LE TEMPS DU RÉCIT

Publié le 3 Avril 2017

"La danse de la vie humaine" - Nicolas POUSSIN

"La danse de la vie humaine" - Nicolas POUSSIN

TEMPS FICTIF , TEMPS RÉEL

 

Dans un texte, le temps fictif, créé par l'écrivain, diffère du temps réel. Le temps est double. Il y a le temps du récit et le temps de l'histoire.

Le temps du récit, c'est l'acte de raconter, le contenant en quelque sorte, qui est le temps des pages lues, du discours. Il peut être accéléré ou ralenti, bouleverser la chronologie des événements.

Le temps de l'histoire, c'est ce que raconte le récit, son contenu donc. C'est le temps vécu par les personnages.

Un décalage existe entre le temps du récit et celui de l'histoire. Une vie de trente ans peut être racontée en une page, quelques heures de vie en un roman.

 

L'ordre :

Une histoire peut être racontée en suivant l’ordre chronologique des événements, ou pas. Certains récits utilisent des analepses ou/et des prolepses :

 

- analepse : retour en arrière, souvenir. Un repère temporel est nécessaire pour que le lecteur se situe dans le temps.

« Là, dans ce rêve éveillé, une lucidité étrange lui fait sentir qu'il n'a pas le choix. Un petit garçon traverse l'écran noir. Image de la Grande Guerre, celle qu'il n'a pas faite. Le cheval est cerné par les hommes. Horizon en feu. Les Anglais pilonnent. Un fond de guerre que l'on n'entend même plus. »

(Les 4 secrets de l'abbé Brugard – Christian Vanlierde)

 

- prolepse : anticipation sur les événements, révélation de quelque chose qui se produira dans le futur.

« Des 45 occupants de mon wagon, quatre seulement ont revu leur foyer, et ce fut de beaucoup le wagon le mieux loti. » (Si c'était un homme – Primo Levi)

Brouiller la chronologie entretient le trouble et le plaisir du lecteur. Cette technique est utilisée souvent dans les romans policiers et fantastiques.

 

La durée :

On joue sur la vitesse du récit de plusieurs façons :

- La scène : le temps du récit est égal au temps de l'histoire, on croit suivre les événements en temps réel, comme au théâtre. Le texte raconte de façon détaillée ce qui s'y passe.

 

- Le sommaire : récit condensé, résumé d'événements successifs.

« Il connut la mélancolie des paquebots. Les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages en ruines, l'amertume des sympathies interrompues. »

(Éducation sentimentale - Flaubert)

 

- L'ellipse : le récit saute une période plus ou moins longue en utilisant un repère temporel, tels que « le lendemain », « quarante ans plus tard », une phrase courte « Trois années passèrent. », etc.

 

- Le ralenti : Récit très dilaté d'un épisode bref, comme un baiser, un accident, etc.

 

- La pause : le récit s'arrête, laisse place à un commentaire ou une description. Permet de laisser « respirer » le texte. Le lecteur peut « sauter » la description et reprendre le texte là où recommence l'action.

 

La fréquence :

3 possibilités pour raconter un événement :

 

- On raconte 1 fois ce qui s'est passé 1 fois (récit singulatif) : Il prit le train à 7h.

- On raconte 1 fois ce qui s’est passé plusieurs fois (récit itératif) : il prend le train tous les jours à 7h.

« Longtemps je me suis couché de bonne heure » Proust, Du côté de chez Swann (incipit célèbre).

- On raconte plusieurs fois le même événement (récit répétitif) : un personnage rabâche, ou bien points de vue différents d’un même événement.

 

Le temps narratif ne se conçoit pas comme une horloge, l'écrivain en joue pour donner du sens à ses récits, éclairer un personnage, un événement.

LECTURE :

L’incipit de Le premier miracle de Gilles LAGARDINIER

 

SUJET D'ÉCRITURE :

Créez un personnage, habitant d'un village, qui attend fébrilement ou impatiemment ou anxieusement son courrier et raconter en utilisant l’analepse les événements qui ont conduit à cette attente.

 

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Publié dans #Les ateliers

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