la au mur de ton studio, on imaginera habiter sous le même toit ! » Elle était si jeune, à cette époque, elle n’aurait pas pu annoncer à ses parents que l’on voulait vivre ensemble. D’ailleurs, quelques mois plus tard, elle a pris comme prétexte notre différence d’âge pour me dire qu’il fallait que l’on se quitte, que nous deux ce n’était pas possible ; elle disait qu’elle voulait vivre sa vie avant de s’engager dans une histoire sérieuse. Effondré, je n’ai pas été capable de la retenir, je n’ai pas su me battre. Elle a déménagé avec ses parents un mois plus tard, pour la Bretagne apparemment. Je n’ai plus jamais entendu parler d’elle. C’était la fin de notre histoire, mais pas la fin de mon amour pour Adeline.

Observant avec tendresse sur la grande photo son visage aux lèvres si douces, je revis soudain sa mine gourmande lorsque, après nos ébats, nous partagions tous les dimanches son gâteau préféré, un saint-honoré, dans mon petit studio sous les toits. Comme je les avais appréciés, tous ces saint-honoré, confectionnés avec amour pour régaler celle que j’aimais !

 

Voir les commentaires

Rédigé par Annie

Publié dans #Divers

Repost0

Publié le 20 Février 2022

Avec un extrait de Françoise pour incipit

 

Chaque après-midi, quand le temps le permet, je m’assois sur « mon banc »-souvent seul-dans un jardin public parisien ; mais ce jour-là, un jeune homme portant un violon s’assied à côté de moi.

Comme moi, il ferme les yeux par moments, semblant apprécier la caresse d’un soleil printanier sur son visage fatigué.

Je viens souvent me ressourcer dans ce parc que nous fréquentions régulièrement, Adeline et moi. Adeline… la seule évocation de ce prénom fait apparaître dans mon esprit son doux visage encore enfantin, un visage criblé de tâches de rousseur, auréolé de boucles couleur caramel… Je n’oublierai jamais la couleur si particulière de sa chevelure. La grâce de ses seize ans la faisait ressembler à un angelot. Malgré sa jeunesse, elle était la femme de ma vie, j’en étais persuadé. A cette époque, j’avais plus du double de son âge, mais si peu d’expérience en amour… Comme disait ma mère, c’était la faute de mon métier : boulanger-pâtissier, j’avais monté rapidement ma propre entreprise, aidé de maman qui servait à la boutique. J’assurais seul la fabrication du pain et des viennoiseries en semaine ; j’y ajoutais plusieurs sortes de petits gâteaux le dimanche, à la grande satisfaction de mes fidèles clients. Je travaillais beaucoup, de quatre heures du matin à quinze heures, et j’essayais ensuite de me reposer, pour compenser le manque de sommeil. Ce n’était pas vraiment la vie idéale pour un jeune homme ! Je me sentais seul, vraiment seul, jusqu’au jour béni où Adeline vint, en voisine, acheter deux pains au chocolat un matin à l’ouverture, avant l’arrivée de ma mère. Nous fûmes tous les deux fortement perturbés par cette rencontre, si perturbés que, le lendemain et les jours suivants, je guettais fiévreusement l’arrivée d’Adeline, qui guettait elle-même l’ouverture de la boulangerie. Notre histoire débuta au bout de quelques jours, Adeline n’étant pas farouche et moi m’étant décidé courageusement à oublier ma timidité. Mon petit studio sous les toits servit de nid d’amour à un pâtissier épris d’une lycéenne pendant de nombreux mois, après les cours d’Adeline et mes deux heures de sieste quotidienne. Une promenade dans le parc voisin, avant la tombée de la nuit, couronnait parfois nos fins d’après-midis, jusqu’au jour où Adeline me quitta sans explications !

En poussant un soupir à ces souvenirs, je regardais de plus près le jeune homme assis près de moi sur le banc. Un violon… Adeline jouait du piano depuis son enfance. Des cheveux blond-roux… presque la couleur de ceux d’Adeline. Je jetais un coup d’œil attentif sur le violon posé sur le banc : un mot y était gravé. Ajustant mes lunettes, je parvins à déchiffrer « Honoré ». Quel prénom désuet ! Poussé par la curiosité, je dis en souriant au jeune homme :

-  Ce n’est quand même pas votre prénom, Honoré ? 

- oui, hélas, c’est bien mon prénom ! Ma mère a eu une idée bizarre !

