LA LETTRE D'OPHÉLIE

Publié le 19 Novembre 2021

 

Mon petit Papa,

J’ai disparu de ta vie, et toi de la mienne, depuis sept ans déjà, sept longues années passées avec des gens que Maman, sans états d’âme, m’a imposés. Pourquoi cette injustice ? J’ai gardé dans mon cœur, pendant tout ce temps, le souvenir de ton amour pour moi, ça m’aidait à avancer. Tu m’appelais « ma petite gazelle » lorsque tu me voyais courir dans la campagne, légère comme un papillon, tu disais que mon rire était semblable à une cascade fraîche dévalant les vallons ! Tu m’as tellement manqué, mon Papa, toi si solide, mon chêne, mon roc ! J’étais comme un oisillon perdu loin de son nid… Je ne savais plus qui j’étais, tu n’étais plus là pour m’aider à construire ma vie, pierre après pierre. Maman n’était plus « ma » maman. Elle était devenue comme une inconnue pour moi. J’avais l’impression, jour après jour, d’être face à un Tribunal qui jugeait le moindre battement de mes cils. Tous ces gens, je les détestais. Je n’avais qu’un désir, m’envoler à tire-d’aile dès que l’occasion se présenterait. J’avais une telle soif de ressentir sur ma peau le souffle de la brise, de m’emplir les poumons de l’odeur fraîche de l’herbe mouillée après la pluie, d’entendre le murmure du vent de la liberté… Si tu savais comme c’était dur pour moi d’être confinée dans ce lieu malodorant, parmi des gens pareils à des robots, qui subissaient toutes sortes de frustrations avec l’air béat de Saints face à l’image du Christ. Parlons-en de leur « Grand Maître », celui à cause duquel j’ai été privée de l’amour maternel ! Jamais je ne leur pardonnerai, ni à lui, ni à ma mère… Je ne sais pas ce que tu es devenu depuis tout ce temps, je devine que tu as dû beaucoup me chercher, que tu étais très malheureux… Je sais que nous allons bientôt nous retrouver, mon petit Papa, et la boucle sera bouclée. Ce sera une seconde naissance pour moi.

Je vais essayer de te faire parvenir cette lettre, pourvu que tu habites toujours chez nous… Chez nous ! Ces deux mots, lorsque je les écris, réchauffent mon cœur, ce cœur semblable à une horloge arrêtée depuis longtemps et qu’on vient de remonter pour lui redonner vie… Je me suis enfuie avec deux garçons qui sont aujourd’hui mes béquilles, sans eux je n’aurais pas pu survivre. Et dans cette aventure un vrai conte de fée, notre carrosse est une vieille 2CV, la même que celle de Pépé Joseph ! C’est cette voiture qui nous offre notre indépendance aujourd’hui. Une vie libre, voilà ce que je possède à jamais !

                                                                                      Ta fille qui t’aime

                                                                         Ophélie.

Rédigé par Annie

Publié dans #Liberté

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