ROMANCE À L’HÔTEL WESTMINSTER

Publié le 11 Janvier 2017

Les élégantes sont beaucoup moins élégantes aujourd’hui. C’est que j’en ai vu passer depuis plus d’un siècle dans mes couloirs. Hôtel Westminster, c’est mon nom ! Ah ! J’en aurais des histoires à raconter! Des histoires d’amour le plus souvent. J’en ai abrité des jeunes mariés, des amants, des maîtresses, des demi-mondaines…

La plus belle histoire d’amour dont je me souviens n’est pas celle d’une élégante et d’un dandy, mais celle d’une modeste jeune fille, douce et timide.

C’était dans les années 1920, elle s’appelait Madalena. Elle était italienne, au service d’une richissime Anglaise qui séjournait dans ma plus belle suite. Quand Madame ordonnait, Madalena obéissait. Elle s’occupait de tout ce qui concernait le confort de Madame. Sa journée était remplie de tâches nombreuses que Madame lui confiait.

Madalena rêvait à l’amour, comme toutes les jeunes filles de son âge et vous savez quoi ? C’est dans mes cuisines qu’elle l’a rencontré. Un vigoureux Piémontais livrait les blocs de glace – oui, il n’y avait pas de réfrigérateurs à l’époque. Madalena, envoyée par sa maîtresse aux cuisines pour préparer un thé digne de ce nom – il paraît que le chef de mon restaurant en était incapable – Madalena, donc, tombe nez à nez avec Pietro, le livreur de glace. Un bel homme ce Pietro. Grand, fort, des yeux aussi bleus qu’un lac de montagne… J’ai bien vu, quand leurs regards se sont croisés, que l’amour s’annonçait. Ça n’a pas traîné…

J’ai su, par Madame qui l’a raconté lors d’un dîner quelques temps après, que Pietro avait épousé Madalena et qu’ils s’étaient installés sur la colline, hors de Nice. Ils n’étaient plus domestiques maintenant, ils cultivaient la terre, travaillaient dur, mais travaillaient pour eux.

Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. La riche Anglaise a disparu aussi. Le temps emporte plus vite les gens que les pierres, car moi, je suis toujours là.

Rédigé par Carmella Marengo

Publié dans #Patrimoine & Méditerranée

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