Gêné, je détournais la tête et n’osais poursuivre la conversation.

Pourtant, ce prénom me rappelait quelque chose. Je chassais l’idée qui me venait, saluais le garçon, et me levais pour retourner chez moi, il se faisait tard…

 

Voir les commentaires

Rédigé par Annie

Publié dans #Divers

Repost0

Publié le 15 Février 2022

Paris 5 Bis rue de Verneuil

Aux armes etcetera. De la provoc mon vieux. Grave.

Le 22 2 22, c'est pas le jour du tout.

 

Tu n en finira donc jamais de jeter le trouble sur ce trottoir parisien.

 

Ils sont venus nombreux, depuis, superposer leur prose.

 

Couchés, les tags, les uns sur les autres, les uns avec les autres.

Fumées, les idées des anticonformistes et des anarchistes

Découpés, les mots fléchés pour des directions dégingandées.

 

Certains rient jaune de ce rectangle

lemon inceste aux yeux dans les oreilles.

 

D'autre te dessine, le rouge de l'alcool brut à la bouche.

Pour accompagner la descente aux enfers du requiem,

des caouttes en postillons boomerangs, partent en sucette.

 

Une vieille canaille a osé ajouter au contour d'un sexe homme

des pieds d inélégants, deux chaussures. Nickel.

C'est comme ça que ça marche le mieux...

No comment.

 

Ce matin, le long du trottoir, des cheveux longs sont plantés là.

Ils te pensent tellement, le long de son dos, la meuf.

Tant et trop qu'elle fatigue, en équilibre sur une jambe.


Et cette porte d'entrée vierge du tout neuf avec serrure.

La fille cherche peut-être la clé du parti, pris.

 

 

Dany-L

Voir les commentaires

Rédigé par Dany-L

Publié dans #Ecrire sur des photos

Repost0

Publié le 7 Février 2022

 

Avec des extraits en italique de Dany, Bernadette, Inge, Dominique

 

Ils n'ont pas de bagage ces deux là. Elle a les cheveux déplacés et lui la cravate de travers. Ils ont fait vite pour quitter l'hôtel.

Et aller dîner, à peine arrivés, sans même saluer.. Enfin, c'était leur projet.

Elle, une toute jeune fille avec des vêtements de femme, qui lui donnent un air encore plus jeune. Une robe du soir bleu pâle, plutôt décolletée, sans l'ombre d'un châle, l'air intrigant de ceux à qui il est arrivé des choses. L'élégance d'une comédienne regagnant les coulisses et renouant avec la sincérité. D'un pas précis quoique fatigué, elle tient son minuscule sac à main, en difficulté. Le maquillage, outrancier, avec le même effet : le rouge sur les lèvres, les traits appuyés autour des yeux, des yeux clairs, gris, comme ceux d'une louve. Peut-être pas si jeune, mais ça lui va bien, comme à toutes celles qui n'ont jamais douté de leur beauté.

Lui, un garçon plus âgé, éméché à l'évidence. Un vocabulaire plutôt rude, histoire qu'on comprenne que c'est un dur. Il a payé comptant la chambre avec une liasse de billets.

L'hôtel, minable, en périphérie de ville. Un charme un peu suranné, qui avait dû tenir autrefois certaines promesses de luxe ou de raffinement. Une belle porte à tambour en bois, propice au fantasme. Le hall, raffiné dans ces détails, propre, feutré, paré de couleur chaude, silencieux, des reflets mauves sur plafond clair, des livres, des coussins, des tableaux, un piano dans un coin, une pendule, un buste en marbre, des tapis au sol, un soupçon de parfum.

Je dors dans ma loge, d'un sommeil très léger, couché sur un lit de camp, ma veste abandonnée sur une chaise. Cette nuit j'ai entendu des bruits bizarres, comme des voix étouffées. Ces deux-là s'embrassaient, appuyés contre un mur. La jeune fille voulait monter dans la chambre, mais lui ricanait en la maintenant. Des gestes furtifs qui m'ont dérangé.

J'ai toussé puis leur ai demandé de bien vouloir monter. Plus tard la fille est redescendu avec une ombre de fatigue, pour réclamer des serviettes de toilette.

Elle s'installe dans un fauteuil.

Ses bras nus reposent sur les accoudoirs. Ses jambes sont étendues devant elle, les chevilles croisées au sol. Symphonie de bleus depuis les murs en tissu tendu aux larges fauteuils carrés, jusqu’à sa robe toute simple, d’un bleu foncé.

