LE REPAS

Publié le 11 Mars 2017

Description sensorielle...

***

Le feu ronfle dans la cuisinière à bois. Le chaudron fume. Les oignons, comme toujours, remplissent la pièce de leurs délicates effluves. Les tomates plus fragiles ne seront rajoutées qu’en fin de cuisson.

Les poivrons, courgettes, aubergines coupés en petits dés attendent dans un plat, recouvert d’un torchon impeccable.

La poignée de la lourde porte bascule et François entre en coup de vent. Les volutes qui s’élèvent au dessus du chaudron, s’enroulent autour de la chaînette de suspente de la cheminée ; il referme la porte. Un souffle d’air froid se glisse dans le refuge.

Michel attentif à la cuisson, fait la grimace. Toujours pressé celui-là! François enchaîne déjà :

-Bon ! Dis-moi, tu es prêt ? On doit partir après le repas. J’ai préparé les skis et le temps à l’air de tourner, tu t’en es rendu compte non ?

-Oh là ! Oh là ! Du calme François ! Chaque chose en son temps. Maintenant, je prépare le repas, c’est une chose sacrée, tu as l’air de l’oublier ! Alors on se concentre sur le repas, la descente on en parlera après ! Il termine par :

-Ah, ces intellos !

-Quoi, ces intellos ! Tout ça parce que je suis toujours avec un livre ? Oui, d’accord, je …

François arrête sa phrase, il vient de se rendre compte subitement du parfum des oignons qui rissolent ! Son œil glisse vers l’assiette de légumes prêts à être cuits. Quelles belles couleurs, en effet …

Il veut renchérir sur la descente, mais le regard de Michel l’arrête net. Il plonge sa main dans le plat en attente et croque une carotte coupée, ferme, savoureuse. Il décide de s’asseoir près du foyer et surveiller les gestes de Michel tout à sa préparation.

-Tu ferais mieux de dresser la table, ça t’occuperas !

François ne se fait pas prier. Il ouvre le grand buffet, en sort une nappe à carreaux et d’un geste brusque et adroit envoie le tissu qui se dépose en douceur, comme par enchantement, sur la grande table. Il en caresse le chêne, ajuste le tissu, dépose assiettes et couverts.

Michel rajoute les légumes préparés. Avec sa cuillère en bois il tourne, goûte, rajoute un peu de thym, une demi gousse d’ail, un zeste de laurier, goûte encore, touille. Ses narines dilatées sont le baromètre de sa composition. Ses papilles le guident avec sûreté dans cette fragrance de saveurs. Une odeur trop acide, un crissement trop prononcé dans le chaudron, aussitôt, il déplace le récipient, ouvre la petite porte du foyer et remue les bûchettes. La cuisson prend forme … Enfin, le plat lui semble terminé. Il peut rajouter les feuilles de ce basilic si fragile. Le feu doux parachève la cuisson.

-Bon ! Je crois qu’on peut passer à table. La descente on pourra toujours en parler, mais si je peux me permettre : apprécie quand même ce que je vous ai préparé. Tu sais la cuisine c’est comme une belle fille qui passe prés de toi, si tu prends le temps de l’observer, de te laisser porter par ce qu’elle t’inspire, c’est une partie du bonheur que tu vis là. Cuisiner c’est un peu la même chose. Préparer, surveiller, améliorer, partager ce qu’on a créé, le mettre à disposition de ses invités c’est une autre partie du bonheur, tu comprends ça ? Et il continue, Toi tu aurais tendance a toujours anticiper, penser a autre chose, je me trompe ?

Le groupe arrive, dépose raquettes, sacs et piolets, s’installe. On parle déjà du retour. Le brouhaha s’impose.

François installé à côté de Michel ne dit plus rien. Il déguste le plat en soufflant sur sa fourchette, il apprécie vraiment, puis avec un sourire,

-Oui ! Tu as toujours une longueur d’avance sur moi ! C’est toi qui es dans le vrai, et c’est moi que tu qualifie d’intello ?

A l’extérieur, on aperçoit par la fenêtre quelques lourds flocons qui commencent à tomber.

Rédigé par Gerald

Publié dans #Divers

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