LES CIGOGNES

Publié le 25 Mars 2017

Accoudé au parapet du belvédère, mon regard est attiré par je ne sais quelle intuition vers un vol tournoyant de cigognes. Elles finissent par se poser sur un plateau aménagé ici au sommet des pylônes électriques. Ces grandes voyageuses ne se laissent pas approcher. Malgré leur bonhomie et leur facilité à se construire un abri, on ne les sent pas apprivoisées. Elles veillent jalousement sur leur liberté. Sauf peut-être sur ces champs de l’Algarve, qu’elles reconnaissent Dieu sait comment, où, après un vol de plusieurs heures depuis la lointaine Afrique, fatigue aidant, elles se posent, se laissant approcher par quelques paysannes qui leur apportent eau et nourriture. Ici fières et hautaines, elles ne fréquentent que les hauteurs et les champs déserts. Pourquoi ? Je ne le sais pas !

Au pied d’un de ce pylône, un petit enclos cultivé avec quelques poules qui sentent réveiller en elles, je ne sais quel appel sauvage. Elles, préoccupées habituellement par la capture d’un ver, dont l’assaut le plus vertigineux est la bordure de jardin ou le nichoir du poulailler, les voilà qui lèvent la tête vers ces seigneurs des airs et se mettent à battre des ailes, à rêver d’horizons inconnus. La proximité de ces consœurs si agiles leur fait chavirer la raison. Ces cigognes qui côtoient l’homme mais s’en tiennent toujours à distance m’ont toujours fait rêver. Je n’ai pas souvenir de cigognes domestiquées. Elles qui connaissent les courants ascendants, les vents d’altitude qui portent sans forcer, elles qui, par je ne sais quelle intuition, ont la mémoire des territoires traversés, des mares où il faut descendre pour boire et se reposer, ne jettent pas un regard vers ces volatiles nourris au pied du pylône.

 

Un jour dans le silence de l’automne finissant, les seigneurs des airs s’élèveront à l’heure qu’elles auront choisie, comme un voilier prend le large avec la marée descendante. Elles formeront en altitude, par je ne sais quelle magie, ces équipes en triangles si reconnaissables et leur géographie mémorisée les guidera vers les côtes d’Afrique pour passer l’hiver. La poule lèvera le bec, attirée par ce froissement d’ailes, inclinera la tête sur un côté puis sur l’autre. Essayera de comprendre ce qui se passe là-haut, mais, dépassée par l’évènement, plongera sur ce grain de maïs et oubliera ses ailes inutiles. Je ne sais pas pourquoi, mais j’aime les cigognes et leur liberté.

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Rédigé par Gérald

Publié dans #Les animaux

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