Elle pose des questions.

Mais quand dorment les concierge de nuit ?

La nuit, par petits bouts, disons..

Pas génial. Mais pourquoi faire ce travail ?

Pas trop le choix. Et ça me plaît.

Pas le cran pour faire autre chose, viser plus haut ?

C'est curieux, j'ai pensé pareil pour vous.. dommage qu'elle ait pas visé mieux, plus haut. Un autre garçon, quoi.

Pourquoi, vous êtes psychologue, devin ?

J'ai l'âge de comprendre.. et une grande expérience. La violence, je connais. Je me trompe peut-être.. mais je crois que vous devriez partir, vers un endroit meilleur.

M'en aller ? C'est juste impossible. Même si je le voulais... Il me tabasserait. Il est fou. Et il me plaît..

Elle me désarçonne. Une ingénuité agressive qui éveille mes sens. Je ne peux pas tout lui dire. Pas encore.

L'ascenseur descend du troisième étage vers le rez-de-chaussée.

Le visage de la jeune fille se durcit, un léger spasme de peur. Le garçon sort en hurlant son prénom. C'est là que tout s'est éclairci.

Elle était comme paralysée, hypnotisée par tout ce vacarme. Elle y prêtait toute son attention, cherchant à comprendre. Elle se mentait à elle-même, elle avait déjà compris. La rivière était sortie de son lit, elle s’était transformée en torrent, qui charriait avec elle tout ce qui se trouvait sur son chemin.

Mon instinct aurait voulu que je rentre dans ma loge. Et pourtant…

Je l'invite à me suivre dans mon antre... et à se taire. Je ressors pour aller au comptoir. Le garçon est en slip et t-shirt.

Où est-elle ?

Qui ça ?

Mon amie.

Je ne sais pas, je crois qu'elle est partie, ou bien montée sur la terrasse. Sur le toit de l'hôtel.

Tu n'essaies pas de m'embrouiller, vieux schnock ?

Il se dirige vers l'ascenseur. Mes mains tremblent un peu, mais je ne bouge pas. Je sais au moins le nom de la fille, Véra. Ou bien Léa.

Elle est assise sur mon lit de camp, les pieds liés de belle manière.

J'ai peur, dit-elle.

Alors il faut partir..

J'ai peur de ça aussi.

Si je vous accompagne…

Ça n'a pas de sens. Pour aller où ?

Rentrer chez vous, et dormir. L'aube est déjà là, c'est la bonne lumière pour rentrer chez soi, se régénérer.. venez avec moi, boire un café vers la gare.

Elle ne dit plus rien, et me suit.

Le ciel pur d'un matin d'été. Des lueurs optimistes aux fenêtres. Des voitures passent sans hâte, en quête de trêve. Nous marchons côte à côte. Une belle jeune fille sur talons hauts, un peu folle, un vieux monsieur un peu courbé, à l'évidence désarmé. Un père et sa fille ?

Je murmure en marchant..

J'ai fait de la prison, vous savez, avant l'hôtel. Pour sauver ma famille, j'ai tué un homme, un usurier qui usait du chantage...

J'ai grandi dans un monde où les gens se tirent dessus. Plus tard, j'ai imaginé me suicider, mais la police en charge de l'enquête sur le meurtre a fait preuve d'une imagination subtile.

Vraiment ?

J'avais trouvé refuge dans un hôtel. Une nuit, ou plutôt aux premières lueurs de l'aube, une femme étrange et lasse, encore belle, est entrée dans le hall, vêtue d'une élégance décolletée. Moi j'étais calé dans un fauteuil au fond du hall, sirotant un scotch en silence. Elle a engagé la conversation, je lui ai répondu. Des banalités, mon job d'avant, vendeur de balances.. elle a fait un malaise. Enfin c'est ce que j'ai cru. Je l'ai accompagnée dans ma chambre pour qu'elle se repose. Elle m'a retenu là, avec ses mines et son mal-être, ses larmes et son vomi, elle s'est lavée et puis s'est glissée sous mes draps, m'a raconté sa vie. Enfin, une vie.

Et moi j'ai ébauché la mienne, le père alcoolique, l'incendie de la maison, la tentative de reconstruction.

