LE BALLON ET LA RAQUETTE

Publié le 12 Août 2016

Au clair de la Lune, les objets s'animent au Musée National du Sport, le recueil "Ballon rond et plumes d'azur" a recueilli leurs confidences...

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La nuit tombe sur le Musée du Sport. La pénombre et le silence s'installent. Pendant quelques instants, rien ne bouge. Puis un bruissement par-ci, un murmure par-là... Les objets s'éveillent, se racontent.

Le ballon de la finale de la Coupe du monde de 1998 réunit sa cour d’admirateurs. Il radote un peu, mais les autres l'écoutent. Il reprend la même histoire tous les soirs :

C'était le 12 juillet, il y avait une foule immense dans le stade. Moi, je suis dans un panier avec d'autres, j'ai peur que l'on choisisse un de mes voisins. Quand l'arbitre s'approche, je vous jure, je tremble. C'est peut-être pour cela qu'il me remarque... je ne sais pas... En tout cas, je me retrouve sur la pelouse, dans la lumière.

Le coup de sifflet retentit ; projeté au ras de l'herbe, je rebondis de pied en pied, comme une bille de flipper. J'essaie de rester dans les crampons de Zinedine ; je sais que l'on sera une équipe formidable tous les deux. Je me fais souple pour épouser la forme de ses chaussures, pour que son coup soit percutant, pour le mener à la victoire. Faut dire que nous avons eu un aparté avant le match. Il s'est confié à moi, a murmuré son trac sur mes coutures, comme une prière ; il m'a même embrassé, alors, vous pensez bien que je fais tout pour lui.

On se démène, on traverse le terrain je ne sais combien de fois. Je roule d'un joueur à l'autre mais je ne le perds jamais de vue, même d'en haut. Quand je ne peux atteindre ses pieds, je me débrouille pour tomber pile sur sa tête. Notre bonne entente se conclut par deux buts. Pour ne pas être accusé de favoritisme, je colle Emmanuel pour le troisième. Quel triomphe ! La liesse nationale, les klaxons, les cris, les chants !

Zinedine m'a serré contre lui, m'a orné d'un autographe. Tous les autres joueurs en ont fait autant. Alors, on m'a mis en lieu sûr ; je suis devenu un ballon précieux, le symbole de la victoire, le symbole d'une équipe solidaire, colorée, d'une France “ Black-Blanc-Beur ”.

Le ballon se tait, sa tête ronde pleine de souvenirs. Agacée, la raquette de Yannick Noah vibre de toutes ses cordes :

Il n'y a pas que toi qui remportes des victoires. Moi aussi avec Yannick ! On allait partout ensemble, je l'ai accompagné sur tous les courts, j'ai été sa confidente. Il me racontait ses chagrins, ses douceurs, sa vie quoi ! Je me souviens d'un jour de printemps à Roland-Garros ; il m'a utilisée pour faire connaissance d'une jolie jeune femme en la heurtant – soi-disant sans faire exprès - pour qu'elle se retourne. Grâce à moi, une idylle est née. Tu vois, il n'y a pas que le sport...

Le ballon victorieux toise la raquette :

Non, il n'y a pas que le sport. Il n'y a pas que la romance non plus... Il y a beaucoup plus que cela. Il y a la joie, les espérances enfouies dans le cœur des enfants. Quand ils viennent me voir, c'est leur rêve qu'ils contemplent.

La raquette approuve, le ballon retourne à sa méditation. Là-bas, dans la pénombre, la montre de Maurice Herzog chuchote le vent des montagnes ; accroché à ses mots, le piolet de Pierre Mazeaud l'écoute.

Rédigé par Mado

Publié dans #sport

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