Publié le 14 Juillet 2017


Hier, îlot méditerranéen perdu dans la mer,

      Lampédusa suivait la Sicile.

      Hier était un monastère

      Austère, sévère, aride et stérile.

      Aujourd'hui, elle offre asile aux migrants,

      Terre d’accueil pour marins échoués d'un soir.

      Migrants d'ici et de là, adultes et enfants,

      Marins éperdus de désespoir…

        Lampédusa,

        Tu es là,

        Sous le ciel bas,

        Rochers en amas,

        Refuge sans toit...

        Migrants d'Afrique,

        Fuyant sur canots archaïques,

        Tels nefs antiques,

        Aux proues pathétiques.

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        Rédigé par Viviane

        Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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        Publié le 14 Juillet 2017

        Je viens de Nice par le boulevard Princesse Grâce de Monaco, au deuxième feu, toujours rouge, j’enquille à droite la descente par l’avenue du Général de Gaulle. Peu avant le coude de la Citadelle Saint-Elme, une paroi rocheuse ocre striée de coulées d’un cuivre plus clair, encadrée de cistes, de cactées, surmontée de pins parasols, de cyprès. Virage à gauche, tournant vers un autre monde. Frangée d’une haie d’hibiscus parme, enchâssée entre le bleu de la baie, le jauni de la Corderie… La Darse !

         

        Waou ! Quel plaisir ! Belle, la Darse ? Figée dans l’éternité du passé, pittoresque, émouvante dar sinaa. Où me garer ? Regarde-moi ce, ce… malotru, il m’en pique une sous le nez ! Dans ce port qui leur fut dédié, la dernière galère est de trouver une place de parking. Voilà, la chance revient, là. Bien, ça c’est fait.

         

        Il y a du vent dans la rade, les pavillons flottent horizontaux. Le pointu de Pierrot, il doit se faire secouer les tripes, le pastis sera bienvenu. Pas sûr qu’il ramène quelques pageots, quoique, mouettes et cormorans tournent,virent, à la poupe.

         

        Là, un vrai ! Richelieus noires, socquettes blanches, jambes blafardes sous un short bleu, visage rouge, en sueur, smartphone scotché à l’œil, il ne voit rien, il photographie. Pas de doute, mon premier touriste. Vite un vœu.

         

        L’orchestre ! Bruissement du clapot contre les coques, cliquetis des drisses le long des mâts, gémissements des amarres dans les chaumards, la musique du port.

         

        Les yoleurs évoluent à la rame, quelle élégance cette yole de Bantry ! Laïssa Ana, un joli nom. Lentes ondulations de la mer, balancement des embarcations, accompagnent le soleil couchant. Toutes les teintes, si vives à midi, s’altèrent d’une couleur mordorée.

         

        Stimulé par une revigorante brise, enivré des odeurs de peinture, de vernis des voiliers en cale sèche mêlés au parfum des pins, j’avance vers les voûtes.

         

        Hors du temps ! Serai-je surpris d’apercevoir quelques galériens 

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        Rédigé par Hervé

        Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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        Publié le 14 Juillet 2017

        PROMENADE DES ANGLAIS EN 2004

         

        Les vagues et la blancheur de l'écume

        Par petites touches venaient caresser

        Sous la luminosité de la lune,

        Au long littoral les milliers de galets.

         

        Sur la Promenade blasée, une à une,

        Les chaises par certains touristes déplacées,

        Chamboulent le bon ordre bleu car aucune

        Finit la journée à sa place octroyée.

         

        Sous la pergola quelques amoureux flânent,

        Ne sachant pas encore si le lendemain

        La nuit d'étoiles aura attisé leurs flammes

        Ou bien alors se seront séparées leurs mains.

         

        Le bord de mer après la foule s'assoupit,

        Et les sans abris sur les galets s'endorment,

        Enfin les trottoirs sont livrés à la voirie,

        Les matinaux déambulent, déjà s'informent.

         

        Les noctambules regagnant leurs pénates

        Les croisent sans les voir, car, leurs yeux sont vitreux,

        Se cachant du soleil le curieux contraste,

        Oubliant de la vie, ce que Dieu fit de mieux.

         

        ...

         

        PROMENADE DES ANGLAIS 2016

         

        Les vagues et la blancheur de l'écume,

        Par petites touches venaient caresser,

        Sous la luminosité de la lune,

        Aux pieds de la foule, les milliers de galets.