C'est là qu'ils sont venus me cueillir. Les flics. Et j'ai compris la couleur gris clair des yeux de la femme, les yeux des loups. Je n'ai pas pu me suicider. Elle avait gagné.

L'important n'est pas la chute, de l'esprit, du corps, de l'espérance, mais l'atterrissage, une métaphore suggérant le retour à la réalité réelle, ou imaginée.

Elle, elle s'est enfuie. Véra, ou bien Léa. Belle, fragile, ou folle.

Moi, je suis tombé.

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par Nadine

Publié dans #Divers

Repost0

Publié le 7 Février 2022

L’HÔTEL

 

Avec un extrait de Dany-L en italique

 

Ils n'ont pas de bagage ces deux là. Elle a les cheveux déplacés et lui la cravate de travers. Ils ont fait vite pour quitter l'hôtel.

L’hôtel dont ils étaient gérant a périclité au court des dernières années car le quartier chic ou il était implanté a été appauvri. Cela à cause de dealers de plus en plus présents qui ont marginalisés l'endroit, au détriment de tous les habitants. Les efforts de la police n'ont jamais eu de résultats, et les clients de l’hôtel ont désertés. Débordés par les impayés, avec leurs dernières ressources ils ont pris deux billets d'avion pour une destination.......inconnue.

NOUS ETIONS DEUX

 

Avec un extrait de Bernard en italique

 

Nous étions tous les deux. Elle, elle chantait et moi, je riais. La vie nous appartenait. Nous roulions le long d’un grand champ de blé quand soudain tout s’est arrêté.

Quand, soudain, le ciel s'est obscurci. Au loin, d'abord, un épais nuage arrive dans notre direction en prenant de plus en plus d'ampleur. L'endroit où nous étions était une oasis de verdure, mais tous les palmiers disparaissent à l'approche de ce phénomène. Ne reste que le sable soulevé en tourbillons par la première poussée du vent avant le gros de l'ouragan. Nous nous retrouvons seuls, sans abris pour affronter cette tempête de sable. Nous nous allongeons sur le sol, nous nous protégeons la bouche et les yeux avec nos foulards. L'obscurité est trouée en intervalles irréguliers par des éclairs accompagnés de roulements de tonnerres effrayants. Nous creusons une tanière pour nous terrer l'un contre l'autre. La dernière chose que nous voyons et entendons avant d'être ensevelis, c'est un troupeau de buffles fuyant au galop devant ce danger. Dominic et moi nous nous rapprochons pour ne pas être séparés. Nous avons dû nous évanouir car en nous réveillant au pied d'un palmier, enlacés comme deux amants, l'oasis est réapparue. Dominic s'étant réveillée avant moi m'appelle en disant tendrement mon nom : Dominique, Dominique. J'ouvre un œil, Que je referme aussitôt ébloui par un premier rayon de soleil déjà chaud. Nous croyons avoir rêvé ces derniers événements, mais le fait de nous retrouver dans ce trou, prouve que non.... L'étrange de cette histoire n'est pas la tempête de sable précédée de la horde de buffles, non. Ce serait presque une anecdote au vu de la situation.... C'est que Dominic est lesbienne et moi homosexuel, et que, apparemment, dans l'affolement de cette nuit nous avons copulé. Comme le dit si bien la chanson : Dominique nique nique !

CAUCHEMAR

 

Avec un extrait de Dany en italique

 

Et alors Dominic et moi n'osons plus nous regarder. L'inceste, nous avons commis l'inceste, comment avons pu aller à l'encontre de tout ce que nous exécrons. Pour l'instant nous continuons notre enquête  et ne manquerons pas de vous tenir informer d'un quelconque ronronnement dans notre secteur! Avons-nous vraiment vécu ces péripéties? Nous faisons l’effort de nous regarder et d'en parler, il nous faut clarifier la situation. Nous nous regardons en chiens de faïence.... puis de porcelaine, puis du bord de l’œil, et un petit sourire germe aux coins de nos lèvres. Timidement nous nous remémorons le déroulement de cette nuit. Nous avons du mal à nous l'avouer, mais nous avons pris du plaisir. Pourquoi pas, les extrêmes se rencontrent parfois. Rassérénés, nous reprenons la visite de l'oasis. Sur le coup de midi nous débouchons sur un petit hameau au milieu des palmiers. Une gargote propose des poissons grillés au barbecue nous révélant une petite faim. L’excès de piment nous pousse à boire plus que de raison un mascara rouge qui se révèle euphorique. Au dessert quelques dattes cueillies sur les palmiers à proximité et pour finir un café maure servi dans des petits verres. Tout en devisant nous repartons joyeux à la découverte d'autres sites particuliers. Nous apprenons à nous connaître d'avantage, Nous avons grandi dans le même quartier de la même ville. Intéressés et étonnés par ces similitudes nous débouchons en haut d'une falaise, où, dans le fond, coule un Rio tumultueux. Des rafales de vent soufflent sans que nous leur prêtions attention car nous découvrons que nous sommes nés dans la même rue à deux ans d'écart et que nous sommes frère et sœur. Effrayés, abasourdis, décontenancés, nous restons paralysés lorsque une bourrasque de vent d'une colère intempestive plus violente que les autres nous précipite dans le vide.....… Je me réveille hagard, en sueur dans mon lit.

