SUR LES TRACES D’UN PASSÉ
Publié le 21 Décembre 2023
PERSONNAGE
Mario Deglisiano
60 ans, né en Toscane
Vit à Nice depuis son enfance
Menuisier ébéniste
1,75m, costaud, carrure imposante, divorcé, baroudeur
Caractère engagé, déterminé, combatif, pugnace, à tendance à aller au bout des choses.
Plutôt solitaire.
Motivation :
né sous X, il veut retrouver ses racines en Toscane.
Passionné d’Histoire et plus particulièrement le guerre de 39/45.
Allure générale :
Habillement style ‘‘écrivain’’, écharper autour du cou, chemise à carreaux.
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SUR LES TRACES D’UN PASSÉ
L'EMBARQUEMENT
Aujourd’hui est le grand jour, le grand voyage, celui qui me permettra, je l’espère, de répondre aux multiples questions qui ont troublé ma vie. Sur le quai, je me range dans la file d’attente. Je suis pourtant arrivé assez tôt pensant être dans les premiers mais il n’en est rien, une bonne trentaine de passagers me devancent. J’ai tellement attendu cet instant que quelques minutes supplémentaires ne changeront rien. Ticket d’embarquement et carte d’identité à la main, j’avance lentement mais j’en profite pour admirer ce magnifique paquebot. Majestueusement accolé au quai, il semble attendre patiemment la montée de tous les passagers avant de s’aventurer au large.
Une légère brise caresse mon visage tandis que des effluves marines effleurent mes narines. Je ne peux imaginer les raisons profondes des autres voyageurs mais, en ce qui me concerne, ce tour de Méditerranée, avec en autre une escale à Spesia, a un objectif bien précis, celui de découvrir mes racines et d’élucider le mystère qui a entouré ma naissance. Tout émoustillé, je ferme les yeux quelques secondes pour profiter au maximum de cet instant magique et tant attendu.
En moins de temps que ce que je n’avais prévu je me retrouve sur le pont. Une partie de l’équipage, uniforme blanc, épaulettes bleu-marine et sourires radieux, nous accueille. J’ai l’impression de tourner un épisode de « la croisière s’amuse ». Gracieusement, l’hôtesse me dirige vers l’aile A. J’avais réservé une cabine avec vue sur la grande bleue et, cerise sur le gâteau, avec balcon. Je ne suis pas le seul à chercher la A, une magnifique jeune femme, bien trop jeune pour moi, cherche aussi. Un sourire complice mais respectueux promet un voisinage agréable. Ça y est, j’y suis. Après avoir négligemment jeté mon bagage sur le lit j’explore, enchanté, l’espace que m’est réservé durant cette croisière.
LE DÎNER
8/11 : Ouf ! Ravi d’être rentré. Deux jours seulement depuis notre départ et déjà le repas du commandant. Ces manifestations me fatiguent même si, je dois l’avouer, quelques personnages m’ont amusé. Au milieu de cette salle immense, somptueusement éclairée par des lustres en cristal, des tables ovales magnifiquement dressées au centre desquelles une table fastueusement décorée nous attendait. Nappes blanches parsemées de pétales de roses, petits bouquets de fleurs multicolores, verres sur pied, vaisselle des grands jours et couverts en nombre, le décor était raffiné. Devant chaque verre le nom de l’invité. Par chance j’étais à côté du Capitaine, ce qui m’a valu d’être servi juste après lui. Un orchestre composé