         

        Les fusées en bouquets du feu d'artifice,

        Illuminent la Promenade des Anglais,

        Tapi dans l'ombre, un poids lourd illicite,

        S'apprête sournois, à perpétrer son forfait.

         

        Le chauffeur conditionné par des canailles,

        S'accroche à son volant, avant d'accélérer,

        Laissant dans son sillage un champ de bataille,

        Hommes, femmes, enfants, victimes d'un taré.

         

        Le camion fou poursuivi par la police,

        Les hurlements et les sirènes de pompiers

        Nous plongent aux années noires des sévices

        Ravivant nos peurs et angoisses ensommeillées.

         

        Ces plusieurs différents Dieux qui existent,

        Devraient autour d'une table se rencontrer,

        Afin qu'ils s'entendent et qu'ils persistent,

        Pour cesser ces guerres, et imposer la PAIX.

         

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        Rédigé par Louis

        Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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        Publié le 14 Juillet 2017

        Comment oublier la mer, la Prom… vues par les yeux éblouis d’une petite fille.

        Elle ouvrit la fenêtre étonnée de se rappeler encore, après tant d’années, le jour où tout s’imprima dans sa mémoire. Elle s’était penchée si souvent à la fenêtre de sa chambre. Surprise, toujours, par le soleil qui entrait à flots.

        Pouvait-elle imaginer à l’avance toutes ces années qui la séparait d’aujourd’hui, sinon par ce souvenir précis !

        Elle devait avoir cinq ans, six ans peut-être. Le printemps de sa vie épousait l’été de la ville.

        En ouvrant la fenêtre ce jour-là elle vit sous la lumière, la mer alanguie sillonnée par tous ces bleus différents. Un sourd murmure montait du port. Dans la passe, un cargo pour la Corse se glissait avec mollesse.

        Sur les quais la grue restaurée, sous le vol intéressé de grands oiseaux, semblait bâiller de toutes ses mâchoires métalliques.

        De l’autre côté, dans l’air suspendu, s’étalait la baie majestueuse, courbe parfaite où s’écrasaient les vaguelettes nonchalantes.

        Les hibiscus et le jasmin des maisons en contrebas s’ouvraient et leurs parfums avaient déjà envahi la pièce.

        -« Oh mon Dieu ! » dit-elle simplement en fermant les yeux. Ses deux mains posées sur la rambarde de fer.

        Elle ressentit une émotion qui allait marquer sa mémoire. Elle eut conscience de s’envoler au pays des rêves éveillés, au pays des instants saisis au vol. Un quatorze juillet où sa vie commençait à peine.

        Ce soir, le feu d’artifice …

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        Rédigé par Gérald

        Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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        Publié le 4 Juillet 2017

        Quelques palaces, un portier, des limousines, des palmiers.

        Une rambarde blanche.

        Sensation bleue, horizon bleu, chaises bleues, vélos bleus,

        Vent dans les cheveux.

        Plage de galets, mal sous les pieds ;

        Embruns salés… Cris des mouettes en vol plané.

        Un pointu, un pêcheur, ses filets.

        Bateaux sur la mer, danse de la lumière ;

        Danse des nuages les soirs d’orage,

        Drapeaux qui claquent sous la bourrasque.

        Drapeaux valsant un soir de fête aux réverbères en blancs lampions,

        Feu d’artifice, un gros camion...

        Tristesse.

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        Rédigé par Mado

        Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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        Publié le 4 Juillet 2017

        Une princesse russe au Négresco ;

        De la calèche aux chaises bleues ;

        Farniente et champagne devant la mer ;

        Des galets blanc qui roulent et boulent ;

         Un Matisse qui peint des palmiers verts ;

        Une naïade dans un filet de pêche ;

        Train bleu et bateau voyageur ;

        Un touriste goûte au pan bagnat ;

        Ciel bleu et nu de Klein ;

        Ballade entre hier et demain ;

        Mais toujours Nissa la Bella ;

        Il y a eu tout ça,

        Et pour toi, mon amant voyageur,

        Je peindrai une ville rose sur un ciel bleu.

