LUCIEN

Publié le 19 Janvier 2019

L’immeuble AnimaNice s’anime !

 

Lundi sept janvier – Sept heures quarante-cinq

 

Chaque matin sur le pas de la porte, cigarette au bec, diésel sur le parking,

balai à la main, je salue, je bavarde, c’est moi le beau Lucien.

Je me régale d’entendre d’une oreille faussement distraite, toujours discrète, des

bribes de conversations, fines tranches de vie de chacun de mes locataires. Mais

attention, pas de confidences, concierge ce n’est pas dépotoir, chacun ses soucis et

les vaches seront bien gardées.

  • Comme tu veux !

  • Est-ce que je peux…

  • Comme tu veux !

Tiens, ça c’est Madame Mado qui répète les dialogues de son atelier d’écriture.

  • Bonjour Madame Mado, bien bavarde ce matin.

  • Bonjour Lucien, il faut bien que je le prépare cet Atelier !

  • Dites Madame Mado, ce Monsieur Delacroix Eugène il fait partie de votre Atelier ? Parce qu’il s’est trompé de boite. Il a mis son texte dans la mienne, tenez je vous le rends.

  • Comment ça ? J’ai reçu le même, je croyais que c’était vous qui l’aviez mise là cette citation. Il faut qu’on en reparle, tachez de vous renseigner, tout de suite je suis pressée.

Citation, citation ? Il faudra que je regarde dans le Petit Larousse de grand-mère.

  • Bonjour Monsieur Joseph, pas belle cette journée ?

  • Bonjour Madame Joseph, vous avez une bien jolie robe !

Un vieil adage que me répétait grand-mère qui fut concierge pendant quarante

ans au quatorze de la rue Rastrelli : « Au temps des étrennes, un concierge se doit

d’être très aimable, un compliment à chacun et l’argent rentre bien !»

  • Bonjour Lucien, nous avons un nouveau voisin, un Monsieur Delacroix ?

  • Pas à ma connaissance.

  • Alors qui est le farceur qui a mis cette absconnerie dans ma boite aux lettres. Vous êtes peintre, vous, Lucien ?

  • Pardi, c’est même moi qui aie repeint le couloir du second, l‘appartement de la Mère Michelle, je peux repeindre le vôtre si vous voulez.

  • Non merci, je voulais dire artiste peintre.

  • Artiste… Comme un artiste, moi ? Non pas du tout du tout. Mais si vous voulez parler du petit papier je l’ai reçu aussi, il cause bien, je n’ai rien compris.

  • Il ne demande pas d’argent, ce n’est pas une publicité.

  • Delacroix, Delacroix Eugène, cela ne me dit rien. En tous cas ce n’est pas un niçois, peut-être un homme politique pour les prochaines municipales. Beaucoup de nouveaux maintenant qui parlent le parisien, qui marchent avant, marchent arrière, un jour ils vont nous marcher dessus, allez savoir ! Mais je vais me renseigner, en attendant j’ai la cage d’escalier à nettoyer.

Je tire sur mon clope dubitatif, il fait beau, j’ai tout le temps. C’est quoi cette

embrouille ?

  • Bonjour Mademoiselle Eve, vous n’êtes guère en avance ce matin !

  • Bonjour Lucien, figurez-vous que j’ai trouvé un papier dans ma boite aux lettres qui me laisse baba perplexe.

  • Il semblerait que chacun a eu le sien. Mais, je pense, la nouvelle coiffeuse avenue Antonia Augusta, elle ne s’appelle pas Delacroix ?

  • Ella Bannière !

  • Je ne plaisante pas.

  • Son nom est Bannière et son prénom Ella. Déjà qu’elle coupe les cheveux comme une tondeuse à gazon, alors écrire un texte en français emberlificoté. Non Lucien ce ne peut pas être elle et ce n’est pas moi non plus même si j’ai réussi mon CAP esthétique.

  • Bien sûr, bien sûr. Belle journée Mademoiselle Eve.