 

 

Louis

 

Voir les commentaires

Rédigé par Louis

Publié dans #Divers

Repost0

Publié le 7 Février 2022

 

ATELIER :

La chute


LECTURE :

Fatale erreur - Fredric Brown

SUJET :

Choisissez le dernier extrait pour terminer votre histoire. Amenez votre intrigue jusqu’à pouvoir intégrer l’extrait choisi. Le défi ultime serait d'utiliser l'extrait comme chute de l'histoire...

 

EXTRAITS :

Ils se souviendraient longtemps du visage à la fois étonné et soulagé du cinquantenaire à la vue de la Deuch et de ses passagers.

Annie

 

Enfin libérée du poids des émotions, Virginie se décida à se séparer de son enfance ; maintenant, elle pourrait se débarrasser de tout, à l’exception de la boite à baisers.

Benoît

 

Sur le dossier de sa chaise, la cravate de la veille était mauvais signe, son téléphone mis sur silencieux clignotait avec insistance… Et si seulement il pouvait se rendormir !

Bernadette

 

En regardant tout mes voisins, je me surpris à penser qu’il était drôle et triste à la fois de vivre à côté des gens pendant des années, sans les connaître, et qu’il suffit d’un rien, trois petites touches de couleurs pour changer notre vie.

Bernard

 

Ce qui est certain, c’est qu’on ne revit plus jamais la tourterelle dans ce jardin devenu banalement silencieux.

Brigitte

 

Pour l'instant, nous continuons notre enquête et ne manquerons pas de vous tenir informés d'un quelconque ronronnement ou aboiement intempestif dans le secteur.

Dany

 

L'important n'est pas la chute, de l'esprit, du corps, de l'espérance, mais l'atterrissage, une métaphore suggérant le retour à la réalité réelle ou imaginée.

Dominique

 

"Comment peux-tu  envier des personnes dont tu ne connais pas un semblant d'histoire ? " demanda sa compagne.

Emma

 

La lettre que Marc lui avait fait parvenir ne lui apportait aucune solution. Tout au plus, une sorte de morale et un rappel à la réalité pour lui faire comprendre qu'il n'avait encore rien compris à la vie et qu'il serait temps pour lui, d'avoir les pieds sur terre.

Fernand

 

Les personnes de la famille nous regardent avec des yeux courroucés. Je m'enfuis… Je rentre chez moi, ferme les volets, me couche en pensant « demain sera un autre jour ».

Françoise M.

 

La poule lèvera le bec, attirée par ce froissement d’ailes, inclinera la tête sur un côté puis sur l’autre. Essayera de comprendre ce qui se passe là-haut, mais, dépassée par l’évènement, plongera sur ce grain de maïs et oubliera ses ailes inutiles. Je ne sais pas pourquoi, mais j’aime les cigognes et leur liberté.

Gérald

 

Elle se sent comme enveloppée par lui, même plus, elle se sent imprégné de lui, de sa gentillesse. Avant de s’endormir, elle décide que la prochaine fois, elle le laissera faire, elle lui rendra même son baiser. C’est bien de faire l’amour, si c’est avec amour.

Inge

 

En deux mots qui lui prennent une demi-heure il nous explique le rôle de tous les personnages : étonnant, rocambolesque. Enfin la caméra manipulée à la main envoie les premières images… puis le noir. Le film s'est rompu et la séance est reportée à la semaine d'après.

