PARTIE 1 : LE VOYAGE

Publié le 21 Janvier 2022

Avec un extrait de Nadine pour incipit.

Au cœur de la jungle amazonienne… Une moiteur touffue propice à la torpeur… Les rayons lumineux se fraient un chemin sous la canopée, irisent des perles d’eau… Les Rangers de Corinne s’enfoncent dans le sol boueux, où se mêlent brindilles, branches mortes, insectes en errance, reptiles en sursis… Les yeux mi-clos, lèvres frémissantes, les mains rivées sur un lourd sac à dos, elle avance.

Ethnologue de profession, elle a réussi le pari fou de monter une expédition afin de rencontrer une des dernières peuplades isolées du monde au cœur de la forêt brésilienne.

Avec elle trois aventuriers du même acabit. Raphaël le paléontologue, Vigo le cameraman et Diego leur guide.

La clairière, à la lisière de la forêt naissante, les décida pour installer leur campement de nuit. Très vite Corinne réunit quelques branchages pendant que les trois hommes installaient les hamacs en hauteur surmontés de leurs bâches imperméables.

Le soleil léchait l’horizon et les quelques nuages effilochés, étirés à l’infini commençaient à rougir.

Le silence n’était troublé que par quelques feuilles froissées suite au passage d’un singe auquel répondait le cri des perroquets.

Une toile tendue entre les arbres abritait la petite équipe occupée à préparer le repas du soir : une bouillie de maïs et des racines de manioc. Raphaël entama la discussion :

-Voilà dix jours que nous marchons, nous ne devons plus être très loin de la réserve des petits hommes repérée par avion.

Diego enchaîna,

-En fait nous devrions l’atteindre sous quatre jours. Il faudra traverser le fleuve Parra sur des radeaux que nous devrons préparer… Si la chance continue de nous assister.

Vigo qui ne disait rien jusqu’à présent intervint :

-Pourquoi voulez-vous que la chance nous quitte ?

Diego souriait,

- Espérons-le ! Mais leur agressivité est grande vis-à-vis de toute civilisation autre que la leur. Même si le gouvernement a édité, voilà plus de vingt ans, des lois les protégeant. Ces « Lois de la Capitale » qui nous valent tant d’hostilité de la part des responsables présents ici et tant d’obstacles auprès des administrations qui sont supposées les faire appliquer.

Corinne occupée à attiser le feu répondit sans lever son regard des braises,

-Le gouverneur ne plie que lorsque notre supérieur à Porto-Cruz intervient. Et après qui appliquent les décisions prises ? L’aventure c’est pour nous !

Le feu fut ravivé pour prendre le relais du soleil qui ne tarderait pas à disparaître. La nuit tombait très vite sous ces latitudes.

Les hommes se préparaient. Chacun déroulait sa couverture à proximité du foyer et s’allongeait sur un coude dans l’attente de la rituelle boisson du soir : le maté.

C’était le travail de Diego. Corinne appréciait particulièrement ce moment de détente,

-Quelle bonne idée, d’avoir pensé à apporter ces feuilles de maté. Depuis mon arrivée dans ce pays, j’avoue avoir succombé à ce petit plaisir du soir.

Les buissons à proximité remuèrent. L’alignement à l’ombre des grands arbres fut bousculé. Des formes humaines semblèrent se dessiner au travers des feuillages. Corinne essaya de rassurer la petite équipe. Les ballots déchargés étaient protégés par de grandes feuilles pour l’humidité de la nuit. De l’un d’eux dépassaient des instruments de musique.

-Jouons décida t’elle. J’ai lu qu’ils étaient très sensibles à la musique. Une parole supérieure peut-être ? Et puis, il est bien connu que la musique adoucit les mœurs. Les notes de la flûte et de la guitare s’élevèrent en une mélodie harmonieuse, apaisante.

Au travers des buissons, les formes humaines, parfaitement visibles maintenant, s’étaient accroupies, arcs et flèches entre les jambes, écoutaient, envoutées par l’intensité émotionnelle du Clair de lune de Debussy.

Pour combien de temps…

 

Gérald IOTTI

Rédigé par Gérald

Publié dans #Divers

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