Quelle gourde, quand je pense qu’elle est en pamoison devant ce gisclet du

troisième et que moi elle ne m’imagine même pas. C’est sûr, je ne peinturlure pas,

moi, je travaille. Tant pis, Eugène… Il faut que je réfléchisse. Réfléchir calmement,

en même temps je ne suis pas payé pour ça moi. Quand je pense qu’un malandrin a

violé mon intimité, enfin l’intimité de mon entrée. Il est passé par devant ou par

derrière ? Par devant ? Impossible, il faut avoir le code ou la clef et je ne passe pas

ma vie dans l’escalier quoiqu’ils en pensent tous. Par derrière ? Cadenassé depuis

toujours. Et pourquoi il me parle de reflets dans sa citation, elles ne sont pas propres mes marches ? Et mes vitres, elles ne sont pas transparentes ? Si je le trouve je lui mets deux gifles moi à Eugène.

Calme toi Lucien, en rentrant je lirai Larousse, citation, Delacroix, mais d’abord l’escalier.

Après la sieste. Le Petit Larousse. Voyons cela, « à : prep. Abracadabra », Eugène

ce doit être dans les E « Echantillon, Egrène» y a pas de Eugène. Les noms propres

évidemment, Eugène évêque de Carthage, sûr pas lui il ne parlait pas français.

Suis-je bête Eugène c’est son prénom, voilà, Eugène Delacroix : « Peintre français –

Saint-Maurice, Val-de-Marne, 1798 -Paris 1863. Le dernier des Renaissants, le

premier des Modernes »

Maintenant, il me faut trouver lequel de mes locataires a une tête de dernier des

Renaissants et de premier des modernes, facile !

 

Lundi quatorze janvier – Dix-huit heures

 

Il va être temps de sortir les poubelles, où est mon écriteau « Le concierge est dans l’escalier » je vais en profiter pour aller faire mon loto chez Faustin et si Mathilde est

revenue, je risque d’y passer la soirée dans l’escalier. De toutes manières tous

ces locataires, ils râlent tout le temps, alors autant que ce soit justifié.

C’est quoi ce martèlement, encore monsieur Marc, l’OGC Nice a dû marquer un but, c’est si rare que ça le tourneboule, il en trépigne.

Les poubelles d‘abord, après ce tableau. Qui a bien pu accrocher cette croute dans le hall, cette fois j’en suis sûr, personne n’est entrée, un locataire forcément. Renaissant et moderne ?

  • Monsieur Pierre, vous êtes là, vous nous avez fait une blague ? Il est joli votre tableau, il me fait penser au test de Rorschach que j’ai passé à l’armée.

  • Lucien je ne peints que des nues que je vends très bien. Tu vois une femme, à poil sur cette toile ?

  • Suggérée peut-être ?

  • Mes femmes, Lucien, elles ne sont jamais suggérées, elles suggèrent, toujours.

  • Alors ce n’est pas vous ?

  • Moi quoi ?

  • Qui a fixé ce tableau.

  • Et qui a écrit à la main treize fois la même citation, un maniaque qui manque d’imagination. Treize fois, la même, un calu !

  • Probable, après les poubelles je le décroche. Mathilde va repartir, foutu tableau !

  • Laisse-le, Lucien, laisse-le, l’auteur va venir le signer.

  • Vous croyez ?

  • L’ego Lucien, l’ego !

 

 

Lundi vingt et un janvier – Après midi

 

Putain de poubelles, t’imagines pas tout ce qu’ils jettent, et le tri, tout le monde s’en

moque. Jérôme et Lucie ont encore mangé des sardines, pas très fraîches, ça pue. Il doit avoir des origines portugaises le carreleur. Après quoi, je traverse l’avenue pour me rendre à la brasserie des Poètes

  • Salut Faustin, mon loto, alors Mathilde est revenue ?

  • Bonsoir Lucien. Pouh tu sens le poisson. Non Mathilde n’est pas là ! Et votre affaire mystérieuse tu t’es renseigné, tu sais qui c’est ? Qui sait ?

  • Mets-moi un jaunet. Non je ne sais pas qui c’est, mais j’ai un plan pour savoir qui sait quoi.

  • Toi, un plan ?

  • Attends, j’ai l’air bête, mais je ne suis pas con et j’ai échafaudé mon plan moi ! Et toi Faustin, tu as une idée pour savoir qui c’est qui ou qui sait quoi ?

  • J’y réfléchis, les gens causent, mais tu pourrais m’en dire un peu plus.

  • L’ego, Faustin, l’ego. Nous sommes tous inégaux face à l’ego. Or pour faire des conneries pareilles en étant sûr de ne pas se faire attraper, le gari doit posséder un ego énorme, le melon quoi !

