AMANDINE

Publié le 23 Mai 2017

Onze heures et demi passé, et toujours pas de facteur ! Amandine, une femme mince, la cinquantaine passée, quelques cheveux gris cachés sous une coloration blond cendre, n’arrête pas de regarder la pendule, puis de se diriger vers la fenêtre. Un SMS lui avait indiqué qu’un colis Chronopost devait arriver ce jour, entre 8:00 et 11:00 heures. Il contenait certainement son nouveau passeport, elle n’attendait rien d’autre.

Comment avait-elle pu se laisser entraîner dans une histoire aussi folle ? Vendre son passeport pour le déclarer ensuite volé ! Elle s’était trouvée dans une situation financière difficile. Sa fille, enceinte, abandonnée par le père de l’enfant, était à l’autre bout du monde, sans travail, sans ressources. Elle-même, au chômage depuis presque un an, avait juste de quoi subsister. De toute urgence, il fallait trouver de quoi payer le billet d’avion de sa fille. Elle s’était confiée à une amie, Marianne, espérant secrètement que cette dernière lui prêtera l’argent nécessaire, ou se portera au moins caution auprès de la banque. Mais non, Marianne lui parla du trafic de papiers, affirmant qu’un passeport comme le sien vaudra certainement vers les cinq mille euros, de l’argent facilement gagné. Amanda en convenait.

Marianne s’occupa de la transaction. Amanda ne s’était jamais douté que son amie avait des compétences dans ce domaine, qu’elle connaissait des gens auxquels on pouvait s’adresser. Quand Marianne lui avait remis les cinq mille euros, en espèces, Amanda avait posé des questions sur la nouvelle propriétaire de son passeport. Marianne l’avait regardée un moment, puis lui a dit : moins tu en sais, mieux c’est pour toi. On dirait une réplique de cinéma, pensa alors Amanda. Marianne ne lui donna pas d’autres explications.

Grâce à l’argent, elle avait pu faire revenir sa fille. Elle était contente de la revoir, de la trouver en bonne santé, même si, dans un premier temps, sa fille n’avait pas trop le moral. Amanda cherchait à discuter avec elle pour en connaître la cause. Ses moments de tristesse, étaient-ils dû au fait que son compagnon l’avait lâché ? Était-elle encore amoureuse de lui ? Avait-elle l’impression d’avoir gâché sa vie, se sentait-elle en situation d’échec ? La fille ne se confia pas, mais, à l’évidence, la sollicitude de sa mère lui faisait du bien. Puis, la grossesse se passait bien. La perspective d’être bientôt Grand-mère comblait Amanda de bonheur, bonheur qui a déteint, petit à petit, sur sa fille qui devenait de plus en plus joyeuse, comme elle l’était avant son départ pour ce voyage aventureux. Amanda avait maintenant la certitude d’avoir pris la bonne décision en vendant son passeport.

Elle avait ensuite demandé un nouveau passeport, déclarant le sien perdu. Ce n’était qu’une formalité, mais, n’étant pas habituée à ce genre de combine, elle était inquiète, terrorisée par moments, et, malgré les paroles rassurantes de Marianne, craignait que la supercherie soit découverte et elle jetée en prison.

La sonnerie retentit à 11:48. Elle ouvre la porte, le préposé de la Chronopost lui remet une enveloppe. Il faut signer ici, lui dit-il.

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Rédigé par Iliola

Publié dans #Ecriture collective

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