LE MENU
Publié le 28 Juillet 2026
Gentes dames et gentils seigneurs, soyez les bienvenus dans le plus beau restaurant du monde. Vous irez de surprises en surprises, et ne soyez étonnés de rien. Tout viendra en son temps. Voyez d’abord la salle qui va vous accueillir une fois que la brume s’éloignera vers un autre matin.
Une plage de sable fin et doré s’offrit aux yeux des convives. Sur le sol, des nappes de soie argentées étaient chargées de vaisselles rutilantes. Les plats et les assiettes étaient en porcelaine blanche la plus pure. Les verres étaient en cristal ciselés et flamboyaient avec la complicité des premiers rayons de soleil. Les couverts, en vermeil, complétaient, avec élégance, ce décor digne d’un palais. Des coussins, éparpillés, ci et là, apportaient la touche de confort que l’on était en droit d’attendre dans ce endroit merveilleux.
Le maître de cérémonie, habillé avec la classe d’un majordome anglais revint vers eux.
- J’espère que le site vous convient. Vous verrez... Le rythme des vagues adoptera les battements de votre cœur. Certaines vaguelettes, mutines et coquines s’amuseront avec les orteils de ceux qui seront près d’elles. Mais elles seront douces et tièdes. Leurs caresses dispensent la sérénité et le bonheur... Mais ! Il est important, maintenant, que je vous parle du menu que l’instant vous propose.
Tout d’abord, pour vous ouvrir l’appétit nous vous offrirons une petite brise marine qui, venant de très loin, apportera avec elle l’odeur de l’homme et de la femme que vous ne connaissez pas. Elle y ajoutera l’iode de la mer qui l’a imprégnée pendant son voyage. Les senteurs de pays inconnus seront les ingrédients nécessaires pour donner du relief à cette entrée en matière. Ce ensemble d’arômes viendra à vous et se laissera découvrir sans que vous ayez le moindre effort à faire.
Le poisson sera le maître de la suite. Nous vous servirons du maquereaux. Vous aurez le choix entre : Avec nageoires ou sans nageoire. Mais toujours avec la queue... Noblesse oblige. Ses écailles seront argentées, car voyez-vous, le maquereaux aime l’argent. Il aime aussi l’or et comme nous ne lésinons pas sur la chose nous ferons le nécessaire pour que l’astre du jour le réchauffe de ses rayons et le pare de la teinte dorée du poisson cuit à point pour votre plaisir. Il sera présenté sur un nid de girelles qui ont été pêchées en même temps dans un endroit, où, anecdote bizarre, on punit le pêché. Difficile à comprendre ? Oui je sais !
Parlons du dessert. Ah...Le dessert ! Il vient d’en haut. Du ciel. Telle une ondée bienfaitrice, des traits d’argent viendrons remplir vos coupes en cristal de roche. Celles-ci seront vite gorgées d’une crème onctueuse et fabuleuse. Véritable nectar des Dieux, elle nous honorera des senteurs de milliers de fleurs. Mais avant que nous nous délections de ce miracle des centaines d’abeilles viendrons aromatiser ce dessert avec l’apport de leur miel le plus pur…
Les convives de ce festin, pour le moins inattendu, étaient muet et s’interrogeaient sans parler. Les regards furtifs qu’ils s’adressaient entre eux étaient les témoins d’une incertitude commune qui frisait l’incompréhension de se trouver dans un endroit, qu’en fait, ils n’avaient pas choisi.
Je vois que vous vous posez des questions. Il me semble utile, maintenant, de répondre à certaines de ces questions que vous ne m’avez pas posées… Vous n’êtes plus chez vous ! Certains d’entre-vous, à l’esprit plus fin ont compris leur situation. Pour éclairer les autres, il me faut leur dire qu’ils ont quitté le monde où ils sont nés. Vous êtes morts ! Seules vos âmes sont ici. Elles sont de passage. Certaines resteront, d’autres auront besoin de retourner dans un monde physique, avec toutes les obligations que cela concerne. A toutes celles qui restent, je dis : Bienvenue ! Aux autres je dis : Courage ! Rien n’est perdu... Faites des efforts le moment venu ! Et après...
VA SAVOIR ?
Fernand
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