  • Et alors ?

  • Alors un crime parfait, sans le moindre témoin, sans le moindre confident, sans aucun admirateur, cela vous met l’ego en berne. Donc l’assassin a dû partager son secret et si c’est avec une femme, le pôvre, elle va bavasser.

  • Oh, oh, assassin comme tu y vas, il n’y a pas encore eu mort d’homme. Mais soit, avec qui il l’a partagé ce secret, tu le sais qui c’est ?

  • Pas encore, mais… mon plan, Faustin, mon plan.

 

  • Mathilde puisque te vlà, viens avec moi.

L’idée est de l’entrainer à « La maison de la copie » avenue Valombrose pour quelle tape mes missives sous Word.

  • Nous n’allons pas au cinéma ?

  • Plus tard, d’abord ma lettre pour les quatre femmes.

« Nice le vingt et un janvier deux mille dix-neuf

Chère – un des quatre prénoms –

Perçois-tu ces immenses ondes que mon cœur émet pour que ton cœur vers le mien se tourne. Lentement mes neurones se balance au rythme de la samba qu’entame

ton corps quand je te prends dans mes bras. Mes yeux pleurent à revoir en boucle la

beauté de ton corps alangui sur les draps froissés. Mes lèvres ourlent tes lèvres d’un

interminable baisé brulant, mon nez coule, mais ça c’est le rhume.

Et tu m’as trahi, pétasse, catin, tu n’as pas su garder le secret confié sur l’oreiller, le

récit de mes exploits, mon grand œuvre, ma fierté.

Par amour sauve-moi, explique à Lucien, avant qu’il n’en parle alentour, que ce ne

peut être moi car nous étions ensemble à l’hôtel de Lampedusa.

Et fait fissa ! »

 

  • Et maintenant celle pour les huit hommes.

« Nice le vingt et un janvier deux mille dix-neuf

Mon cher – un des huit prénoms –

Ton amitié m’honore et nos conversations me passionnent. Il faudra que nous

reprenions, car si Dieu est athée rien n’empêche plus les athées de croire en Dieu.

J’ai récupéré chez Marcel, il t’envoie son bonjour, le moulinet Caperlan, j’irai, cet après-midi acheter le fil et les hameçons.

Et toi, enfoiré, pauvre con, tu n’as pas su garder le secret confié au bout de la nuit alcoolisée, le récit de mes exploits, mon grand œuvre, ma fierté.

Tu vas voir ta gueule si tu ne coures pas immédiatement chez Lucien, lui expliquer, avant qu’il n’en parle alentour, que ce ne peut être moi car nous étions à la pêche à Lampedusa.

Et fait fissa ! »

 

Tape, Mathilde, tape, ne te trompe pas, la liste des femmes, la liste des hommes, même prénom sur la lettre que sur l’enveloppe. Ce soir elles seront dans les boites, demain je tire le pigeon !

 

Lundi vingt-huit janvier – Fin d’après-midi

 

A la brasserie des Poètes.

  • Aio ! Faustin, quelle semaine.

  • Tu sais qui c’est qui sait qui c’est ?

  • Sers-moi un jaunet, j’ai un peu de temps, je suis « dans l’escalier ».

  • Tu y passe ta vie dans l’escalier. Ils ne trouvent pas cela un peu louche tes locataires ?

  • Tu as raison, il faut que j’achète d’autres panneaux : Le concierge sort vos poubelles, arrose vos plantes, est sorti acheter vos produits d’entretien, change votre ampoule, débouche votre conduit de vide-ordures et pourquoi pas le concierge est aux toilettes.

  • La dernière est peut-être excessive, non ?

  • On a beau être concierge, on n’en est pas moins homme !

  • Pas faux.

  • A propos, Mathilde est revenue ?

  • Et repartie !

  • Repartie, déjà ?

  • La rouée, vers l’Ouest.

  • Rouée ?

  • Figure-toi qu’en partant elle me dit qu’elle va faire les soldes à Cap 3000, me demande si j’ai besoin de quelque chose et à l’instant me téléphone de Marseille.

  • Eh bé demande lui de te ramener un mistral, gagnant !

Le mistral c’est du vent et Mathilde ? Tristounet, je finis mon pastis.

  • Alors tu me racontes.

