SKI DE RANDO

Publié le 9 Juillet 2016

Tiré du recueil "Ballon rond et plumes d'azur", loin des cris des supporters, un silence ouaté...

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L’horizon ciselé se découpe sur le ciel. D’un bleu plus dense que l’Azur, il impose à nos yeux les reliefs presque écrasants. Aujourd’hui, les étincelantes montagnes ont revêtu leurs habits d’hiver, ce blanc et ce noir qui dominent largement.

Les sommets attirent nos yeux, ces sommets eux-mêmes attirés par les cieux…

On y va ? On y va …

Partis du refuge le matin même alors qu’il faisait encore nuit, nous avions parcouru les plateaux enneigés, salués par les étoiles et par une lune presque pleine… La lumière de nos lampes frontales s’était révélée presque inutile, tant la lune se montrait encore ardente à 5h du matin.

Nos skis de randonnée munis de leurs peaux de phoque avaient laissé derrière nous une trace régulière, que nous croiserons peut être à la descente. Quel effet magique, cette longue et lente glissade sur la neige fraîche vers le col, sans s’enfoncer plus de quelques centimètres.

Skis aux pieds, la montée régulière nous avait demandé beaucoup d’énergie et de concentration. Elle nous avait permis de nous évader de notre quotidien si différent. La fin de la course – c’est ainsi que nous appelons une balade de randonnée alpine – avait été plus technique et il avait fallu faire de savantes conversions en regardant le vide, pour contourner les gros rochers apparents et les quelques sapins ayant résisté à l’altitude et surtout pour franchir les passages particulièrement raides.

Maintenant c’est la pause au sommet, l’heure où nos corps réclament une nourriture simple mais énergétique, accompagnée des boissons chaudes préparées la veille dans les thermos. Nous n’osons qu’à peine rompre ce silence tellement il semble intense à cette altitude… Fatigue ou lèvres engourdies par le froid ou inconscient respect des lieux ?

A la montée, ce silence est toujours brouillé par le glissement des skis sur la neige, le crissement de la pointe des bâtons et par notre respiration qui peut devenir bruyante quand la pente se fait plus forte. Sans compter le bruit des skis qui s’entrechoquent lors des conversions parfois maladroites. Pendant le « casse croûte », ce qui brise le silence de la montagne, ce sont les bruits de bouchons, le déballage de bonnes choses en dehors du papier alu, les cris des choucas qui sont intéressés… Parfois le souffle du vent, qui peut devenir assourdissant.

Si nos poumons s’enrichissent de cet air frais et pur, nos yeux, eux, se gavent de la vue des montagnes enneigées, des couloirs où guette la redoutable avalanche, des forêts saupoudrées, des prés tout blancs un peu plus bas, des vallons, tout ce parcours lumineux qui va accueillir notre descente.

– Restons prudents si on ne veut pas redescendre en hélicoptère… Repartons avant que la température ne favorise trop les coulées de neige.

Aah, la descente allait maintenant combler notre désir de vitesse, obligatoirement accompagné de la maîtrise indispensable de notre corps et de ces deux magnifiques bois, nos skis. Ceux-ci ne se verraient qu’à peine, n’apparaissant que pour soulever des masses de poudre blanche. Solides et majestueux, ils vont trancher le tapis blanc pour nous permettre de faire « nos traces ». Et cet après midi, d’en bas, nous pourrons dire : « Regarde, à droite, c’est la mienne ». « Et là c’est la tienne ! on voit l’endroit où tu es tombé ».

On y va ? On y va…

Rédigé par Laurine

Publié dans #sport

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