CHAPITRE I : ATTENTE ET SUSPENSE

Publié le 3 Juin 2017

Premier chapitre du "roman collectif" de l'atelier d'écriture AnimaNice Bon Voyage, avec la synthèse des deux premiers épisodes présentant les personnages.

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CHAPITRE I

 

ATTENTE ET SUSPENSE

 

 

Summertime - Edward Hopper

 

Un jour, un tranquille village connut pendant un temps une singulière agitation. Des personnages hétéroclites semblaient s'être donnés rendez-vous. Intrigué par cette affaire, l'atelier d'écriture AnimaNice Bon Voyage décida d'enquêter. Chaque membre de l'atelier se chargea d'un personnage et en rapporte ici l'histoire.

Les personnages se succèdent par ordre alphabétique.

 

Tout a commencé par l’attente d’un courrier...

 

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AMANDINE

 

Onze heures et demi passé, et toujours pas de facteur ! Amandine, une femme mince, la cinquantaine passée, quelques cheveux gris cachés sous une coloration blond cendre, n’arrête pas de regarder la pendule, puis de se diriger vers la fenêtre. Un SMS lui avait indiqué qu’un colis Chronopost devait arriver ce jour, entre 8:00 et 11:00 heures. Il contenait certainement son nouveau passeport, elle n’attendait rien d’autre.

Comment avait-elle pu se laisser entraîner dans une histoire aussi folle ? Vendre son passeport pour le déclarer ensuite volé ! Elle s’était trouvée dans une situation financière difficile. Sa fille, enceinte, abandonnée par le père de l’enfant, était à l’autre bout du monde, sans travail, sans ressources. Elle-même, au chômage depuis presque un an, avait juste de quoi subsister. De toute urgence, il fallait trouver de quoi payer le billet d’avion de sa fille. Elle s’était confiée à une amie, Marianne, espérant secrètement que cette dernière lui prêtera l’argent nécessaire, ou se portera au moins caution auprès de la banque. Mais non, Marianne lui parla du trafic de papiers, affirmant qu’un passeport comme le sien vaudra certainement vers les cinq mille euros, de l’argent facilement gagné. Amanda en convenait.

Marianne s’occupa de la transaction. Amanda ne s’était jamais douté que son amie avait des compétences dans ce domaine, qu’elle connaissait des gens auxquels on pouvait s’adresser. Quand Marianne lui avait remis les cinq mille euros, en espèces, Amanda avait posé des questions sur la nouvelle propriétaire de son passeport. Marianne l’avait regardée un moment, puis lui a dit : moins tu en sais, mieux c’est pour toi. On dirait une réplique de cinéma, pensa alors Amanda. Marianne ne lui donna pas d’autres explications.

Grâce à l’argent, elle avait pu faire revenir sa fille. Elle était contente de la revoir, de la trouver en bonne santé, même si, dans un premier temps, sa fille n’avait pas trop le moral. Amanda cherchait à discuter avec elle pour en connaître la cause. Ses moments de tristesse, étaient-ils dû au fait que son compagnon l’avait lâché ? Était-elle encore amoureuse de lui ? Avait-elle l’impression d’avoir gâché sa vie, se sentait-elle en situation d’échec ? La fille ne se confia pas, mais, à l’évidence, la sollicitude de sa mère lui faisait du bien. Puis, la grossesse se passait bien. La perspective d’être bientôt Grand-mère comblait Amanda de bonheur, bonheur qui a déteint, petit à petit, sur sa fille qui devenait de plus en plus joyeuse, comme elle l’était avant son départ pour ce voyage aventureux. Amanda avait maintenant la certitude d’avoir pris la bonne décision en vendant son passeport.

Elle avait ensuite demandé un nouveau passeport, déclarant le sien perdu. Ce n’était qu’une formalité, mais, n’étant pas habituée à ce genre de combine, elle était inquiète, terrorisée par moments, et, malgré les paroles rassurantes de Marianne, craignait que la supercherie soit découverte et elle jetée en prison.

La sonnerie retentit à 11:48. Elle ouvre la porte, le préposé de la Chronopost lui remet une enveloppe. Il faut signer ici, lui dit-il.

 

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ERIC

 

Par un concours de circonstances malheureux, Eric a rompu avec sa dernière petite amie.

Il l'a rencontré à Sclos de Contes, mignonne un peu fofolle, mais bon elle a jeté son dévolu sur lui.

C'est vrai que en y repensant, Sandra traînait toujours avec de drôles de gens, mais Eric était amoureux.

Elle habite une caravane avec ses parents. Un jour cette dernière lui dit :

- J'ai donné ton adresse à une copine d'enfance qui a eu des problèmes de drogue, rien de grave, mais mes parents ne l'aiment pas, acceptes tu que sa lettre arrive chez toi ?

Quelques semaines se passent pas de courrier, mais 1 paquet, puis 2 adressés à Sandra.

Un jour, le jeune homme rentre chez eux ( car entre temps elle a emménagé avec lui ) quelle est sa surprise de voir la police en sortir.

- Que se passe t il demande Eric ?

- Il y a longtemps que nous surveillons ce groupe de jeunes, impliqués dans un trafic d'objets d'art, des statuettes chargées de drogue, répondit l'officier de l'ordre, vous étiez au courant ?

Le jeune homme tombe des nues.

En fait ajoute le policier, tout le village est au courant, voue êtes un gentil garçon, trop gentil et le groupe en a profité.

Aujourd'hui Eric se remémore cette histoire, qui s'est déroulée dans sa jeunesse.

L'expérience fait la force des choses et des sentiments à venir, c'est en faisant des erreurs que l'on apprend...

Maintenant le jeune homme est avocat en pénal, son passé lui sert à être objectif.

Un jour qu'elle ne fut pas sa surprise en traitant son dernier dossier, Sandra et ses acolytes, sortis de prison récemment ont recommencé leurs exploits, mais à échelle nationale.

La jeune femme est toujours aussi belle, son sourire angélique... ses complices ont pris de l'assurance, le procès s'annonçant difficile il aura lieu en huit clos, de tout évidence les preuves sont là. Des journalistes se tiennes en bas du Palais de Justice, car un parent du Maire de Châteauneuf est impliqué.

L'audience est remise plusieurs fois, mais le procès se finalise sans heurt.

La jeune femme est émue de revoir Eric et interrogée seule avoue les noms de ses complices, cela étant à sa décharge elle n'écope que de quelques mois de détention.

Un jour alors qu'Eric installé dans un cabinet d'avocats de groupe, ne pense plus du tout à ses démêlés avec Sandra et son groupe, une lettre arrive à son domicile, une certaine Aurélie s'inquiète de ne plus avoir de nouvelles de son amie Sandra, la lettre date de 3 ans.

Bizarre, pense t il c'est l'ancienne copine que les parents de cette dernière n'aimaient pas.

Encore une histoire de stupéfiants ou autres magouilles. Il jette la lettre dans la poubelle de son bureau.

Le temps passe, puis un jour occupé par un dossier compliqué d'adultère, de divorce, un nom apparaît celui de l'expéditrice de la fameuse lettre, Aurélie, de son mari et de sa maîtresse Sandra

Une certitude se dessine à l'horizon, le passé de maître Eric va ressurgir malgré lui. Il propose à un de ses collègues de prendre en charge ce dossier, mais ce dernier refuse, déjà surchargé de travail .

