LA CONQUÊTE DE LA LIBERTÉ, UN COMBAT DE TOUTE UNE VIE

Publié le 21 Décembre 2021

 LA CONQUÊTE DE LA LIBERTÉ, UN COMBAT DE TOUTE UNE VIE

Résumé :

A Chantal, employée dans une caisse de retraite, se présente l’occasion de réorienter son activité professionnelle. Cet évènement et d’autres de moindre importance lui font prendre conscience qu’un changement de vie, avec à la clé une plus grande liberté, est possible.


Quatrième de couverture :

Chantal, fragile et influençable, arrive peu à peu à agrandir son espace de liberté. L’occasion de changer de profession nécessite d’elle une prise de décision radicale. Courageusement, elle avance dans cette nouvelle voie jusqu’à trouver l’amour sur son chemin.

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LA CONQUÊTE DE LA LIBERTÉ, UN COMBAT DE TOUTE UNE VIE

 

Entre rêve et réalité

Chantal regarde sa montre. 14:30 heures. Encore trois heures de travail, trois heures d’ennui. Et encore dix ans jusqu’à la retraite, pense-t-elle tout en se replongeant dans ses papiers, sur ses chiffres. Elle travaille pour une caisse de retraite. Sa vie professionnelle consiste à vérifier les trimestres, ceux travaillés, ceux de chômage retenus, ceux de maladie et de maternité. C’est mortel. Sa pensée s’évade, attirée par le ciel bleu qu’elle aperçoit à travers la vitre. Qu’est-ce que je serais bien à la plage, avec mes amies. Un grand soupir lui échappe. En même temps, un coin de son cerveau compare les dates, les chiffres. Ah, il y a une erreur ! Elle oublie la plage pour revérifier, se concentrer sur son travail. Effectivement, l’ordinateur n’a pas tenu compte d’un petit boulot de vacances d’une cliente ? Usagère ? Contribuable ? Citoyenne ? Future retraitée ? Salariée ? Assurée ? Bénéficiaire d’une retraite personnelle ? Elle se demande comment appeler les gens pour lesquels elle rattrape des erreurs, comme ici, et qui sont quand même, la plupart du temps, mécontents, désagréables, en colère, qui l’insultent, la menacent, cherchent à l’intimider, la prennent de haut, se plaignent d’elle auprès de son chef de service. Sans résultat, bien entendu. Un deuxième soupir sort des profondeurs de sa poitrine.

Elle a fini avec les trimestres, elle passe aux cotisations versées. Pas terrible. Elle aura une petite retraite, cette dame. Voilà, elle a déterminé le montant de sa retraite. Au moins elle ne sera pas imposable, pense Chantal.

La porte s’ouvre, la dame en question est là. Elle s’est habillée avec soin pour l’occasion. Elle se croit où ? Elle pense que ça change quelque chose ?

Chantal la fait s’asseoir, lui expose les chiffres, les trimestres, les cotisations, le montant de la retraite. La dame la regarde, incrédule.

  • Mais ce n’est pas possible, dit-elle. J’ai travaillé toute ma vie. Il doit y avoir une erreur.

  • Non, il n’y a pas d’erreur, répond Chantal, j’ai vérifié.

  • Mais on ne peut pas vivre avec ça, comment je vais faire ?

Chantal a l’habitude, sa réponse est prête :

  • Mais vous avez aussi la retraite complémentaire, vous allez voir. Je vous conseille de vous en occuper dès maintenant.

Elle aperçoit la lueur d’espoir dans les yeux de son interlocutrice et se sent misérable. C’est toujours ainsi qu’elle se débarrasse des gens déçus, désenchantés, désespérés. La dame ramasse ses papiers, se lève, part pleine d’optimisme. Chantal range son bureau, prend ses affaires, part pour l’endroit qui l’attend après ses journées de travail harassantes, un endroit où elle a l’habitude de se ressourcer, d’oublier la dure réalité, celle de son métier mais aussi celle des futurs retraités. C’est la librairie au coin de la rue. C’est son espace de liberté, c’est là où elle peut rêver plus loin.

 

Changement de métier, changement de vie

Comme tous les jours de la semaine, Chantal est assise derrière son bureau à comparer semestres, salaires, cotisations. Aujourd’hui, elle a encore plus de mal que d’habitude à se concentrer. Elle n’arrête pas de penser à une conversation qu’elle avait eu samedi dernier avec son cousin François lors du mariage de sa nièce Luise. Il l’avait entraînée à l’écart de la fête. Dans un coin tranquille du vaste jardin il lui avait proposée d’entrer dans la société dans le cadre de laquelle il exploitait un domaine agricole. C’était une société d’exploitation agricole à responsabilité limitée. Un des trois associés partait pour prendre sa retraite, et François proposait à Chantal de racheter ses parts.

