Laura en voyage

Publié le 15 Février 2024

– As-tu pensé à faire ton changement d’adresse à la mairie ? Les élections européennes approchent, rappelle Pierre en agitant sa carte d’électeur.
– Oui, c’est fait, répond Laura. Tout est en règle.
Pierre hoche la tête.
– Et si on partait faire un petit tour d’Europe tous les deux ? Dans quelques pays de l’Union, histoire de connaître un peu nos « europatriotes » …
Grand sourire de Laura qui accepte avec enthousiasme.
Les deux jeunes gens s’aiment. Depuis leur premier baiser au monastère de Cimiez, ils se voient tous les jours. Des moments partagés toujours harmonieux, amoureux...
– Une escapade lune de miel, ça te va ?
– Un peu que ça me va ! On pourrait faire quelques capitales : Rome, Athènes, Berlin, et on finirait par Bruxelles, bien sûr !
– Je rajouterais bien un peu d’Irlande à ton programme, mais pas une capitale. Je rêve de me promener sur Giant’s Causeway, bien que l’Irlande du Nord ne fasse plus partie de l’Europe, mais une nouvelle première ministre vient d’être élue et elle est favorable à l’unification de l’Irlande, alors… peut-être… bientôt..., ajoute Pierre, pensif.
– Adopté !
 
Un mois plus tard, nos amoureux sont en admiration devant la fontaine de Trevi.
– Dommage qu’on ne puisse plus jeter une pièce de monnaie par-dessus notre épaule, déplore Laura. Tant pis, ça ne m’empêchera pas de faire un vœu.
Ils ont passé deux jours à Rome, ont visité le Colisée, se sont promenés de rues en places, ont dégoté un restaurant où ils ont dégusté un minestrone extraordinaire et terminent leur séjour comme le veut la tradition, devant la fontaine de Trevi, avant leur prochaine étape, Athènes, où Laura écrit à Fanny :
 
 
Athènes, le 20 juin 2024
 
Chère Fanny
 
Je t’écris depuis l’Acropole. Un truc de dingue !
C’est en m’y rendant que j’ai eu un premier choc : au détour d’une rue d’Athènes, l’Acropole, qui pour moi, jusqu’à ce jour, n’était qu’une image vue dans un bouquin ou à la télé, s’est soudain matérialisée. Le Parthénon trônait, altier, au-dessus des immeubles. Là, je me suis arrêtée un moment pour intégrer cette réalité.
Arrivée sur le site, j’ai d’abord traversé une multitude de vestiges, morceaux de colonnes, pierres de différentes taille, toujours blanches. Le blanc, c’est la couleur d’Athènes, aussi bien l’antique que la moderne. Je suis arrivée devant un théâtre, l'odéon d'Hérode Atticus, datant de l’époque romaine d’après le flyer qu’on nous donné à l’entrée. Un demi cercle de gradins adossé à la colline et fermé par de hauts murs en partie détruits mais qui ont encore, à leur base, deux belle rangées d’arcades. Il est toujours utilisé pour des concerts et des spectacles ; des musiciens faisaient des réglages de balance. Cette musique contemporaine au milieu des vieilles pierres, cette continuité m’a touchée. Un pont de culture de deux mille ans !
En haut de la colline, les escaliers grimpent entre deux rangées de colonnes monumentales vers une porte géante ouverte sur le ciel. Émotion difficile à décrire en franchissant la porte. Je n’ai pas les mots. Là-haut, c’est… je ne sais pas si beau convient. C’est la claque, c’est sûr ! J’en ai des larmes au bord des cils et le cœur étreint. Le Parthénon majestueux, tant de fois vu sur des images, se dresse devant moi sur ses colonnes blanches, cerné de débris. L’Érechthéion, temple aux cariatides magnifiques, en fait de même et Athènes toute blanche s’étale en bas, autour de la colline. Je ne sais pas décrire ce moment. C’est fort, riche, mais je n’ai toujours pas les mots pour le raconter. Je déambule entre les monuments, nourrie de beauté et de légendes. Le soleil décline, la mer se teinte de rose et les pierres blanches s’ornent d’ocre et d’or.
Je n’ai pas envie de redescendre.
Pierre partage la même émotion. On vous montrera des photos, mais ce ne sera pas pareil. Il faut le vivre…
 
Je t’embrasse, ainsi que Lucy et Théo.
 