de cinq musiciens, confinés dans un angle de la salle, diffusaient un panel d’extraits musicaux très variés. Dès le début de « in the moon » de Glenn Miller, une irrésistible envie d’inviter une convive pour danser le boogie woogie, mais je n’en fis rien. Pour l’occasion les tenues de soirée, pampilles et strass étaient de mise. On se serait cru sur le Titanic avant qu’il ne coule bien évidemment. Certains arboraient une élégance naturelle tandis que d’autres se forçaient pour l’obtenir, ridicule ! Un des convives a particulièrement attiré mon attention. Les cheveux blancs, le regard vif et une posture élégante, il me faisait penser à Sean Connery. J’ai appris, au cours de la soirée, qu’il se nommait « Sir Edouard James Nottinghale ». A la venue du Capitaine, les discussions cessèrent laissant présager l’ouverture des festivités. Arborant un uniforme impeccable, il leva son verre et prononça un bref discours de bienvenue. A la vue du menu on ne pouvait que saliver cela dit, je me demande souvent pourquoi utiliser des termes pompeux pour décrire des plats somme toute assez simples. « Jus de réduction de vin » ? Sauce ! Par ailleurs, le fait de présenter lentilles et topinambours pour un dîner de gala m’a surpris, néanmoins, force est de constater que ses légumes d’antan sont assez savoureux et reviennent à la mode. Inconditionnel de saumon, j’attendais avec impatience qu’il soit servi en priant que ce poisson, si délicat, soit cuit à point. Et ce fut le cas ! Quand je pense que ma voisine l’a délaissé après en avoir picoré quelques miettes, un vrai gâchis ! Pourtant un moelleux incomparable et une saveur exceptionnelle, j’en ai encore l’eau à la bouche. Je doute qu’il y ait eu un « maître fromager » à bord mais, n’étant absolument pas fan de douceurs, je me suis littéralement jeté sur les fromages. Un plateau gourmand, rempli de couleurs et de saveurs. La croute fleurie légèrement duveteuse du Bray Picard aux graines de lin et le gouda séché mais craquant ont titillé mes papilles. Copieusement servi, je n’osais en reprendre quand, soudain, le serveur me sentant fin connaisseur, s’est discrètement approché, pour me tendre à nouveau l’assortiment.
L'ESCALE
9/11 : Demain, le grand jour, notre première escale ! Et oui, La Spezia, me voilà ! Porte d’entrée des « cinque terre », tu m’as souvent fait rêver. Cela dit l’espoir de retrouver quelques indices sur mes origines m’ont davantage boosté à m’engager dans cette aventure plutôt que l’idée de visiter ces cinq merveilles agrippées à flanc de falaise face à la grande bleue. Je ne sais pas si l’occasion de flâner dans les ruelles de Riomaggiore, Manarola, Corniglia ou autres sites touristiques se présentera, mais, ce qui est sûr, c’est que je vais m’atteler à dénicher cette fameuse adresse que j’ai jalousement gardée. Ha, j’oubliais, je ne sillonnerai pas, rues et ruelles, seul, une magnifique jeune femme, qui répond au nom de Valentine, m’accompagnera. Il s’agit de ma voisine de cabine avec qui j’ai immédiatement sympathisé lors de l’embarquement. Passionnée d’images, elle m’a invité à déambuler dans la ville à la recherche de clichés insolites. Cela dit, rassure-toi, je te confierai toutes nos péripéties citadines.
