Publié le 9 Juin 2018

Photo Elliot Erwitt

Photo Elliot Erwitt

Nous partions en vacances, vers le soleil du midi, la voiture chargée de bagages. Mon père n'avait pas eu le temps de faire changer la vitre étoilée par un impact de pierre, il avait rassuré ma mère que nous ne risquions rien. Quand je dis nous c'est ma petite sœur et moi installés sur la banquette arrière. Nous voila partis, je ne sais pas si vous avez déjà fait le voyage de Paris vers le midi c'est long.

 

Pour passer le temps je regardais le paysage qui défilait à grande vitesse et je m'inventais des courses avec les arbres qui une fois dépassés restaient sur le bord de la route, comme si ils étaient essoufflés. A ce jeu je gagnais toute les courses. Le temps passa et je me mis à regarder le monde avec mon œil gauche, le droit caché derrière l'impact ; je devenais pirate et les villages que l'on traversait, des îles aux trésors. Ou alors je regardais le ciel découpé par la toile d'araignée dessinée sur la vitre. Je pouvais imaginer que ce que je voyais était un immense puzzle dont les pièces changeaient à tout instant. Je changeais de position pour voir si en cachant mon œil gauche derrière l'impact, les images étaient différentes... Y a-t-il une vision de gauche une vision de droite ? Pourquoi avons nous deux yeux ?

 

Mon jeu s'arrêta car la nuit venait de tomber. Mes yeux se cachèrent derrière leurs paupières, plus d'impact, ni de toile, juste des images que j'emportais avec moi. Je m'endormis en rêvant que notre voiture était un vaisseau et moi le capitaine des pirates qui n'avait qu'un œil.

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Rédigé par Bernard

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Publié le 6 Juin 2018

Photo Elliott Erwitt

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J'entendis au loin un bruit de tôle froissée, un crissement de pneus et puis plus rien.Garant ma moto je me précipitai et dans le tournant de la départementale 7 menant à Bolbec, je vis une voiture accidentée. A l'arrière droit, une fillette semblait regarder l'horizon, mais à la place de l’œil droit, il y avait une étoile en verre cassé. Sur la vitre opposée on voyait la campagne, plate et morne. A ce moment un train passa puis ce fut le silence que je qualifierais d'assourdissant.
Je n'eus pas le temps de dénombrer les pensées qui avaient rempli mon esprit quelques instants plus tôt.
Sans plus tarder, je pris mon portable et appelai les secours.
Elle était seule dans la voiture... mais où était le conducteur, m'interrogeai-je : il semblerait qu'il ait pris la fuite.
Les gendarmes arrivèrent ! Ne voulant pas être mêlé de près ou de loin à cet accident, j'enfourchai ma Harley Davidson et pris la fuite.
Pendant quelque temps je ne lus pas la presse et ne regardai pas la télévision. Quand j'étais chez moi, au moindre bruit, je courais d'une fenêtre à l'autre pour voir si ce n'était pas les gendarmes qui venaient me demander des comptes et quand je me déplaçais j'évitais la départementale 7.
C'est ainsi que je ne sus jamais ce qu'était devenue la fillette à
l’œil droit en forme d'étoile.
J'imagine parfois, avec quelque émotion, qu'elle est allée rejoindre Marcel Proust et ses jeunes filles en fleur...

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Rédigé par Françoise

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Publié le 6 Juin 2018

Photo Elliot Erwitt

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Une balle de golf heurta la voiture. Lucie, assise du côté de l’impact, poussa un cri strident et devint toute pâle. L’impact est bien visible, mais la vitre ne s’est pas cassée. Le père ne s’était pas arrêté, ne sachant pas ce que ça signifiait, si c’était un acte volontaire qui sera suivi d’autres projectiles ou si c’était l’accident causé par un joueur débutant maladroit qui s’entraînait dans cette contrée isolée, vide, sans relief, couverte de prés à perte de vue sur lesquels des vaches paissaient pendant la belle saison. Maintenant, fin novembre, il faisait frais, les vaches étant restées dans leurs étables, les prés pouvaient servir de terrain de jeu à des personnes plus ou moins mal intentionnées, peut-être jalouses de la belle voiture qui filait à toute allure.