L'avocat ne se doute pas des manigances et des rebondissements sentimentaux et juridiques qui vont à nouveau bouleverser sa vie.

Le dossier, les convocations, les confrontations des différents partis, ne s'avéraient pas de bonne augure, faisant renaître des sentiments contradictoires dans sa tête.

Aurélie s'est mariée, sans être sortie du milieu de la drogue et par malheur a épousé un homme" charmant" qui au fil du temps l'a prostitué.

Drôle d'histoire, mais que vient faire Sandra! Par un concours de circonstances, il apprend que cette dernière ( son ancien amour ) , a rencontré Alain, le mari de son amie Aurélie, celui ci lui fait croire qu'il est célibataire, leur relation se concrétise et Alain continue à mener une double vie.

Un jour à la piscine municipale du village les deux amies se rencontre par hasard , elles sont contentes de se retrouver.

Leur complicité est un bonheur et un malheur pour la suite des évènements.

 

***

GÉRARD

 

En ce mercredi d'avril, assis dans son fauteuil, il regardait ce bout de rectangle blanc sur lequel, une main inconnue avait écrit son nom et son adresse. C'était le facteur qui lui avait apporté il y a de cela une heure. Dans la solitude de sa maison, il n'osait ouvrir cette lettre . Dans sa tête mille questions se bousculaient. Est- ce le résultat du concours? Il se revoyait entrain de répondre aux questions qu'il trouvait dans son journal télé de chaque semaine. Avait-il gagné ce voyage de rêve aux Antilles ou était-ce la réponse de l'éditeur pour son manuscrit, son premier roman policier ?

Il se mit à rire en se rappelant qu'il se voyait "grand prix du jury pour une première œuvre".

 

Gérard, ancien fonctionnaire aujourd'hui à la retraite vivait seul dans sa maison héritée de ses parents. La soixantaine grisonnante, Gérard était un passionné des mots, des couleurs, de la vie et sa principale activité de la semaine, c'était de participer à l'atelier d' écriture animé par Mado, la bibliothécaire du village. Le reste du temps, il peignait avec plus ou moins de talent des tableaux de fleurs et d'animaux.

 

Devant cette enveloppe, Gérard était comme un enfant devant une vitrine de Noël. Au comble de l'excitation, Il prit dans le tiroir de son buffet son coupe papier. Quand la pointe commença à déchirer l'enveloppe, Gérard sentit battre son cœur. Dans le silence de la pièce, on entendit le crissement du papier qui se déchire. La réponse était la sous la forme d'une feuille blanche pliée. Ses main se mirent à trembler:

" Ridicule, se dit il, tu n'es plus un gamin. Allez ouvre, ce n'est qu'une feuille!"

Gérard déplia la feuille et la posa sur la table. Il commença à lire à haute voix :

"Monsieur , nous avons le plaisir de vous faire savoir qu'un technicien de l'isolation viendra vous rendre visite le jeudi 13 avril."

D'un seul coup le monde s'écroula. Ce n'était pas la lettre tant attendue. Déçu, il s'enfonça dans son fauteuil. Pendant un instant il voulut s'isoler du monde. La sonnerie du téléphone le sortit de

sa torpeur. C'était Mado qui lui rappelait de venir à l'atelier. Depuis toujours elle l'encourageait à persévérer dans l'écriture, au moins une qui croyait en lui. L'atelier était pour Gérard un instant de bien être où il fuyait la monotonie du quotidien. Il faut avouer que ce village était sans histoire.

 

Ce lundi là Gérard doutait de lui, il n'avait toujours pas reçu de réponse. Le facteur levait désespérément les bras au ciel pour lui dire "Toujours rien". C'est en passant devant la librairie que son esprit fut attiré par le titre du journal.

QUI est l'auteur du grand prix du jury?

 

Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Il se précipita pour acheter le journal et fit demi tour le journal sous le bras pour essayer de comprendre pourquoi un tel mystère. Le journaliste mentionnait que le prix avait été accordé à une personne dont on ignorait le nom. Comment pouvait on accorder un prix sans connaitre l'auteur? L'article lui donna, en partie, les réponses. Le jury à l'unanimité avait accordé le prix à la lecture d'un roman. Mais les feuillets sur lesquels étaient écrit le nom de l'auteur s'étaient égarés dans les différents services de la maison d'édition. Devait il téléphoner? Et si ce n'était pas lui! Dans la tête de Gérard se bousculaient mille questions. Lui, le petit fonctionnaire, avoir un prix littéraire lui semblait présomptueux. Et pourtant, il fallait en avoir le cœur net. "Ils finiront par retrouver les feuillets disparus" se disait-il. Enfoncé dans son fauteuil, il téléphona à Mado, pour lui expliquer la raison de son absence et en même temps lui demander conseil. Elle lui répondit: " Je vais voir ce que je peux faire, t'inquiète pas, je te rappelle.

 

Combien de temps dura l'attente, la pendule du salon égrenait les secondes qui lui semblait des heures. Il était vingt heures, quand le téléphone sonna. Fausse alerte, c'était le technicien qui lui confirmait le rendez-vous du lendemain. Gérard commençait à se raconter des histoires, quand Mado rappela. Alors lui dit-il anxieux!

Elle lui répondit: " désolé mon cher Gérard "

Quoi! ce n'est pas moi?

"Non! il ne donne pas de renseignements par téléphone, il faudra que tu leur écrives et ils te répondront"

Bien, répondit Gérard, je vais le faire de ce pas et j'attendrai le passage du facteur et leur réponse.

 

***

JANE

 

Une petite maison basse, juste avant le virage pour le centre-ville. Un portail en bois toujours ouvert, une allée de gravier fin menant à la petite terrasse.

Elle s'assoit chaque jour sur une chaise en rotin posée devant la porte d'entrée.

Jane prend le soleil, regarde la rue, le monde, guette la vie ou ce qu'il en reste. Un corps recroquevillé. Ses jambes sont faibles, ses yeux fatigués, une silhouette fragile au frisson de l'automne.

Vingt années qu’elle vit recluse dans ce petit village vendéen, St-Benoist.

Quarante ans plus tôt, c'est pour les vacances d'été qu'elle était venue pour la première fois avec son mari et sa fille. Fuir Paris pour des plage de sable fin, troquer la montée quotidienne des escaliers contre une maison de plain-pied, s’irradier de soleil, loin du vieux logement mansardé, en bordure de la capitale.

Elle aime se baigner, Jane, tremper d'abord les pieds, prendre la température, puis tenter une brasse timide, la tête frileusement hors de l'eau.

Ray, son mari, préférait la pêche en montagne, quand on peut taquiner la truite ou le goujon dans les rivières sauvages.

Leur fille Jade avait joué l'arbitre, privilégiant la mer, le soleil, et surtout les boîtes de nuit écumant les villages alentours. Engouffrée dans la frénésie disco des seventies, la jeune ado se trémoussait volontiers sur la voix suave de Donna Summer ou Barry White. Puis rentrait à vélo tard dans la nuit, épuisée et heureuse, en traversant une vaste forêt dont les ombres sinistres l'accompagnaient jusqu'au bercail .