10/11 Comme prévu, je l’ai retrouvée, sur le pont. Arborant une tenue plutôt sportive, elle était quand même d’une élégance déconcertante. L’air était vivifiant, les premiers rayons du soleil se pointaient timidement à l’horizon et la ville commençait à s’éveiller. Au loin, le moteur de quelques pointus annonçait le retour d’une pêche nocturne. Nous avions décidé de décoller dès la première heure afin de maximiser le temps qui nous était imparti. Plan de la ville et carnet de route soigneusement élaboré la veille en poche, nous étions prêts pour une virée touristique dans le golfe des poètes. Rien que l’appellation, une invitation au voyage et déjà tout un programme ! Si je lui ai fait confiance pour nous dénicher quelques incontournables curiosités à capturer, j’avais néanmoins négocié un passage au 210 Via Prione, lieu situé à proximité du Castello San Giorgio inscrit sur sa liste. Tout en cheminant, elle parlait de son métier avec une telle passion qu’on ne pouvait s’empêcher d’imaginer que ce n’était pas un simple gagne-pain mais un hobby. Je n’avais jamais interprété la photographie comme de l’art et pourtant, de chacune de ses paroles, se dégageait l’expression artistique. A l’affût du moindre indice émotionnel elle était prête à dégainer son appareil pour immortaliser une porte ancienne sculptée, une tourelle en pierre vieillie par le temps ou un enfant assis sur un banc. Tout était prétexte pour créer une œuvre d’art. Sans la connaître vraiment je me sentais assez proche d’elle. Vraisemblablement notre goût commun pour rechercher la perfection dans une profession qui nous passionnait. Et la magie d’une caresse sur une pièce de bois précieux, veiné à souhait, avant de se transformer sous le jouc d’un outil me traversa l’esprit. Je restais silencieux et, perdu dans mes pensées, je buvais ses paroles. Nous entrions dans le grand marché couvert, Piazza Cavour, lorsqu’elle s’interrompit pour m’interroger :
- Et vous ? me dit-elle, qu’espérez-vous trouver à La Spezia ?
Elle fût littéralement surprise par la seule réponse qui me vint à l’esprit :
- Retrouver ma famille !
Étonnée, elle tourna son regard vers moi et, tandis que ses grands yeux verts semblaient attendre une suite à mes propos, je cherchais une échappatoire. Nous n’étions pas assez intimes pour que je lui divulgue mon secret et, avant que je ne décoche une quelconque répartie, je fus sauvé par le gong. Une foule bruyante, odorante et pittoresque nous entourait. Nous avancions difficilement dans ce marché aux couleurs locales en nous frayant un passage au milieu des badauds lorsqu’elle s’arrêta net à la vue d’un balcon en fer forgé. Datant sûrement du siècle dernier, il m’a fait penser à celui de Roméo et Juliette et j’avais bien l’impression qu’elle aussi. Surpris par cette cohue, j’esquivais momentanément une situation embarrassante. Après quelques prises de vue choisies au dédale de ces rues typiquement italiennes, nous voilà prêts à affronter le chapelet d’escaliers qui mènent au Castelo San Giorgio. Je me doutais, qu’une fois en haut, une vue à couper le souffle sur la ville récompenserait nos efforts sportifs cependant je n’osais m’y aventurer. Coincé entre deux haies de petits immeubles, ce ruban de larges marches, semblait s’agripper à leur façade colorée. Mon hésitation n’a pas échappée à Valentine. Prétextant commencer à souffrir dans ses nouveaux tennis, mon adorable binôme m’entraine vers le funiculaire. Se mettre en difficulté pour éviter que je ne perde la face, une stratégie tout en finesse qui m’a laissé bouche bée ! Le château majestueusement imposant trônait au sommet de la colline. D’une meurtrière on pouvait admirer un panorama exceptionnel sur la ville et la baie de la Spezia. Tandis que je devinais son impatience à découvrir la salle qui abritait jalousement ses trésors depuis des décennies, je cherchais une astuce pour m’esquiver. Je voulais retrouver « l’adresse » en solo et, pour cela, il me fallait argumenter :
- Si je n’osais rompre le charme, je…..
Sa réponse ne se fit pas attendre :
- Je vous en prie, Sergio, allez-y.
- Comment avez-vous deviné ?
- Vous avez interrogé votre montre à quatre reprises, inutile d’être un fin limier pour lire dans vos pensées. Foncez, on se rejoindra plus tard.
Je fus à nouveau bluffé par autant de perspicacité et, en un temps record, je lui faussais compagnie. J’arpentais la rue Prion pour atteindre le numéro 210. Un petit immeuble avec une façade ocre, un peu vieillot mais bien entretenu. Le seul accès, une porte d’entrée qui ne s’ouvrait qu’à l’aide d’un digicode ou d’un vigik et, sur le parlophone, aucune trace de BERLINO, le nom de mon contact ! Ma déception était telle que j’avais du mal à réfléchir. Les yeux rivés sur la platine, une voix que je reconnaissais me fit sursauter :
- Il ne vous reste que deux solutions. Soit, vous actionnez l’un des six noms qui figurent sur la platine, soit vous déclarez forfait.
