Publié le 24 Septembre 2018

champ de blé au bord de l'eau -  Bernard Brunstein

champ de blé au bord de l'eau - Bernard Brunstein

La terre, être silencieux dont nous sommes l’une des expressions vivantes, recèle les valeurs permanentes faites de ce qui nous manque le plus : la cadence juste, la saveur des cycles et de la patience, l’espoir qui se renouvelle toujours car les puissances de vie sont infinies. Il nous faudra sans doute, pour changer jusqu’au tréfonds de nos consciences, laisser nos arrogances et apprendre avec simplicité les sentiments et les gestes qui nous relient aux évidences. Retrouver un peu du sentiment de ces êtres premiers pour qui la création, les créatures et la terre étaient avant tout sacrées…

Pierre RABHI - La part du colibri

SUJET D'ÉCRITURE :

 

Retrouver un peu du sentiment de ces êtres premiers en racontant les mémoires d’une vieille souche d’arbre, d’un cep de vigne, d’un grain de sable, d’un désert, d’une goutte d’eau, d’une rivière, d’un océan, d’une motte de terre, d’un lopin de terre, du vent, d'une rue, d'une ville, de l’atmosphère terrestre, ou de tout autre élément végétal, géologique, météorologique.

Introduisez dans votre narration une description olfactive.

 

Voir lien ci-dessous :

LECTURE :

Extraits de Le Parfum de Patrick Süskind

LES TEXTES :

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Rédigé par Atelier Ecriture

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 24 Septembre 2018

Je suis une vieille souche, je vis dans une clairière où j'aperçois parfois des chevreuils qui ne font que passer.

Depuis quelque temps, une jeune femme vient me voir, s’assoit sur moi. Elle me paraît si légère que je lui souris mais je ne sais pas si elle s'en rend compte. L'autre jour elle m'a demandé de lui raconter ma vie dans la forêt. Rassemblant avec beaucoup de difficultés mes souvenirs, je lui dis que j'étais né petit bourgeon vert, qui s'était entrouvert, puis grandissant, j'avais humé avec beaucoup de plaisir les odeurs émanant de l'environnement : ceps de vigne, mottes de terre sur lesquelles poussaient du lichen blanc odorant, tout en écoutant l'eau de la rivière qui bruissait non loin.

J'étais devenu un arbrisseau aux feuilles vertes au printemps, pourpres l'été, jaunes en automne, qui tombaient en hiver pour mieux repousser la saison venue. C'est ainsi que je devins un arbre vigoureux, si vigoureux qu'un jour le bûcheron avait coupé mes branches, puis mon tronc et les avait emmenés, je ne sus jamais où, ni pour quel usage. Il n'avait laissé que ma souche dans le sol. Ne produisant plus de sève, elle s’était desséchée.

 

Cette jeune femme, c’était moi. Émue j’entourai la vieille souche de mes bras et l'embrassai tout en lui promettant de revenir lui rendre visite à mon retour dans la région.


Les années ont passé puis un matin d'automne je suis repassée par le village près de la clairière. Machinalement mes pas m'ont guidée vers la vieille souche sur laquelle je me suis assise un petit moment ; puis je suis repartie mais alors que je lui lançais un dernier regard j'eus l'impression que celle-ci me souriait.....

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Rédigé par Françoise

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 24 Septembre 2018

La mer scintille en bleu, là-haut, à la surface.

Je quitte les profondeurs pour sa clarté mouvante. Respirer un bol d’air, éjecter l’eau comme un geyser. Je file à toute allure, nageoires en action, queue en gouvernail. Grisant… Bleu… Bleu ciel, bleu eau. Bleu…

Ma famille de baleine arrive. D’un coup, la mer bouillonne. Ça saute, ça splashe. Dis-donc, elle aurait pas un peu forci la Moby-Dick ?

Vrombissement sourd dans le joyeux tintamarre. Bateau en approche. Japonnais ? Filons !

Nous plongeons toutes ensemble, loin des filets et des harpons. Moby-Dick est à la traîne, louvoie comme elle peut, grosse et lourde, évite les pièges. Ouf ! Pas passé loin ce coup-ci !

Sombre… eau sombre, détritus…

Partout autour de nous, ça flotte comme des méduses. Un mérou gobe, s’étouffe, recrache. Saleté de plastique… Au-dessus de nos têtes, une épaisseur immense, nauséabonde, s’étale sur toute la mer, éteint le soleil.

Fuir encore, chercher la nourriture, la lumière, l’océan bleu… Allez Moby-Dick, fonce, c’est bon pour ta ligne !