Le soir du 15 août 77, les choses ne s’étaient pas passées comme prévu. Le bal des pompiers s’était éternisé, et Jade avait senti son cœur s’emballer dans les bras de Julien, un jeune coiffeur des environs. Le temps semblait s’être arrêté.

 

Ce matin Jane est inquiète. Elle plisse les yeux, fait craquer ses mains. Ses articulations l’ont toujours fait souffrir. Et le temps n’arrange rien. Le médecin s’est lassé de poser des questions. Jane est avare de paroles comme de sourire.

Depuis le décès de son mari, elle se tasse sur son fauteuil ou sa chaise, tricote ou feuillette un magazine, pose son regard sur l’horloge de la cuisine.

Elle attend le passage du facteur. Avec l’aide à domicile qui lui apporte son repas et ses médicaments, ce sont ses seuls liens à la vie.

 

Le crissement du gravier la met en alerte, lui fait plisser les yeux. Le fil de laine arrête son cheminement entre les tiges métalliques, comme dans l'incertitude de l'ouvrage à venir.

Jane pose son tricot, tente péniblement de se lever. Qui peut venir à cette heure, quand la vie est comme suspendue à la chaleur moite ? Serait-ce l'aide à domicile, pour une douche relaxante et un brin de ménage, la préparation d'une recette sans gras ni gluten, comme le médecin lui a recommandée ? ou bien le voisin, venu tailler la haie, qui pousse comme du chiendent et l'empêche de surveiller le monde ? ou encore peut-être le boulanger qui fait le tour de toutes les masures pour proposer pain spéciaux ou gourmandises ? Non, elle le sent, elle entend comme en rêve la voix de Victor, le facteur.

 

Une lettre, le fil de sa vie, pas un rappel de la banque, traité par le mépris ou l'ignorance... ni une facture supplémentaire, déposée sans un regard sur le buffet de la cuisine. L'air est lourd, très lourd.

Les semelles semblent se jouer de son attente, et font vibrer son cœur comme un archet désaccordé.

 

Jane est debout, elle avance dans la pénombre du salon aux relents d’encaustique. Un pas après l'autre, elle glisse vers l'entrée, tente d'accommoder ses yeux. Sa main cherche la poignée, le corps vacille un peu... ça y est. Le regard perce enfin la vitre. Elle se fige, laisse tomber sa canne sur le carrelage, comme un soutien dépassé.

 

***

LOUIS

 

Descendu très tôt de mon hameau perdu dans les ruines d'un très ancien village prospère au Moyen Âge, je m'impatiente, le facteur étant encore en retard. Ah ! Ces jeunes, plus aucun respect pour les anciens. Bon sang, pour ne pas dire autre chose, j'ai promis au maire de servir de guide à quelques randonneurs. Déjà une demi-heure qu'ils sont partis. Je leur ai bien donné quelques consignes élémentaires : suivre les chemins balisés, rester groupés. En cas de doute sur le chemin à emprunter, s'en référer à l'âne, le suivre sans le perdre de vue, car c'est lui qui transporte les provisions…

 

Cette lettre que je n'aurai encore pas aujourd'hui ! Je ne peux plus attendre. Il faut que je rejoigne au plus vite le groupe, surtout qu'il y a un torrent à traverser. Les derniers orages en haute montagne ont du grossir le débit d'eau, et il peut y avoir danger. Je pars donc d'un bon pas et que vois-je arriver dans ma direction ? Le facteur ! Non, mon âne tranquille broutant quelques chardons. Aucun signe des randonneurs. Fixée à la selle, une feuille de papier sur laquelle est écrit: votre âne est une mule, il ne veut plus avancer, nous allons traverser à guet.

 

Ils sont fadas, il n'ont même pas vu la passerelle. J'attrape mon âne par la bride et tiens, je me roulerai bien une cigarette. Pas facile avec le vent, le tabac s'envole avant d'avoir pu coller le papier. Une petite demi-heure après, je peux enfin l'allumer. J'ai presque envie de redescendre au village, le facteur sera peut être passé. J'ai hâte de savoir si je suis toujours militaire ou civil. Toutes ces dernières années je n'ai plus reçu ma solde, mes parents adoptifs plus un gorgeon à s'envoyer derrière la cravate, les pauvres.

 

Mais aujourd'hui, ces touristes sont peut être mon jour de chance, si je les retrouve ! Ils sont dix, il faut que j'en ramène au moins neuf. Dans l'armée nous avons droit à dix pour cent de perte. Je marche, je marche, et je ne les vois pas... Mais ou est donc passé mon âne ? Quel con je fais, je l'ai oublié attaché à l'arbre. Que dois je faire ? Parer au plus pressé : récupérer les randonneurs ou retrouver mon âne ? Cruel dilemme… Une petite cigarette m'aidera à prendre la bonne décision.

 

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LUCIE

 

Le clocher de l’église sonne onze heures. Accoudée à la balustrade de son minuscule balcon, Lucie guette le facteur. Depuis le premier étage, en se penchant un peu, elle peut le voir remonter la rue principale du village, tourner devant la boulangerie avant d’arriver devant sa maison. Il ne devrait plus tarder à présent. Le colis doit être livré aujourd’hui. Ça tombe bien, c’est le jour de fermeture de son café-restaurant. Elle aura tout l’après-midi pour examiner l’objet. Ses mains tremblent d’impatience. A quarante ans, elle se sent aussi excitée qu’une gamine de quinze ans à son premier rendez-vous. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’elle commande un bijou ancien. Le tiroir de sa commode en est rempli. Les vieux bijoux, c’est sa passion à Lucie. Elle chine dans les brocantes ou sur les sites spécialisés. C’est en navigant sur l’un d’eux qu’elle a reconnu la broche. Une broche en argent en forme de lemniscate avec une perle bleue ; sa mère avait la même.

 

Elle l’épinglait souvent sur une écharpe ou un châle. Bijou fascinant ! Lemniscate, symbole de l’infini… La perle posée tout en haut d’une boucle, prête à dévaler le ruban... à l’infini. Enfant, elle y voyait la Terre roulant sur une route de l’Univers pendant que sa mère, déesse toute puissante, harmonisait les mondes. A sa mort il y a dix ans, Lucie, fille unique, a hérité de l’appartement et tout ce qu’il contenait, bijoux compris, mais la broche et son écrin avaient disparu depuis longtemps, oubliés par sa mère dans un hôtel de vacances et jamais retrouvés.

Alors, lorsque le bijou a surgi sur l’écran de l’ordinateur, son cœur a fait un bond. Elle l’a comparé avec celui immortalisé sur de vieilles photos, avec celui accroché à ses souvenirs, il paraissait identique. L’image sur le site de vente ne présentait pas le verso de la broche mais Lucie se souvient encore de la trace du poinçon, juste à la croisée des deux boucles, avec sa légère boursouflure, un peu sombre. Sa mère lui racontait que c’était la lune qui se cachait au revers de l’infini. La jeune femme n’a pas oublié la sensation granuleuse que la minuscule aspérité provoquait sous l’index. Il lui tarde de voir arriver le facteur pour enfin examiner le bijou et qui sait… peut-être retrouver enfin la broche maternelle.