Arrivé au village le plus proche, le père s’arrête, prend sa fille dans ses bras, voulant la consoler. Mais sa fille reste étrangement distante, très calme, le visage grave, fermé, demandant à son père qui avait fait ça. Il parle à sa fille d’un accident malheureux et très rare et de l’incompétence du joueur de golf. Il l’amène manger une glace sur la place du village, sa glace préférée, aux pistaches et au chocolat avec plein de crème chantilly dessus. Lucie n’y touche presque pas, restant silencieuse tandis que son père cherche à l’égayer, à lui changer les idées, à répéter encore qu’elle ne risquait plus rien.

Il fallait reprendre la route pour Deauville où son épouse, la mère de Lucie, les attend. Il demande à sa fille si elle ne préférerait pas s’installer sur la banquette arrière, s’allongeant peut-être pour dormir un peu. Ainsi, le temps passera plus vite, lui dit-il. Elle secoue la tête, non, elle veut reprendre sa place. Depuis, toute pâle, elle fixe avec son œil gauche l’impact de la balle, insensible au paysage qui défile, composé de prés et de petits bosquets dont la multitude de verts est de plus en plus atténuée par un brouillard enveloppant tout.

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Rédigé par Iliola

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Publié le 5 Juin 2018

Photo Elliot Erwitt

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Une vitre fêlée, juste au niveau du front.
Comme une invite à ouvrir son esprit, oxygéner les pensées, ou les poser ailleurs.
Fêlé. Il se rappelle.. le micro séisme, le volcan intérieur d'où jaillit un torrent de lave, ou peut-être de boue.
La boue.. la crue soudaine de la Sorgue, le déluge tombé du ciel, à l'heure furtive du chien qui devient loup. La houle grise qui rugit et lèche les pierres blanches comme pour les abreuver, le tumulte chaotique d'où l'on pense ne jamais pouvoir s'extraire, les pieds enchâssés par la peur, les yeux exorbités, les bras chassant l'air comme pour une chorégraphie déjantée, et les doigts qui cherchent à l'aveugle une prise sans espoir.. il sourit. Le désert soudain.
Un désert encombré par une marée de détritus, un agglomérat noirâtre où surnagent frileusement de rares bêtes prises au piège d'une vie domestique, des caisses hétéroclites échappées de caves inondées, des chaussures solitaires en quête de propriétaire, quelques rats opportunistes et rieurs.. l'Apocalypse.
Il rêve à ce carreau cassé. L'impact d'une balle, éphémère et précise, cible hallucinée d'un projectile perdu. Comme pour forcer le destin, mener le corps vers les cimes, échapper à l'enfer de la routine, de la rigueur.. retrouver l'élan vital !
Il pose son front sur la vitre, face à l'impact. La buée jaillit en brume irisée, se coule en anneaux comme quand, enfant, il jouait à jeter des graviers dans la mare aux canards, troublant à la fois le calme monotone des bêtes et de l'eau.
La boue s'écoule encore. Les pensées ruissellent et défilent en deçà de la vitre.
Survivre au déluge.. un long périple saumâtre, une fuite éperdue, les Monts du Vaucluse, les collines aux couleurs chatoyantes, le refuge au milieu des vignes, une vie nouvelle, appellation contrôlée.
Était-ce un choix ? Un doute sournois.
Et elle .. l'absence assourdissante, le non-dit qui s'éternise.. comment accepter ?
Il sent son cœur qui tremble, le froid la peur la culpabilité.. les nœuds dans la gorge.
D'un coup il se reprend, se décolle de la vitre... La peur de son reflet. Il recule, prend son élan et lance son poing au travers de la glace, avec une force dont il ne se croyait plus capable, lui le mal-loti,le mal-nourri, le mal-pensant, il observe en silence, sous quelques notes de pluie, sa main ensanglantée qui semble reprendre vie.