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        Rédigé par Viviane

        Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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        Publié le 4 Juillet 2017

        Moi, Nana, je crèche sur le piquet du milieu en face du Negresco. Je suis la mouette starlette et dois user de coups de bec pour garder ma place. A ma droite, la Prom’ s’étend sur 5 km, à ma gauche sur 3 km et en face de moi s’offre un horizon illimité de poissons. Trop souvent dominée par de gros condors mécaniques polluants et assourdissants, cette mer riche de vie sous-marine est un garde-manger à portée d’ailes. Que demande le peuple ! Alors, quand mon estomac gargouille, je vais jouer à faire bonne pioche avec les petits poissons frétillants à la surface de cette mer scintillante. Enfin, bonne pioche pour moi….

         

        Digérant mon festin, depuis mon piquet, je suis souvent réveillée par les touristes. C’est qu’ils me cassent les oreilles avec leur jeté de galets ! Ils ne peuvent pas s’empêcher de jeter les cailloux dans la mer et d’essayer de faire des ricochets. Un jour j’ai failli m’en prendre un dans l’aile ! C’est à croire qu’il y a marqué sur tous les galets de la Prom’ : jetez-moi, jetez-moi, jetez-moi ! Je me demande ce qu’ils ont dans le crâne. Ils s’emmerdent tant que ça chez nous ? J’ai beau leur lancer des cris aigus et les survoler en rase-mottes pour qu’ils cessent, rien n’y fait. Alors parfois, je me prends pour un kamikaze japonais et d’un coup d’aile à gauche VROUM, d’un coup d’aile à droite, VROUM j’agite le bout de ma queue et flop, un galet tout mou ! Je les canarde, ha ha ha et tiens flop encore un galet gris clair et gris foncé ! Je suis la seule à faire ça. Mes autres congénères se mettent à plusieurs pour m’en empêcher mais j’y arrive quand même. Elles, elles les aiment bien les touristes. Car elles foncent bec baissé sur leurs restes de pique-nique : miettes de chips, mie de pain, peau de saucisson. Le bouquet c’est la poubelle à gauche. Elles crèvent les sacs quand cela ne dépasse pas et mangent les restes. Moi, je ne suis pas une mouette de miettes et suis d’ailleurs plus grosse que toutes les autres. C’est pour ça qu’on m’appelle Nana, à cause des grosses Nana de Nikki. Et puis j’écoute les conseils de ma mère : pour être en bonne santé, je ne mange que du poisson, jamais de gluten ! Et souvent je profite d’un filet de pêcheur pour varier mon alimentation et manger autre chose que du poisson de surface.

         

        Quand je m’ennuie, étant de nature voyageuse et voyeuse, je vais squatter gratuitement les balcons du Negresco pour mater la télé des humains dans leurs chambres. Parce que eux, je les connais déjà en long, en large, et en travers ! Mais la télé, c’est génial. Surtout BBC news ou CNN. Je fais le tour du monde en moins d’une demi-heure. Ceci dit, mon piquet reste mon trône préféré. Sentir le vent, de plus en plus fort d’ailleurs ces dernières années, regarder l’horizon, fermer les yeux et courber la plume pour ne devenir qu’une boule imperturbable aux aléas de la Nature, j’adore.

         

        Pour égayer ma journée quand j’en ai marre du gris et du bleu, je m’en vais faire un tour du côté des maisons rouges, jaunes et vertes. Je survole la vieille ville et vais crécher sur le clocher de Sainte-Rita. Je me risque à descendre et à marcher sur le sol… des tables de restaurant. Surtout quand je vois des tagliatelles aux langoustines. Mais des pschitt, pschitt me chassent. C’est bizarre comment un petit mot peut faire fuir quelqu’un.

         

        Un soir où mes congénères et moi contemplions, comme chaque année, les boules de feu multicolores éclatantes dans le ciel, nous avons dû attaquer de front un camion blanc qui était en train de détruire nos piquets. Nous avons beau essayé de lui crier dessus, de lui chier dessus, de lui faire pschitt pschitt, rien n’y a fait. Il ne s’est pas arrêté. Puis nous avons entendu un tac tac tac et tout s’est arrêté. Sans doute cela venait d’un homme de loi : la tacatacatique du gendarme….