 

Cliquetis de pédale dans la ruelle ; le vélo jaune apparaît devant la boulangerie. La jeune femme se précipite, dévale l’escalier, arrive sur le pas de la porte en même temps que le facteur. Celui-ci extirpe de sa sacoche une enveloppe beige, la tend à Lucie qui la saisit et remonte chez elle aussi rapidement qu’elle en était descendue, dépose l’enveloppe sur la table basse du salon, respire en un grand soupir, s’étonne de l’émotion qui l’habite. De l’impatience certes, mais pas que… quelque chose… impossible à définir…. Voyons, ce n’est qu’un bijou, se dit-elle. Même s’il s’avère être celui de ma mère, pourquoi suis-je si bouleversée ?

 

L’enveloppe beige attend sur la petite table. Délicatement, Lucie décolle le rabat. Ce bijou cogne dans sa mémoire comme s’il voulait libérer un souvenir oublié. Du moins, c’est l’impression qu’elle ressent en ouvrant le colis. Elle est loin d’imaginer dans quelle histoire la broche à la perle va la propulser. Au fond de l’enveloppe, une boîte en velours rouge... Comme celle de sa mère… Picotements dans la gorge… Lucie soulève le couvercle. Couchée sur le satin jauni, la broche lemniscate à l’argent terni, la perle bleue posée là, en haut de la boucle. Examen minutieux de l’objet. Les sensations perdues de l’enfance remontent au bout de ses doigts. L’index accroche le poinçon au dos du bijou, la minuscule lune cachée sur un revers d’infini. La jeune femme en est sûre : c’est bien la broche de sa mère qui, miraculeusement, lui est revenue.

 

Elle la contemple, émue, quand son attention est attirée par l’écrin. Du coussin de satin jauni dépasse un morceau de papier. Lucie extirpe le billet de sa cachette, le déplie. Une écriture serrée court sur tout le feuillet ; ce que Lucie y déchiffre va bouleverser le cours de sa vie.

 

***

RÉMY

 

Tout avait commencé, il y a dix jours…

Rémy Taillade était occupé à bichonner les rosiers de son jardin.

Les gourmands avaient été coupés. Les branches sèches sectionnées. Les mauvaises herbes arrachées. L’engrais soigneusement réparti au pied de chaque plant. Il se dirigeait vers la treille et portait tous ses soins vers cette espèce grimpante et ses greffes réalisées récemment qui attiraient tant de compliments.

Sa vielle maison restaurée, surplombant le village Médiéval de Saint-Cirq-Lapopie en bord de Lot lui permettait de marier douceur de vie et travail à distance.

L’ordinateur, fée du XXIe siècle avait supplanté l’électricité fée du XXe. Son poste de chercheur au C.N.R.S. spécialisé dans l’étude des civilisations et ordres du moyen âge disparus l’autorisait à s’échapper de la capitale le plus souvent possible.

L’aérodrome de Rodez à proximité facilitait grandement son rêve de vivre à la campagne dans un environnement de grande qualité propice à ses réflexions.

Au village les commerçants le voyaient arriver avec le sourire. Abondante chevelure, silhouette longiligne, souvent dans la lune, son attitude s’apparentait un peu de celle du professeur Tournesol. Mais sa stature musclée ne le rapprochait pas physiquement de ce personnage de bande dessinée.

Une référence en son domaine. Ses ouvrages souvent salués par la presse spécialisée, mais pas seulement, le public aussi était au rendez vous de ses conférences. Ses publications se vendaient bien…

Le téléphone sonnait depuis un moment lorsqu’il en prit conscience.

Son épouse avait décroché le combiné et depuis la terrasse surplombant le jardin, l’interpellait :

-C’est pour toi, le Conservateur du patrimoine régional de Rodez !

Rémy s’empressa de remonter de sa roseraie et s’installa à son bureau.

-Oui Paul, excuse-moi mais j’étais occupé avec mes fleurs !

-Ah ! Tes rosiers ! Je comprends très bien car je fais partie de tes admirateurs inconditionnels ! Dis-moi, pourrais-je te distraire de ta passion de jardinier ?

Sans attendre de réponse, il continua…

-Des ouvriers ayant démoli une ruine pour la réalisation de l’élargissement de la voie de contournement de Vézins de Lévézou ont découvert une sorte de parchemin partiellement lisible et j’aimerais avoir ton avis…

-Ah !…ça m’intéresse ce que tu viens de dire, demain dans la matinée ça ira ?

-Très bien, répondit le Conservateur, disons 10 Heures dans mon bureau.

Il raccrocha et resta rêveur à sa table de travail, ça faisait bien longtemps qu’on n’avait pas trouvé de document écrit dans la région. Autant les vielles pierres ne manquaient pas, autant un écrit ayant traversé les ans l’interpellait. On verra ! Il regrettait déjà d’attendre au lendemain…

Il rejoignit sa treille pour continuer ce qui avait été interrompu.

Paul Albagnac, la cinquantaine flamboyante était un homme de décision. Lorsque le besoin se présentait, il arpentait avec assurance les bureaux de toutes les instances dirigeantes du département, de la région et au-delà si nécessaire, pour trouver des financements par ci, des arrêtés de sauvegarde par là afin de sauver ce qu’il appelait « l’âme de notre pays ».

Sa passion du vécu de cette belle région l’avait conduit à la direction du Patrimoine et tout l’intéressait, aussi bien un tesson de poterie, qu’une arche découverte lors d’une démolition dans la vieille ville ou une peinture sur le mur d’une chapelle lors d’un ravalement.

Dans ces cas là, les portes s’ouvraient facilement face à sa détermination.

S’il avait pris la décision d’appeler Rémy, c’est que le document découvert méritait qu’on s’y attarde…

 

Le planton de service à la préfecture de Rodez surveillait du coin de l’œil ce chevelu qui avait refusé de s’asseoir, préférant regarder par la fenêtre les flèches vertigineuses de la Cathédrale toute proche.

Arrivé avec une demi-heure d’avance à son rendez vous Rémy attendait.

Il ne pouvait s’empêcher de se remémorer l’épopée des bâtisseurs de Cathédrales.

L’étude des plans régulateurs des plus grands bâtiments faisait clairement ressortir les lois harmoniques traditionnelles Grecques adaptées au Roman.

Quand au Gothique et ses voûtes en arcs brisés où un coup de marteau provoque des vibrations identiques à une corde d’instrument de musique ! Quelles tensions !

La science de résistance des matériaux ne suffit pas, l’imagination et la prise de risques était bien présente dans cette conception…

La porte du bureau du Conservateur s’ouvrit et Paul Albagnac s’approcha de Rémy en lui tendant la main :

-Alors toujours dans tes rêveries Rémy ?

-Pas tant que ça, Mr. Le Conservateur, pas tant que ça, j’essaye toujours d’imaginer les solutions qui ont été mises en œuvre lors de telles réalisations ! Dit-il en désignant par la fenêtre les flèches de la cathédrale.

-Je comprends bien ce langage, répondait Paul, mais associé à une dose de raisonnement logique tout de même…Dis moi, tu peux éviter de m’appeler « Mr. Le Conservateur », nous travaillons tous les deux pour les mêmes choses, dit-il en fermant la porte de son bureau et en indiquant de la main un fauteuil à Rémy.