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Rédigé par Nadine

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Publié le 5 Juin 2018

Photo Elliot Erwitt

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Partir avant le lever du soleil, car la route sera longue...

Je m'appelle Marie et c'est avec nostalgie que je quitte la maison de mes grands parents, l'été est fini !!!

Jules mon copain de toujours, petit Jules, gamin de sept ans qui venait chaque année avec ses parents dans la maison voisine était sauvage mais sa sœur Emilie bout-en-train, n'avait peur de rien, moi non plus.

J'étais heureuse de venir passer les mois de vacances dans cette maison familiale.

Le matin en ouvrant les vieux volets de bois couleur vert passé, c'était une joie de respirer l'odeur de l'herbe mouillée, les gouttelettes de rosée sur les fleurs des champs qui nous disaient bonjour.

Le soleil étirait ses rayons encore à moitié réveillés, le coq terminait ses cocoricos et ses poules s'appliquaient à pondre les œufs de la journée.

La joyeuse équipe était au rendez-vous chaque été.

Papa et grand père partaient très tôt à la pêche, dans un coin connu d'eux seuls, une rivière dans laquelle foisonnaient des truites, des goujons.

Cet endroit tranquille était escarpé, mais bien équipés ces deux "aventuriers" y parvenaient tranquillement, contents pour le déjeuner de nous rapporter le produit de leur pêche.

Un jour ou le temps était incertain, mon père voulu tout de même s'adonner à sa passion.

Arriva l'heure du déjeuner, puis le ciel s'assombrit et un orage éclata, le famille commença à s'inquiéter, avant la tombée de la nuit  sous une pluie battante, une équipe de villageois menée par la gendarmerie partit inspecter la forêt, l'étang voisin, les roches et les rivières.

Ils trouvèrent mon père gisant en contre bas, il respirait.

Je montais dans notre voiture avec maman, pour arriver à l'hôpital le plus proche, nous traversions un petit bois noir, des corbeaux s'envolaient en croassant, des ombres projetées par des arbres tordus, me faisaient peur.

Sur la route boueuse le véhicule s'ébranla et reçut une pierre qui vint frapper la vitre contre laquelle ma joue était appuyée, avec les gouttes de pluie, les brisures renvoyaient des couleurs irisées de bleus, de gris, de violet.

Alain mon protecteur préféré s'en était sortit avec une jambe et un bras cassés, mes parents souhaitaient rentrer à Paris.

Je laissais tristement mes grands parents, mes amis, on s'écrira, mais des larmes coulèrent faisant de la buée sur la vitre de la voiture défigurée par l'impact que je touchais du bout des doigts, mon œil glissa au milieu.

Durant quelques semaines j'ai fait des cauchemars, je regardais en spectatrice mon regard vert au centre du choc !!!    

 

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Rédigé par Dominique

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Publié le 5 Juin 2018

Photo Elliot Erwitt

Photo Elliot Erwitt

 

L’enfant aime regarder le paysage à travers l’impact sur la vitre.

 

Un sacré bout de temps que la fenêtre de la voiture est fêlée. Une embrouille entre son père et un conducteur excité, des cris, des injures. Le garçon avait eu peur, s’était blotti au plus profond de la banquette arrière, priant pour que l’homme et son père se calment.

Dieu l’avait entendu. Son père était revenu au volant, avait démarré ; c’est à ce moment-là que le caillou avait frappé la vitre. L’enfant avait sursauté, son père, bondi hors du véhicule, mais l’agresseur s’était enfui. Depuis, la vitre gardait cette cicatrice et le garçon avait appris à l’aimer.

 

Elle lui renvoyait un paysage irisé, fractionné, comme un puzzle. Un paysage fantastique, qui l’accompagnait dans le voyage, un paysage dans lequel les plans se chevauchent sans respect pour l’ordre des choses, les rivières coulent au ciel, les champs voguent au-dessus des forêts.