  • Un, tu rhabilles le petit, deux quelle histoire… Le mardi sept heures sonnées, comme d’habitude, je me tiens sur le pas de la porte, cigarette aux lèvres, balai à la main, pour saluer, bavarder mais ce matin écouter, observer, découvrir le coupable. Le premier que je vois débouler est Monsieur Louis.

  • Le condé ?

  • A la retraite.

  • Flic un jour, flic toujours !

  • Tu me laisse raconter oui ?

Et je lui raconte.

Très colère, Monsieur Louis m’entreprend :

  • Lucien j’ai reçu une lettre incroyable, un homme, un homme je vous dis, m’appelle Eve, m’écrit des cochonneries, que je dois vous confirmer avoir été avec lui à Lampedusa, à l’hôtel. Mais oh, je ne suis pas de la jaquette moi !

Je lui souris gentiment quand j’ai envie de rire aux éclats. Mathilde, Mathilde qu’elle erreur as-tu fais là !

  • Parce que vous êtes célibataire Monsieur Louis, bel homme, revenus réguliers, vous faites peut-être rêver un locataire. Ne vous tracassez pas.

  • Comment ne pas me tracasser ? Cette citation, je me suis renseigné auprès d’un collègue encore en activité, Delacroix Eugène il n’est pas inscrit au sommier.

  • Normal, il est mort en 1863.

Monsieur Louis se gratte la tête.

  • Vous le connaissiez ?

  • Moi, non, la grand-mère de grand-mère peut-être

  • Le tableau, vous l’avez passé au compteur Geiger ?

  • Pourquoi le faire ?

  • Tant, si il faut, il est irradié, nous allons tous mourir, c’est un attentat !

  • N’hystérisez pas, Monsieur Louis, ce n’est probablement qu’une plaisanterie. Et vous, qu’en pensez-vous de ce tableau ?

  • Il n’est pas laid, il ne ressemble à rien.

  • Voilà pourquoi il plait à tout le monde. A propos tous les locataires vont se réunir dans le hall lundi quatre février à dix-sept heures pour décider de son sort.

  • Oui ? En tous les cas je ne suis pas de la jaquette moi, faites-le savoir, Lucien, faites-le.

Monsieur Louis traverse en courant le Pont René Coty vers l’arrêt du tram, je rallume ma clope quand je vois apparaître Mademoiselle Maëlis, maquillée comme une voiture volée, tirée à quatre épingles, coiffée d’un chapeau de paille à larges bords piqué de fleurs en fin de vie, les invendues de la veille certainement. Et parfumée d’une odeur pourpre collante, je me recule de peur que l’incandescence de ma cigarette ne fasse exploser le tout.

  • Lucien, il faut que je vous parle.

Sait-elle ? je me pense.

  • Vous savez que je suis votre humble serviteur.

  • Lucien, j’ai reçu une lettre anonyme, un début très chaud, j’ai cru qu’elle m’était adressée par Joseph, une fin insensée, des insultes, un discours auquel je ne comprends rien. Lampedusa, je n’ai jamais mis les pieds en Espagne.

Ce n’est pas elle !

  • Une erreur surement. Pour autant soyez prudente avec Monsieur Joseph, si sa femme vous surprend…

  • Tranquillisez-vous Lucien, quand j’étais avec Monsieur Marc personne n’en a rien su.

  • Monsieur Marc ?

  • Seul Jérôme s’en est douté, j’utilise toujours les mêmes ruses, fofolle que je suis.

  • Monsieur Jérôme ?

  • Un grand Monsieur, il s’est tu, vous imaginez le scandale si Olivier l’avait appris, jaloux comme il est !

  • Monsieur Olivier ?

  • Sans compter Pierre pour qui je pose nue dans le secret de son alcôve.

  • Et moi, et moi, et moi ?

  • Vous Lucien vous êtes le concierge, peut-être, je ne sais pas, apprenez un vrai métier, je ne suis pas une Marie couche toi là... Quand même !

Suffoqué, je restais là, coi.

Faustin fredonna :

  • Pauvre Lucien, pauvre misère. Lave les sols, lave les bien. Tiens, reprends un pastis.