Louis

 

Derrière la baie vitrée, la nuit est partie à présent. Quelques oiseaux sautillent sur les branches de l'arbre, dans le jardin. Bientôt, leurs trilles entreront dans le salon. Ça pépiera, ça piaillera, ça sifflera, ça jacassera, ça chantera, ça vocalisera, ça discutera, ça disputera, ça chahutera, ça remplira l’espace de vie. Le monde est à eux.

Mado

 

Ce marchand de tapis est charmant et sa boutique un refuge bienvenu. Et le thé qu’il m’offre est délicieux. Surprise à tous les coins de rue dans cette ville !

Monique

 

Tandis que s’élève vers ses narines un bouquet de flaveurs boisées, suaves et sauvages à la fois, le bouquet des essences perdues, ce jus amer et tendre où danse à jamais le grand cygne du Lac.

Nadine

____________________________________________________

 

LES TEXTES

Voir les commentaires

Rédigé par Atelier Ecriture

Publié dans #Divers

Repost0

Publié le 7 Février 2022

Avec un extrait de Dany, en italique

 

Et alors Dominic et moi n'osons plus nous regarder. L'inceste, nous avons commis l'inceste, comment avons pu aller à l'encontre de tout ce que nous exécrons.

Pour l'instant nous continuons notre enquête  et ne manquerons pas de vous tenir informer d'un quelconque ronronnement dans notre secteur !

Avons-nous vraiment vécu ces péripéties? Nous faisons l’effort de nous regarder et d'en parler, il nous faut clarifier la situation. Nous nous regardons en chiens de faïence.... puis de porcelaine, puis du bord de l’œil, et un petit sourire germe aux coins de nos lèvres. Timidement nous nous remémorons le déroulement de cette nuit. Nous avons du mal à nous l'avouer, mais nous avons pris du plaisir. Pourquoi pas, les extrêmes se rencontrent parfois. Rassérénés, nous reprenons la visite de l'oasis. Sur le coup de midi nous débouchons sur un petit hameau au milieu des palmiers. Une gargote propose des poissons grillés au barbecue nous révélant une petite faim. L’excès de piment nous pousse à boire plus que de raison un mascara rouge qui se révèle euphorique. Au dessert quelques dattes cueillies sur les palmiers à proximité et pour finir un café maure servi dans des petits verres. Tout en devisant nous repartons joyeux à la découverte d'autres sites particuliers. Nous apprenons à nous connaître d'avantage, Nous avons grandi dans le même quartier de la même ville. Intéressés et étonnés par ces similitudes nous débouchons en haut d'une falaise, où, dans le fond, coule un Rio tumultueux. Des rafales de vent soufflent sans que nous leur prêtions attention car nous découvrons que nous sommes nés dans la même rue à deux ans d'écart et que nous sommes frère et sœur. Effrayés, abasourdis, décontenancés, nous restons paralysés lorsque une bourrasque de vent d'une colère intempestive plus violente que les autres nous précipite dans le vide.....… Je me réveille hagard, en sueur dans mon lit.

 

 

Louis

 

Voir les commentaires

Rédigé par Louis

Publié dans #Divers

Repost0

Publié le 6 Février 2022

 

Avec, en gras, des extraits de Benoît, Fernand et Mado

 

Depuis toujours il marchait. Du moins, c’est ce qui se disait dans ces montagnes. Louis avait-il jamais été bébé rampant à quatre pattes ? Nul ne s’en souvenait. Depuis toujours il marchait. Sans autre but que le bonheur de marcher, de s’enivrer du spectacle des montagnes et du chant des oiseaux.

Ce n’est pas seulement le chant des oiseaux qu’il aimait. S’étant acheté une petite loupe portable, il observait de près les fleurs sur son chemin et s’émerveillait de leur beauté et de leur fragilité. Pour lui, les plantes résumaient le mystère de la vie sur terre. A l’automne, c’est le changement des couleurs qui l’enchantait. Pendant plusieurs dimanches de suite, il empruntait les mêmes chemins, prenant des photos des mêmes arbres, des mêmes arbustes, les datant ensuite, les comparant les unes aux autres pour témoigner du dépérissement inéluctable de tout ce qui vit. Ainsi, il accompagna la nature jusqu’à la chute des dernières feuilles. Puis l’hiver venu, la première neige, bien froide, poudreuse, lui procurait un sentiment de propreté, de pureté. Son corps tout entier s’imprégnait de cette fraîcheur. Il la sentait sur ses joues, il l’inspirait à plein poumons, elle envahissait son cerveau et son cœur. Elle le rendait léger, aérien, heureux. Il aimait le froid. Il détestait les dernières semaines de l’hiver. Ses pieds patinaient sur la neige glissante, à moitié fondue, se mélangeant à la boue, s’accrochant à ses chaussures de marche, alourdissant ses pas. Il marchait quand même. Il marchait en attendant les premiers signes du printemps, des journées qui s’allongeaient, un soleil plus chaleureux, des jeunes pousses perçant la terre et parfois la neige, des bourgeons naissants sur les branches dénudées. Après avoir vu, à l’automne, le déclin de la vie, il se réjouissait de son renouveau, il reprenait espoir, en la nature, en lui-même, en l’humanité.

