PARTIE 3 : LES AUTRES

Publié le 2 Février 2022

 

Avec un extrait de Bernard pour la chute

 

Je le toise :

Tu peux me le dire aujourd’hui, ce que tu as mis dans mon éprouvette, lui dis-je.

Rien, je te jure, c’est pas moi, me répond-il.

Toujours la même musique… c’est pas moi… j’ai rien fait… Pourtant, à l’analyse des débris, on a retrouvé cette poudre dont j’ai oublié le nom, mais qui, mélangée au reste provoque une explosion.

J’ai senti ta présence dans mon dos, lui rétorquai-je.

Oui, je me suis déplacé pour écouter ce que tu racontais à Françoise. J’avais bien vu que tu lui plaisais et je voulais te la piquer.. C’est nul, je sais. J’étais un petit con à l’époque. Mais je n’ai rien mis dans ton tube à essai.

Qui alors ?

Personne. La poudre était dans le tube. Une expérience de la classe avant nous, un tube qui n’a pas été lavé et que tu as pris sans t’apercevoir qu’il n’était pas propre.

Il a l’air sincère, avec son regard droit dans le mien. Je suis ébranlé.. Toutes ces années à le haïr alors qu’il n’y était pour rien…

Il reprend :

Tu sais, ça m’a travaillé cette histoire, et les autres aussi. Avec quelques copains, on a mené l’enquête pendant que tu étais à l’hosto. On comptait t’en parler à ton retour, mais tu n’es jamais revenu en classe. Plus tard, on a su pour ton handicap. On s’est cotisé, on a tapé nos parents, tes voisins, bref, on a récolté suffisamment pour faire fabriquer un archet adapté à ton handicap.

Il ouvre alors l’étui sur un violon magnifique et son archet muni d’un système de fixation.

Je suis abasourdi. Ce type que je croyais mon ennemi.. Je ne sais que dire. Je ne sais même pas si je suis content… Le violon, c’est loin, j’en avais fait le deuil… enfin presque… Je ne suis plus capable d’en jouer.

Vas-y, essaie, me dit-il en me tendant l’instrument, je vais fixer l’archet sur ta main.

Je suis tellement sonné que je le laisse faire. Le violon blotti sous mon menton, l’archet arrimé à ma main, tout est revenu. J’ai fermé les yeux, caressé les cordes.. et la musique, d’abord comme une plainte puis triomphante, comme l’élan vital qui me manquait.

Quand j’ai rouvert les yeux, Eric souriait et devant moi, Françoise. Toujours aussi belle. Elle a applaudi et m’a dit :

Bonjour Didier, je suis vraiment heureuse de te revoir…

Drôle de pincement dans ma poitrine.. Doucement mon cœur, ne t’emballe pas trop vite… D’autres personnes sont arrivées ensuite dans mon champ de vision. Quelques anciens du lycée que j’ai reconnus peu à peu, et mes voisins avec qui je n’ai guère eu d’échanges jusqu’à présent, juste bonjour, bonsoir dans l’escalier. Comment, pourquoi étaient-ils là ?

Eric a dû entendre ma question muette car il a dit :

Ce sont tous ces gens qui se sont cotisés pour t’offrir ce violon. Alors, maintenant, fini de glander. Tu retournes à tes études de musique, c’est clair ? Tes voisins ont la mission d’écouter si tu fais bien tes exercices tous les jours. Sinon, tu me connais, je peux sévir à nouveau.., rajouta-t-il en m’adressant un clin d’œil.

Je les regarde, tous. Il y a tellement de chaleur, de bienveillance autour de ce banc. Il y a la musique, le bleu du ciel, les feuilles vertes, la robe rouge de Françoise.. comme une promesse...

En regardant tous mes voisins, je me surpris à penser qu’il était drôle et triste à la fois de vivre à côté des gens pendant des années, sans les connaître, et qu’il suffit d’un rien, trois petites touches de couleurs pour changer notre vie.

 

Rédigé par Mado

Publié dans #Divers

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article