SEBASTIEN ET LE FAON

Publié le 11 Mars 2017

Suite à l'atelier sur le personnage littéraire ...

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Sébastien le Vigoureux est inspecteur principal au commissariat central de Villeréal, petite ville au centre profond du pays. Il a toujours eu le sentiment de mal porter son nom. Du moins physiquement. La quarantaine passée, il avait fini par assumer le fait de ne pas être une armoire à glace. Longiligne, l’élégance sobre, il avait cette nonchalance des gens du sud, un tantinet choquante, qui cachait un esprit vif. Son supérieur, le commissaire Benoît, à deux doigts de la retraite comptait beaucoup sur son inspecteur principal pour lui succéder. Les rapports avaient été diffusés en haut lieu.

Sébastien appréhendait toujours la première entrevue. Les commentaires du type

-Ah ! C’est vous ?... Sous entendu –Ah ! C’est vous qui allez résoudre cette énigme ? Il y était habitué. Comme si le fait de s’adresser à un officier de police de cent kilos de muscles rassurait forcément ?

Son visage impassible ne laissait apparaître aucune émotion, mais rien n’échappait à son regard aiguisé. Certaines fois un temps de décalage lui était nécessaire, mais très vite la mémoire des choses vues et enregistrées, doublée d’une fine psychologie, le guidait vers « ce qui aurait dû se passer ».

Évidemment, il s’en méfiait lui-même. Les pistes les plus improbables étaient explorées pour étayer son premier ressenti. En fait, c’était un grand intuitif.

-Avoir du nez dans notre métier, ça ne peut être qu’une qualité, lui rabâchait son supérieur. Encore fallait-il compléter tout cela par des preuves, n’est-ce-pas ?

Sébastien aimait la musique. La grande musique. Il était subjugué par ces enchaînements logiques de notes qui entraînent le spectateur vers une issue qu’il pressent.

Est-ce que la vie ce n’est pas un peu cela ?

Enfin, celle vécue par les victimes qui avaient souvent vécu un enchaînement, peut être malgré elles, les conduisant vers une issue que l’on pouvait déduire.

 

Sébastien, plongé dans ses réflexions, roulait dans sa voiture de fonction vers la propriété du Comte de la Courtade. Son supérieur, alerté par Mr le maire, lui-même alerté par Mr le comte pour une affaire de braconnage dans sa propriété, qualifiée « d’assassinat » par l’intéressé, avait déclenché la procédure. Sébastien comprenait mal l’empressement de sa hiérarchie. Répondre à un fait divers : « cette biche qui avait bramé toute la nuit et cette découverte au petit matin … Pas de quoi affoler les populations ! ». Mr le Comte devait être un gros contribuable, il fallait lui démontrer que la sécurité de la province s’intéressait à tout. Certainement ! Quelle autre raison sinon ?

Arrivé au château, la presse était déjà là. Ludivine le reconnut et se précipita aussitôt vers lui.

-Sébastien, je compte sur toi. L’article fera la « une » demain. Je ne nommerai pas mes sources, tu le sais !

Lui sourit et se dirige, impassible, vers un groupe de personnes constitué du Comte, du garde-champêtre et du personnel d’écurie. Il se présente.

-Ah c’est vous ! Oui, la rengaine il connaît ! Il demande à être confronté au « drame ! ».

-Vous comprenez, lui dit Mr le Comte, ces braconniers doivent être arrêtés au plus tôt. Vous vous rendez compte ? Cette biche venait de mettre au monde ce faon ! C’est inhumain pour cette pauvre bête !

Sébastien, bien qu’agacé, ne laisse rien paraître.

-Mr le Comte, peut-on se rendre à l’endroit ou cela s’est passé ?

Le garde champêtre prit l’initiative et les conduisit à la limite d’une clairière.

Sur place, il vit la chaînette sectionnée d’un piège. En écartant les fourrés, il distingua une douille neuve de 9 m/m. Bigre, une arme de guerre. Il enfila aussitôt ses gants de latex, la ramassa et la glissa dans une petite pochette.

-Est-ce que quelqu’un a entendu un coup de feu ?

-Personne, répondit le comte. Avec cette biche qui bramait à fendre l’âme, que voulez-vous entendre ?

-Voyez-vous Mr le Comte, il importe plus de retrouver cette arme et l’homme qui s’en est servi que le coupable de ce braconnage.

-Qui est certainement la même personne, enchaîne le Comte.

-Peut-être, peut-être !...

Sébastien regrette aussitôt de ne pas avoir son équipe technique avec lui. Les herbes avaient été piétinées. A cet endroit, les traces éventuelles du tireur largement souillées. En élargissant son champ visuel, il remarque des herbes couchées et des marques brunes qui conduisent vers un chemin…

Rédigé par Gérald

Publié dans #Les animaux

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