LE RABOT DE SYLVAIN

Publié le 14 Février 2020

Bonjour, je m’appelle Sylvain Vaugas. Je suis cuisinier au prestigieux hôtel «  Le Negresco ». Je viens d’avoir 25 ans. Je roule en moto et j’aime les beaux habits. Comme la nature m’a doté d’un physique agréable, j’aime aussi les jolies filles qui me le rendent bien. C’est d’ailleurs pour ça que je suis toujours célibataire. En bref, je suis un jeune d’aujourd’hui, mon i phone à la main et je vis ma vie à cent à l’heure.

Pourtant, il m’est arrivé une histoire extraordinaire que je vais vous raconter. J’habite sur le port dans un vieil immeuble et tout au fond de la cour vivait un menuisier, aujourd’hui décédé.

L’autre jour, j’étais en congé et j’allais prendre ma moto quand je vis que la porte de la menuiserie était ouverte. Cela aiguillonna ma curiosité. J’appelais « Il y a quelqu’un ? » Seul le silence me répondit. Pourtant, je vous assure que j’ai horreur des vieilles choses et en plus, je suis allergique à la poussière. Tout me disait « Laisse tomber et file ». Et voila, je suis rentré. Dans l’atelier, le temps semblait s’être arrêté. Un voile de poussière, comme un linceul, recouvrait les outils et l’établi. Par le vasistas cassé, un rayon de lumière éclairait cette scène d’un autre temps. Je m’apprêtais à faire demi-tour quand mon regard le vit. Il était là, posé comme une œuvre d’art, un rabot sur lequel on pouvait lire, gravé sur son bois, 1928. Je ne sais pas ce qui me poussa à le faire, mais je le pris et l’emportais comme si j’avais trouvé un trésor. Fini ma promenade en moto, je remontais chez moi avec mon précieux chargement. L’objet avait du être bien utilisé, car le bois gardait en lui la marque de la main de son propriétaire. Seule la lame avait subi les outrages du temps, une gaine de rouille l’enveloppait. Cet objet semblait me parler et me dire « Utilise-moi encore ».

Que lui répondre, quand soudain une idée me traversa l’esprit ! Mais oui, bien sûr. J’appelais un ami.

  • Pourrais-tu m’aiguiser une lame de rabot ?

  • Sans problème, me répond dit-il.

Quand je vous disais que mon histoire était extraordinaire, car depuis, mon rabot et moi, dans la cuisine du Negresco, nous faisons de magnifiques copeaux de Parmigiano qui viennent doucement fondre sur mes plats préférés au grand plaisir de la clientèle.

Rédigé par Bernard

Publié dans #Divers

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