Il était connu dans ces montagnes, mais il avait aussi marché dans l’Himalaya, dans les Andes. Pendant une belle journée d’hiver bien ensoleillée, il marchait sur la coulée verte en compagnie de sa sœur Murielle qui n’aimait pas la montagne. D’un coup, il se sentit mal. Il voulait s’asseoir sur un banc, ils étaient tous occupés. On prend un pot ? dit-il à sa sœur avant de s’effondrer à ses pieds. Les gens accouraient, gesticulaient, quelqu’un lui donnait de l’eau, quelqu’un voulait le relever, mais il avait perdu connaissance, quelqu’un lui mettait une sorte de coussin sous la tête. Afin quelqu’un eut l’idée d’appeler le SAMU. En l’attendant, on se tourna alors vers sa sœur qui, abasourdie, avait assisté à toute cette agitation les bras ballants. On la fit s’asseoir sur un banc, lui donnant de l’eau, quelqu’un lui parla gentiment. Elle ne comprenait rien au sens des mots, mais le timbre de la voix lui faisait du bien, comme le fait que les autres s’occupaient d’elle et de son frère Louis.

Déjà l’ambulance arriva. Les ambulanciers accouraient, mettant le corps toujours inanimé sur une civière, posant quelques questions, embarquant aussi la sœur. A l’hôpital de Cimiez, on soumettait le malade à des examens, des analyses. La sœur devait attendre dans le couloir. Elle prévint son mari, ses enfants. Comme elle, ils habitaient tous à Toulouse. Ils lui proposent de venir. Murielle répondit que ce n’était pas utile pour l’instant, qu’il fallait attendre le résultat des examens. Après une éternité, un médecin s’approcha.

  • Votre frère a eu deux AVC, un au moment où il est tombé, un deuxième dans l’ambulance. Pour l’instant, il est toujours inconscient. Il faut attendre pour voir comment son état va évoluer. C’est tout ce que l’on peut faire pour le moment. Vous pouvez le voir.

Murielle se dirigea vers la chambre que le médecin venait de lui indiquer. Louis était tout pâle, il ne bougeait pas mais respirait régulièrement, tranquillement. Il était relié à des tuyaux. Murielle prit une chaise, s’assit près de lui, lui prit la main, lui parla gentiment. Elle évoqua leur enfance, les bons moments qu’ils avaient passé ensemble. La nuit fut tombée depuis longtemps lorsqu’une infirmière la rejoignit.

  • Vous devriez rentrer chez vous, Madame, vous reposer. Ici, vous ne pouvez rien faire pour votre frère. Revenez demain, on saura certainement plus.

Mireille quitta l’hôpital. Elle avait une vague idée où il se trouvait par rapport à la maison de Louis. Sa raison lui dit de rejoindre le bord de mer d’où elle connaissait le chemin. Mais elle sentit subitement la fatigue, et même la faim. Elle se mit en route vers l’est, tournant et retournant dans sa tête les événements des dernières heures. Au bout d’un moment, elle s’arrêta d’un coup. Elle ne savait même pas où elle se trouvait. Elle marchait sans savoir où ses pas la conduisaient. Cette rue, qui serpentait entre des immeubles aux façades décrépies, et où s’entassaient des carcasses de motos et de scooters dépiautés par des marchands de pièces détachées, n’inspirait vraiment pas confiance.

Elle aurait dû passer par le bord de mer, se dit-elle amèrement. Et maintenant prendre un taxi. Mais elle n’en trouverait pas ici, et elle n’avait pas le numéro d’un central taxi sur son portable. Elle n’avait pas non plus l’application Uber, prendre un taxi n’était pas dans ses habitudes. Elle avança lentement. Où pouvait être la mer ? Une voiture s’arrêta à côté d’elle. Le chauffeur, un jeune homme barbu, se pencha par la fenêtre coté passager.