J’avais été pourtant très évasif néanmoins elle avait sûrement deviné mon mal être. Médusé, je lui répondis en souriant :
- La seconde me semble raisonnable, demain sera un autre jour, rentrons
Se promettant de terminer cette journée par une balade nocturne sur le port Mirabello, nous nous sommes quittés, exténués certes mais ravis.
CITATION
11/11
Filtrant au travers du voilage de ma fenêtre, un rayon de soleil m’invite au réveil. Courbatu au coucher me voilà en pleine forme ce matin. D’humeur joyeuse et des idées plein la tête, instinctivement je souris. Valentine y est sûrement pour quelque chose. Artiste dans l’âme, cette jeune femme est drôle, perspicace, érudite et surprenante à la fois. Une génération nous sépare et cette différence d’âge, qui devrait par logique nous opposer, semble à contrario être une force. Elle a la fougue et le dynamisme et moi, la stabilité et la sagesse. Je me sens bien en sa compagnie.
Perdu dans mes pensées mon attention est soudain détournée. Une enveloppe passe énergiquement sous le seuil de ma porte. Intrigué je l’ouvre brusquement pour surprendre le coursier mais, à ma grande surprise, personne ! Le message est anonyme et son contenu est surprenant. Une citation de Marcel Proust ! :
« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. »
J’avoue ne pas réellement comprendre son contenu ! Ce mot m’est-il réellement adressé ? J’en doute mais, si tel était le cas, je crois en deviner l’auteur. Hier, à plusieurs reprises, Valentine a fait preuve d’une intelligence hors du commun. Elle semblait lire dans mes pensées comme dans un livre ouvert. M’aurait-elle invité à un voyage introspectif ? Ma réponse à sa question sur ce que j’attendais de mon séjour à la Spezia et mon comportement face au 210 de la rue Prione, ont dû lui suggérer mon mal être ou, tout au moins, lui dévoiler mon hésitation. Il est vrai qu’après avoir atteint l’âge de comprendre ce que l’on ne m’avait jamais caché, connaître mon origine biologique était devenu une priorité. Malgré tout, les raisons profondes qui me poussaient à me lancer ce défi m’étaient et sont, aujourd’hui encore, inconnues. La curiosité ? Éventuellement mais ce ne peut pas être la seule motivation. La perspective d’être passé à côté d’une vie meilleure ? J’en doute. Choyé, aimé, mon enfance a été heureuse ce qui a contribué à me façonner, à forger ma personnalité, à influencer la manière dont je perçois les éléments qui m’entourent. En bref je pense avoir réussi ma vie. Alors pourquoi ? J’hésite ! Une chose est sûre, le passé ne peut être changé de ce fait est-il judicieux de le raviver au risque qu’il ne se dévoile douloureux ? Selon un certain adage, l’herbe est toujours plus verte dans le pré qui jouxte le nôtre mais ce n’est qu’un simple mirage. Et si à l’horizon, les montagnes paraissent de couleur beaucoup plus pâle que celle sur laquelle on se trouve. Est-ce pour autant la réalité ? Pas du tout ! L’art pictural nous explique que cette différence d’interprétation n’est autre que « la perspective aérienne ». Ce qui signifie que selon notre angle de vision, la perception des éléments est obligatoirement faussée.