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Rédigé par Mado

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 23 Septembre 2018

Le soleil rasant de janvier filtrait,

Au travers les branches du peuplier,

Ses rais lumineux,

En une féerie,

Me zébrant les yeux,

Telles mille étincelles de pluie.

 

Du sol, une odeur de terre mouillée,

Malgré la torpeur du matin m'éveillait.

Rendons grâce aux cieux,

L'orage fini,

Exauçant mes vœux,

Je pus m'évader sans autre soucis.

 

Seuls, parmi les mélèzes dépouillés,

Résistent quelques pins fiers et altiers.

N'est ce pas curieux,

Ce vert et ce gris

Des deux résineux ?

L'un dénudé, flétri, l'autre en habit.

 

La campagne à cette heure est tranquille,

La bise légère et docile,

L'instant religieux,

Des oiseaux les cui,

Cui, cui dans les cieux,

Meublent ce jour et donnent envie de vie.

 

Là-bas, à l'orée des quatre chemins,

Puzzle de plusieurs prairies et jardins,

Sur un banc, deux aïeux,

Pipes au becs, pardi,

Les yeux malicieux,

Se reposent d'une vie bien remplie.

 

Dans ce paysage bucolique,

Il ne manque que charrues et biques,

Ânes orgueilleux,

Bergers dégourdis,

Laboureurs anxieux

Temps rétrograde dans le désoubli.

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Rédigé par Louis

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 23 Septembre 2018

Quelle misère ! Je me sens si seule dans cet endroit inconnu.

Qu’ai-je donc fait pour mériter ça ?

Pourtant je me souviens, j’ai été voulue, désirée, attendue avec impatience et on m’a plantée avec amour. J’ai été heureuse bien au chaud au fond du ventre de ma mère. Heureuse dans cette odeur tantôt humide, âcre, mousseuse, terreuse et tenace mais ô combien rassurante ; tantôt sèche, poudreuse, envahissante, étouffante mais ô combien familière. J’ai été emmitouflée, cajolée et protégée du bruit, du froid et des intempéries mais pas des êtres humains. Je ne sais pas ce qu’ils ont déversé dans le cœur de ma mère, des substances licites ou illicites, miraculeuses ou trompeuses qui m’ont dénaturée et même empoisonnée… Tant pis pour eux !

Pourquoi a-t-il fallu que l’on m’arrache, m’écartèle, me jette, me décapite, m’ébouillante et m’écrase sans pitié ???

Au moment où je vous parle j’entends des cris dans la cuisine :

« A table les enfants ! Venez vite, cela va refroidir. Au menu : saucisses purée ! »

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Rédigé par Leslie

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 22 Septembre 2018

Tout a toujours été ainsi, immuable au fil des siècles. Hors du temps, diriez-vous, mais le temps humain est tellement dérisoire en regard de celui de la Terre. Tout a toujours été ainsi. Jusqu’au jour où…

Mais laissez-moi vous conter comment c’était, avant.

Fermez les yeux. Imaginez l’infini, par-delà ce que vos sens pourraient percevoir. Un peu comme l’océan, dites-vous ? Un peu, oui. Mais la mer dégage des effluves salées que nous ignorons par ici, et ses ondulations ne sauraient rivaliser avec celles de nos dunes. Et quelle agitation, la mer ! Tout y est tellement mouvant et éphémère ! Non, ici c’est immuable, statique, solide, et ondulé à l’infini. Et puis ça et là, pour le plaisir des yeux, des touffes d’herbes improbables, lovées dans les creux ; et en contrepoint les acacias, fidèles sentinelles aux aguets, perchées dans les hauteurs, défiant l’espace et le vent, même après leur trépas. Sous la brise du matin, ils exhalent leur parfum de rosée, avant de lâcher à regret des relents alourdis par l’ascension inexorable du soleil qui pèse de tous ses rayons pour extraire la sève de leur rare feuillage et de leurs épines exsangues. Le soir, épuisés d’avoir tant sué leur précieux nectar, ils cèdent l’espace aux touffes d’herbes qui ont su préserver à l’ombre des dunes leurs senteurs de frais ; au crépuscule, elles se laissent à exhaler des émanations légères bientôt enrobées de nuit.