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        Rédigé par Marie

        Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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        Publié le 4 Juillet 2017

        Marre de tout. Marre de mes problèmes. Allez, faire un peu de yoga ne me fera que du bien. Il y a plein de monde autour de moi, pas grave. Je vais me créer une bulle de concentration. Allongée sur mon tapis de bain en accordéon pour lisser les galets pointus, concaves et convexes, je ferme les yeux. Mon Dieu que j’ai la tête lourde. Malgré les yeux fermés, je vois rouge. Je devine même mes cellules. J’essaie de détendre tous mes muscles. Mes doigts de pied sont légers comme des plumes, je relâche mes muscles un par un en remontant.

        Le vent souffle sur les perles d’eau de mon corps de baigneuse. Le soleil transperce mon épiderme et mon sang coule en rivière d’or. Il me réchauffe de l’intérieur. Je suis une fille du Système solaire. Ma langue conserve le goût du sel de la mer. Elle aurait besoin d’eau douce. Tant pis, je reste immobile comme une momie. Quel Bonheur que de sentir son corps. La tête me gratte, mais je n’y touche pas. Mes cheveux sèchent en bloc et deviennent comme ceux d’un Playmobil. Mes doigts tout fripés me renvoient un toucher désagréable de sillons crénelés. Pas de douces caresses possibles. Je sens les galets chauffer et les toucher me hérisse le poil. Leur fine couche râpeuse de sel me fait penser à de la saleté. J’entends le va-et-vient des vagues, le roulement des cailloux, j’en perçois des gros, des moins gros et des tout petits qui sont pris dans ce tourbillon. Des cris d’enfants m’énervent, des Italiens jacassent, tchatchent, n’en finissent pas de parlare… Il doit y avoir une mouette ou deux, elles se chamaillent un bout de pain lancé par un touriste ignare des bonnes mœurs de la nature.

        Je respire encore tout ce fluide d’or et l’expire. Je vais bientôt entourer toute la plage d’or. Tous ces corps deviendront des statues d’or. Et là enfin nous aurons le droit évident d’être classés au patrimoine de l’Unesco !

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        Rédigé par Marie

        Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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        Publié le 4 Juillet 2017

        Nice, vers 1840

         

        Dans son champ d'orangers, Menica l’Ancien fait la dernière cueillette. Les paniers débordant d'agrumes attendent d'être chargés sur la charrette. L'air est doux en ce matin de janvier. Sur le chemin de terre, en bordure du champ, des promeneurs déambulent, discutent dans leur langue incompréhensible. On dirait qu'ils parlent mé una tantifla en bouca, avec une patate dans la bouche… Ce n'est pas pour rien que les Niçois ont baptisé ce sentier lou camin dei Ingles… Ils sont de plus en plus nombreux les Anglais, à aller et venir sur cette piste, et ils sont riches ! Ils achètent les terres du bord de mer pour y construire leurs villas.

         

        Menica l’Ancien tire une bouteille de piquette de sa besace. Une bonne lampée à la régalade et il s'essuie la moustache d'un revers de manche. Pas mauvais son vin cette année. Les vignes de sa terre, à Magnan, sont vigoureuses. Faudra qu’il en fasse des boutures. Et vite ! Depuis quelques temps, les villas poussent plus vite que les ceps au bord de mer !

        À travers le feuillage foncé des orangers, du bleu partout. Bleu profond du ciel, bleu scintillant et mouvant de la mer. Sous les pas des promeneurs, la poussière vole, s'irise dans un rayon de soleil, retombe en ternissant les oranges. C’est sa dernière récolte à Menica l’Ancien, la ville pousse, déborde le Paillon, s’étend vers l’ouest, avale sa terre. Ce n’est pas un Anglais qui va la croquer, c’est un Allemand, Ladislas de Diesbach. Son champ va disparaître, une époque se meurt...

        Menica l’Ancien respire de toute son âme le parfum des orangers, la senteur iodée de la mer, emmagasine toutes ces odeurs pour les emporter avec lui. Il lui faut partir là-bas, vers la France, dans la plaine du Var, sur une colline loin de la mer. Ses orangers resteront là, un crève-cœur, mais il a fait des boutures et des greffes. Le nouveau terrain sur la colline, à Sainte-Marguerite, les accueillera.

         

        Sur le chemin poussiéreux, les belles dames en robes de soie passent, conquérantes, au bras de leurs époux en redingote. Ça parle anglais, allemand, français... on n’est déjà plus chez soi… Le champ mitoyen est en chantier. Son voisin, le Lucien, est déjà parti. Les vignes ont été arrachées, les travaux sont en cours, la terre labourée en profondeur pour les fondations d’une villa.