-Oui je sais, je plaisantais, mais tu sais on commence seulement à se rendre compte que ces monuments ont été construits selon des données scientifiques pas encore toutes repérées.

-Certes je connais ta théorie et Dieu sait si elle est convaincante, mais aujourd’hui ce qui m’a fait t’appeler est la découverte d’un document bizarre, peut être de l’époque des Templiers !

-Ah !…l’affaire des Templiers…Triste affaire !

-Oui, le document que l’on m’a amené me fait penser que dans notre région certaines « choses » ont dues être mises à l’abri !

Sur ce il revêtit des gants de latex, en tendit une paire à Rémy et déploya un document d’environ 30 x 40 cm très dégradé ainsi qu’une pelure de cylindre rouillé lui ayant servi de coffre.

-Effectivement, ça ressemble à première vue à un parchemin…

-Oui très abîmé, répondit le Conservateur, on distingue au microscope laser quelques signes caractéristiques en haut à gauche et dans le texte…enfin ce qu’il en reste…une référence à une croix …existante sur site peut être, ainsi qu’un vague croquis ?

Après un court silence permettant à Rémy de prendre conscience des détails, le Conservateur continua :

Il faudrait le faire expertiser au carbone 14, tu pourrais demander à ta direction ?

Rémy observait attentivement le parchemin qui semblait vouloir mettre en valeur des points de repère. Il releva la tête et son regard devait être suffisamment interrogatif car Paul reprit la parole :

-Ce document a été trouvé enchâssé dans les maçonneries d’une ruine rongée par les ronces. Des ouvriers du génie routier occupé à l’élargissement de la voie de contournement de Vézins de Lévézou l’on découvert en triant les déchets.

Ils ont hésité à me le remettre, m’ont-ils dit, car ils craignaient que je ne prenne la décision de stopper les travaux !

Une journée sur place avec l’aide d’une pelle mécanique m’a permis de constater qu’il n’y avait rien d’autre à espérer de cette masure !

-Oh…le paysage a du tellement changer depuis. Cette ruine était certainement en plein champ à l’époque.

-Peut être… en tous cas je t’en ai fait une photocopie agrandie et j’aimerai avoir ton avis. Les Templiers dans notre région, comme tu le sais, avaient de sérieuses implantations.

Rémy prit congé du Conservateur, mais déjà son imagination lui indiquait quelques pistes…

Un aller-retour au siège du CNRS à Paris en était une. Il leur avait laissé l’original et conservé une copie du parchemin. Il attendait avec impatience le passage du facteur et la réponse de son siège.

...

RÉMY

(L’oubliette)

Bernadette Aubignac a gagné un arbuste de petite taille, mais de grande souche lui a-t-on précisé. Une consolation ! Une flûte de mousseux à la main, elle contemple le premier prix que l’on vient de lui remettre. Inscrite au Loto par son amie Lucie, la patronne de « L’Auberge des Remparts », elle fait contre mauvaise fortune bon cœur. Elle n’est pas venue pour cela. Enfin ! Ce n’est pas aujourd’hui qu’elle trouvera l’âme sœur…

-Qu’est ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? réfléchit-elle, songeuse face à ce poivrier.

La soirée se termine. Les participants quittent les lieux, Bernadette remercie les organisateurs et prend la direction de sa maison. Le poivrier embarqué dépasse du coffre de sa voiture.

Ah ! Lucie et ses idées ! Lucie, son amie de longue date, tient vraiment à s’occuper de Bernadette.

-Ne désespère pas, lui disait-elle. Un beau brin de fille comme toi, je ne comprends vraiment pas !

Bernadette est chef de centre à la poste de Saint-Cirq-Lapopie.

Trente quatre ans et toujours personne dans sa vie. Son annonce sur « Meetic.fr » l’obsédait. Elle essaye de ne plus y penser et se concentre sur son travail.

Une équipe à faire tourner. Voilà cinq ans qu’elle avait été nommée à ce poste. Elle les connaissait tous ces employés avec leurs défauts et leurs qualités. Il y en avait un qu’elle évitait de croiser : le préposé du département courriers au rebut. Pas méchant ce Philippe, il fallait juste le remotiver de temps en temps. Ah ! Pour bouger, il bougeait ! Toujours les écouteurs de son portable aux oreilles à écouter des musiques que l’on entendait trois mètres à côté. Il passait son temps à déplacer des cartons d’un placard à l’autre. Elle voyait bien que les piles ne diminuaient pas ! Pourtant elle repoussait sans cesse l’idée de s’occuper de ce département. Comme s’il devait rester figé. Ne pas ouvrir la boîte de Pandore, on ne sait jamais. Aujourd’hui, elle prendra le temps. Toutes les lettres qui atterrissent ici, attendent que quelqu’un veuille bien s’occuper d’elles. Les déchiffrer, trouver un indice quelconque pour les remettre dans le circuit voilà la difficulté. Mauvaise adresse, pas de nom du destinataire, pas de ville mais un département, bref, toute la collection des distraits de la terre. Les lettres au Père- Noël on savait à qui les renvoyer, mais les autres ? Classées sans suite dans des cartons que personne n’ouvrait. On ne pouvait pas toutes les décacheter, quoique !

Bernadette ouvrit la porte du local affecté au courrier au rebut. L’employé tout au fond, dans une position stratégique qui lui permettait, tout en étant assis les jambes sur le bureau, de repérer tout mouvement intempestif, la repéra aussitôt.

Il se leva, prit un carton à ses pieds et le déposa avec force sur une table en soulevant une poussière qui n’avait pas été enlevée depuis un nombre de mois incalculable.

-Alors Philippe, où en est-on ? Est-ce que le stock diminue ?

Philippe surpris qu’on s’intéresse à ses placards, fit glisser ses écouteurs sur sa nuque et désigna une pile nouvellement posée.

-Ben ! Regardez, je n’ai pas terminé de ranger celle d’hier qu’on m’en dépose d’autres ! C’est fou ce que les gens sont distraits, non ?

-Je ne vous demande pas de les ranger, mais de faire en sorte qu’elles sortent d’ici. Ouvrez-les s’il n’y a que ça pour trouver une solution ! Je souhaite que ces piles diminuent sérieusement. Vous serez le premier félicité.

Bernadette prit en main une lettre qui glissait sur un tas écroulé. L’adresse partiellement effacée, par la pluie certainement, laissait apparaître un R et un S majuscule séparés par un point.

-Tenez, celle-là par exemple, ça me semble être un courrier adressé à notre chercheur du C.N.R.S. Ouvrez là et vérifiez. Vous n’aurez plus qu’à la proposer pour la tournée de demain !

Philippe, je compte sur vous pour m’éviter de passer commande de cartons de stockage qu’on ne sait plus où stocker, vous comprenez ?

Philippe regardait, l’œil vide, son chef et se demandait pourquoi cette tornade venait de traverser son univers immanquablement figé.

Il ouvrit la lettre indiquée. Rémy Taillade était loin d’imaginer ce qui allait lui être distribué.