Il y a quelques années, son cousin s’était converti à l’agriculture biologique. Selon lui, les débouchés pour ses produits ne manquaient pas. Il était en fait davantage maraîcher qu’agriculteur, et livrait ses légumes et ses pommes de terre à plusieurs restaurants de luxe de la Côte d’Azur. Il avait aussi l’agrément pour la vente à la ferme, et là où sa ferme était située, au bord du Var, il avait des clients réguliers, ceux qui possédaient une résidence secondaire dans l’arrière-pays niçois et qui se fournissaient en légumes lors de leurs transhumances quasi hebdomadaires. Parmi ses clients se trouvaient aussi des touristes de passage. Pour eux, et surtout pour leurs enfants, le pittoresque de la vie rurale faisait partie de leurs meilleurs souvenirs de vacances. La plupart du temps, ils ne chipotaient pas sur les prix. Bref, selon le cousin, la ferme se portait bien, loin des supermarchés le bio se vendait tout seul, ou presque.

Pour Chantal, céder à la proposition de François signifiait un bouleversement de son mode de vie, de ses habitudes. Il faudrait renoncer à son bureau bien chauffé l’hiver et climatisé l’été. Il faudrait travailler à la ferme par n’importe quel temps, effectuer un travail physique fatiguant dont elle n’avait pas l’habitude. Pareil pour le temps de travail, fini les trente-cinq heures légales. Il fallait travailler lorsque la nature ou les clients l’exigeaient. François avait cherché à la rassurer. Certes, il n’y avait pas un emploi de temps immuable, mais la vie à la ferme laissait du temps à des moments de loisirs. Surtout, avait-il insisté, nous sommes trois et on peut toujours s’arranger.

  • En fait, qui c’est, le troisième associé ? avait alors demandé Chantal.

  • C’est un ingénieur agronome, sa spécialité est l’agroécologie. Nous ne faisons donc pas n’importe quoi, les recherches dans le domaine de l’agriculture biologique sont très avancées, et c’est même l’agriculture traditionnelle qui s’en inspire et qui commence à adopter certaines pratiques qui viennent de l’agriculture bio. D’ailleurs, c’est écrit noir sur blanc sur le site du ministère de l’agriculture, avait répondu François avec fierté.

Dans son bureau bien tempéré, Chantal se remémore le moment où il lui fallait choisir un métier. Elle avait été bien jeune à l’époque, elle ne connaissait rien de la vie, elle n’avait pas de passion comme par exemple son frère, qui voulait devenir vétérinaire quoi que ça coûte. C’était peut-être aussi un peu pour ça, pour le coût des études de son frère, que toute la famille, ses parents, son frère, l’avaient poussée vers un travail dans l’administration, un travail qui n’exigeait pas des longues études. Un jour, elle avait surpris son père dire à sa mère : c’est une fille, elle va se marier. Chantal n’en veut à personne. Ce qui est fait est fait. Mais maintenant, elle avait un choix qu’elle aurait peut-être déjà eu à l’époque, mais à l’époque, les arguments de ses parents lui paraissaient pertinents, la sécurité de l’emploi, sa régularité, son confort, sa rémunération acceptable. A l’époque, elle croyait que ses parents savaient ce qui était bien pour elle, elle ne s’interrogeait pas sur la justesse de leurs conseils. Elle voulait aussi leur faire plaisir, ne pas les contrarier. De plus, habiter à la campagne, passer sa vie dehors était tellement naturel pour elle qu’elle ne réalisa pas à quel point elle aimait être en plein air, dans la nature, sentir le soleil et le vent sur sa peau. Elle ne s’imaginait pas que le monde stérile de son bureau allait la faire faner.

Mais il n’était pas trop tard ! Le jour avant, signe d’une déformation professionnelle, elle avait déjà calculé sa retraite. Même si elle allait augmenter de beaucoup moins avec sa nouvelle activité, elle devrait en toucher assez pour mener une vie décente. Chantal décroche le téléphone.

  • Je suis d’accord, dit-elle.

 

Des vacances en toute liberté

A tour de rôle, les membres de l’exploitation agricole commune prennent leurs vacances, chacun part une bonne semaine. Chantal, dernière arrivée, dernière servie, attend son congé avec impatience. Françoise, une cousine qui habite dans les Landes, au bord de mer, l’a invitée. Françoise n’arrête pas de vanter la beauté de sa plage, un petit coin de paradis, selon elle.

