LES CLICHÉS

Publié le 13 Mars 2017

http://www.myfrenchlife.org/2012/08/16/les-stereotypes-francais-ont-la-vie-dure/

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  • DÉFINITION

 

Le cliché est une image usée jusqu'à la corde - oh ! Le beau cliché ! - que l'on retrouve très souvent répétée dans les mêmes termes et qui est devenue banale. Plusieurs possibilités de clichés :

 

 - par comparaison : bête comme ses pieds

 - par métaphore sans originalité : froid de canard

 - par la formule lexicalisée, par l'association attendue : son sang ne fit qu'un tour, manquer cruellement, une marque indélébile...

 - par le recours à un vocabulaire spécifique : mots “ aux qualités sonores ou graphiques particulièrement séduisantes ”, redondances (les eaux cristallines du lagon sur la mer émeraude...), expressions et tournures “ considérées comme raffinées ”, références à un monde passé, à des réalités disparues (rempart, labourer, puits, fardeau…)

 

Charles Dantzig (écrivain contemporain) dans “ la Guerre du cliché ” donne la définition : “ mot, ou locution d'origine artistique, formant image, et qui est répété sans réfléchir. ”

Dans un roman, le cliché se débusque souvent au détour d’une phrase, avec une expression éculée que l’auteur emprunte au vocabulaire populaire (« dans les bras de Morphée »)… ou littéraire (dans les mauvais romans, on « étanche sa soif » au lieu de boire). Parfois, il prend la forme d’un personnage entier – au hasard : un détective privé dépressif et alcoolique.

 

  • COMMENT LUTTER CONTRE LES CLICHÉS ?

 

 - prendre les mots au pied de la lettre en jouant sur le sens littéral du mot :

une mer démontée.... Vous la remontez quand ?

 

 - Détourner l'expression toute faite en inversant :

soleil de nuit... nuit de soleil

pluie torrentielle... torrent pluvieux

 

 - jouer sur l'homophonie :

chien méchant... chien léchant

Le cliché n’est que de la représentation, des mots tellement oublieux d’eux-mêmes qu’ils se prennent pour des choses. Le cliché fait qu’il n’y a que des mots, et non une réalité. » Pierre JOURDE

http://lesnouveauxtalents.fr/conseils-d-ecriture/evitez-les-cliches-par-pitie/

Dans “ le Dictionnaire des clichés littéraires ”, Hervé LAROCHE (professeur) écrit avec humour :

Il faut une attention particulière pour repérer les clichés, et aussi une certaine énergie pour les éliminer […]. Le cliché fonctionne […] comme un marquage de la qualité d'un texte : parce qu'il est précisément une habitude d'écrire, qu'il a été répété avec suffisamment de constance pour être reconnaissable comme participant d'une expression littéraire, le cliché joue un rôle d'une étiquette, d'un label (comme on en colle sur les poulets pour garantir qu'ils sont “ fermier ”).

https://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/cliche.php

  • EXTRAIT DU “ DICTIONNAIRE DES CLICHÉS LITTÉRAIRES ”

 

Abreuver (s’) : à son amour, aux sources mêmes de l’amour. Métaphore que son côté bovin ne parvient pas à disqualifier. L’abreuvoir, en revanche, est proscrit.

Accoutrement : toujours étrange. Un accoutrement normal n’intéresse personne.

Bigarré : couleur naturelle de la foule.

Contrée : trois types : 1) lointaine ; 2) inhospitalière ; 3) infestée de peuplades hostiles. Encore mieux au pluriel (plus lointaines, plus inhospitalières, plus infestées).

Infini : unité de mesure lorsqu’il s’agit de douleur, tendresse, tristesse, plaisir, bonté, amour, mansuétude, gratitude, ennui, courage, désespoir, solitude, etc. Quelques exceptions : inadéquat pour la colère (énorme), la rage (débordante) […] Infini gagne à être placé devant le substantif. Une infinie tendresse est plus infinie qu’une tendresse infinie.

Méfiance : deux possibilités : l’éveiller, l’endormir. Elle parvint aisément à endormir sa méfiance, jouant l’idiote à la perfection. Il n’est pas nécessaire de l’endormir avant de l’éveiller, ni de l’éveiller pour pouvoir l’endormir.

Rembrunir (se) : on se rembrunit même si l’on n’est pas brun au départ. On voit qu’une personne se rembrunit à ce que son visage s’assombrit.

Tristesse : trois états : 1) gaz : diffuse, insaisissable ; flotte ; 2) liquide : onde, vague, flot ; inonde, entraîne, envahit, submerge ; 3) antimatière : sans fond, infinie ; on s’y enfonce, on y tombe, on y sombre. Une grande dame de la littérature (dire bonjour à la dame).

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LECTURE :

Extraits de "Exercices de style" de Raymond QUENEAU : comparaison du texte intitulé "Récit" avec celui intitulé "Ampoulé".

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SUJETS D'ÉCRITURE :

  • Créer des clichés

En s'inspirant des "Exercices de style" et à partir de cet extrait de La Chute d'Albert CAMUS :

 

"Une motocyclette conduite par un petit homme sec, portant lorgnon et pantalon de golf, m'avait doublé et s'était installée devant moi, au feu rouge. En stoppant, le petit homme avait calé son moteur et s'évertuait en vain à lui redonner souffle. Au feu vert, je lui demandai, avec mon habituelle politesse, de ranger sa motocyclette pour que je puisse passer. Le petit homme s'énervait encore sur son moteur poussif. Il me répondit donc, selon les règles de la courtoisie parisienne, d'aller me rhabiller. [...] Avec plus de fermeté, je priai mon interlocuteur d'être poli et de considérer qu'il entravait la circulation. L'irascible personnage, exaspéré sans doute par la mauvaise volonté, devenue évidente, de son moteur, m'informa que si je désirais ce qu'il appelait une dérouillée, il me l'offrirait de grand cœur. Tant de cynisme me remplit d'une bonne fureur et je sortis de ma voiture dans l'intention de frotter les oreilles de ce mal embouché. [...] Mais j'étais à peine sur la chaussée, que, de la foule qui commençait à s'assembler, un homme sortit, se précipita sur moi, vint m'assurer que j'étais le dernier des derniers et qu'il ne me permettrait pas de frapper un homme qui avait une motocyclette entre les jambes et s'en trouvait, par conséquent, désavantagé. Je fis face à ce mousquetaire et, en vérité, ne le vis même pas. A peine, en effet, avais-je la tête tournée que, presque en même temps, j'entendis la motocyclette pétarader de nouveau et je reçus un violent coup sur l'oreille. Avant que j'aie eu le temps d'enregistrer ce qui s'était passé, la motocyclette s'éloigna."
© Gallimard, 1956.

 

Essayez à votre tour de produire un texte "ampoulé" en puisant le plus possible dans les clichés suivants :


colère bleue - impérieuse nécessité - savoir pertinemment - refuser catégoriquement - attendre de pied ferme - fort comme un Turc - fier comme Artaban - blanc comme un linge - en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire - prendre son courage à deux mains - comme par enchantement - monter sur ses grands chevaux - de vives remontrances -

 

  • Raviver des clichés

Trouver des expressions imagées avec des animaux :

ex : bavard comme une pie, avoir des yeux de biche, sale comme un porc, etc...

 

En s'inspirant du sketch bien connu de Raymond Devos :

"Je vois le portier de l'hôtel; je lui dis:
- Je voudrais voir la mer.
- Elle est démontée.
- Vous la remontez quand ?
- Question de temps."

Ecrivez un petit texte où vous prendrez au mot un des clichés.

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Sources :

Publié dans #Les ateliers

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