***

SIMON

 

Le jour nouveau dévoilait un ciel bleu, cérulé encore, avant l’azur ; le soleil caressait la cime effilée, vert sombre, des cyprès qui gardent les murs du cimetière du vieux village ; en contemplant pensivement le décor depuis sa fenêtre entr’ouverte, si fièrement dressées, Simon laissa louvoyer l’idée récurrente de vieilles pierres à l’ombre de leurs gardiens sempervirents, résistant opiniâtrement de concert aux vents-loups qui battent si souvent les collines alentours et font ployer la garrigue sous leurs morsures.

A l’intérieur, dans une obscurité décalée par les volets fermés devant les autres fenêtres, la cafetière avait entamé la ritournelle du jour revenu : le café passait, tout en murmures, tout en soupirs, tout en effluves vagabondes ; le poste de radio diffusait des éclats de la cacophonie du monde qui lui donnaient envie d’écouter Anne Gastinel et Claire Dézert interpréter Schubert jusqu’à la chair de poule. Instants précieux et recommencés, suspendus entre ses nuits solitaires et l’effervescence du jour ; temps de respiration ralentie, plus profonde, avant le grand souffle des activités diurnes, la ronde des élèves, le ressac des cours, le poids des copies ; un temps flou, à contre-temps des heures sonnées et des cases toujours trop exiguës des agendas ; un moment à soi ; pour soi ; qu’il voudrait retenir à chaque matin revenu.

C’est lui qui poussa un soupir dans les derniers borborygmes de la cafetière, en secouant la tête comme pour s’ébrouer de ces bribes de pensées ; il emplit sa tasse du breuvage noir, dont le parfum, plus intense, sembla irradier simultanément en ondes de chaleur au creux de son estomac, et il lança un coup d’œil au minuteur du four micro-ondes pour jauger le temps restant avant de partir au lycée ; et estima qu’il pouvait bien encore s’attarder pour vérifier sur le site d’UPS.

Il posa sa tasse sur une pile de magasines, et donna une chiquenaude à la souris pour extirper l’ordinateur de sa veille – déjà un moment qu’il ne l’éteignait plus la nuit ; il s’assit face à l’écran, chercha le mail pour retrouver la référence du courrier, copia, colla dans la case idoine, et soupira ; le message, inchangé depuis deux jours, le replongea dans une incertitude sourde : « votre envoi est en cours d’acheminement ».

Il alla fureter sur d’autres sites de transports internationaux afin de s’enquérir des délais habituels de livraison entre la Suède et la France ; il fit des simulations, s’inquiéta d’un éventuel retard, vérifia une énième fois l’adresse qu’il avait indiquée - celle du lycée – au cas où une erreur se serait glissée depuis sa dernière consultation, et devant l’évidence, extrapola l’attente à venir encore.

Le Journal de 7h30 tira la sonnette d’alarme du temps perdu et à devoir rattraper pour ne pas être en retard au lycée.

Il remit à la hâte les vêtements de la veille, nonchalamment avachis sur l’accoudoir d’un fauteuil, jeta un coup d’œil désespéré à sa tasse toujours pleine mais froide, songeant à l’ersatz de café du distributeur de la salle des profs, et empoigna sa sacoche prête déjà, ou plutôt toujours prête faute d’avoir été ouverte, gorgée de copies non corrigées. En faisant faire un tour de cou à son écharpe, il songea à l’excuse à trouver si les élèves réclamaient leur travail, sortit son trousseau de clefs de sa poche et ferma sa porte plus brutalement qu’il ne l’aurait souhaité : dans le calme matutinal du vieux village, sous le regard effrayé du gros chat gris qui montait la garde chaque matin sur le pilier du portail de l’ancien menuisier, la porte claqua ; dans les vibrations sonores amplifiées par le silence environnant, ses pas résonnèrent sur les pierres de la calade, et il gagna sa voiture garée sur la place alors que son pouls commençait à s’accélérer.

Vingt ans déjà qu’il effectuait le trajet du village au lycée et retour, quatre fois par semaine… Vingt ans qu’il s’efforçait d’enseigner les subtilités historiques et géographiques du monde à des vagues d’élèves amollis ou survoltés par l’adolescence, angoissés par le bac ou par leurs parents angoissés par le bac. Au fil des ans et des programmes remaniés sans cesse ni exigence scientifique, ce temps passéà gagner sa vie lui semblait perdu par ailleurs, et même les rares questions de quelques élèves passionnés avaient fini par l’ennuyer plus qu’à le motiver. Il aurait pu s’attacher à compter les points sur sa grille d’avancement, espérant passer « hors classe » avant sa retraite, mais sa vraie vie était ailleurs.

 

S’il avait laissé en l’état plus ou moins, dans l’espoir toujours repoussé de les reprendre sérieusement un jour, ses recherches commencées sur les représentations du dragon dans les bestiaires médiévaux, son intérêt pour le Moyen âge ne s’était pas amoindri, au contraire. L’abandon de sa thèse, il en était convaincu, avait davantage tenu aux circonstances qu’à la moindre qualité de son projet, comparé à ceux des autres. Fils unique d’un pharmacien, il s’était efforcé de bémoliser la déception paternelle de n’avoir pas embrassé la même carrière et repris l’officine familiale - mais, résolument, si les sciences l’intéressaient, leurs formulations mathématiques relevaient pour lui de l’abscons le plus insondable - et s’était passionné pour l’histoire de la médecine et des pratiques médicales. Il s’était plongé avec autant de délices que d’intérêt dans les balbutiements médiévaux de la médecine occidentale dont les lueurs lui semblaient injustement étouffées entre les phares de l’Antiquité et les Lumières ; dans une effervescence intellectuelle soutenue par la création des universités dans l’Occident médiéval, les connaissances médicales antiques, grecques et latines rencontraient, par le truchement des médecins arabes et juifs, une soif de savoir qui précédait largement la Renaissance. Al-Andalus avait alors pris pour lui des allures d’âge d’or et son échec au concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure, qui l’avait conduit sur les bancs de la Sorbonne, avait aussi libéré un temps d’étude qu’il avait alors largement consacré à apprendre l’hébreu en complément du latin et du grec. C’est presque tout naturellement sur Maïmonide qu’il avait envisagé de travailler. Les semaines qu’il avait passé à élaborer son sujet, centré sur la période espagnole du grand intellectuel médiéval, s’étaient néanmoins avérées vaines quand il avait découvert, quelques jours avant de soumettre son projet, le dépôt d’un sujet de thèse, « Maïmonide, médecin, théologien, talmudiste et philosophe, double vie et vie d’errance, de Cordoue à Almeria », quasiment identique à celui qu’il s’efforçait de formuler. Ce fut à la hâte qu’il avait changé radicalement d’objectif, porté par la verve d’un jeune conférencier entendu quelques jours auparavant dans le cadre d’un colloque sur la collection de portulans de la Bibliothèque Nationale ; le chercheur y avait insisté avec fougue sur l’absence à ce jour de recherches sérieuses sur les créatures monstrueuses qui bordaient les marches du monde sur ces documents, comme sur tant d’autres. Le sujet sur lequel il avait alors envisagé de travailler, « La figure du dragon dans les bestiaires médiévaux du XIIe au XVe siècle : textes, images, symbolique » avait emporté l’adhésion de son directeur de thèse mais ne lui avait pas ouvert les cordons de la bourse du CNRS. En dépit de son intérêt croissant pour un sujet auquel il n’avait jamais songé auparavant, les nécessités financières avaient pris le dessus et, l’agrégation d’histoire en poche, il était parti faire de la coopération sous les tropiques africains en guise de service militaire avant de revenir, après quelques circonvolutions géographiques propres aux affectations de l’Education Nationale, enseigner « au pays ».