Pourtant, Chantal a quelques appréhensions. Ses souvenirs de plage ne sont pas tous bons, loin de là. Elle a connu une plage de galets, bordée par une promenade empruntée par des promeneurs, certes, mais aussi par des voyeurs qui la mettaient très mal à l’aise et l’empêchaient d’enlever le maillot mouillé pour le remplacer par un maillot sec. En plus, s’allonger sur des galets était très inconfortable, il y avait toujours un caillou qui dépassait, qui gênait. A peine enlevé, un autre prenait la relève. Lorsqu’elle avait ainsi déplacé une bonne dizaine de galets sans trouver du confort, elle devait se rendre à l’évidence. Il fallait soit partir, soit supporter stoïquement l’inconfort de la couche. Après avoir opté pour la deuxième possibilité, elle avait rapidement trop chaud, le soleil lui brûlait la peau, il fallait se rafraîchir dans la mer. Mais alors qu’allongée, le poids du corps était reparti sur une surface assez large, en position débout, toutes les irrégularités du sol étaient concentrées sous les pieds, et tout le poids du corps reposait sur eux. Mais ce n’était pas tout. Les galets étaient brûlants, et ne faire que trois ou quatre mètres jusqu’à la mer était un vrai calvaire. Chantal essayait de marcher sur la pointe des pieds, mais perdait alors l’équilibre sur le sol irrégulier.

Chantal a aussi des souvenirs d’une plage de sable, elle aussi bordée par une large promenade, qui ne désemplissait pas d’hommes épiant les baigneuses. Toutefois, pour s’allonger sur la serviette, c’était mieux. C’était même un plaisir d’imposer au sable fin et chaud les formes de son corps. Puis, c’était très agréable de le laisser glisser entre les doigts, des mains et des pieds. Mais à l’heure du pique-nique, quelle galère ! Pour peu qu’il y avait une petite brise, le sable virevoltait pour assaisonner son pain bagnat, ou sa pissaladière. L’appareil digestif des poulets en a besoin, du sable, pensait-elle. Espérons que ce n’est pas non plus mauvais pour moi. Mais n’empêche, c’était désagréable, le sable qui grinçait entre les dents, qui se collait aux doigts badigeonnés d’huile d’olive. Puis, sur une plage de sable, où on peut se mouvoir sans se faire mal, les enfants, et même les jeunes adultes, couraient vite, faisaient un vacarme de diable, jouaient au ballon, au frisbee, qui aboutissait plus d’une fois sur la tête de Chantal. Certes, il y avait aussi du bruit sur la plage de galets, mais il était plus étouffé, plus discret. Le plus dur, c’était le départ. Elle s’asseyait sur la marche la plus haute de l’escalier qui reliait la plage à la promenade, secouait vigoureusement ses vêtements, sa serviette, son sac, ses sandales. Elle essayait de dessabler ses cheveux, ses pieds. Après une dizaine de minutes, elle s’estimait débarrassée du sable mais arrivée à son logement de vacances, elle devait se rendre à l’évidence que ses efforts avaient été vains.

Françoise amène Chantal à la plage dès le lendemain de son arrivée. Elles quittent la petite ville sur des bicyclettes et longent le bord de mer sur environ trois kilomètres. Françoise s’arrête, « c’est ici », dit-elle. Chantal voit bien la mer au loin, mais devant elle se dressent des palissades, qui entourent des plantes assez hautes, souples, qui se plient comme des roseaux en étant fines comme des herbes.

  • Ce sont des oyats, explique Françoise. Ils fixent le sol des dunes pour que le sable se stabilise, qu’il ne parte ni dans la mer, ni vers l’intérieur des terres.

  • Ce n’est pas très joli, répond Chantal, vaguement déçue.

  • Tu vas voir c’est très bien, rassure Françoise, en s’engageant sur un sentier entre deux palissades.

Au bout d’un moment, Chantal s’arrête net. Elle vient d’apercevoir une jeune femme à poil, mais vraiment complètement à poil.

  • C’est une plage nudiste ?

  • Oui et non. C’est une plage nudiste parce que la plupart des gens sont nus. Mais ce n’est pas une plage nudiste officielle.

  • C’est quoi, la différence ?

  • Je pense que quelqu’un les a arrachées, mais au début de l’été, des affiches sont placardées à différents endroits précisant que la nudité est interdite en application de je ne sais quel article du Code Pénal. Donc, officiellement, ce n’est pas une plage nudiste.