  • Où allez-vous comme ça, madame ? C’est un quartier dangereux ici, il ne faut pas traîner par-là, surtout pas en pleine nuit.

Murielle recula.

  • Ça va, dit-elle.

L’homme arrêta le moteur, sortit de la voiture. Il se tenait devant elle, baraqué, immense, menaçant. Que faire ? Fuir ? Elle faillit d’éclater de rire devant le ridicule de l’idée. Elle prit une grande inspiration pour se donner de la contenance.

  • Vous allez où ? Je vous amène.

Murielle recula encore. Que faire ? Il était impressionnant, mais en même temps, Murielle sentit de la sollicitude dans son regard, dans toute son attitude. Que faire ? Elle décida de se lancer.

  • Je suis perdue. Je viens de l’hôpital, mon frère a eu deux AVC.

  • Vous habitez où ?

Elle lui donna l’adresse de son frère. Un drôle de sentiment l’envahit, un mélange de peur et de soulagement et aussi une envie d’abandon. Tremblante, elle monta dans la voiture qui démarra.

  • Alors, votre frère est à l’hôpital, et vous vous êtes perdue ?

Murielle ne pouvait s’empêcher de raconter à cet étranger les événements de la journée. Elle termina en disant que l’infirmière lui avait conseillé de se reposer, mais qu’elle se demandait comment elle pourrait trouver le sommeil.

  • Prenez un peu de hachisch, j’en ai. C’est de la très bonne qualité, pur, pas trafiqué. Une fois, ça ne va pas vous rendre addictif.

  • Vous êtes trafiquant de drogue ?

  • Oui Madame.

Dans la mesure du possible elle s’écarta un peu plus de lui, entourant son corps de ses bras, comme pour se protéger. Il la regarda, amusé, avec un sourire en coin.

  • Avec moi, vous ne risquez rien, Madame. Vous pourriez être ma grand-mère. C’est un quartier dangereux ici. Si vous tombez sur des petits malfrats sans cervelle, ils vont vous attaquer, vous arracher au moins votre sac à main. Peut-être même vous tabasser, si ça leur dit.

  • Mais vous, vous êtes un délinquant, vous l’avez dit vous-même, mais vous ne voulez pas me voler ? Remarquez, je n’ai pas beaucoup d’argent sur moi, mon portable ne vaut rien non plus.

  • Je m’en doutais. Vous savez, s’il vous arrive quelque chose dans ce quartier, la police va débarquer, elle va fouiner partout, poser des questions. C’est mauvais pour le business, très mauvais. Le mieux que je peux faire pour moi, c’est de vous sortir de ce quartier.

Voilà qu’ils étaient arrivés devant la petite villa de son frère. Il lui vendit ce qu’il fallait pour faire un joint et lui expliqua comment faire. Soulagée, elle le remercia avec effusion.

  • Ce n’est rien, Madame, vous pourriez être ma grand-mère.

Après une toilette rapide elle se coucha. Très fatiguée, elle croyait pouvoir s’endormir vite. Mais une fois au lit, les événements de la journée, la chute de son frère, l’arrivée des secours, les gyrophares, la voix grave et soucieuse du médecin qui la faisait craindre le pire lui tournaient dans la tête. Elle se releva pour se confectionner maladroitement un joint qu’elle fuma sur la terrasse, puis, recouchée, un sommeil profond l’envahit.

La sonnerie de son portable la sort de ses rêves. C’est l’hôpital.

  • Votre frère s’est réveillé. A première vue, il ne semble pas avoir trop de séquelles. C’est incroyable. Il vous attend, mais ne vous pressez pas parce qu’en ce moment, on lui fait de nouveau toute une batterie d’examens.

Elle va dans la cuisine, se prépare du thé, se beurre quelques tartines, amène le tout dans le salon. Derrière la baie vitrée, la nuit est partie à présent. Quelques oiseaux sautillent sur les branches de l’arbre, dans le jardin. Bientôt, leurs trilles entreront dans le salon. Ca pépierai, ça piaillera, ça sifflera, ça jacassera, ça chantera, ça vocalisera, ça discutera, ça disputera, ça chahutera, ça remplira l’espace de vie. Le monde est à eux.

 

Voir les commentaires

Rédigé par Iliola

Publié dans #Divers

Repost0