Les hautes herbes au bord de la route, droites comme des soldats au garde-à-vous, défilent à toute allure sauf quand il les observe à travers la blessure étoilée de la vitre. Elles se brisent alors en paillettes d’or, voltigent comme des lucioles et l’habitacle s’illumine.

 

La voiture roule. En haut, dans le coin de la fenêtre, une lune blanche la suit, toute ronde, une perle nacrée sur l’écrin bleu du ciel. Elle épouse les virages, saute par-dessus les montagnes, se cache parfois, juste un instant, pour ressurgir de l’autre côté, encadrée par la vitre opposée, disparaît à nouveau, revient. Elle ne se laisse pas attraper par l’éraillure de verre. L’enfant s’aplatit, se tortille pour la capturer mais elle se dérobe. Elle vole trop haut.

 

Tant pis, il va pulvériser le village qui arrive, là-bas, au bout de la route. La première maison explose en fragments désordonnés. Un rai de lumière s’immisce. Le village se brise en couleurs d’arc-en-ciel. L’enfant, émerveillé, se promet de dessiner dès son retour ces visions magnifiques… Se rappeler du toit bleu décalé, du mur rose qui le cherche, de la rue en escalier déstructuré, de la magie, de la beauté…

 

Peut-être deviendra-t-il un grand peintre du cubisme… ? Peut-être pas… Son père roule vers le garage le plus proche pour faire réparer la fenêtre...

 

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Rédigé par Mado

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Publié le 4 Juin 2018

La fenêtre en mouvement…

USA,Colorado, 1955 - Elliot Erwitt

USA,Colorado, 1955 - Elliot Erwitt

Lecture :

 

 Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, extrait (1919)

 

Les levers de soleil sont un accompagnement des longs voyages en chemin de fer, comme les œufs durs, les journaux illustrés, les jeux de cartes, les rivières où des barques s’évertuent sans avancer. A un moment où je dénombrais les pensées qui avaient rempli mon esprit, pendant les minutes précédentes, pour me rendre compte si je venais ou non de dormir (et où l’incertitude même qui me faisait me poser la question, était en train de me fournir une réponse affirmative), dans le carreau de la fenêtre, au-dessus d’un petit bois noir, je vis des nuages échancrés dont le doux duvet était d’un rose fixé, mort, qui ne changera plus, comme celui qui teint les plumes de l’aile qui l’a assimilé ou le pastel sur lequel l’a déposé la fantaisie du peintre. Mais je sentais qu’au contraire cette couleur n’était ni inertie, ni caprice, mais nécessité et vie. Bientôt s’amoncelèrent derrière elle des réserves de lumière. Elle s’aviva, le ciel devint d’un incarnat que je tâchais, en collant mes yeux à la vitre, de mieux voir car je le sentais en rapport avec l’existence profonde de la nature, mais la ligne du chemin de fer ayant changé de direction, le train tourna, la scène matinale fut remplacée dans le cadre de la fenêtre par un village nocturne aux toits bleus de clair de lune, avec un lavoir encrassé de la nacre opaline de la nuit, sous un ciel encore semé de toutes ses étoiles, et je me désolais d’avoir perdu ma bande de ciel rose quand je l’aperçus de nouveau, mais rouge cette fois, dans la fenêtre d’en face qu’elle abandonna à un deuxième coude de la voie ferrée ; si bien que je passais mon temps à courir d’une fenêtre à l’autre pour rapprocher, pour rentoiler les fragments intermittents et opposites de mon beau matin écarlate et versatile et en avoir une vue totale et un tableau continu.

Écriture :

La fenêtre en mouvement... Son cadre est fixe mais l'image qu'elle borde est mobile.

Imaginez une histoire à partir de cette photo en y intégrant une description de l'image mobile.

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Rédigé par Atelier Ecriture

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