Et le silence, écoutez le silence du désert. Imaginez ; imaginez un silence profond, composé de mille petits sons harmonieux : le bruissement des grains de sable balayés par le vent léger, le craquement de l’arbre ou du roc vaincu par les assauts de l’astre brûlant, le jappement lointain de la hyène ou du fennec, le piaillement du moineau alerté par le glapissement d’un aigle solitaire… Rien à voir, non plus, avec les bruits monotones et rythmés de l’océan ! La tempête, dites-vous ? En effet, les tempêtes se ressemblent ; les déferlements de sable, sous la folie des bourrasques du simoun déchaîné, sont similaires à ceux des eaux chavirées. De lourdes vagues de grains arrachées des dunes déferlent en trombes, envahissent l’espace, s’infiltrent partout jusqu’au plus profond du terrier de fennec, laissant un monde bouleversé lorsque le calme revient.

Voilà comment c’était, avant. Immuable, infini, harmonieux, empli de sons et de senteurs portés par les vents, au loin, par-delà les dunes, au-delà du désert. Jusqu’au pays des hommes. Et les hommes ont senti, ils se sont enivrés des parfums. Et ils ont ressenti cette attirance vers le nouveau, l’inconnu. Ces contrées lointaines, révélées par leurs mélanges subtils d’odeurs matinales, fraîches ou surchauffées, ne pouvaient qu’être meilleures que leur pauvre territoire.

Alors les hommes sont partis, à pied, le nez au vent. Ils ont chargé leurs chameaux de l’essentiel : l’eau précieuse, la nourriture nécessaire, la tente rudimentaire aussi pour se protéger des nuits fraîches et des vents de sable. Et ils ont marché, marché, longuement, à contrevent, guidés par leur flair, suant sang et eau sous le poids écrasant du soleil brûlant. Peu à peu, le monde a changé autour d’eux. Le roc cédait la place au sable, la falaise s’adoucissait en dunes, l’oasis se faisait rare, tout comme la végétation. Arrivés au cœur du désert, les hommes ont été envoûtés par l’étendue de sable. A la première oasis, ils se sont posés. Ils ont envahi l’espace. Leurs tentes grises ont rompu l’harmonie d’ocres ondulés. Ils ont chassé, au mépris du fragile équilibre de la vie animale. Ils ont arraché les acacias défunts pour alimenter leur feu. Ils ont sali les lieux de leurs déchets abandonnés. Ils ont envahi l’espace de relents de sueur, de vêtements surchauffés, de chaussures élimées ; l’air est devenu infesté de fumée, de la puanteur des chameaux et des déjections, faisant fuir hyènes et fennecs.

Voilà comment c’est devenu : similaire en apparence, bouleversé de l’intérieur.

Mais de quel droit ont-ils rompu le frêle équilibre d’harmonies installé au cœur du désert depuis la nuit des temps ?

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Rédigé par Benoît

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 21 Septembre 2018

Il était là, ce cep noueux, caché, entouré d’une végétation débordante, envahissante. Je ne l’avais pas remarqué à première vue, tant occupé à ma randonnée.

Sa présence ici semblait bizarre, au bord de ce chemin où rien ne laissait imaginer une telle découverte.

 

La brise du soir invente sa mélopée qui tantôt se déroule légère comme une rêverie, tantôt s’affirme comme une plainte.

Elle m’apporte des effluves poivrés, éphémères et me permet de découvrir une succession de racines déformées.

Aussitôt je le revois, ce vignoble abandonné.

Une terre caillouteuse, faiblement herbeuse, délimitée par un bois en contre-haut. Une odeur d’abandon s’en dégage, une odeur de sueur aussi à en juger par ces murets en pierre élevés en bord de parcelle. L’homme devait ici imposer sa volonté contre la terre ingrate, l’implacable soleil d’été et les vents dominants l’hiver.

 

Un peu plus bas dans la plaine apparaissent des alignements mécanisés, la netteté de feuillages d’une vigne proprement entretenue dénotant une rentabilité décuplée. Une évidence de nos jours.

Je m’accroupis, écarte les herbes hautes qui en crissant laissent s’envoler un arôme de terre humide.

Les toiles chargés d’insectes oscillent auprès de cette vigne abandonnée, se déchirent et libèrent une exhalaison digne des heures de gloire de ce cru.

D’abord humble, puis persistante la fragrance s’impose, épicée, enjouée. Une odeur d’œillet, de cardamome et réveille en moi le souvenir de repas d’enfance où je n’avais pas le droit de goûter aux breuvages forts autorisés seulement aux adultes.

Je me contentais de humer les flacons aux contenus sombres ou lumineux.

Les yeux fermés je m’imprimais de ces vagues successives. Des arômes de fruits rouges comme la groseille ou boisés comme un Sauternes, qui roulaient jusqu’au fond de mon âme. Embaumaient ma mémoire, se mélangeaient aux rires des invités et déclenchaient un vertige entêtant dont je me rappelle encore.

