LA JEUNE AFGHANE

Publié le 6 Novembre 2021

 

Le vent qui soufflait dans sa tête lui rappelait les jours où elle pouvait s’exprimer. Sur l’écran blanc de sa vie, les images défilaient trop vite comme dans un vieux film de Charlot. Seul le cliquetis du projecteur semblait répondre à ses questions.

Fini les discussions entre amis, où, certains soirs, on refaisait le monde.

Elle écoutait ce vent, lui à qui on avait interdit d’ébouriffer ses cheveux. Même l’air qu’elle respirait se chargeait d’un parfum aux senteurs de renfermé.

Elle écoutait ce vent qui jouait avec son imaginaire pour lui permettre d’espérer.

Elle, elle ne pouvait pas croire que son monde s’était écroulé ; le regard perdu derrière sa grille, prisonnière de sa burqa, sur les parois de son cœur elle a écrit Liberté car elle sait que demain refleuriront les roses sur les routes de l’Afghanistan.

Le silence s’était installé dans les rues de Kaboul, comme une chape de plomb qui étouffait les murmures et les voix des femmes afghanes. Le Monde de Aicha avait pris la couleur du bleu ou du noir. Non pas celui de l’encre qui lui servait à écrire mais de se voile que les talibans l’obligeaient à porter.

Le soir, enfermée dans sa chambre, elle apprenait par cœur les textes de ses livres. Comme un souffle de liberté et elle se disait :

«  Ils n’auront pas ma liberté de pensée »

Étudiante en littérature française, elle se fixait comme règle de vie, la citation de Bernard Weber :

«  Le secret de la liberté, c’est la librairie »

Pourtant la librairie Massoud avait du fermer ses portes et les livres prenaient le chemin de la résistance de l’ombre des interdits.

Heureusement pour Aicha, son père et ses frères qui eux avaient le droit de sortir librement, lui fournissaient de quoi assouvir sa soif de lecture.

Et c’est ainsi que lorsqu’elle devait sortir, accompagnée par son père, enveloppée dans sa bulle bleue, elle s’obligeait à se réciter les vingt et uns quatrains du poème sur la liberté de Paul Eluard.

Aucune grille de fer ou de tissus ne pourra l’enfermer. Elle était libre !

Le soir, quand la nuit poussait le jour au delà des montagnes, Aicha s’enfermait dans sa chambre pour écrire et pour lire. Elle enlevait son enveloppe et retrouvait sa liberté de mouvement. Nue elle aimait sentir le froid faire frissonner son épiderme. La tête en arrière elle jouait avec ses longs cheveux teintés de henné aux reflets cuivrés.

L’espace d’un instant, elle se retrouva ans la chambre de sa cousine où pendant des heures, elles discutaient sur le choix de la couleur. En ce temps la les cheveux étaient la parure de la femme.

Le reflet de la glace lui renvoya son image, sa décision fut prise, elle prit les ciseaux, ses longues boucles tombèrent sur le sol et formèrent un tapis, non pas de prière mais de révolte. C’était son sacrifice sur l’autel de sa liberté.

 

Rédigé par Bernard

Publié dans #Liberté

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