        Menica l’Ancien attelle la mule, charge la charrette et s’en va.

         

         

        Nice vers 1900

         

        Menica le Fils descend à la ville. Son père lui a souvent raconté le champ d’orangers et les vignes au bord de la mer. Menica le Fils était enfant quand sa famille s’est installée sur la colline. Il lui reste un vague souvenir de la vieille terre. Aujourd’hui, c’est dimanche ; il a mis son plus beau costume, a attelé la mule et part vers Nice. On lui a dit que la villa de l’Allemand a été démolie l’an dernier pour une une autre villa, encore plus belle, celle du prince d’Essling. Il a bien envie de faire un tour dans le coin pour voir toutes ces belles choses. Et peut-être que ça lui fera remonter des bouts d’enfance...

         

        Arrivé à Carras, c’est déjà la ville, et encore un peu la campagne. Les troupeaux de chèvres traversent les rails du tram pour aller pâturer. De l’hippodrome, le Camin dei Inglès – qui s’appelle désormais la Promenade des Anglais – file jusqu’à Rauba Capeu. Nice, devenue française, s’est enrichie. De plus en plus de palaces remplacent les villas particulières, de plus en plus de gens fortunés les occupent.

        Menica le Fils se sent étranger dans cette Nice-là. Les paysans ont complètement disparu du bord de mer. Les orangers se font rares, les palmiers nombreux. Heureusement que son père a réussi boutures et greffons sur la colline ! Aujourd’hui, c’est lui qui les soigne. Il a planté aussi des mandariniers, clémentiniers, citronniers. Ses agrumes colorent d’orange et d’or la colline de Sainte-Marguerite au froid de l’hiver ; au printemps, ce sont les pruniers qui tapissent le vallon de leur floraison blanche, une splendeur ! La terre est bonne, les légumes prospèrent. Scaroles, haricots cocos, tomates cœur de bœuf, poireaux, artichauts se succèdent au fil des saisons. Parce qu’ici, au bord de la mer, c’est fini. Du champ d’orangers de son père, il ne reste rien. Rien, sauf la plus belle villa qu’il n’ait jamais vue, posée, sereine, devant la mer. Avec ses pierres blanches, son élégante rotonde, son jardin délicat, elle invite à la douceur, à la vie tranquille, aux loisirs… Un autre monde, inaccessible…

        Menica le Fils repart vers la colline, il n’a plus rien à faire ici.

         

         

        Nice en 2017

         

        Cinq générations de Menica – Dominique en français - se sont succédées sur la colline. La terre a nourri la famille depuis plus d’un siècle. Le dernier descendant, Petit-Menica, a trente ans. Il poursuit le travail des anciens, conserve, récolte après récolte, les graines précieuses transmises de génération en génération. Mais la ville pousse à nouveau. Les pruniers blancs du vallon ont disparu, des immeubles les ont remplacés. Les constructions envahissent tout.

         

        Il paraît qu’il y a deux cents ans, les champs s’alignaient au bord de mer, qu’il y a cent ans, à la place de l’aéroport – pardon, l’aréoport comme disait son grand-père – il y avait l’hippodrome ; et qu’il y a cinquante ans, dans la plaine, à la place des marchands de voiture, il y avait des paysans, rien que des paysans. Il paraît que des œillets fleurissaient sur la colline. Lui ne les a pas connus. Là aussi, des immeubles les ont remplacés. Quelques orangers sont encore là, mais la ville pousse.

         

        Dans la plaine, il y a une nouvelle voie, un grand stade. Le quartier de Sainte-Marguerite a perdu ses cultivateurs. Petit-Menica est l’un des rares à avoir gardé sa terre. Son champ est bordé de béton, comme l’a été, en son temps, celui de son aïeul, Menica l’Ancien. Il paraît que c’est la villa Masséna qui occupe l’emplacement des orangers originels. Une belle bâtisse pour un beau musée ! Tous les terrains agricoles n’ont pas eu ce destin prestigieux.

         

        Petit-Menica soupire… L’histoire se répète. Faudra qu’il fasse des greffes de vignes et d’orangers. Un jour, lui aussi devra partir loin, encore plus loin. Alors il emportera avec lui les graines, les boutures, les souvenirs, pour que continue à vivre le fabuleux patrimoine légué par Menica l’Ancien.

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        Rédigé par Mado

        Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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