 

Mon père me surveillait discrètement. Nos regards se sont croisés.

-Plus tard, me disait-il, plus tard !

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Rédigé par Gérald

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 20 Septembre 2018

Lumière des néons, des vitrines, des villes

Dégouline en guirlandes sur la nuit de la rue,

Rebondit vers le ciel dans une clarté drue,

Entachant de lait blanc son doux velours fragile.

 

Lumière des étoiles que les hommes mutilent,

Oubliée dans l’Olympe de ces grands dieux bourrus,

Pleure en photons ténus sa beauté disparue

En traversant l’espace et le temps immobiles.

 

Obscurité perdue, les animaux nocturnes

Aux sens désorientés mutent en bêtes diurnes

Et meurent éblouis au rai dévastateur.

 

Dans les ténèbres claires, la Voie lactée se cache ;

Accoudée au balcon de la nuit qu’on m’arrache,

J’en cherche vainement lumineuse splendeur.

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Rédigé par Mado

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 20 Septembre 2018

Assis au centre de la pièce entouré par le silence de la nuit, à la lumière d'une chandelle, j'ouvre le grand livre de poésies. Odeur de cuir et du parchemin, mélange de cire et de poussière qui me rappelle les souvenirs de ma jeunesse.

Au beau milieu, entre les pages, une fleur coincée a gardé sa couleur et son parfum oublié.

Tu vois, me dit-elle, je suis là, pour te rappeler ton aventure qui s'est évaporée sur le calendrier du temps. Moi, j'étais au printemps de ma vie, toi, tu m'as cueillie et dans ce livre tu m'as insérée, pour qu'à jamais elle n'oublie ton amour.

 

Mais te souviens-tu, qu'une fleur que l'on arrache

Au napperon de la vie,

Même si dans un pot on l'attache,

Son parfum s'évapore et s'enfuit.

 

Pourtant tu vois, aujourd'hui je suis là, ferme les yeux, laisse-toi griser par mon parfum, mélange âcre et sucré, respire-le jusqu’à t'enivrer, souviens-toi d'elle à travers moi. Mais surtout, n'oublie pas de refermer doucement le livre. Et rappelle-toi, que la nature, les fleurs, les feuilles des arbres ne sont pas des marques-pages pour te rappeler ta vie.

Elles aussi aiment, vivent et meurent dans le cycle de la vie.

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Rédigé par Bernard

Publié dans #Écologie et environnement

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Publié le 19 Septembre 2018

Je suis là depuis si longtemps. Je ne me souviens plus de ma naissance, ou si peu… Quelque chose de brûlant, visqueux, écarlate, bouillonnant d’éruptions dans l’odeur âcre du soufre. Souvenirs ténus, brûlures effacées par le vent, la pluie, le temps, la rivière fraîche qui m’a traversée plus tard... beaucoup plus tard.

 

Je suis restée là, autour d’elle, à recueillir les graines semées par les bourrasques d’automne et les oiseaux errants, à nourrir la prairie et les vers de terre de ma substance molle, gorgée d’humus. Terre riche, noire, lourde d’arômes de champignons et de feuilles mortes. J’exhale mes senteurs chaudes et fertiles par-dessus les fragrances blanches de l’eau qui court, par-dessus les parfums verts des forêts, jusques aux hommes. Ils m’ont humée parmi les odeurs enchevêtrées, ils m’ont cherchée, trouvée. Se sont installés sur mon territoire et mon existence en fut bouleversée.

 

J’ai été domestiquée, exploitée, labourée, désherbée, engraissée de fumier, ensemencée de plantes potagères, livrée au bétail, aux volailles. On m’a gavée comme les oies et canards pataugeant dans la pestilence rance de leurs déjections, m’exhortant à donner toujours plus pour produire, produire, produire…

J’ai tenu le coup pendant des siècles. Mes champignons et mes feuilles mortes ont disparu, mes parfums sombres d’humus et de pourriture douce se sont enfuis avec eux. Je suis devenue agricole. De mes mottes compactes et pâles s’échappent désormais l’odeur piquante des poireaux ou celle, plus coriace, des choux.

 

Mais les siècles m’usent…

Je meurs. Victime de l’érosion des sols, des pesticides, des labours à outrance, j’ai perdu ma substance et la vie de mon sol.

 

Bientôt, je ne serai qu’un désert de poussière, de sable, de cendres.

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Rédigé par Mado

Publié dans #Écologie et environnement

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