Professeur en collège, puis en lycée, il avait très vite dirigé, en marge de ses activités professionnelles, l’équipe bénévole des archives départementales à Avignon qui s’affairait à compléter puis diffuser plus largement le lent travail obscur des paléographes ; et adhéré à l’association Histoire et Images Médiévales, dont il était depuis devenu président, qui se donnait pour mission de promouvoir l’ensemble des savoirs sur le Moyen âge et ses acteurs en faisant le lien entre approche universitaire et histoire vivante. Sans avoir réussi à être normalien ni parvenir à intégrer le CNRS, il était devenu, petit à petit, un nom dans le petit monde des médiévistes du dimanche, d’abord ; puis au gré des patronages des actions culturelles d’associations de médiévistes, il s’était fait une place à la marge, qui le poussait parfois, quand le sujet s’y prêtait, aux portes des colloques internationaux, sur le même plan que des universitaires de renom.

En effet, des créatures fabuleuses, il avait tout exploré : des illustrations des enluminures aux descriptions dans des textes variés, des sculptures sur les bâtiments officiels ou religieux aux emblèmes choisis par certaines familles ou communautés ; il s’était familiarisé avec l’héraldique, la sigillographie et la vexillologie et avait étudié avec passion les subtilités du langage, comme le vocabulaire militaire où le dragon était, depuis le XIIe siècle, un étendard, puis par extension au XVIe siècle, un soldat de cavalerie. C’est en s’attardant sur des objets de la vie quotidienne – il songeait encore avec cette espèce d’émotion indéfinissable à la magnifique citole en bois doré, ornée de motifs floraux, que le British Museum conservait – que son intérêt avait peu à peu glissé ; et de l’étude des représentations de créatures, dont les progrès de la science attestaient aujourd’hui qu’ils n’avaient jamais eu de réalité biologique, Simon avait le sentiment d’être entré dans le monde de l’imaginaire, perçu alors comme un recours pour combler les déficits d’interprétation et de cohérence des observations quotidiennes et proposer des réponses aux questionnements foisonnants de la curiosité humaine : cosmogonie, théogonie, anthropogonie avaient fait la part belle à l’imagination créative des hommes pour donner sens au monde et s’organiser en sociétés ; ce souci d’interprétation s’était également attaché à tous les événements de l’existence, de la catastrophe naturelle aux malheurs quotidiens, structurant les sociétés humaines et façonnant leur identité : à leur manière, basilics, caladres, licornes, tarasques, serres, et bien entendu, dragons, rendaient compte de l’imaginaire du Moyen âge à travers lequel se pouvaient saisir les mentalités de l’Occident médiéval.

Depuis, il s’attachait, avec une application soutenue, et un brio peu à peu attesté, à décrypter l’esprit médiéval ; du moins à ce que l’on pouvait croire en voir sourdre, parfois, avec prudence, avec humilité, dans une perspective d’humaine condition partagée hors de l’emprise du temps. Les méandres de l’histoire qu’il explorait échappaient largement au carcan, mais aussi à la rigueur, des progrès de la science ; et traçaient leur cours, dessinant des arabesques changeantes aux lignes floues des interprétations.

Dans ces disciplines que l’on qualifiait volontiers de « gazeuses», pour désigner, en les stigmatisant quelque peu, l’au-delà du « mou », par opposition aux sciences « dures », Simon excellait ; tout au moins, il convainquait. Cette notoriété discrète sonnait cependant comme une reconnaissance en demi-teinte qui comblait une partie de son ego sans amoindrir le regret de ce qu’aurait pu être sa vie de vrai chercheur.

 

Vingt ans qu’il naviguait ainsi, entre confort et petites fiertés personnelles, entre ennui et déconvenues au long cours.

Et puis, au détour d’un article sur le renouveau des études médiévales, dans une revue scientifique au tirage presque confidentiel auquel il restait fidèlement abonné, une annonce de l’Université de Malmö : les emprunts et interprétations de l’époque médiévale par les œuvres de Fantasy, qui connaissaient actuellement un formidable succès, suscitaient autant de questionnements que d’agacements chez les spécialistes du Moyen âge ; Gudrun Ingeborgsen, qui régnait en maîtresse sur une partie du monde de la recherche médiévale, proposait la création d’un collège interdisciplinaire sur les imaginaires médiévaux auquel elle conviait les chercheurs de tous bords.

Il avait hésité. Par crainte du regard des historiens de métiers pour qui l’enseignement ne se concevait, a minima, qu’au niveau de l’université, et dont le regard sur les professeurs du secondaire lui semblaient toujours largement condescendant. Par peur de n’être pas à la hauteur aussi : ses travaux restaient inachevés et il s’était malgré tout détourné largement du monde universitaire, préférant une formation d’autodidacte au gré de ses passions…

Il avait hésité… Il avait hésité, puis il s’était lancé ! La part faite dans les histoires officielles à l’épaisseur humaine, à la viande en plus sur l’os des faits incontournables, à l’humanité véritable, ne relevait véritablement encore que de l’anecdotique. Lui, le sujet le transportait. Saisir l’esprit derrière le dessin, le symbole, entre les lignes des textes déchiffrés, relevait des réflexions de l’ensemble des sciences humaines et sociales, où l’historien devait se faire aussi sociologue, linguiste, psychologue, et quand les champs disciplinaires étaient épuisés, homme, tout simplement. Il avait alors entrepris de rassembler ses anciennes recherches, amendées au fil des ans sans effort réel de composition ; il avait actualisé tant bien que mal ses travaux en jachère ; il avait tout résumé et traduit en anglais ; et dans le même élan, avait tout expédié en Suède. Pour l’occasion, il s’était fait domicilier au lycée, indiquant un peu réaliste « département d’histoire », espérant ainsi faire figure meilleure.

Un mois plus tard, un mail du laboratoire d’histoire médiévale de l’Université de Malmö l’avertissait de l’expédition d’un courrier spécial via UPS ; et depuis, il attendait.

 

Il arriva au lycée juste à temps pour intercepter les Seconde A qui allaient quitter l’établissement tout heureux de l’aubaine de l’absence du premier professeur de la journée ; et donna un cours maussade, où élèves et enseignant auraient souhaité être ailleurs.

