LE MONOLOGUE INTÉRIEUR

Publié le 7 Février 2017

 E. Hopper. Compartment C, Car 293. 1938

E. Hopper. Compartment C, Car 293. 1938

ATELIER DU 06 FÉVRIER 2017

 

LE MONOLOGUE INTÉRIEUR

 

Le monologue intérieur est un procédé qui permet de suivre les pensées d’un personnage.

Édouard Dujardin, écrivain du XIXe siècle l’utilisa dans Les lauriers sont coupés, et en donne la définition suivante :

« Discours sans auditeur et non prononcé par lequel un personnage exprime sa pensée la plus intime, la plus proche de l'inconscient, antérieurement à toute organisation logique, c'est-à-dire dans son état naissant, par le moyen de phrases directes réduites au minimum syntaxial de façon à donner l'impression tout-venant. »

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Employé de façon ponctuelle, il permet d’entrer dans la tête du personnage qui “se parle”, en quelque sorte, à lui-même. Il n’est pas censé être écouté, il est fait des petits riens qui font la conversation intime, d'associations d'idées, de délires, d’apartés que l’on se fait à soi-même, etc... et s'exprime en phrases brèves souvent nominales.

 

Exemple :

Menica l’Ancien tire une bouteille de piquette de sa besace. Une bonne lampée à la régalade et il s'essuie la moustache d'un revers de manche. Pas mauvais son vin cette année. Les vignes de sa terre, à Magnan, sont vigoureuses. Faudra qu’il en fasse des boutures. Et vite ! Depuis quelques temps, les villas poussent plus vite que les ceps au bord de mer !

 

Les phrases soulignées sont du monologue intérieur. Les phrases "Les vignes... vigoureuses" et "Depuis quelques temps... au bord de mer"  peuvent l'être aussi. Difficile parfois de distinguer le narrateur du monologue intérieur...

 

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Le monologue intérieur, appelé aussi courant de conscience, peut être pratiqué en tant que genre sur toute la durée d’un roman :

Le courant de conscience est habituellement considéré comme une forme spécifique de monologue intérieur et est caractérisé par des sauts associatifs (et parfois dissociatifs) dans la syntaxe et la ponctuation qui peuvent rendre le texte difficile à suivre […] Dans le courant de conscience, les processus de pensée du locuteur sont le plus souvent décrits comme entendus (ou adressés à soi-même) ; il s'agit principalement d'un outil de fiction.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Courant_de_conscience

Certains critiques compare le monologue intérieur à un monologue bavardé :

 

« Que voyons-nous ? quelqu'un qui dialogue avec lui-même d'une façon beaucoup plus continue, plus détaillée, que nous n'avons coutume de le faire dans la vie courante, et qui énumère pour soi des objets. En quoi peut-on prétendre que j'atteins ici la « pensée intime en formation » ? Bien plus, on discute avec soi, devant moi, on s'interroge. Si ce n'est pas là un « monologue bavardé », je veux être pendu. [...] Comment ne pas voir que c'est là un simple procédé d'écriture, bien plus : un découpage à la machine et que les interminables périodes de Proust traduisent beaucoup plus directement le devenir intérieur que ce laborieux pointillisme verbal.» (Gabriel Marcel, in La Nouvelle Revue française, février 1925).

 

 

« Il y a aussi le bavardage, et ce qu’on a appelé le monologue intérieur , qui ne reproduit nullement, on le sait bien, ce qu’un homme se dit à lui-même, car l’homme ne se parle pas, et l’inimitié de l’homme est non pas silencieuse, mais le plus souvent muette, réduite à quelques signes espacés. Le monologue intérieur est une imitation fort grossière, et qui n’en imite que les traits d’apparence, du flux ininterrompu et incessant de la parole non parlante. Ne l’oublions pas, la force de celle-ci est dans sa faiblesse, elle ne s’entend pas, c’est pourquoi on ne cesse de l’entendre, elle est aussi près que possible du silence, c’est pourquoi elle le détruit complètement. Enfin, le monologue intérieur a un centre, ce « Je » qui ramène tout à lui-même, alors que l’autre parole n’a pas de centre, elle est essentiellement errante et toujours au-dehors. »
Maurice Blanchot, Le Livre à venir, 1959.

 

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LECTURE :

Un extrait d' ULYSSE de James JOYCE, 

Un extrait d' AURÉLIEN de Louis ARAGON

Un extrait de LES LAURIERS SONT COUPÉS d'Édouard DUJARDIN

Un extrait de L'ARRACHE-CŒUR de Boris VIAN

Voir les liens ci-dessous :

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SUJET D'ÉCRITURE :

 

Tirer au sort une fable de La Fontaine et réécrire l’histoire en prose, avec un vocabulaire actuel, et en incluant les bribes de monologue intérieur de l'un des personnages.

 

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Publié dans #Les ateliers

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