Laura
 
 
Pourtant, il a bien fallu repartir pour arriver à Berlin et son Mur chargé d’Histoire et de drames. Une autre émotion. Une histoire contemporaine.
Laura, bouleversée.
– Ma mère a toujours été fascinée par la RDA, le Mur de Berlin, cette ville coupée en deux, le pont Potsdam où l’on échangeait les espions de l’Est et de l’Ouest. La guerre froide a accompagnée son enfance terrorisée par une éventuelle guerre nucléaire. Elle a suivi à la télé la chute du Mur en 1989, partagé à distance la liesse populaire et la joie des familles qui se retrouvaient, explique Laura.
Du Mur de Berlin, aujourd’hui, il reste quelques pans bariolés à travers la ville. Les artistes de rues s’en sont emparé. Tout en étant gai de ses couleurs vives, il n’en reste pas moins mémoire d’une époque sombre.
Les amoureux passent deux jours à parcourir la ville, avant de repartir pour leur prochaine étape, Bruxelles.
 
A Bruxelles, passage obligé devant le Manneken-Pis. Une adorable petite statue qui daterait du XVIIᵉ siècle.
- Y a-t-il une légende pour ce petit bonhomme ? demande Laura.
- ‘‘Le garçon de la statuette aurait éteint une mèche allumée d'une manière tout à fait originale, évitant ainsi à la ville d'être embrasée par un incendie’’, répond Pierre en consultant son smartphone.
Là aussi, les jeunes gens font du tourisme ; la Grand-Place, la plus belle place du monde selon Victor Hugo, patrimoine mondial de l’Unesco, les émerveille. Le musée de la BD les passionne, le musée Hergé, près de Bruxelles, encore plus. Tintin, Milou, capitaine Haddock, professeur Tournesol, les Dupond et Dupont, ils sont tous là, ces personnages iconiques.
Ils terminent leur visite par le quartier de l’Europe, avec son architecture ultra-moderne, son axe principal, la rue de la Loi, qui aboutit au rond-point Robert-Schuman. C'est ici que se trouvent les institutions européennes, dont le Parlement. C’est ici que sont les députés pour lesquels ils ont voté avant de partir en voyage.
 
Trois jours plus tard, ils arpentent la Chaussée des Géants, en Irlande. Un autre monde, sauvage, magnifique. Laura, subjuguée ;
– Ah, oui ! Je comprends pourquoi tu tenais à venir ici. Grandiose ! Je vais écrire à Fanny tout de suite pour lui raconter mes impressions en direct.
 
 
Giant’s Causeway, le 29 juin 2024
 
Chère Fanny,
 
Je t’écris depuis la Chaussée des Géants, en Irlande. Un paysage de hautes falaises, un escaliers aux milliers de marches, des colonnes dressées, des dalles qui s’enfoncent dans la mer.
Le vent siffle fort, les vagues se fracassent dans un vacarme terrible et les oiseaux de mer, je ne sais pas leur nom, crient au-dessus des lames. Des embruns glacés mouillent mon visage, j’ai les joues qui piquent et un goût salé sur la langue. Ça sent la mer, tu sais, cette odeur d’iode, de varech, de poisson, un peu tout mélangé...
 
Si je ferme les yeux, je pourrais presque imaginer que c’est le géant écossais de la légende qui avance, grondant, hurlant, frappant le sol de ses grands pieds.
La voici, la légende:
Le géant irlandais Finn MacCool, provoqué pour un combat par le géant écossais Benandonner, a accepté le défi. Il construit alors un pont avec des pierres afin de traverser. Il s’approche, se cache, observe Benandonner et réalise que son ennemi est beaucoup plus grand que lui. Finn retourne alors en courant se cacher chez lui. Sa femme décide de le déguiser en bébé et le borde dans le berceau de son vrai fils. Quand Benandonner arrive dans la maison de Finn et voit la taille du «bébé», il estime que son père (donc Finn), doit être un géant parmi les géants. Effrayé, il fuit alors en Écosse et détruit la chaussée derrière lui afin que Finn ne puisse jamais le suivre.
 
Voilà l’explication de ce site tourmenté sur lequel je me promène, démbulant sur les dalles sombres, caressant d’une main les colonnes ocres, humides et froides.
Le ciel et la mer sont gris, de gros nuages blancs défilent sur l’horizon.
Devant ce paysage... je ne sais comment dire... il y a comme un frémissement, une empreinte invisible, peut-être celles des géants.. ou celle du temps, immuable pour les pierres, fugace pour moi. En tout cas, je repars riche d’un nouveau trésor.
Nous rentrons demain, je te raconterai tout en détail.
 
Je t’embrasse, bises aussi à Lucy et Théo.
 
Laura
 
 
C’est avec l’impression d’avoir une robe de grand vent et des cris d'oiseaux dans les yeux* que Laura est rentrée à Nice. Cette escapade européenne a ouvert son horizon. Elle se sent chanceuse de vivre en Europe et heureuse d’avoir participé, par son vote, à sa vie démocratique.
 
 
* D.-F. Chambrun, De Rimbaud au surréalisme
 

Rédigé par Mado

Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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