Il profita de la pause de 10h pour aller roder autour de la loge de l’accueil d’où la gardienne lui jeta un regard peu amène ; et faisant claquer la vitre de l’hygiaphone, précéda sa question en lui lançant vertement : « Tt-tt-tt ! Monsieur Mallevialle, je n’ai rien pour vous ! Et je vous le rappelle, le facteur ne passe pas avant midi ! »

Devant tant de véhémence, la surprise le disputa à la déception dans les pas de Simon qui avait tourné talons tout à trac. Il songea que les élèves surnommaient la gardienne «Ombrage», en référence à un personnage cruel de la série de J. K. Rowling, Harry Potter ; mais à cet instant, il lui préféra «Cruella», avant de se souvenir que «Cruella», pour lui et ses camarades préparant le concours d’entrée à Normale Sup, c’était la présidente du jury de l’épreuve orale de latin : les récits de ses réflexions acerbes, de ses remarques désobligeantes et de ses questions déstabilisantes égayaient les pauses entre les révisions, où l’on essayait de se faire peur comme avec une histoire d’horreur les soirs d’orage, et faisaient battre la chamade au cœur des candidats dont les voix s’étranglaient tandis qu’ils tentaient d’essuyer discrètement leurs mains moites sur leur vêtements neufs de circonstance. Toutes ces peurs anciennes qui paraissaient abyssales, alors !

L’attente s’installa à nouveau, comme alentissant la course des aiguilles au cercle des pendules, et au rythme des sonneries aigrelettes des heures.

Il tenta de combler cette période d’impatience durable en s’efforçant d’améliorer encore son anglais ; en dévorant sur le net tout ce qu’il put trouver sur Gudrun Ingeborgsen : elle dirigeait actuellement le laboratoire d’études des mythologies scandinaves à l’Université de Malmö, mais avait travaillé plusieurs années dans l’équipe du professeur Kagge, Erling Kagge, le plus grand spécialiste des runes et des tombeaux nordiques. Les traductions de leurs travaux émaillaient ses soirées libres de champs nouveaux que sa curiosité défrichait avec un enthousiasme recouvré, inversement proportionnel à celui qui guidait ses pas le lendemain vers le lycée et ses salles de cours, ses élèves et les conseils de classe. Il voyait, en miroir intérieur, cet ennuyeux prof d’histoire dont il avait eu à souffrir les cours et les coups de colère l’année de son propre baccalauréat ; et dans 20 ou 25 ans, c’est peut-être cette image que ses élèves actuels auraient de lui ; Il n’en éprouva aucune honte. Aucun regret.

Aujourd’hui, le souvenir qui reste de cette période d’attente est celui d’une plongée en apnée, d’une vie suspendue, d’un tunnel traversé.

 

***

VICTOR

 

Son père avait quitté la maison. Maman avait mis beaucoup de temps pour lui avouer qu’il ne reviendrait plus. Il voulait retourner vivre là où il avait grandi, dans un autre village d’Ardèche, celui-là même où la famille avait de nombreuses fois passé des vacances. Après la colère et le désespoir, Victor se terrait dans une tristesse insoutenable. Papa lui avait dit en partant qu’il serait toujours son fils et qu’il l’aimerait toujours, qu’il serait toujours là pour lui... Oui, mais là, justement, il n’était plus là. Il lui avait dit aussi qu’il lui écrirait, qu’il lui enverrait des photos et même qu’il pourrait le rejoindre. Il avait un gros projet là-bas.

Que de belles journées il avait passées là-bas ! Les baignades dans la rivière pendant que maman pêchait ; puis papa lui construisait des châteaux de sable et de cailloux ; les promenades dans les forêts de châtaigniers, où on pouvait se cacher sous les fougères, tellement elles étaient hautes ; les visites à la ferme, perdue dans la montagne, où vivait cette famille avec qui ils avaient sympathisé. Ça ne sentait pas bon du tout là-bas, et les enfants étaient vraiment crasseux, mais il avait bravement réussi une fois à donner le biberon au petit cochon qui venait de naître. En redescendant, ils ramassaient des châtaignes qu’ils faisaient griller dans la cheminée.

Ça faisait longtemps que papa était parti, enfin du moins Victor le croyait car il n’était pas encore assez grand pour avoir une idée des semaines et des mois qui passaient. Il allait à l’école vaillamment, tous les matins, et tous les soirs quand il rentrait, sa première préoccupation était de savoir si papa avait écrit. Mais pourquoi il n’y avait toujours rien ? Et puis d’ailleurs, c’était quoi son projet ? Maman lui avait dit qu’il allait construire une grande maison. Mais pourquoi, puisqu’on en avait déjà une, celle où habitaient papy et mamy ? Maman avait alors regardé Victor avec tristesse. Alors Victor avait eu peur. Peur que papa détruise tous ces endroits magiques où il n’avait que des bons souvenirs...

Et puis jeudi, en rentrant de l’école, il y avait une grosse enveloppe dans la boîte aux lettres, avec son nom dessus ! Sûrement pleine de photos ! Tout à sa joie, il s’en empara et rentra dans la maison. Maman n’était pas encore rentrée du travail. Il eut soudain peur d’ouvrir cette enveloppe. Alors il décida d’avaler le goûter que maman avait préparé, avant d’aller s’enfermer dans sa chambre avec ce trésor qu’il attendait depuis de si nombreux jours.

Victor jeta son cartable dans un coin de la chambre et sauta sur son lit, la lettre à la main. Il fixait son nom et son adresse, comme s’il ne réalisait pas encore que papa lui avait enfin écrit, depuis tous ces mois qu’il était parti.

Il se décida à l’ouvrir et découvrit alors son contenu. Non, ce n’étaient pas des photos, enfin, pas celles qu’il attendait. Il y avait des photos de papa et puis aussi une photo d’un petit bébé dans les bras d’une dame.... Et puis une autre de ce même petit bébé dans les bras de papa. Et puis aussi il y avait une carte avec des dessins bleus et un prénom dessus : Maxence.... Et puis quand il a ouvert la carte, Victor a vu qu’il y avait le nom de papa dedans avec le nom d’une dame. C’était écrit qu’ils étaient heureux.... Victor ne comprenait pas bien. Il y avait aussi bien sûr des photos d’une maison que Victor ne connaissait pas. La nouvelle maison de papa ??? Il y avait aussi une lettre de papa. Il lui demandait de lui pardonner de n’avoir pas écrit plus tôt. Il pensait qu’il était trop petit pour comprendre que papa était tombé amoureux.

Il disait qu’il l’aimait et que Maxence était son petit frère. Il disait aussi qu’il était sûr que Victor aimerait Karine, qu’elle, elle avait hâte de faire sa connaissance. Victor était tellement plongé dans sa lecture, préoccupé à tout regarder, qu’il n’avait pas entendu maman revenir. Elle était entrée dans sa chambre et regardait par-dessus l’épaule de Victor. Tout d’un coup, elle l’entoura de ses bras en le serrant très fort. Elle eut même un petit sursaut, comme un sanglot.

Alors brusquement, Victor a compris. Il avait compris pourquoi papa était parti et pourquoi il ne reviendrait plus. Pourquoi aussi il avait construit une nouvelle maison. Il avait compris que papa les avait abandonnés, maman et lui et qu’il n’avait plus le temps de penser à eux.... Sinon, pourquoi il avait attendu tout ce temps pour lui envoyer cette lettre ?

De grosses larmes commençaient à brouiller ses yeux et il s’arracha soudain des bras de maman sans la regarder. Il descendit les escaliers en courant, ouvrit brusquement la porte d’entrée et continua de courir dehors, sans trop savoir où il allait aller. Il pleurait, il sanglotait même, mais il courait.

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Publié dans #Ecriture collective

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