Alors, dois-je poursuivre ou pas ? Profitons de cette croisière pour y réfléchir longuement mais à cet instant précis, je me dois d’accrocher, à la poignée externe de ma porte, une réponse à cette missive :
« A la personne qui m’a glissé un mot sous ma porte
J’aurais grand plaisir à vous rencontrer afin d’échanger sur les différents sens qu’il soit possible d’imaginer à la citation de Marcel PROUST, alors je vous invite à vous identifier et à venir me rejoindre, vous serez le ou la bienvenu (e)
Signé Mario DEGLISIANO »
LA REQUÊTE DU CAPITAINE
12/11
Comme je n’ai plus qu’à attendre la suite des évènements, il faut me hâter si je ne veux pas rater le petit déjeuner. J’emprunte le long couloir qui mène à la salle de restauration lorsque je croise Maya et Gino qui viennent d’en sortir et qui m’informent que le Capitaine souhaite nous rassembler dans l’auditorium à 10h précise. Instinctivement je consulte ma montre, 9h35 ! Curieux, je presse le pas car je ne veux pas être en retard. Un café noir et un croissant plus tard, me voici à l’endroit prévu et à l’heure. Ils sont tous là, s’interrogeant sur les raisons de cette soudaine réunion. Aurait-elle un lien avec la « citation » ? Une question que tous les participants ont dû sûrement se poser. Les échanges allaient bon train lorsque le Capitaine a fait son entrée.
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« Bonjour à tous, je vous remercie d’avoir répondu présent à ma requête. Nous sommes là pour élucider un mystère. Comme certains d’entre vous, j’ai aussi reçu le message anonyme et je souhaiterais que l’auteur, s’il se trouve parmi nous, se dévoile et nous explique quel en était le but ».
Un silence solennel et de furtifs regards inquisiteurs laissaient à penser que l’initiateur de cette correspondance ne faisait pas parti de notre groupe. Surprenant ! Heureusement que ma réponse n’était pas adressée à une personne en particulier, j’aurais été bien embêté !
Souhaitant inhiber certaines fausses intentions qu’on lui avait attribuées, le Maître de séance poursuivit :
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« Je tiens à préciser que mon statut d’officier de la Marine m’oblige à un protocole bien précis ce qui m’impose notamment d’exclure toute aventure sentimentale avec une croisiériste. Si mon attitude a pu, d’une façon ou d’une autre, paraître ambiguë à certaines d’entre vous, sachez, Mesdames, que je m’en excuse mais il n’en est rien. Je suis désolé de le préciser mais il est impératif d’endiguer toute équivoque »
Il faut avouer que cette tirade a jeté un froid puis, le malaise dissipé, les conversations fusèrent entre les participants sans que rien de concret n’aboutisse pour autant.
Néanmoins, force a été de constater qu’Anne-Sophie et Marjolaine semblaient gênées par cette précision. Auraient-elles fait quelques allusions ou propositions de ce genre à notre commandant ? Je n’osais l’imaginer ! Cependant après un divorce et de grands enfants autonomes, la première aurait pu vouloir goûter à quelques plaisirs sans lendemain quant à la seconde, son vécu insipide aurait pu justifier pleinement d’une incitation afin d’obtenir quelques attentions particulières masculines. A moins que ce ne fut Hector, le dragueur de service. Ce serait bien son genre, histoire d’embrouiller les pistes et de se rapprocher de quelques dames esseulées à rassurer ! Mais ce ne sont que d’hypothétiques extrapolations. Alors, sans aucun indice réel je clôture cette page de mon journal par :
« Que penser de cette mascarade ? Ce qui est certain, c’est que nous resterons dans le flou artistique le plus complet et qu’il nous faudra s’armer de patience jusqu’à ce que le transcripteur de cette citation refasse surface et soit plus loquace et explicite. »
SOIRÉE D'ADIEU
13/11
Et comme les meilleures choses ont aussi une fin, les vacances ne vont pas tarder à se terminer. Preuve en est, l’invitation du Capitaine pour le gala de clôture qui aura lieu demain soir. Pour promouvoir l’événement l’annonce est prometteuse. Cocktail dînatoire et ambiance jazz sont au programme. A l’affiche un sosie du talentueux guitariste Julian LAGE. Espérons que son récital ne soit composé que d’extraits adaptés à la guitare version solo comme dans « All the sing you are » de Jérome Kern, « So What » de Miles Devis ou encore « Summertime » de Gershwin. Inconditionnel de ce courant musical, je suis littéralement fan de ces nombreux chefs d’œuvres qui ont marqué la jeunesse des années 40 et bercé la mienne. Ma discothèque, qui regorge de vinyles 33 et 45 tours, en est le témoin. Inconsciemment je souris, je suis ravi. Apparemment pas de code couleur imposé, c’est parfait, je n’aime pas me déguiser !