  • Et si la police débarque ?

  • Elle n’est jamais venue, elle a bien mieux à faire.

  • Et alors, une plage nudiste officielle, c’est quoi ?

  • Dans ce cas, l’article je ne sais plus lequel du Code Pénal ne s’applique pas. Une association de nudistes a alors conclu un accord avec la Mairie, ou la Préfecture, je ne sais pas, pour que telle ou telle plage soit nudiste.

  • Mais c’est mieux ? Non ?

  • Non, parce ce que parmi les nudistes, tu trouves des vrais intégristes. Pour eux, la nudité est obligatoire sur ces plages, alors que sur cette plage-là, chacun fait comme il veut. Si ça te gêne de te mettre à poil, tu peux garder ton maillot, personne ne te dira rien. On fait juste la chasse aux voyeurs, ceux qui viennent pour reluquer les femmes.

Faut-il le préciser ? Chantal a passé d’excellentes vacances, à poil à partir du deuxième jour.

 

La lettre de Chantal

Ma très chère Françoise,

Jamais je ne pourrais te remercier assez pour les belles vacances que j’ai pu passer en ta compagnie. Dès mon arrivée, un sentiment de liberté m’a envahie et il ne m’a pas encore quittée. Je me sens comme un oiseau qui abandonne sa cage, comme un lion qui s’échappe du cirque, comme un élan qui saute par la clôture du zoo, comme un cheval qui quitte son enclos, comme un canard qui prend son envol, comme une chèvre qui s’aventure seule dans la montagne, comme un lapin qui profite d’un trou dans la clôture, comme le taureau qui bondit hors de l’arène, comme une poule qui cache ses œufs, comme les poussins qui en sortent en liberté et qu’elle amène loin des impératifs de productivité.

Je pourrais continuer ainsi, mais cela ne traduirait pas fidèlement mon nouveau bien-être, la faculté de profiter de tous les petits plaisirs que la vie m’offre, l’odeur de l’herbe fraîchement coupé, le pré parsemé de pâquerettes devant ma fenêtre, des pâquerettes de bois, qui y ont poussé d’elles-mêmes en toute liberté, l’air que je respire, la musique et surtout la symphonie pastorale que tu m’as fait découvrir, l’image des dunes à perte de vue que tu m’as offert. Je l’ai fait encadrer et accroché en face de mon lit, c’est la première chose que je vois le matin, la dernière avant de m’endormir.

Ces choses existaient avant, bien sûr, mais, libérée de mes peurs, de mes préjugés, je porte un regard nouveau sur le monde qui m’entoure. Merci beaucoup Françoise, et à très bientôt.

Chantal

 

Être ou paraître

C’est le soir. Après s’être occupée toute la journée à récolter les pommes, les poires, les figues et les pommes de terre, à les ranger dans des cageots et à servir des clients de passage, Chantal est épuisée. Après le dîner, un rapide coup d’œil sur le journal télé lui apprend que, comme d’habitude, il n’y a rien qui pourrait l’intéresser. D’humeur nostalgique, elle sort ses albums photo.

Là, elle a 20 ans. Elle était jeune, grande, mince, jolie. Un soupir s’échappe de sa poitrine. Elle tourne la page. Elle a toujours 20 ans, mais elle porte une autre robe. Qu’est-ce qu’elle avait comme vêtements, des robes, des jupes, des chemisiers, des t-shirts, des jeans et autres pantalons, des pantacourts, des bermudas, des shorts, des vestes, des pulls, des sweat-shirts, des manteaux, des parkas, des écharpes. Elle suivait tous les modes, jupes mini, jupes jusqu’aux genoux, jupes jusqu’aux chevilles, jupes plissées, elle utilisait toutes les matières, le cuir, les fausses fourrures, le cachemire, la laine, le coton, la mousseline, le velours, côtelé ou pas, le denim, la soie, le jacquard, les tissus lamés, le lin, le loden. Elle portait toutes les couleurs. Tout son argent passait dans sa garde-robe. Pire, elle était fauchée à partir du 15 du mois. Sa mère, tout en lui faisant la morale, lui donnait en douce un peu d’argent pour qu’elle puisse finir le mois. C’était honteux, humiliant, vexant, mortifiant, mais elle avait un tel besoin de plaire, de charmer, d’attirer l’attention, de surprendre, de faire des envieux, de se mettre en valeur qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Elle attendait avec impatience la sortie des nouveaux magazines de mode, les étudia attentivement pour décider de son nouveau look, de ses nouvelles acquisitions, pour être toujours branchée.

