CHARGÉS DE MISSION

Publié le 5 Février 2022

 

En italique, des passages empruntés à Nadine, Inge et Bernard

 

Au cœur de la jungle amazonienne,

ce rai qui sourd de presque un soleil,

se fraie un chemin sous la canopée.

Des rayons lumineux irisent les perles d'eau qui dessinent l'humide.


Les rangers de Corinne s'enfoncent dans le sol boueux où se pêle-mêle,

branches mortes lianes en folie et baobabs en hauteur,

des nuées d'insectes, peut être aussi des reptiles en sursis...

 

Corinne, parce ce que sportive et très téméraire a été sélectionnée

parmi un grand nombre de candidats chercheurs.

Elle devra, avec deux autres scientifiques, Yann et John

planter la tente et monter un laboratoire éphémère

pour étudier une nouvelle race de singes

une seule fois aperçue par l'humain,

le singe aux oreilles cousues.

 

Depuis ce matin Corinne se bat avec les éléments.

Elle trace le passage lentement mais méthodiquement,

une carte IGN dans sa main gauche

et une machette très tranchante dans sa main droite.

 

On entend, là haut, tout là haut, des éclats de sons inconnus,

une résonance glauque à un écho macabre, des cris qui percent.

 

Sous cette cathédrale de vert,

les coins de ciel échapperont délibérément à son œil.

 

Quoi qu'il en soit, Corinne n'a pas le temps de se poser des questions.

Elle doit atteindre le plateau Yuzou avant la nuit.

 

Après plusieurs heures de progression elle arrive à un marécage.

Il est habité. On entend des propriétaires en discorde avec les locataires.

Mais qui sont donc ces serpents qui sifflent sur sa tête,

à la Racine des cimes ?

Dans ce paradis perdu aux odeurs d'inconnu,

des corps glissent, d'autres ondulent, quelque uns s'enroulent.

Certains pendent comme des colliers mélangés à des sautoirs.

 

Les coins de ciel échapperont encore une fois à son œil.

Corinne se dit forte de la machette.

Même si ses phalanges vont jusqu'au sang,

ce ne sera que secondaire.

 

Dans cet univers hostile, glaçant et peuplé d'inconnu, elle avance.

Elle devra arriver au plateau Yuzou avant la nuit.

 

Soudain c'est l'angoisse.

Elle ne retrouve plus son GPS ni sa lampe frontale.

Elle en aura vraiment besoin d'ici peu.

Seul, un pâle rayon de soleil couchant caresse désormais son inquiétude.

 

A La moiteur du lieu se mélange le tiède du corps qui transpire

pourtant Corinne continue à lutter avec le vert de la végétation.

Elle ne pense pas, elle ne pense plus, elle avance.

 

Par bonheur ou par hasard

elle finit pas déboucher dans le creusé d'un ruisseau,

des eaux récemment sorties de leur lit qui n'avaient plus sommeil.

 

Là-haut les branches s'écartent sur le ciel.

Le bleu nuit se découpe doucement.

Enfin une ouverture. Le point G du plateau du Yuzou.

 

Aux sueurs froides d'une soudaine peur panique

succèdent le sourire puis le rire, un rire nerveux,

puis un fou rire qui n'en finit pas.

Il résonne, il s'étire, il communique entre les troncs moussus

et les galets qui roulent leurs bosses.

 

Ils ont entendu. D'abord un, puis deux puis d'autres,

les singes tout à coup se manifestent.

Ils se balancent tout en souplesse, loin et haut dans le végétal.

Corinne a d'abord du mal à les apercevoir

mais bientôt ils se rapprochent.

 

Un bébé s'aventure tout près d'elle, les oreilles cousues.

Les parents l'on décidé. Il n'entend plus rien,

pourtant, ils l'aiment leur petit.

 

Ils ne veulent pas, pas tout de suite,

que leur enfant pleure sur le bruit des idées,

perdu parmi les gémissements du monde,

de cette terre qui s'effrite inexorablement,

de ces mers qui passent par dessus bord,

de tous ces êtres qui ne savent plus où ils vont,

ni qui ils sont devenus.

 

Vous êtes peut-être médusés ou simplement surpris

mais vous l'entendez cette histoire,

finalement cette histoire, elle est cousue avec du fil blanc.

 

Un fil, blanc, si ténu qui nous lie chacun, chacune

On tire trop fort. Il boucle sur les nœuds

Il a déjà cassé par endroits laissant un trou naissant

dans la couche raisonnable du monde.

 

La planète devra désormais dérouler une autre bobine,

celle du fil rouge.

Certains se faufilent heureusement entre les guerres,

d'autres entre les cons.

On les veut nombreuses, très nombreuses ces parenthèses

pour sauver le bleu de notre orange

car tapis dans l'ombre, le fil noir attend.

 

Il s'apprêterait à en découdre si jamais...

 

Parfois il suffit d'un rien, trois petites touches de fils de couleur

pour changer la face du monde.

 

Dany-L

 

Rédigé par Dany-L

Publié dans #Divers

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