14/11
Dans la salle, le rouge écarlate domine et se décline partout, chemins de table, serviettes, lampions et accessoires de décoration divers. Les tables, disposées en « U », sont presque adossées aux murs, laissant juste un espace réservé à l’approvisionnement du buffet. Au centre, juste sous l’énorme lustre de cristal à pampilles, la piste de dance parade, défiant les premiers danseurs. Au fond, une scène improvisée est parée d’un immense triptyque représentant un orchestre de jazz au complet. Cette magnifique peinture, toujours dans les tons de rouge orangé, annonce le thème du soir. De-ci de-là des chaises attendent les spectateurs.
Quelques convives en tenue de soirée discutent à voix basse, d‘autres semblent attendre de la compagnie tandis qu’un petit nombre de fins gourmets balaie du regard les tables garnies des différentes mignardises. Quant à Valentine, elle me fait signe de m’approcher.
- Bonsoir Mario, qu’avez fait cet AM, je ne vous ai pas croisé, vous m’évitiez ?
- Pas du tout, je suis resté à bord, je songeais….
- Vous méditiez ?
- Exactement ! Mais comment faites-vous pour toujours lire dans mes pensées ?
- C’est simple, depuis notre excursion je vous sens préoccupé et silencieux. J’en déduis que vous n’avez pas encore trouvé de réponse à ce que vous êtes venu chercher ici. Mais chaque jour suffit sa peine, ce soir, je vous kidnappe !
Et, en empoignant mon bras, j’emboite le pas. Cette jeune femme est aussi perspicace qu’exquise, elle me devine sans chercher pour autant à m’extirper quelques confidences que ce soit sur mon anxiété. Tant mieux car je ne me sens pas encore l’âme confidente. J’aurais pourtant tellement besoin de conseils mais, sincèrement, que pourrais-je attendre d’une personne que je connais à peine fusse-t-elle très appréciée ?
Comme il était possible de l’imaginer, nous n’échappons pas au discours d’usage du Capitaine. Après nous avoir signifié que nous étions l’un des groupes les plus sympathiques qu’il n’ait jamais eu, il nous invite à profiter de la soirée et à se revoir lors d’une prochaine croisière. Mais déjà les premiers accords résonnent nous incitant à participer à la fête. Grand, sportif et beau garçon, le guitariste attire tous les regards féminins. Il entame son répertoire par « Take Five » un standard de jazz suivi par « Blue Bossa ». Cadence effrénée et rythme doux, les titres s’enchaînent pêle-mêle. L’ambiance bat son plein, les rires fusent, les danseurs virevoltent et le buffet fait des heureux.
PROLOGUE :
La soirée touche à sa fin et la croisière aussi. Si je n’ai pas forcément noué de liens avec la plupart des voyageurs, je ressors, néanmoins de cette aventure, avec un bilan plus que positif. La complicité avec celle qui m’a rappelé, Sarah, ma fille unique, m’a comblé. Disparue beaucoup trop tôt, elle restera, pour l’éternité, une douloureuse blessure qui ne se fermera jamais et, l’espace de ce court séjour, j’ai retrouvé, grâce à Valentine, cette complicité qui nous liait Sarah et moi. Par ailleurs, si je suis venu avec la ferme intention de découvrir le secret de ma naissance, je suis assez dubitatif quant à poursuivre dans cette voie. Mon vœu le plus cher ? Garder le contact avec celle qui, sans le vouloir, m’a fait réfléchir sur le défi que je m’étais lancé.
Christiane
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