S’il lui arrivait à l’occasion – très rarement en fait – de porter des vêtements de l’année précédente, elle se sentait mal à l’aise, minable, elle avait envie de se cacher, de disparaître, d’être invisible. Elle avait l’impression que tout le monde la regardait, la jugeait, avait pitié ou se moquait d’elle.

Cette obsession de plaire lui gâchait l’existence. Elle n’avait pas les moyens de faire du ski, de jouer au tennis, de faire des voyages comme certains de ses amis. Sa belle garde-robe, elle la mettait surtout pour aller travailler, puisqu’elle n’avait pas les moyens d’aller au restaurant, au théâtre, à l’opéra, aux concerts. Parfois, mais pas trop souvent, elle pouvait se permettre un cinéma.

Un jour, un collègue de travail lui parla de sa frénésie vestimentaire. Il lui expliqua que le besoin de plaire est la première restriction de la liberté individuelle. Elle protesta vivement, mais peu à peu, en y réfléchissant davantage, elle a dû lui donner raison. C’était difficile de changer de comportement, d’abandonner cette drogue, de se trouver d’autres centres d’intérêt, d’autres valeurs, mais elle y est parvenue. Comme elle n’était plus obnubilée par son aspect physique, elle a pu s’intéresser davantage à ses amis, à ses collègues de travail, à sa famille. Elle a pu constater que tout le monde avait des problèmes, des défauts, des imperfections. En développant des rapports plus chaleureux avec son entourage, elle a pu se rendre compte que sans ses beaux vêtements, en étant habillée comme tout le monde, elle était mieux appréciée, mieux à l’aise et finalement plus heureuse.

 

A la recherche du mot juste

Vu ses antécédents professionnels, c’est Chantal qui s’occupe de la comptabilité. Ainsi, un jour triste, gris et humide de fin novembre, elle est assise dans le petit bureau qu’elle partage avec ses deux coassociés, son cousin François et Éric, lorsque ce dernier y entre. Il parle du temps qu’il fait, lui pose quelques questions sur les comptes, développe ses projets de culture pour la saison à venir. Au bout d’un moment, il lui reparle de la compta.

Chantal commence à s’affoler. Avait-elle commis des erreurs ? Ne lui faisait-il pas confiance ?

  • Tu peux tout vérifier, lance-t-elle, tout est en ordre, il y a des justificatifs pour toutes les dépenses.

Eric la regarde, interdit.

  • Mais non, ce n’est pas du tout ce que j’ai voulu dire.

  • Tu veux dire quoi, alors ?

Eric se tait. Au bout d’un instant, il dit prudemment :

  • Je suis bien avec toi.

Chantal rougit, se penche sur ses comptes. A-t-elle bien entendu ? Était-ce une déclaration d’amour ? Son cœur se met à battre la chamade.

  • Moi aussi, je suis bien avec toi.

Chantal voit le soulagement sur les traits d’Éric, il esquisse un sourire, s’avance et prend sa main.

  • Tu m’as plu dès ton arrivée, et plus ça va, plus je trouve qu’on s’entend bien, qu’on rit pour les mêmes raisons, qu’on aime les mêmes films, les mêmes livres et qu’on a des réactions similaires face à l’imprévu. Je suis à l’aise en ta compagnie, détendu, heureux. Quand je suis avec toi, aucun problème ne me paraît insurmontable.

  • Oui, nous sommes devenus des bons amis, nous nous entendons bien tous les trois, répond Chantal.

Le visage d’Eric se referme, il retire sa main. Chantal réalise qu’elle a commis une erreur. C’est maintenant elle qui prend sa main. Encouragé, Eric poursuit :

  • Il y a plus que ça, il y a plus que de l’amitié entre nous.

Il va enfin le dire, pense Chantal. Mais non, il murmure :

  • Tu ne trouves pas qu’il y a plus ?

Ses yeux implorent une réponse, mais Chantal non plus, elle ne veut pas lâcher le mot. Pourtant, elle a pitié de lui, et du coup aussi d’elle-même. Elle se lève, contourne le bureau, le serre dans ses bras et lui donne un longue baiser. La porte s’ouvre, son cousin entre, ou plutôt, reste sur le seuil de la porte, stupéfait.

  • Qu’est-ce que vous faites ?

  • On profite de notre liberté sexuelle, répond Chantal joyeusement.

 

Iliola

 

Rédigé par Iliola

Publié dans #Liberté

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