 

Plus tard, les jours suivants, ils ont tous défilé, les messieurs, les dames, les demoiselles prout prout, chacun relatant sa version de ses relations avec ses voisins, voisines. Aucun coupable, mais in fine je n’étais plus le concierge d’un respectable immeuble mais gardien d’un lupanar. Systématiquement j’annonçais la réunion dans le hall, un grand débat, un cahier de doléances qui serait remis au syndic. J’ai tout entendu, supercherie, inutile, voleur. J’expliquais, le syndic lira… ou pas, décidera, augmentera probablement les charges mais toujours avec équité, dans l’intérêt général, pour aider les plus pauvres d’entre nous, moi en l’occurrence, pour toujours améliorer votre santé, votre sécurité, sauver la planète et accessoirement décider du sort à réserver au tableau. Tous acquiescèrent.

 

Lundi quatre février – Dix-sept heures trente.

 

Des nuages gris sale dévalent le Paillon en rangs serrés. Pas un locataire ne manque à l’appel, et ça blablate et ça s’observe, lequel est coupable ? Le tableau disparu, des nouvelles citations apparues, les revendications monopolisent les discussions. Un cahier de doléances circule. Monsieur Pierre y croque une jolie silhouette. J’écoute le brouhaha, observe le ballet des regards concupiscents qui s’entrecroisent. Aïe, aïe, aïe, je prie secrètement pour que les vicissitudes de ce raout ne mettent pas à jour les turpitudes de cette conviviale assemblée qui deviendrait vite une sacrée foire d’empoigne.

 

Ce n’est pas tout ça, écoresponsable j’ai les poubelles à sortir, je les quitte pour me rendre à la cave. J’appuis sur le bouton de la minuterie, lumière, plus de lumière. Noir sombre, opaque, je tâtonne, entends un froufroutement.

  • Il y a quelqu’un ?

Non, non je n’ai pas peur mais bien éclairé même un local poubelles peut être coquet.

  • Lucien surtout ne rallumez pas !

Une voix de femme, jeune, me voilà rassuré, ne suis-je pas un male bien testostéroné.

  • Pourquoi ?

  • Je dois vous confesser un lourd secret.

  • Dans l’obscurité ?

  • Plus facile d’avouer ses fautes.

  • Attendez, ne dites rien, vous vous trompez. Ici vous êtes dans la cave, pas dans un confessionnal et je suis le gardien, pas le curé. L’église vous la trouverez plus haut à droite sur le trottoir d’en face D’accord ? Au revoir Madame. Lumière !

  • Non… Avant que vous ne le fassiez, deux mots : citation, tableau.

  • Vous m’intéressez. Je suis tout ouïe.

  • C’est moi, Eugène, qui a écrit et réécrit treize fois cette citation, elle me tenait tant à cœur que je voulais la faire partager par tous ces artistes.

Oui, oui, une jeune fille qui s’appelle Eugène, et moi Lucien qui converse avec le fantôme de Delacroix. Pourquoi pas ! « On sait bien que les contes de fées c’est la seule vérité de la vie » disait Antoine de Saint-Exupéry.

J’appuie sur la minuterie, infime froissement, léger voile blanc aperçut, le revenant est reparti. Il flotte dans l’air une fine senteur pimenté peut compatible avec le lieu. Je souris, j’ai compris, je sais qui sait qui c’est.

 

Dans ma loge je choisi un nouvel écriteau, « Le gardien partage » Partage c’est généreux, comprenne qui pourra, et je fonce à la brasserie des Poètes.

  • Aio ! Faustin, comment tu te portes ?

  • Vé Lucien, tu as l’air bien guilleret ! Un pastis ?

  • Bien tassé.

  • Tu me le lâche ce nom ?

  • Je sais qui c’est qui sait qui c’est.

  • Hé je le sais que tu sais qui c’est qui sait qui c’est. Je n’ai jamais douté.

 

Mathilde est revenue, Faustin l’attrape par l’épaule et lui parle dans le creux de l’oreille.

  • Ecoute ton frère Mathilde, il y a vingt-neuf ans que tu chantes, danses, tournes, vires, tapes de claquettes, caquettes, peut-être, il temps que tu le regardes.

  • Regardez quoi ?

  • Le temps qui passe, mais je me pensais plutôt à qui.

  • Quoi qui ?

  • Le Lucien, c’est vrai qu’il a l’air un peu jobard mais c’est un mariol.

  • Lucien, Lucien, pourquoi pas.

  • Tu sais petite sœur, « je donne mon avis non comme bon, mais comme mien. » disait Michel Montaigne.

 

\........../
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Hervé

Publié dans #Ecriture collective

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article